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dimanche 5 juillet 2026

Sophie Divry : Fantastique histoire d’amour

  

 

Mais oui, comme le titre l’indique, Fantastique histoire d’amour de Sophie Divry est un roman d’amour ( bravo pour la lapalissade ! ). Mais  non, il n’a rien de fleur bleue ou de sirupeux.

 C’est aussi un roman social qui visite le monde de l’entreprise car Bastien est un inspecteur du travail et il prend son rôle au sérieux, défendre le droit des travailleurs, traquer les mauvais patrons qui ne respectent pas les règles de sécurité, qui exploitent ou harcèlent. Un roman où l’on parle de religion, de solitude, d’angoisse existentielle. Bastien est un écorché de la vie, enfance traumatique, rupture sentimentale. C’est  un « catholique à la française », c’est à dire pas très orthodoxe mais sincère. « Il n’y que les athées qui s’imaginent que les chrétiens croient tout en bloc. Que nous sommes vraiment consolés. ». Il est appelé dans une entreprise de recyclage car un ouvrier est tombé dans une compacteuse et a connu une mort horrible. Mais est-ce réellement un accident ? 
 

Fantastique histoire d’amour est un polar qui joue sur le suspense. La tante de Maïa, Victoire, chercheuse au CERN, centre de recherche nucléaire à Genève, a mené une expérience sur de nouveaux matériaux, les cristaux scintillateurs, expérience qui a mal tourné. Les cristaux sont devenus toxiques et exercent une attraction redoutable mais aussi létale sur ceux qui entrent en contact avec eux. Ils vont exciter la convoitise de personnages peu recommandables. Comble de malheur, ils disparaissent ! Maïa, journaliste dans une revue scientifique, est chargée de les récupérer et les besoins de l’enquête l’amènent jusqu’à la compacteuse. Affligée de « disparitionnisme » (Je vous laisse découvrir ce que c’est), Maïa est une femme sportive et indépendante, mais seule. On comprend que les deux personnages sont amenés à se rencontrer !  
 

La construction du roman en chapitres alterne donc entre Maïa et Bastien qui est le seul à dire « je ». Il est le personnage central, donc.  Le récit se déroule principalement  à Lyon qui occupe une place à part entière dans le roman avec quelques incursions en Provence, en Suisse et en Allemagne .

Le roman a un ton nouveau :  par son mélange de genres, les nombreux thèmes qu’il aborde, le style à la fois énergique, incisif, parfois passé au vitriol comme lorsque Bastien parle de la haine « mais tout le monde se déteste. Dans les entreprises, on en voit que ça, de la haine entre salariés et patrons, entre collègues, entre services. A croire que c’est une production naturelle »  ou que Maïa dit sa détestation de la Provence, «  son ciel bleu immuable, sa garrigue aux feuilles ennuyeuses »  et qu’elle afffirme, non sans une pointe d’humour, son dégoût pour : « son odeur écoeurante de savon à la lavande ». Mais Sophie Divry peut se faire poétique et tendre lorsqu’elle décrit Maïa donnant à manger aux mésanges ou adoptant un petit chat. « Pito était à la maison quand elle rentrait, il était en train de dormir, il avait fait ou non des bêtises. Il lui transmettait à la fois une tendresse et une compagnie ». Et j'ai aimé, de plus, ses rapports avec son père, l’amour mutuel qui les lie.

Enfin, n’oublions pas le titre du roman, le récit est fantastique. Mais l’origine du fantastique, est la science, les faits avérés, les enquêtes menées par Maïa pour ses articles, comme celle sur le langage des oiseaux… oui, véritablement fantastique lorsque l’ornithologue lui fait écouter le chant de l’alouette, enregistré sur une bande, à une vitesse huit fois moins moindre et qu’elle distingue alors des sons magiques mais inaudibles à l’oreille humaine sauf au ralenti. « Elle émet quatre cents sons à la seconde. Nous, on peut à peine en distinguer quarante. » « L’alouette va plus vite que nous. Elle ne vit que quelques années. Son coeur bat plus vite. son monde va plus vite » « Les animaux sont à la fois plus lents et plus rapides. Pour eux votre jardin, c’est un continent. Pour eux, entre le matin et le soir, c’est toute une adolescence. Nous habitons le même monde mais nous ne partageons pas le même temps »  Et puis, bien sûr,  il y a ces magnifiques cristaux bleus, si envoûtants, qui rappellent que les découvertes peuvent être aussi le fruit du hasard.

Un livre addictif, le terme est bien choisi pour un roman qui parle d’addiction, un livre que l’on dévore avec  beaucoup de plaisir !