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dimanche 12 juin 2011

Jane Austen : Emma

 Participer au challenge English classics me pousse non seulement à découvrir mais à relire des romans que j'avais lus il y a bien longtemps comme Emma de Jane Austen

Emma Woodhouse est une jeune fille riche, intelligente, séduisante qui vit seule avec son père depuis le mariage de sa gouvernante, Melle Taylor. Cette dernière avait remplacé la mère d'Emma, morte quand celle-ci était une enfant. Sa soeur aînée habite à Londres avec son mari et ses enfants. Emma est entourée d'un petit noyau d'amis que son père reçoit volontiers chez lui, de son beau frère M. Knightley, plus âgé qu'elle et qui la critique souvent sans qu'elle s'en laisse remontrer.
Car la grande distraction d'Emma qui se pique d'être une fine analyste des sentiments amoureux est de faire des mariages. Pour l'heure, Emma pense que le pasteur, M. Elton, est amoureux de sa meilleure amie, une jeune fille de dix sept ans, Harriet Smith, enfant naturelle, donc déclassée dans la société. Elle décide de tout mettre en oeuvre pour les amener au mariage. Inutile de dire qu'elle se trompe et que cette erreur ne sera pas la seule!
Emma, en effet, comme toutes les autres héroïnes de Jane Austen, Elizabeth de Pride and Prejudice, Marianne de Sense and sensibility, Catherine de Northanger abbey ... est dans l'erreur. Menée par l'orgueil, par la passion ou par un idéal romantique suranné, et toujours par l'ignorance, l'héroïne de Jane Austen ne peut faire l'économie d'une expérience parfois désagréable pour parvenir à y voir clair dans son coeur comme dirait la Sylvia de Marivaux.
En ce sens, les romans de Jane Austen sont tous des romans d'apprentissage où l'héroïne apprend, souvent à ses dépens, à mieux connaître la société, à être plus lucide sur ceux qui l'entourent et au terme de son histoire à découvrir la sagesse!

user1610.1274353531.jpgCependant, et c'est ce qui ne rend pas Emma très sympathique, c'est toujours au dépens des autres et non d'elle-même que notre héroïne se trompe et elle sort toujours indemne de ses erreurs. Quant elle détourne Harriet du seul homme qui l'aime vraiment, le fermier M. Martin, pour la pousser dans les bras du pasteur Elton qui n'en veut pas, la seule à en souffrir est Harriet! Le fait que cette dernière soit d'une condition inférieure, manque d'intelligence, semblable à une poupée de cire malléable, n'est pas une excuse. Le lecteur a l'impression qu'Emma manipule sa jeune amie comme une marionnette sans âme. Et les remords qu'elle  en éprouve ne la rendent pas plus lucide puisqu'elle est prête à récidiver. Elle se trompera de même à propos de Jane Fairfax et de Frank Churchill. Il lui en faudra plus pour admettre ses erreurs, à croire que l'intelligente Emma a l'esprit brouillé par la bonne opinion qu'elle a d'elle-même, par une certaine vanité et par des préjugés sociaux si fortement ancrés qu'ils l'empêchent de voir l'homme véritable sous l'appartenance sociale, les qualités d'un M. Martin, fermier, et les bassesses d'un M. Elton, pasteur, par exemple.
Jamais, d'ailleurs, Jane Austen n'avait souligné avec autant d'amertume le pouvoir de l'argent et de la hiérarchie sociale qu'elle décrit pourtant dans tous ces romans. Il n'y a pas dans Emma, l'humour piquant, caustique toujours présent qui fait le charme de Pride and prejudice, le regard amusé et attendri qu'elle porte sur la Catherine de Northanger abbey ou la compréhension attentive envers la souffrance de Marianne dans Sense and sensibility. Certes l'ironie austenienne est là. Les portraits des différents personnages tournent à la caricature comme celui de la bavarde et futile Melle Bates, de l'insuportable Mme Elton, épouse du pasteur, infatuée d'elle-même, snob, commère difficilement supportable qui cherche à régir la vie de tous. L'on  pourrait rire aussi de M. Woodhouse, un charmant vieillard, pour qui un mariage est toujours un évènement malheureux car il lui enlève les gens qu'il aime si cela ne soulignait un égoïsme forcené qui le pousse à sacrifier sa fille cadette. Bref! rien ne semble atténuer le pessimisme de l'écrivain dans ce roman.
En effet, quand Jane Austen se décide à remettre de l'ordre dans l'imbroglio sentimental créé par Emma, elle redonne à chacun la place qu'il mérite : la jeune fille bâtarde avec le fermier, le pasteur avec une femme qui a 200 mille livres de rente (une bonne affaire pour Elton mais moins que ce qu'il visait, la fortune colossale d'Emma!), Jane Fairfax modeste- mais éduquée par une famille riche- avec Frank, et Emma elle même avec M. Knightley, entre pairs, bien sûr!
Dans la société de Jane Austen, et dans ses romans, pas de miracle! On ne mélange pas les torchons avec les serviettes!
Quant à l'amour entre Emma et George Knigthley, on peut dire qu'il est bien cérébral et que la passion n'a pas l'air d'être de mise!
Qui a dit que Jane Austen était romantique?

Emma est-il un personnage symptathique ou antipathique?  Les avis sont partagés :
Voir le commentaire de Karine dans mon coin lecture
Voir aussi Wictoria dans Des Livres et des heures 
Lou dans My Lou book

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