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mardi 22 mars 2022

Les dames de Cracovie : Léonard de Vinci / Lucas Granach

Cracovie Léonard de Vinci : la dame à l'Hermine (1488) musée des Princes  Czartoryski

Il faut aller à Cracovie pour rencontrer ces deux belles dames, ornements de la ville ! L'une, la plus célèbre, est la Dame à L'Hermine de Léonard de Vinci, le trésor le plus précieux du musée des Princes  Czartoryski (et peut-être même de Pologne), présenté comme dans un écrin, tout seul, dans une salle qui lui est dédiée, avec une sobriété qui permet le recueillement. 

La seconde est La Vierge sous le sapin de Lucas Cranach, dans un tête à tête plein de douceur  avec son bébé. Nulle attention particulière pour l'exposition de ce magnifique tableau. Il est accroché avec les autres oeuvres de Lucas Cranach dans les appartements royaux du château de Wawel mais la beauté de cette femme, le calme, la pureté, la tendresse qui émanent de cette peinture attirent l'attention et l'isolent des autres.

Cracovie : château de Wawel : La Vierge sous le sapin de Lucas Cranach

 La belle dame de Léonard de Vinci

Cracovie, Musée des Princes  : la dame de l'Hermine de Léonard de Vinci

La dame à l'hermine est le portrait de Cecilia Gallerani (1473-1536) à l'âge de 15 ans. La jeune femme à l'éducation raffinée, cultivée, amoureuse des arts et des lettre, est alors la maîtresse du prince de Milan, Ludovico Sforza.

 Ce dernier commande un portrait de Cecilia à Léonard de Vinci. Nous sommes en 1488. En 1491, le duc se marie et il offre ce tableau en guise d'adieu à sa maîtresse. Celle-ci se marie avec le comte Ludovico Carminati. Elle meurt en 1536 et est inhumée dans la caveau de famille de son époux.

L'hermine semble être le symbole de la pureté avec sa fourrure blanche qu'elle ne veut pas salir même si, dit la légende, sa vie en dépend. Mais l'animal représente peut-être aussi le duc lui-même, suggérant l'union impossible des deux amants puisque l'artiste ne peut les peindre ensemble. Ludovico Sforza était promis à Béatrice d'Este. De plus, l'hermine cache la grossesse de la jeune femme. Peu de temps après ce portrait naît, en effet, un garçon surnommé Cesare, fils de Cécilia et de Ludovico.

Le prince Adam Czartoryski acheta l'oeuvre et l'offrit à sa mère Izabella Czartoryska pendant son voyage en Italie en 1798. Celle-ci, amateur d'art et collectionneuse,  est la fondatrice du musée Czartoryski à Cracovie. C'est depuis que la dame à l'hermine fait partie des richesses artistiques de la Pologne.

La dame à l'hermine n'est pas aussi célèbre que la Joconde et pourtant c'est elle que je préfère. Léonard de Vinci, à travers le portrait physique de la jeune Cécilia parvient à donner d'elle un portrait moral. La simplicité et la beauté de ses vêtements et de sa parure peignent une jeune femme qui refuse l'ostentation et le paraître. Sûre d'elle, elle n'a pas besoin  de briller ou de chercher à écraser les autres. Tout dans son attitude  témoigne d'un goût parfait, maîtrisé, qui permet de reconnaître une aristocrate d'un milieu social et d'une éducation supérieurs. 

La dame à l'hermine a inspiré d'autres artistes ainsi que j'ai pu le constater en visitant le musée d'art contemporain de Cracovie

Jerzy Kosalka : Good Bye ladies and gentlemen
 
Cracovie : Jerzy Kosalka : Good-Bye ladies and gentlemen


Carina Linge : Lady with a Rabbit
 
Cracovie Carina Linge : Lady with a rabbit


La belle dame de Lucas Cranach l'Ancien


Cracovie, Château de Wawel, Lucas Cranach l'Ancien : Vierge à l'enfant sous le sapin( 1510) (détail)

Si la dame à l'Hermine est un sujet profane, le tableau de Lucas Cranach est un sujet religieux et somme toute banal pour l'époque : La Vierge à l'enfant ! Lucas Cranach lui-même - et il n'est pas le seul-, a peint de nombreuses Vierges, et pourtant, toutes différentes, toutes dévoilant leur beauté particulière ! 

La Vierge sous le sapin est une peinture plus traditionnelle que celle de Vinci. En ce sens, elle ne révolutionne pas l'Histoire de l'art.  Le tableau subit l'influence de la peinture religieuse italienne de la Renaissance si ce n'est ce physique bien particulier, aux joues rondes et aux yeux effilés, qui fait reconnaître immédiatement un Cranach. A l'arrière-plan apparaît un paysage, d'abord trois sapins ( ou je ne sais trop quelle espèce?) puis un village sur les rochers, une forêt et dans le lointain des cimes de haute montagne qui donnent l'impression de profondeur. Lucas Cranach est au début de son art, il se montrera plus audacieux et personnel par le suite !  Il n'en demeure pas moins que l'oeuvre a un charme irrésistible !

Le sujet est religieux, certes, Jésus tient sur ses jambes une grappe de raisins, symbole de l'eucharistie, mais la jeune femme de ce tableau n'est pas une icône hiératique. C'est une femme bien vivante, certes idéalisée, mais proche de nous, un mère perdue dans la contemplation de son fils. Tous les deux se regardent et le message d'amour qui passe entre eux est bien humain, bien de ce monde ! La finesse des traits de l'enfant et de sa mère, la délicatesse de la carnation du visage, le rendu doux et soyeux de la chevelure, sa brillance, la transparence du voile, tout concourt à faire de cette peinture une très belle oeuvre que l'on n'oublie pas.

Léonard de Vinci (1452-1519)


Léonard de Vinci est né à Vinci, un petit village situé à 30 km de Florence, en 1452. A 14 ans il entre dans l'atelier du peintre Verrochio. Il y apprend le dessin, la peinture, la perspective, l'architecture, la sculpture, les mathématiques et est le compagnon de Sandro Boticelli et de Le Pérugin. L'élève dépasse vite le maître et il sort de l'atelier en 1476 pour voler de ses propres ailes. Il se déplace dans les grandes villes d'Italie, Florence, Milan, Venise, Mantoue et réalise, entre autres, des oeuvres pour ses mécènes, Laurent de Médicis, Ludivoc Sforza.

 Il est meurt le 2 mai 1519 à Amboise où François 1er l'avait invité. C'est là que le roi de France acquiert le tableau de la Joconde peinte entre 1503 et 1506 que Léonard de Vinci avait amenée avec lui.

 Léonard de Vinci est connu comme peintre, sculpteur, mais aussi comme inventeur, scientifique, ingénieur, anatomiste, architecte, botaniste, musicien, philosophe et écrivain. Il représente l'esprit universel de la Renaissance. 

Il n'a peint que quatre portraits à l'huile. Avec La dame à l'hermine on considère que le peintre a réalisé le premier portrait moderne de la peinture européenne.


                                          Lucas Granach l'Ancien (1472–1553)


Peintre majeur de la Renaissance germanique, Lucas Cranach (1472–1553) est né à Kronak (qui lui donné son pseudonyme), en Haute-Franconie, en 1472, et il meurt à Weimar dans le duché de Saxe en 1553.  Proche de Martin Luther, il est l’auteur d’une œuvre à la fois originale et morale correspondant à cette nouvelle doctrine. L’artiste est particulièrement célèbre pour ses nus féminins, aux formes longilignes et aux yeux en amande. Ses sujets religieux mais aussi profanes (mythologiques) lui ont valu le succès. Cranach entre à la cour de Saxe en 1502 comme peintre officiel, à Wittenbergerg, et y restera jusqu'à sa mort. Il a peint les tableaux de souverains comme Frédéric le Sage et Charles Quint et réalisé plusieurs portraits de Martin Luther qui était son ami. Morale, politique et religieuse mais ouverte à son  temps, l’œuvre de Cranach est l’une des plus singulières du XVIe siècle européen.

Son fils a été peintre lui aussi sous l'appellation  de Lucas Cranach Le Jeune (1515_1586)

 

Et puis je ne peux résister à vous faire voir encore quelques dames du Musée des Princes  Czartoryski. 

Le Maître des demi-figures

Marie-Madeleine lisant par le Maître des demi-figures Musée  Czartoryski.

Le maître des demi-figures : en lisant ce nom, je me suis imaginée que ce peintre né au Pays-Bas, à Anvers, mais inconnu, ne représentait jamais ses personnages (tous féminins ) de face mais plutôt de trois-quart, d'où son surnom. Mais en fait, il est appelé ainsi parce qu'il ne les met jamais en pied mais toujours coupées à la taille, juste la moitié du corps. Les spécialistes ont cherché à retrouver le véritable nom du Maître des demi-figures mais n'y sont pas parvenus.

Les Reines de Pologne

 
Musée  Czartoryski. Lucas de Granach le Jeune : Les reines de Pologne

Une série de dix miniatures  peintes par Lucas Granach le Jeune (1515_1586, enchassées dans un grand cadre noir qui les réunit toutes, présente la famille Jagellon  à partir de Sigismond 1er le Vieux.  

 Dans l'ordre Sigismond I Le Vieux, Bona Sforza Jagellon, son épouse, Sigismond II Auguste, leur fils, Elizabeth d'Autriche Jagellon, première épouse de Sigismond II, Barbara Radzivilia deuxième épouse, Catherine d'Autriche troisième épouse, Sophia Jagellon, fille de Casimir IV, Anna Jagellon, fille de Sigismond I Le Vieux.

Je vous montre quelques-unes de ces reines que j'appelle  : Les rutilantes !

Musée  Czartoryski Portrait d'Elizabeth d'Autriche Jagellon par Lucas Cranach Le Jeune

Portrait d'Elizabeth d'Autriche (1526_1545) archiduchesse d'Autriche et  princesse de Hongrie, devenue par son mariage avec Sigismond II Auguste Jagellon,  reine de Pologne et grande duchesse de Lituanie. Elle était la nièce de Charles Quint. Elle reçut une éducation raffinée mais elle était souvent sujette à des crises violentes d'épilepsie. Le roi ne l'aimait pas et lui préférait ses maîtresses. Elle mourut à Vilnius à l'âge de 19 ans peut-être d'un attaque d'épilepsie ? Peut-être a-t-elle été empoisonnée ? Le bruit a couru que sa belle-mère Bona Sforza, épouse de Sigismond 1er Jagellon, serait la coupable mais cela n'a jamais été avéré. Son mari se remaria d'abord avec Barbara Radzivilia puis une troisième fois avec Catherine d'Autriche, la soeur cadette d'Elisabeth.

Musée  Czartoryski : Barbara Radzivilia Jagellon reine de Pologne par Lucas Cranach Le Jeune
 

Barbara Radzivilia est l'épouse du roi Sigismond II Auguste Jagellon dont elle avait été la maîtresse avant la mort d'Elizabeth, la première épouse. Elle est née à Vilnius en 1520 et elle est morte en 1551 à Cracovie. Sigismond II l'a épousée en seconde noce malgré l'opposition de sa mère Bona Sforza qui voulait une alliance plus prestigieuse. Cette union a  causé un scandale à la cour royale de Cracovie parce que Barbara passait pour dévergondée mais aussi parce que les nobles polonais redoutaient la puissante famille lituanienne de Barbara. Elle a été couronnée reine de Pologne en 1550 malgré l'opposition mais elle est morte d'un cancer l'année d'après à la grande joie de ses ennemis. Pour elle aussi le bruit a couru qu'elle avait été empoisonnée. La vie, l'amour malheureux et la mort de Barbara ont inspiré diverses œuvres de littérature, films,  et peinture d'artistes polonais et lituaniens, tels que le peintre Jan Matejko.

 
Jan Matejko : Les amants Sigismond Auguste et Barbara

 

6 commentaires:

  1. que de belles dames! Moi aussi je trouve la dame à l'hermine plus belle que la Joconde. Je découvre celles de Cranach, merci pour la découverte

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    1. C'est vrai, la dame à l'hermine est vraiment très belle !

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  2. Quelle chance de les avoir vues !

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    1. Oui ! Et comme il y avait peu de monde, les visites laissaient le temps d'admirer.

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  3. Superbes portraits ! Les variations sur "la dame à l'hermine" sont étonnantes. J'espère qu'elle est plus facilement accessible que "la Joconde".

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    1. Oui, j'ai aimé l'humour des créations contemporaines à partir de la dame à l'Hermine !

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