Pages

PAGES

lundi 24 août 2026

Ulrika Lagerlöf : La saison des mûres


Ulrika Lagerlöf vit à Uppsala et travaille depuis une dizaine d’années dans la communication pour le secteur forestier. Elle s’est inspirée de l’histoire de sa propre famille en particulier de sa grand-mère pour écrire La saison des mûres. 
C’est donc sans surprise qu’elle nous transporte dans l’univers des bûcherons des grandes forêts du Nordland en Suède en 1938 puis en 2022 au coeur des coupes régies par de grandes entreprises qui, si elles obéissent à des lois, sont toujours prêtes à les contourner.

Siv a dix-sept ans quand elle voit son rêve de devenir institutrice remis en cause car son père, bûcheron, vient d’avoir un grave accident lors de l’abattage d’un arbre et ne peut plus continuer son travail. Il la place donc comme cuisinière dans une petite maison forestière qui abrite une dizaine de bûcherons. Ce n’est pas sans amertume que la  jeune fille abandonne ses études et va vivre dans des conditions rudimentaires au milieu de ces hommes. Mais contrairement à son attente, cette vie va lui plaire, car elle y développe des compétences, apprend à être indépendante, et règne en maîtresse de maison sur les dix hommes qui lui obéissent et la respectent. Pourtant quand elle rencontre Nila, un same qui garde ses rennes sur le terrain adjacent à celui de la coupe, Siv se sent troublée, envahie par une émotion qu’elle n’avait jamais ressentie. Elle va apprendre aussi en fréquentant Nila que tout n’est pas rose entre les Sames et les Suédois colonisateurs (les grands-parents de Siv) qui se sont vus attribuer, arbitrairement, les terres des Sames. Le mode de vie des Sames, est entièrement différent de celle des colons. Eleveurs nomades, en accord avec la nature, ils  ont été  dépossédés de leurs biens, leurs terrains d’élevage n’ayant cessé depuis de se réduire.

En 2022, Eva, divorcée, mère d’un adolescent rebelle, employée d’une entreprise forestière, revient au village de son enfance où elle a passé toutes ses vacances chez ses grands-parents maintenant décédés. Experte en communication, elle doit désamorcer la bataille engagée par de jeunes écologistes qui se sont enchaînés aux arbres pour éviter la coupe. Parmi ces jeunes gens, la meneuse est Fanny, la fille de Mattias, le premier amour d'Eva. Peu à peu, Eva va s’intéresser au passé de sa grand-mère Siv et les deux histoires entre passé et  présent vont entrer en résonance.


J’ai lu les romans d’Olivier Truc  Le dernier lapon, Le détroit du loup, qui expliquent les violences qu’ont eu à subir les Sames appelés péjorativement lapons (porteurs de guenilles) par les norvégiens ou suédois, christianisés par la force, dépossédés de leur terre, plus ou moins sédentarisés contre leur gré, au cours des siècles, par les colonisateurs,  et les problèmes que leur mode de vie continuent à poser  de nos jours. J’ai trouvé que La Saison des mûres édulcorait le problème. Le grand-père de Siv n’aime pas les Sames. Il a beaucoup souffert d’un travail épuisant, de la faim, du froid quand il s’est installé dans la région et il estime qu’il a gagné le droit de s’installer sur cette terre et qu’elle lui appartient. Nila essaie de fait évoluer la situation pour le peuple same. Il  part à Stockholm pour organiser la lutte de son peuple. Ulrika Lagerloff essaie de ménager l’un et l’autre. 

Mais  ce n’est pas le thème central du roman. L’écrivaine intéresse son lecteur à ses deux héroïnes Siv et Eva, aux difficultés de leur vie, à leur histoire d’amour, aux non-dits familiaux qui finissent par se révéler au-delà des années. Le roman est agréable à lire et je l’ai lu avec plaisir. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre visite. Votre message apparaîtra après validation.