Pages

Affichage des articles dont le libellé est Danemark. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Danemark. Afficher tous les articles

jeudi 8 juin 2023

Danemark Copenhague : Jules Verne, la flèche de Borsen, la flèche de Saint Sauveur et l'absolutisme au château de Frédériksborg

18 Octobre 1660 sur la place de Kjöbenhaven : La prestation de serment de Frédéric III  par Heinrich Hansen
 

Un intérêt historique :  L'absolutisme

 C'est au deuxième étage du château de Frederiksborg que l'on trouve ce tableau passionnant :  La prestation de serment de Frédéric III exécuté en 1880 par Heinrich Hansen, peintre danois du XIX siècle.  Ce tableau peint la journée du 18 Octobre 1660, une journée historique importante dans l'histoire du Danemark, au cours de laquelle le roi reçoit le serment d'allégeance des Etats qui reconnaissent la monarchie absolue et héréditaire.

En effet, après la fin du conflit entre la Suède et le Danemark et le traité de Roskild confirmé par la paix de Copenhague, Frédéric III s'appuie sur la riche bourgeoisie et le clergé en conflit avec les nobles et en profite pour introduire la monarchie absolue en Septembre 1660. Puis en Octobre 1660, il la déclare héréditaire. Avant lui, le monarque était élu par un conseil. La loi renforce le caractère féodal de la société. La noblesse et la riche bourgeoisie reçoivent des terres avec les paysans qui y sont attachés et n'ont aucun droit. A la fin du XVIII siècle, 80% des terres du pays appartiennent à une centaine de familles qui sont aussi propriétaires de 770 châteaux ou manoirs.  L'absolutisme est aboli par Frédéric VII et son successeur Christian IX, en 1849, date où la monarchie devient constitutionnelle.  

Un des aspects intéressants du roman de Per Olov Enquist, Le médecin du roi, montre l'état féodal de la société sous Christian VII malgré les idées des Lumières, surtout avec la loi de 1733 qui aggrave le statut des paysans. Il  explique comment Struensee, le médecin du roi devenu ministre,  entreprend à lui seul de réformer la société, d'abolir le servage, les privilèges, la censure, de rétablir la liberté de la presse ... On comprend qu'il se soit fait quelques ennemis et qu'en dehors de son adultère avec la reine,  il avait quelques raisons de craindre pour sa vie !

"Quand, en 1733, le servage avait été établi, il avait constitué pour la noblesse un moyen de contrôler, ou plus exactement d'empêcher la mobilité de la main d'oeuvre. Quand on était paysan et né sur un domaine, on n'avait pas le droit de quitter ce domaine avant l'âge de quarante ans. Les modalités, le salaire, les conditions de travail et de logement étaient fixés par le propriétaire du domaine. A quarante ans, on avait le droit de s'en aller. La réalité étant qu'à cet âge, la majeure partie des paysans étaient à tel point devenus passifs, profondément alcooliques, criblés de dettes et physiquement épuisés, qu'on ne comptait guère de départs.

C'était l'esclavage danois."

Mais cette peinture est aussi intéressant pour de multiples raisons : 


 Copenhague

Et d'abord, ce tableau peint un coin de Copenhague  :  Le cortège sort de Borsen ou Bourse de Copenhague construite pour Christian IV par des architectes flamands entre 1619 et 1640 dans le style de la Renaissance flamande. On remarque la flèche du grand bâtiment autour de laquelle s'enroulent les queues de quatre dragons jusqu'à 56 mètre de Hauteur. Elle se voit de loin quand vous vous promenez à Copenhague. Il faut noter le joli pont qui enjambe le canal, et dans les voiliers, un homme monté sur un mât pour mieux voir le cortège royal.

 

La prestation de serment de Frédéric III 18 Octobre 1660 sur la place de Kjöbenhaven : (détail) Heinrich Hansen (1880)


En cherchant des renseignements j'ai trouvé dans wikisource un extrait de Voyage autour de la Terre dans lequel Jules Verne décrit cette flèche en 1880.

Puis je pris un plaisir d´enfant à parcourir la ville ; mon oncle se laissait promener; d´ailleurs il ne vit rien, ni l´insignifiant palais du roi, ni le joli pont du XVIIe siècle, qui enjambe le canal devant le Muséum, ni cet immense cénotaphe de Torwaldsen, orné de peintures murales horribles et qui contient à l´intérieur les œuvres de ce statuaire, ni, dans un assez beau parc, le château bonbonnière de Rosenborg, ni l´admirable édifice renaissance de la Bourse, ni son clocher fait avec les queues entrelacées de quatre dragons de bronze, ni les grands moulins des remparts, dont les vastes ailes s´enflaient comme les voiles d´un vaisseau au vent de la mer.

 

Flèche aux quatre dragons Bourse de Copenhague (photo de Jugalon)

Mais  l'écrivain décrit aussi une autre flèche remarquable, celle en spirale, avec un escalier en colimaçon extérieur, de l'église de Saint Sauveur. L'oncle de notre héros l'oblige à monter au sommet et bien que cela nous amène loin de notre journée du 10 Octobre,  je vous en donne un extrait  :

Mon oncle me précédait d’un pas alerte. Je le suivais non sans terreur, car la tête me tournait avec une déplorable facilité. Je n’avais ni l’aplomb des aigles ni l’insensibilité de leurs nerfs.
Tant que nous fûmes emprisonnés dans la vis intérieure, tout alla bien ; mais après cent cinquante marches l’air vint me frapper au visage, nous étions parvenus à la plate-forme du clocher. Là commençait l’escalier aérien, gardé par une frêle rampe, et dont les marches, de plus en plus étroites, semblaient monter vers l’infini.
« Je ne pourrai jamais ! m’écriai-je.
— Serais-tu poltron, par hasard ? Monte ! » répondit impitoyablement le professeur.
Force fut de le suivre en me cramponnant. Le grand air m’étourdissait ; je sentais le clocher osciller sous les rafales ; mes jambes se dérobaient ; je grimpai bientôt sur les genoux, puis sur le ventre ; je fermais les yeux ; j’éprouvais le mal de l’espace.
Enfin, mon oncle me tirant par le collet, j’arrivai près de la boule.
« Regarde, me dit-il, et regarde bien ! il faut prendre des leçons d’abîme !  » 

 

La tour de Saint Sauveur

 

Revenons au 18 Octobre ! Sous un dais, marchent Frédéric III, fils cadet de Christian IV, la famille royale et les hauts dignitaires. La reine, au manteau doublé d'hermine, s'avance majestueusement.  Il s'agit de Sophie-Amélie de Brunswick-Lunebourg dont on nous dit très sybillinement qu'elle est énergique et ambitieuse et que son caractère affectera la vie du roi et le destin du Danemark ?  Je n'ai pas trouvé d'autres précisions. A-t-elle encouragé le virage à l'absolutisme ? Près d'elle, quelques uns des enfants royaux sur les huit qu'elle a eus avec Frederik III. Le futur Christian V se tient près de son père et lui ressemble beaucoup ! Il est né en 1646 et a donc 14 ans lors de cette journée. La fille aînée qui tient son petit frère par la main et lui parle est vraisemblablement Anne-Sophie. Née en 1647, elle a treize ans. Le petit garçon est Georges, 7 ans. L'autre jeune fille est Frédérique-Amélie née en 1649, a 11 ans. La petite fille tenue par la main par un noble est peut-être Ulriche Eleonore née en 1656 donc 4 ans. Devant elle mais cachés par les adultes, deux autres enfants dont on peut imaginer qu'il s'agit de  Wilhelmine Ernestine (10 ans). Je me suis amusée à chercher leur prénom mais je n'ai aucune certitude !


La prestation de serment de Frédéric III  La journée du 10 Octobre 1660 (détail)  Heinrich Hansen (1880)


Dans la foule des hommes et des femmes de tous les milieux sociaux et tous les métiers. Hommes d'armes, musicines, noblesse, bourgeois, et le petit peuple, paysans, marins...


La prestation de serment de Frédéric III  La journée du 10 Octobre 1660 (détail)  Heinrich Hansen (1880)


Les détails des costumes et des coiffures...  Quelques scènes de vie intime : le regard affectueux du grand père tenant sa petite fille par la main, un chien qui quémande une caresse.


La journée du 10 Octobre 1660 (détail) Heinrich Hansen (1880)


La foule qui compose ce tableau est vivante, animée, comme prise sur le vif. C'est à la fois une vision historique intéressante par un artiste qui n'est pas contemporain de la scène et un témoignage humain touchant.

Hansen s'est inspiré d'un autre tableau de la prestation de serment, peint en 1666 par Wolfgang Heimbach mais qui en  élargissant la scène  permet de voir toute la place. (château de Rosenborg)


La prestation de serment de Frédéric III : Wolfgang Heimbach château de Rosenborg

 
Wolfgang Heimbach est un artiste allemand devenu peintre officiel à la cour de Frédéric III (1615-1678)

mardi 6 juin 2023

Danemark Copenhague : le musée d'Histoire nationale de Frederiksborg (2)

Le château de Frederisborg :  Chirstian Kobbe
 

Le château de Frederiksborg a été en partie détruit par un incendie en 1859. Il a été reconstruit à l’identique grâce aux dons du mécène Carl Jacobsen. Puis, la famille royale renonçant à l’habiter, il a été transformé en musée national d’Histoire en 1878.

Le château présente des salles remarquables par leur taille et leurs ornementations, le mobilier précieux, les portraits et les tableaux historiques. 

Parmi les plus grandes, figure la salle de la Rose ou salle des Chevaliers au rez de chaussée, la salle des audiences au premier étage et le Grand Hall au second étage.


La Rose ou la salle des chevaliers


La Rose ou la salle des chevaliers (détails)


La salle des audiences



Le Grand Hall


Frederiksbog est un musée historique et à ce titre il retrace toute l'histoire de la famille royale des origines à nos jours. 

Le premier étage : Les rois Oldenbourg

Au première étage est présentée la période des premiers rois Oldenbourg, de Christian I (1448-1481) jusqu’à Christian IV (1577-1648), dans les salles 25 à 32. La période de 1850-1900, y compris les Guerres de Schleswig, est illustrée dans les salles 61 à 68.



Voici quelques tableaux que j'ai particulièrement aimés mais il est difficile parfois de savoir qui est représenté et qui est le peintre.


Frederiksborg : Christian II ( 1481-1559) et ses soeurs, Dorothea et Christine de  Jan Goassert dit Mabuse (1524)


Princesse Christina Slevsig-Hosltein


La première bible traduite en danois




Christian II 1503-1559


Le chancelier mourant remet l'insigne du pouvoir à Christian IV de Carl Bloch


Le couronnement de Christian IV 1596 deOtto Bache

Dans cette salle figure l'immense tableau historique de Otto Bache, peintre danois ( 1839-1927), La procession du couronnement de Christian IV en 1596.

 Ce tableau présente une foule de petits détails, de nombreux portraits et est vraiment passionnant à observer.  Christian IV a dix-neuf ans quand il monte sur le trône. On le voit, en effet, très jeune, sur son cheval blanc. Les expressions des personnages de la foule où se mêlent différentes classes sociales, sont joyeuses, admiratives, voire ferventes  devant le souverain. 

La pauvreté n'est pourtant pas absente. Trois gamins des rues ramassent les pièces jetées sur la chaussée.

 

La procession du couronnement de Christian IV (1596) de Otto Bache

La procession du couronnement de Christian IV (1596) de Otto Bache(détail)



Le couronnement de Christian IV (1596) de Otto Bache (détail)


Le couronnement de Christian IV (1596) de Otto Bache (détail)


Le couronnement de Christian IV (1596) de Otto Bache (détail)


Sphère astronomiqueAndreas Bösch (1554_57)


Le deuxième étage : la monarchie absolue

Le deuxième étage est consacré aux rois incarnant l'absolutisme dans les salles 37 à 42 et à des portraits et mobilier de l’époque 1700-1859 dans les salles 43 à 47.

 En effet, Frédéric III  impose l'absolutisme au Danemark en 1660 en promulguant une loi qui rend  la monarchie héréditaire. Avant lui, le monarque était élu par un conseil.


Le roi Frédéric III (1648-1670)


Et la reine Sophie-Amalia (1628_1685)




Fredreriksborg appartements royaux


Fredreriksborg appartements royaux


La chapelle du château

 


 

La chapelle du château de Frederiksborg a été préservée lors de l’incendie et présente la décoration originale de l'époque de Christian IV, mais l'église contient également plusieurs trésors historiques avec ses voûtes en stucs richement ouvragés.  Dans la tribune se dresse l'orgue Compenius, construit en 1610 par Esajas Compenius. (Tous les jeudis à A 13h30, concert à l'orgue Compenius. Le concert est gratuit pour les visiteurs du musée.)
Pendant la monarchie absolue (1660-1848), les rois danois étaient sacrés dans l'église du château et depuis 1693, il y a une chapelle de chevalier pour l'ordre de l'éléphant et l'ordre du Dannebrog.

 

 


 

De l'église, on accède à la salle de prière du roi de Christian IV, la salle a été recréée en partie détruite mais reconstituée à l’identique. 23 panneaux illustrant la vie de Jésus Christ, que l’on doit à l’artiste Carl Bloch ornent la salle de prière.

 


La vie de Jésus Christ Carl Bloch


La vie de Jésus Christ Carl Bloch


 

  Danemark Copenhague : Le château de Frederiksborg : le tableau du 18 Octobre 1660 de Hansen  La flèche de Borsen et la flèche de Saint Sauveur et Jules Verne (3)

 


dimanche 4 juin 2023

Danemark Copenhague : Frederiksborg, le château de Frédéric II extérieur (1)

Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod et son lac


 Une des plus agréables visites du Danemark pour moi est celle que j'ai faite à  Frederiksborg situé à une trentaine de kilomètres de Copenhague à Hillerod. Rien de plus facile que de s'y rendre ! Des trains nombreux (tous les quart d'heures) et pas chers, vous permettent d'y être en trente minutes. Nous y avons passé la journée. Visite payante de l'intérieur le matin, repas dans un (bon) petit restaurant au bord du lac, et promenade calme et enchanteresse l'après-midi dans le parc (entrée libre). Hors des congés scolaires et un lundi, nous étions peu nombreux à visiter et pouvions même avoir l'illusion que le parc nous appartenait à nous tout seuls! 

Surnommé le Petit Versailles, le château de Frédéric II n'est pas si petit...  D'ailleurs, il est même le plus grand palais de la Scandinavie et il est si beau, si riche ! Il est donc bien plus agréable à visiter que l'immense château de Louis XIV qui lui a servi de modèle mais dont je garde un mauvais souvenir lors de ma dernière visite au milieu de la foule ! Et il est surtout tellement romantique, sur ses îlots cernés par les eaux, avec son immense parc et ses lacs, ses arbres séculaires, ou ceux qui sont bizarrement taillés, sa faune aquatique, cygnes, poules d'eau, et ses jardins à la Française, ses lilas fleuris.

 


Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod, encerclé par la lac

 

La construction du château de Frederik II

 

Frederiksbog a été construit sur des petites îles au milieu d'un lac. A l'origine, il y avait là un manoir acheté et agrandi par Frederic II en 1560. Puis son fils Christian IV décida d'entreprendre des travaux  qui durèrent vingt ans, de 1599 à 1622.

 

Le château de Frederik II construit sur  les petites îles d'un lac : la partie médiévale

 Le premier bâtiment et le second furent reliés à l'autre par un pont en S formant ainsi un ensemble tel qu'on le voit maintenant, entouré d'eau, derrière ses murailles avec ses deux cours intérieures. L'ancien édifice est médiéval, l'autre, celui  de Christian IV, est dans le style de la Renaissance Hollandaise.

 

Le pont en S et la tour à barbacanes

La première porte avec une haute tour en barbacane s'ouvre sur la Fontaine de Neptune, l'autre avec un fronton sculpté permet d'accéder à la seconde cour.

Danemark Frederiksborg: la fontaine de Neptune et la façade renaissance du château

 Promenade dans le parc 

 

Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod


Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod vu du parc


Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod promenade dans le parc


Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod le parc


 Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod le parc


Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod


Vue du château de Frederic II dans l'écrin du parc


Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod
 


Danemark Frederiksborg: le château de Frederik II jardin à la française


Frederiksborg: le château de Frederik II  vue de la colline bassin circulaire


Frederiksborg: le château de Frederik II vu de la colline


Frederiksborg: le château de Frederik II : les lignes rectilignes du jardin à la française


Frederiksborg :  les jardins à la française dessinent la blason de la couronne danoise



Frederiksborg: le château de Frederik II à Hillerod les jets d'eau

Suite : Fredriksborg : intérieur musée national d'Histoire (2)