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dimanche 12 juin 2022

Paris : Exposition Machu Pichu et les trésors du Pérou ( 2) Ai Apaec

Masque funéraire  représentant Ai Apaec ( culture mochica 100 à 800 apr.JC)
 

L’exposition du Palais de Chaillot  à Paris : Michu Pichou et les trésors du Pérou fait la part belle au mythe de Ai Apaec.

Ai Apaec est un héros mythique de la culture Mochica qui explique la vision cosmique de l’univers commune aux civilisations précolombiennes.
Mon premier billet sur l’exposition ICI  expliquait cette vision que je rappelle  : Si toutes ces civilisations présentent des différences et une originalité les unes par rapport aux autres, elles ont pourtant une commune manière d’appréhender l’Univers dans une interconnexion de trois mondes : Pachamama, est la Terre nourricière, divinité respectée, principe de vie et du temps présent, avec ses terres, ses pierres, ses montagnes, ses animaux prédateurs, félins, jaguar ou puma. Elle  anime un Monde nommé Kay Pacha. Hanan Pacha est le domaine du Soleil, de la Lune et des oiseaux. Uku Pacha est l’empire souterrain de l’océan, le monde des ancêtres et de la mort. Le serpent symbolise ce monde.

AI Apaec et ses épreuves. Ici le crabe
 

Ai Apaec est un puissant chef mochica, mi homme, mi félin. Voyant que le soleil plonge dans l’océan, il entreprend un grand voyage pour le rechercher, ce qui l’amènera au pays des Ancêtres, dans les profondeurs de l’Océan. Il doit donc mourir pour renaître et ramener la vie sur la terre. Tel Orphée ou Ulysse descendant aux Enfers, ou Jésus Christ mourant et ressuscitant, il incarne un mythe commun à beaucoup de religions, qui explique le cycle éternel de la Nature. Celle-ci meurt en Hiver et se régénère à chaque printemps, succession des saisons  rappelant aussi le mythe du retour de Perséphone des Enfers.

 

Ai Apaec sur le dos d'un vautour avec le lézard et son ami le chien


Il est accompagné dans cette aventure par ses deux amis, un chien et un lézard.  Ai Apaec poursuit le Soleil disparu sur sur le dos d’un vautour jusque dans l’Océan. Chemin faisant, il doit affronter de nombreux monstres. Il sortira vainqueur de sa lutte contre le crabe dont il prendra la force, contre l'escargot géant, Strombus, contre l'oursin aux piquants empoisonnés, et le poisson-globe. Mais il succombera au dragon et perdra la vie, ce qui lui permettra de pénétrer dans le monde d’en-bas. 

Il ressuscite grâce la chouette chamane et ayant retrouvé sa force et sa virilité, il féconde Pachamama, la Déesse-Terre, pour ramener le soleil, l’abondance et la vie sur la terre. Il sauve ainsi l’Univers et sert d’intermédiaire entre les trois Mondes.


 Son premier ennemi est le crabe, gardien de l'entrée de l'océan. Le héros prend les pinces du crabe qui lui donnent la force.

 

Ai Apaec -crabe

Après avoir battu son adversaire le poisson-globe, Ai Apaec acquiert la couronne du hibou qui lui  permet la vision nocturne. Son corps se transforme en poisson globe.

 


Ai Apaec combat l'escargot géant, Strombus, et entre dans sa coquille se couvrant de son armure invincible.

 

Ai Apaec combat Strombus
 

 

Ai Apaec et Strombus

Ai Apaec affronte le monstre de l’obscurité, serpent-dragon, qui lui coupe la tête avec un couteau. Il devient vieux et ridé. Il meurt  et il peut  gagner le monde d’en bas


La mort de Ai Apaec


Ai Apaec doit quitter le monde des vivants soutenu par un fou et un vautour pour rejoindre les Ancêtres.

Ai Apaec quitte le monde des vivants


La chouette chamane est puissante. Elle lui redonne la vie.



AI Apaec ressuscite. Il s'unit à Pachamama. Le cycle de vie recommence, le soleil réapparaît. Les cultures reprennent. Ai Apaec est figuré ci-dessous en maïs pour témoigner de cette renaissance.

Ai Apaec sous la forme d'un épi de maïs

 Cette coupe raconte l'histoire d'Ai Apaec :


Céramique racontant le mythe d'Ai Apaec

Machu Picchu et les trésors du Pérou


Cité de l'architecture et du patrimoine


Palais de Chaillot, 1 place du Trocadéro, 75116 Paris


Tous les jours de 10h à 19h


vendredi 10 juin 2022

Paris : Exposition, Machu Pichu et les trésors du Pérou (1)

Exposition Machu Pichu : trousseau funéraire impérial en or d'un chef Chimu (1100-1470)
 

Quelle magnifique exposition que celle qui a lieu jusqu’au 4 septembre 2022, au Palais de Chaillot, place du Trocadero, sur les civilisations précolombiennes.  Si vous avez la chance d’être à Paris, surtout ne la ratez pas !  C’est un vrai bonheur !
Machu Pichu et les trésors du Pérou présente 3000 ans d’histoire jusqu'à l'Empire Inca et l’exposition est d’une richesse incroyable, plus de 190 pièces ( ils ont dû dévaliser les musées péruviens et en particulier le musée Larco de Lima! ).

 

Coiffe frontale avec félin et condor Culture Mochica (100 à 800 apr. JC) Musée Larco Lima

Ces artefacts témoignent des cultures pré-incas, Chavin, Paracas, Nazca, Mochica, Huari, Chimu, Lambayeque…  jusqu'à l'apparition des Incas dont le premier souverain, Manco Capac, fonde Cuzco en 1200. La civilisation inca s’implante alors solidement dans la vallée de Cuzco mais ce n’est qu’au début du XV siècle que s’affirme la volonté d’expansion, la  conquête des territoires, la montée en puissance d’un immense empire qui ne cesse de s’étendre en intégrant les autres peuples, en  construisant des villes, palais, temples, voies de communication, en organisant une administration rigoureuse et une société très hiérarchisée. La ville sacrée de Machu Pichu est érigée vers 1450 sous le règne de l’Inca Pachacuti, sur les hauteurs vertigineuses de la cordillère des Andes, à 2438 m d’altitude.…   

La conquête espagnole en 1493 mettre fin à cette brillante civilisation dès le début du XVI siècle..

 

 La scénographie

 
Exposition Machu Pichu Paris 2022
  
 Visiter cette exposition réserve bien des surprises et des plaisirs ! 


La scénographie d’abord ! Elle nous fait pénétrer par des portes en arcs outrepassés dans une atmosphère de clair-obscur qui met en valeur les ors des armures et des bijoux, les vases, coupes, statuettes, masques, dans leurs vitrines délicatement éclairées, le tout baigné dans des lumières feutrées, mystérieuses. 

Video sur le rituel du sacrifice humain et coupe sacrificielle

 Des projections sur les murs, des vidéos, des dessins, viennent appuyer les explications d’une manière imagée, vivante, didactique et ludique à la fois, en particulier quand il s’agit de raconter l’histoire du héros Ai Apaec dans le style  de la BD ou du dessin animé. Je pense aux enfants qui sont introduits dans cet univers si éloigné de nous dans le temps mais rendu ainsi accessible pour eux!
 

Combat de Ai Apaec avec le crabe

 La perfection des objets exposés

 


 Cette boucle d'oreille attribut d'un chef puissant est un objet funéraire orné de l'oiseau-guerrier. Elle est en or, turquoise, nacre, coquillage : culture Mochica  (100_800 apr.JC) 
 
Et puis il y a la découverte d’une civilisation qui a atteint un niveau - artisanal - travail de la céramique, travail du textile, orfèvrerie, travail de l’or et de l’argent, - extrêmement élevé, artefacts d’une grande perfection, d’autant plus riches et divers qu’ils sont le produit de cultures qui se sont succédé pendant 3000 ans ! J’ai admiré la beauté des objets exposés, leurs formes extraordinaires, l’imagination qui y préside, les histoires qu’ils nous racontent.





Perfection de cette cruche en céramique ornée de dessins figurant des vagues. C'est un objet funéraire qui contenait de l'eau ou autres liquides activant le camaquen, force vitale qui anime tout et permet au défunt de continuer à vivre dans le monde d'en bas : culture mochica (100-800 Apr. JC))


 vêtements funéraires : tunique et jupe Culture Lambayeque

Ces vêtements funéraires dont étaient revêtues les momies péruviennes sont composés d'une tunique  appelée Inku et d'une jupe. Les matériaux utilisés sont le coton et de la laine teints avec des pigments naturels issus de plantes ou d'insectes et mêlés à des fibres animales d'alpaga et de vigogne. Culture lambayesque (700-1300 Apr. JC).


Tissage (détail)



Les motifs sont en forme de vague  et indiquent que l'ancêtre va être emporté dans le monde d'en bas, sous l'océan.

Dans une galerie sont exposées les parures funéraires de dix seigneurs pré-incas. C'est une découverte éblouissante tellement, dans la semi-pénombre, l'or et l'argent rutilent mais aussi parce qu'en les observant de près, les détails se révèlent pleins d'originalité, témoignant d'un grand savoir-faire. On y voit l'importance de la nature, inspiration végétale ou animale, qui sert de modèle à l'orfèvre pour concevoir la parure des grands chefs disparus.

Parure funéraire : coiffe , boucles d'oreilles, nariguera, plastron et collier
 
La coiffe frontale est à visage humain encadré de félins rampants. Le nariguera, ornement du nez, signalait le pouvoir divin de celui qui le portait.








 

 
 
Le plastron est composée de motifs d'or en forme de graines de courge. Le collier est orné de grenouilles aux yeux de turquoise.

Collier (détail) culture mochica

 
 
 
Couronne, boucles en porphyre noir Culture Chavin (1250 -1 Av. JC)
 
Cette parure appartenait à un seigneur de la civilisation Chavin (1250 -1 Av. JC) et les boucles en porphyre sont caractéristiques de la culture cupisnique (1250_100 av. JC) qui est une culture régionale Chavin.
 
 
 
Parure funéraire (culture mochica)

 

Collier de perle à têtes de félins.

boucles d'oreilles à bossettes

Des civilisations différentes mais avec une cosmovision commune


Céramique  : Hibou Exposition Machu Pichu Paris
 

Enfin, bien sûr, il y a tout ce que nous apprenons sur les civilisations qui nous sont présentées par thèmes : la religion, la sexualité, la procréation, les rituels de la chasse et des combats, les sacrifices humains ou animaux, la politique, la société érigée en pyramide, les arts, et aussi le mythe du héros Ai Apaec, venu de la culture mochica, dont le voyage dans le monde des morts n’est pas sans rappeler celui d’Orphée ou d’Ulysse.
Si toutes ces civilisations présentent des différences et une originalité les unes par rapport aux autres, elles ont pourtant une commune manière d’appréhender l’Univers dans une interconnexion de trois mondes : Pachamama, est la terre nourricière, divinité respectée, principe de vie et du temps présent, avec ses terres, ses pierres, ses montagnes, ses animaux prédateurs, félins, jaguar ou puma. Elle  anime un Monde nommé Kay Pacha. Hanan Pacha est le domaine du Soleil, de la Lune et des oiseaux. Uku Pacha est l’empire souterrain de l’océan, le monde des ancêtres et de la mort.

La symbolique des animaux
 
Les oiseaux : le colibri

 

Les animaux y jouent un rôle symbolique. Les oiseaux représentent le monde du Soleil et de la Lune et par là ils sont proches des Dieux. Le hibou chasse la nuit, le cormoran plonge dans les eaux profonds pour pêcher. Ils peuvent être en communication avec le dieux et relier les mondes.


Céramique en forme d'oiseau : cormorans

 Le félin, jaguar et Puma, symbolisent le royaume de Pachamama, la Déesse-Terre. Ce sont des prédateurs qui inspirent la crainte.

 

Bouteille à anse-étrier : Félin

Le serpent est l’animal symbolique du Uku Pacha, le monde des profondeurs.


Vase serpent


 Les rituels de chasse et les rituels sacrificiels

Céramique de la Rebellion des objets

Cette céramique raconte le mythe mochica de la Rébellion des objets sous les commandements du Dieu Hibou et de la Déesse Lune, des objets inanimés prennent vie et capturent des guerriers humains. Dans la partie supérieure du récipient, parures et armes côtoient deux divinités qui symbolisent la "nouvelle peau des guerriers" qui se transforment en ancêtres après le rituel sacrificiel.


Les objets se rebellent et s'animent

Au cours des chasses  auxquelles seuls les personnages haut placés pouvaient participer, on  recueillait le sang des animaux pour l'offrir au Dieux.

Cerf attendant le sacrifice

 

Il y avait aussi des sacrifices humains car dans la culture mochica la vie ne peut continuer qu'à travers la mort. Les prisonniers vaincus étaient conduits au temple et le prêtre offrait leur sang aux Dieux qui en échange maintenait l'ordre naturel, le cycle des saisons, éviter les inondations ou les sècheresses extrêmes. Mourir ainsi était un acte glorieux car les guerrier sacrifiés contribuaient à l'apaisement de la Nature et au bon fonctionnement des cycles de vie dont la mort fait partie. C'est ainsi que le sacrifice humain chez les incas ne se pratiquaient pas aussi fréquemment que chez les Mayas et les Aztèques mais seulement en temps de crise.

Les céramiques pré-incas extrêmement bien conservées  racontent, peintes sur toute leur face, les détails du combat rituel.

Le combat : le vaincu tiré par les cheveux

Celle ci-dessous présente la cérémonie du sacrifice et la présentation de la coupe (culture mochica 100_800 apr. JC). Les archéologues disent que c'est leur pierre de Rosette pour connaître la culture de ce peuple.

Céramique à anse étrier de la cérémonie du Sacrifice

Le sacrifice  était suivi d'une grande célébration  qui avait lieu qui avait lieu avec musique, danse et  boisson, la chicha.

 

Musicien jouant de la flûte andine (Quena) culture mochica


Céramique tambour chaman (culture nazca (100_600 apr.JC)


 Bon, vous avez compris que j'ai adoré cette exposition. Aussi, je ne m'arrêterai pas là. Je vous présenterai bientôt le mythe du héros Ai Apaec à travers les oeuvres qui représentent son voyage au pays des Ancêtres.

Paris Exposition, Machu Pichu et les trésors du Pérou (2) Le mythe de Ai Apaec

 

Machu Picchu et les trésors du Pérou


Cité de l'architecture et du patrimoine


Palais de Chaillot, 1 place du Trocadéro, 75116 Paris


Tous les jours de 10h à 19h


Tarifs : semaine 22 €, week-end et jours fériés 24 € 

(18 € et 20 € pour les enfants)


15€ supplémentaire  pour le voyage virtuel

Du 16 avril au 4 septembre 2022