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samedi 21 février 2009

Christian Bobin : La Folle allure


La Folle allure de Christian Bobin est l'histoire de Lucie, (ou Aurore, Belladone, Marie, Ludmilla, Angèle...) ou peu importe le prénom choisi par l'héroïne au cours de ses fugues réitérées.
Petite fille, elle vit dans un cirque, est amoureuse d'un loup dans les yeux duquel elle voyage.
 Mon premier amour a les dents jaunes. Il entre dans mes yeux de deux ans, de deux ans et demi. Il se glisse par la prunelle de mes yeux jusqu'à mon coeur de petite fille, où il fait son trou, son nid, sa tanière.
A la mort du loup, commencent les fugues de la fillette. Là, elle va découvrir une vérité fondamentale pour elle : personne, non, jamais personne ne pourra la contraindre à faire ce qu'elle ne veut pas.
Très jeune, elle se marie et et prend des amants.
Ce ne sont pas vraiment des fugues. J'ai médité là-dessus, après la remarque de ma mère : si je ne disparais plus c'est que je n'ai plus besoin de disparaître. Le mariage est encore la meilleure façon pour une femme de devenir invisible.
Elle divorce. Après un début de carrière dans le cinéma, elle renonce à tout et se réfugie dans un hôtel pour écrire le livre que nous sommes en train de lire. Au cours de cette retraite elle retrouve son ange aux cheveux rouges et aux ailes un peu fripées.
Le travail de mon ange est de me détacher du monde (et de moi) en me donnant une puissante envie de dormir.(...) l'écriture faisait partie de ce sommeil.
A la fin de cette expérience elle sent qu'elle a enfin grandi, qu'elle a enfin pu être elle-même. Mais pour cela, il faut échapper à ceux qui vous aiment.
On ne peut pas grandir avec les autres. On ne peut grandir qu'en faisant des choses dont on ne leur rendra pas compte. Cette part là, est la part de l'ange- ou du loup.
Dans le rétroviseur de sa vie, elle peut donc apercevoir ce  trio charmant, vraiment la fine équipe, un loup aux dents jaunes, un ange aux cheveux rouges, et le gros, le gros imperturbable..
Le gros, c'est Bach.
Le gros plein de notes. Si je préfère sa musique à toutes les  autres, c'est parce qu'elle est délivrée du sentiment. Pas de chagrin, pas de regret, pas de mélancolie : juste la mathématique des notes comme le tic tac des balanciers de l'horloge.
Et au-delà du récit, il y a le style de Bobin, le regard attentif qu'il porte au monde pour en dénoncer la beauté, l'amour du détail, de la précision, comme s'il se livrait à un fin travail de ciseleur, l'analyse des sentiments qu'il nous livre une fois sortis de leur gangue et qui demande patience, calme et retrait hors du monde.
Quelques réflexions que j' aime :
Les yeux des hommes sont plus changeants que ceux des loups. Ce qu'on y voit est beaucoup plus terrible.
Ce n'est pas qu'il y ait deux mondes, celui des riches et celui des pauvres. C'est bien plus fort que ça : il n'y a qu'un seul monde, celui des riches et, à côté ou en arrière, le bloc informe de ses déchets.
Elle est éternelle ma mère. Je sais bien que la mort entrera un jour dans son corps et que l'âme en sortira pour ne pas manquer d'air, pour continuer à battre la campagne, ailleurs, autrement. Je sais bien mais en attendant ce jour, je prends un plaisir fou à entendre sa voix, l'entendre pas l'écouter, les mots n'ont pas une si grande importance, qu'avons-nous à nous dire dans la vie, sinon bonjour, bonsoir, je t'aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivante sur la même terre que toi.

vendredi 20 février 2009

Shan Sa : Le vent vif et le glaive rapide


Le Vent vif et le glaive rapide est un recueil de poèmes de Shan Sa, pseudonyme qui signifie en chinois : bruissement du vent dans la montagne La jeune écrivain chinoise est l'auteur notamment de La Joueuse de go.

Le titre est contenu dans cet avant-dernier poème du recueil où Sahn Sa regarde vers ses origines :

Le vent vif et le glaive rapide
Sont les seules bénédictions
de mes aïeux.

Le thème de l'origine, du pays lointain, associé bien souvent au thème du vent, est très vivace dans cette fin du recueil où la jeune femme après avoir chanté les joies puis les souffrances de l'amour trahi, se tourne vers ce qu'il y a d'immuable en elle, ce qui est ancré à tout jamais, échappe à l'aléatoire,

Prends soin de ce corps
Trois mille âmes l'ont habité
Il te conduit
Vaisseau large
De la rivière à la mer
De la mort à la renaissance.


et exprime la nostalgie de l'exilée :

Le vent du nord
Fait sangloter les oiseaux
Est-ce le chant de mon pays
Qui appelle ses âmes errantes?

lundi 2 février 2009

Surdité du bord de mer…


Je découvre souvent en lisant des blogs ou des chroniques des textes qui me parlent, que je trouve intéressants, dont j'aime l'idée et l'écriture. J'ai envie de les conserver pour les relire. J'ai parfois envie aussi d'y répondre pour dire mon accord ou mon désaccord, pour noter mes réaction personnelles, bref, j'ai décidé de "collectionner" pour réfléchir ou réagir. Il s'agit d'une sorte de recueil dont j'aurai glané les feuilles de-ci, de-là et que je retrouverai dans Ma Librairie.

                                                       Le coquillage Gustave Moreau

Ce texte écrit par Sophie Poirier dans son blog L'Expérience du désordre m'a touchée parce qu'il me rappelle combien la vie est fragile, le bonheur éphémère.

Parce que mon oreille gauche s'était bouchée soudainement (j'entendais la mer dans le coquillage, sans le coquillage), l'ORL après avoir soigné mon ouïe pertubée (je n'ai rien contre entendre l'océan et les vagues, bien au contraire, mais seulement quand je suis face à la mer…), donc il m'a soigné pour une perte d'ouïe à l'oreille gauche et il m'a prescrit un IRM.

C'est ce tube dans lequel tu entres allongé, tu restes immobile, là comme ça, la tête coincée, tu te prends facilement pour un cadavre dans son cercueil alors forcément tu flippes un peu… Le radiologue te met dans la main une poire qui sert de lien avec le monde extérieur. Au cas où tu paniques…

Elle m'a dit :  Vous pouvez fermer les yeux. C'est ça qui fait peur. Donc conseil : garder les yeux ouverts (comme dans la vie, tu changes rien, tu restes vigilant et attentif)
Ils ont bricolé une sorte de petit miroir au-dessus de toi. Si tu regardes, tu vois ce qu'il y a devant le tube, des écrans, des gens qui passent, un bout de ton orteil qui dépasse… C'est beaucoup mieux que l'obscurité.

Ça dure un quart d'heure. De temps en temps, une sirène retentit, comme si la machine avait détecté de quoi sonner l'alerte. Au début j'ai cru qu'ils écoutaient de la techno, mais non c'est le bruit des machines. Avis aux amateurs de musique façon Pierre Henry, il y a du son et du rythme à aller enregistrer.

Après, le chef des IRM vient te dire le résultat. Pour moi c'est normal. Monsieur Piton me l'annonce vite fait, dans un petit bureau. Mon amoureux est, lui, dans la salle d'attente.

J'imagine si le pire était dit, là, dans ce bureau comme celui du KGB, toute seule. Et après le parking de la clinique, -5° dehors, un amoureux ébahi et toi qui pleures…
C'est donc ainsi qu'on peut apprendre des très mauvaises nouvelles. C'est moche.

Au lieu de ça, on a fait les veinards, on a ri, oui, oui, j'ai bien un cerveau.

Mais je pense à la vie qui est courte, souvent brutale. Aux autres qui sont sortis d'ici sans fous rires, avec les vertiges et les peurs.
Je pense à mon père aussi.