Pages

Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles

mercredi 29 juillet 2026

Festival OFF d'Avignon 2026 (suite et fin)

 

Au fur et à mesure que les années passent depuis la fin des années 1980, date de mon arrivée à Avignon et de  mes premiers spectacles au Festival d'Avignon, je vois moins de spectacles qu'avant et la traversée de la ville dans la canicule quasi constante du mois de Juillet me fatigue. Comme me fatiguent les attentes au soleil devant des théâtres dont les organisateurs, pour certains, n'ont parfois même pas l'amabilité de mettre des bancs et des parasols pour protéger les spectateurs ! Donc, je n'ai vu qu'une vingtaine de pièces cette année et j'ai raté certains spectacles dont les salles étaient complètes parfois dès le mois de Juin !

Je termine aujourd'hui les billets de ce festival 2026.

 

Michalik intra muros 21H15 le Samedi 4 juillet  



Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser son premier cours de théâtre en centrale. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d'autres cours  et d'autres cachets - mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n'est là que pour accompagner son ami. Richard, secondé par une de ses anciennes actrices - accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours… »

Cette pièce de théâtre qui se déroule en milieu pénitentiaire m’a paru un peu attendue malgré cette fin à la Corneille, à la manière de L’Illusion comique, qui joue sur la surprise du théâtre dans le théâtre. Je ne l’ai pas aimé comme Le porteur d’histoires ou Le cercle des Illusionnistes.


du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
21h15 1h40
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 
Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 12 ans
Avertissements : Aucun

auteur⸱ice
De Alexis Michalik

équipe artistique
Alexis Michalik - Mise en scène
Clémentine Aussourd - Interprétation
Janik Erima - Interprétation
Muriel Gaudin - Interprétation
Thibaut Gonzalez - Interprétation
Azize Kabouche - Interprétation
Killian Rebreyend - Interprétation
Juliette Azzopardi - Scénographie
Raphaël Charpentier - Musique
Arnaud Jung - Création lumière
François Leneveu - Régie
Marion Rebmann - Costumes
ACME SAS

 

Brasser l’air et s’envoler Dimanche 5 Juillet

 



« Comment changer le monde et retrouver foi en l’humanité ? Il va vous éclairer ! Ou du moins essayer… Xavier patauge au milieu des questions existentielles, emmêlé dans les contradictions de notre temps. À deux doigts de l’implosion, il a une illumination ! Changer le monde. Redonner optimisme et foi en l’humanité, tout simplement. Bonne chance à lui…

De l’humour pour ce spectacle qui brasse les bons sentiments, un peu trop peut-être ? Mais c’est sympa, c’est amusant et le comédien se déchaîne !

Brasser l’air et s’envoler
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
15h40 1h05
SCALA PROVENCE (LA) 

auteur⸱ice
De Xavier Guelfi
équipe artistique
François Rollin - Mise en scène
Xavier Guelfi - Interprétation
Quentin Maudet - Lumière
Laura Thavenot - Scénographie
Juliette Bayi, Thomas VDB - Collaboration artistique
La Scala Productions & Tournées


Bigre  21H15 Vendredi  10 JUILLET 21H15

 



"Le mélo burlesque au succès phénoménal, Molière de la Comédie 2017 Il était une fois, aujourd’hui, trois petites chambres de bonnes haut perchées sous les toits qui dominent Paris. Un gros homme, un grand maigre et une blonde pulpeuse sont voisins de couloir. 

L’histoire serait joliment romantique si ces trois hurluberlus n’avaient comme particularité de tout rater. Absolument tout. Les catastrophes s’enchaînent, les gags pleuvent, tandis que ces trois fantoches s’accrochent à tout ce qui ressemble à l’amour, à la vie ou à l’espoir."

Je voulais sortir ma petite-fille de ses Molière et Shakespeare chéris et j’ai choisi ce spectacle contemporain que tous les critiques  parisiens me présentaient  comme un « mélo burlesque au succès phénoménal » : A hurler de rire ! - L'Obs Une véritable déflagration comique ! Télérama pour ne citer qu’eux ! A voir en famille selon les recommandations !

Que n’avais-je fait !  Sur scène un gros et un maigre façon Laurel et Hardy. Pourquoi pas ? Un gros épris d’ordre et de gadgets contemporains façon Tati ? Pourquoi pas ? Il tape dans les mains et la cuvette des Wc sort de son placard. Hum !  Mais lorsqu'il baisse son slip pour s’asseoir dessus ou lorsqu’il prend sa douche nous gratifiant de la vision de ses fesses en gros plan alors ça se gâte ! Voilà mon ado furieuse, qui fulmine à côté de moi, dans un silence effroyablement éloquent !  Ajoutez-y le son chaque fois qu’ils vont uriner dans les toilettes communes à cet étage de chambres de bonnes, sans compter le bruitage d’une diarrhée en prime… là je ne la tiens plus ! Une colère ! Rien ne la fait rire. Mais comme nous avons pour politique de ne pas sortir avant la fin pour ne pas gêner les spectateurs et les comédiens, nous restons coincés jusqu’à la fin, la colère étant proportionnelle à la durée du spectacle !

Impossible avec ça, d’apprécier ce qu’il pouvait y avoir d’intéressant dans cette pièce  ! 
Vive Molière !



du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
21h15 1h30
SCALA PROVENCE (LA)

auteur⸱ices
De Pierre Guillois, Agathe L’huillier, Olivier Martin-Salvan
équipe artistique
Pierre Guillois - Mise en scène

Pierre Guillois en alternance avec Bruno Fleury - Interprétation
Agathe L’Huillier en alternance avec Éléonore Auzou-Connes ou Anne Cressent - Interprétation
Jonathan Pinto-Rocha en alternance avec Pierre Delage - Interprétation
La Scala Productions & Tournées


L’affaire du tueur de l'ombre Dimanche 12 JUILLET 16H20 

 


 

« Découvrez la nouvelle pièce de Grégory Bellanger : un thriller palpitant inspiré d'une histoire vraie.

Le tueur de l'ombre est l'insaisissable meurtrier qui sévit au début des années 70 et répand la terreur dans la petite ville de Nogent-sur-Oise. Sa particularité : il ne tue que des femmes brunes en pleine nuit.

03 novembre 1974. Après cinq années d'enquête infructueuse et six meurtres, le jeune inspecteur Daniel Neveu est muté à la Police Judiciaire de Nogent-sur-Oise où il se voit confier l'enquête. Obnubilé par cette affaire, il va véritablement traquer le tueur et tenter de le comprendre en utilisant des techniques de profilage encore méconnues en France.

Une plongée au coeur d'une enquête retentissante et d'une petite ville ouvrière marquée à tout jamais par ce tueur de femmes »


Là, c’est le choix de ma petite-fille. Elle  adoré et moi j’ai aimé ! Il faut dire que la mise en scène et la scénographie sont ingénieuses, la vidéo, la création-lumière aussi et les comédiens très bien.  Une belle affiche !

du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
16h20 1h25
PRÉSENCE PASTEUR

auteur⸱ice
De Grégory Bellanger

équipe artistique
Léa Marie- Saint-Germain - Mise en scène
Adrienne Ollé - Mise en scène
Grégory Bellanger - Interprétation
Aurélien Gouas - Interprétation
Clara Leduc - Interprétation
Léa Marie-St-Germain - Interprétation
Morgan Perez - Interprétation
Laurent Dubesset - Vidéo
Marie Hervé - Scénographie
Delphine Ceccato - Diffusion
Sarah Ancel - Création lumière
Jonathan Aubart - Musique
Dany Blin - Musique
Malou Galinou - Costumes
Les Poulbots


Filles d'Ariane 12h25 Jeudi 23 Juillet

 


"Construite à la façon d'un policier, "Filles d'Ariane" suit l'enquête de Fleur, une adolescente qui tente de comprendre qui était sa mère. Ses recherches l'amènent à sonner à la porte d'un homme qu'elle croyait inconnu mais qui semble la reconnaître au premier regard. Fleur en est alors convaincue : cet homme en sait plus qu’il ne veut l’admettre. Ensemble, ils décident de replonger dans le passé pour enfin révéler à la jeune fille le secret qui entoure sa naissance."

Des idées de mise en scène !

du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
12h25 1h15
ALYA, L'ESPACE

auteur⸱ice
De Martin Kindermans
équipe artistique
Martin Kindermans - Mise en scène
Valentine Daruty en alternance avec Constance Arnoult - Interprétation
Thomas de Fouchécour en alternance avec Martin Kindermans - Interprétation
Alexis Parmé - Régie générale
Camille Bonsergent - Scénographie
Juliette Thibault - Costumes
Kevin Galie - Musique
Anna-Marie Holmes - Musique
Ludwig Minkus - Musique
Evergreen Symphony Orchestra - Musique
Christophe Paris - Diffusion


JEUNE PUBLIC


NUAQ   Dimanche 19 Juillet

 


"NUAQ est l’histoire d’une jeune Inuit qui confronte ses rêves aux désirs toujours plus insistants de toute une communauté. La jeune fille possède le don de « rêver utile ». Se laissant d’abord dévorer par l’ambition des villageois qui l’entourent, elle va devoir apprendre à résister, connaître l’exil, et affronter un retour à ses racines en imposant l’idée d’un rêve libre, loin de toute rentabilité. À partir d’ une esthétique minimaliste et riche de symboles, le spectacle qui se déploie sur un pop-up aborde les thématiques de la perte et de la force du rêve. Tout en poésie et en délicatesse, ce spectacle de théâtre et marionnettes se crée à hauteur d’enfant. " 

Beau mais froid ! ( sans jeu de mots)/; Mon petit-fils ( 5 ans) s'est ennuyé. 
 

Ecole du spectateur 14H45


VERSANT VIVANT MARDI 21 JUILLET

 

 
 
 
"Concert dessiné et animé. Un voyage en montagne au rythme des cycles du vivant.
description
Prix du jury du Festival Au bonheur des mômes 2024

Au creux de la montagne, les êtres s’endorment : humains, animaux, domestiques ou sauvages, proies ou prédateurs, tous se retrouvent en rêve pour une trêve bienvenue.
Dans ce territoire commun, les échelles de temps et d’espace s’entremêlent et se confondent, un battement d’aile dure une saison, les arbres puisent leur sève à la lumière des étoiles, les stalactites grandissent à vue d'œil...
Les liens qui unissent les différents cycles du vivant se révèlent, immémoriaux, inattendus.
Un dialogue entre musique et dessin s'instaure autour de la question du temps qui se déploie de part et d’autre de la scène."

 J'ai aimé mais mon petit-fils beaucoup moins.

 
Ecole du spectateur 11H   

lundi 27 juillet 2026

Florence Arthaud / Jean-Benoît Patricot : Cette nuit le mer est noire/ Une femme à la mer

 

 

 Florence Arthaud : Cette nuit la mer est noire 


« J’ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l’eau. Il fait nuit noire. Je suis seule […]. Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau. » 


Une femme à la mer

Une femme à la mer est l’adaptation théâtrale de Jean-Benoît Patricot mise en scène par Stéphane Cottin du livre de Florence Arthaud :  Cette nuit la mer est noire dans lequel elle raconte comment elle a failli perdre la vie le samedi 29 octobre 2011 alors qu’elle naviguait seule à bord de son voilier au large du Cap Corse. Lorsqu’elle tombe à la mer, elle n’a pas de gilet de sauvetage, elle est alourdie par ses bottes et ses vêtements, elle n’a pour tout éclairage que sa lampe frontale, elle est loin de toute côte et l’eau est à douze degrés. Elle voit son bateau s’éloigner d’elle et d’un seul coup la certitude de la mort s’impose à elle. Elle  partage avec nous ses pensées, l’angoisse, le refus de la mort. Alors qu’elle a triomphé tant de fois lors de ses grandes courses solitaires, affronté les quarantièmes rugissants sans faiblir, elle va être vaincue lors d’une simple croisière sur une mer calme. Pourtant, elle ne se résigne pas à abandonner la lutte pour sa survie même si elle a peu d’espoir. Ce qui va la sauver c’est son téléphone portable qu’elle découvre dans la poche de son survêtement  et l’appel qu’elle peut passer à sa mère puis à son frère qui appelle les secours. L’épuisement la gagne.  Elle n’est sauvée qu’au dernier moment quand ses forces la lâchent et qu'elle est récupérée par un hélicoptère.

Sur scène, le décor :  la mer et le ciel, images projetées sur un écran de fond de scène et de belles lumières jouant sur le clair-obscur. La comédienne évolue devant la mer, suspendue dans les airs par des filins élastiques qui s’allongent, s’étirent, remontent et redescendent son corps balloté par les vagues, donnant l’impression qu’elle évolue dans un milieu liquide et qu’elle se maintient à la surface de plus en plus difficilement.

Je n’ai pas lu le livre mais Nathalie Lucas qui interprète le personnage de Florence Arthaud nous fait partager cette lutte pour la survie et le courage, la force de volonté de cette femme qui  a toujours eu, au fond d’elle-même, ce besoin de se colleter  à la difficulté et cet amour de la mer et de la navigation. Un bon spectacle que l’on suit avec beaucoup d'intérêt et qui nous tient en haleine..

 


du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
11h40 1h10
GÉMEAUX (THÉÂTRE DES) 
Salle : Salle des Colonnes - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 10 ans

auteur⸱ices
De FLORENCE ARTHAUD
Adaptation : Jean-Benoît Patricot
équipe artistique
Stéphane Cottin - Mise en scène
Nathalie Lucas - Interprétation
Moïse Hill - Lumière
Cyril Giroux - Musique
Marc Bizet - MBTA - Acrobatie
Chouchane Abello - Costumes
Oval Théâtre des Gémeaux Parisiens



 


vendredi 24 juillet 2026

Léna Ghar : Tumeur et Tutu adapté par Emilie Faucheux


Je n'ai pas lu le livre de Léna Ghar Tumeur et Tutu ( Tu meurs et tu tues) mais l'adaptation d'Emilie Faucheux au théâtre est puissante et le seule en scène qu'elle nous donne, haletant, intense.

Voilà une comédienne qui ne croit, comme je l'ai vu parfois dans certains spectacles, qu'incarner un personnage, c'est juste changer d'écharpe ou de chapeau ! Non ! Elle est cette petite fille de trois ans, puis cette adolescente, enfin cette adulte, qui, pour échapper à la violence de sa mère, à sa domination malfaisante et destructrice, aux humiliations, aux coups, s'invente des mots, joue avec le langage, et dessine le monstre qui est en elle et qui l'étouffe. Peut-être si elle parvient à le nommer, à trouver le mot juste, peut-être pourra-t-elle s'en libérer ? A moins que ce soit les mathématiques qui y parviennent ? Les mathématiques pour résoudre l'équation du Bonheur ?  Ces dessins, ces jeux de lumière, ces traits hachurés, ces graphismes en noir et rouge envahissent la scène projetés sur l'écran, rythmés par une musique qui se fait parfois brutale, obsédante, scandés par ses cris répétitifs...

Mais elle est tous les personnages, la mère, la grand-mère,  sa voix se transforme, son physique aussi. Elle est aussi Météore, son amante, qui pourrait peut-être la sauver et tuer le monstre en elle ? Mais guérit-on jamais vraiment de son enfance ?

 Un beau spectacle et une interprétation remarquable !

 

 TUMEUR ET TUTU

du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
14h50 1h25
PRÉSENCE PASTEUR
Salle : Salle Jacques Fornier - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 14 ans
Avertissements : Utilisation de stroboscope 
auteur⸱ice
D'après Léna Ghar
 
équipe artistique
Emilie Faucheux - Interprétation
Guillaume Junot - Création lumière
Paul Bertrand - Création son
Anne de Bréchard - Administration
Chloé Fourcault - Dessin
Thomas Journot - Photographie
Karine Jurquet - Collaboration artistique
Claire Lacroix - Diffusion
David Néaud - Musique
UME THEATRE
Compagnie française
 

 

jeudi 23 juillet 2026

Shakespeare : Le conte d'Hiver mise en scène Sabine Langlade

 

 

J'ai  vu  et commenté Le conte d'Hiver dans mon blog au festival d'Avignon il y a de nombreuses années et voilà que je le revois en 2026. Et j'éprouve la même stupéfaction que la première fois. Pourtant je m'étais donné beaucoup de mal pour comprendre la pièce dans un billet de 2012 ICI  et  je ressens à nouveau la même incompréhension.  Je l'ai vue, je l'ai lue et je l'oublie ! Je redécouvre l'histoire, je m'y ennuie, et je suppose que quelle que soit la mise en scène cela risque d'être toujours le cas.

Drôle de pièce !  Je n’ai pas aimée cette dichotomie tellement grande entre la première partie (3 actes) qui est une tragédie et une seconde partie ( 2 actes) qui est une comédie champêtre suivie d’une réconciliation avec un heureux dénouement..



La tragédie

Polixène, Léonte et Hermione dans la mise en scène de Sabine Anglade

 

 Le roi de Sicile Léonte et le roi de Bohême Polixène sont amis depuis l’enfance.  Polixène a rendu visite à son ami en Sicile et annonce son départ. Léonte le prie de rester quelque temps encore mais celui-ci refuse, alléguant des affaires urgentes. Léonte demande alors à sa femme Hermione d’intervenir et celle-ci finit par convaincre Polixène de prolonger son séjour. Il n’en faut pas plus à Léonte pour devenir fou de jalousie, soupçonner son épouse d'adultère et de porter un enfant qui n’est pas de lui.
Il  cherche à tuer Polixène qui parvient à fuir grâce au serviteur de Léonte, Camillo, qui refuse d’être complice d'un crime odieux et injuste. 
Léonte fait emprisonner Hermione qui accouche en prison d’une petite fille nommée Perdita ( l’enfant perdue). L'enfant est abandonnée par Antigonus, noble sicilien, sur ordre de Leonte, dans un pays qui n'est autre que la Bohème. Lors de son procès Hermione est innocentée par l’oracle de Delphes mais humiliée, maltraitée, elle se laisse mourir. Son premier enfant, Mamillius meurt de chagrin. Le roi a donc perdu à la fois sa femme, son premier né et sa fille. 
Une sombre tragédie qui rappelle, bien sûr, Othello, mais le personnage d’Othello est plus développé et l’étude de la jalousie plus approfondie, Othello et Desdémone étaient les jouets de Iago et de sa machination perverse alors que Le conte d’Hiver surprend par sa rapidité et l’aspect irrationnel de la jalousie.  
Evidemment, la pièce à une résonance de nos jours dans la dénonciation du féminicide et je comprends qu’elle puisse attirer les metteurs en scène qui cherchent à actualiser la pièce. Elle est l’exemple de la violence faite aux femmes par l’homme qui détient le pouvoir sur elles. Mais comment concilier cela avec ce qui suit ?


La pastorale et le dénouement

 

La Statue d'Hermione

 

 En Bohème, Perdita est recueillie par un vieux berger et son fils qui l’élève comme sa fille ( comme Oedipe!).  Quand elle a seize ans, elle est courtisée par Florizel qui veut l’épouser lors de la fête pastorale de la tonte. Or Florizel est le fils de Polixène qui interrompt la fête et empêche le mariage.  Le couple décide alors de fuir avec Camillo et devinez où ? En Sicile !
Le dénouement verra, bien sûr, la réconciliation des amis, le retour de Hermione qui n’est pas morte ( sa statue est amenée à la cour et d’un seul coup s’anime!) et le mariage de Perdita et Florizel !  La tragédie se termine en comédie.

Voilà quelle a été mon impression devant la représentation de cette pièce et la mise en scène de Sandrine Anglade, à tort ou à raison,  ne m’a pas convaincue d’y adhérer. J’ai eu l’impression d’assister à un collage de deux histoires antithétiques sans unité et sans grand intérêt.


Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte

 

Depuis je suis tombée sur un article de Danièle Berton-Charrière ICI  intitulé Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte aux Presses universitaires de Paris-Nanterre.  Je vous donne la référence si vous vous intéressez à Shakespeare car il donne des explications érudites et passionnantes sur l’origine et l’interprétation de la pièce.

Je cite : "Le Conte d’hiver emprunte non seulement, pour l’intrigue, au Pandosto de Greene* mais aussi pour la forme, par analogie ou adaptation, aux divertissements aristocratiques du jeu de cour et aux divertissements populaires issus du folklore. Cet étagement rappelle que la romance du Conte d’hiver, outre sa fonction narrative, a aussi fonction de récréation, ce qu’elle affiche en s’annonçant comme un conte pour longue veillée d’hiver, c’est-à-dire comme récit et comme passe-temps communautaire, un divertissement pour tout dire."

"C’est cet aspect que se propose de développer cette étude, en montrant que la pièce emprunte au fond médiéval du divertissement courtois et à ses deux volets, la cour d’amour pour la partie sicilienne, et son contrepoint la pastourelle pour la partie bohémienne…. Ce faisant, elle revisite le lien entre cour royale et cour de justice régulièrement tissé dans la poésie médiévale, par exemple dans le procès d’Hermione."


 

*Robert Greene écrivain, dramaturge, plus âgé que Shakespeare, et son principal rival

 

 Le conte d'Hiver

du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
12h30 1h50
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 
Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 12 ans

auteur⸱ice
De William Shakespeare

Sandrine Anglade - Mise en scène
 

Héloïse Cholley - Interprétation
Florent Dorin - Interprétation
Damien Houssier - Interprétation
Laurent Montel - Interprétation
Nina Petit - Interprétation
Sarah-Jane Sauvegrain - Interprétation
Rony Wolff - Interprétation
Clément Camar-Mercier - Traduction
Compagnie Sandrine Anglade


 

mercredi 22 juillet 2026

Bertold Brecht : Le cercle de craie caucasien mise en scène Charlotte Mazneff


 

Le cercle de craie caucasien de Bertold Brecht a été écrit en 1945, publié en 1949 quand Bertold Brech revient à Berlin après l’exil en Scandinavie et aux Etats-Unis par le gouvernement nazi. Le cercle de craie caucasien est inspiré du jugement de Salomon et d’une pièce de théâtre chinoise Le cercle de craie mise en scène par le dramaturge allemand Klabund en 1925.
 

Dans Le cercle de craie caucasien, en Géorgie, la révolution fait rage. Le gouverneur est exécuté et sa femme part en toute hâte emportant ses beaux vêtements mais oubliant son bébé, Michel. Groucha, la servante au grand coeur, le recueille et fuit dans les montagnes du Caucase poursuivie par les soldats qui traquent le jeune héritier. Elle échappe à mille dangers, à la faim, au froid, aux dénonciations, traverse un précipice sur une échelle, dupe ses ennemis et finit par arriver chez son frère. Pour sauver Michel toujours recherché, elle fait passer l'enfant pour le sien et accepte de se marier avec un fermier Youssouf qui est, dit-on, proche de la mort. Mais la fin de la guerre redonne vie à Youssouf qui, en réalité, feignait d’être mourant, et désormais Groucha est mariée contre son gré. Elle reste fidèle en pensée à son fiancé Simon qu’elle aime toujours. Cependant quand celui-ci revient au pays,  il rompt les fiançailles. 


Groucha franchit le précipice: photo Gregory Matzneff


Quand la paix revient, les soldats retrouvent Michel réclamé par sa mère naturelle. C’est le juge Azdak, écrivain, homme du peuple, qui va juger qui est la véritable mère. Il soumet les femmes à l’épreuve du cercle de craie. Celles-ci doivent tirer l’enfant par le bras, chacune de leur côté du cercle. La plus forte remportera la victoire. Groucha refuse de faire du mal à son enfant. C’est elle qui considérée comme la vraie mère. Azka  prononce le divorce de Groucha et celle-ci peut retrouver Simon qui adopte Michel. 


Le jugement du cercle de craie photo Gregory Matzneff


La pièce explore le thème de l’amour maternel libéré de tout égoïsme. Le dévouement de l’humble fille de cuisine envers l’enfant, sa bonté, la sincérité de l’amour entre Simon et Groucha, montrent la supériorité morale du peuple sur l’égoïsme du pouvoir. Pourtant le manichéisme est en partie écarté car les soldats violents qui poursuivent le bébé, la paysanne qui trahit Groucha, le vieux paysan madré et lâche qui feint d’être mourant pour éviter les violences de la guerre, ne sont pas des personnages positifs. 

La mise en scène de Charlotte Mazneff et la performance des comédiens du Grenier de Babouchka, offrent, comme d’habitude, un spectacle de qualité. Une multitude de personnages incarnés par les huit comédiens occupent la scène avec brio, figurant tour à tour les hommes de pouvoir, nobles, gouverneur, juges, mais aussi serviteurs, soldats, paysans et paysannes, pour faire revivre les dangereuses aventures de Groucha. Le tout est très enlevé, en musique et en chansons. Les décors mobiles et évolutifs figurent tour à tout, le palais du gouverneur, une montagne vertigineuse, une isba modeste, un chariot, une salle de justice, les costumes et les éclairages sont aussi très réussis. 

 

du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
12h05 1h35
CHIEN QUI FUME (THÉÂTRE DU)
Salle : Chien Qui Fume - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 11 ans

auteur⸱ice
De Bertolt Brecht

 
Charlotte Matzneff - Mise en scène
Fanny Chasseloup - Interprétation
Antoine Guiraud - Interprétation
Geoffrey Palisse - Interprétation
Sophie Raynaud - Interprétation
Victoria Ribeiro - Interprétation
Agathe Sanchez - Interprétation
Tanguy Vrignault - Interprétation
Philipp Weissert - Interprétation
Tonio Matias - Musique
Antoine Milian - Scénographie
Moïse Hill - Lumière
Corinne Rossi - Costumes
 
GRENIER DE BABOUCHKA


 

lundi 20 juillet 2026

Les Molière du festival d'Avignon 2026

 

Comme chaque année, ma petit-fille veut voir tous les Molière du festival (ou presque !). Allons-y !
 
 
LE MALADE IMAGINAIRE EN LA MAJEUR L'adaptation musicale du chef d'oeuvre de Molière
 
Nous avions vu cette pièce il y a deux ans au festival d'Avignon. Molière en comédie musicale ! Le spectacle revient cette année et est toujours aussi enlevé et plaisant, servi par de bons comédiens pleins de punch et de fantaisie !  Un spectacle agréable et très amusant!
 
du 3 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
20h10 1h20
ESSAÏON-AVIGNON (THÉÂTRE)
 
Salle : Essaion-Avignon - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 8 ans
Raphaël Callandreau - Mise en scène

Molière
Raphaël Callandreau - Mise en scène
La comédie des trois bornes


L’AVARE
 
Un bon spectacle  avec des comédiens convaincants. Avec Molière, Tigran Mekhitari met en scène l'avarice portée à un degré extrême tout en nous faisant rire. 
 
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
17h00 1h30
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 

Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 10 ans
Avertissements : Aucun

De Molière
 Tigran Mekhitarian Mise en scène
En Scène ! Productions


L’ÉCOLE DES FEMMES
 
Une ingénieuse scénographie : Agnès est enfermée dans une cage de verre, surveillée par ses deux gardiens mais aussi par des caméras de surveillance.  Tous ses faits et gestes sont ainsi contrôlés et pourtant... ! Dans cette mise en scène de Frédérique Lazarini, c'est Arnolphe (Cédric Colas)  plus encore qu'Agnès qui est mis en valeur : la domination qu'il exerce sur la jeune fille, sa colère, son impuissance quand il voit sa proie lui échapper, mais aussi la jalousie, la douleur d'un vieillard amoureux face à la jeunesse qui lui échappe.
 
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
10h15 1h30
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 

Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 10 ans
Avertissements : Aucun

De Molière
Frédérique Lazarini - Mise en scène
Les Athevains



LE BOURGEOIS GENTILHOMME
 
Une mise en scène complètement échevelée, fofolle, farfelue, hilarante par une troupe qui sert très bien le texte de Molière. Transposée à notre époque, le Bourgeois cherche à ressembler à un Bobo  intello avec son pull rose jeté négligemment  autour de ses épaules. Mais attention la redoutable Madame Jourdain veille.

du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
21h30 1h30
GÉMEAUX (THÉÂTRE DES) 

Salle : Salle des Colonnes - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 7 ans

Molière
Anissa Allali - Mise en scène
Francis Bolela - Mise en scène

ZD Productions

LES PRÉCIEUSES RIDICULES 

 Une mise en scène de classique de cette pièce de Molière. 

du 3 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
14h30 1h
95. AU VERBE FOU, THÉÂTRE LITTÉRAIRE
Salle : 95. AU VERBE FOU (THÉÂTRE LITTÉRAIRE LE) - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 9 ans
Avertissements : Aucun 

Molière

Marc-Alexandre Cousquer - Mise en scène 

Théâtre de l'Homme Inconnu 

 

TARTUFFE 

 La mise en scène fait le choix de la parodie. Rien à dire sur les comédiens qui suivent ce  parti-pris mais le manque de nuances dans les personnages qui sont tous traités de la même manière ne m'a pas intéressée.

du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
10h00 1h50
  SCALA PROVENCE (LA)
 
Molière 

Mise en scène : Léo Cohen-Paperman 

Nouveau Théâtre Populaire 

jeudi 16 juillet 2026

Victor Hugo : Hernani mis en scène par Edouard Dossetto au Festival off d'Avignon

 

 

J'ai assisté cette année à la représentation d'une pièce relativement rare au festival off d'Avignon : Hernani de Victor Hugo dans la mise en scène d'Edouard Dossetto. Je n'ai vu ce drame, qui a fait la gloire du jeune Victor  Hugo,  que deux fois pendant mes nombreuses années festivalières.

 La bataille d'Hernani

On ne peut pas parler d'Hernani sans faire allusion à la fameuse bataille racontée par Théophile Gautier dans son Histoire du romantisme.
1830 ! Date historique dans l'histoire de la littérature et plus précisément du théâtre français. La première représentation de Hernani va bientôt avoir lieu et avant même qu'elle commence, elle  provoque déjà le scandale car elle rompt avec toutes les conventions classiques. Envolées les règles des trois unités, de la  bienséance, de la séparation des genres comique et tragique, de l'imitation des Anciens,  de  l'emploi de la périphrase. Bienvenue aux mélange des genres, à l'utilisation du mot propre, au renouvellement de l'inspiration... Théophile Gautier écrit : 

«"Nous avons eu l'honneur d'être enrôlé dans ces jeunes bandes qui combattaient pour l'idéal, la poésie et la liberté de l'art, avec un enthousiasme, une bravoure et un dévouement qu'on ne connaît plus aujourd'hui. Le chef rayonnant  ( Hugo) reste toujours debout sur sa gloire comme une statue sur une colonne d'airain, mais le souvenir des soldats obscurs va bientôt se perdre, et c'est un devoir pour ceux qui ont fait partie de la grande armée littéraire d'en raconter les exploits oubliés."
 

 

La bataille d'Hernani

Dès les premiers mots de la pièce, éclate la bagarre, les cris de protestation houleux, les tumultes que n'arrive pas à réprimer "la bande d'Hugo" "aux airs féroces" "qui fait régner la terreur". La passion l'emporte, les uns hurlent, trépignent d'indignation, les autres applaudissent, louent, s'enthousiasment. Théophile Gautier est bien conscient qu'il est difficile maintenant de comprendre comment ces vers qui sont devenus pour ainsi dire classiques ont pu susciter une telle indignation!

Comment s'imaginer qu'un vers comme celui-ci : 

"- Est-il minuit?  

- Minuit bientôt 

ait soulevé des tempêtes et qu'on se soit battu trois jours autour de cet hémistiche ? On le trouvait trivial, familier, inconvenant ; un roi demande l'heure comme un bourgeois et on lui répond comme à un rustre : minuit. C'est bien fait. S'il s'était servi d'une belle périphrase, on aurait été poli, par exemple  : «   L'heure atteint-elle bientôt sa douzième demeure ? "

 Voir  la suite du billet ICI 

 

Le récit

Don Carlos, Dona Sol, Hernani

 Nous sommes en Espagne. Hernani est un proscrit. Son père a été exécuté par le roi Carlos, il a été dépossédé de ses biens et de son honneur. Il vit dans la montagne, en lutte contre le pouvoir, méditant sa vengeance. Il aime Dona Sol et est aimé de retour par la noble jeune fille que le duc de Silva, son tuteur, se propose d’épouser. Mais le roi Don Carlos est aussi amoureux de la jeune fille. Trois hommes, trois rivaux !

"Monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure !
Oh ! je porte malheur à tout ce qui m’entoure !" 

Victime du destin, comme tout héros romantique, Hernani est épris de liberté et d’idéal, il combat un pouvoir injuste  mais porte en lui la fatalité du malheur.

Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.

Mais lorsque le roi devient l'Empereur Charles Quint, tout va changer ...

La mise en scène et l’interprétation

Leslie Gruel dans Dona Sol


Que j’ai aimé cette pièce dans ma jeunesse romantique et les vers vibrants, sonores, pleins de panache de Victor Hugo ! C’est sûr, à l’époque je me serais affichée dans la bataille et du bon côté, celui de « la bande d'Hugo! »

Aujourd'hui, devenue plus sage, je m’inquiétais un peu de savoir comment l’alexandrin et les grandes envolées lyriques passeraient. Je craignais aussi le parti pris du metteur en scène, Edouard Dossetto, de transposer l’univers d’Hernani dans un milieu mafieux sibérien (pourquoi sibérien ?)  et d’en faire un thriller noir, violent, politique. Mais, après tout, Hernani a montré au théâtre l’exemple de la nouveauté et de l’anticonformisme, alors pourquoi pas ? 
Edouard Dossetto - qui est aussi un très convaincant Hernani- a réussi son pari. La pièce est noire, violente et politique que l'action se déroule dans le milieu du grand banditisme ou non. Les personnages ont des armes à feu et un téléphone mais ils gardent leur humanité et l’émotion est toujours là dans ce spectacle servi par des comédiens de talent. La distribution est homogène. J’ai reconnu dans le rôle de Don Carlos, Guillaume Villiers-Moriamé qui nous a offert l’année dernière un très original Tartuffe. Leslie Gruel est une farouche et fière Dona Sol. Et le Grand d'Espagne, le duc de Silva, le terrible vieillard amoureux, ( Maxence Mailfort) attend sa revanche dans l'ombre. Le texte est dit avec une sobriété qui fait oublier l’alexandrin mais en rend toute la richesse. J’ai beaucoup aimé cette représentation et ma petite-fille (16 ans) aussi. 

C’est fou, combien le théâtre rend heureux… quand il est bon ! 




du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
20h45 1h15
LUNA (LA) / LUNA THÉÂTRES 
Salle : Salle 2 - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 15 ans
Avertissements : Présence d'armes à feu / armes blanches

auteur
De Victor Hugo
Édouard Dossetto - Mise en scène
 

Marie Benati - Interprétation
Édouard Dossetto en alternance avec Alex Dey - Interprétation
Leslie Gruel - Interprétation
Guillaume Villiers-Moriamé - Interprétation
Anaïs Ansart-Grosjean en alternance avec Leslie Gruel - Régie
Martin Baillon - Collaboration artistique
Jules Poucet - Création son
Jules Poucet - Création lumière
Pierre Mengelle - Scénographie
Maxence Mailfort ou Laurent Le Doyen - Interprétation
 

Collectif Nuit Orange
Compagnie française



 

Chez Cléanthe

 


mardi 9 juin 2026

George Sand : Gabriel

 

Gabriel est un roman dialogué de George Sand ou il est plutôt du théâtre dans un fauteuil, expression inventée par George Sand et adoptée par Alfred de Musset, pour désigner une pièce de théâtre écrite pour être lue et non pour être jouée. Mais Gabriel a été porté à la scène plusieurs fois, la dernière dans une mise en scène de Laurent Delvert à la Comédie française. La pièce apparaît d’une étonnante contemporanéité malgré son romantisme et son point de départ peu crédible qu’il faut accepter comme une convention théâtrale. Une convention qui s’élève vite à la métaphore, celle qui interroge l’identité sexuelle, la construction du genre et la liberté féminine : « On ne naît pas femme disait Simone de Beauvoir, on le devient ». C’est à cette assertion philosophique que répond la pièce de George Sand. 
 

L’intrigue

 

Gabriel-Gabrielle la scène du miroir metteur en scène Laurent Delvert

Nous sommes en Italie au temps de la Renaissance. Gabriel a été tenu dans le secret de sa naissance par son grand-père le duc de Bramante qui veut que son héritage reste dans la branche aînée de la famille en se transmettant à son petit-fils Gabriel. Le duc hait son fils cadet Octave et refuse que sa fortune, à sa mort, aille au fils de celui-ci, Astolphe. Le problème, c’est que la succession ne peut se transmettre que par un héritier mâle et Gabriel est… une fille ! 

Gabriel

« Je dis que cette transmission d’héritage de mâle en mâle est une loi fâcheuse, injuste peut-être. Ce continuel déplacement de possession entre les diverses branches d’une famille ne peut qu’allumer le feu de la jalousie, aigrir les ressentiments, susciter la haine entre les proches parents, forcer les pères à détester leurs filles, faire rougir les mères d’avoir donné le jour à des enfants de leur sexe !… Que sais-je ! L’ambition et la cupidité doivent pousser de fortes racines dans une famille ainsi assemblée comme une meute affamée autour de la curée du majorat, et l’histoire m’a appris qu’il en peut résulter des crimes qui font l’horreur et la honte de l’humanité. »

Gabriel sera donc tenu dans l’ignorance de son propre sexe par son grand père, élevé comme un garçon et connu comme tel par tout son entourage à l’exception d’un serviteur fidèle, Marc, d’un précepteur qui l’instruit et fait de lui un homme érudit, et de sa nourrice. Gabriel apprend l’escrime, monte à cheval fougueusement, participe aux chasses à courre, manie le poignard, tout en apprenant le latin et le grec et quelques autres langues encore. Il est mis à l’écart de la société et ne connaît personne en dehors du château, une cage dorée dans laquelle il se sent à l’étroit.  Son éducation lui apprend l’infériorité de la femme et la grandeur de l’homme. 

« Dès sa plus tendre enfance (…), il a été pénétré de la grandeur du rôle masculin, et de l’abjection du rôle féminin dans la nature et dans la société. Les premiers tableaux qui ont frappé ses regards, les premiers traits de l’histoire qui ont éveillé ses idées, lui ont montré la faiblesse et l’asservissement d’un sexe, la liberté et la puissance de l’autre. Vous pouvez voir sur ces panneaux les fresques que j’ai fait exécuter par vos ordres : ici l’enlèvement des Sabines, sur cet autre la trahison de Tarpéia ; puis le crime et le châtiment des filles de Danaüs ; là une vente de femmes esclaves en Orient ; ailleurs, ce sont des reines répudiées, des amantes méprisées ou trahies, des veuves indoues immolées sur les bûchers de leurs époux ; partout la femme esclave, propriété, conquête, n’essayant de secouer ses fers que pour encourir une peine plus rude encore, et ne réussissant à les briser que par le mensonge, la trahison, les crimes lâches et inutiles. »

Enfin, quand son grand-père lui apprend la vérité, Gabriel se révolte, part à la recherche de son cousin Astolphe de Bramante et lui propose, sans lui dire qu’elle est femme, de partager sa fortune avec lui.
 

Il ou Elle ?
  
Le personnage de George Sand dans la mise en scène de Christopher Cartmill, metteur en scène américain

Bien sûr, la situation rappelle l’intrigue de nombreuses pièces de théâtre : Dans L’école des femmes Agnès est élevée dans la solitude par deux gardiens qui obéissent aux ordres du barbon Arnolphe et la maintiennent dans l’ignorance; ce dernier veut préserver la virginité et la pureté de la jeune fille pour en faire sa femme. Agnès est privée de liberté et de lien social, elle ignore tout de l’amour et du sexe opposé mais elle reste fille. Dans des oeuvres de Shakespeare, Viola, Rosalinde, se déguisent en homme, ce travestissement leur permet d’échapper aux prédateurs mais elles restent femmes, faibles et en danger dans ce monde fait pour les hommes ! Dans Marivaux, le Chevalier est une femme se déguisée en homme pour éprouver la sincérité de Lélio qu'elle doit épouser. Mais jamais dans aucune  pièce avant celle de George Sand on n'était allé aussi loin jusqu’à nier le genre du personnage comme c’est le cas pour Gabriel et l’éduquer dans le mépris du sien.


Gabriel

J’ai rêvé que j’étais femme.
 

Le Précepteur

Et ce rêve vous était sans doute désagréable ?
 

Gabriel

Pas le moins du monde ; car, dans mon rêve, je n’étais pas un habitant de cette terre. J’avais des ailes, et je m’élevais à travers les mondes, vers je ne sais quel monde idéal. Des voix sublimes chantaient autour de moi ; je ne voyais personne ; mais des nuages légers et brillants, qui passaient dans l’éther, reflétaient ma figure, et j’étais une jeune fille vêtue d’une longue robe flottante et couronnée de fleurs.
 

Le Précepteur

Alors vous étiez un ange, et non pas une femme.

Autrement dit, elle n’est plus ni homme ni femme, elle n’appartient plus au monde des humains. Bien sûr, à notre époque, la situation de  Gabriel peut amener à une réflexion sur le travesti, les personnes transgenre ou binaire d’où la modernité de ce thème. L'adaptation du metteur en scène américain Christopher Cartmill d'après les photos que j'ai dénichées semblent jouer à fond sur la confusion des genres, la question de l'identité sexuelle : Le personnage de Faustina, de la soeur Barbara,  de Settimia, la mère d'Astolphe, sont joués par  des hommes, 

 

Settimia, la mère d'Astolphe, et son confesseur



Faustina, la courtisane, maîtresse d'Astolphe   : Christopher Cartmill

Gabriel-Gabrielle sont interprétés à la fois par un homme et une femme, Christopher Cartmill, le metteur en scène, soulignant ainsi la dualité du personnage.

En effet, quand Gabriel se travestit en femme à la demande de son cousin Astolphe de Bramante pour faire une farce à ses amis, elle ne se sent pas femme, elle rejette ce rôle. La singularité de Gabriel, c’est qu’elle n’a pas appris à être femme. On lui a enseigné la négation de son genre et dans le miroir elle ne se reconnaît pas comme telle.  "On ne naît pas femme,  on le devient" ! 

 

 Gabriel et Gabrielle, la scène du miroir, un comédien et une comédienne 


 Gabriel

Que je souffre sous ce vêtement ! Tout me gêne et m’étouffe. Ce corset est un supplice, et je me sens d’une gaucherie !… je n’ai pas encore osé me regarder. L’œil curieux de cette vieille me glaçait de crainte !… Pourtant, sans elle, je n’aurais jamais su m’habiller. (Il se place devant le miroir et jette un cri de surprise.) Mon Dieu ! est-ce moi ? Elle disait que je ferais une belle fille… Est-ce vrai ? (Il se regarde longtemps en silence.) Ces femmes-là donnent des louanges pour qu’on les paie… Astolphe ne me trouvera-t-il pas gauche et ridicule ? Ce costume est indécent… Ces manches sont trop courtes !… Ah ! j’ai des gants !… (Il met ses gants et les tire au-dessus des coudes.) Quelle étrange fantaisie que la sienne ! elle lui paraît toute simple, à lui !… Et moi, insensé qui, malgré ma répugnance à prendre de tels vêtements, n’ai pu résister au désir imprudent de faire cette expérience !

Mais quand elle tombe amoureuse de son cousin et réciproquement quand celui-ci découvre son sexe, elle n’est plus à sa place dans aucune des situations. La mère d’Astolphe, Settimia, lui reproche ses manières peu féminines, de monter à cheval comme un homme, de coudre ou de broder exécrablement. Et alors qu’Astolphe admirait en Gabriel son « esprit viril », il reproche maintenant à Gabrielle son indépendance, sa fierté. Gabrielle n’a pas eu les leçons de soumission imposées aux femmes depuis leur enfance. Elle n’a pas appris à se taire devant un homme, à le considérer comme son maître, à se penser inférieure. Cette impossibilité de mettre Gabrielle sous le joug fait d’Astolphe un amoureux jaloux, vindicatif, suspicieux. Il veut l’épouser pour asseoir sa domination sur elle : 

« Je sens qu’un peu d’autorité, légitimée par un serment solennel de sa part, le mettrait à l’abri de ses réactions d’indépendance et de fierté »

Mais le précepteur qui connaît bien son élève rétorque : 

« Je connais Gabriel : on a voulu que j’en fisse un homme ; je n’ai que trop bien réussi. […] il ne vous ôterait ni son affection ni son estime, mais il partirait un beau matin, comme un aigle brise la cage à moineaux où on l’a enfermé. » 

Astolphe est en pleine contradiction vis à vis de lui-même. Lui aussi est victime des préjugés qu’on lui a inculqués depuis l’enfance. On pourrait peut-être dire pour lui aussi « on ne naît pas homme, on le devient». Il n'y a pas si longtemps, quand j'étais enfant, on interdisait à un garçon de pleurer en le traitant de fille, ce qui était insultant. Mais une fille qui aimait grimper aux arbres, sauter, faire du sport, plonger du haut d'un rocher, on la traitait de "garçon manqué". A l'époque de Sand, le modèle masculin basé dès l'enfance sur l’idée de la domination, de la force, fondé sur la croyance en la supériorité masculine, empêche Astolphe de comprendre les aspirations de la femme qu’il aime. L’amour est synonyme pour lui de possession et de soumission. Il sait que Gabrielle est réfléchie et érudite mais il ne veut pas ou ne peut pas l’accepter comme son égale. C'est par lui que le drame arrive. Pourtant, il ne supporterait pas de vivre avec une « petite sotte qui ne saurait que broder et faire le point de croix » mais il est humiliée par l’intelligence de Gabrielle, il se sent dépassé. 

 « Il est vrai, tu deviens chaque jour plus philosophe, Gabrielle ; tu argumentes du soir au matin comme un académicien de la Crusca. Ne saurais‐tu être femme, du moins pendant trois mois de l’année ? »

Enfin lors du dénouement qui ne peut être que tragique, les deux personnages qui parlent de Gabriel- Gabrielle  utilisent, l’un, le pronom il, l’autre, le pronom elle comme s’il était impossible de trancher.


George Sand, une autre Gabrielle

Caricature de Lorentz : George Sand

George Sand va très loin dans la critique de la condition féminine dans cette pièce. On sent que ce qu’elle met en scène est son vécu et qu’il est souvent douloureux : elle-même forcée de prendre un nom et un costume masculins pour s’imposer dans le monde d’hommes; elle-même en proie aux critiques et au scandale pour sa vie libre alors que les hommes ont tous les droits, toutes les libertés, elle-même attaquée pour ses convictions politiques, socialistes !  Et puis, il y a ceux qui ne reconnaissent pas son talent et prétendent réduire Sand à un « véritable réflecteur de tous les hommes de talent qu’elle côtoyait», et réduire son œuvre aux seuls romans champêtres, avec une Sand bergère, gardant de sa plume deux moutons : référence à Nanon, et à la préface de La Petite Fadette."  Il y a ceux qui la reconnaissent comme écrivaine en profitant de l’occasion pour attaquer les autres femmes intellectuelles, les Bas bleus : «  « Pour une exception heureuse, combien compterait-on de singes maladroits ! ». *
On se souvient de ces portraits caricaturaux qui la représentent en vêtements masculins outrageusement moulés sur un corps féminin :  il ou elle ? Le caricaturiste Lozenz  accompagne ses dessins de ces mauvais vers :

« Si de Georges [sic] Sand ce portrait
laisse l’esprit un peu perplexe
c’est que le genre est abstrait
et comme on sait n’a pas de sexe. »*

 

Quand on lit toute la bave de crapaud que des hommes, critiques, caricaturistes, ont déversé sur l’écrivaine en son temps, et, à travers elle, sur toutes les femmes, quand on songe que ces mêmes hommes ne sont, pour certains, connus aujourd’hui que parce qu’ils ont critiqué George Sand, on ressent avec plus d’intensité la force des mots qui fusent dans sa pièce et qui deviennent dans la bouche de Gabriel-Gabrielle un plaidoyer à la fois éloquent et émouvant.


Le Précepteur

Un homme ne doit jamais avoir peur.
 

Gabriel


Autant voudrait dire, mon cher abbé, qu’un homme ne doit jamais avoir froid, ou ne doit jamais être malade. Je crois seulement qu’un homme ne doit jamais laisser voir à son ennemi qu’il a peur.
 

Le Précepteur

Il y a dans l’homme une disposition naturelle à affronter le danger, et c’est ce qui le distingue de la femme très particulièrement.
 

Gabriel

"La femme ! la femme, je ne sais à quel propos vous me parlez toujours de la femme. Quant à moi, je ne sens pas que mon âme ait un sexe, comme vous tâchez souvent de me le démontrer. Je ne sens en moi une faculté absolue pour quoi que ce soit : par exemple, je ne me sens pas brave d’une manière absolue, ni poltron non plus d’une manière absolue. Il y a des jours où, sous l’ardent soleil de midi, quand mon front est en feu, quand mon cheval est enivré, comme moi, de la course, je franchirais, seulement pour me divertir, les plus affreux précipices de nos montagnes. Il est des soirs où le bruit d’une croisée agitée par la brise me fait frissonner, et où je ne passerais pas sans lumière le seuil de la chapelle pour toutes les gloires du monde. Croyez-moi, nous sommes tous sous l’impression du moment, et l’homme qui se vanterait devant moi de n’avoir jamais eu peur me semblerait un grand fanfaron, de même qu’une femme pourrait dire devant moi qu’elle a des jours de courage sans que j’en fusse étonné. "


***



  *Michèle Fontana dans son article George Sand fecit soi-même, Ici  

 



Chez Nathalie Delivrer des livres