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dimanche 28 juin 2009

Littérature et Ecosse : Marie Stuart de Stefan Zweig (2)




Lors de mon séjour à Edimbourg, j'ai visité la maison de John Knox, un des fondateurs les plus zélés de l'église protestante en Ecosse. Il  dépasse, dit de lui Stefan Zweig, en intransigeance et intolérance son maître Calvin et donne à la Kirk d'Edimbourg une volonté de fer...



Voici le portrait que Stefan Zweig dresse de lui : John Knox est peut-être le type le plus accompli du fanatique religieux que l'histoire connaisse, plus dur que Luther, dont une gaîté intérieure venait du moins de temps en temps animer l'esprit, plus austère que Savonarole, dont il n'a pas l'envolée éclatante et illuminée du mystique.(...)
Tous les dimanches, avec sa barbe de fleuve, tel Jéhovah, il occupe la chaire de Saint Gilles et vomit sa haine et ses malédictions sur ceux qui ne sont pas de son avis. (...) 
De sa chaire, Knox entonne des chants de triomphe lorsque le jeune François II, l'époux de Marie Stuart, meurt d'un abcès purulent à l'oreille, "cette oreille qui se refusa à entendre la voix de Dieu." (...)
Selon ses propres paroles, il "eût préféré voir débarquer dix mille ennemis en Ecosse que de savoir qu'on y disait une seule messe".
Quand Marie Stuart arrive en Ecosse, elle reconnaît à ses sujets une entière liberté de conscience, mais, sous la pression de John Knox, elle est obligée d'accepter la loi interdisant la messe en Ecosse. Elle se réserve, cependant, le droit de la suivre dans la chapelle privée du château de Holyrood mais le peuple excité par le prédicateur vient troubler cette célébration.
La Reine  furieuse, convoque John Knox qui sort triomphant de ce duel entre la souveraine et lui : 

"Les princes et les rois doivent obéir à Dieu, déclare-t-il. Les rois doivent être les pères nourriciers de l'Eglise et les reines ses nourrices."
- Mais votre Eglise n'est pas celle que je veux nourrir, réplique la reine.
Knox devient impoli et grossier et traite l'Eglise romaine de prostituée indigne d'être la fiancée de Dieu (...) : La croyance exige la vraie connaissance et je crains que vous n'ayez point la vraie connaissance".

Il sera désormais le plus implacable adversaire de Marie Stuart.

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Maison de John Knox : intérieur
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maison de John Knox : intérieur

samedi 27 juin 2009

Littérature et Ecosse : Marie Stuart de Stefan Zweig (1)


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Marie Stuart vers 1558 par Clouet
En s'attaquant à la biographie de Marie Stuart, Stefan Zweig annonce clairement la couleur : il ne prendra pas partie! Il constate, en effet, que selon qu'ils soient protestants ou catholiques, les historiens ont fait de la Reine d'Ecosse une criminelle ou une victime et de même pour sa rivale, la Reine d'Angleterre, Elizabeth. Il souligne, cependant, la difficulté de démêler le vrai du faux dans la masse de documents, lettres, actes, rapports, procès-verbaux qui concernent le règne de ces deux souveraines à la destinée si étroitement liée. Il décide donc de s'en tenir aux documents dont l'authenticité ne fait pas de doute et dans le cas ou deux affirmations seraient opposées de confronter les textes en vérifiant les sources et les raisons politiques de chacun d'eux. Enfin quand il y a obscurité et que le doute est permis de s'appuyer sur la psychologie du personnage - car le caractère de Marie Stuart est bien connu- pour trouver la réponse la plus plausible.
Et c'est peut-être dans cette analyse psychologique que réside l'un des plus grands intérêts de la biographie de Marie Stuart par Stefan Zweig car l'historien consciencieux et documenté se double aussi de l'écrivain expert qui sait avec subtilité et finesse dénuder les mystères de l'âme humaine et découvrir les ressorts secrets sous les mobiles apparents des actions des personnages.

Elizabeth Ier d'Angleterre

image017.1246206268.jpgAinsi la guerre des deux reines ennemies, Elizabeth et Marie, donne lieu à une analyse savoureuse du courrier hypocrite que s'écrivaient les deux rivales. Protestations d'amitié, serments de fidélité suivis de coups bas, de propos vipérins qui pourraient apparaître comme des scènes de comédie si cet échange n'était mu par une haine implacable et ne s'achevait par une tragédie sanglante : la mise à mort de Marie.
Stéfan Zweig fait presque oeuvre de dramaturge en mettant en scène ce personnage de plein de panache et d'audace qui, pense-t-il, a pu inspirer Shakespeare pour son Hamlet et son Macbeth.
Mais au-delà de la psychologie individuelle, c'est tout un tableau de l'époque et en particulier de l'Ecosse, que brosse Stefan Zweig : Un pays déchiré par ses luttes intestines, où les lords tout-puissants contestent le pouvoir des Stuart et sont toujours prêt à la rebellion, un pays pauvre dont la seule richesse, même celle du souverain, consiste en têtes de bétail que chaque clan essaie de s'approprier en se faisant la guerre, un pays qui a besoin du soutien étranger pour survivreet qui est  menacé dans ses frontières par la puissante voisine, l'Angleterre. Enfin, et ce n'est pas le moindre, un pays déchiré par les luttes religieuses, gagné au protestantisme sur lequel les lords s'appuient pour s'opposer à la dynastie très catholique des Stuart, avec un peuple soumis à l'influence grandissante du prédicateur J. Knox, le plus grand ennemi de Marie Stuart.
Ainsi Stefan Zweig montre comment derrière les deux souveraines se révèlent deux mondes opposés, l'un finissant, celui de Marie Suart, héritier du Moyen-âge, chevaleresque, mais désuet, tourné vers le passé, condamné à sa perte, l'autre, celui d'Elizabeth, progressiste, allant de l'avant, décidé à s'enrichir, en pleine évolution et qui va triompher..
 La vie d'Elizabeth personnifie l'énergie d'une nation qui veut conquérir sa place dans l'univers; la fin de Marie Stuart, c'est la mort héroïque et sublime d'une époque. Mais dans ce combat chacune d'elle réalise parfaitement son idéal : Elizabeth, la réaliste vainc dans le domaine de l'Histoire, Marie Stuart, la romantique, dans celui de la poésie et de la légende.
Une biographie passionnante où l'écrivain cherche avec une grande sincérité à faire sortir Marie Stuart de la Légende pour nous montrer la femme face à l'Histoire même si l'on sent bien pourtant où va sa sympathie.

Marie Stuart enfant. 
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Fille de Marie de Guise ou de Lorraine et de Jacques V d'Écosse, Marie Stuart fut reine d'Écosse à la mort de son père en 1542, sept jours après sa naissance, et reine de France en 1559 à dix-sept ans. Arrivée à la cour des Valois à l'âge de cinq ans, fiancée au dauphin François, elle fut élevée en France dans une cour qui cultivait les arts et les lettres et l'esprit de la Renaissance. Ce fut les moments les plus heureux de sa vie. Entourée des ses amies, les quatre Marie,  admirée par tous, célébrée par les poètes comme Ronsard ou du Bellay, Marie étudia le latin, l'italien, la musique, s'exerça à la poésie.








La Reine blanche    A la mort de François II, Marie Stuart porte le deuil des reines, en blanc
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Après la mort de son époux, elle regagna l'Écosse gagnée par le puritanisme, déchirée par les luttes de pouvoir où le contraste avec la cour française fut brutal. Son catholicisme et son autoritarisme, les révoltes des protestants et des nobles, son mariage avec l'assassin de son mari, provoquèrent son abdication en faveur de son fils Jacques VI en 1567. Elle se réfugia alors en Angleterre pour demander protection à Elizabeth qui la maintint prisonnière pendant dix-huit ans dans des châteaux où Marie Stuart avait la possibilité d'avoir sa propre cour avec ses domestiques et ses fidèles mais ne pouvait sortir du pays. Elle ne cessa dès lors d'encourager des complots dans le but de  se libérer et de monter sur le trône d'Angleterre. Élisabeth la fit exécuter.





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Le mariage de François II et Marie Stuart, reine de France et d'Ecosse(1559)


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Henri Stuart, Lord Denley, fils du comte de Lennox, cousin de Marie, fut son second mari. Elle le fait assassiner par son amant Bothwell qu'elle épousa peu après.










Bothwell, l'assassin de Lord Denley, devint  son troisième mari


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Bothwell, l'assassin de Lord Denley, devint  son troisième mari

samedi 20 juin 2009

Hammerklavier : Yasmina Reza et le Festival d’Avignon

 


A l'approche du festival d'Avignon 2009, je ne me peux m'empêcher de citer ce très beau texte que j'ai lu dans le recueil de récits de Yasmina Reza : Hammerklavier. Il s'intitule Trente secondes de silence et Yasmina Reza y raconte comment  José-Maria, un de ces amis espagnols, Catalan épris de théâtre, lui fit un jour la narration d'un séjour à Avignon du temps de sa jeunesse.

On donnait, me dit-il, au Palais des Papes, la première des Caprices de Marianne avec Gérard Philippe et Geneviève Page. Tu te souviens, me dit-il en s'arrêtant de marcher, les mots d'Octave: "adieu ma jeunesse.. adieu les sérénades.. Adieu Naples... Adieu l'amour et l'amitié... Pourquoi adieu l'amour? demande Marianne. Je ne vous aimais pas Marianne; c'était Célio qui vous aimait."
Gérard Philippe s'en va. Geneviève Page disparaît à son tour sous la musique de Maurice Jarre, puis le noir, puis rien. Et là, me dit José-Maria, debout, arrêté, encore frissonnant, il se passe, je te jure, trente secondes, au moins trente secondes d'immobilité, moi, me dit-il, je tremblais de tous mes membres, j'avais seize ans, je venais de Barcelone, qu'est-ce que tu veux à cette époque là-bas on ne savait pas ce qu'était le théâtre, et tout d'un coup, la salle entière s'est levée, après au moins trente secondes de silence complet et s'est mise à applaudir.
Quelle chance, me dis-je, quelle chance, non pas d'avoir vu ce spectacle, me dis-je, ni d'avoir vu Gérard Philippe, ni Geneviève Page -moi aussi, pensai-je, j'ai vécu de grands instants de théâtre- quelle chance d'avoir connu ce public. Quel bonheur d'avoir connu ce temps béni de la non-participation. Un temps où il n'était question  que de recevoir, en toute simplicité et en toute honnêteté -peut-être la plus noble attitude- un temps où il ne s'agissait pas de s'exprimer, de prouver, d'être un soi bruyant et apparent. Où que nous allions aujourd'hui, me dis-je, les gens applaudissent sur la dernière note. Aucun silence. Pas une seule seconde de retrait. Vite, applaudir. Vite, se manifester, vite en être, énoncer à tue-tête son imposant verdict. Et chacun, me dis-je, tandis que j'écoute José reprendre le meilleur moment de son histoire, c'est-à- dire les trente secondes de silence, d'être si fier d'appartenir à cette ignoble communauté, l'ignoble et nouvelle communauté du public averti, intelligent, les "haut de gamme" de l'humanité, ceux qui sortent, ceux qui en sont et qui savent, qui ont leurs élus et leurs damnés.

jeudi 11 juin 2009

Lozère : Au pays où fleurissent les joubarbes…


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Je vais passer quelques jours au pays où fleurissent ces joubarbes...