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dimanche 15 mars 2026

Jakob Wassermann : Gaspar Hauser / La théorie du prince / Paul Verlaine : La chanson de Gaspar Hauser

 
 

 
 
En 1828 apparaît, à Nuremberg, un jeune homme d’environ seize ans. Il tient une lettre à la main. Il est bizarre, cligne des yeux sans arrêt comme s’il ne pouvait supporter la lumière du soleil, marche avec difficulté, un peu comme un enfant qui fait ses premiers pas, et ne connaît que quelques mots. Il sait écrire son nom Gaspar Hauser. Le capitaine Wessenig à qui on l’amène le suspecte de mensonge et l’enferme dans une tour où il est livré à la curiosité des badauds. 
 
Le cas de Gaspar Hauser émeut tous les pays d’Europe et l’énigme de sa vie interroge et passionne toutes les classes sociales. La lettre que le capitaine découvre est écrite par un journalier anonyme qui dit avoir trouvé cet enfant abandonné en 1812 et ne plus vouloir le garder : « Je vous envoie ci-joint un gars qui voudrait servir fidèlement sont roi et devenir soldat. »
Le bourgmestre Binder finit par le confier au Professeur Daumer qui se sent investi d’une mission : Non seulement il ne remet pas en cause le passé de Gaspar mais, au contraire, il croit en sa sincérité et il est ému par l’ignorance de l’enfant et par sa pureté.  Il le prend chez lui pour étayer sa conviction :  il pense avoir découvert l’Homme avant la civilisation et il voit en lui  - influence de Rousseau - un être bon et pur que n’a pas atteint la corruption de la société.  Il apprend peu à peu que Gaspar a été enfermé dans un cachot obscur, nourri au pain et à l’eau,  avec pour jouet, un petit cheval de bois. Il lui enseigne les mots, la langue, le latin et même la musique et l’adolescent apprend vite, paraît doué d’une mémoire prodigieuse. Seulement, quand le professeur s’aperçoit que Gaspar peut mentir et qu’il a des défauts, il déchante. Et quand son élève se fait attaquer chez lui par un mystérieux individu masqué qui le frappe au front, Daumer demande à être déchargé de cette responsabilité. 
 
Désormais, Gaspar Hauser va passer de foyer en foyer, protégé par la police mais jamais libre, livré à la curiosité de ceux qui le reçoivent à cause de sa célébrité et l’exploitent comme une bête curieuse.  Désormais, il y a ceux qui le méprisent voire le haïssent, le traitent de simulateur, le surveillent étroitement, et s’acharnent à prouver qu’il est un menteur et ceux qui croient en lui, mais font de lui un sujet d’étude et s’il ne correspond pas aux attentes le rejettent. Lord Stanhorpe feint de l’aimer, le manipule puis disparaît de sa vie, le criminaliste Anselme Feuerbach, son protecteur, se sert de lui pour prouver sa thèse : Gaspar Hauser est victime d’un complot, il serait l’héritier du Grand-duc de Bade Charles II
 La souffrance de Gaspar Hauser livré à l’inhumanité de ceux qui l’entourent est violente. Personne ne l’aime, chacun veut tirer profit de sa personne pour briller et avoir raison. C’est ce qu’explique le sous-titre donné au roman par Jakob Wesserman :  Gaspar Hauser ou la paresse du coeur.  La paresse du coeur car la société est dépourvue de sensibilité et est incapable de sentiments vrais et généreux. Un deuxième attentat en 1833 aura raison de Gaspar Hauser.  
 Gaspar Hauser a été comparé au Prince Mychkine de Dostoeivski L'idiot et cela me paraît très juste : Un être trop bon, trop pur dans une société cruelle et corrompue passe pour un idiot ! 

 
Gaspar Hauser : Herzog

  
Bien sûr, l’histoire de Gaspar Hauser, l’énigme de son identité et de sa captivité, sont passionnantes. J’avais vu le film d’Herzog et je suis heureuse d’avoir lu ce livre maintenant. Les questions qui se posent à son propos sur le rôle de l’éducation et de l’apprentissage social m’ont vraiment intéressée. Gaspar Hauser soulève le problème de ce qu’est la civilisation, un ensemble de savoirs (langage) et de règles transmis par la société. Gaspar Hauser sans être un enfant sauvage comme Victor de l’Aveyron n’était en contact avec un autre humain que très brièvement, il a donc été privé de socialisation. Elevé dans l’obscurité, il pose des problèmes en partie semblables à ceux que soulève Diderot dans sa Lettre d’un aveugle à l’usage de ceux qui voient.
 
"Toutes les notions familières aux hommes, de par l'imitation, lui étaient étrangères ; il ne savait pas parler, il ne pouvait pas apprécier les distances, il ne distinguait pas la diversité des bruits, la lumière l’inquiétait, et il lui était impossible de percevoir telle ou telle chose dans l’ensemble des objets nouveaux qui frappaient sa vue."
 
J’ai aussi beaucoup aimé ce roman par les sentiments qu’il a éveillés en moi : tristesse, indignation, révolte devant la manière dont on traite  l'adolescent… et aussi empathie pour lui. Peu importe s’il est héritier d’une dynastie, il est d’abord et avant tout un être humain et c’est ce que la société semble avoir oublié. Le ton de Wasserman est souvent plein d’émotion et l’on sent bien qu’il est avec Gaspar, de son côté. Il n’est pas neutre et se pose même en moraliste quand il prend à partie le Professeur Daumer. Ce dernier est très conscient de la cruauté de la société : «  Ils vont sûrement te briser les ailes. L’innocence pourra rayonner de ton être : ils ne la verront pas » mais il abandonne l’enfant malgré tout.

« On peut être prophète et avoir un coeur compatissant, on peut connaître les hommes, savoir que le feu brûle, que l’aiguille pique et que le lièvre blessé par le chasseur s’abat dans l’herbe pour mourir. On peut connaître la portée de ses actes, n’est-ce pas Monsieur Daumer ? Mais de là à braver les évènements, comme on arrête le glaive d’un ennemi pour détourner le coup, il y a un pas. Souvent les idéalistes et les psychologues ne valent guère mieux que les voleurs et les usuriers. »
 
Une belle lecture.

 
 
La "théorie du prince"
 
 
Stéphanie de Beauharnais grande-duchesse de Bade

 

 L'histoire de Gaspar Hauser et le mystère de ses origines passionnent non seulement l'Allemagne mais toute l'Europe. Gaspar Hauser devient "L'Orphelin de l'Europe". De nombreuses théories furent élaborées à son propos mais celle dite La théorie du Prince suscita le plus vif engouement. Elle fut défendue par président de la cour d’appel d’Ansbach, Anselme Feuerbach, qui écrivit un livre démontrant l'origine princière de Gaspar.
 
Le 29 septembre 1812, la grande-duchesse Stéphanie de Beauharnais (1789-1860), fille adoptive de Napoléon Bonaparte et épouse du grand-duc de Bade régnant Charles II (1786-1818), donne naissance à un garçon. En tant que premier fils du couple, l'enfant doit devenir le prochain grand-duc de Bade. Mais le petit garçon, alors qu'il est considéré comme en bonne santé, meurt à l'âge de 18 jours. 
 
 
Le Grand-duc Charles II de Bade

 
Selon la version la plus populaire, le petit prince aurait été remplacé par le fils mort d'une servante, enlevé et confié à un homme qui le garda enfermé dans un cachot jusqu'à ses 16 ans.  Il s'agirait d'un complot fomenté par la seconde épouse du précédent grand-duc, Charles I (1728-1811), la comtesse Luise Caroline von Hochberg (1768-1820). Comme le couple princier n'avait que des filles, à la mort de Charles II en 1818, la couronne échut d'abord à son oncle Louis, puis à Léopold qui est le fils de la comtesse Hochberg et qui monta sur le trône de Bade en 1830. Gaspar Hauser serait donc le fils de Stéphanie et de Charles II de Bade et l'héritier légitime de la couronne.
 
En tant que fille de Napoléon et appartenant à la noblesse d'Empire, méprisée par la noblesse d'Ancien régime, Stéphanie de Beauharnais avait reçu un très mauvais accueil à la cour de Bade, en particulier de la comtesse Holchbert. Il n'est donc peut-être pas si étonnant que la grande-duchesse Stéphanie elle-même ait cru à cette théorie et se rendit à Bade secrètement pour voir son "fils" même si elle ne dit rien, peut-être pour épargner sa vie. Il n'en reste pas moins que Gaspar Hauser subit des attentats dont le dernier fut fatal en 1833.
 
De nos jours des tests ADN du sang et des cheveux de Gaspar révèlent qu'il n'y avait pas de lien de parenté mais il existe encore une faible marge d'erreur. Pour lever le dernier doute, il faudrait une analyse des os du du bébé qui repose dans le tombeau de la famille de Bade mais elle s'y oppose.

 

 La chanson de Gaspar Hauser

Gaspar Hauser

 

 Le destin de Gaspar Hauser découvert à Nuremberg a inspiré de nombreux historiens, scientifiques, philosophes, romanciers, poètes. C'est le cas de Verlaine qui écrit La chanson de Gaspar Hauser dans son recueil Sagesse  : 

 

Je suis venu, calme orphelin,

Riche de mes seuls yeux tranquilles,


Vers les hommes des grandes villes :

Ils ne m’ont pas trouvé malin.

 

À vingt ans un trouble nouveau


Sous le nom d’amoureuses flammes


M’a fait trouver belles les femmes :


Elles ne m’ont pas trouvé beau.
 

Bien que sans patrie et sans roi


Et très brave ne l’étant guère,


J’ai voulu mourir à la guerre :


La mort n’a pas voulu de moi.


Suis-je né trop tôt ou trop tard ?


Qu’est-ce que je fais en ce monde ?


Ô vous tous, ma peine est profonde :


Priez pour le pauvre Gaspard ! »

 

 

L'auteur de Gaspar Hauser
 
Jakob Wasserman

Jakob Wassermann, né à Fürth (Allemagne) en 1873,  mourut dans le camp de concentration Altaussee le 1ᵉʳ janvier 1934. Ami de Rainer Maria Rilke et de Thomas Mann, souvent comparé à Balzac ou à Dostoïevski, il fut victime, comme son œuvre, de ses origines juives.


Pour la Mitteleuropa j'ai participé avec deux livres : La liste de Freud (billet paru le 14 mars) et Gaspar Hauser, (le 15 Mars).

Chez Cléanthe : La mitteleuropa


mercredi 24 décembre 2025

Bonnes fêtes et bonne année à tous

Gustav Klimt : champ de coquelicot

 

 Avec les jardins de Klimt et ses couleurs féériques pour regarder l'année nouvelle avec optimisme, je vous souhaite de bonnes fêtes. Tous mes voeux pour la nouvelle année 2026

 

Gustav Klimt


Rire avec le poète : 

Sur la maison du rire

"Sur la maison du rire
un oiseau rit dans ses ailes
Le monde est si léger

Qu’il n’est plus à sa place
Et si gai
Qu’il ne lui manque rien."


Dire oui, avec le philosophe : 

Pour la nouvelle année 
 
Gai-Savoir, Friedich Nietzsche 

Pour la nouvelle année. — Je vis et je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui je permets à tout le monde d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai prise à cœur la première — quelle est la pensée qui devra être dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : — c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati (accepter son destin) que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! Et, somme toute, pour voir grand :  je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! » 

 





lundi 27 octobre 2025

Jacques Prévert : La chanson des sardinières


Dans son blog Miriam raconte sa visite à Douarnenez et elle note que la ville s'est construite autour de la richesse locale, la sardine. Richesse mais pas pour tout le monde ! C'est là qu'a eu lieu la première grève féminine des Penn Sardin, surnom donné aux ouvrières qui travaillaient dans les usines de sardines. 

 Lire le billet de Miriam Ici 

 En écho au billet de Miriam, Aifelle publie dans son Bon Dimanche, la chanson des Penn Sardin,  chantée pendant la grève de 1924-25 et qui a été reprise pendant la célébration du centenaire de la grève : "Pemp real a vo !" ( "cinq réaux ce sera")

 A écouter dans le blog Aifelle Ici 

Les Sardinières ont aussi chanté une chanson anarchiste de la Belle époque  qui est restée comme La chanson de sardinières et dont le refrain est : 

 Saluez, riches heureux,
Ces pauvres en haillons
Saluez, ce sont eux
Qui gagnent vos millions.

Des ouvrières furent licenciées après l'avoir chantée à l'usine en 1924. Cette chanson interdite est une sorte "d'hymne national" douarneniste.

La chanson de sardinières Voir ici

En  1905, il y avait eu une première grève des Penn Sardin pour obtenir d'être payées à l'heure et non au cent de sardines. En 1924, l'exploitation de ces ouvrières est telle qu'éclate la grande grève des sardinières qui a eu un écho national, entraînant la solidarité des travailleurs, partout en Bretagne et dans le reste de la France. 

Quel que soit l'âge, de 12 ans à 80 ans, ces femmes travaillent dans les conserveries à raison de 10 heures par jour et de 72 heures d'affilée. La loi de 1919 sur les 8 heures de travail n'est pas respectée. Elles réclament (entre autres) vingt centimes d'augmentation. Les heures passées à l'usine dans l'attente du poisson ne sont pas payées, les  heures supplémentaires ne sont pas majorées, les heures de travail de nuit (en principe interdit pour les femmes) ne sont pas majorées. Les revendications vont porter sur tous ces points. 

Enfin Ingammic a rédigé un billet sur un livre : Un belle grève de femmes d'Anne Grignon.

 Lire son billet Ici du 15 mars 2024   

"Elles sont ouvrières dès l’enfance, pour certaines à partir de huit ans -on contourne, quand le manque d’argent se fait trop criant, la loi qui impose d’en avoir au moins douze- dans des conditions difficiles. Le travail se fait debout et à un rythme infernal, dans des structures exhaussant l’inconfort des chaleurs estivales comme des froids hivernaux, chargées d’odeurs de saumure et d’entrailles. Et leurs journées se prolongent avec l’entretien de la maison -qui comme leurs tenues, se doit d’être impeccable-, le linge à laver (sans machine) mais aussi les tâches administratives comme la tenue des comptes dont elles s’occupent généralement, car la plupart maîtrisent mieux le français que leurs époux." Ingammic

 

Douarnenez : la grève de sardinières

"La grève, soutenue par le maire Daniel Le Flanchec, animée par un comité de grève et supportée entre autres par Lucie Colliard et Charles Tillon  pour la CGTU, commence le 21 novembre 2024 dans une fabrique des boîtes. Elle s'étend le 25 à toutes les usines du port. Les 1600 femmes (sur 2 100 grévistes), sont chaque jour en première ligne des manifestations, au cri de « Pemp real a vo ! » (« Cinq réaux ce sera , c'est-à-dire 25 sous, ou 1,25 franc). Les patrons sont intraitables. Et les choses s'enveniment dans la deuxième quinzaine de décembre lorsqu'ils font appel à seize "jaunes" (briseurs de grève), recrutés dans une officine spécialisée de la  rue Bonaparte à Paris. Le préfet destitue le maire communiste, Daniel Le Flanchec. La grève déborde Douarnenez.  Elle devient un enjeu national. Le , au débit  de L'Aurore, les jaunes tirent plusieurs coups de feu sur Le Flanchec, l'atteignant à la gorge, blessant grièvement son neveu et touchant quatre autres personnes.

On apprend que deux conserveurs, Béziers et Jacq, ont remis aux jaunes la somme de 20 000 francs (l'équivalent de 25 000 heures de travail de leurs ouvrières). Ils risquent la cour d'assises. Le préfet menace de porter plainte contre le syndicat des usiniers. Le 7 janvier, ce dernier pousse à la démission ses membres les plus durs. Le 8 janvier, après 46 jours de grève, des accords sont signés : toutes les heures de présence à l'usine sont désormais payées, les femmes obtiennent un relèvement de leur salaire horaire à un franc, une majoration de 50 % des heures supplémentaires et de 50 % pour le travail de nuit.  La grève est victorieusement terminée le alors que des briseurs de grève ont tiré sur le maire Daniel Le Flanchec le ." (wikipédia)



Quant à moi, j'ai tout de suite pensé à ce poème de Jacques Prévert que j'aime depuis longtemps :  une sorte de valse triste et lancinante qui raconte un conte de fées inversé avec le refrain qui revient en début et à la fin du poème comme s'il ne pouvait y avoir de fin à la misère des ouvrières. A tel point que cette danse avec la répétition de "tournez, tournez", évoquant un manège d'enfants plein de joie et d'insouciance, dépeint, au contraire, l'éternelle continuation du malheur.

 

Jacques Prévert, Chanson des Sardinières 

 

Paul Gruyer : conserverie de sardinières

Ce poème fut écrit par Jacques Prévert en 1935 à l'occasion d'une fête bretonne à Saint-Cyr, localité de Seine-et-Oise. Il a été publié en 1949 dans un recueil intitulé Spectacles.

 

Tournez tournez
petites filles
tournez autour des fabriques
bientôt vous serez dedans
tournez tournez
filles des pêcheurs
filles des paysans


Les fées qui sont venues
autour de vos berceaux
les fées étaient payées
par les gens du château
elles vous ont dit l’avenir
et il n’était pas beau


Vous vivrez malheureuses
et vous aurez beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants
qui vivront malheureux
et qui auront beaucoup d’enfants
qui vivront malheureux
et qui auront beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants
qui vivront malheureux
et qui auront beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants...
 

Tournez tournez
petites filles
tournez autour des fabriques
bientôt vous serez dedans
tournez tournez
filles des pêcheurs
filles des paysans 

 

 Joséphine Pencalet

 

Première femme a être élue conseillère municpale
 

 

Joséphine Pencalet est l’un des visages de cette lutte victorieuse. En 1925, elle est élue conseillère municipale sur la liste présentée par le Parti communiste français. Election rapidement invalidée par le Conseil d'État, puisque les femmes n'ayant pas le droit de vote, ne sont pas considérées comme éligibles. Elle s'insurge contre cette annulation, mais le PC, qui avait pourtant fortement médiatisé sa candidature et son élection, ne la suit pas. Amère, s'estimant "utilisée", Joséphine Pencalet refusera de voter jusqu’à sa mort, en 1972. La petite sardinière bretonne reste cependant l'une des premières élues municipales en France." ( TV5 Ici

 

 Une autre chanson : Ecoutez le bruit de leurs sabots

 


 

Et même une BD : le choeur des sardinières

 


 
 
 Une autre BD : les Chasseurs d'écume
 
 

 
Ta loi du ciné signale une autre BD, Les chasseurs d'écume (Debois/Fino), qui raconte l'histoire de la sardine à Douarnenez et dans un des tomes la grève des Penn Sardin.

lundi 12 mai 2025

Challenge Bulgarie Bilan 1

 

Nicolaï Raïnov : peintre Bulgare Le royaume enchanté

 

 Je suis en ce moment en Bulgarie, d'abord à Sofia puis à Plovdiv. Voici le premier bilan de nos lectures à la découverte des écrivains bulgares.

 

Claudialucia

 Challenge Bulgarie : Littérature Histoire Art qui se joint à moi ?

Les Héros nationaux bulgares : Hristov Botev, Vassil Levski, Hadji Dimitar

 Les peintres bulgares : Vladimir Dimitrov Le Maître et Radi Nedelchev

Elena Alexieva : Le prix Nobel  

Anton Dontchev : Les cent frères de Manol

 Elitza Guieorgieva : Les cosmonautes ne font que passer

Kapka Kassabova : Elixir 

Victor Paskov : Ballade pour Georg Hanig

Yordan Raditchkov  : Le poirier/ Les noms

Yordan Raditchkov : les récits de Tcherkaski

Ivan Vazov : sous le joug

Jules Verne : Le pilote du Danube 

Jules Verne : Kereban le têtu 

Yordan Yolkov Un compagnon mon billet 

Yordan Yolkov Soirée étoilée mon billet

 Wagenstein Abraham : Abraham Le poivrot (1)

Wagenstein Abraham : Abraham le Poivrot :  Plovdiv (2)


Sofia la cathédrale Nevsky et le musée des icônes

Sofia : les édifices religieux : églises, mosquée synagogue

 

Fanja

Le pays du passé de Gueorgui Gospodinov 

 

Ingammic 

Rhapsodie balkanique de Maria Kassimova-Boisset 

 

Je lis je blogue
 

Elitza Guieorgieva : Les cosmonautes ne font que passer 

 Kapka Kassabova : Lisière

Viktor Paskov Ballade pour Georg Henig  

 

Keisha : 

Le roi d'argile de Dobromir Baïtchev

 

Miriam 

Carnets bulgares 

Theodora Dimova : Les dévastés 

Anton Dotchev : Les cent frères de Manol

Kapka Kassabova Elixir ou la vallée de la fin des temps

Kapka Kassabova : L'esprit du lac 

Kapka Kassabova : Lisière 

Kapaka Kassabova : Anima 

René Kabestan : La vierge jurée 

Marie Kassimova-Moisset :  Rhapsodie balkanique 

Alexandre Levy : Carnets de la Strandja : d'un mur à l'autre 1989-2019 

Paskov Victor : La ballade pour Georg Henig

Jules Verne : Kereban le têtu 

Jules Verne : Le pilote du Danube 

Angel Wagenstein :  Adieu Shangaï

Angel Wagenstein : Le pentateuque ou les cinq livres d'Israel



Rappel du challenge :

A partir du mois de Mars jusqu'à la fin septembre, je propose que l'on découvre la littérature bulgare mais aussi l'histoire du pays et les arts, peintures, icônes, fresques, architecture...

 Laissez vos liens ici.

 

Nicolaï Raïnov : peintre bulgare Le royaume enchanté




 

dimanche 11 mai 2025

Bulgarie : Le poète et révolutionnaire Hristo Botev et les héros bulgares : Hajdi Dimitar et Vassil Levski

 

Vassil Levski et Hristo Botev en exil  de Vassil Goranov

 Parmi les héros nationaux que je rencontre depuis que je lis pour ma visite en Bulgarie, il y a des noms qui reviennent toujours, célébrés comme des héros qui ont fait l’histoire et ont oeuvré pour la liberté de la Bulgarie sous la domination de l'empire ottoman. J’ai cherché à mieux les connaître. Or, les articles sur le net sont nombreux.


 Le poète et révolutionnaire Hristo Botev ( 1848-1876)

 

Hristo Botev

Chaque 2 Juin, la mémoire de Hristo Botev est célébré dans le pays  ainsi que de tous ceux qui sont morts pour la Liberté. Les sirènes retentissent  pendant trois minutes et l’on observe le silence quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Cette année ce sera l'anniversaire de la 149 ième année de sa mort.

Hristo Botev est né à Kalofer en 1848 et est mort à Okolchitsa (près de Vratsa, dans les montagnes du nord-ouest de la Bulgarie) en combattant contre les Turcs à la tête d'une troupe de volontaires bulgares venus de Roumanie qui était alors un grand centre d’émigrés bulgares chassés hors de leur pays par les Turcs. Botev s’y était réfugié en 1867.  

Le 16 Mai 1876, après l’échec de l'insurrection mal préparée qui eut lieu en Avril 1876 et qui fut impitoyablement écrasée par les Ottomans (lire le très beau Sous le joug de Ivan Vazov), le voïvode Hristo Botev s’illustre par un coup d’éclat. A la tête d’une petite troupe, il embarque avec les siens sur le bateau Radetsky. Ils feignent d'être des ouvriers et cachent leurs uniformes et leurs armes dans de grandes caisses censées contenir leurs outils de travail. Le 17 mai,  Botev dévoile son identité au capitaine et se fait débarquer sur les côtes bulgares du Danube à Kozlodouï. Il pense que lui et sa troupe vont être rejoints pas des centaines de paysans révolutionnaires mais il n’en est rien. Aucun renfort ne vient les épauler au cours de leur marche à travers les villages bulgares. Réfugiés sur le Mont Okolchitsa, ils combattent les Turcs, un combat démesuré quant aux effectifs. Le 20 mai du calendrier Julien, c’est à dire le 2 Juin du calendrier grégorien, Botev est tué par une balle.

 Ivan Vazov recevant la nouvelle de la traversée du Danube sur le Radetsky effectuée par Botev écrit le poème qui a pour titre « Radetzki » à un moment où l'espoir est encore possible. Ce poème mis en musique est connu de tous les Bulgares comme « Le doux Danube blanc s’agite… ». 

 




"RADETZKI" de Ivan Vazov  (extraits)

Le doux Danube blanc s'agite,
      

bruit gaiement et fort


et "Radetzki" fier va vite
      

sur les ondes d'or.

 

Mais sitôt que l’on entendit :
      

"Kozlodoui lа-bas !",
 

l 'écho de corne retentit,
     

 un drapeau flotta.
 

Des jeunes bulgares vaillants
    

 y paraissent ardents 

-
au front - signes de lion brillants,
  

   les yeux éclatants.
 

Le bateau approche vite
      

la rive espérée,


le Danube blanc s'agite -
     

 les flots jouent, très gais.
 

Il y avait beaucoup de temps
     

 qu'il n'avait porté


de tels braves hommes luttant
      

pour la liberté.
 

 (…)

Mes frères! - Botev déclara
     

 D’une voix de tonnerre 

-
le peuple nous accueillera
      

d'une joie fière!
 

Bientôt d'un tir nous saluerons
      

notre grand Balkan

 -
une bataille de sang ferons
      

contre les tyrans!
 

Nous ne sommes point une armée,
    

  experts militaires,


mais nos âmes sont enflammées
      

pour mener la guerre.
 

Bientôt le Turc éprouvera
      

notre force noire,


et le lion brave guidera
    

  nos plus grands espoirs.
 

Et partout retentit un cri
      

vers le grand Balkan:


"Que vive notre Bulgarie,
      

à mort les tyrans!"

 

Hadji Dimitar

 

Hajdi Dimitar

 

Je n’ai  pu lire que des extraits de la poésie de Botev qui célèbre les exploits et la mort des héros nationaux. Les poésies les plus populaires de Botev sont celles dédiées à  Hadji Dimitǎr et Vassil Levski (La Pendaison de Vassil Levski). 

" L'aigle, le faucon, les bêtes sauvages s'approchent fraternellement de Hadji Dimitǎr gisant dans son sang, et des sylphides de blanc vêtues viennent panser la plaie et baiser les lèvres du jeune voïvode, qui entre dans l'immortalité. Car, écrit Botev, « celui qui meurt en combattant pour la liberté, celui-là ne meurt pas »".

Dimitar Nikolov Asenov est né le   à Sliven dans une famille marchande. Âgé de 2 ans sa famille l’emmène en pèlerinage à Jérusalem. C’est pour cette raison qu’on le surnomme hajdi (titre aussi octroyé aux chrétiens orthodoxes de l'Est ayant fait le pèlerinage à Jérusalem). Il meurt  le ,  mortellement blessé pendant les combats.  Plus connu sous le nom de Hadji Dimitar il est l'un des plus importants voïvodes bulgares, ainsi qu'un révolutionnaire combattant la domination turque.

 

-bas dans le Balkan, il est toujours vivant.
 

Mais il gît et gémit,

 il est couvert de sang ;


Sa poitrine est percée d'une affreuse blessure.


Frappé dans sa jeunesse, il vit, notre héros.



Vassil Levski : l'apôtre de la liberté

 

 

Vassil Levski est considéré comme "l'apôtre de la libération bulgare", le plus grand de tous les héros bulgares.

Vassil Ivanov Kountchev, plus connu sous le nom de Vassil Levski,  (Levski : semblable au Lion) est né le 18 juillet 1837 à Karlovo et meurt le 18 février 1873 à Sofia. Il fut un révolutionnaire et idéologue de la révolution nationale bulgare dans la lutte nationale contre l'occupant ottoman. C'est un ami de Hristo Botev avec lequel il a partagé une vie d'exil et de misère en Roumanie en 1868.

 Il organise la révolution et incite toutes les couches de la Il fut arrêté en 1872 par les autorités ottomanes et condamné à la peine de mort par pendaison. Cinq ans après sa pendaison et après l'Insurrection d'la  guerre russo-turque de 1877-1878 permit la libération de la Bulgarie du joug ottoman. Le traité de San Stefano le mit en place un État bulgare autonome.

La pendaison de Vassil Levski de Hristo Botev

 

Vassil Levski de  Detchko Uzunov (peintre bulgare)

Oh, ma mère, chère patrie,     
 pourquoi pleures-tu si pitoyablement, si doucement ?      
Corbeau, et toi, oiseau maudit,      
sur la tombe de qui croasses-tu si laidement ?  



 Oh, je sais, je sais, tu pleures, mère,
parce que tu es une esclave noire,      
parce que ta voix sacrée, mère,      
est une voix sans aide, une voix dans le désert.  


 

 Pleurer ! Là, près de la ville de Sofia,
j'ai vu une potence noire,      
et l'un de vos fils, Bulgarie,      
y est pendu avec une force terrible.  



Le corbeau croasse de façon hideuse et menaçante,

les chiens et les loups hurlent dans les champs,      
les vieillards prient Dieu avec ferveur,     
les femmes pleurent, les enfants hurlent.  


     

L'hiver chante sa chanson maléfique,      

les tourbillons chassent les épines à travers le champ,      
et le froid, le gel et les pleurs sans espoir      
apportent du chagrin à votre cœur. 






mardi 28 janvier 2025

Robert Desnos Le dernier Poème et Louis Aragon/Jean Ferrat : Complainte de Robert le diable

Ombres et brouillard : Photographie d'Aurélia Frey
  
 
 
EN MÉMOIRE 

En 2012, j'ai publié ce poème de Desnos que je vous fais redécouvrir à l'occasion des quatre-vingts ans de l'anniversaire de la libération d'Auschwitz. Il est important de commémorer cet évènement à une époque ou les partis d'obédience nazie sont plus forts que jamais en Europe et encouragés par les dirigeants des Etats-Unis.
Je complète ce billet avec le si beau poème d'Aragon Complainte de Robert le diable chanté par Jean Ferrat.


Le dernier poème
 
 
Robert Desnos
 
 
Robert Desnos, poète résistant, est arrêté par la Gestapo le 22 février 1944 et amené à Compiègne. De là, il est envoyé d'abord à Auschwitz puis à Buchenwald et à Floha, en Saxe.  Au moment de l'arrivée des troupes alliées, il est déplacé vers Terezine dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Une marche de 200 km à pied dans la neige, des jours de souffrance et de désespoir pour ces hommes affaiblis, sous-alimentés, malades, que l'on achève en cours de route s'ils ne parviennent pas à suivre...
Quand les alliés arrivent à  Terezine, Desnos est atteint du typhus. Il est transporté à l'hôpital militaire installé par les russes pour accueillir les malades. Ceux-ci font appel à des étudiants de la faculté de médecine de Prague pour enrayer l'épidémie.
C'est ainsi qu'un jeune tchèque, Joseph Stuna, lit dans les registres que Robert Desnos est parmi les prisonniers. Epris de poésie française, admirateur du surréalisme et de Robert Desnos, le jeune homme cherche le poète et croit le reconnaître dans les traits émaciés d'un malade et comme on demande à ce dernier s'il connaît le poète français Robert Desnos, il répond :

- Oui!  Robert Desnos, poète français, c'est moi !

Le 8 juin 1945, Robert Desnos s'éteint. Il devra à la poésie, ce langage universel, de ne pas mourir seul, inconnu, et d'avoir autour de lui des amis pour le soutenir.

On a retrouvé dans la poche de son vêtement un poème qui a pendant longtemps été considéré comme le dernier, dédié à sa femme Youki. Or, il n'en est rien. Le poème a été écrit en 1926 et dédicacé à la Mystérieuse, une autre que Youki. Voir le petit monde de Youki.

Mais le poème, devenu légende, n'a rien perdu de sa beauté.


         Le Dernier poème

J'ai rêvé tellement fort de toi,

J'ai tellement marché, tellement parlé,

Tellement aimé ton ombre,

Qu'il ne me reste plus rien de toi.

Il  me reste d'être l'ombre parmi les ombres

D'être cent fois plus ombre que l'ombre

D'être l'ombre qui viendra et reviendra

dans ta vie ensoleillée.

 
Lire aussi :  le livre de André Bessières : destination Auschwitz avec Robert Desnos

 

Louis Aragon : Complainte de Robert le diable


Doisneau : Paris : les Halles

Robert Desnos est né dans le quartier Saint Merry, près des Halles, sa mère était fille du propriétaire  d'une rôtisserie, son père était mandataire en volaille et en gibier, d'où l'importance donné à ce lieu dans le poème d'Aragon. Quand il rejoint les surréalistes, Robert Desnos s'essaye à l'écriture automatique et au langage hypnotique. Il devient le prophète du groupe qui compte Breton, Aragon, Eluard, Soupault, Vitrac... et ses visions souvent déréglées, exaltées, violentes, sont teintées de sang comme, nous dit Aragon,  s'il avait vu le destin qui l'attendait lui et les millions de victimes des camps de concentration. Il est aussi le poète de Paris et de la nuit.


Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
Scandant la cruauté de tes vers réguliers
Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles

Parmi les diables chargés de chair tu noyais
Je ne sais quels chagrins Ou bien quels blue devils
Tu traînais au bal derrière l'Hôtel-de-Ville
Dans les ombres koscher d'un Quatorze-Juillet

Tu avais en ces jours ces accents de gageüre
Que j'entends retentir à travers les années
Poète de vingt ans d'avance assassiné
Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure

Tu parcourais la vie avec des yeux royaux
Quand je t'ai rencontré revenant du Maroc
C'était un temps maudit peuplé de gens baroques
Qui jouaient dans la brumes à des jeux déloyaux

Debout sous un porche avec un cornet de frites
Te voilà par mauvais temps près de Saint-Merry
Dévisageant le monde avec effronterie
De ton regard pareil à celui d'Amphitrite

Énorme et palpitant d'une pâle buée
Et le sol à ton pied comme au sein nu l'écume
Se couvre de mégots de crachats de légumes
Dans les pas de la pluie et des prostituées

Et c'est encore toi sans fin qui te promènes
Berger des longs désirs et des songes brisés
Sous les arbres obscurs dans les Champs-Elysées
Jusqu'à l'épuisement de la nuit ton domaine

Tu te hâtes plus tard le long des quais Robert
Quand Paris se défarde et peu à peu s'éteint
Au geste machinal que fait dans le matin
L'homme bleu qui s'en va mouchant les réverbères

Oh la Gare de l'Est et le premier croissant
Le café noir qu'on prend près du percolateur
Les journaux frais les boulevards pleins de senteur
Les bouches du métro qui captent les passants

La ville un peu partout garde de ton passage
Une ombre de couleur à ses frontons salis
Et quand le jour se lève au Sacré-Coeur pâli
Quand sur le Panthéon comme un équarissage

Le crépuscule met ses lambeaux écorchés
Quand le vent hurle aux loups dessous le Pont-au-Change
Quand le soleil au Bois roule avec les oranges
Quand la lune s'assied de clocher en clocher

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux
Qu'explique seulement l'avenir qu'ils reflètent
Sans cela d'où pourrait leur venir ô poète
Ce bleu qu'ils ont en eux et qui dément les cieux
 





Voir le billet de Nathalie intitulé Mémoire : C'est elle qui recueillera vos liens.