En 1828 apparaît, à Nuremberg, un jeune homme d’environ seize ans. Il tient une lettre à la main. Il est bizarre, cligne des yeux sans arrêt comme s’il ne pouvait supporter la lumière du soleil, marche avec difficulté, un peu comme un enfant qui fait ses premiers pas, et ne connaît que quelques mots. Il sait écrire son nom Gaspar Hauser. Le capitaine Wessenig à qui on l’amène le suspecte de mensonge et l’enferme dans une tour où il est livré à la curiosité des badauds.
Le cas de Gaspar Hauser émeut tous les pays d’Europe et l’énigme de sa vie interroge et passionne toutes les classes sociales. La lettre que le capitaine découvre est écrite par un journalier anonyme qui dit avoir trouvé cet enfant abandonné en 1812 et ne plus vouloir le garder : « Je vous envoie ci-joint un gars qui voudrait servir fidèlement sont roi et devenir soldat. » Le bourgmestre Binder finit par le confier au Professeur Daumer qui se sent investi d’une mission : Non seulement il ne remet pas en cause le passé de Gaspar mais, au contraire, il croit en sa sincérité et il est ému par l’ignorance de l’enfant et par sa pureté. Il le prend chez lui pour étayer sa conviction : il pense avoir découvert l’Homme avant la civilisation et il voit en lui - influence de Rousseau - un être bon et pur que n’a pas atteint la corruption de la société. Il apprend peu à peu que Gaspar a été enfermé dans un cachot obscur, nourri au pain et à l’eau, avec pour jouet, un petit cheval de bois. Il lui enseigne les mots, la langue, le latin et même la musique et l’adolescent apprend vite, paraît doué d’une mémoire prodigieuse. Seulement, quand le professeur s’aperçoit que Gaspar peut mentir et qu’il a des défauts, il déchante. Et quand son élève se fait attaquer chez lui par un mystérieux individu masqué qui le frappe au front, Daumer demande à être déchargé de cette responsabilité.
Désormais, Gaspar Hauser va passer de foyer en foyer, protégé par la police mais jamais libre, livré à la curiosité de ceux qui le reçoivent à cause de sa célébrité et l’exploitent comme une bête curieuse. Désormais, il y a ceux qui le méprisent voire le haïssent, le traitent de simulateur, le surveillent étroitement, et s’acharnent à prouver qu’il est un menteur et ceux qui croient en lui, mais font de lui un sujet d’étude et s’il ne correspond pas aux attentes le rejettent. Lord Stanhorpe feint de l’aimer, le manipule puis disparaît de sa vie, le criminaliste Anselme Feuerbach, son protecteur, se sert de lui pour prouver sa thèse : Gaspar Hauser est victime d’un complot, il serait l’héritier du Grand-duc de Bade Charles II. La souffrance de Gaspar Hauser livré à l’inhumanité de ceux qui l’entourent est violente. Personne ne l’aime, chacun veut tirer profit de sa personne pour briller et avoir raison. C’est ce qu’explique le sous-titre donné au roman par Jakob Wesserman : Gaspar Hauser ou la paresse du coeur. La paresse du coeur car la société est dépourvue de sensibilité et est incapable de sentiments vrais et généreux. Un deuxième attentat en 1833 aura raison de Gaspar Hauser.
Gaspar Hauser a été comparé au Prince Mychkine de Dostoeivski L'idiotet cela me paraît très juste : Un être trop bon, trop pur dans une société cruelle et corrompue passe pour un idiot !
Gaspar Hauser : Herzog
Bien sûr, l’histoire de Gaspar Hauser, l’énigme de son identité et de sa captivité, sont passionnantes. J’avais vu le film d’Herzog et je suis heureuse d’avoir lu ce livre maintenant. Les questions qui se posent à son propos sur le rôle de l’éducation et de l’apprentissage social m’ont vraiment intéressée. Gaspar Hauser soulève le problème de ce qu’est la civilisation, un ensemble de savoirs (langage) et de règles transmis par la société.Gaspar Hauser sans être un enfant sauvage comme Victor de l’Aveyron n’était en contact avec un autre humain que très brièvement, il a donc été privé de socialisation.Elevé dans l’obscurité,il pose des problèmes en partie semblables à ceux que soulève Diderot dans sa Lettre d’un aveugle à l’usage de ceux qui voient.
"Toutes les notions familières aux hommes, de par l'imitation, lui étaient étrangères ; il ne savait pas parler, il ne pouvait pas apprécier les distances, il ne distinguait pas la diversité des bruits, la lumière l’inquiétait, et il lui était impossible de percevoir telle ou telle chose dans l’ensemble des objets nouveaux qui frappaient sa vue."
J’ai aussi beaucoup aimé ce roman par les sentiments qu’il a éveillés en moi : tristesse, indignation, révolte devant la manière dont on traite l'adolescent… et aussi empathie pour lui. Peu importe s’il est héritier d’une dynastie, il est d’abord et avant tout un être humain et c’est ce que la société semble avoir oublié. Le ton de Wasserman est souvent plein d’émotion et l’on sent bien qu’il est avec Gaspar, de son côté. Il n’est pas neutre et se pose même en moraliste quand il prend à partie le Professeur Daumer. Ce dernier est très conscient de la cruauté de la société : « Ils vont sûrement te briser les ailes. L’innocence pourra rayonner de ton être : ils ne la verront pas » mais il abandonne l’enfant malgré tout.
« On peut être prophète et avoir un coeur compatissant, on peut connaître les hommes, savoir que le feu brûle, que l’aiguille pique et que le lièvre blessé par le chasseur s’abat dans l’herbe pour mourir. On peut connaître la portée de ses actes, n’est-ce pas Monsieur Daumer ? Mais de là à braver les évènements, comme on arrête le glaive d’un ennemi pour détourner le coup, il y a un pas. Souvent les idéalistes et les psychologues ne valent guère mieux que les voleurs et les usuriers. »
Une belle lecture.
La "théorie du prince"
Stéphanie de Beauharnais grande-duchesse de Bade
L'histoire
de Gaspar Hauser et le mystère de ses origines passionnent non
seulement l'Allemagne mais toute l'Europe. Gaspar Hauser devient
"L'Orphelin de l'Europe". De nombreuses théories furent élaborées à son
propos mais celle dite La théorie du Prince suscita le plus vif
engouement. Elle fut défendue par président de la cour d’appel
d’Ansbach, Anselme Feuerbach, qui écrivit un livre démontrant l'origine
princière de Gaspar.
Le
29 septembre 1812, la grande-duchesse Stéphanie de Beauharnais
(1789-1860), fille adoptive de Napoléon Bonaparte et épouse du grand-duc
de Bade régnant Charles II (1786-1818), donne naissance à un garçon. En
tant que premier fils du couple, l'enfant doit devenir le prochain
grand-duc de Bade. Mais le petit garçon, alors qu'il est considéré comme en
bonne santé, meurt à l'âge de 18 jours.
Le Grand-duc Charles II de Bade
Selon
la version la plus populaire, le petit prince aurait été
remplacé par le fils mort d'une servante, enlevé et confié à un
homme qui le garda enfermé dans un cachot jusqu'à ses 16 ans. Il s'agirait d'un complot fomenté par la
seconde épouse du précédent grand-duc, Charles I (1728-1811), la comtesse
Luise Caroline von Hochberg (1768-1820). Comme le
couple princier n'avait que des filles, à la mort de Charles II en 1818,
la couronne échut d'abord à son oncle Louis, puis à Léopold qui est le
fils de la comtesse Hochberg et qui monta sur le trône de Bade en 1830. Gaspar Hauser serait donc le fils de Stéphanie et
de Charles II de Bade et l'héritier légitime de la couronne.
En
tant que fille de Napoléon et appartenant à la noblesse d'Empire,
méprisée par la noblesse d'Ancien régime, Stéphanie de Beauharnais avait reçu
un très mauvais accueil à la cour de Bade, en particulier de la
comtesse Holchbert. Il n'est
donc peut-être pas si étonnant que la grande-duchesse Stéphanie
elle-même ait cru à cette théorie et se rendit à Bade secrètement pour
voir son "fils" même si elle ne dit rien, peut-être pour épargner sa vie.
Il n'en reste pas moins que Gaspar Hauser subit des attentats dont le
dernier fut fatal en 1833.
De
nos jours des tests ADN du sang et des cheveux de Gaspar révèlent qu'il
n'y avait pas de lien de parenté mais il existe encore une faible marge d'erreur. Pour lever le dernier doute, il
faudrait une analyse des os du du bébé qui repose dans le tombeau de la famille de Bade mais elle s'y oppose.
Le destin de Gaspar Hauser découvert à Nuremberg a inspiré de nombreux historiens, scientifiques, philosophes, romanciers, poètes. C'est le cas de Verlaine qui écrit La chanson de Gaspar Hauser dans son recueil Sagesse :
Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.
À vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d’amoureuses flammes
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.
Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard ! »
L'auteur de Gaspar Hauser
Jakob Wasserman
Jakob Wassermann, né à Fürth (Allemagne) en 1873, mourut dans le camp
de concentration Altaussee le 1ᵉʳ janvier 1934. Ami de Rainer Maria
Rilke et de Thomas Mann, souvent comparé à Balzac ou à Dostoïevski, il
fut victime, comme son œuvre, de ses origines juives.
Pour la Mitteleuropa j'ai participé avec deux livres : La liste de Freud (billet paru le 14 mars) et Gaspar Hauser, (le 15 Mars).
Avec les jardins de Klimt et ses couleurs féériques pour regarder l'année nouvelle avec optimisme, je vous souhaite de bonnes fêtes. Tous mes voeux pour la nouvelle année 2026.
Pour la nouvelle année. — Je vis et je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum.
Aujourd’hui je permets à tout le monde d’exprimer son désir et sa
pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je
souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai
prise à cœur la première — quelle est la pensée qui devra être
dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je
veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y
a de nécessaire dans les choses : — c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati (accepter son destin) que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre
contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser
les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule
négation ! Et, somme toute, pour voir grand : je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! »
Dans son blog Miriam raconte sa visite à Douarnenez et elle note que la ville s'est construite autour de la richesse locale, la sardine. Richesse mais pas pour tout le monde ! C'est là qu'a eu lieu la première grève féminine des Penn Sardin, surnom donné aux ouvrières qui travaillaient dans les usines de sardines.
En écho au billet de Miriam, Aifelle publie dans son Bon Dimanche, la chanson des Penn Sardin, chantée pendant la grève de 1924-25 et qui a été reprise pendant la célébration du centenaire de la grève : "Pemp real a vo !" ( "cinq réaux ce sera")
En 1905, il y avait eu une première grève des Penn Sardin pour obtenir d'être payées à l'heure et non au cent de sardines. En 1924, l'exploitation de ces ouvrières est telle qu'éclate la grande grève des sardinières qui a eu un écho national, entraînant la solidarité des travailleurs, partout en Bretagne et dans le reste de la France.
Quel que soit l'âge, de 12 ans à 80 ans, ces femmes travaillent dans les conserveries à raison de 10 heures par jour et de 72 heures d'affilée. La loi de 1919 sur les 8 heures de travail n'est pas respectée. Elles réclament (entre autres) vingt centimes d'augmentation. Les heures passées à l'usine dans l'attente du poisson ne sont pas
payées, les heures supplémentaires ne sont pas majorées, les heures de
travail de nuit (en principe interdit pour les femmes) ne sont pas
majorées. Les revendications vont porter sur tous ces points.
Enfin Ingammic a rédigé un billet sur un livre : Un belle grève de femmes d'Anne Grignon.
"Elles sont ouvrières dès l’enfance, pour certaines à partir de huit ans
-on contourne, quand le manque d’argent se fait trop criant, la loi qui
impose d’en avoir au moins douze- dans des conditions difficiles. Le
travail se fait debout et à un rythme infernal, dans des structures
exhaussant l’inconfort des chaleurs estivales comme des froids
hivernaux, chargées d’odeurs de saumure et d’entrailles. Et leurs
journées se prolongent avec l’entretien de la maison -qui comme leurs
tenues, se doit d’être impeccable-, le linge à laver (sans machine) mais
aussi les tâches administratives comme la tenue des comptes dont elles
s’occupent généralement, car la plupart maîtrisent mieux le français que
leurs époux." Ingammic
Douarnenez : la grève de sardinières
"La grève, soutenue par le maire Daniel Le Flanchec, animée par un comité de grève et supportée entre autres par Lucie Colliard et Charles Tillon pour la CGTU, commence le 21 novembre 2024 dans une fabrique des boîtes. Elle s'étend le 25 à toutes les usines du port. Les 1600 femmes (sur 2 100 grévistes), sont chaque jour en première ligne des manifestations, au cri de « Pemp real a vo ! » (« Cinq réaux ce sera , c'est-à-dire 25 sous,
ou 1,25 franc). Les patrons sont intraitables. Et les choses
s'enveniment dans la deuxième quinzaine de décembre lorsqu'ils font
appel à seize "jaunes" (briseurs de grève), recrutés dans une officine spécialisée de la rue Bonaparte à Paris. Le préfet destitue le maire communiste, Daniel Le Flanchec. La grève déborde Douarnenez. Elle devient un enjeu national. Le , au débit de L'Aurore, les jaunes tirent plusieurs coups de feu sur Le Flanchec, l'atteignant à la gorge, blessant grièvement son neveu et touchant quatre autres personnes.
On apprend que deux conserveurs, Béziers et Jacq, ont remis aux jaunes la somme de 20 000 francs (l'équivalent de 25 000 heures de travail de leurs ouvrières). Ils risquent la cour d'assises. Le préfet menace de porter plainte contre le syndicat des usiniers. Le 7 janvier, ce dernier pousse à la démission ses membres les plus durs. Le 8 janvier, après 46 jours de grève, des accords sont signés :
toutes les heures de présence à l'usine sont désormais payées, les
femmes obtiennent un relèvement de leur salaire horaire à un franc,
une majoration de 50 % des heures supplémentaires et de 50 % pour le
travail de nuit. La grève est victorieusement terminée le alors que des briseurs de grève ont tiré sur le maire Daniel Le Flanchec le ." (wikipédia)
Quant à moi, j'ai tout de suite pensé à ce poème de Jacques Prévert que j'aime depuis longtemps : une sorte de valse triste et lancinante qui raconte un conte de fées inversé avec le refrain qui revient en début et à la fin du poème comme s'il ne pouvait y avoir de fin à la misère des ouvrières. A tel point que cette danse avec la répétition de "tournez, tournez", évoquantun manège d'enfants plein de joie et d'insouciance, dépeint, au contraire, l'éternelle continuation du malheur.
Jacques Prévert, Chanson des Sardinières
Paul Gruyer : conserverie de sardinières
Ce poème fut écrit par Jacques Prévert en 1935 à l'occasion d'une fête bretonne à Saint-Cyr, localité de Seine-et-Oise. Il a été publié en 1949 dans un recueil intitulé Spectacles.
Tournez tournez petites filles tournez autour des fabriques bientôt vous serez dedans tournez tournez filles des pêcheurs filles des paysans
Les fées qui sont venues autour de vos berceaux les fées étaient payées par les gens du château elles vous ont dit l’avenir et il n’était pas beau
Vous vivrez malheureuses et vous aurez beaucoup d’enfants beaucoup d’enfants qui vivront malheureux et qui auront beaucoup d’enfants qui vivront malheureux et qui auront beaucoup d’enfants beaucoup d’enfants qui vivront malheureux et qui auront beaucoup d’enfants beaucoup d’enfants beaucoup d’enfants...
Tournez tournez petites filles tournez autour des fabriques bientôt vous serez dedans tournez tournez filles des pêcheurs filles des paysans
Joséphine Pencalet
Première femme a être élue conseillère municpale
" Joséphine Pencalet est l’un des visages de cette lutte victorieuse. En 1925, elle est élue conseillère municipale sur la liste présentée par le Parti communiste français. Election rapidement invalidée par le Conseil d'État,
puisque les femmes n'ayant pas le droit de vote, ne sont pas
considérées comme éligibles. Elle s'insurge contre cette annulation,
mais le PC, qui avait pourtant fortement médiatisé sa candidature
et son élection, ne la suit pas. Amère, s'estimant "utilisée",
Joséphine Pencalet refusera de voter jusqu’à sa mort, en 1972. La petite sardinière bretonne reste cependant l'une des premières élues municipales en France." ( TV5 Ici)
Ta loi du ciné signale une autre BD, Les chasseurs d'écume (Debois/Fino), qui raconte l'histoire de la sardine à Douarnenez et dans un des tomes la grève des Penn Sardin.
Apartir du mois de Mars jusqu'à la fin septembre,
je propose que l'on découvre la littérature bulgare mais aussi
l'histoire du pays et les arts, peintures, icônes, fresques,
architecture...
Laissez vos liens ici.
Nicolaï Raïnov : peintre bulgare Le royaume enchanté
Parmi les héros nationaux que je rencontre depuis que je lis pour ma visite en Bulgarie, il y a des noms qui reviennent toujours, célébrés comme des héros qui ont fait l’histoire et ont oeuvré pour la liberté de la Bulgarie sous la domination de l'empire ottoman. J’ai cherché à mieux les connaître. Or, les articles sur le net sont nombreux.
Le poète et révolutionnaire Hristo Botev ( 1848-1876)
Hristo Botev
Chaque 2 Juin, la mémoire de Hristo Botev est célébré dans le pays ainsi que de tous ceux qui sont morts pour la Liberté. Les sirènes retentissent pendant trois minutes et l’on observe le silence quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Cette année ce sera l'anniversaire de la 149 ième année de sa mort.
Hristo Botev est né à Kalofer en 1848 et est mort à Okolchitsa (près de Vratsa, dans les montagnes du nord-ouest de la Bulgarie) en combattant contre les Turcs à la tête d'une troupe de volontaires bulgares venus de Roumanie qui était alors un grand centre d’émigrés bulgares chassés hors de leur pays par les Turcs. Botev s’y était réfugié en 1867.
Le 16 Mai 1876, après l’échec de l'insurrection mal préparée qui eut lieu en Avril 1876 et qui fut impitoyablement écrasée par les Ottomans (lire le très beau Sous le jougde Ivan Vazov), le voïvode Hristo Botev s’illustre par un coup d’éclat. A la tête d’une petite troupe, il embarque avec les siens sur le bateau Radetsky. Ils feignent d'être des ouvriers et cachent leurs uniformes et leurs armes dans de grandes caisses censées contenir leurs outils de travail. Le 17 mai, Botev dévoile son identité au capitaine et se fait débarquer sur les côtes bulgares du Danube à Kozlodouï. Il pense que lui et sa troupe vont être rejoints pas des centaines de paysans révolutionnaires mais il n’en est rien. Aucun renfort ne vient les épauler au cours de leur marche à travers les villages bulgares. Réfugiés sur le Mont Okolchitsa, ils combattent les Turcs, un combat démesuré quant aux effectifs. Le 20 mai du calendrier Julien, c’est à dire le 2 Juin du calendrier grégorien, Botev est tué par une balle.
Ivan Vazov recevant la nouvelle de la traversée du Danube sur le
Radetsky effectuée par Botev écrit le poème qui a pour titre
« Radetzki » à un moment où l'espoir est encore possible. Ce poème mis en musique est connu de tous les Bulgares comme « Le doux
Danube blanc s’agite… ».
Je n’ai pu lire que des extraits de la poésie de Botev qui célèbre les exploits et la mort des héros nationaux. Les poésies les plus populaires de Botev sont celles dédiées à Hadji Dimitǎr et Vassil Levski (La Pendaison de Vassil Levski).
" L'aigle, le faucon, les bêtes sauvages s'approchent fraternellement de Hadji Dimitǎr gisant dans son sang, et des sylphides de blanc vêtues viennent panser la plaie et baiser les lèvres du jeune voïvode, qui entre dans l'immortalité. Car, écrit Botev,« celui qui meurt en combattant pour la liberté, celui-là ne meurt pas »".
Dimitar Nikolov Asenov est né le à Sliven dans une famille marchande. Âgé de 2 ans sa famille l’emmène en pèlerinage à Jérusalem. C’est pour cette raison qu’on le surnomme hajdi (titre aussi octroyé aux chrétiens orthodoxes de l'Est ayant fait le pèlerinage à Jérusalem). Il meurt le , mortellement blessé pendant les combats. Plus connu sous le nom de Hadji Dimitar il est l'un des plus importants voïvodes bulgares, ainsi qu'un révolutionnaire combattant la domination turque.
Vassil Ivanov Kountchev, plus connu sous le nom de Vassil
Levski, (Levski : semblable au Lion) est né le 18 juillet 1837 à Karlovo et meurt le 18 février 1873 à
Sofia. Il fut un révolutionnaire et idéologue de la révolution
nationale bulgare dans la lutte nationale contre l'occupant ottoman. C'est un ami de Hristo Botev avec lequel il a partagé une vie d'exil et de misère en Roumanie en 1868.
Il organise la révolution et incite toutes les couches de la Il fut arrêté en 1872 par les
autorités ottomanes et condamné à la peine de mort par
pendaison.
Cinq ans après sa pendaison et
après l'Insurrection d'la guerre russo-turque de 1877-1878 permit la libération de la Bulgarie du joug ottoman. Le traité de San Stefano le mit en place un État bulgare autonome.
Oh, ma mère, chère patrie, pourquoi pleures-tu si pitoyablement, si doucement ? Corbeau, et toi, oiseau maudit, sur la tombe de qui croasses-tu si laidement ?
Oh, je sais, je sais, tu pleures, mère, parce que tu es une esclave noire, parce que ta voix sacrée, mère, est une voix sans aide, une voix dans le désert.
Pleurer ! Là, près de la ville de Sofia, j'ai vu une potence noire, et l'un de vos fils, Bulgarie, y est pendu avec une force terrible.
Le corbeau croasse de façon hideuse et menaçante,
les chiens et les loups hurlent dans les champs, les vieillards prient Dieu avec ferveur, les femmes pleurent, les enfants hurlent.
L'hiver chante sa chanson maléfique,
les tourbillons chassent les épines à travers le champ, et le froid, le gel et les pleurs sans espoir apportent du chagrin à votre cœur.
Ombres et brouillard : Photographie d'Aurélia Frey
EN MÉMOIRE
En 2012, j'ai publié ce poème de Desnos que je vous fais redécouvrir à l'occasion des quatre-vingts ans de l'anniversaire de la libération d'Auschwitz. Il est important de commémorer cet évènement à une époque ou les partis d'obédience nazie sont plus forts que jamais en Europe et encouragés par les dirigeants des Etats-Unis. Je complète ce billet avec le si beau poème d'Aragon Complainte de Robert le diable chanté par Jean Ferrat.
Le dernier poème
Robert Desnos
Robert
Desnos, poète résistant, est arrêté par la Gestapo le 22 février 1944
et amené à Compiègne. De là, il est envoyé d'abord à Auschwitz puis à Buchenwald et à Floha,
en Saxe. Au moment de l'arrivée des troupes alliées, il est déplacé
vers Terezine dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Une marche de 200 km à
pied dans la neige, des jours de souffrance et de désespoir pour ces hommes affaiblis,
sous-alimentés, malades, que l'on achève en cours de route s'ils ne
parviennent pas à suivre...
Quand les alliés arrivent à Terezine, Desnos est atteint du typhus. Il
est transporté à l'hôpital militaire installé par les russes pour
accueillir les malades. Ceux-ci font appel à des étudiants de la faculté
de médecine de Prague pour enrayer l'épidémie.
C'est ainsi qu'un jeune tchèque, Joseph Stuna, lit dans les registres
que Robert Desnos est parmi les prisonniers. Epris de poésie française,
admirateur du surréalisme et de Robert Desnos, le jeune homme cherche le
poète et croit le reconnaître dans les traits émaciés d'un malade et
comme on demande à ce dernier s'il connaît le poète français Robert
Desnos, il répond :
- Oui! Robert Desnos, poète français, c'est moi !
Le 8 juin 1945, Robert Desnos s'éteint. Il devra à la poésie, ce langage
universel, de ne pas mourir seul, inconnu, et d'avoir autour de lui des
amis pour le soutenir.
On a retrouvé dans la poche de son vêtement un poème qui a pendant
longtemps été considéré comme le dernier, dédié à sa femme Youki. Or, il
n'en est rien. Le poème a été écrit en 1926 et dédicacé à la Mystérieuse, une autre que Youki.Voir le petit monde de Youki.
Mais le poème, devenu légende, n'a rien perdu de sa beauté.
Robert Desnos est né dans le quartier Saint Merry, près des Halles, sa mère était fille du propriétaire d'une rôtisserie, son père était mandataire en volaille et en gibier, d'où l'importance donné à ce lieu dans le poème d'Aragon. Quand il rejoint les surréalistes, Robert Desnos s'essaye à l'écriture automatique et au langage hypnotique. Il devient le prophète du groupe qui compte Breton, Aragon, Eluard, Soupault, Vitrac... et ses visions souvent déréglées, exaltées, violentes, sont teintées de sang comme, nous dit Aragon, s'il avait vu le destin qui l'attendait lui et les millions de victimes des camps de concentration. Il est aussi le poète de Paris et de la nuit.
Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval Quand tu parlais du sang jeune homme singulier Scandant la cruauté de tes vers réguliers Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles
Parmi les diables chargés de chair tu noyais Je ne sais quels chagrins Ou bien quels blue devils Tu traînais au bal derrière l'Hôtel-de-Ville Dans les ombres koscher d'un Quatorze-Juillet
Tu avais en ces jours ces accents de gageüre Que j'entends retentir à travers les années Poète de vingt ans d'avance assassiné Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure
Tu parcourais la vie avec des yeux royaux Quand je t'ai rencontré revenant du Maroc C'était un temps maudit peuplé de gens baroques Qui jouaient dans la brumes à des jeux déloyaux
Debout sous un porche avec un cornet de frites Te voilà par mauvais temps près de Saint-Merry Dévisageant le monde avec effronterie De ton regard pareil à celui d'Amphitrite
Énorme et palpitant d'une pâle buée Et le sol à ton pied comme au sein nu l'écume Se couvre de mégots de crachats de légumes Dans les pas de la pluie et des prostituées
Et c'est encore toi sans fin qui te promènes Berger des longs désirs et des songes brisés Sous les arbres obscurs dans les Champs-Elysées Jusqu'à l'épuisement de la nuit ton domaine
Tu te hâtes plus tard le long des quais Robert Quand Paris se défarde et peu à peu s'éteint Au geste machinal que fait dans le matin L'homme bleu qui s'en va mouchant les réverbères
Oh la Gare de l'Est et le premier croissant Le café noir qu'on prend près du percolateur Les journaux frais les boulevards pleins de senteur Les bouches du métro qui captent les passants
La ville un peu partout garde de ton passage Une ombre de couleur à ses frontons salis Et quand le jour se lève au Sacré-Coeur pâli Quand sur le Panthéon comme un équarissage
Le crépuscule met ses lambeaux écorchés Quand le vent hurle aux loups dessous le Pont-au-Change Quand le soleil au Bois roule avec les oranges Quand la lune s'assied de clocher en clocher
Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne Comme un soir en dormant tu nous en fis récit Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie Là-bas où le destin de notre siècle saigne
Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux Qu'explique seulement l'avenir qu'ils reflètent Sans cela d'où pourrait leur venir ô poète Ce bleu qu'ils ont en eux et qui dément les cieux