mercredi 17 octobre 2018

Alexandra Lapierre : Artémisia


Alexandra Lapierre quand elle se lance sur les traces d’Artémisia Gentileschi (1593_1654), peintre italienne du XVIIème siècle, va vivre une aventure qui durera des années. S’installant à Rome, ce qui lui permet de retrouver les lieux où Artemisia a habité, l’écrivaine consulte les archives de Rome, d’abord, où est née l’enfant, puis de Florence et Naples, où l’artiste a vécu et a travaillé et de même en Angleterre. 

Artemisia Gentileschi : auto portrait
C’est dans l’atelier de son père Orazio Gentileschi, peintre célèbre, ami de Le Caravage dont il était aussi le disciple que la petite fille a appris à peindre. Aucune femme à cette époque n’aurait pu s’initier au métier autrement que par l’intermédiaire de sa famille. Employée d’abord comme apprentie, broyant et préparant elle-même les couleurs, elle apprend peu à peu les ficelles de son art, la technique, la couleur, et elle révèle très vite un don et une passion précoces, influencée elle aussi par le Caravagisme. Déjà, sa beauté et son talent lui valent des inimitiés auprès des autres apprentis qui font courir des rumeurs malveillantes sur elle et sur ses moeurs.
Si  l’on connaît bien la vie de la jeune peintre, c’est d’abord à cause du viol qu’elle a subi de la part d’un ami de son père que celui-ci lui avait donné pour professeur de dessin, Agostino Tassi, lui-même bon peintre, maître de Claude Lorrain ..
 
Agostino Tassi : autoportrait
Le procès intenté à Agostino par Orazio, fut d’une violence inouïe pour la jeune fille âgée de dix-huit ans, accusée de mensonge, de prostitution, soumise à la torture qui, à l’époque, si l’on ne se rétractait pas sous l’effet de la douleur, était la preuve qu’on disait vrai. Elle tient bon et elle révèle ainsi un caractère bien trempé en décidant de se battre, de s’imposer comme peintre et de vivre de son travail. La rivalité entre les peintres étant alors féroce, il lui faudra beaucoup de talent, de courage, de pugnacité et de… bons protecteurs pour pouvoir réussir.  Dans sa vie privée, elle s’affranchira du mari choisi par son père, aura des amants tout en s’occupant de ses filles et en répondant aux commandes des mécènes. Elle fut la seule femme à être admise à la fameuse Accademia delle Arti del Disegno de Florence, dont furent membres Michel-Ange, Cellini, Vasari, Le Titien ou Le Tintoret.  Une vie exceptionnelle, on s’en doute, pour une femme même si elle n’est pas la seule peintre de son temps.
C’est ce portrait de femme libre et de peintre de talent qu'Alexandre Lapierre a voulu mettre en avant dans ce roman historique très documenté et où nous croisons bien des personnages célèbres. Mais elle axe aussi son roman sur le thème de la rivalité entre les deux artistes, le père et la fille, Orazio et Artemisia, une sorte d’amour-répulsion qui a duré toute leur vie.
Orazio Gentilschi : La joueuse de Luth
L'un des premiers tableaux d'Artemisia représente Suzanne et les vieillards. Déjà, la jeune fille de dix huit ans affirme sa personnalité en prêtant à Suzanne une expression de répulsion et un geste défensif tout à fait neufs et originaux par rapport au sujet traité jusqu’alors par des peintres masculins.

Artemisia Gentileschi : Suzanne et les vieillards (1610)
L’intérêt du livre d'Alexandra Lapierre est donc aussi, bien sûr, l'analyse des oeuvres de l'artiste.

Artemisia Gentleschi : autoportrait en Allégorie de la peinture (1630)
 Dans cet autoportrait, Artemisia se présente en Allégorie de la peinture ainsi que l'attestent les attributs qu'elle porte, la robe en velours vert et le collier en or avec un crâne pour pendentif, symbole du temps qui passe, fugitif et aussi du temps emprisonné par la peinture. Le portrait est original car elle ne se ne peint pas de face comme la plupart des portraits de l'époque mais en action, en train de peindre. Elle est de trois quart, ne regarde pas le spectateur qui l'indiffère, indépendante, concentrée sur sa toile. Il y a ici une volonté d'affirmer son statut de femme libre qui gagne sa vie et qui est fière de son art.

Artemisia Gentileschi : Muse de la peinture
Artemisia Gentileschi : Judith et Holopherne
Les détracteurs d’Artemisia pensent que son talent est surfait et n’aurait pas la force qu’on lui prête. Pour eux, seuls le viol, le procès, ces éléments romanesques qui attirent l'attention sur elle, lui ont donné sa notoriété. Peut-être ses oeuvres n'ont-elles pas toutes la même valeur, je ne sais, mais ceci doit être vrai pour la plupart des peintres. Par contre, ce qui est sûr, c'est que nombre de ces tableaux ont une grande puissance. Bien sûr, il faut aimer la peinture baroque et apprécier à sa juste valeur tout ce que le Caravage a apporté de neuf à la peinture. Dans les scènes qui empruntent au Caravage, avec ses clairs-obscurs, sa mise en scène théâtrale, son réalisme, Artemisia Gentileschi ne copie pas le maître mais impose son point de vue, sa personnalité et sa passion.

Artemisia Gentileschi : Judith et Holopherne (1611_1612)
Son tableau le plus célèbre bref, celui de Judith et Holopherne sur un thème récurrent pour l’époque innove par rapport aux tableaux contemporains sur ce thème. Bien sûr, le fait qu'Artemisia se soit peinte sous les traits de Judith et ait représenté Holopherne sous les traits de son violeur ajoute à l’intérêt que l’on porte au tableau qui devient ainsi une représentation de la vengeance, une sorte de catharsis.  Mais il est certain que la violence et le réalisme de la mise en scène, les sentiments qui émanent de ses personnages prouvent qu’il ne s’agit pas d’une pâle imitation du grand Maître.

Le Caravage : Judith et Holopherne (1598)
Artemisia Gentileschi  : Holopherne et Judith  1620
Le réalisme de la scène du Caravage avec le cou tordu d'Holopherne et le flot de sang qui jaillit avait saisi et horrifié les admirateurs du maître.
Mais si l'on compare les tableaux du Caravage et ceux de Gentileschi sur ce même thème, l'on s'aperçoit que Le Caravage peint Judith comme une femme relativement frêle, qui agit seule, n'a pas besoin de l'aide de sa servante et présente une expression un peu ennuyée voire dégoûtée mais sans passion.
 Alors que la Judith d'Artemisia sait qu'il lui faut de la force pour tuer Holpherne-Agostino, elle l'empoigne vigoureusement, on sent qu'elle pèse sur lui, que tous les muscles de ses bras sont bandés; c'est une maîtresse-femme mais elle a appelé sa servante à la rescousse et  toutes les deux ne sont pas de trop pour parvenir à leur fin. Ce n'est pas un acte facile. Le visage d'Artemisia-Judith est animé d'une farouche détermination, surtout dans le deuxième tableau, et d'un sentiment de vengeance implacable,comme si elle égorgeait un porc et non un homme. Le sang coule sur le drap qui est maculé de grosses traînées rouges et noirâtres.  Une vraie boucherie !

lundi 15 octobre 2018

Hernan Diaz : Au loin


Le trou, une étoile brisée sur la glace, était la seule interruption sur la plaine blanche qui se fondait sur le ciel blanc. Il n’y avait pas un souffle de vent, pas un souffle de vie, pas le moindre son.

Cet incipit ouvre le roman de Harnan Diaz, Au Loin, et permet à Hakan, le personnage principal, de se libérer du récit de sa vie auprès de ses compagnons de voyage, à bord de L’Impeccable  pris dans les glaces, sur la route vers l’Alaska.  Et l’on ne peut s’empêcher de penser, après avoir lu le roman, que ces quelques lignes sont le reflet de la vie de cet homme, cette immensité vide de sens, ce désert, qu’il soit blanc comme celui du Grand Nord, ou rouge ou brun comme celui de l’ouest américain…
Oui, ce roman est celui de l’absence, du vide, de la solitude ! C’est un sentiment d’abandon voire de déréliction qui étreint le jeune suédois Hakan (que les américains appellent Hawk faute de comprendre son nom), presque un enfant, lorsqu’il débarque à San Francisco, en Californie, après avoir quitté son pays, ses parents et perdu son grand frère Linus, parti dans un autre bateau pour New York. D’où son fol espoir de le retrouver en parcourant à l’envers la piste des migrants en direction de New York.


Ce qui pourrait être une épopée si l’on en juge par l’énormité du chemin à accomplir,  refuse d’en être une. Il s’agit d’un chemin douloureux vécu à hauteur d’homme et non de héros, un chemin de croix, jonché des ossements de ceux qui n’ont pas survécu, des meubles qu’ils abandonnent en route. Le jeune homme connaît d'atroces souffrances morales et physiques. Et ce ne sont pas ses rencontres qui vont lui redonner confiance en l’humanité. Les hommes (et les femmes !) sont des loups pour l’homme plutôt que des amis !
Pourtant, il y a le naturaliste, Lorimer, un homme de science qui s’interroge comme Darwin sur l’évolution de l’humanité et apprend à Hakan à disséquer les animaux pour comprendre le fonctionnement du corps humain  et réaliser des opérations. Il y a son ami Jarvis qui lui permet d’échapper aux religieux fanatiques qui veulent sa peau; Jarvis qui partage sa vie d’errance et de privation, et aussi Lucy son premier amour dont il n’ose effleurer la main… Mais tous vont disparaître ou mourir de manière tragique.

Peu à peu la légende de Hawk, le géant, à la réputation sanguinaire, s’étend. Alors  qu’il a défendu à lui seul des migrants contre la secte religieuse qui les attaquait, cette dernière répand des rumeurs mensongères sur lui. Les humains deviennent un danger pour lui, ce qui ajoute encore à sa solitude.

Durant ses tempêtes dont les hurlements oblitéraient tout autour de lui, Hakan puisait son seul soulagement dans la quasi-certitude de ne croiser âme qui vive sa solitude était totale et pour la première fois depuis des mois, en dépit des grondements et des lacérations, il trouva la paix.
Albert Bierstadt
Hernan Diaz décrit un monde dur, où les hommes sont souvent sans pitié, où le danger est permanent qu’il  vienne de la nature hostile ou des humains, un monde où règne le fanatisme religieux, l’avidité, la loi du plus fort, et où la vie de l’autre n’est aucunement respectée, sacrifiée à la survie et au profit. Hakan vit loin de tous, dans des cavernes, des trous creusés dans la terre, vêtu de peaux mais alors qu’il paraît réduit à l’état de bête, que sa vie ne diffère en rien de celle d’un animal sauvage, le personnage est d’une grande beauté car mieux que ceux qui le poursuivent et l’agressent, il sait rester un homme.
Au loin est un très beau roman, humaniste, plein de nostalgie et tristesse, de non-dits et de silence. Le temps s’écoule sans repère, les années passent, douloureuses, emportant les illusions, les projets… Et  pourtant alors que ce roman pourrait être désespérant, j’ai aimé qu’il ne se termine pas par un point final mais par une interrogation  :  Venu dans le Grand Nord, Hakan finira-t-il par boucler la boucle en retournant à pied, sur la banquise, dans son pays natal ?  Un retour au source pour ce petit émigré qui a toujours vécu en exclu.
 Merci aux éditions Delcourt et à Price Minister  : les matchs de la rentrée littéraire 2018

samedi 13 octobre 2018

Honoré de Balzac : La Bourse


La Bourse, courte nouvelle d’Honoré de Balzac, paraît en 1832 dans les Scènes de la vie privée de La Comédie Humaine.
L’intrigue est mince et conte une histoire d’amour entre un jeune peintre naïf et sensible, Hippolyte Schinner, et une belle jeune fille Adélaïde dont on ignore si elle est aussi pure qu’elle le paraît. Adélaïde et sa mère, la baronne Leseigneur de Rouville, sont dans la gêne depuis la mort du père de la jeune fille. De quoi peuvent-elles bien vivre ? Ces dames reçoivent deux messieurs qui viennent jouer chez elles chaque soir, visites qui troublent le jeune homme. Lorsque sa bourse disparaît dans leur appartement, Hippolyte en vient à les soupçonner. Il est désespéré. Mais je ne vous en dis pas plus !

La Bourse est considérée comme une oeuvre secondaire de La comédie humaine et le récit paraîtrait bien léger si… s’il n’était écrit par Balzac !  Comme d’habitude, il y a, en effet, dans ces quelques pages une densité de thèmes et de descriptions qui leur donnent de l’intérêt et de la force.


Pierre Guérin : La pose de la compagne de Didon est celle d'Adélaïde dans La Bourse

Le thème de l’art revient  souvent dans la comédie humaine à travers de nombreux artistes. Ici, le peintre, Hippolyte dont le talent est reconnu, ses amis le sculpteur François Souchet, Joseph Bridau, prix de Rome, Bixiou, caricaturiste, tous personnages récurrents de l’oeuvre. Le début de la nouvelle  se révèle comme une réflexion sur l’illusion dans l’art, vérité ou mensonge, réalité ou apparence ? Je cite ce passage un peu longuement  pour le partager avec vous tant il est bien écrit et invite à la réflexion :

Il est pour les âmes faciles à s’épanouir une heure délicieuse qui survient au moment où la nuit n’est pas encore et où le jour n’est plus. La lueur crépusculaire jette alors ses teintes molles ou ses reflets bizarres sur tous les objets, et favorise une rêverie qui se marie vaguement aux jeux de la lumière et de l’ombre. Le silence qui règne presque toujours en cet instant le rend plus particulièrement cher aux artistes qui se recueillent, se mettent à quelques pas de leurs œuvres auxquelles ils ne peuvent plus travailler, et ils les jugent en s’enivrant du sujet dont le sens intime éclate alors aux yeux intérieurs du génie. Celui qui n’est pas demeuré pensif près d’un ami, pendant ce moment de songes poétiques, en comprendra difficilement les indicibles bénéfices. À la faveur du clair-obscur, les ruses matérielles employées par l’art pour faire croire à des réalités disparaissent entièrement. S’il s’agit d’un tableau, les personnages qu’il représente semblent et parler et marcher : l’ombre devient ombre, le jour est jour, la chair est vivante, les yeux remuent, le sang coule dans les veines, et les étoffes chatoient. L’imagination aide au naturel de chaque détail et ne voit plus que les beautés de l’œuvre. À cette heure, l’illusion règne despotiquement : peut-être se lève-t-elle avec la nuit ? l’illusion n’est-elle pas pour la pensée une espèce de nuit que nous meublons de songes ?

Un autre thème est celui des femmes pour lesquelles Balzac montrent beaucoup de largesse d’esprit, lui qui est si macho par ailleurs. Ainsi, non seulement il ne considère pas avec mépris Madame Schinner, la mère d’Hippolyte, qui a eu un fils en dehors du mariage mais encore montre-t-il sa désapprobation envers l’homme qui l’a abandonnée. De plus, il la peint comme une femme admirable qui a élevé son fils toute seule, dans la dignité.  De même, il peint la situation de la veuve et de sa fille avec beaucoup de compréhension pour leur misère.
Si la baronne n’a eu droit à aucune pension alors que son mari est mort dans une bataille pour sauver son pays, c’est que ce dernier était sous les ordres de Napoléon et n’est donc pas reconnu par la noblesse de La Restauration. Balzac qui a pourtant des idées monarchiques critique ce gouvernement qui laisse dans la misère ceux qui ont combattu pendant qu’ils étaient eux-mêmes en exil .
Et puis autre thème, bien sûr, celui du premier amour qui naît chez un garçon neuf, un éveil des sentiments puissants et dont l’impression ne s’effacera jamais. Balzac peint avec beaucoup de finesse et de justesse (et parfois d’humour) les étapes de ce sentiment qui s’affirme, d’abord inconscient de lui-même et puis qui se construit sur la confiance, dans le partage et l’émerveillement : 

« Le coeur a la singulière puissance de donner un prix extraordinaire à des riens. »

Balzac décrit ensuite les ravages que crée la trahison chez un être jeune et sincère..

« Les sentiments ne sont-ils pas la partie la plus brillante de notre vie ? De cette mort partielle viennent, chez certaines organisations délicates ou fortes, les grands ravages produits par les désenchantements, par les espérances et les passions trompées. Il en fut ainsi du jeune peintre. »

Balzac excelle aussi dans les portraits, ceux des visiteurs des deux dames, le comte de Kergarouët et le Chevalier du Halga,  par exemple. Vieillards figés à tout jamais dans leurs convictions et leur habillement d’un autre âge, vieux émigrés royalistes, ils sont les fantômes d’un autre temps, incarnation d’un passé révolu, ils refusent d’évoluer. Le portrait tourne vite à la caricature :

« Le personnage qui paraissait être le plus neuf de ces deux débris s’avança galamment vers la baronne de Rouville, lui baisa la main, et s’assit auprès d’elle ».

Mais ce qui me paraît le plus subtil dans La Bourse ce sont les portraits d’Adélaïde et sa mère et la description  de leur logement. Nous les découvrons à travers l’oeil exercé d’Hippolyte, qui, en bon peintre, est observateur, a le don de voir le détail, les contrastes, les formes, les couleurs, c’est pourquoi la vision qu’il a de l’appartement  est  d’une redoutable précision et peint une misère cachée mais flagrante.

« Pour un observateur, il y avait je ne sais quoi de désolant dans le spectacle de cette misère fardée comme une vieille femme qui veut faire mentir son visage. »

Il note cependant de bizarres distorsions entre la pauvreté de l’ensemble et certains objets ou meubles de valeur. Pendant la visite, le ressenti d’Hippolyte plein de compassion et de tact envers ses voisines est sans cesse perturbée par une voix insidieuse, celle du narrateur expérimenté, qui commente. Et comme pour Balzac - c’est une constante de ces romans - l’appartement et la personnalité de son occupant se confondent dans une interférence des deux images, le doute s’installe  :

« Il en était du visage de cette vieille dame comme de l’appartement qu’elle habitait : il semblait aussi difficile de savoir si cette misère couvrait des vices ou une haute probité, que de reconnaître si la mère d’Adélaïde était une ancienne coquette habituée à tout peser, à tout calculer, à tout vendre, ou une femme aimante, pleine de noblesse et d’aimables qualités. Mais à l’âge de Schinner, le premier mouvement du coeur est de croire le bien. »

« Est de croire le bien » oui ! mais le poison est ainsi instillé peu à peu et chez le lecteur et dans l’âme du jeune homme.

On le voit cette « petite » nouvelle contient bien des trésors cachés sous une apparence de bleuette. C’est pourquoi je vous invite à aller lire La Bourse !


PROCHAINES LECTURES COMMUNES AVEC MAGGIE  SUR LES NOUVELLES DE BALZAC : 

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LE 10 NOVEMBRE : L'AUBERGE ROUGE

lundi 8 octobre 2018

Jean-Luc Aubarbier : Montaigne, le chevalier du soleil / une aventure de monsieur de Montaigne



En optant  pour le livre de Jean-Luc Aubarbier : Montaigne, le chevalier du soleil lors de l’opération Masse Critique Babelio, je me réjouissais à l’avance à la pensée de lire un roman historique sur Michel Eyquem de Montaigne. 

Henri de Navarre et Marguerite de Valois

L’époque de Montaigne déchirée par les guerres de religion, par la lutte des trois Henri (Henri de Navarre, futur Henri IV, Henri III, roi de France depuis 1574; Henri de Guise le Balafré) est évidemment très « romanesque », au sens de riches en évènements extraordinaires. Epoque troublée aussi par la dure domination du très catholique roi d’Espagne Philippe II, et par des épidémies dévastatrices comme la peste… Quant à la vie de Montaigne, Maire de Bordeaux, conseiller auprès des rois, philosophe et grand voyageur, elle ne l’est pas moins ! Les châteaux sont encore fortifiés pour éviter les attaques du voisin (même si Montaigne se démarque en laissant sa porte ouverte) ! Bref ! Tout est là pour faire un bon roman ! Le sujet du livre est d’ailleurs autant Henri de Navarre que Montaigne.

Or, voilà que dès la préface, le lecteur apprend « que ce romancier audacieux tord délibérément le cou à l’histoire et lui préfère des aventures imaginaires…. »
Ainsi, dans le roman, le seigneur de Montaigne devient « chevalier du soleil » membre d’une société secrète qui réunit à travers l’Europe des comploteurs désireux d’établir la paix religieuse. Il est chargé par Henri III d’aller voir le pape à Rome pour négocier la paix et il est rejoint dans son voyage par le futur Henri IV et par Guillaume d’Orange dit le Taciturne qui mène une révolte au Pays-Bas contre l’hégémonie de Philippe II d’Espagne.
Si le voyage de Montaigne pour prendre les eaux (Montaigne était atteint de la gravelle, calculs rénaux qui le faisaient énormément souffrir )a bien existé et de même sa visite au pape à Rome où Les Essais ont été passés au crible de l’inquisition, tout le reste n’est qu’affabulation, semble-t-il. Le philosophe n’a jamais été chargé d’une telle mission. Il n’a jamais été l'ami de Henri IV même s’il a eu des relations avec lui et a cherché à exercer une influence pacificatrice sur les souverains, influence d’ailleurs très modeste si l’on en juge par le massacre de la Saint Barthélémy en 1572. Et Marie de Gournay, sa « fille d’alliance » qui n’était qu’une petite fille à l’époque, devenue sa maîtresse dans le roman, ne l’a jamais accompagné déguisée en garçon et pour cause !

Bref! Devant toutes ces trahisons de l’Histoire, je me suis préparée à lire un roman de cape et d’épée palpitant, faisant fi de la réalité historique pour vivre des aventures rocambolesques à la manière de Dumas ! D’autant plus que la présence de Louis d’Artagnan, le père du héros de Les quatre mousquetaires nous y invite. Et c’est bien, d’ailleurs, ce qui arrive, dans l’épisode où ce dernier enlève sa fiancée retenue prisonnière et la ramène à la cour de Nérac. Mais cela ne dure pas, la structure du roman ne le permettant pas.
Divisé en chapitres selon une chronologie précise et avec des retours en arrière, le récit romanesque s’interrompt pour exposer des faits historiques, faire le point sur les personnages. Il commence en 1578 et se termine dix-sept ans après la mort de Montaigne (1592), en 1609, avec le personnage du fanatique François Ravaillac, prêt à tuer le roi Henri IV. Une incursion dans les années 1560 nous permet de faire la connaissance de Pierre de la Boétie et de voir une partie de la jeunesse de Montaigne. La connaissance de l’époque, de la vie et de l’oeuvre de Montaigne est très solide. Michel Eyquem parle comme un livre ou plutôt comme son livre, et ses principales idées sont exposées telles qu’on les lit dans Les Essais.
Mais on dirait que Jean-Louis Aubarbier n’a pas su trouver la juste mesure entre roman historique et roman de fiction. Personnellement, cela m’a beaucoup gênée parce que si je connais assez bien Montaigne pour savoir ce qui lui appartient, je ne le connais pas assez pour savoir ce qui est de l’ordre de l’invention. Par exemple, si je me suis dit que que Montaigne et son ami La Boétie n’avaient jamais été alchimistes, j’ai pensé aussi qu’Etienne de La Boétie n’avait certainement pas écrit le texte de La servitude sur les murs de sa chambre pour le faire recouvrir de plâtre. Il m’a fallu lire cette fois-ci la postface pour savoir ce qu’il en était réellement. Finalement et alors que le livre a des bases sérieuses et fait découvrir des univers réels et fascinants comme cette brillante cour de Nérac qui témoigne de la vitalité à cette époque des pays de langue d’Oc, j’ai fini par douter de tout et tout remettre en question. J’aurais vraiment préféré lire un essai historique, j’aurais été moins déboussolée!
C’est que je ne conçois un bon roman historique que si les faits avérés sont strictement authentiques, l’écrivain ayant bien sûr licence d’imaginer ce que l’Histoire laisse dans l’ombre et de broder quand il s’agit de combler les manques !






Merci à Masse Critique et aux Editions De Borée

samedi 6 octobre 2018

Honoré de Balzac : Gobsek


Gobsek fait partie des Scènes de la vie privée de La comédie humaine. 

La scène débute dans le salon de Madame de Grandlieu, en conversation avec un ami de la famille, l’avoué Maître Derville. L’avoué entend, pendant la conversation de Mme de Grandlieu avec sa fille Camille, que celle-ci est amoureuse du jeune Ernest de Restaud, fils d’Anastasie de Restaud, née Goriot. Mme de Grandlieu désapprouve cet amour : la mère d’Ernest est dépensière, enlisée dans une relation illégitime avec Maxime de Trailles, pour lequel elle gaspille sa fortune. Derville intervient en faveur de Camille : il démontre qu’Ernest s’est vu attribuer depuis peu l’intégralité de l’héritage familial. Ce récit, qui constitue une mise en abîme d’un type humain du monde balzacien, met en lumière les personnages de Jean-Esther van Gobseck, usurier, et de Maître Derville, avocat en début de carrière. Ces deux personnages, qui jouent un rôle essentiel dans ce roman, reparaissent dans l’ensemble de la Comédie humaine, soit sous forme d’évocation : Gobseck, soit en personne : Maître Derville, que l’on retrouve dans Le Colonel Chabert, Splendeurs et misères des courtisanes et dans de nombreux autres volumes de La Comédie humaine. Il fait partie, dans les personnages de la Comédie humaine, des Gens de robe honnêtes. (quatrième de couverture)

La nouvelle de Balzac, Gobsek, publiée en 1830 et d’abord intitulée Les dangers de l’inconduite dans Scènes de la vie privée, parut ensuite sous le nom de Papa Gobsek dans Scènes de la vie parisienne, pour réintégrer Scènes de la vie privée avec le titre définitif Gobsek

Rembrandt

Et ce titre paraît le mieux adapté tant il est vrai que le personnage éponyme occupe toute la scène, image peu commune de l’usurier que « le réalisme visionnaire » de Balzac transforme en personnage fantastique, complexe. Araignée tapie dans sa toile, il est reclus dans sa maison dont il ne sort que rarement attendant le client pour le dévorer… et pourtant il s'agit d'un homme "honnête" à sa manière, car s’il est impitoyable, avide dans ses transactions, avare, bref, usurier sans état d’âme, il sait tenir la promesse faite qui vaut plus que n’importe quel papier signé.

" Il existe deux hommes en lui : il est avare et philosophe, petit et grand. »
 
"Il avait les lèvres minces de ces alchimistes et de ces petits vieillards peints par Rembrandt ou par Metsu. Cet homme parlait bas, d’un ton doux et ne s’emportait jamais."
"Cette maison, qui n’a pas de cour, est humide et sombre. Les appartements n’y tirent leur jour que de la rue.
Sa maison et lui se ressemblaient. Vous eussiez dit de l’huître et son rocher."

En effet, s’il est un personnage qui permet de comprendre l’expression de «  réalisme visionnaire »,  c’est bien Gobsek ! Celui-ci illustre la pensée de Théophile Gautier  « Les personnages de Balzac sont plus grands que nature, ce sont des types, et non des individus tels qu’il s’en rencontre dans le monde réel. »

« Ce petit vieillard sec avait grandi. Il s’était changé à mes yeux en une image fantastique où se personnifiait le pouvoir de l’or. » dit de lui le narrateur.

Gobsek est un observateur de la vie humaine, il sait percer les mobiles profonds de chacun, il connaît l’intimité, jusqu’au fond de l’alcôve, de tous ceux qui se présentent devant lui. On peut dire qu’il est l’égal de Dieu .. ou du romancier, de Balzac lui-même dont la position en hauteur, si je puis dire, permet d’observer l’espèce humaine un peu comme un entomologiste observe la vie des insectes.

« Mon regard est comme celui de Dieu, je vois dans les coeurs. Rien ne m’est caché. L’on ne refuse rien à qui  lie et délie les cordons du sac. Je suis assez riche pour acheter les consciences de ceux qui font mouvoir les ministres… »

Gobsek : la comtesse Anastasie de Restaud

Dans cette nouvelle, il s’agit bien de peindre la vie privée, les amours adultères d’Anastasie de Restaud (une des filles du père Goriot), et de son amant le mondain Maxime de Trailles; on assiste à leur visite chez l’usurier où la dame va achever de ruiner son mari. Mais c'est aussi la vie parisienne que décrit Balzac. Maxime de Trailles est lui aussi un type, celui du dandy sans argent qui vit au-dessus de ses moyens grâce à ses relations haut placées et aux crochets de ses maîtresses séduites par sa belle figure et sa prestance.  L'écrivain dresse un portrait de la noblesse parisienne, corrompue, dissipée, dépensière, inapte au travail,qui pendant cette période de la Restauration ne pense qu’au plaisir et à la débauche, une aristocratie pleine de morgue, se considérant comme d’essence supérieure, classe sociale creusant elle-même le trou dans laquelle elle finira pas disparaître au profit de la bourgeoisie. Cette dernière est représentée par l’avoué maître Derville, un personnage positif, honnête, qui part de rien mais grâce à son travail va parvenir à s’élever. Il épouse une jeune fille du peuple, Fanny, modeste mais sage et sérieuse et forme avec elle un couple heureux et solide. A travers ce personnage à l'opposé de la noblesse, Balzac décrit l'ascension d'une classe sociale qui va peu à peu prendre le pouvoir..

Maître Derville, personnage récurrent de La Comédie humaine, est le narrateur principal. Voisin de Gobsek, peu fortuné à ses débuts, il occupe une place à part dans la vie de l’usurier et le connaît bien.  C’est à lui qu’il fait un emprunt pour acheter son étude et se nouent entre eux des relations qu’il est difficile d’appeler amitié (Gobsek ne fait de cadeau à personne) mais qui s’en approchent le plus. C’est à travers sa vision que nous découvrons Gobsek, sauf à quelques moments où l'usurier prend lui-même la parole pour exposer sa philosophie.

Le Pouvoir et le Plaisir ne résument-ils pas votre ordre social ? Nous (les usuriers) sommes dans Paris une dizaine ainsi, tous rois silencieux et inconnus, les arbitres de votre destinée.

Il est d'ailleurs assez piquant que Balzac place la critique de la société matérialiste dominée par l'argent  :

La vie n'est-elle pas une machine à laquelle l'argent imprime le mouvement.
 
L’or est le spiritualisme de vos sociétés actuelles.


dans la bouche d'un avare qui déclare par ailleurs :

Si vous aviez vécu autant que moi, vous sauriez qu'il n'est qu'une seule chose matérielle, dont la valeur soit assez certaine pour qu'un homme s'en occupe. Cette chose... c'est l'OR.  L'or représente toutes les forces humaines.


Ainsi cette nouvelle courte mais dense nous livre non seulement des portraits haut en couleurs, archétypes de leur classe sociale mais aussi, en condensé, la vision critique et lucide de la société de la Restauration, telle que Balzac la développera tout au long de La Comédie humaine



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LE 10 OCTOBRE  :  LA BOURSE

LE 10 NOVEMBRE : L'AUBERGE ROUGE

mercredi 3 octobre 2018

Policiers : Sandrine Colette/ Hervé Commère/ Ian Rankin/ Pierre Lemaître/



J'ai lu quelques policiers pendant l'été mais je n'ai pas eu le temps d'en parler. Je m'en acquitte ici en les regroupant. Avec le recul, même si je me souviens de chacun d'eux c'est souvent d'une manière détachée, un passage, une scène, une idée.. Je vais dire pour chacun d'eux ce qui surnage de toutes ces lectures

Sandrine Colette Six fourmis blanches

 

Cinq amis ont décidé de s'offrir un week-end de marche dans les montagnes d'Albanie. Menés par Vigan, un guide local impénétrable à l'étrange charisme, ils vont vite déchanter : au bout de quelque temps, l'échappée belle vire au cauchemar, puis au carnage. Egarés en pleine tempête, prisonniers d'une nature impitoyable, vont-ils échapper au mal qui rôde dans ces désolations glacées ? Récompensée par le Grand Prix de Littérature Policière en 2013 pour son premier roman, Sandrine Collette crée l'événement avec ce nouveau thriller implacable, salué par la critique et plébiscité par les lecteurs, qui confirme toute l'étendue de son talent

Ce qui m'a marquée dans le roman, c'est la description des coutumes archaïques dans cette montagne albanaise, à travers le personnage de Mathias, le sacrificateur de chèvres. Sandrine Colette a beaucoup de talent dans la description de cette société superstitieuse, encore hantée par la peur du diable, et qui appartient à un monde ancien, un pays au climat rude, accroché à son sol aride, dominé par les neiges éternelles, ou renaissent au printemps, parmi la roche, les narcisses sauvages; une société patriarcale dans laquelle le Vieux Carche, sorte de maffioso, propriétaire terrien, règne en tyran sur sa famille mais aussi sur toute la population qui est sous sa coupe. Le style de l'écrivaine est à la hauteur de cette description :
 
Le mal suinte de ce pays comme l'eau des murs de nos maisons tout le long de l'hiver. Enraciné en nous, telle une sangsue fossilisée sur une pierre. C'est ce que disait mon grand père, et, avant lui son père, et le père de son père : depuis toujours ces montagnes sont maudites...
Les vieux répètent à l'envi que les mauvais esprits ont choisi cet endroit pour venir mourir; qu'ils y agonisent des années durant, crachant des imprécations sur nos roches et nos forêts malingres. Nous sommes de trop dans ces vallées; nous en payons le prix fort.

Le groupe de randonneurs français qui part dans la montagne, leurs mésaventures, leur peur, quand ils se perdent dans la montagne malgré la compétence de leur guide Vigan, entretient un bon suspense tout au long de l'intrigue qui vire bien vite au cauchemar.


Hervé Commère Les ronds dans l'eau


 Un truand paranoïaque en cavale depuis quarante ans. Un serveur dépressif qui voit son ancien amour se trémousser dans un jeu de télé-réalité. Quel est le rapport entre ces deux hommes ?
A priori, il n'en existe aucun.
Aucun lien entre ces deux êtres que tout ou presque oppose et qui ne se connaissent pas.
Sauf peut-être une lueur dans le regard d'un vieil homme ou l'obsession d'une journaliste à réunir les pièces d'un vieux puzzle.
Sauf peut-être les ronds dans l'eau.
Car certains actes ont des répercussions inattendues, même longtemps après...

 Ce roman se lit avec plaisir et l'on a attend avec impatience la rencontre  (et comment pourrait-il en être autrement? ) du jeune homme amoureux  déçu et du Vieux truand. 
Ce qui m'a le plus marquée? Les rapports de la journaliste avec le malfrat "retraité et paisible", scènes dans lesquelles la jeune femme  fascinée par le crime, venue interroger le vieil homme paraît dominer la situation et la brusque inversion des rôles à la violence inouïe.

Ian Rankin : Une enquête de l'inspecteur Rébus

La police a pris en chasse deux adolescents qui prétendent avoir enlevé la fille du maire d'Édimbourg. Acculés, ils se jettent d'un pont sous les yeux de l'inspecteur John Rebus. Hanté par cette image, Rebus tente de retrouver la jeune fille disparue et d'en savoir plus sur les deux jeunes gens. C'est alors que survient un second suicide, spectaculaire et encore plus suspect... 

On retrouve ici l'inspecteur Rébus toujours porté sur la bouteille et dépressif, en chasse dans les rues hivernales, lugubres et glaciales, d'Edimbourg. La scène du suicide des jeunes gens sur le pont a beaucoup de force. 
 Comme d'habitude, à travers ce roman, l'écrivain écossais décrit la corruption et les dessous de la société économique et de l'Etat. Tout y est prétexte à magouille mais ceux qui y participent sont intouchables car leur arrestation priverait d'emploi une grande partie de la population ! Les logiques du capitalisme !  J'avoue que j'ai trouvé l'intrigue complexe et parfois difficile à suivre.

 Pierre Lemaître : Sacrifices


Témoin d’un hold-up dans le quartier des Champs-Élysées, Anne Forestier échappe par miracle à la sauvagerie du braqueur. Détruite, défigurée. Bouleversé, le commandant Verhœven, qui est son amant, s’engage corps et âme dans cette enquête dont il fait une affaire personnelle. D’autant que le braqueur, récidiviste déterminé et d’une rare férocité, s’acharne à retrouver Anne pour l’exécuter… Les deux hommes s’engagent alors dans un face à face mortel dont Anne est l’enjeu. Verhœven, touché au plus secret de sa vie privée, devient à son tour violent, implacable, jusqu’à sacrifier tous ses principes… Mais en réalité, dans cette affaire, qui est le chasseur ? Et qui est la proie ? Par l’auteur de Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013.

Désolée mais je ne me souviens plus très bien de l'intrigue si ce n'est de ce passage saisissant où la jeune femme, Anne, est attaquée dans la bijouterie. Le style de Pierre Lemaître permet de "voir " la scène si bien que j'ai l'impression qu'elle est devant mes yeux comme dans un film.  Il faut reconnaître que Pierre Lemaître sait écrire ! quelle qualité du style ! j'ai lu le roman sans déplaisir mais je préfère le Pierre Lemaître de Au revoir là-haut.

lundi 1 octobre 2018

dimanche 30 septembre 2018

Voyage dans le Sud-Ouest de la France (2) : La collégiale de Montpezat-de-Quercy/ Cordes-sur-Ciel/ La cathédrale d'Albi

La collégiale de Montpezat du Quercy Le vie de Saint Martin

Suite de mon voyage éclair dans le sud-ouest de la France : Après l'abbaye de Moissac, la collégiale de  Montpezat -de-Quercy (Tarn et Garonne)

 Montpezat-de-Quercy

La collégiale de Montpezat du Quercy
La collégiale de Montpezat du Quercy
Montpezat de Quercy (ou mons Pedatus qui signifie mont fortifié) est une bastide ceinte de remparts, perchée sur sa colline, dominant toute la plaine.


Elle a gardé des vestiges de son passé médiéval, les maisons à colombages, et surtout la collégiale de Saint Martin construite vers 1337.

Montpezat -du- Quercy : place de la Résistance
Montpezat -du- Quercy : place de la Résistance
Quand nous sommes arrivés sur la petite place ci-dessous, devant la mairie qui date du XIX siècle, le nombre de voitures nous a étonnés mais le cliquetis des couverts et des verres et le brouhaha des conversations nous ont appris que nous tombions en pleines agapes municipales. Le repas terminé, après le départ de tous, le silence est revenue sur la ville curieusement calme et déserte.

Montpezat -du- Quercy : place de la Résistance
Montpezat -du- Quercy : place de la Résistance
La collégiale Saint Martin  a été construite vers 1337 par un architecte de la cour papale d'Avignon. Elle présente les caractéristiques du roman méridional, une seule nef, des chapelles latérales séparées par des contreforts intérieurs. Elle donne une impression de clarté et d'harmonie.

Montpezat -du- Quercy : Collégiale Saint Marin (intérieur)
Elle possède un riche trésor, de splendides tapisseries de Flandres, seize tableaux racontant la vie de Saint Martin dont les épisodes les plus marquants, le partage du manteau, la lutte contre Satan, l'exorcisme, les guérisons effectuées par le saint... Chaque tableau est commenté par un quatrain en ancien français.






 Cordes-sur- Ciel 

Cordes-sur-ciel (Tarn) est un petite ville médiévale accrochée au sommet du puech de Mordagne et dominant la vallée du Cérou. Ses maisons gothiques en grès rose à reflets gris, sa halle, sa double enceinte fortifiée et la vue splendide qu'elle nous offre du point le plus élevé, font cette cité un lieu de toute beauté.










Albi : La cathédrale Sainte-Cécile



Et puis revoir la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi (Tarn).
 La cathédrale d'Albi en impose par sa dimension hors du commun, son aspect de forteresse et son matériau de briques rouges. Sa construction commence en 1282 et dure un siècle.



Sur la place Sainte-Cécile se dressent la cathédrale et le palais de la Berbie, résidence épiscopale, où est installée le musée Lautrec.

 
Si la cathédrale apparaît comme une grande forteresse, le porche et et le baldaquin (1520-1535) de style gothique flamboyant contraste avec la sévérité de l'ensemble.




A l'intérieur, la vaste nef est coupée par un jubé (XVsiècle) qui la sépare du choeur en étalant toute l'exubérance de sa décoration et la richesse de la statuaire.






Dans l'intérieur du choeur, les stalles récemment restaurées sont surmontées de soixante et douze anges qui complètent la décoration du jubé.



Les vitraux, les voûtes peintes à fresques lapilazzuli et or qui conte la vie de Sainte Cécile, les entrelacs des nervures, la finesse de ses dentelles de pierre forment un ensemble particulièrement riche et colorée.




Du côté opposé du jubé, sur la paroi occidentale, au-dessous de l'orgue, une immense peinture murale représente le jugement dernier exécutée entre 1464 et 1484. La partie inférieure montre le supplice des damnés.