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mercredi 29 juillet 2026

Festival OFF d'Avignon 2026 (suite et fin)

 

Au fur et à mesure que les années passent depuis la fin des années 1980, date de mon arrivée à Avignon et de  mes premiers spectacles au Festival d'Avignon, je vois moins de spectacles qu'avant et la traversée de la ville dans la canicule quasi constante du mois de Juillet me fatigue. Comme me fatiguent les attentes au soleil devant des théâtres dont les organisateurs, pour certains, n'ont parfois même pas l'amabilité de mettre des bancs et des parasols pour protéger les spectateurs ! Donc, je n'ai vu qu'une vingtaine de pièces cette année et j'ai raté certains spectacles dont les salles étaient complètes parfois dès le mois de Juin !

Je termine aujourd'hui les billets de ce festival 2026.

 

Michalik intra muros 21H15 le Samedi 4 juillet  



Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser son premier cours de théâtre en centrale. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d'autres cours  et d'autres cachets - mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n'est là que pour accompagner son ami. Richard, secondé par une de ses anciennes actrices - accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours… »

Cette pièce de théâtre qui se déroule en milieu pénitentiaire m’a paru un peu attendue malgré cette fin à la Corneille, à la manière de L’Illusion comique, qui joue sur la surprise du théâtre dans le théâtre. Je ne l’ai pas aimé comme Le porteur d’histoires ou Le cercle des Illusionnistes.


du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
21h15 1h40
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 
Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 12 ans
Avertissements : Aucun

auteur⸱ice
De Alexis Michalik

équipe artistique
Alexis Michalik - Mise en scène
Clémentine Aussourd - Interprétation
Janik Erima - Interprétation
Muriel Gaudin - Interprétation
Thibaut Gonzalez - Interprétation
Azize Kabouche - Interprétation
Killian Rebreyend - Interprétation
Juliette Azzopardi - Scénographie
Raphaël Charpentier - Musique
Arnaud Jung - Création lumière
François Leneveu - Régie
Marion Rebmann - Costumes
ACME SAS

 

Brasser l’air et s’envoler Dimanche 5 Juillet

 



« Comment changer le monde et retrouver foi en l’humanité ? Il va vous éclairer ! Ou du moins essayer… Xavier patauge au milieu des questions existentielles, emmêlé dans les contradictions de notre temps. À deux doigts de l’implosion, il a une illumination ! Changer le monde. Redonner optimisme et foi en l’humanité, tout simplement. Bonne chance à lui…

De l’humour pour ce spectacle qui brasse les bons sentiments, un peu trop peut-être ? Mais c’est sympa, c’est amusant et le comédien se déchaîne !

Brasser l’air et s’envoler
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
15h40 1h05
SCALA PROVENCE (LA) 

auteur⸱ice
De Xavier Guelfi
équipe artistique
François Rollin - Mise en scène
Xavier Guelfi - Interprétation
Quentin Maudet - Lumière
Laura Thavenot - Scénographie
Juliette Bayi, Thomas VDB - Collaboration artistique
La Scala Productions & Tournées


Bigre  21H15 Vendredi  10 JUILLET 21H15

 



"Le mélo burlesque au succès phénoménal, Molière de la Comédie 2017 Il était une fois, aujourd’hui, trois petites chambres de bonnes haut perchées sous les toits qui dominent Paris. Un gros homme, un grand maigre et une blonde pulpeuse sont voisins de couloir. 

L’histoire serait joliment romantique si ces trois hurluberlus n’avaient comme particularité de tout rater. Absolument tout. Les catastrophes s’enchaînent, les gags pleuvent, tandis que ces trois fantoches s’accrochent à tout ce qui ressemble à l’amour, à la vie ou à l’espoir."

Je voulais sortir ma petite-fille de ses Molière et Shakespeare chéris et j’ai choisi ce spectacle contemporain que tous les critiques  parisiens me présentaient  comme un « mélo burlesque au succès phénoménal » : A hurler de rire ! - L'Obs Une véritable déflagration comique ! Télérama pour ne citer qu’eux ! A voir en famille selon les recommandations !

Que n’avais-je fait !  Sur scène un gros et un maigre façon Laurel et Hardy. Pourquoi pas ? Un gros épris d’ordre et de gadgets contemporains façon Tati ? Pourquoi pas ? Il tape dans les mains et la cuvette des Wc sort de son placard. Hum !  Mais lorsqu'il baisse son slip pour s’asseoir dessus ou lorsqu’il prend sa douche nous gratifiant de la vision de ses fesses en gros plan alors ça se gâte ! Voilà mon ado furieuse, qui fulmine à côté de moi, dans un silence effroyablement éloquent !  Ajoutez-y le son chaque fois qu’ils vont uriner dans les toilettes communes à cet étage de chambres de bonnes, sans compter le bruitage d’une diarrhée en prime… là je ne la tiens plus ! Une colère ! Rien ne la fait rire. Mais comme nous avons pour politique de ne pas sortir avant la fin pour ne pas gêner les spectateurs et les comédiens, nous restons coincés jusqu’à la fin, la colère étant proportionnelle à la durée du spectacle !

Impossible avec ça, d’apprécier ce qu’il pouvait y avoir d’intéressant dans cette pièce  ! 
Vive Molière !



du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
21h15 1h30
SCALA PROVENCE (LA)

auteur⸱ices
De Pierre Guillois, Agathe L’huillier, Olivier Martin-Salvan
équipe artistique
Pierre Guillois - Mise en scène

Pierre Guillois en alternance avec Bruno Fleury - Interprétation
Agathe L’Huillier en alternance avec Éléonore Auzou-Connes ou Anne Cressent - Interprétation
Jonathan Pinto-Rocha en alternance avec Pierre Delage - Interprétation
La Scala Productions & Tournées


L’affaire du tueur de l'ombre Dimanche 12 JUILLET 16H20 

 


 

« Découvrez la nouvelle pièce de Grégory Bellanger : un thriller palpitant inspiré d'une histoire vraie.

Le tueur de l'ombre est l'insaisissable meurtrier qui sévit au début des années 70 et répand la terreur dans la petite ville de Nogent-sur-Oise. Sa particularité : il ne tue que des femmes brunes en pleine nuit.

03 novembre 1974. Après cinq années d'enquête infructueuse et six meurtres, le jeune inspecteur Daniel Neveu est muté à la Police Judiciaire de Nogent-sur-Oise où il se voit confier l'enquête. Obnubilé par cette affaire, il va véritablement traquer le tueur et tenter de le comprendre en utilisant des techniques de profilage encore méconnues en France.

Une plongée au coeur d'une enquête retentissante et d'une petite ville ouvrière marquée à tout jamais par ce tueur de femmes »


Là, c’est le choix de ma petite-fille. Elle  adoré et moi j’ai aimé ! Il faut dire que la mise en scène et la scénographie sont ingénieuses, la vidéo, la création-lumière aussi et les comédiens très bien.  Une belle affiche !

du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
16h20 1h25
PRÉSENCE PASTEUR

auteur⸱ice
De Grégory Bellanger

équipe artistique
Léa Marie- Saint-Germain - Mise en scène
Adrienne Ollé - Mise en scène
Grégory Bellanger - Interprétation
Aurélien Gouas - Interprétation
Clara Leduc - Interprétation
Léa Marie-St-Germain - Interprétation
Morgan Perez - Interprétation
Laurent Dubesset - Vidéo
Marie Hervé - Scénographie
Delphine Ceccato - Diffusion
Sarah Ancel - Création lumière
Jonathan Aubart - Musique
Dany Blin - Musique
Malou Galinou - Costumes
Les Poulbots


Filles d'Ariane 12h25 Jeudi 23 Juillet

 


"Construite à la façon d'un policier, "Filles d'Ariane" suit l'enquête de Fleur, une adolescente qui tente de comprendre qui était sa mère. Ses recherches l'amènent à sonner à la porte d'un homme qu'elle croyait inconnu mais qui semble la reconnaître au premier regard. Fleur en est alors convaincue : cet homme en sait plus qu’il ne veut l’admettre. Ensemble, ils décident de replonger dans le passé pour enfin révéler à la jeune fille le secret qui entoure sa naissance."

Des idées de mise en scène !

du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
12h25 1h15
ALYA, L'ESPACE

auteur⸱ice
De Martin Kindermans
équipe artistique
Martin Kindermans - Mise en scène
Valentine Daruty en alternance avec Constance Arnoult - Interprétation
Thomas de Fouchécour en alternance avec Martin Kindermans - Interprétation
Alexis Parmé - Régie générale
Camille Bonsergent - Scénographie
Juliette Thibault - Costumes
Kevin Galie - Musique
Anna-Marie Holmes - Musique
Ludwig Minkus - Musique
Evergreen Symphony Orchestra - Musique
Christophe Paris - Diffusion


JEUNE PUBLIC


NUAQ   Dimanche 19 Juillet

 


"NUAQ est l’histoire d’une jeune Inuit qui confronte ses rêves aux désirs toujours plus insistants de toute une communauté. La jeune fille possède le don de « rêver utile ». Se laissant d’abord dévorer par l’ambition des villageois qui l’entourent, elle va devoir apprendre à résister, connaître l’exil, et affronter un retour à ses racines en imposant l’idée d’un rêve libre, loin de toute rentabilité. À partir d’ une esthétique minimaliste et riche de symboles, le spectacle qui se déploie sur un pop-up aborde les thématiques de la perte et de la force du rêve. Tout en poésie et en délicatesse, ce spectacle de théâtre et marionnettes se crée à hauteur d’enfant. " 

Beau mais froid ! ( sans jeu de mots)/; Mon petit-fils ( 5 ans) s'est ennuyé. 
 

Ecole du spectateur 14H45


VERSANT VIVANT MARDI 21 JUILLET

 

 
 
 
"Concert dessiné et animé. Un voyage en montagne au rythme des cycles du vivant.
description
Prix du jury du Festival Au bonheur des mômes 2024

Au creux de la montagne, les êtres s’endorment : humains, animaux, domestiques ou sauvages, proies ou prédateurs, tous se retrouvent en rêve pour une trêve bienvenue.
Dans ce territoire commun, les échelles de temps et d’espace s’entremêlent et se confondent, un battement d’aile dure une saison, les arbres puisent leur sève à la lumière des étoiles, les stalactites grandissent à vue d'œil...
Les liens qui unissent les différents cycles du vivant se révèlent, immémoriaux, inattendus.
Un dialogue entre musique et dessin s'instaure autour de la question du temps qui se déploie de part et d’autre de la scène."

 J'ai aimé mais mon petit-fils beaucoup moins.

 
Ecole du spectateur 11H   

lundi 27 juillet 2026

Florence Arthaud / Jean-Benoît Patricot : Cette nuit le mer est noire/ Une femme à la mer

 

 

 Florence Arthaud : Cette nuit la mer est noire 


« J’ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l’eau. Il fait nuit noire. Je suis seule […]. Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau. » 


Une femme à la mer

Une femme à la mer est l’adaptation théâtrale de Jean-Benoît Patricot mise en scène par Stéphane Cottin du livre de Florence Arthaud :  Cette nuit la mer est noire dans lequel elle raconte comment elle a failli perdre la vie le samedi 29 octobre 2011 alors qu’elle naviguait seule à bord de son voilier au large du Cap Corse. Lorsqu’elle tombe à la mer, elle n’a pas de gilet de sauvetage, elle est alourdie par ses bottes et ses vêtements, elle n’a pour tout éclairage que sa lampe frontale, elle est loin de toute côte et l’eau est à douze degrés. Elle voit son bateau s’éloigner d’elle et d’un seul coup la certitude de la mort s’impose à elle. Elle  partage avec nous ses pensées, l’angoisse, le refus de la mort. Alors qu’elle a triomphé tant de fois lors de ses grandes courses solitaires, affronté les quarantièmes rugissants sans faiblir, elle va être vaincue lors d’une simple croisière sur une mer calme. Pourtant, elle ne se résigne pas à abandonner la lutte pour sa survie même si elle a peu d’espoir. Ce qui va la sauver c’est son téléphone portable qu’elle découvre dans la poche de son survêtement  et l’appel qu’elle peut passer à sa mère puis à son frère qui appelle les secours. L’épuisement la gagne.  Elle n’est sauvée qu’au dernier moment quand ses forces la lâchent et qu'elle est récupérée par un hélicoptère.

Sur scène, le décor :  la mer et le ciel, images projetées sur un écran de fond de scène et de belles lumières jouant sur le clair-obscur. La comédienne évolue devant la mer, suspendue dans les airs par des filins élastiques qui s’allongent, s’étirent, remontent et redescendent son corps balloté par les vagues, donnant l’impression qu’elle évolue dans un milieu liquide et qu’elle se maintient à la surface de plus en plus difficilement.

Je n’ai pas lu le livre mais Nathalie Lucas qui interprète le personnage de Florence Arthaud nous fait partager cette lutte pour la survie et le courage, la force de volonté de cette femme qui  a toujours eu, au fond d’elle-même, ce besoin de se colleter  à la difficulté et cet amour de la mer et de la navigation. Un bon spectacle que l’on suit avec beaucoup d'intérêt et qui nous tient en haleine..

 


du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
11h40 1h10
GÉMEAUX (THÉÂTRE DES) 
Salle : Salle des Colonnes - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 10 ans

auteur⸱ices
De FLORENCE ARTHAUD
Adaptation : Jean-Benoît Patricot
équipe artistique
Stéphane Cottin - Mise en scène
Nathalie Lucas - Interprétation
Moïse Hill - Lumière
Cyril Giroux - Musique
Marc Bizet - MBTA - Acrobatie
Chouchane Abello - Costumes
Oval Théâtre des Gémeaux Parisiens



 


dimanche 26 juillet 2026

Catherine Meurisse : La jeune femme et la mer

 

 

 

Catherine Meurisse dans La jeune femme et la mer raconte son expérience à la résidence d'artistes de la villa Kujoyama à Kyoto. Son personnage, peintre, parle peu le japonais mais elle veut s’imprégner de la langue et de la culture japonaises. Elle cherche à renouveler son inspiration pour peindre le paysage et toutes les découvertes qu’elle va faire enrichiront sa vision, lui feront découvrir une civilisation très éloignée de la civilisation occidentale qui a trop «  les pieds plantés en terre »

 


 

Des rencontres lui permettent de découvrir un univers fascinant entre l'éveil et le rêve, comme celle avec le Tanuki du film d’animation de Pompoko de Isao Takatha. L’animal de la mythologie japonaise,  bavard et facétieux, lui offre un pinceau fait avec ses poils et lui apprend à tracer deux signes avec une pierre à encre, signes dont elle ne comprend pas le sens mais qui vont la guider dans sa quête et prendront sens pour nous aussi à la fin du récit.  Le paysage se révèle souvent mystérieux et magique. Ainsi surgit, au milieu d’une étendue d’eau, sa propre maison natale. Parfois, la jeune femme regarde la Nature et s’aperçoit que c’est la Nature qui la regarde. 

Une autre rencontre est celle du peintre qui veut saisir « l’expression d’une femme ». Il cherche « l’état qui permet de peindre un tableau », et de rendre « l’évanescence des choses », ce qui est hors du monde, in définissable. Et pour cela dans le monde contemporain, il faut savoir faire abstraction de tout ce qui est moderne et gêne la vision de la Nature parfois modifiée par l'humain. Cette nostalgie d’un monde éphémère qui a existé et n’est plus, est loin d’être triste !  Il s’agit d’un sentiment heureux. Le peintre semble toujours prêt à capter ce qui n’est pas et en attendant il écrit des Haïkus, car c’est par la poésie qu’il se révèle un grand peintre.
Enfin, il y a la demoiselle Nami qui semble commander aux éléments depuis qu’elle est la seule survivante de la Grosse Vague de Hosukaï qui a tué ses parents. Car le Japon, c’est aussi le pays des volcans, des seïsmes, des tsunamis. La demoiselle Nami « sait lire notre sort dans les plis de la mer ». Pour l’heure, elle prédit un typhon et nous laissons Catherine roulant vers la résidence poursuivie par le vent et les feuilles tourbillonnantes.

 


 

Cette réflexion autour de la poésie et la peinture, cette approche de la Nature qui nous fait quitter le mode rationnel, ressentir le passage du temps, saisir l’impermanence des choses me rappellent le Kyoto de Yasunimi Yokotawa, un roman que j’ai tant aimé. L'album nous ouvre aussi à un mode de pensée différent du nôtre et à l'explication mythologique des phénomènes naturels.

 


 

Les illustrations sont d’une grande beauté, magnifiquement colorées, surtout celles qui évoquent les grands maîtres  de l’estampe.  De plus, le récit ne manque pas d’humour ! La jeune femme va au toilette, « les fameux WC japonais » mais lorsqu’il faut tirer la chasse, elle se trompe de bouton et appuie sur l’alerte tsunami.



J’ai beaucoup aimé cet album conseillé par Fanja ICI  

 


vendredi 24 juillet 2026

Léna Ghar : Tumeur et Tutu adapté par Emilie Faucheux


Je n'ai pas lu le livre de Léna Ghar Tumeur et Tutu ( Tu meurs et tu tues) mais l'adaptation d'Emilie Faucheux au théâtre est puissante et le seule en scène qu'elle nous donne, haletant, intense.

Voilà une comédienne qui ne croit, comme je l'ai vu parfois dans certains spectacles, qu'incarner un personnage, c'est juste changer d'écharpe ou de chapeau ! Non ! Elle est cette petite fille de trois ans, puis cette adolescente, enfin cette adulte, qui, pour échapper à la violence de sa mère, à sa domination malfaisante et destructrice, aux humiliations, aux coups, s'invente des mots, joue avec le langage, et dessine le monstre qui est en elle et qui l'étouffe. Peut-être si elle parvient à le nommer, à trouver le mot juste, peut-être pourra-t-elle s'en libérer ? A moins que ce soit les mathématiques qui y parviennent ? Les mathématiques pour résoudre l'équation du Bonheur ?  Ces dessins, ces jeux de lumière, ces traits hachurés, ces graphismes en noir et rouge envahissent la scène projetés sur l'écran, rythmés par une musique qui se fait parfois brutale, obsédante, scandés par ses cris répétitifs...

Mais elle est tous les personnages, la mère, la grand-mère,  sa voix se transforme, son physique aussi. Elle est aussi Météore, son amante, qui pourrait peut-être la sauver et tuer le monstre en elle ? Mais guérit-on jamais vraiment de son enfance ?

 Un beau spectacle et une interprétation remarquable !

 

 TUMEUR ET TUTU

du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
14h50 1h25
PRÉSENCE PASTEUR
Salle : Salle Jacques Fornier - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 14 ans
Avertissements : Utilisation de stroboscope 
auteur⸱ice
D'après Léna Ghar
 
équipe artistique
Emilie Faucheux - Interprétation
Guillaume Junot - Création lumière
Paul Bertrand - Création son
Anne de Bréchard - Administration
Chloé Fourcault - Dessin
Thomas Journot - Photographie
Karine Jurquet - Collaboration artistique
Claire Lacroix - Diffusion
David Néaud - Musique
UME THEATRE
Compagnie française
 

 

jeudi 23 juillet 2026

Shakespeare : Le conte d'Hiver mise en scène Sabine Langlade

 

 

J'ai  vu  et commenté Le conte d'Hiver dans mon blog au festival d'Avignon il y a de nombreuses années et voilà que je le revois en 2026. Et j'éprouve la même stupéfaction que la première fois. Pourtant je m'étais donné beaucoup de mal pour comprendre la pièce dans un billet de 2012 ICI  et  je ressens à nouveau la même incompréhension.  Je l'ai vue, je l'ai lue et je l'oublie ! Je redécouvre l'histoire, je m'y ennuie, et je suppose que quelle que soit la mise en scène cela risque d'être toujours le cas.

Drôle de pièce !  Je n’ai pas aimée cette dichotomie tellement grande entre la première partie (3 actes) qui est une tragédie et une seconde partie ( 2 actes) qui est une comédie champêtre suivie d’une réconciliation avec un heureux dénouement..



La tragédie

Polixène, Léonte et Hermione dans la mise en scène de Sabine Anglade

 

 Le roi de Sicile Léonte et le roi de Bohême Polixène sont amis depuis l’enfance.  Polixène a rendu visite à son ami en Sicile et annonce son départ. Léonte le prie de rester quelque temps encore mais celui-ci refuse, alléguant des affaires urgentes. Léonte demande alors à sa femme Hermione d’intervenir et celle-ci finit par convaincre Polixène de prolonger son séjour. Il n’en faut pas plus à Léonte pour devenir fou de jalousie, soupçonner son épouse d'adultère et de porter un enfant qui n’est pas de lui.
Il  cherche à tuer Polixène qui parvient à fuir grâce au serviteur de Léonte, Camillo, qui refuse d’être complice d'un crime odieux et injuste. 
Léonte fait emprisonner Hermione qui accouche en prison d’une petite fille nommée Perdita ( l’enfant perdue). L'enfant est abandonnée par Antigonus, noble sicilien, sur ordre de Leonte, dans un pays qui n'est autre que la Bohème. Lors de son procès Hermione est innocentée par l’oracle de Delphes mais humiliée, maltraitée, elle se laisse mourir. Son premier enfant, Mamillius meurt de chagrin. Le roi a donc perdu à la fois sa femme, son premier né et sa fille. 
Une sombre tragédie qui rappelle, bien sûr, Othello, mais le personnage d’Othello est plus développé et l’étude de la jalousie plus approfondie, Othello et Desdémone étaient les jouets de Iago et de sa machination perverse alors que Le conte d’Hiver surprend par sa rapidité et l’aspect irrationnel de la jalousie.  
Evidemment, la pièce à une résonance de nos jours dans la dénonciation du féminicide et je comprends qu’elle puisse attirer les metteurs en scène qui cherchent à actualiser la pièce. Elle est l’exemple de la violence faite aux femmes par l’homme qui détient le pouvoir sur elles. Mais comment concilier cela avec ce qui suit ?


La pastorale et le dénouement

 

La Statue d'Hermione

 

 En Bohème, Perdita est recueillie par un vieux berger et son fils qui l’élève comme sa fille ( comme Oedipe!).  Quand elle a seize ans, elle est courtisée par Florizel qui veut l’épouser lors de la fête pastorale de la tonte. Or Florizel est le fils de Polixène qui interrompt la fête et empêche le mariage.  Le couple décide alors de fuir avec Camillo et devinez où ? En Sicile !
Le dénouement verra, bien sûr, la réconciliation des amis, le retour de Hermione qui n’est pas morte ( sa statue est amenée à la cour et d’un seul coup s’anime!) et le mariage de Perdita et Florizel !  La tragédie se termine en comédie.

Voilà quelle a été mon impression devant la représentation de cette pièce et la mise en scène de Sandrine Anglade, à tort ou à raison,  ne m’a pas convaincue d’y adhérer. J’ai eu l’impression d’assister à un collage de deux histoires antithétiques sans unité et sans grand intérêt.


Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte

 

Depuis je suis tombée sur un article de Danièle Berton-Charrière ICI  intitulé Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte aux Presses universitaires de Paris-Nanterre.  Je vous donne la référence si vous vous intéressez à Shakespeare car il donne des explications érudites et passionnantes sur l’origine et l’interprétation de la pièce.

Je cite : "Le Conte d’hiver emprunte non seulement, pour l’intrigue, au Pandosto de Greene* mais aussi pour la forme, par analogie ou adaptation, aux divertissements aristocratiques du jeu de cour et aux divertissements populaires issus du folklore. Cet étagement rappelle que la romance du Conte d’hiver, outre sa fonction narrative, a aussi fonction de récréation, ce qu’elle affiche en s’annonçant comme un conte pour longue veillée d’hiver, c’est-à-dire comme récit et comme passe-temps communautaire, un divertissement pour tout dire."

"C’est cet aspect que se propose de développer cette étude, en montrant que la pièce emprunte au fond médiéval du divertissement courtois et à ses deux volets, la cour d’amour pour la partie sicilienne, et son contrepoint la pastourelle pour la partie bohémienne…. Ce faisant, elle revisite le lien entre cour royale et cour de justice régulièrement tissé dans la poésie médiévale, par exemple dans le procès d’Hermione."


 

*Robert Greene écrivain, dramaturge, plus âgé que Shakespeare, et son principal rival

 

 Le conte d'Hiver

du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
12h30 1h50
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 
Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 12 ans

auteur⸱ice
De William Shakespeare

Sandrine Anglade - Mise en scène
 

Héloïse Cholley - Interprétation
Florent Dorin - Interprétation
Damien Houssier - Interprétation
Laurent Montel - Interprétation
Nina Petit - Interprétation
Sarah-Jane Sauvegrain - Interprétation
Rony Wolff - Interprétation
Clément Camar-Mercier - Traduction
Compagnie Sandrine Anglade


 

mercredi 22 juillet 2026

Bertold Brecht : Le cercle de craie caucasien mise en scène Charlotte Mazneff


 

Le cercle de craie caucasien de Bertold Brecht a été écrit en 1945, publié en 1949 quand Bertold Brech revient à Berlin après l’exil en Scandinavie et aux Etats-Unis par le gouvernement nazi. Le cercle de craie caucasien est inspiré du jugement de Salomon et d’une pièce de théâtre chinoise Le cercle de craie mise en scène par le dramaturge allemand Klabund en 1925.
 

Dans Le cercle de craie caucasien, en Géorgie, la révolution fait rage. Le gouverneur est exécuté et sa femme part en toute hâte emportant ses beaux vêtements mais oubliant son bébé, Michel. Groucha, la servante au grand coeur, le recueille et fuit dans les montagnes du Caucase poursuivie par les soldats qui traquent le jeune héritier. Elle échappe à mille dangers, à la faim, au froid, aux dénonciations, traverse un précipice sur une échelle, dupe ses ennemis et finit par arriver chez son frère. Pour sauver Michel toujours recherché, elle fait passer l'enfant pour le sien et accepte de se marier avec un fermier Youssouf qui est, dit-on, proche de la mort. Mais la fin de la guerre redonne vie à Youssouf qui, en réalité, feignait d’être mourant, et désormais Groucha est mariée contre son gré. Elle reste fidèle en pensée à son fiancé Simon qu’elle aime toujours. Cependant quand celui-ci revient au pays,  il rompt les fiançailles. 


Groucha franchit le précipice: photo Gregory Matzneff


Quand la paix revient, les soldats retrouvent Michel réclamé par sa mère naturelle. C’est le juge Azdak, écrivain, homme du peuple, qui va juger qui est la véritable mère. Il soumet les femmes à l’épreuve du cercle de craie. Celles-ci doivent tirer l’enfant par le bras, chacune de leur côté du cercle. La plus forte remportera la victoire. Groucha refuse de faire du mal à son enfant. C’est elle qui considérée comme la vraie mère. Azka  prononce le divorce de Groucha et celle-ci peut retrouver Simon qui adopte Michel. 


Le jugement du cercle de craie photo Gregory Matzneff


La pièce explore le thème de l’amour maternel libéré de tout égoïsme. Le dévouement de l’humble fille de cuisine envers l’enfant, sa bonté, la sincérité de l’amour entre Simon et Groucha, montrent la supériorité morale du peuple sur l’égoïsme du pouvoir. Pourtant le manichéisme est en partie écarté car les soldats violents qui poursuivent le bébé, la paysanne qui trahit Groucha, le vieux paysan madré et lâche qui feint d’être mourant pour éviter les violences de la guerre, ne sont pas des personnages positifs. 

La mise en scène de Charlotte Mazneff et la performance des comédiens du Grenier de Babouchka, offrent, comme d’habitude, un spectacle de qualité. Une multitude de personnages incarnés par les huit comédiens occupent la scène avec brio, figurant tour à tour les hommes de pouvoir, nobles, gouverneur, juges, mais aussi serviteurs, soldats, paysans et paysannes, pour faire revivre les dangereuses aventures de Groucha. Le tout est très enlevé, en musique et en chansons. Les décors mobiles et évolutifs figurent tour à tout, le palais du gouverneur, une montagne vertigineuse, une isba modeste, un chariot, une salle de justice, les costumes et les éclairages sont aussi très réussis. 

 

du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
12h05 1h35
CHIEN QUI FUME (THÉÂTRE DU)
Salle : Chien Qui Fume - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 11 ans

auteur⸱ice
De Bertolt Brecht

 
Charlotte Matzneff - Mise en scène
Fanny Chasseloup - Interprétation
Antoine Guiraud - Interprétation
Geoffrey Palisse - Interprétation
Sophie Raynaud - Interprétation
Victoria Ribeiro - Interprétation
Agathe Sanchez - Interprétation
Tanguy Vrignault - Interprétation
Philipp Weissert - Interprétation
Tonio Matias - Musique
Antoine Milian - Scénographie
Moïse Hill - Lumière
Corinne Rossi - Costumes
 
GRENIER DE BABOUCHKA


 

lundi 20 juillet 2026

Les Molière du festival d'Avignon 2026

 

Comme chaque année, ma petit-fille veut voir tous les Molière du festival (ou presque !). Allons-y !
 
 
LE MALADE IMAGINAIRE EN LA MAJEUR L'adaptation musicale du chef d'oeuvre de Molière
 
Nous avions vu cette pièce il y a deux ans au festival d'Avignon. Molière en comédie musicale ! Le spectacle revient cette année et est toujours aussi enlevé et plaisant, servi par de bons comédiens pleins de punch et de fantaisie !  Un spectacle agréable et très amusant!
 
du 3 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
20h10 1h20
ESSAÏON-AVIGNON (THÉÂTRE)
 
Salle : Essaion-Avignon - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 8 ans
Raphaël Callandreau - Mise en scène

Molière
Raphaël Callandreau - Mise en scène
La comédie des trois bornes


L’AVARE
 
Un bon spectacle  avec des comédiens convaincants. Avec Molière, Tigran Mekhitari met en scène l'avarice portée à un degré extrême tout en nous faisant rire. 
 
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
17h00 1h30
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 

Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 10 ans
Avertissements : Aucun

De Molière
 Tigran Mekhitarian Mise en scène
En Scène ! Productions


L’ÉCOLE DES FEMMES
 
Une ingénieuse scénographie : Agnès est enfermée dans une cage de verre, surveillée par ses deux gardiens mais aussi par des caméras de surveillance.  Tous ses faits et gestes sont ainsi contrôlés et pourtant... ! Dans cette mise en scène de Frédérique Lazarini, c'est Arnolphe (Cédric Colas)  plus encore qu'Agnès qui est mis en valeur : la domination qu'il exerce sur la jeune fille, sa colère, son impuissance quand il voit sa proie lui échapper, mais aussi la jalousie, la douleur d'un vieillard amoureux face à la jeunesse qui lui échappe.
 
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
10h15 1h30
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 

Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 10 ans
Avertissements : Aucun

De Molière
Frédérique Lazarini - Mise en scène
Les Athevains



LE BOURGEOIS GENTILHOMME
 
Une mise en scène complètement échevelée, fofolle, farfelue, hilarante par une troupe qui sert très bien le texte de Molière. Transposée à notre époque, le Bourgeois cherche à ressembler à un Bobo  intello avec son pull rose jeté négligemment  autour de ses épaules. Mais attention la redoutable Madame Jourdain veille.

du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
21h30 1h30
GÉMEAUX (THÉÂTRE DES) 

Salle : Salle des Colonnes - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 7 ans

Molière
Anissa Allali - Mise en scène
Francis Bolela - Mise en scène

ZD Productions

LES PRÉCIEUSES RIDICULES 

 Une mise en scène de classique de cette pièce de Molière. 

du 3 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
14h30 1h
95. AU VERBE FOU, THÉÂTRE LITTÉRAIRE
Salle : 95. AU VERBE FOU (THÉÂTRE LITTÉRAIRE LE) - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 9 ans
Avertissements : Aucun 

Molière

Marc-Alexandre Cousquer - Mise en scène 

Théâtre de l'Homme Inconnu 

 

TARTUFFE 

 La mise en scène fait le choix de la parodie. Rien à dire sur les comédiens qui suivent ce  parti-pris mais le manque de nuances dans les personnages qui sont tous traités de la même manière ne m'a pas intéressée.

du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
10h00 1h50
  SCALA PROVENCE (LA)
 
Molière 

Mise en scène : Léo Cohen-Paperman 

Nouveau Théâtre Populaire 

jeudi 16 juillet 2026

Victor Hugo : Hernani mis en scène par Edouard Dossetto au Festival off d'Avignon

 

 

J'ai assisté cette année à la représentation d'une pièce relativement rare au festival off d'Avignon : Hernani de Victor Hugo dans la mise en scène d'Edouard Dossetto. Je n'ai vu ce drame, qui a fait la gloire du jeune Victor  Hugo,  que deux fois pendant mes nombreuses années festivalières.

 La bataille d'Hernani

On ne peut pas parler d'Hernani sans faire allusion à la fameuse bataille racontée par Théophile Gautier dans son Histoire du romantisme.
1830 ! Date historique dans l'histoire de la littérature et plus précisément du théâtre français. La première représentation de Hernani va bientôt avoir lieu et avant même qu'elle commence, elle  provoque déjà le scandale car elle rompt avec toutes les conventions classiques. Envolées les règles des trois unités, de la  bienséance, de la séparation des genres comique et tragique, de l'imitation des Anciens,  de  l'emploi de la périphrase. Bienvenue aux mélange des genres, à l'utilisation du mot propre, au renouvellement de l'inspiration... Théophile Gautier écrit : 

«"Nous avons eu l'honneur d'être enrôlé dans ces jeunes bandes qui combattaient pour l'idéal, la poésie et la liberté de l'art, avec un enthousiasme, une bravoure et un dévouement qu'on ne connaît plus aujourd'hui. Le chef rayonnant  ( Hugo) reste toujours debout sur sa gloire comme une statue sur une colonne d'airain, mais le souvenir des soldats obscurs va bientôt se perdre, et c'est un devoir pour ceux qui ont fait partie de la grande armée littéraire d'en raconter les exploits oubliés."
 

 

La bataille d'Hernani

Dès les premiers mots de la pièce, éclate la bagarre, les cris de protestation houleux, les tumultes que n'arrive pas à réprimer "la bande d'Hugo" "aux airs féroces" "qui fait régner la terreur". La passion l'emporte, les uns hurlent, trépignent d'indignation, les autres applaudissent, louent, s'enthousiasment. Théophile Gautier est bien conscient qu'il est difficile maintenant de comprendre comment ces vers qui sont devenus pour ainsi dire classiques ont pu susciter une telle indignation!

Comment s'imaginer qu'un vers comme celui-ci : 

"- Est-il minuit?  

- Minuit bientôt 

ait soulevé des tempêtes et qu'on se soit battu trois jours autour de cet hémistiche ? On le trouvait trivial, familier, inconvenant ; un roi demande l'heure comme un bourgeois et on lui répond comme à un rustre : minuit. C'est bien fait. S'il s'était servi d'une belle périphrase, on aurait été poli, par exemple  : «   L'heure atteint-elle bientôt sa douzième demeure ? "

 Voir  la suite du billet ICI 

 

Le récit

Don Carlos, Dona Sol, Hernani

 Nous sommes en Espagne. Hernani est un proscrit. Son père a été exécuté par le roi Carlos, il a été dépossédé de ses biens et de son honneur. Il vit dans la montagne, en lutte contre le pouvoir, méditant sa vengeance. Il aime Dona Sol et est aimé de retour par la noble jeune fille que le duc de Silva, son tuteur, se propose d’épouser. Mais le roi Don Carlos est aussi amoureux de la jeune fille. Trois hommes, trois rivaux !

"Monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure !
Oh ! je porte malheur à tout ce qui m’entoure !" 

Victime du destin, comme tout héros romantique, Hernani est épris de liberté et d’idéal, il combat un pouvoir injuste  mais porte en lui la fatalité du malheur.

Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.

Mais lorsque le roi devient l'Empereur Charles Quint, tout va changer ...

La mise en scène et l’interprétation

Leslie Gruel dans Dona Sol


Que j’ai aimé cette pièce dans ma jeunesse romantique et les vers vibrants, sonores, pleins de panache de Victor Hugo ! C’est sûr, à l’époque je me serais affichée dans la bataille et du bon côté, celui de « la bande d'Hugo! »

Aujourd'hui, devenue plus sage, je m’inquiétais un peu de savoir comment l’alexandrin et les grandes envolées lyriques passeraient. Je craignais aussi le parti pris du metteur en scène, Edouard Dossetto, de transposer l’univers d’Hernani dans un milieu mafieux sibérien (pourquoi sibérien ?)  et d’en faire un thriller noir, violent, politique. Mais, après tout, Hernani a montré au théâtre l’exemple de la nouveauté et de l’anticonformisme, alors pourquoi pas ? 
Edouard Dossetto - qui est aussi un très convaincant Hernani- a réussi son pari. La pièce est noire, violente et politique que l'action se déroule dans le milieu du grand banditisme ou non. Les personnages ont des armes à feu et un téléphone mais ils gardent leur humanité et l’émotion est toujours là dans ce spectacle servi par des comédiens de talent. La distribution est homogène. J’ai reconnu dans le rôle de Don Carlos, Guillaume Villiers-Moriamé qui nous a offert l’année dernière un très original Tartuffe. Leslie Gruel est une farouche et fière Dona Sol. Et le Grand d'Espagne, le duc de Silva, le terrible vieillard amoureux, ( Maxence Mailfort) attend sa revanche dans l'ombre. Le texte est dit avec une sobriété qui fait oublier l’alexandrin mais en rend toute la richesse. J’ai beaucoup aimé cette représentation et ma petite-fille (16 ans) aussi. 

C’est fou, combien le théâtre rend heureux… quand il est bon ! 




du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
20h45 1h15
LUNA (LA) / LUNA THÉÂTRES 
Salle : Salle 2 - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 15 ans
Avertissements : Présence d'armes à feu / armes blanches

auteur
De Victor Hugo
Édouard Dossetto - Mise en scène
 

Marie Benati - Interprétation
Édouard Dossetto en alternance avec Alex Dey - Interprétation
Leslie Gruel - Interprétation
Guillaume Villiers-Moriamé - Interprétation
Anaïs Ansart-Grosjean en alternance avec Leslie Gruel - Régie
Martin Baillon - Collaboration artistique
Jules Poucet - Création son
Jules Poucet - Création lumière
Pierre Mengelle - Scénographie
Maxence Mailfort ou Laurent Le Doyen - Interprétation
 

Collectif Nuit Orange
Compagnie française



 

Chez Cléanthe

 


dimanche 5 juillet 2026

Sophie Divry : Fantastique histoire d’amour

  

 

Mais oui, comme le titre l’indique, Fantastique histoire d’amour de Sophie Divry est un roman d’amour ( bravo pour la lapalissade ! ). Mais  non, il n’a rien de fleur bleue ou de sirupeux.

 C’est aussi un roman social qui visite le monde de l’entreprise car Bastien est un inspecteur du travail et il prend son rôle au sérieux, défendre le droit des travailleurs, traquer les mauvais patrons qui ne respectent pas les règles de sécurité, qui exploitent ou harcèlent. Un roman où l’on parle de religion, de solitude, d’angoisse existentielle. Bastien est un écorché de la vie, enfance traumatique, rupture sentimentale. C’est  un « catholique à la française », c’est à dire pas très orthodoxe mais sincère. « Il n’y que les athées qui s’imaginent que les chrétiens croient tout en bloc. Que nous sommes vraiment consolés. ». Il est appelé dans une entreprise de recyclage car un ouvrier est tombé dans une compacteuse et a connu une mort horrible. Mais est-ce réellement un accident ? 
 

Fantastique histoire d’amour est un polar qui joue sur le suspense. La tante de Maïa, Victoire, chercheuse au CERN, centre de recherche nucléaire à Genève, a mené une expérience sur de nouveaux matériaux, les cristaux scintillateurs, expérience qui a mal tourné. Les cristaux sont devenus toxiques et exercent une attraction redoutable mais aussi létale sur ceux qui entrent en contact avec eux. Ils vont exciter la convoitise de personnages peu recommandables. Comble de malheur, ils disparaissent ! Maïa, journaliste dans une revue scientifique, est chargée de les récupérer et les besoins de l’enquête l’amènent jusqu’à la compacteuse. Affligée de « disparitionnisme » (Je vous laisse découvrir ce que c’est), Maïa est une femme sportive et indépendante, mais seule. On comprend que les deux personnages sont amenés à se rencontrer !  
 

La construction du roman en chapitres alterne donc entre Maïa et Bastien qui est le seul à dire « je ». Il est le personnage central, donc.  Le récit se déroule principalement  à Lyon qui occupe une place à part entière dans le roman avec quelques incursions en Provence, en Suisse et en Allemagne .

Le roman a un ton nouveau :  par son mélange de genres, les nombreux thèmes qu’il aborde, le style à la fois énergique, incisif, parfois passé au vitriol comme lorsque Bastien parle de la haine « mais tout le monde se déteste. Dans les entreprises, on en voit que ça, de la haine entre salariés et patrons, entre collègues, entre services. A croire que c’est une production naturelle »  ou que Maïa dit sa détestation de la Provence, «  son ciel bleu immuable, sa garrigue aux feuilles ennuyeuses »  et qu’elle afffirme, non sans une pointe d’humour, son dégoût pour : « son odeur écoeurante de savon à la lavande ». Mais Sophie Divry peut se faire poétique et tendre lorsqu’elle décrit Maïa donnant à manger aux mésanges ou adoptant un petit chat. « Pito était à la maison quand elle rentrait, il était en train de dormir, il avait fait ou non des bêtises. Il lui transmettait à la fois une tendresse et une compagnie ». Et j'ai aimé, de plus, ses rapports avec son père, l’amour mutuel qui les lie.

Enfin, n’oublions pas le titre du roman, le récit est fantastique. Mais l’origine du fantastique, est la science, les faits avérés, les enquêtes menées par Maïa pour ses articles, comme celle sur le langage des oiseaux… oui, véritablement fantastique lorsque l’ornithologue lui fait écouter le chant de l’alouette, enregistré sur une bande, à une vitesse huit fois moins moindre et qu’elle distingue alors des sons magiques mais inaudibles à l’oreille humaine sauf au ralenti. « Elle émet quatre cents sons à la seconde. Nous, on peut à peine en distinguer quarante. » « L’alouette va plus vite que nous. Elle ne vit que quelques années. Son coeur bat plus vite. son monde va plus vite » « Les animaux sont à la fois plus lents et plus rapides. Pour eux votre jardin, c’est un continent. Pour eux, entre le matin et le soir, c’est toute une adolescence. Nous habitons le même monde mais nous ne partageons pas le même temps »  Et puis, bien sûr,  il y a ces magnifiques cristaux bleus, si envoûtants, qui rappellent que les découvertes peuvent être aussi le fruit du hasard.

Un livre addictif, le terme est bien choisi pour un roman qui parle d’addiction, un livre que l’on dévore avec  beaucoup de plaisir !  

vendredi 3 juillet 2026

Jean-Claude Mourlevat : Terrienne


 

Terrienne est un roman pour adolescent à partir de 12 ans de Jean-Claude Mourlevat et je l’ai lu sur les conseils de mon petit-fils qui m’a dit : « Tu verras il va te plaire mais attention, c’est dur ! Moi, j’ai adoré !  ». Bon, au moins j’étais prévenue et, effectivement, la lecture est vite addictive et oui, c’est vrai, elle est  « dure » ! Dans mon enfance, on ne faisait jamais mourir un héros ou une héroïne ! J’aurais piqué une crise de désespoir si c’était arrivé !  Mais je ne vous en dis pas plus.
Sachez pourtant que Anne est à la recherche de sa soeur Gabrielle disparue le lendemain de son mariage. Un message envoyé par sa soeur pousse Anne « de l’autre côté », dans un monde qui n’est pas la Terre, dans quelque coin inexploré du cosmos. Elle est accompagnée dans sa quête par un charmant vieux monsieur, Etienne Virgil -alter ego de l’auteur -  qui s’est pris d’affection pour elle, motivé aussi par la curiosité propre à tout écrivain, toujours à l’affût de nouveaux sujets.
L’univers qu’elle découvre est étrange et terrifiant, une oligarchie qui prive les individus de sentiments, où tout ce qui a trait au corps est repoussant, respirer, transpirer, se moucher, pleurer, rire, faire l’amour, être enceinte, accoucher… Un univers où les odeurs, le souffle du vent, le goût, le plaisir du toucher ont disparu, tout ce qui est d’ordre sensoriel est aseptisé. Angoissant, haletant, ce monde « parfait » ! Si elle veut retrouver sa soeur, Anne doit cacher son origine car les Terriens suscitent dégoût et crainte (avec tous leurs microbes) et sont mis à mort, comme tous ceux qui s’opposent au gouvernement, une extinction finale organisée qui rappelle bien celle des camps nazis.  Elle apprend par quelques amis dissidents, aspirant à la liberté, que si les Terriens sont rejetés, les belles Terriennes, elles, sont très appréciées des hommes au pouvoir qui les font enlever pour leur servir d’esclaves, quitte à s’en débarrasser quand ils s’en sont lassés. De ces unions naissent des êtres hybrides qui appartiennent aux deux espèces et qui sont utiles lorsqu’il s’agit de les envoyer sur Terre pour attirer les jeunes victimes. Un être issu d’une femme terrienne, c’est ce qu’était le mari de Gabrielle. C’est ce qu’est Bran qui va devenir l’allié des deux soeurs et l'amoureux d'Anne.
 
Anne et Gabrielle vivent ainsi une version transposée de Barbe Bleue Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ?  Et nous sommes d’autant plus dans le domaine du conte que le nom de famille  d’Anne est Collodi. Pinocchio aussi est attiré dans un monde où les enfants transformés en âne deviennent des esclaves. Anne Collodi est vue comme une "truie" par les habitants de l'Autre Monde.

Donc je reviens sur ce que je disais au début, dans mon enfance, on ne tuait pas les héros dans les romans mais dans les contes, par contre, de tout temps, quelle cruauté !  Reflets d’une société où la femme n'était pas l'égale de l'homme, où elle était vendue par ses parents, battue, violée, où le féminicide était la norme et de même pour les enfants. 
Alors vous allez me dire, un cauchemar ce livre ? Et bien non pas du tout et je comprends pourquoi mon petit-fils l’a apprécié. Il fait comprendre la valeur de notre existence même imparfaite mais tellement réelle, vivante, riche, où il fait bon manger de la quiche Lorraine,  une Terre avec ses odeurs bonnes ou mauvaises, ses bruits et sa musique, les amitiés et les disputes, les colères et l’amour, les sentiments familiaux, la beauté et la laideur, tout ce qui donne du prix à la vie, qui en fait ressortir la variété, qui nous empêche de mourir d’ennui comme le font les habitants de l’autre univers qui, un jour, s’assoient pour mourir, incapables de continuer !

« Je suis amoureuse de cette Terre sur laquelle j'ai mes pieds. Je l'aime avec tous ses défauts, toutes ses tares. Je l'aime à cause de ça. J'aime le trop froid et le trop chaud, la pluie, la boue, les embouteillages, les examens ratés, les cartes postales moches, les mensonges, les larmes, les blessures et la mort. J'aime ce qui manque et ce qui dépasse, j'aime le trop et le pas assez, je veux me brûler aux orties et aux casseroles, ça ne me dérange pas, je veux bien égarer mes clés, avoir mal à la tête, être trompée (pas par Bran), être bousculée. Mais je prends aussi les bonnes choses. Je veux être caressée, je veux manger des banana split, je veux écouter de la bonne musique, recevoir des lettres, voir naître des bébés, faire la sieste, aller à Venise… » 

Un beau livre ! A lire par les adolescents comme par les adultes ! 

 


 

mercredi 1 juillet 2026

Les deux George de la Littérature : Bilan 4

 

 Pour ce mois de Juin nous avons continué notre découverte des deux George de la littérature par des biographies et la lecture d'une pièce de théâtre : Gabriel, étonnante par sa modernité.

  

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

 Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Au mois de Juillet

 

Miriam lira Middlemarch de George Eliot et la biographie de O’Shaughnessy. Elle continuera l’ouvrage de Mona Ozouf : L’Autre George  

je propose pour George Sand :


 

 La lecture de L'Uscoque, un  livre dont je n'avais jamais entendu parler avant de découvrir le titre ce mois-ci sur le net. C'est une histoire de pirate au XVII siècle ! Il répond au challenge les deux George et participera aussi à Book Trip en mer !

Au Festival d'Avignon il y a deux pièces sur George Sand. 

 


 Chère George Sand de Emmeline Naert 

 


 

George Sand le souffle de la liberté de Brigitte Bladou

J'irai voir l'une d'entre elles.


Les vacances sont bientôt là. C'est l'occasion de découvrir une George Sand dont on imagine mal la richesse de l'oeuvre et une George Eliot encore trop peu connue en France. Vous pouvez piocher des idées dans nos bilans des mois de mars, avril, mai ou juin ou nous proposer d'autres titres !

Rejoignez-nous  en toute liberté avec des lectures sur Les deux George  de la littérature !

 

***

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


VOIR BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 

 


***