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vendredi 14 août 2026

Christopher John Samson : Dissolution

 



Dans le roman Dissolution de C.J. Samson, nous sommes au XVI siècle au moment où Henri  VIII se sépare de l’église catholique romaine et crée l’église d’Angleterre pour pouvoir divorcer de Catherine d’Aragon.
Thomas Cromwell, son vicaire général, entreprend une grande croisade pour démanteler les anciens monastères catholiques afin de récupérer leurs terres et leur fortune ! 
1537 : Il envoie l’un de ses commissaires, Robin Singleton, au monastère de Scarnsea sur la côte sud de l’Angleterre afin de persuader (ou de contraindre ?) l’abbé  de renoncer volontairement à ses biens. Singleton est sauvagement assassiné à l’intérieur du monastère. Cromwell désigne alors un avocat londonien Matthew Shardlake pour aller enquêter,  découvrir l’assassin et régler la dissolution du monastère.

Matthew Sahrdlake part accompagné d’un jeune homme, fils d’un ami de son père, qu’il protège et qu’il a placé à la cour pour faire une brillante carrière. Ils découvrent dans le monastère le cadavre décapité de Singleton et bien d’autres horribles forfaits.
Ce roman policier qui est aussi un roman historique nous plonge dans la vie d’un monastère et dresse une galerie de portraits de moines pas toujours à leur avantage, souvent haut en couleurs ou assez inquiétants. Il y a cependant des personnages droits et dévoués, semble-t-il, comme le moine infirmier et son aide, une jeune fille sans fortune qui a trouvé là un travail. Mais à qui se fier dans ce lieu clos qui  semble nourrir et exalter tout ce qu’il y a de pire dans l’homme ? La dissolution qui les menace met une sorte d’urgence dans la vie monacale et tous se sentent menacés. Tous pourraient donc être coupables.

Le personnage de Matthew Shardlake est un enquêteur plein de doutes et de fragilité. Bossu, il souffre physiquement et moralement de son infirmité, ce qui le rend parfois injuste et jaloux. Son honnêteté, ses scrupules le tourmentent. S’il a d’abord était en accord avec Cromwell dans sa critique du catholicisme et son rejet des reliques et des miracles, s’il juge la vie des moines peu en accord avec leurs voeux monastiques, il n’est pas sans s’apercevoir que la dissolution profite aux intérêts non seulement de la Couronne mais aussi des Grands qui la servent et en particulier de Cromwell lui-même ! 
J’ai suivi l’intrigue policière parfois un peu complexe avec assez d’intérêt mais ce qui m’a plu, surtout, c’est la partie historique du roman très solide et documentée.  Le monastère de Scarnsea est un lieu fictif mais il y a eu plus de 800 monastères, prieurés, couvents rasés par Cromwell de 1536 à 1540. Les moines et le personnel des lieux religieux se retrouvaient du jour au lendemain à la rue et pour certains sans moyen de gagner leur vie. C’est ce que nous décrit ce roman.


Une lecture intéressante, premier tome d’une série qui compte sept romans. 

lundi 10 août 2026

Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin : Charles à l'école des dragons


 

Mon petit-fils a cinq ans. La première fois que sa maman lui a lu le livre, Charles à l’école des dragons, elle a dû le faire quatre fois d’affilé sans s'arrêter, le tout ponctué d'éclats de rire. Quand je le lui ai lu, l’album avait toujours autant de succès.

Charles le petit dragon n’est pas comme les autres. Il a des ailes bien trop grandes et les pieds de même. De plus, au lieu d’apprendre à l’école à cracher du feu et à voler, il écrit des poème et quand il déclame devant ses parents, l'alliance de l'image et des vers provoquent le rire.

 



Le monde est si moche, cher papa, chère maman
Regardez l’horizon et dites-moi si je mens.
Ignobles cieux, horribles monts, vilaines vallées
tant de misère et de laideur, c’est dur à avaler (rire)


A l'école, tous ses petits copains se moquent de lui et le repoussent, surtout quand, avec ses grands pieds qui le précèdent, il les piétinent sans le vouloir. (rire) Seule une mouche attirée par les dits pieds lui sert de compagne. ( l'odeur de ses pieds ? rire)

Aussi pendant que les camarades d’école « noircissent » leurs cahiers consciencieusement en crachant du feu dessus, Charles « noircit « le sien en écrivant des vers (rire) et quand c’est le printemps, voilà ce qu’écrit notre poète en éternuant très fort (rire) : 

Les fleurs sentent mauvais, le soleil tape à l’oeil
ce bonheur ridicule a une odeur de deuil
Les gazouillis d’oiseaux me donnent la nausée
et les couleurs vulgaires… comment peut-on oser ? ( rire)

Et l'hiver ? Tous les autres savent voler maintenant. Lui, non !

 


 Rire car ce petit dragon et ses vers de mirliton,  qui ne voit que la laideur et la tristesse, ses grands pieds odorants et dévastateurs, son oeil broussailleux, il fallait l’oser. Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin l'ont fait !

Vous allez me dire que l’histoire pourrait être triste : un petit  dragon rejeté de tous ses copains et qui échoue dans son apprentissage, qui voit la vie en noir et qui, lorsqu'il la voit en couleurs, est encore plus triste ! Il faut croire que mon petit-fils est sensible à l'absurde : des fleurs qui sentent mauvais, des couleurs vulgaires, des gazouillis qui donnent la nausée ... ! Pas une once de tristesse !  Il rit !

Il faut dire que ce qui console  c'est que les parents du petit dragon ne cessent de lui répéter qu'il " est le plus beau dragonneau du monde" ! Ensuite sa maîtresse n’a pas l’air de lui en vouloir et puis l’on sait bien qu’il va finir par voler  et s’intégrer ! Il lui faut juste un peu d'aide ! Car on a souvent besoin d’un plus petit que soi ! Une histoire tirée de l'univers quotidien des tout-petits, l'école, mais avec une bonne dose de dérision et d'humour. De belles illustrations!

 


 

 


dimanche 9 août 2026

Marivaux : l'auteur le plus joué du festival d'Avignon 1998

 

 

 Pierre de Marivaux l'auteur le plus joué en 1988

 


 

J'ai retrouvé dans mes archives du Festival d'Avignon un article que j'avais rédigé pour le journal La Provence. J'avais proposé d'écrire sur l'auteur classique et aussi sur l'auteur contemporain les plus présents au festival d'Avignon 1998. Pour l'auteur classique, il y avait trois mises en scène de l'Epreuve, une de La dispute, une de La surprise de l'amour et du Jeu de l'amour et du hasard.

Que Marivaux ait eu le plus de succès, voilà qui était pour me plaire ! J'ai tellement entendu des gens parler de lui superficiellement en le qualifiant de léger que voir son succès au festival était un plaisir pour moi qui pense le contraire. Et la rencontre avec des metteurs en scène pour rédiger ce papier fut un plaisir, tous épris de leur auteur, tous le servant avec intelligence, tous insistant sur la gravité de l'auteur, sur la finesse d'analyse qui se cache sous l'apparente légèreté de Marivaux, sur la portée sociale de l'oeuvre. J'aurais eu de quoi emplir plusieurs pages du journal La Provence avec tous les propos que  j'ai pu recueillir à l'époque ! 

Pierre Carlet dit Marivaux ( 1688-1763) est l'auteur de nombreuses pièces de théâtre mais aussi de deux romans d'apprentissage Le paysan parvenu et La vie de Marianne que j'aime beaucoup et dont je vous conseille la lecture si vous aimez comme moi la langue si élégante du XVIII siècle et les idées sociales qui remettent en cause l'ordre établi, les injustices  sociales et les inégalités entre les hommes et les femmes. 

"J'ai pourtant vu nombre de sots qui n'avaient et ne connaissaient point d'autre mérite dans le monde, que celui d'être nés nobles, ou dans un rang distingué. Je les entendais mépriser beaucoup de gens qui valaient mieux qu'eux, et cela seulement parce qu'ils n'étaient pas gentilshommes; mais c'est que ces gens qu'ils méprisaient, respectables d'ailleurs par mille bonnes qualités, avaient la faiblesse de rougir eux-mêmes de leur naissance, de la cacher, et de tâcher de s'en donner une qui embrouillât la véritable, et qui les mît à couvert du dédain du monde.  Le paysan parvenu

 Une de femmes
Hé ! que voulez-vous ? On nous crie dès le berceau : vous n'êtes capables de rien, ne vous mêlez de rien, vous n'êtes bonnes à rien qu'à être sages. On l'a dit à nos mères qui l'ont cru, qui nous le répètent ; on a les oreilles rebattues de ces mauvais propos ; nous sommes douces, la paresse s'en mêle, on nous mène comme des moutons.
Madame Sorbin
Oh ! pour moi, je ne suis qu'une femme, mais depuis que j'ai l'âge de raison, le mouton n'a jamais trouvé cela bon.
Athénice
Je ne suis qu'une femme, dit Madame Sorbin, cela est admirable !
madame Sorbin
Cela vient encore de cette moutonnerie.
La Colonie

Marivaux n'est pas un révolutionnaire mais un moraliste. Dans  L'ile des esclaves, il imagine des nobles et des valets qui font naufrage dans une île où les maîtres prennent la place des esclaves et inversement. Il ne s'agit pas d'une vengeance explique Cléanthis mais de corriger les moeurs, "il s'agit de vous pardonner  et pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. Vous étiez tout cela ; en valiez-vous mieux ? Et que faut-il donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autre". L'île des esclaves

Et dans Le Jeu de l'amour et du hasard, Dorante qui accepte d'épouser celle qu'il croit être une servante dit : "le mérite vaut bien la naissance ".  

 Et Orgon le père de Silvia déclare : 

"Dans ce monde, il faut être trop bon pour l'être assez." 

Cette année 2026 il n'y avait aucun Marivaux, l'année dernière il n'y en avait qu'un :   Le Jeu de l'amour et du hasard ! Mais un classique ne peut mourir !

 

 Le marivaudage et la création de mots et d'expressions françaises

2025 

Silvia en bleu de travail Mise en scène Frédérice Cherbeuf 2025

Du XVIII siècle au XXI siècle

C'est du vivant de Marivaux que son nom a donné lieu à un néologisme passé dans la langue française : le marivaudage

 Ce mot désigne un échange oral brillant, une joute verbale soutenue et raffinée entre deux amoureux qui font preuve l'un et l'autre de beaucoup d'esprit, d'ironie et de finesse. C'est une sorte de duel ou chacun se protège de la séduction du partenaire avant d'en savoir plus sur lui. 

Le marivaudage crée une complicité avec le spectateur qui en sait, en général, beaucoup plus que les personnages et s'amuse de leur querelle amoureuse. 

 Ainsi, dans Le jeu de l'amour et du hasard, le spectateur sait ce que savent Orgon, le père et Mario, le frère de Silvia. Celle-ci à pris la place de sa soubrette Lisette pour pouvoir observer Dorante, le jeune homme que son père veut lui faire épouser. Ce que Silvia ne sait pas c'est que Dorante a eu la même idée et qu'il a pris la livrée de son laquais et le nom  Bourguignon.

Mais sous l'apparence de légèreté, le marivaudage a aussi une fonction dramatique puisqu'il révèle la psychologie des personnages tout en leur permettant prendre conscience de leurs sentiments et de se révéler à eux-mêmes.  C'est Sylvia dans Le jeu de l'amour et du hasard qui, lorsqu'elle prend conscience qu'elle aime Dorante s'écrie : "Ah! J'y vois clair dans mon coeur". 

Le marivaudage est un jeu de langage de personnes cultivées et haut placées dans l'échelle sociale, noblesse ou  grande bourgeoisie. Il est souvent doublé pour un effet comique d'un "marivaudage" mené par les valets qui usent d'un vocabulaire terre à terre,  prosaïque, et qui singent leur maître, le valet, surtout, étant un grand lourdaud, et la soubrette, policée par le contact de sa maîtresse, employant des expressions populaires mais plus fines. Le spectateur rit aux dépens des valets mais il rit en empathie avec les maîtres.  

Il y a pourtant une certaine cruauté dans ce badinage car les personnages souffrent de ne plus maîtriser leurs sentiments, de ne pas comprendre ce qui leur arrive. Les maîtres du jeu, Orgon et Mario, s'amusent  de leurs tourments.  Marivaux est aussi l'inventeur de l'expression : " Tomber amoureux" par analogie avec "Tomber malade".  C'est bien de cela qu'il s'agit pour l'auteur :  l'amour est une sorte de maladie qui échappe à la raison et contre lequel il est vain de lutter. Silvia refuse de tomber amoureuse de celui qu'elle croit être un valet et Dorante de même ! Mais ils ont beau faire, leurs sentiments les emportent ! 

 

 Le jeu de l'amour et du hasard 1966-1967

 
 
1966 
 
La première fois que j'ai vu Le jeu de l'amour et du hasard, c'était en 1966 à La comédie Française. Le jeu des comédiens était superbe et j'en étais ressortie éblouie après avoir goûté le texte jusqu'au moindre mot.  J'ai retrouvé la distribution dans le net car je me souvenais des rôles féminins - Geneviève Casile dans Silvia et Paule Noëlle dans Lisette- mais non des masculins. Le jeu de l'amour et du hasard est toujours restée ma pièce préférée.
 
 
Geneviève Casile

 
La distribution officielle de la reprise théâtrale de 1966 à la Comédie-Française, dans la célèbre mise en scène de Maurice Escande (avec des décors et costumes de Jacques Dupont), mettait à l'honneur les comédiens phares de la troupe de l'époque :
        
      Silvia : Geneviève Casile
      Dorante : Michel Bernardy
      Lisette : Paule Noëlle
      Arlequin (ou Pasquin selon la tradition d'époque du Français) Gérard Giroudon/ Michel                         Duchaussoy (selon l'alternance des représentations de la saison 1966-1967)
      Monsieur Orgon : Maurice Escande (qui cumulait la mise en scène et le rôle du père)
      Mario : Alain Pralon 
 
 
 1967
 
Danielle Lebrun et Jean pierre Cassel

 

François Giret et Claude Brasseur

L'année d'après en 1967 paraissait le film réalisé pour la télévision par Marcel Bluwal, dont le casting en décors naturels est resté légendaire : 
    
       Silvia : Danièle Lebrun
      Dorante : Jean-Pierre Cassel
       Lisette : Françoise Giret
       Arlequin : Claude Brasseur
       Monsieur Orgon : André Luguet
       Mario : Jean-Claude Drouot
 

Légendaire, en effet ! Quelle somptueuse distribution ! Que demander de mieux ?

 

L'auteur contemporain :  Dario Fo ou Matei Viniec en 1988 ?

 

Dario Fo

Pendant le festival d'Avignon 1988, j'avais aussi proposé un sujet sur l'auteur contemporain le plus joué sur scène cette année-là.  Je n'ai pas retrouvé  l'article !  Je sais qu'il y avait des Dario Fo en nombre. Il faut dire qu'il avait reçu le prix Nobel l'année précédente, en 1997.  Mais peut-être était-ce plutôt Matei Viniec. Le roumain était venu s'installer en France en 1987, fuyant Ceausescu. Il avait été naturalisé en 1994. Il était très présent aussi dans ces années-là !

 Par contre, cette année 2026, il n'y avait aucun Dario Fo et un seul Matei Viniec : Le souffleur de la peur !

 


mercredi 5 août 2026

JR Dos Santos : Spinoza ou l’homme qui a tué dieu


Le jeune Bento de Espinaso ( 1632-1677)  ( Baruch Spinoza en néerlandais) vit à Amsterdam dans la communauté de juifs portugais ou ses parents se sont réfugiés avec leurs enfants pour fuir l’inquisition espagnole au Portugal. Son père est marchand.  Un jour, il a huit ans, il assiste à une scène qui le marque durablement et va être à l’origine des questions que son esprit curieux et son intelligence précoce l’incitent à se poser. C’est ce que nous raconte Jr Dos Santos dans son livre Spinoza l’homme qui a tué Dieu.

Un homme, Uriel da Costa, philosophe portugais, considéré comme blasphémateur, a été mis au ban de la communauté juive il y a quelques années. Un cherem (excommunication) a été prononcé contre lui et plus personne n’a le droit de lui adresser la parole, ni de l’employer.  Ne pouvant plus supporter l’isolement et la pauvreté  seule sa mère le voit en cachette), il demande pardon en public à la synagogue. Pour que le cherem soit retiré, il doit désavouer son livre, subir 39 coups de fouet, puis il lui faut se coucher sur le seuil de l’édifice et chaque fidèle lui marche dessus. Quelque temps après cette cérémonie qui a beaucoup fait réfléchir l’enfant, Uriel da Costa, qui n’a pu supporter l’humiliation, revient sur ses déclarations et se suicide.

L’enfant se renseigne et apprend que Uriel a distingué la loi absolue de Dieu, la seule vraie, de la loi orale du Talmud qui est, dit-il, une invention des prêtres. Il remet donc en question les coutumes fondamentales du culte, circoncision, phylactères, Talit, et il soumet la religion au crible de la raison. Da Costa pense que l’âme n’est pas créée séparément par Dieu et placé dans le corps mais qu’elle est une sécrétion du corps et donc elle ne survit pas à la mort.


La loi orale est-elle une invention des hommes ?  L’âme n’est-elle pas immortelle? Depuis l’horrible sort dévolu à Uriel da Costa, le doute s’est implanté chez Baruch Spinoza et d’autant plus que, malgré ses prières et sa foi ardente, sa mère qui était si bonne est morte de la toux. (Tuberculose dont mourra aussi son frère aîné et  lui-même en 1677) 

Il n’a que 10 ans en 1640 quand il soupçonne que Moïse n’a pas écrit lui-même la Torah comme il est affirmé !  En effet, au Deutéronome chapitre 31, verset 9, il constate que Moïse au lieu de dire « je »,  emploie la troisième personne : « Moïse écrivit cette Loi et la donna aux prêtres ». Or,  remarque l'enfant, Moïse ne pourrait parler de lui-même à la troisième personne ! Ce n'est donc pas lui qui a écrit ces mots !

 


 

Les années passent. Baruch aide son père pour le commerce tout en continuant à lire et s’instruire et à étudier la théologie. Quand son père et son frère meurent, il  se sent libre de dévoiler ses idées, ce qui lui vaut un cherem prononcé contre lui en1656 . Excommunié, il quitte alors la communauté juive avec laquelle il ne se sent plus d’attache. Il s’installe à l’école du professeur Franciscus van den Enden, un savant néerlandais, philosophe, qui deviendra son ami ainsi que toute la famille de celui-ci. Il y apprend le latin, donne aussi des cours pour payer son hébergement et fabrique des lentilles pour télescopes pour gagner sa vie. Il dépense peu, mène une vie sobre et studieuse. Plus tard, Il ira  s’installer à Rijnburg, Voorbug puis à La Haye.
JR Dos Santos nous raconte sa vie, son amour malheureux pour la fille de Van Den Enden, ses rencontres avec de grands penseurs de son temps, ses amitiés, l’évolution de sa pensée et sa grande érudition.

Spinoza va, en effet, se consacrer à l’étude des religions et comme il connaît de nombreuses langues, l’hébreu, le latin, le portugais, le néerlandais, le grec, l’allemand, il peut lire et étudier les textes sacrés, la Torah, la Bible, sans avoir besoin d’intermédiaire. Il a la volonté de chercher la vérité, de développer la réflexion des fidèles et de les débarrasser de la superstition. Il désacralise la Bible, il montre qu’il y a eu plusieurs auteurs et s’aperçoit qu’elle a été modifiée au cours des siècles,  parfois par des copistes.

 Disciple de Descartes  reprenant la méthode cartésienne, il pense que la religion doit être fondée sur la raison.  « Seul l’homme guidé par la raison est libre. »
On a souvent dit que Spinoza était athée et  qu’il s’en défendait par prudence. Dans son traité Théologico-politique, il avoue qu’il veille à ne rien écrire qui soit « détestable aux lois » des Provinces-Unies. Il était très dangereux, à l’époque, de s’avouer athée.  Il semble surtout  qu’il ait sa propre définition de Dieu  : « Dieu, c’est à dire la nature »  (Ethique). Dieu se confond avec les lois physiques de l’univers. Le panthéisme (le mot n’est pas encore inventé)  de Spinoza dans lequel le divin et l’univers ne font qu’un, donne sa véritable place à l’humain. 

«  Si tout ce qui existe dans la nature est naturel, et si l’homme existe dans la nature, alors l’Homme est naturel. L’homme n’est pas un royaume dans le royaume. (…) Si Dieu est la nature, cela revient à dire que l’homme fait partie de la nature. »

  Dos Santos écrit : "Plus important encore le philosophe d’Amsterdam n’a pas seulement retiré Dieu du centre de l’univers, il a également retiré l’homme du centre de l’univers en déclarant qu’il n’est qu’une simple extension finie de la nature. L’homme est aussi naturel qu’une souris, un épi ou un grain de poussière."

 Spinoza remet en cause les miracles qui en violant les lois naturelles violeraient la nature même de Dieu. Les lois de la nature sont parfaites et rien ne peut être autre. Il affirme aussi que l’âme n’est pas séparée du corps. Elle n’a pas d’existence.  Ce qui existe, c’est l’esprit ! 
Il refuse l’anthropomorphisme : Dieu n’est pas un être à notre image, il n’a ni bouche, ni yeux, il ne parle pas, il n’a pas de volonté, de but, de sentiments, de désirs, de préférences. Il est inutile de le prier, il ne punit ni ne récompense.  Le comprendre, c’est comprendre la Nature. Comprendre la Nature c’est vivre dans l’harmonie.
Il développe aussi l’idée que la  liberté de pensée ne peut être garantie que si le gouvernement est indépendant des autorités religieuses

Voilà  des idées d’une audace extrême pour l’époque ( et je ne serais pas étonnée qu’il en soit de même maintenant !), des idées qui ont de quoi vous conduire en prison, à la torture et à la mort. 

  Elles l’ont mené, on l’a vu,  à une excommunication violente de la part des autorités religieuses juives. Pendant le gouvernement de Johan de Witt, grand-Pensionnaire de Hollande,  défenseur de la République du Pays-Bas, la liberté de pensée est relativement tolérée, le pouvoir laïque étant indépendant du religieux. S’il  se montrait prudent, Spinoza parvenait à  échapper au fanatisme des predikantens calvinistes, fanatisme qui ne valait pas mieux que celui des juifs ou des catholiques de l’Inquisition.  A partir de 1672, quand de Witt est sauvagement assassiné, il en sera autrement. Rien n’arrête plus les fanatiques sectaires de tout bord ! L’ami de Spinoza, Koerbagh qui avait publié un livre reprenant les idées de Spinoza fut torturé et mourut en prison.

Après la mort de Spinoza, se référer à lui comportait quelque danger. Plus tard, John Locke devint un grand diffuseur des idées de Spinoza, son disciple John Toland inventa le mot panthéisme, Kant, Schopenhauer, Hegel, Heine, tous les auteurs de l’idéalisme allemand se réfèrent à lui.… C’est chez Nietzchse que l’impact de Spinoza fut le plus fort. La méthode d’exégèse de la Bible suivi par Spinoza a été reprise par  Hermann Reimarus qui a  fait des découvertes sur Jésus qui n’ont pas été publiées de son vivant. En Angleterre, Coleridge, Bertrand Russell, en France, Diderot, Montesquieu, Rousseau, Bergson, Marx….

Un livre passionnant quant aux idées qu’il nous fait découvrir et la connaissance d’une époque.

 

Quelques citations : 

Les hommes se trompent quand ils se croient libres ; cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. (L'Ethique)

" Si vous voulez que la vie vous sourie, apportez-lui d'abord votre bonne humeur." L'Ethique Partie IV

"L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie".( L'Ethique partie IV) 

" Le remords est une seconde faute."

"Dans la mesure où une chose convient à notre nature, elle est nécessairement bonne."
 
On ne désire pas les choses parce qu'elles sont belles, mais c'est parce qu'on les désire qu'elles sont belles.



 

dimanche 2 août 2026

Bilan 5 : Les deux George de la Littérature

 


 

Ce mois de Juillet a été un peu réduit pour moi quant au challenge Les deux George de la littérature. J e n'ai pas lu (ou vu au théâtre) la moitié de ce que j'avais prévu  sur les deux George! 

 

 Mais Miriam a bien "travaillé" comme vous pouvez le constater ! 

 

Et merci à Nathalie de nous rejoindre avec Adam Bede.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 


 Nos prévisions pour le mois d'Août 

 


 

 

 Miriam :

 

 George Sand  Consuelo

 

Claudialucia : 

George Sand : Histoires de ma vie (août /septembre)

George Eliot Scènes de la vie du clergéLes tribulations du révérend Barton 

 

 

 

 

jeudi 30 juillet 2026

George Sand : L’Uscoque

  

George Sand écrit L’Uscoque à Nohant, dans l’hiver de 1837 à 1838 quand, explique-t-elle, il faisait très froid dans sa chambre, avec la bise qui soufflait dehors et le feu dans la cheminée qui produisaient des bruits étranges. Des images fantastiques de rochers battus par le vent naissaient devant  ses yeux. C’est de cette atmosphère inquiétante qu’est né L’Uscoque ! Et puis, son voyage à Venise avec Musset n'est pas si  loin ( 1833) et la ville exerce sur elle une grande attraction que l’on retrouve dans Consuelo et Leone Leoni.

Le récit est conté à Lelio et Beppa, à tour de rôle, par Asseim Zuzuf, le corcyriote ( de Corfou) et par l’abbé. Lélio, le masculin de Lélia, désigne-t-il George Sand ? 

 Il se déroule à Venise et dans les îles ioniennes à la fin du XVII ième siècle. L’histoire est placée sous le signe de Lord Byron et de son célèbre poème Le Corsaire. Mais précise George Sand, le corsaire de Byron ressemble aussi peu à un uscoque qu’un bandit « d’opéra moderne à un voleur de grands chemins » ou de  « chevalier d’industrie ».  George Sand insiste sur le fait que cette histoire est vraie, loin, donc, du romantisme à la Byron.

Il faut se poser la question : d’abord, qu’est-ce qu’un Uscoque ? 

"— Ignorant ! dit l’abbé. Le mot uscocco vient de scoco, lequel, en langue dalmate, signifie transfuge. L’origine et les diverses fortunes des Uscoques occupent une place importante dans l’histoire de Venise. Je vous y renvoie. Il vous suffira de savoir maintenant que les empereurs et les princes d’Autriche se servirent souvent de ces brigands pour défendre les villes maritimes contre les entreprises des Turcs. Pour se dispenser de payer cette terrible garnison, qui ne se fût pas contentée de peu, l’Autriche fermait les yeux sur leurs pirateries ; et les Uscoques faisaient main basse sur tout ce qu’ils rencontraient dans l’Adriatique, ruinaient le commerce de la république, et désolaient les provinces d’Istrie et de Dalmatie. (…) Vers 1615, un traité conclu avec l’Autriche les livra enfin sans appui à la vengeance des Vénitiens, et le littoral de l’Italie en fut purgé. "


A Venise, le duc Pier Orio Soranzo, jeune homme d’une grande beauté, mais de moralité douteuse,  cupide et insatiable, dilapide sa fortune au jeu et dans des nuits de débauche. Ruiné, il s’enrôle dans la flotte du général Francesco Morosini pour renflouer ses finances et attire l’attention par son audace et ses prouesses dans la guerre contre les Turcs.
Francesco Morosini a une nièce de dix-huit ans, Giovanna. La jeune fille, parmi ses nombreux prétendants, a distingué le jeune comte  Ezzelino, de la famille des princes de Padoue. Il l’aime d’un amour sincère. Mais Orio Soranzo, arrivé à Venise, entreprend la conquête de Giovanna qu’il sait dotée d’un grande fortune.  Grand séducteur, il y parvient aisément et Ezzelino, désespéré, assiste au mariage de la jeune fille avec son rival.
Après la noce, Soranzo continue  à faire des  "trouées" dans la dot de sa femme et se réengage dans la marine sous les ordres de Morosini pour combattre les pirates.  Mais guidé par l’appât du gain, il attaque le pacha de Patras, est fait prisonnier et condamné à mort. Il est délivré par l’esclave favorite du pacha.  Celle-ci, Naama, poignarde son maître et déguisée en garçon se réfugie avec Soranzo sur les îles Curzolari où Giovanna viendra l’y rejoindre plus tard pour son malheur. Soranzo qui ne peut supporter d’avoir perdu sa galère et sa fortune sombre, semble-t-il, dans la mélancolie et est incapable de tenir tête aux violentes attaques d’un pirate qui ravage les abords de l’île. Celui-ci ne peut être, étant donné sa brutalité, qu’un Uscoque (le fameux corsaire de Byron) puisqu’il est sans pitié, ne fait pas de prisonniers et tue jusqu’aux femmes et enfants. 

" Vous savez que ces infâmes pirates buvaient le sang de leurs victimes dans des crânes humains, afin de s’aguerrir contre toute pitié. Quand ils recevaient un transfuge et l’enrôlaient à leur bord, ils le soumettaient à cette atroce cérémonie, afin d’éprouver s’il lui restait quelque instinct d’humanité ; et, s’il hésitait devant cette abomination, on le jetait à la mer. "

 Le comte Ezzolino est alors envoyé par Morosini pour combattre l’Uscoque et lors d’une rude bataille il l’aperçoit !  On imagine la confrontation des deux personnages mais je ne vous en dis pas plus.

L'Uscoque : illustration de Maurice Sand


Le personnage du bandit est très répandu dans la littérature romantique. On l’a vu avec Conrad, le corsaire de Byron, que George Sand cite pour mieux s’en éloigner. Je pense aussi à  Hernani de Victor Hugo dont je viens de voir une très belle interprétation au festival d’Avignon.  Hernani est proscrit pour raison politique, il représente, pour Hugo, la nécessaire révolte d’un homme contre un pouvoir injuste et arbitraire. Mais ici, dans le roman de George Sand, le pirate est un faux Uscoque, il  n’est pas épris de liberté comme le héros romantique, il n’est pas lié à un idéal, il est mû par la cupidité et la violence. Si au début, bien qu'immoral et débauché, Pier Orio Soranzo pouvait paraître romantique par sa remarquable beauté, la noblesse apparente de ses manières, son esprit et son charme, il se transforme peu à peu en un monstre sanguinaire. George Sand se démarque donc de ses prédécesseurs prestigieux, en créant un personnage tout à fait personnel et un récit original que j'ai eu plaisir à lire.