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lundi 24 août 2026

Ulrika Lagerlöf : La saison des mûres


Ulrika Lagerlöf vit à Uppsala et travaille depuis une dizaine d’années dans la communication pour le secteur forestier. Elle s’est inspirée de l’histoire de sa propre famille en particulier de sa grand-mère pour écrire La saison des mûres. 
C’est donc sans surprise qu’elle nous transporte dans l’univers des bûcherons des grandes forêts du Nordland en Suède en 1938 puis en 2022 au coeur des coupes régies par de grandes entreprises qui, si elles obéissent à des lois, sont toujours prêtes à les contourner.

Siv a dix-sept ans quand elle voit son rêve de devenir institutrice remis en cause car son père, bûcheron, vient d’avoir un grave accident lors de l’abattage d’un arbre et ne peut plus continuer son travail. Il la place donc comme cuisinière dans une petite maison forestière qui abrite une dizaine de bûcherons. Ce n’est pas sans amertume que la  jeune fille abandonne ses études et va vivre dans des conditions rudimentaires au milieu de ces hommes. Mais contrairement à son attente, cette vie va lui plaire, car elle y développe des compétences, apprend à être indépendante, et règne en maîtresse de maison sur les dix hommes qui lui obéissent et la respectent. Pourtant quand elle rencontre Nila, un same qui garde ses rennes sur le terrain adjacent à celui de la coupe, Siv se sent troublée, envahie par une émotion qu’elle n’avait jamais ressentie. Elle va apprendre aussi en fréquentant Nila que tout n’est pas rose entre les Sames et les Suédois colonisateurs (les grands-parents de Siv) qui se sont vus attribuer, arbitrairement, les terres des Sames. Le mode de vie des Sames, est entièrement différent de celle des colons. Eleveurs nomades, en accord avec la nature, ils  ont été  dépossédés de leurs biens, leurs terrains d’élevage n’ayant cessé depuis de se réduire.

En 2022, Eva, divorcée, mère d’un adolescent rebelle, employée d’une entreprise forestière, revient au village de son enfance où elle a passé toutes ses vacances chez ses grands-parents maintenant décédés. Experte en communication, elle doit désamorcer la bataille engagée par de jeunes écologistes qui se sont enchaînés aux arbres pour éviter la coupe. Parmi ces jeunes gens, la meneuse est Fanny, la fille de Mattias, le premier amour d'Eva. Peu à peu, Eva va s’intéresser au passé de sa grand-mère Siv et les deux histoires entre passé et  présent vont entrer en résonance.


J’ai lu les romans d’Olivier Truc  Le dernier lapon, Le détroit du loup, qui expliquent les violences qu’ont eu à subir les Sames appelés péjorativement lapons (porteurs de guenilles) par les norvégiens ou suédois, christianisés par la force, dépossédés de leur terre, plus ou moins sédentarisés contre leur gré, au cours des siècles, par les colonisateurs,  et les problèmes que leur mode de vie continuent à poser  de nos jours. J’ai trouvé que La Saison des mûres édulcorait le problème. Le grand-père de Siv n’aime pas les Sames. Il a beaucoup souffert d’un travail épuisant, de la faim, du froid quand il s’est installé dans la région et il estime qu’il a gagné le droit de s’installer sur cette terre et qu’elle lui appartient. Nila essaie de fait évoluer la situation pour le peuple same. Il  part à Stockholm pour organiser la lutte de son peuple. Ulrika Lagerloff essaie de ménager l’un et l’autre. 

Mais  ce n’est pas le thème central du roman. L’écrivaine intéresse son lecteur à ses deux héroïnes Siv et Eva, aux difficultés de leur vie, à leur histoire d’amour, aux non-dits familiaux qui finissent par se révéler au-delà des années. Le roman est agréable à lire et je l’ai lu avec plaisir. 

samedi 22 août 2026

Histoire de ma vie ( 2) : Les deux "mères" de George Sand / Catholicisme/ socialisme et Féminisme

Aurore Dupin George Sand par Delacroix
 

 

 La grand-mère Marie-Aurore de Saxe épouse Dupin de Franceuil et la mère de George Sand, Sophie-Victoire Delaborde, représentent deux univers irréconciliables. La révolution qui a pourtant tout chamboulé n'a pas pu contribuer à changer les mentalités. La grand-mère continue à représenter l'ancien monde - ou ce qu'il en reste-  au début du XIX siècle et s'accroche à  ses idées de grandeur et de noblesse. Sophie représente le peuple et malgré son mariage dans la classe sociale supérieure ne parvient pas à se faire accepter.

La  mésentente et l’on peut même dire la guerre que se livrent la grand-mère de George Sand et sa mère autour de la petite fille, les deux "mères" rivalisant chacune pour avoir son amour, chacune décriant l’autre, ont énormément marqué l’enfant et façonné ses idées futures, sa sympathie pour le peuple et pour les femmes de milieu social inférieur, son empathie pour les difficultés des gens simples.

 

La séparation d'avec sa mère et sa soeur Caroline

Antoine-Claude Delaborde grand-père de George/ Maître oiseleur


    On a vu que Marie-Aurore de Saxe Dupin de Francueil avait tout fait pour empêcher le mariage de son fils Maurice avec Sophie-Victoire Delaborde, fille d’un oiseleur parisien. Lorsque Maurice se marie en cachette, elle met tout en oeuvre pour faire annuler le mariage qu’elle considère comme une mésalliance mais en vain. Elle ne se résigne qu’à la naissance de sa petite-fille qui porte son prénom, Aurore. A partir de ce moment, elle accepte sa belle-fille à Nohant mais celle-ci ne se sentira jamais à son aise, toujours traitée en inférieure, peu appréciée, mal aimée.

     Lorsque Maurice, le père de la petite Aurore, meurt d’une chute de cheval à l’âge de 30 ans, la grand-mère passe un marché avec Sophie. C’est elle qui se chargera de l’éducation et de l’entretien d’Aurore à qui elle lèguera toute sa fortune et Nohant, et elle donnera à Sophie une rente modique pour pouvoir subsister à condition d’avoir la garde exclusive de la fillette. Evidemment, Sophie n’a pas trop le choix, pour sa fille comme pour elle, elle accepte la proposition de la grand-mère. Les choses se compliquent quand la grand-mère refuse de recevoir chez elle Caroline, la fille illégitime de Sophie qui  doit se partager entre ses deux filles. Sophie séjourne à Nohant et est obligée de laisser Caroline en pension puis elle la reprend quand elle retourne à Paris. Quand Aurore vient à Paris avec sa grand-mère, celle-ci laisse Aurore visiter sa mère et Caroline mais elle ne la recevra jamais chez elle. 

 " Caroline ne m’avait point vue depuis mon départ pour l’Espagne, et il paraît que ma grand’mère avait fait une condition essentielle à ma mère, de briser à jamais tout rapport entre ma sœur et moi. Pourquoi cette aversion pour un enfant plein de candeur, élevé rigidement, et qui a été toute la vie un modèle d’austérité ? Je l’ignore, et ne peux m’en rendre compte même aujourd’hui. Du moment que la mère était admise et acceptée, pourquoi la fille était-elle honnie et repoussée ?
Il y avait là un préjugé, une injustice inexplicables de la part d’une personne qui savait pourtant s’élever au-dessus des préjugés de son monde, quand elle échappait à des influences indignes de son esprit et de son cœur. Caroline était née longtemps avant que mon père eût connu ma mère, mon père l’avait traitée et aimée comme sa fille. Elle avait été la compagne raisonnable et complaisante de mes premiers jeux. C’était une jolie et douce enfant, et qui n’a jamais eu qu’un défaut pour moi, celui d’être trop absolue dans ses idées d’ordre et de dévotion. Je ne vois pas ce qu’on pouvait craindre pour moi de son contact, et ce qui eût pu me faire rougir jamais devant le monde de la reconnaître pour ma sœur, à moins que ce ne fût une souillure de n’être point noble de naissance, de sortir probablement de la classe du peuple, car je n’ai jamais su quel rang le père de Caroline occupait dans la société, et il est à présumer qu’il était de la même condition honnête et obscure que ma mère. Mais n’étais-je pas, moi aussi, la fille de Sophie Delaborde, la petite fille du marchand d’oiseaux, l’arrière-petite-fille de la mère Cloquard ? Comment pouvait-on se flatter de me faire oublier que je sortais du peuple, et de me persuader que l’enfant porté dans le même sein que moi, était d’une nature inférieure à la mienne, par ce seul fait qu’il n’avait point l’honneur de compter le roi de Pologne et le maréchal de Saxe parmi ses ancêtres paternels ? Quelle folie, ou plutôt quel inconcevable enfantillage ! 

( J'ai lu dans des recherches généalogiques sur le Net que Angélique Caroline née le 10 mars 1799,  la demi-soeur d'Aurore, avait pour père Claude Antoine Collin. Pendant les campagnes d'Italie, Victoire Sophie Delaborde partage alors la vie de l'adjudant-général Claude-Antoine Collin, âgé de cinquante ans, intendant affecté aux subsistances. Elle suit Maurice à son retour en France.) 
 

  Les crises de désespoir d’Aurore, séparée de sa mère, sont terribles quand Sophie quitte Nohant pour s’installer à Paris. La fillette ne peut pardonner à sa grand-mère de la séparer de sa mère et lui rend mal son affection, provoquant la jalousie de cette femme qui a d’abord été jalouse de l’amour de son fils pour Sophie et maintenant de l’amour d’Aurore pour sa mère. Madame Dupin souffre de la froideur de sa petite-fille, la juge ingrate.
 

« Mon pauvre cœur d’enfant commençait à être ballotté par leur rivalité. Objet d’une jalousie et d’une lutte perpétuelles, il était impossible que je ne fusse pas la proie de quelque prévention, comme j’étais la victime des douleurs que je causais. 

  Les rapports de rivalité ente les deux femmes sont encore attisés par les deux bonnes, Julie la domestique de la grand-mère qui déteste Sophie et Rose qui, au contraire, l’aime et qui prend le parti de sa maîtresse, toutes deux attisant la mésentente. Par leurs bavardages auprès de l’enfant, elles amplifieront ses souffrances.
  Si la jalousie joue un grand rôle dans ces rapports familiaux désastreux, le mépris de caste dû l’origine sociale de sa belle-fille malgré les grandes idées philosophiques de la grand-mère a son importance !   Madame Dupin ne veut pas que sa fille soit élevée comme une fille du peuple.  Elle entend lui donner une éducation conforme à sa noblesse. Le précepteur Deschartes donne des leçons à Aurore et à son frère Hippolyte mais ce qui importe à la grand-mère plus que l’instruction c’est la « bonne tenue », la grâce, les manières, la toilette! 
          « A chaque élan de mon organisation on opposait une petite répression bien douce, mais assidue. On ne me grondait pas, mais on me disait vous, et c’était tout dire :   "Ma fille, vous vous tenez comme une bossue ; ma fille, vous marchez comme une paysanne ; ma fille, vous avez encore perdu vos gants ! ma fille, vous êtes trop grande pour faire de pareilles choses."   Trop grande ! j’avais sept ans, et on ne m’avait jamais dit que j’étais trop grande. Cela me faisait une peur affreuse d’être devenue tout-à-coup si grande depuis le départ de ma mère. Et puis, il fallait apprendre toute sorte d’usages qui me paraissaient ridicules. Il fallait faire la révérence aux personnes qui venaient en visite. Il ne fallait plus mettre le pied à la cuisine et ne plus tutoyer les domestiques, afin qu’ils perdissent l’habitude de me tutoyer. Il ne fallait pas même lui dire vous. Il fallait lui parler à la troisième personne : "Ma bonne maman veut-elle me permettre d’aller au jardin "? »
    

      Quand elle retrouve sa mère pour quelques jours à Paris : 

    " Quelle joie ce fut pour moi que de nous retrouver dans ce qui me semblait ma seule, ma véritable famille ! Que ma mère me semblait bonne, ma sœur aimable, mon ami Pierret drôle et complaisant ! Et ce petit appartement si pauvre et si laid en comparaison des salons ouatés de ma grand’mère (c’est ainsi que je les appelais par dérision), devint pour moi en un instant la terre promise de mes rêves."
        

        La souffrance de l’enfant culmine dans une scène que je trouve particulièrement cruelle où la grand-mère va encore plus loin dans la bassesse : 
    
   " Jusque-là personne au monde, ma grand’mère moins que personne, ne m’avait dit de ma mère un mal sérieux. Il était bien facile de voir que Deschartres la haïssait, que Julie la dénigrait pour faire sa cour, que ma grand’mère avait de grands accès d’amertume et de froideur contre elle. Mais ce n’était que des railleries sèches, des demi-mots d’un blâme non motivé, des airs de dédain ; et, dans ma partialité naïve, j’attribuais au manque de fortune et de naissance le profond regret que le mariage de mon père avait laissé dans sa famille. Ma bonne maman semblait s’être fait un devoir de respecter en moi le respect que j’avais pour ma mère."
  

 Un jour, pourtant, l’enfant se rebelle et, par l’intermédiaire de Julie, toujours prête à la délation, elle fait savoir à sa grand-mère qu’elle préfère vivre pauvrement avec sa mère plutôt qu’avec elle et que la richesse lui importe peu. La grand-mère se venge en lui disant ce qu’elle  pense réellement de sa mère en attaquant son passé et sa moralité :  « Ma mère était une femme perdue, et moi un enfant aveugle qui voulait s’élancer dans un abîme »
 Loin de l’éloigner de sa mère, les paroles de sa grand-mère la rapproche et lui inspire une défense passionnée.

« Tout ce que ma grand’mère me raconta était vrai par le fait et appuyé sur des circonstances dont le détail ne permettait pas le moindre doute. Mais on eût pu me dévoiler cette histoire sans m’ôter le respect et l’amour pour ma mère, et l’histoire racontée ainsi eût été beaucoup plus vraisemblable et beaucoup plus vraie. Il n’y avait qu’à tout dire, les causes de ses malheurs, l’isolement et la misère dès l’âge de quatorze ans, la corruption des riches qui sont là pour guetter la faim et flétrir l’innocence, l’impitoyable rigorisme de l’opinion qui ne permet point le retour et n’accepte point l’expiation. Il fallait me dire aussi comment ma mère avait racheté le passé, comment elle avait aimé fidèlement mon père, comment, depuis sa mort, elle avait vécu humble, triste et retirée. »

 On comprend mieux pourquoi dans ses romans George Sand prend toujours la défense de la femme critiquée pour sa conduite (La mère de La Petite Fadette, vivandière aux armées), pour la mère célibataire ( Brulette soupçonnée d’avoir eu un enfant dans Les Maîtres-sonneurs). C’est en constatant l’injustice sociale, la dureté des grands, leur préjugés, leur incapacité à pardonner « car il y a dans la vie des pauvres, des entraînements, des malheurs et des fatalités que les riches ne comprennent jamais et qu’ils jugent comme les aveugles des couleurs. » qu’elle est devenue socialiste et féministe. Plus tard George Sand appuiera ses idées socialistes sur la lecture des philosophes Rousseau, Voltaire, Montesquieu. Elle lira Pierre Leroux, Proudhon, Louis Blanc, Charles Fourier, Saint Simon, Lamennais. Ses idées socialistes apparaîtront dans ses livres : Le compagnon du tour de France, Le meunier d'Angibaut, La ville noire...

C’est à la suite de cette scène horrible que la grand-mère décide de mettre sa petite-fille au couvent, interdisant les sorties et les visites, l’éloignant ainsi définitivement de sa mère et de sa soeur pendant des années.


Les années de couvent

 

Le couvent des Anglaises

 

 Le couvent des Anglaises à Paris reçoit les jeunes filles de la noblesse anglaises ou françaises. George Sand y apprendra l'anglais. Sa grand-mère ayant interdit les visites de sa mère, elle refuse de recevoir tout autre visite. Elle y entre en 1818 à l'âge de treize ans et en sortira en 1820.

Contrairement à ce que l'on peut croire Aurore va se plaire au couvent et même y être heureuse car elle cesse d'être au centre de la dispute de ses "deux mères" et d'être tiraillée entre les deux et culpabilisée.

Aurore nous parle des religieuses du couvent qu'elle aime, en particulier de Soeur Alicia qui devient sa petite mère. Elle a de nombreuses amies. Les élèves, nous explique-t-elle appartiennent à trois groupes, celui des Sages, celui des Bêtes et puis des Diables. Pendant longtemps Aurore et ses meilleures amies appartiendront aux diables multipliant les sottises, les espiègleries, cultivant le mystère de ce couvent extrêmement étendu, parcourant le soir avec ses amies les couloirs labyrinthiques, cherchant, dans les souterrains, l'hypothétique "victime", prisonnière imaginaire qu'il fallait absolument délivrer. 

Mais elle est ensuite atteinte par la foi et comme elle ne peut rien faire à demi étant donné son caractère entier et exalté, elle tombe dans une crise de mysticisme, mortifications, scrupules religieux, qui altèrent sa santé. Tout ce qu'il y a de négatif dans le catholicisme !  Elle veut même se faire religieuse. 

Heureusement l'abbé de Prémord, un confesseur bienveillant et tolérant, lui ordonne pour "pénitence" de s'amuser, de jouer aux barres, de sauter à la marelle, de cesser de se tourmenter et de se mortifier au pied du crucifix ! Grâce à cet homme généreux, à l'esprit ouvert, ses tourments s'apaisent. Elle obéit et elle retrouve le goût de vivre, fait du théâtre avec ses amies, et en tant que metteur en scène présente, de mémoire, des extraits de pièces de Molière lues à Nohant ( il est interdit au couvent) qui ravissent les religieuses. La gaieté résonne dans le couvent. Elle a des amies très chères et est heureuse. 

C'est à ce moment-là que sa grand-mère, déiste, proche des philosophes des Lumières et surtout de Voltaire, inquiète de son mysticisme, la retire du couvent à sa grande tristesse. Aurore va vivre à Nohant où elle se rapproche de sa grand-mère et la soigne avec dévotion jusqu'à sa mort. Son précepteur Dechartres lui enseigne l'ostéologie et lui trouve des professeurs, charmants jeunes gens qui feront jaser à la Châtre, dont Stéphane Ajasson de Grandsagne, avec qui elle apprend la médecine, la philosophie . 

Son frère Hippolyte l'initie à l'équitation et la voilà bientôt parcourant la région au galop de sa chère jument Colette, sautant les haies, apprenant à tirer, chassant, habillée en garçon avec l'accord de son précepteur. Inutile de dire que les ragots courent sur son compte, qu'elle en a horreur et qu'elle en fait fi. Elle a pourtant des hauts et des bas dans son humeur et parfois des moments de détresse graves et des idées suicidaires qui reviendront souvent à différents moments de sa vie..

Elle conserve sa foi en Dieu intacte mais s'éloigne de plus en plus de l'église catholique et des curés -  la confession surtout lui répugne- ne conservant du dogme religieux que le strict minimum pour ne pas choquer son entourage.

A la mort de sa grand-mère, sa mère retrouve ses droits maternels mais les deux femmes ne s'entendent pas. Sophie reproche à sa fille son éducation, est jalouse de l'amour qu'Aurore a manifesté à sa grand-mère jusqu'à sa mort, de son amitié pour Deschartes, de son style de vie. Finalement, on peut dire que la grand-mère a gagné, elle a éloigné définitivement Aurore de sa mère et de sa soeur Caroline. Aurore va donc accepter de se marier avec François Casimir Dudevant qu'elle a rencontré chez des amis communs. Nous sommes en 1822. Aurore a dix-huit ans.

 


 



 Voir Histoires de ma vie (1) George Sand

Histoire de ma vie (2) : George Sand

jeudi 20 août 2026

Eva Martin : Miska

 

 

Le capitaine Dacien et sa bande de joyeux soldats et fidèle amis vivent, en temps de paix à Assala, capitale de la Caldécie, dans le comté de Norsom, et se reposent des fatigues de la guerre en menant vie joyeuse et buvant force bières !  Pas très chevalier sur son blanc coursier, notre héros ! Et même plutôt un peu primaire pour ne pas dire primitif ! mais sympa malgré tout !  En tout cas, on est le plus souvent de son côté !  Et ses hommes l'aiment et lui sont (à part un), fidèles.
Mais voilà que court une rumeur : au large de la ville croisent des curieux navires à la coque effilée qui ne semblent pas toucher l’eau et viennent d'une lointaine et mystérieuse contrée. (Regardez comme ils sont beaux ces voiliers sur la première de couverture !) Mais comment serait-ce possible puisque le pays est défendu par un gigantesque Maelstrom qu’il est dangereux de franchir ?

Dacien est envoyé avec sa bande pour rendre compte de ce qui se passe réellement. Il est escorté par la puissante flotte caldécienne à la rencontre de ces navires étrangers, voiliers blancs qui semblent conçus dans des matériaux inconnus et qui volent au-dessus de l’eau. Les envahisseurs qui parlent une langue incompréhensible déchaînent le feu d’armes infiniment supérieures aux leurs et coulent les navires calcédiens. De plus, ils sont servis par une magie d’une force jamais vue chez les caldéciens qui pourtant, ont eux aussi des mages. Le capitaine et son équipe échappent à leurs ennemis mais ceux-ci vont livrer bataille et se rendre maîtres d’Assala en un tour de main. Il est impossible de lutter contre eux  étant donné leur technologie avancée et la puissance de leurs mages. Les autres comtés de la Caldécie se soumettent sans livrer bataille.

 Désormais la dictature la plus cruelle règne sur Assala. Peu à peu, Dacien organise la lutte contre les kinoshs. C’est ainsi que se nomment les colonisateurs. Tous ceux qui veulent le rejoindre se regroupent dans la clandestinité sous le nom de « Miska », une injure dont sont prodigues les soldats ennemis et qui signifie « dégage ! » dans leur langue. Deux mondes s’affrontent et c’est violent, très violent. Et si pourtant la solution n’était pas dans la lutte et la haine mais dans une alliance qui respecte les deux civilisations et permet les échanges et la paix ? Il faudra beaucoup d’hommes de bonne volonté pour apprendre à se comprendre et beaucoup de pacifistes pour y parvenir. Et les femmes dans cette histoire ? Elles luttent, avec la « Petite », pour conquérir l’égalité, la liberté et l’indépendance !

Miska est un roman qui nous plonge dans la magie et l’étrangeté mais dans lequel, bien sûr, nous reconnaissons un Monde qui nous est familier, des thèmes souvent, hélas, bien actuels. La lecture est agréable, plaisante et tient en haleine. Un bon roman fantasy. J’ai aimé !  

 Et comme il est question de navires, de bataille navale, d'un voyage en mer, d'une tempête, de l'attraction terrifiante du Maelstrom, ce livre conviendra pour le challenge Booktrip en mer ! 

 

 


vendredi 14 août 2026

Christopher John Samson : Dissolution

 



Dans le roman Dissolution de C.J. Samson, nous sommes au XVI siècle au moment où Henri  VIII se sépare de l’église catholique romaine et crée l’église d’Angleterre pour pouvoir divorcer de Catherine d’Aragon.
Thomas Cromwell, son vicaire général, entreprend une grande croisade pour démanteler les anciens monastères catholiques afin de récupérer leurs terres et leur fortune ! 
1537 : Il envoie l’un de ses commissaires, Robin Singleton, au monastère de Scarnsea sur la côte sud de l’Angleterre afin de persuader (ou de contraindre ?) l’abbé  de renoncer volontairement à ses biens. Singleton est sauvagement assassiné à l’intérieur du monastère. Cromwell désigne alors un avocat londonien Matthew Shardlake pour aller enquêter,  découvrir l’assassin et régler la dissolution du monastère.

Matthew Sahrdlake part accompagné d’un jeune homme, fils d’un ami de son père, qu’il protège et qu’il a placé à la cour pour faire une brillante carrière. Ils découvrent dans le monastère le cadavre décapité de Singleton et bien d’autres horribles forfaits.
Ce roman policier qui est aussi un roman historique nous plonge dans la vie d’un monastère et dresse une galerie de portraits de moines pas toujours à leur avantage, souvent haut en couleurs ou assez inquiétants. Il y a cependant des personnages droits et dévoués, semble-t-il, comme le moine infirmier et son aide, une jeune fille sans fortune qui a trouvé là un travail. Mais à qui se fier dans ce lieu clos qui  semble nourrir et exalter tout ce qu’il y a de pire dans l’homme ? La dissolution qui les menace met une sorte d’urgence dans la vie monacale et tous se sentent menacés. Tous pourraient donc être coupables.

Le personnage de Matthew Shardlake est un enquêteur plein de doutes et de fragilité. Bossu, il souffre physiquement et moralement de son infirmité, ce qui le rend parfois injuste et jaloux. Son honnêteté, ses scrupules le tourmentent. S’il a d’abord était en accord avec Cromwell dans sa critique du catholicisme et son rejet des reliques et des miracles, s’il juge la vie des moines peu en accord avec leurs voeux monastiques, il n’est pas sans s’apercevoir que la dissolution profite aux intérêts non seulement de la Couronne mais aussi des Grands qui la servent et en particulier de Cromwell lui-même ! 
J’ai suivi l’intrigue policière parfois un peu complexe avec assez d’intérêt mais ce qui m’a plu, surtout, c’est la partie historique du roman très solide et documentée.  Le monastère de Scarnsea est un lieu fictif mais il y a eu plus de 800 monastères, prieurés, couvents rasés par Cromwell de 1536 à 1540. Les moines et le personnel des lieux religieux se retrouvaient du jour au lendemain à la rue et pour certains sans moyen de gagner leur vie. C’est ce que nous décrit ce roman.


Une lecture intéressante, premier tome d’une série qui compte sept romans. 

mercredi 5 août 2026

JR Dos Santos : Spinoza ou l’homme qui a tué dieu


Le jeune Bento de Espinaso ( 1632-1677)  ( Baruch Spinoza en néerlandais) vit à Amsterdam dans la communauté de juifs portugais ou ses parents se sont réfugiés avec leurs enfants pour fuir l’inquisition espagnole au Portugal. Son père est marchand.  Un jour, il a huit ans, il assiste à une scène qui le marque durablement et va être à l’origine des questions que son esprit curieux et son intelligence précoce l’incitent à se poser. C’est ce que nous raconte Jr Dos Santos dans son livre Spinoza l’homme qui a tué Dieu.

Un homme, Uriel da Costa, philosophe portugais, considéré comme blasphémateur, a été mis au ban de la communauté juive il y a quelques années. Un cherem (excommunication) a été prononcé contre lui et plus personne n’a le droit de lui adresser la parole, ni de l’employer.  Ne pouvant plus supporter l’isolement et la pauvreté  seule sa mère le voit en cachette), il demande pardon en public à la synagogue. Pour que le cherem soit retiré, il doit désavouer son livre, subir 39 coups de fouet, puis il lui faut se coucher sur le seuil de l’édifice et chaque fidèle lui marche dessus. Quelque temps après cette cérémonie qui a beaucoup fait réfléchir l’enfant, Uriel da Costa, qui n’a pu supporter l’humiliation, revient sur ses déclarations et se suicide.

L’enfant se renseigne et apprend que Uriel a distingué la loi absolue de Dieu, la seule vraie, de la loi orale du Talmud qui est, dit-il, une invention des prêtres. Il remet donc en question les coutumes fondamentales du culte, circoncision, phylactères, Talit, et il soumet la religion au crible de la raison. Da Costa pense que l’âme n’est pas créée séparément par Dieu et placé dans le corps mais qu’elle est une sécrétion du corps et donc elle ne survit pas à la mort.


La loi orale est-elle une invention des hommes ?  L’âme n’est-elle pas immortelle? Depuis l’horrible sort dévolu à Uriel da Costa, le doute s’est implanté chez Baruch Spinoza et d’autant plus que, malgré ses prières et sa foi ardente, sa mère qui était si bonne est morte de la toux. (Tuberculose dont mourra aussi son frère aîné et  lui-même en 1677) 

Il n’a que 10 ans en 1640 quand il soupçonne que Moïse n’a pas écrit lui-même la Torah comme il est affirmé !  En effet, au Deutéronome chapitre 31, verset 9, il constate que Moïse au lieu de dire « je »,  emploie la troisième personne : « Moïse écrivit cette Loi et la donna aux prêtres ». Or,  remarque l'enfant, Moïse ne pourrait parler de lui-même à la troisième personne ! Ce n'est donc pas lui qui a écrit ces mots !

 


 

Les années passent. Baruch aide son père pour le commerce tout en continuant à lire et s’instruire et à étudier la théologie. Quand son père et son frère meurent, il  se sent libre de dévoiler ses idées, ce qui lui vaut un cherem prononcé contre lui en1656 . Excommunié, il quitte alors la communauté juive avec laquelle il ne se sent plus d’attache. Il s’installe à l’école du professeur Franciscus van den Enden, un savant néerlandais, philosophe, qui deviendra son ami ainsi que toute la famille de celui-ci. Il y apprend le latin, donne aussi des cours pour payer son hébergement et fabrique des lentilles pour télescopes pour gagner sa vie. Il dépense peu, mène une vie sobre et studieuse. Plus tard, Il ira  s’installer à Rijnburg, Voorbug puis à La Haye.
JR Dos Santos nous raconte sa vie, son amour malheureux pour la fille de Van Den Enden, ses rencontres avec de grands penseurs de son temps, ses amitiés, l’évolution de sa pensée et sa grande érudition.

Spinoza va, en effet, se consacrer à l’étude des religions et comme il connaît de nombreuses langues, l’hébreu, le latin, le portugais, le néerlandais, le grec, l’allemand, il peut lire et étudier les textes sacrés, la Torah, la Bible, sans avoir besoin d’intermédiaire. Il a la volonté de chercher la vérité, de développer la réflexion des fidèles et de les débarrasser de la superstition. Il désacralise la Bible, il montre qu’il y a eu plusieurs auteurs et s’aperçoit qu’elle a été modifiée au cours des siècles,  parfois par des copistes.

 Disciple de Descartes  reprenant la méthode cartésienne, il pense que la religion doit être fondée sur la raison.  « Seul l’homme guidé par la raison est libre. »
On a souvent dit que Spinoza était athée et  qu’il s’en défendait par prudence. Dans son traité Théologico-politique, il avoue qu’il veille à ne rien écrire qui soit « détestable aux lois » des Provinces-Unies. Il était très dangereux, à l’époque, de s’avouer athée.  Il semble surtout  qu’il ait sa propre définition de Dieu  : « Dieu, c’est à dire la nature »  (Ethique). Dieu se confond avec les lois physiques de l’univers. Le panthéisme (le mot n’est pas encore inventé)  de Spinoza dans lequel le divin et l’univers ne font qu’un, donne sa véritable place à l’humain. 

«  Si tout ce qui existe dans la nature est naturel, et si l’homme existe dans la nature, alors l’Homme est naturel. L’homme n’est pas un royaume dans le royaume. (…) Si Dieu est la nature, cela revient à dire que l’homme fait partie de la nature. »

  Dos Santos écrit : "Plus important encore le philosophe d’Amsterdam n’a pas seulement retiré Dieu du centre de l’univers, il a également retiré l’homme du centre de l’univers en déclarant qu’il n’est qu’une simple extension finie de la nature. L’homme est aussi naturel qu’une souris, un épi ou un grain de poussière."

 Spinoza remet en cause les miracles qui en violant les lois naturelles violeraient la nature même de Dieu. Les lois de la nature sont parfaites et rien ne peut être autre. Il affirme aussi que l’âme n’est pas séparée du corps. Elle n’a pas d’existence.  Ce qui existe, c’est l’esprit ! 
Il refuse l’anthropomorphisme : Dieu n’est pas un être à notre image, il n’a ni bouche, ni yeux, il ne parle pas, il n’a pas de volonté, de but, de sentiments, de désirs, de préférences. Il est inutile de le prier, il ne punit ni ne récompense.  Le comprendre, c’est comprendre la Nature. Comprendre la Nature c’est vivre dans l’harmonie.
Il développe aussi l’idée que la  liberté de pensée ne peut être garantie que si le gouvernement est indépendant des autorités religieuses

Voilà  des idées d’une audace extrême pour l’époque ( et je ne serais pas étonnée qu’il en soit de même maintenant !), des idées qui ont de quoi vous conduire en prison, à la torture et à la mort. 

  Elles l’ont mené, on l’a vu,  à une excommunication violente de la part des autorités religieuses juives. Pendant le gouvernement de Johan de Witt, grand-Pensionnaire de Hollande,  défenseur de la République du Pays-Bas, la liberté de pensée est relativement tolérée, le pouvoir laïque étant indépendant du religieux. S’il  se montrait prudent, Spinoza parvenait à  échapper au fanatisme des predikantens calvinistes, fanatisme qui ne valait pas mieux que celui des juifs ou des catholiques de l’Inquisition.  A partir de 1672, quand de Witt est sauvagement assassiné, il en sera autrement. Rien n’arrête plus les fanatiques sectaires de tout bord ! L’ami de Spinoza, Koerbagh qui avait publié un livre reprenant les idées de Spinoza fut torturé et mourut en prison.

Après la mort de Spinoza, se référer à lui comportait quelque danger. Plus tard, John Locke devint un grand diffuseur des idées de Spinoza, son disciple John Toland inventa le mot panthéisme, Kant, Schopenhauer, Hegel, Heine, tous les auteurs de l’idéalisme allemand se réfèrent à lui.… C’est chez Nietzchse que l’impact de Spinoza fut le plus fort. La méthode d’exégèse de la Bible suivi par Spinoza a été reprise par  Hermann Reimarus qui a  fait des découvertes sur Jésus qui n’ont pas été publiées de son vivant. En Angleterre, Coleridge, Bertrand Russell, en France, Diderot, Montesquieu, Rousseau, Bergson, Marx….

Un livre passionnant quant aux idées qu’il nous fait découvrir et la connaissance d’une époque.

 

Quelques citations : 

Les hommes se trompent quand ils se croient libres ; cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. (L'Ethique)

" Si vous voulez que la vie vous sourie, apportez-lui d'abord votre bonne humeur." L'Ethique Partie IV

"L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie".( L'Ethique partie IV) 

" Le remords est une seconde faute."

"Dans la mesure où une chose convient à notre nature, elle est nécessairement bonne."
 
On ne désire pas les choses parce qu'elles sont belles, mais c'est parce qu'on les désire qu'elles sont belles.



 

dimanche 2 août 2026

Bilan 5 : Les deux George de la Littérature

 


 

Ce mois de Juillet a été un peu réduit pour moi quant au challenge Les deux George de la littérature. J e n'ai pas lu (ou vu au théâtre) la moitié de ce que j'avais prévu  sur les deux George! 

 

 Mais Miriam a bien "travaillé" comme vous pouvez le constater ! 

 

Et merci à Nathalie de nous rejoindre avec Adam Bede.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 


 Nos prévisions pour le mois d'Août 

 


 

 

 Miriam :

 

 George Sand  Consuelo

 

Claudialucia : 

George Sand : Histoires de ma vie (août /septembre)

George Eliot Scènes de la vie du clergéLes tribulations du révérend Barton 

 

 

 

 

jeudi 30 juillet 2026

George Sand : L’Uscoque

  

George Sand écrit L’Uscoque à Nohant, dans l’hiver de 1837 à 1838 quand, explique-t-elle, il faisait très froid dans sa chambre, avec la bise qui soufflait dehors et le feu dans la cheminée qui produisaient des bruits étranges. Des images fantastiques de rochers battus par le vent naissaient devant  ses yeux. C’est de cette atmosphère inquiétante qu’est né L’Uscoque ! Et puis, son voyage à Venise avec Musset n'est pas si  loin ( 1833) et la ville exerce sur elle une grande attraction que l’on retrouve dans Consuelo et Leone Leoni.

Le récit est conté à Lelio et Beppa, à tour de rôle, par Asseim Zuzuf, le corcyriote ( de Corfou) et par l’abbé. Lélio, le masculin de Lélia, désigne-t-il George Sand ? 

 Il se déroule à Venise et dans les îles ioniennes à la fin du XVII ième siècle. L’histoire est placée sous le signe de Lord Byron et de son célèbre poème Le Corsaire. Mais précise George Sand, le corsaire de Byron ressemble aussi peu à un uscoque qu’un bandit « d’opéra moderne à un voleur de grands chemins » ou de  « chevalier d’industrie ».  George Sand insiste sur le fait que cette histoire est vraie, loin, donc, du romantisme à la Byron.

Il faut se poser la question : d’abord, qu’est-ce qu’un Uscoque ? 

"— Ignorant ! dit l’abbé. Le mot uscocco vient de scoco, lequel, en langue dalmate, signifie transfuge. L’origine et les diverses fortunes des Uscoques occupent une place importante dans l’histoire de Venise. Je vous y renvoie. Il vous suffira de savoir maintenant que les empereurs et les princes d’Autriche se servirent souvent de ces brigands pour défendre les villes maritimes contre les entreprises des Turcs. Pour se dispenser de payer cette terrible garnison, qui ne se fût pas contentée de peu, l’Autriche fermait les yeux sur leurs pirateries ; et les Uscoques faisaient main basse sur tout ce qu’ils rencontraient dans l’Adriatique, ruinaient le commerce de la république, et désolaient les provinces d’Istrie et de Dalmatie. (…) Vers 1615, un traité conclu avec l’Autriche les livra enfin sans appui à la vengeance des Vénitiens, et le littoral de l’Italie en fut purgé. "


A Venise, le duc Pier Orio Soranzo, jeune homme d’une grande beauté, mais de moralité douteuse,  cupide et insatiable, dilapide sa fortune au jeu et dans des nuits de débauche. Ruiné, il s’enrôle dans la flotte du général Francesco Morosini pour renflouer ses finances et attire l’attention par son audace et ses prouesses dans la guerre contre les Turcs.
Francesco Morosini a une nièce de dix-huit ans, Giovanna. La jeune fille, parmi ses nombreux prétendants, a distingué le jeune comte  Ezzelino, de la famille des princes de Padoue. Il l’aime d’un amour sincère. Mais Orio Soranzo, arrivé à Venise, entreprend la conquête de Giovanna qu’il sait dotée d’un grande fortune.  Grand séducteur, il y parvient aisément et Ezzelino, désespéré, assiste au mariage de la jeune fille avec son rival.
Après la noce, Soranzo continue  à faire des  "trouées" dans la dot de sa femme et se réengage dans la marine sous les ordres de Morosini pour combattre les pirates.  Mais guidé par l’appât du gain, il attaque le pacha de Patras, est fait prisonnier et condamné à mort. Il est délivré par l’esclave favorite du pacha.  Celle-ci, Naama, poignarde son maître et déguisée en garçon se réfugie avec Soranzo sur les îles Curzolari où Giovanna viendra l’y rejoindre plus tard pour son malheur. Soranzo qui ne peut supporter d’avoir perdu sa galère et sa fortune sombre, semble-t-il, dans la mélancolie et est incapable de tenir tête aux violentes attaques d’un pirate qui ravage les abords de l’île. Celui-ci ne peut être, étant donné sa brutalité, qu’un Uscoque (le fameux corsaire de Byron) puisqu’il est sans pitié, ne fait pas de prisonniers et tue jusqu’aux femmes et enfants. 

" Vous savez que ces infâmes pirates buvaient le sang de leurs victimes dans des crânes humains, afin de s’aguerrir contre toute pitié. Quand ils recevaient un transfuge et l’enrôlaient à leur bord, ils le soumettaient à cette atroce cérémonie, afin d’éprouver s’il lui restait quelque instinct d’humanité ; et, s’il hésitait devant cette abomination, on le jetait à la mer. "

 Le comte Ezzolino est alors envoyé par Morosini pour combattre l’Uscoque et lors d’une rude bataille il l’aperçoit !  On imagine la confrontation des deux personnages mais je ne vous en dis pas plus.

L'Uscoque : illustration de Maurice Sand


Le personnage du bandit est très répandu dans la littérature romantique. On l’a vu avec Conrad, le corsaire de Byron, que George Sand cite pour mieux s’en éloigner. Je pense aussi à  Hernani de Victor Hugo dont je viens de voir une très belle interprétation au festival d’Avignon.  Hernani est proscrit pour raison politique, il représente, pour Hugo, la nécessaire révolte d’un homme contre un pouvoir injuste et arbitraire. Mais ici, dans le roman de George Sand, le pirate est un faux Uscoque, il  n’est pas épris de liberté comme le héros romantique, il n’est pas lié à un idéal, il est mû par la cupidité et la violence. Si au début, bien qu'immoral et débauché, Pier Orio Soranzo pouvait paraître romantique par sa remarquable beauté, la noblesse apparente de ses manières, son esprit et son charme, il se transforme peu à peu en un monstre sanguinaire. George Sand se démarque donc de ses prédécesseurs prestigieux, en créant un personnage tout à fait personnel et un récit original que j'ai eu plaisir à lire.



 

 


 

dimanche 5 juillet 2026

Sophie Divry : Fantastique histoire d’amour

  

 

Mais oui, comme le titre l’indique, Fantastique histoire d’amour de Sophie Divry est un roman d’amour ( bravo pour la lapalissade ! ). Mais  non, il n’a rien de fleur bleue ou de sirupeux.

 C’est aussi un roman social qui visite le monde de l’entreprise car Bastien est un inspecteur du travail et il prend son rôle au sérieux, défendre le droit des travailleurs, traquer les mauvais patrons qui ne respectent pas les règles de sécurité, qui exploitent ou harcèlent. Un roman où l’on parle de religion, de solitude, d’angoisse existentielle. Bastien est un écorché de la vie, enfance traumatique, rupture sentimentale. C’est  un « catholique à la française », c’est à dire pas très orthodoxe mais sincère. « Il n’y que les athées qui s’imaginent que les chrétiens croient tout en bloc. Que nous sommes vraiment consolés. ». Il est appelé dans une entreprise de recyclage car un ouvrier est tombé dans une compacteuse et a connu une mort horrible. Mais est-ce réellement un accident ? 
 

Fantastique histoire d’amour est un polar qui joue sur le suspense. La tante de Maïa, Victoire, chercheuse au CERN, centre de recherche nucléaire à Genève, a mené une expérience sur de nouveaux matériaux, les cristaux scintillateurs, expérience qui a mal tourné. Les cristaux sont devenus toxiques et exercent une attraction redoutable mais aussi létale sur ceux qui entrent en contact avec eux. Ils vont exciter la convoitise de personnages peu recommandables. Comble de malheur, ils disparaissent ! Maïa, journaliste dans une revue scientifique, est chargée de les récupérer et les besoins de l’enquête l’amènent jusqu’à la compacteuse. Affligée de « disparitionnisme » (Je vous laisse découvrir ce que c’est), Maïa est une femme sportive et indépendante, mais seule. On comprend que les deux personnages sont amenés à se rencontrer !  
 

La construction du roman en chapitres alterne donc entre Maïa et Bastien qui est le seul à dire « je ». Il est le personnage central, donc.  Le récit se déroule principalement  à Lyon qui occupe une place à part entière dans le roman avec quelques incursions en Provence, en Suisse et en Allemagne .

Le roman a un ton nouveau :  par son mélange de genres, les nombreux thèmes qu’il aborde, le style à la fois énergique, incisif, parfois passé au vitriol comme lorsque Bastien parle de la haine « mais tout le monde se déteste. Dans les entreprises, on en voit que ça, de la haine entre salariés et patrons, entre collègues, entre services. A croire que c’est une production naturelle »  ou que Maïa dit sa détestation de la Provence, «  son ciel bleu immuable, sa garrigue aux feuilles ennuyeuses »  et qu’elle afffirme, non sans une pointe d’humour, son dégoût pour : « son odeur écoeurante de savon à la lavande ». Mais Sophie Divry peut se faire poétique et tendre lorsqu’elle décrit Maïa donnant à manger aux mésanges ou adoptant un petit chat. « Pito était à la maison quand elle rentrait, il était en train de dormir, il avait fait ou non des bêtises. Il lui transmettait à la fois une tendresse et une compagnie ». Et j'ai aimé, de plus, ses rapports avec son père, l’amour mutuel qui les lie.

Enfin, n’oublions pas le titre du roman, le récit est fantastique. Mais l’origine du fantastique, est la science, les faits avérés, les enquêtes menées par Maïa pour ses articles, comme celle sur le langage des oiseaux… oui, véritablement fantastique lorsque l’ornithologue lui fait écouter le chant de l’alouette, enregistré sur une bande, à une vitesse huit fois moins moindre et qu’elle distingue alors des sons magiques mais inaudibles à l’oreille humaine sauf au ralenti. « Elle émet quatre cents sons à la seconde. Nous, on peut à peine en distinguer quarante. » « L’alouette va plus vite que nous. Elle ne vit que quelques années. Son coeur bat plus vite. son monde va plus vite » « Les animaux sont à la fois plus lents et plus rapides. Pour eux votre jardin, c’est un continent. Pour eux, entre le matin et le soir, c’est toute une adolescence. Nous habitons le même monde mais nous ne partageons pas le même temps »  Et puis, bien sûr,  il y a ces magnifiques cristaux bleus, si envoûtants, qui rappellent que les découvertes peuvent être aussi le fruit du hasard.

Un livre addictif, le terme est bien choisi pour un roman qui parle d’addiction, un livre que l’on dévore avec  beaucoup de plaisir !  

vendredi 3 juillet 2026

Jean-Claude Mourlevat : Terrienne


 

Terrienne est un roman pour adolescent à partir de 12 ans de Jean-Claude Mourlevat et je l’ai lu sur les conseils de mon petit-fils qui m’a dit : « Tu verras il va te plaire mais attention, c’est dur ! Moi, j’ai adoré !  ». Bon, au moins j’étais prévenue et, effectivement, la lecture est vite addictive et oui, c’est vrai, elle est  « dure » ! Dans mon enfance, on ne faisait jamais mourir un héros ou une héroïne ! J’aurais piqué une crise de désespoir si c’était arrivé !  Mais je ne vous en dis pas plus.
Sachez pourtant que Anne est à la recherche de sa soeur Gabrielle disparue le lendemain de son mariage. Un message envoyé par sa soeur pousse Anne « de l’autre côté », dans un monde qui n’est pas la Terre, dans quelque coin inexploré du cosmos. Elle est accompagnée dans sa quête par un charmant vieux monsieur, Etienne Virgil -alter ego de l’auteur -  qui s’est pris d’affection pour elle, motivé aussi par la curiosité propre à tout écrivain, toujours à l’affût de nouveaux sujets.
L’univers qu’elle découvre est étrange et terrifiant, une oligarchie qui prive les individus de sentiments, où tout ce qui a trait au corps est repoussant, respirer, transpirer, se moucher, pleurer, rire, faire l’amour, être enceinte, accoucher… Un univers où les odeurs, le souffle du vent, le goût, le plaisir du toucher ont disparu, tout ce qui est d’ordre sensoriel est aseptisé. Angoissant, haletant, ce monde « parfait » ! Si elle veut retrouver sa soeur, Anne doit cacher son origine car les Terriens suscitent dégoût et crainte (avec tous leurs microbes) et sont mis à mort, comme tous ceux qui s’opposent au gouvernement, une extinction finale organisée qui rappelle bien celle des camps nazis.  Elle apprend par quelques amis dissidents, aspirant à la liberté, que si les Terriens sont rejetés, les belles Terriennes, elles, sont très appréciées des hommes au pouvoir qui les font enlever pour leur servir d’esclaves, quitte à s’en débarrasser quand ils s’en sont lassés. De ces unions naissent des êtres hybrides qui appartiennent aux deux espèces et qui sont utiles lorsqu’il s’agit de les envoyer sur Terre pour attirer les jeunes victimes. Un être issu d’une femme terrienne, c’est ce qu’était le mari de Gabrielle. C’est ce qu’est Bran qui va devenir l’allié des deux soeurs et l'amoureux d'Anne.
 
Anne et Gabrielle vivent ainsi une version transposée de Barbe Bleue Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ?  Et nous sommes d’autant plus dans le domaine du conte que le nom de famille  d’Anne est Collodi. Pinocchio aussi est attiré dans un monde où les enfants transformés en âne deviennent des esclaves. Anne Collodi est vue comme une "truie" par les habitants de l'Autre Monde.

Donc je reviens sur ce que je disais au début, dans mon enfance, on ne tuait pas les héros dans les romans mais dans les contes, par contre, de tout temps, quelle cruauté !  Reflets d’une société où la femme n'était pas l'égale de l'homme, où elle était vendue par ses parents, battue, violée, où le féminicide était la norme et de même pour les enfants. 
Alors vous allez me dire, un cauchemar ce livre ? Et bien non pas du tout et je comprends pourquoi mon petit-fils l’a apprécié. Il fait comprendre la valeur de notre existence même imparfaite mais tellement réelle, vivante, riche, où il fait bon manger de la quiche Lorraine,  une Terre avec ses odeurs bonnes ou mauvaises, ses bruits et sa musique, les amitiés et les disputes, les colères et l’amour, les sentiments familiaux, la beauté et la laideur, tout ce qui donne du prix à la vie, qui en fait ressortir la variété, qui nous empêche de mourir d’ennui comme le font les habitants de l’autre univers qui, un jour, s’assoient pour mourir, incapables de continuer !

« Je suis amoureuse de cette Terre sur laquelle j'ai mes pieds. Je l'aime avec tous ses défauts, toutes ses tares. Je l'aime à cause de ça. J'aime le trop froid et le trop chaud, la pluie, la boue, les embouteillages, les examens ratés, les cartes postales moches, les mensonges, les larmes, les blessures et la mort. J'aime ce qui manque et ce qui dépasse, j'aime le trop et le pas assez, je veux me brûler aux orties et aux casseroles, ça ne me dérange pas, je veux bien égarer mes clés, avoir mal à la tête, être trompée (pas par Bran), être bousculée. Mais je prends aussi les bonnes choses. Je veux être caressée, je veux manger des banana split, je veux écouter de la bonne musique, recevoir des lettres, voir naître des bébés, faire la sieste, aller à Venise… » 

Un beau livre ! A lire par les adolescents comme par les adultes ! 

 


 

dimanche 21 juin 2026

Maurice Leblanc : L’île aux trente cercueils

 

J’ai lu L’île aux trente cercueils afin de répondre au thème de l’île initié par Cléanthe pour le challenge Escapades en Europe. Mais j’ai finalement choisi un autre titre L'Arche de la tempête (Ici) et je ne présente ce livre de Maurice Leblanc qu’aujourd’hui. Il s’agit d’un polar fantastique mais tous les évènements trouveront une explication rationnelle grâce à Arsène Lupin qui n’intervient que dans la dernière partie.


Sarek ou Sark 


Le récit se déroule dans une île fictive Sarek située au large de l’archipel des Glénan qui évoque l’île anglo-normande de Sercq (ou sark en anglais). Elle est entourée de trente dangereux écueils que les insulaires nomment les trente cercueils. Il y est aussi question d’une mystérieuse pierre magique aux grands pouvoirs, La Pierre-Dieu. Une légende dit que trente victimes correspondant aux trente écueils doivent périr dont quatre femmes qui seront crucifiées. Parmi elles, notre héroïne Véronique d’Hergemont est la victime toute désignée.

Véronique d’Hergemont a perdu son fils et son père il y a quatorze ans. Son mari, le monstrueux Vorski, symbole du Mal, est mort lui aussi. Lorsqu’elle apprend que son fils et son père sont toujours vivants et vivent sur l’île de Sarek, Véronique entreprend un voyage qui se révèlera semé de dangers et terrifiant. Elle vivra d’horribles aventures qui la conduiront inexorablement à la crucifixion. Mais… 

Le roman est construit sur un curieux contraste : Une partie où règne le fantastique avec un crescendo dans l’horreur censé provoquer la peur chez le lecteur puis, avec l’arrivée d’Arsène Lupin, une suite qui se veut nettement comique !

Le problème c’est que ce récit tarabiscoté ne m’a pas fait frissonner une seule seconde (trop, c'est trop!). De plus, l’humour (lourd) d’Arsène Lupin m’a agacée. Bref, je suis restée imperméable à toutes les tonalités du récit. Je me suis demandée si les livres de Maurice Leblanc avaient vieilli ( à moins que ce ne soit moi... forcément !) car c’est un auteur que j’aimais bien quand j’étais jeune sans être particulièrement "accro" !




Je me suis donc intéressée à l’auteur que je pensais être né au XX siècle. Wikipedia m’apprend qu’il est né à Rouen en 1864 et adolescent a connu Gustave Flaubert et Guy de Maupassant. Il crée Arsène Lupin, gentleman-cambioleur, au début des années 1900.  Le récit de L’île aux Trente cercueils se situe en 1917 et est publié en 1919. Finalement, Maurice Leblanc aura connu trois conflits franco-allemands   : En 1970, il est envoyé en Ecosse par son père pour le soustraire à la guerre, puis  1914-1918,  et en 1940, il fuit l'occupation allemande et se réfugie à Perpignan. C'est là qu'il meurt en 1941. Je comprends mieux pourquoi Vorsky qui personnifie le mal dans toute son horreur est « un germain, ce peuple semi-barbare », « un Boche » et même « un super-Boche »

 

 


 

 

lundi 15 juin 2026

Elizabeth Goudge : L'arche de la tempête

 

 

L’arche dans la tempête publié en 1923 est le premier roman écrit par Elizabeth Goudge alors encore toute jeune. 


Guernesey

Guernesey de Pierre Auguste Renoir


« Les longues étendues des grèves du nord se montrèrent les premières, dorées comme des champs de blé mûr, ourlées des teintes mauves et argentées du pavot cornu et du statice, et se fondant d’une manière imperceptible dans les vastes landes battues par les vents. A l’abri des tertres d’un vert grisâtre, des maisonnettes montraient, par-ci par-là, leurs murs crépis de blanc et de rose et leurs toits d’ardoise grise. Au sommet de la lande se dressaient les cromlechs, élevés dit-on, par les hommes d’autrefois en guise de mausolées pour leurs morts, bien que les insulaires affirment qu’ils ont été posés en cet endroit par les fées pour y cacher leur or. »

Elizabeth Goudge dont les aïeux étaient guernesiais, née dans le Somerset en 1900, passe de nombreuses vacances dans l’île chez ses grands-parents. Rien de plus enchanteurs que les descriptions de l’écrivaine qui connaît Guernesey comme sa poche et s’ingénie à peindre sa beauté, ses coutumes, ses superstitions, la rudesse de ses tempêtes, la floraison enchantée de ses printemps, les côtés escarpées hérissées d’écueils et de falaises ou les grandes plages de sable, les couleurs somptueuses de ses paysages, le défilé des nuages qui parent le ciel et l’eau de mille nuances qu’elle peint avec un sens du coloris aussi précis et subtil que celui d’un peintre. 

La ville et le port Saint Pierre au coucher de soleil : « de petites lumières scintillaient aux devantures des boutiques et les bois semblaient tout noirs sur le ciel. La mâture des bateaux, noire aussi dans le crépuscule, se dessinait comme les arbres dénudés en hiver, sur un ciel du vert le plus tendre et le plus limpide, strié d’abricot et de gris perle. Les eaux du port gardaient un étincelant souvenir du soleil à la crête de chaque ride et reflétaient les pâles couleurs du ciel et les ailes plongeantes des mouettes… Un monde de couleurs et de lumières, transparent et irréel… Un monde du fond des eaux… Une beauté si fragile qu’au moindre attouchement elle s’évanouirait en poussière. »

Un soir, au coucher de soleil, la famille du Brocq observe un phénomène extraordinaire qui rappelle l’Odyssée et  Homère comparant la couleur de la mer au vin. 

« Une petite touffe de nuages, qui avait formé des entrelacs floconneux dans le ciel bleu, devenait rose au fur et à mesure que le soleil baissait, tandis qu’au-dessous d’eux la mer reflétant ce bleu et ce rose devenait mauve.
-Regardez ! Regardez ! s’écria Jacqueline
Elle montrait un jeu de lumières. Le rose et le bleu devenaient de plus en plus brillants et le reflet couleur de lavande fonçait au point de prendre la teinte d’un iris pourpre. La mer couleur de vin des anciens Grecs! »



Guernesey et l’Arche du Bon-Repos

Nuit d'été de Homer Winslow

Le titre anglais Magic Island est tout à fait pertinent pour ce roman d’Elizabeth Goudge. L’île de Guernesey est magique, en effet, par sa sauvagerie encore préservée en cette année 1888, époque où se déroule le roman, avec la rumeur incessante de la mer, la présence d’êtres surnaturels dans les haies fleuries et odorantes, la fontaine aux fées qui exauce les voeux, les sargousets jouant dans les noisetiers, les aubépines au milieu des escallonias et des myosotis.
 
Magique aussi la vision de Rachel, l’un des personnages principaux du roman, qui est douée de voyance. Elle "voit" un homme qui viendrait les sauver de la ruine et leur permettrait de rester dans leur domaine, une petite exploitation agricole qui ne permet pas à Rachel et à son mari André du Brocq de nourrir leur cinq enfants, un lieu qu’ils aiment et qu’ils vont devoir abandonner. 

Ne pas quitter l’île, c’est le voeu le plus cher de Rachel. C’est là où reposent trois de ses enfants disparus, là où elle et son mari ont créé un doux refuge, la ferme de Bon-Repos. C’est pourquoi la traduction française  l’Arche de la tempête est tout aussi bien trouvé que le titre anglais. La maison du Bon-Repos est l’arche qui accueille la famille et les animaux de la ferme. C’est un havre de paix et de beauté qui les met à l’abri des colères de la Nature, des orages extérieurs et des luttes intérieures et morales que traversent enfants et parents ! 
 La nature est au coeur de l’oeuvre, au coeur aussi de l’éducation des enfants qui peuvent pénétrer par l’intermédiaire des arbres et des plantes au centre d’une « vie universelle ». Mais les végétaux  ont aussi « une vie individuelle ». Tout est, en effet, animée d’une vie propre, et communique avec les enfants, partage leurs sentiments, les protège, les berce et leur parle. Les arbres servent de rempart aux tempêtes, les fleurs offrent leur musique et leurs teintes délicates aux enfants.

 « Quelle quantité de clochettes autour d’elle (Colette, la plus jeune fille de la famille) et toutes magnifiques. Les cloches blanches des lis, poudrées d’or, les clochettes jaunes des fritillaires, avec leurs grosses gouttes de miel, les campanules blanches, mauves et roses, par centaines. Elle ne se lassait pas de les contempler; et voilà que soudain, toutes se mirent à sonner !  Elle écoutait la bouche ouverte. Oui, C’était bien vrai ! Elles se balançaient lentement, toutes, les fritillaires, les lis, les campanules, en carillonnant comme des folles. »

Quant à l’homme providentiel, Ranulphe Morbier, qui vient au secours de la famille du Frocq, il arrive en début du roman avec un naufrage, un bateau qui s’ouvre en deux sur les menaçants récifs des Barbées et il repart à la fin du récit au cours d’un autre naufrage toujours sur les mêmes affreux écueils, deux épisodes qui ouvrent et qui closent le récit.


Les Occupants de l’Arche

 

Guernesey : Enfants au bord de la mer (1885) Pierre Auguste Renoir

Le couple, Rachel et André, le nouveau venu, Ranulphe, les enfants, Michelle, Peronelle, Jacqueline, Colin et Colette mais aussi le chien Maximilien, le chat Marmelade, Lupin, le vieux cheval, vivent dans l’Arche. Notons que les animaux y sont des personnages à part entière, ayant une personnalité et introduisent une douce note d’humour et de légèreté. 

Elizabeth Goudge décrit le caractère, les aspirations, les rêves de chacun des personnages, leur complexité aussi. Elle excelle dans la description des enfants. On dirait qu’elle n’a rien oublié de son enfance, ni du pouvoir de l’imagination qui permet de voir, au-delà de la réalité, l’enchantement du monde; ni du grand désir d’indépendance des petits : Colin veut être marin envers et contre tout mais surtout contre sa mère qu’il adore pourtant; Michelle qui aime la poésie veut vivre dans son univers hors du temps, dans « le petit village blanc » de Keats, poète qu'elle admire, et ne supporte pas l’irruption de la réalité et du prosaïsme. L’écrivaine n’a pas oublié, non plus, les tourments de l’école (Jacqueline), les déceptions et les colères fulgurantes (Colins), ni les disputes de la fratrie qui dégénèrent en claques, vociférations et pleurs à la grande exaspération des parents ! Il y a des scènes marquantes comme celle où Colette en visite chez son grand-père, médecin et bourgeois cossu, découvre le monde « d’en bas », les cuisines infestées de cafards, installées au sous-sol, et la fille de cuisine Antoinette, battue, épuisée et maigre, pleurant la mort de sa mère, accablée par un travail démesurée, la découverte de l’injustice sociale; les  naufrages au cours desquels les insulaires vont, au péril de leur vie, sauver les marins naufragés imprudents ou incompétents; la confession de Jacqueline ( car la religion est très présente) qui a menti et vit l’angoisse avant de se sentir allégée et régénérée, les fêtes de Noël et de Pâques... Un beau  roman  plein de poésie et de détails qui nous apprennent beaucoup sur l'île de  Guernesey et a le charme et la saveur passée d'un monde disparu.

 

Pierre Auguste Renoir : Guernesey

  

Chez Cléanthe
 

 


 
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