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samedi 22 août 2026

Histoires de ma vie ( 2) : Les deux "mères" de George Sand / Catholicisme/ socialisme et Féminisme

Aurore Dupin George Sand par Delacroix
 

 

 La grand-mère Marie-Aurore de Saxe épouse Dupin de Franceuil et la mère de George Sand, Sophie-Victoire Delaborde, représentent deux univers irréconciliables. La révolution qui a pourtant tout chamboulé n'a pas pu contribuer à changer les mentalités. La grand-mère continue à représenter l'ancien monde - ou ce qu'il en reste-  au début du XIX siècle et s'accroche à  ses idées de grandeur et de noblesse. Sophie représente le peuple et malgré son mariage dans la classe sociale supérieure ne parvient pas à se faire accepter.

La  mésentente et l’on peut même dire la guerre que se livrent la grand-mère de George Sand et sa mère autour de la petite fille, les deux "mères" rivalisant chacune pour avoir son amour, chacune décriant l’autre, ont énormément marqué l’enfant et façonné ses idées futures, sa sympathie pour le peuple et pour les femmes de milieu social inférieur, son empathie pour les difficultés des gens simples.

 

La séparation d'avec sa mère et sa soeur Caroline

Antoine-Claude Delaborde grand-père de George/ Maître oiseleur


    On a vu que Marie-Aurore de Saxe Dupin de Francueil avait tout fait pour empêcher le mariage de son fils Maurice avec Sophie-Victoire Delaborde, fille d’un oiseleur parisien. Lorsque Maurice se marie en cachette, elle met tout en oeuvre pour faire annuler le mariage qu’elle considère comme une mésalliance mais en vain. Elle ne se résigne qu’à la naissance de sa petite-fille qui porte son prénom, Aurore. A partir de ce moment, elle accepte sa belle-fille à Nohant mais celle-ci ne se sentira jamais à son aise, toujours traitée en inférieure, peu appréciée, mal aimée.

     Lorsque Maurice, le père de la petite Aurore, meurt d’une chute de cheval à l’âge de 30 ans, la grand-mère passe un marché avec Sophie. C’est elle qui se chargera de l’éducation et de l’entretien d’Aurore à qui elle lèguera toute sa fortune et Nohant, et elle donnera à Sophie une rente modique pour pouvoir subsister à condition d’avoir la garde exclusive de la fillette. Evidemment, Sophie n’a pas trop le choix, pour sa fille comme pour elle, elle accepte la proposition de la grand-mère. Les choses se compliquent quand la grand-mère refuse de recevoir chez elle Caroline, la fille illégitime de Sophie qui  doit se partager entre ses deux filles. Sophie séjourne à Nohant et est obligée de laisser Caroline en pension puis elle la reprend quand elle retourne à Paris. Quand Aurore vient à Paris avec sa grand-mère, celle-ci laisse Aurore visiter sa mère et Caroline mais elle ne la recevra jamais chez elle. 

 " Caroline ne m’avait point vue depuis mon départ pour l’Espagne, et il paraît que ma grand’mère avait fait une condition essentielle à ma mère, de briser à jamais tout rapport entre ma sœur et moi. Pourquoi cette aversion pour un enfant plein de candeur, élevé rigidement, et qui a été toute la vie un modèle d’austérité ? Je l’ignore, et ne peux m’en rendre compte même aujourd’hui. Du moment que la mère était admise et acceptée, pourquoi la fille était-elle honnie et repoussée ?
Il y avait là un préjugé, une injustice inexplicables de la part d’une personne qui savait pourtant s’élever au-dessus des préjugés de son monde, quand elle échappait à des influences indignes de son esprit et de son cœur. Caroline était née longtemps avant que mon père eût connu ma mère, mon père l’avait traitée et aimée comme sa fille. Elle avait été la compagne raisonnable et complaisante de mes premiers jeux. C’était une jolie et douce enfant, et qui n’a jamais eu qu’un défaut pour moi, celui d’être trop absolue dans ses idées d’ordre et de dévotion. Je ne vois pas ce qu’on pouvait craindre pour moi de son contact, et ce qui eût pu me faire rougir jamais devant le monde de la reconnaître pour ma sœur, à moins que ce ne fût une souillure de n’être point noble de naissance, de sortir probablement de la classe du peuple, car je n’ai jamais su quel rang le père de Caroline occupait dans la société, et il est à présumer qu’il était de la même condition honnête et obscure que ma mère. Mais n’étais-je pas, moi aussi, la fille de Sophie Delaborde, la petite fille du marchand d’oiseaux, l’arrière-petite-fille de la mère Cloquard ? Comment pouvait-on se flatter de me faire oublier que je sortais du peuple, et de me persuader que l’enfant porté dans le même sein que moi, était d’une nature inférieure à la mienne, par ce seul fait qu’il n’avait point l’honneur de compter le roi de Pologne et le maréchal de Saxe parmi ses ancêtres paternels ? Quelle folie, ou plutôt quel inconcevable enfantillage ! 

( J'ai lu dans des recherches généalogiques sur le Net que Angélique Caroline née le 10 mars 1799,  la demi-soeur d'Aurore, avait pour père Claude Antoine Collin. Pendant les campagnes d'Italie, Victoire Sophie Delaborde partage alors la vie de l'adjudant-général Claude-Antoine Collin, âgé de cinquante ans, intendant affecté aux subsistances. Elle suit Maurice à son retour en France.) 
 

  Les crises de désespoir d’Aurore, séparée de sa mère, sont terribles quand Sophie quitte Nohant pour s’installer à Paris. La fillette ne peut pardonner à sa grand-mère de la séparer de sa mère et lui rend mal son affection, provoquant la jalousie de cette femme qui a d’abord été jalouse de l’amour de son fils pour Sophie et maintenant de l’amour d’Aurore pour sa mère. Madame Dupin souffre de la froideur de sa petite-fille, la juge ingrate.
 

« Mon pauvre cœur d’enfant commençait à être ballotté par leur rivalité. Objet d’une jalousie et d’une lutte perpétuelles, il était impossible que je ne fusse pas la proie de quelque prévention, comme j’étais la victime des douleurs que je causais. 

  Les rapports de rivalité ente les deux femmes sont encore attisés par les deux bonnes, Julie la domestique de la grand-mère qui déteste Sophie et Rose qui, au contraire, l’aime et qui prend le parti de sa maîtresse, toutes deux attisant la mésentente. Par leurs bavardages auprès de l’enfant, elles amplifieront ses souffrances.
  Si la jalousie joue un grand rôle dans ces rapports familiaux désastreux, le mépris de caste dû l’origine sociale de sa belle-fille malgré les grandes idées philosophiques de la grand-mère a son importance !   Madame Dupin ne veut pas que sa fille soit élevée comme une fille du peuple.  Elle entend lui donner une éducation conforme à sa noblesse. Le précepteur Deschartes donne des leçons à Aurore et à son frère Hippolyte mais ce qui importe à la grand-mère plus que l’instruction c’est la « bonne tenue », la grâce, les manières, la toilette! 
          « A chaque élan de mon organisation on opposait une petite répression bien douce, mais assidue. On ne me grondait pas, mais on me disait vous, et c’était tout dire :   "Ma fille, vous vous tenez comme une bossue ; ma fille, vous marchez comme une paysanne ; ma fille, vous avez encore perdu vos gants ! ma fille, vous êtes trop grande pour faire de pareilles choses."   Trop grande ! j’avais sept ans, et on ne m’avait jamais dit que j’étais trop grande. Cela me faisait une peur affreuse d’être devenue tout-à-coup si grande depuis le départ de ma mère. Et puis, il fallait apprendre toute sorte d’usages qui me paraissaient ridicules. Il fallait faire la révérence aux personnes qui venaient en visite. Il ne fallait plus mettre le pied à la cuisine et ne plus tutoyer les domestiques, afin qu’ils perdissent l’habitude de me tutoyer. Il ne fallait pas même lui dire vous. Il fallait lui parler à la troisième personne : "Ma bonne maman veut-elle me permettre d’aller au jardin "? »
    

      Quand elle retrouve sa mère pour quelques jours à Paris : 

    " Quelle joie ce fut pour moi que de nous retrouver dans ce qui me semblait ma seule, ma véritable famille ! Que ma mère me semblait bonne, ma sœur aimable, mon ami Pierret drôle et complaisant ! Et ce petit appartement si pauvre et si laid en comparaison des salons ouatés de ma grand’mère (c’est ainsi que je les appelais par dérision), devint pour moi en un instant la terre promise de mes rêves."
        

        La souffrance de l’enfant culmine dans une scène que je trouve particulièrement cruelle où la grand-mère va encore plus loin dans la bassesse : 
    
   " Jusque-là personne au monde, ma grand’mère moins que personne, ne m’avait dit de ma mère un mal sérieux. Il était bien facile de voir que Deschartres la haïssait, que Julie la dénigrait pour faire sa cour, que ma grand’mère avait de grands accès d’amertume et de froideur contre elle. Mais ce n’était que des railleries sèches, des demi-mots d’un blâme non motivé, des airs de dédain ; et, dans ma partialité naïve, j’attribuais au manque de fortune et de naissance le profond regret que le mariage de mon père avait laissé dans sa famille. Ma bonne maman semblait s’être fait un devoir de respecter en moi le respect que j’avais pour ma mère."
  

 Un jour, pourtant, l’enfant se rebelle et, par l’intermédiaire de Julie, toujours prête à la délation, elle fait savoir à sa grand-mère qu’elle préfère vivre pauvrement avec sa mère plutôt qu’avec elle et que la richesse lui importe peu. La grand-mère se venge en lui disant ce qu’elle  pense réellement de sa mère en attaquant son passé et sa moralité :  « Ma mère était une femme perdue, et moi un enfant aveugle qui voulait s’élancer dans un abîme »
 Loin de l’éloigner de sa mère, les paroles de sa grand-mère la rapproche et lui inspire une défense passionnée.

« Tout ce que ma grand’mère me raconta était vrai par le fait et appuyé sur des circonstances dont le détail ne permettait pas le moindre doute. Mais on eût pu me dévoiler cette histoire sans m’ôter le respect et l’amour pour ma mère, et l’histoire racontée ainsi eût été beaucoup plus vraisemblable et beaucoup plus vraie. Il n’y avait qu’à tout dire, les causes de ses malheurs, l’isolement et la misère dès l’âge de quatorze ans, la corruption des riches qui sont là pour guetter la faim et flétrir l’innocence, l’impitoyable rigorisme de l’opinion qui ne permet point le retour et n’accepte point l’expiation. Il fallait me dire aussi comment ma mère avait racheté le passé, comment elle avait aimé fidèlement mon père, comment, depuis sa mort, elle avait vécu humble, triste et retirée. »

 On comprend mieux pourquoi dans ses romans George Sand prend toujours la défense de la femme critiquée pour sa conduite (La mère de La Petite Fadette, vivandière aux armées), pour la mère célibataire ( Brulette soupçonnée d’avoir eu un enfant dans Les Maîtres-sonneurs). C’est en constatant l’injustice sociale, la dureté des grands, leur préjugés, leur incapacité à pardonner « car il y a dans la vie des pauvres, des entraînemens, des malheurs et des fatalités que les riches ne comprennent jamais et qu’ils jugent comme les aveugles des couleurs. » qu’elle est devenue socialiste et féministe. Plus tard George Sand appuiera ses idées socialistes sur la lecture des philosophes Rousseau, Voltaire, Montesquieu. Elle lira Pierre Leroux, Proudhon, Louis Blanc, Charles Fourier, Saint Simon, Lamennais. Ses idées socialistes apparaîtront dans ses livres : Le compagnon du tour de France, Le meunier d'Angibaut, La ville noire...

C’est à la suite de cette scène horrible que la grand-mère décide de mettre sa petite-fille au couvent, interdisant les sorties et les visites, l’éloignant ainsi définitivement de sa mère et de sa soeur pendant des années.


Les années de couvent

 

Le couvent des Anglaises

 

 Le couvent des Anglaises à Paris reçoit les jeunes filles de la noblesse anglaises ou françaises. George Sand y apprendra l'anglais. Sa grand-mère ayant interdit les visites de sa mère, elle refuse de recevoir tout autre visite. Elle y entre en 1818 à l'âge de treize ans et en sortira en 1820.

Contrairement à ce que l'on peut croire Aurore va se plaire au couvent et même y être heureuse car elle cesse d'être au centre de la dispute de ses "deux mères" et d'être tiraillée entre les deux et culpabilisée.

Aurore nous parle des religieuses du couvent qu'elle aime, en particulier de Soeur Alicia qui devient sa petite mère. Elle a de nombreuses amies. Les élèves, nous explique-t-elle appartiennent à trois groupes, celui des Sages, celui des Bêtes et puis des Diables. Pendant longtemps Aurore et ses meilleures amies appartiendront aux diables multipliant les sottises, les espiègleries, cultivant le mystère de ce couvent extrêmement étendu, parcourant le soir avec ses amies les couloirs labyrinthiques, cherchant, dans les souterrains, l'hypothétique "victime", prisonnière imaginaire qu'il fallait absolument délivrer. 

Mais elle est ensuite atteinte par la foi et comme elle ne peut rien faire à demi étant donné son caractère entier et exalté, elle tombe dans une crise de mysticisme, mortifications, scrupules religieux, qui altèrent sa santé. Tout ce qu'il y a de négatif dans le catholicisme !  Elle veut même se faire religieuse. 

Heureusement l'abbé de Prémord, un confesseur bienveillant et tolérant, lui ordonne pour "pénitence" de s'amuser, de jouer aux barres, de sauter à la marelle, de cesser de se tourmenter et de se mortifier au pied du crucifix ! Grâce à cet homme généreux, à l'esprit ouvert, ses tourments s'apaisent. Elle obéit et elle retrouve le goût de vivre, fait du théâtre avec ses amies, et en tant que metteur en scène présente, de mémoire, des extraits de pièces de Molière lues à Nohant ( il est interdit au couvent) qui ravissent les religieuses. La gaieté résonne dans le couvent. Elle a des amies très chères et est heureuse. 

C'est à ce moment-là que sa grand-mère, déiste, proche des philosophes des Lumières et surtout de Voltaire, inquiète de son mysticisme, la retire du couvent à sa grande tristesse. Aurore va vivre à Nohant où elle se rapproche de sa grand-mère et la soigne avec dévotion jusqu'à sa mort. Son précepteur Dechartres lui enseigne l'ostéologie et lui trouve des professeurs, charmants jeunes gens qui feront jaser à la Châtre, dont Stéphane Ajasson de Grandsagne, avec qui elle apprend la médecine, la philosophie . 

Son frère Hippolyte l'initie à l'équitation et la voilà bientôt parcourant la région au galop de sa chère jument Colette, sautant les haies, apprenant à tirer, chassant, habillée en garçon avec l'accord de son précepteur. Inutile de dire que les ragots courent sur son compte, qu'elle en a horreur et qu'elle en fait fi. Elle a pourtant des hauts et des bas dans son humeur et parfois des moments de détresse graves et des idées suicidaires qui reviendront souvent à différents moments de sa vie..

Elle conserve sa foi en Dieu intacte mais s'éloigne de plus en plus de l'église catholique et des curés -  la confession surtout lui répugne- ne conservant du dogme religieux que le strict minimum pour ne pas choquer son entourage.

A la mort de sa grand-mère, sa mère retrouve ses droits maternels mais les deux femmes ne s'entendent pas. Sophie reproche à sa fille son éducation, est jalouse de l'amour qu'Aurore a manifesté à sa grand-mère jusqu'à sa mort, de son amitié pour Deschartes, de son style de vie. Finalement, on peut dire que la grand-mère a gagné, elle a éloigné définitivement Aurore de sa mère et de sa soeur Caroline. Aurore va donc accepter de se marier avec François Casimir Dudevant qu'elle a rencontré chez des amis communs. Nous sommes en 1822. Aurore a dix-huit ans.

 


 



 Voir Histoires de ma vie (1) George Sand

jeudi 20 août 2026

Eva Martin : Miska

 

 

Le capitaine Dacien et sa bande de joyeux soldats et fidèle amis vivent, en temps de paix à Assala, capitale de la Caldécie, dans le comté de Norsom, et se reposent des fatigues de la guerre en menant vie joyeuse et buvant force bières !  Pas très chevalier sur son blanc coursier, notre héros ! Et même plutôt un peu primaire pour ne pas dire primitif ! mais sympa malgré tout !  En tout cas, on est le plus souvent de son côté !  Et ses hommes l'aiment et lui sont (à part un), fidèles.
Mais voilà que court une rumeur : au large de la ville croisent des curieux navires à la coque effilée qui ne semblent pas toucher l’eau et viennent d'une lointaine et mystérieuse contrée. (Regardez comme ils sont beaux ces voiliers sur la première de couverture !) Mais comment serait-ce possible puisque le pays est défendu par un gigantesque Maelstrom qu’il est dangereux de franchir ?

Dacien est envoyé avec sa bande pour rendre compte de ce qui se passe réellement. Il est escorté par la puissante flotte caldécienne à la rencontre de ces navires étrangers, voiliers blancs qui semblent conçus dans des matériaux inconnus et qui volent au-dessus de l’eau. Les envahisseurs qui parlent une langue incompréhensible déchaînent le feu d’armes infiniment supérieures aux leurs et coulent les navires calcédiens. De plus, ils sont servis par une magie d’une force jamais vue chez les caldéciens qui pourtant, ont eux aussi des mages. Le capitaine et son équipe échappent à leurs ennemis mais ceux-ci vont livrer bataille et se rendre maîtres d’Assala en un tour de main. Il est impossible de lutter contre eux  étant donné leur technologie avancée et la puissance de leurs mages. Les autres comtés de la Caldécie se soumettent sans livrer bataille.

 Désormais la dictature la plus cruelle règne sur Assala. Peu à peu, Dacien organise la lutte contre les kinoshs. C’est ainsi que se nomment les colonisateurs. Tous ceux qui veulent le rejoindre se regroupent dans la clandestinité sous le nom de « Miska », une injure dont sont prodigues les soldats ennemis et qui signifie « dégage ! » dans leur langue. Deux mondes s’affrontent et c’est violent, très violent. Et si pourtant la solution n’était pas dans la lutte et la haine mais dans une alliance qui respecte les deux civilisations et permet les échanges et la paix ? Il faudra beaucoup d’hommes de bonne volonté pour apprendre à se comprendre et beaucoup de pacifistes pour y parvenir. Et les femmes dans cette histoire ? Elles luttent, avec la « Petite », pour conquérir l’égalité, la liberté et l’indépendance !

Miska est un roman qui nous plonge dans la magie et l’étrangeté mais dans lequel, bien sûr, nous reconnaissons un Monde qui nous est familier, des thèmes souvent, hélas, bien actuels. La lecture est agréable, plaisante et tient en haleine. Un bon roman fantasy. J’ai aimé !  

 Et comme il est question de navires, de bataille navale, d'un voyage en mer, d'une tempête, de l'attraction terrifiante du Maelstrom, ce livre conviendra pour le challenge Booktrip en mer ! 

 

 


samedi 15 août 2026

Balzac : Un drame au bord de la mer Le Croisic // Victor Hugo et Joaquin Sorolla : Biarritz


 

J’avais commandé le livre de l’écrivain allemand Siegfried Lenz conseillé par Cleanthe pour le challenge Escapades en Europe :  Les stations balnéaires mais il n’est arrivé chez moi qu’après mon départ en vacances vers mon petit hameau lozérien. Il me faudra donc attendre mon retour à Avignon en septembre pour le lire. Donc, j’ai choisi une nouvelle de Balzac : Un drame au bord de la mer pour la Station balnéaire du Croisic  et un livre de Joaquin Sorolla/ Bords de mer ainsi que des notes de Voyage de Victor Hugo sur Biarritz.

 

Eugène Boudin : Le Croisic


C’est dans les années 1830 que Balzac séjourne au Bourg-de-Baz et qu’il écrit un conte philosophique Un drame au bord de la mer, qui se déroule dans la presqu’île de Croisic et sa côte sauvage. Nous ne sommes qu’au début de la vogue pour les stations balnéaires qui correspond à la mode encore timide des bains de mer. Les plages de Saint-Goustan, de Port Lin au Croisic sont parmi les premières à accueillir des baigneurs.

Louis Lambert, un personnage de La Comédie humaine dans le roman éponyme de Balzac, est le principal personnage de la nouvelle Un drame au bord de la mer avec sa fiancée Pauline. Louis Lambert est le type même de l’artiste, à la sensibilité tellement exacerbée qu’elle confine à la folie. Pauline est la seule à pouvoir le comprendre et possède des trésors d’empathie et de patience, si bien que les deux jeunes gens passent tout d’abord un séjour idyllique au Croisic, sensibles à la beauté, au calme, au recueillement de la station balnéaire..

« La mer était belle, je venais de m’habiller après avoir nagé, j’attendais Pauline, mon ange gardien, qui se baignait dans une cuve de granit pleine d’un sable fin, la plus coquette baignoire que la nature ait dessinée pour ses fées marines. Nous étions à l’extrémité du Croisic, une mignonne presqu’île de la Bretagne … »

Tout d’abord, la beauté de la nature est en harmonie avec les sentiments de bonheur et de perfection qui sont ceux de Louis et de Pauline.

« La vie humaine a de beaux moments ! Nous allâmes en silence le long des grèves. Le ciel était sans nuages, la mer était sans rides ; d’autres n’y eussent vu que deux steppes bleus l’un sur l’autre ; mais nous, nous qui nous entendions sans avoir besoin de la parole, nous qui pouvions faire jouer entre ces deux langes de l’infini, les illusions avec lesquelles on se repaît au jeune âge, nous nous serrions la main au moindre changement que présentaient, soit la nappe d’eau, soit les nappes de l’air, car nous prenions ces légers phénomènes pour des traductions matérielles de notre double pensée. »

Mais ce moment de joie va être troublé par une première rencontre, celle d’un pauvre pêcheur vêtu de haillon, les pieds nus, le pantalon troué. Cette interruption de la félicité est marquée par une première dissonance qui apparaît dans le paysage : « Au moment où les toits de la ville apparurent à l’horizon en y traçant une ligne grisâtre... ».  Pourtant, lorsque tous deux décident d’acheter sa pêche au pêcheur à qui ils permettront ainsi de se nourrir et de subvenir aux besoins de son vieux père, leur harmonie est rétablie et la beauté du paysage est à nouveau présente et les illumine.

En ce moment, le soleil, sympathisant avec ces pensées d’amour ou d’avenir, a jeté sur les flancs fauves de cette roche une lueur ardente ; quelques fleurs des montagnes attiraient l’attention ; le calme et le silence grandissaient cette anfractuosité sombre en réalité, colorée par le rêveur ; alors elle était belle avec ses maigres végétations, ses camomilles chaudes, ses cheveux de Vénus aux feuilles veloutées. Fête prolongée, décorations magnifiques, heureuse exaltation des forces humaines !


Ils promettent alors au pêcheur un bon dîner s’il les amène à la Pointe de Baz jusqu’à la tour qui domine le bassin et les côtes entre Croisic et Baz.

Survient une seconde dissonance dans le paysage dont la vue les frappe par son aspect désertique et sa pauvreté, rien ne pousse sur cette côte battue par les vents de mer où la bouse séchée tient lieu de bois de chauffage l’hiver.

Figurez-vous, (...) une lande de deux lieues remplie par le sable luisant qui se trouve au bord de la mer. Çà et là quelques rochers y levaient leurs têtes, et vous eussiez dit des animaux gigantesques couchés dans les dunes. Le long de la mer apparaissaient quelques rescifs autour desquels se jouait l’eau en leur donnant l’apparence de grandes roses blanches flottant sur l’étendue liquide et venant se poser sur le rivage. »

C’est alors qu’ils aperçoivent, assis sur un rocher à l’entrée d’un grotte, un homme qui semble pétrifiée, le visage détruit par la mer, l’âge, le chagrin, les yeux ensanglantés,  et ce réprouvé, tout le monde semble vouloir l'éviter. Cet homme nommé Cambremer leur fait une terrible impression et ils sentent qu’ils sont devant le spectacle d’un grand malheur. Pauline et Louis n’ont de cesse d’apprendre l’histoire de Cambremer que leur raconte le vieux pêcheur. Je vous la laisse découvrir mais sachez que les jeunes gens, horrifiés, vont désormais voir ce qui les entoure d’un autre manière :  "L’horrible aspect de ces marécages, dont la boue était symétriquement ratissée, et de cette terre grise dont a horreur la Flore bretonne, s’harmonisait avec le deuil de notre âme."

La nouvelle joue donc sur le contraste entre l'harmonie du jeune couple détruite en deux temps par une sorte de gradation : 1)  l'apparition du pauvre pêcheur, 2) l'apparition de cet homme symbole du désespoir.

Balzac y soulève la question de l’impossibilité d’être heureux face au malheur des autres.

Il décrit la Nature en adéquation avec les états d’âme.

Il y a aussi, dans la suite de la nouvelle que je n'ai pas expliquée pour ménager la curiosité, une réflexion sur l’éducation de l’enfant, sur la responsabilité des parents et sur  l’existence  du Mal. Et, à ce propos, à notre grand étonnement, à nous, lecteurs modernes,  Balzac affirme qu'il peut y avoir :   « un crime nécessaire. » 

Victor Hugo et Biarritz

 

Victor Hugo

J'ai visité La Picardie et la baie de Somme avec Victor Hugo et voilà que je le retrouve à Biarritz en 1843 avant que la ville ne devienne une station balnéaire si connue ! Dans son carnet de voyage, il écrit : 

"On se baigne à Biarritz comme à Dieppe, comme au Havre, comme au Tréport ; mais avec je ne sais quelle liberté que ce beau ciel inspire et que ce doux climat tolère. Des femmes, coiffées du dernier chapeau venu de Paris, enveloppées d’un grand châle de la tête aux pieds, un voile de dentelle sur le visage, entrent en baissant les yeux dans une de ces baraques de toile dont la grève est semée ; un moment après, elles en sortent, jambes nues, vêtues d’une simple chemise de laine brune qui souvent descend à peine au-dessous du genou, et elles courent en riant se jeter à la mer. Cette liberté, mêlée de la joie de l’homme et de la grandeur du ciel, a sa grâce.

  (...)

Somme toute, avec sa population cordiale, ses jolies maisons blanches, ses larges dunes, son sable fin, ses grottes énormes, sa mer superbe, Biarritz est un lieu admirable.

 Je n’ai qu’une peur, c’est qu’il ne devienne à la mode. Déjà on y vient de Madrid, bientôt on y viendra de Paris.

 

Alors Biarritz, ce village si agreste, si rustique et si honnête encore, sera pris du mauvais appétit de l’argent ; sacra fames. Biarritz mettra des peupliers sur ses mornes, des rampes à ses dunes, des escaliers à ses précipices, des kiosques à ses rochers, des bancs à ses grottes, des pantalons à ses baigneuses. Biarritz deviendra pudique et rapace. La pruderie, qui n’a dans tout le corps de chaste que les oreilles, comme dit Molière, remplacera la libre et innocente familiarité de ces jeunes femmes qui jouent avec la mer. Et puis il y aura cabinet de lecture et théâtre. On lira la gazette à Biarritz ; on jouera le mélodrame et la tragédie à Biarritz. Ô Zaïre, que me veux-tu ? Le soir on ira au concert, car il y aura concert tous les soirs, et un chanteur en i, un rossignol pansu d’une cinquantaine d’années, chantera des cavatines de soprano à quelques pas de ce vieil océan qui chante la musique éternelle des marées, des ouragans et des tempêtes.

 

Alors Biarritz ne sera plus Biarritz. Ce sera quelque chose de décoloré et de bâtard comme Dieppe et Ostende.

 Rien n’est plus grand qu’un hameau de pêcheurs, plein des mœurs antiques et naïves, assis au bord de l’océan ; rien n’est plus grand qu’une ville qui semble avoir la fonction auguste de penser pour le genre humain tout entier et de proposer au monde les nouveautés, souvent difficiles et redoutables, que la civilisation réclame. Rien n’est plus petit, plus mesquin et plus ridicule qu’un faux Paris. 

Les villes que baigne la mer devraient conserver précieusement la physionomie que leur situation leur donne. L’océan a toutes les grâces, toutes les beautés, toutes les grandeurs. Quand on a l’océan, à quoi bon copier Paris ? 

Déjà quelques symptômes semblent annoncer cette prochaine transformation de Biarritz. Il y a dix ans on y venait de Bayonne en cacolet ; il y a deux ans on y venait en coucou ; maintenant on y vient en omnibus. Il y a cent ans, il y a vingt ans, on se baignait au port vieux, petite baie que dominent deux anciennes tours démantelées. Aujourd’hui, on se baigne au port nouveau. Il y a dix ans, il y avait à peine une auberge à Biarritz ; aujourd’hui, il y a trois ou quatre « hôtels ».

 

Cacolet . environs de Bayonne

 

Joaquin Sorolla : Bords de mer de Dominique Lobstein/Biarritz

Le petit livre d'art paru aux Editions des Falaises sur Joaquin Sorolla  Bords de mer  présente une rapide introduction de Dominique Lobstein à la vie et à l'oeuvre du peintre espagnol. Il est né à Valence en 1863 et ne peignit la mer qu'assez tard. Malgré des voyages incessants, il place toujours  l'Espagne au centre de son intérêt et de ses préoccupations. Le livre est réparti en trois. Une première  partie à Valence  s'intéresse aux  travaux quotidiens, les pêcheurs, la pêche en mer, le halage de la barque... Puis sous l'effet d'une vie familiale heureuse -  il a épousé Clothilde Garcia del Castillo - il  consacre de plus en plus de scènes aux jeux d'enfants aux bords de l'eau, scènes de bain à Javea ou Valence. A partir de 1900,  il peint essentiellement sa famille et, en particulier en 1906, il s'installe l'été à  Biarritz, cette station balnéaire mise à la mode par l'impératrice Eugénie, lieu de villégiature de l'élite européenne. 

 

L'impératrice Eugénie

 

Biarritz. 
A l'origine,  Biarritz est un port de pêche à la baleine jusqu'au XVII siècle. Après la  prise du dernier cétacé en 1686, les marins s'embarquent pour la pêche en Irlande ou en Terre-neuve.
 
Eugénie vint en 1830 à Biarritz avec sa mère, la comtesse de Montijo. Elle y retourne avec Napoléon III  en 1854. La villa Eugénie est construite  à cette date et le couple impérial y séjourne chaque été jusqu'en 1868. Des fêtes somptueuses y ont lieu. Ce qui entraîne la venue de nombreuses têtes couronnées et aussi du monde de la mode et du luxe. Le cauchemar de Victor Hugo s'est réalisé !

Là, Joaquin Sorolla peint sa femme, ses filles et petite-fille se promenant sur les sentiers rocheux, au cours d'un promenade vers le phare, ou protégés du soleil sous un toile bariolée, entrant dans l'eau sur la plage. Tous ses tableaux captent la lumière et ses variations, les reflets de l'eau, les nuances de blanc des robes élégantes, des ombrelles et des chapeaux, avec de temps en temps une note plus vive qui fait chanter les couleurs. Il a parfois la vision du photographe, influencé par son beau-père, le collectionneur et photographe Antonio Garcia Peris. Biarritz apparaît, telle qu'elle est devenue en ce tournant du siècle,  station balnéaire animée avec ses plages bondées, ses lieux de charme où tous rivalisent de raffinement et d'élégance, ses éclats de lumière et de soleil.

A l'heure actuelle, Biarritz est considérée comme la capitale du surf en Europe grâce à des vagues constantes, de tailles variées. De nombreuses écoles de surf et des entreprises liées au surf se sont développées.

  

Joaquin Sorolla : Plage  Biarritz1906

 
 
Joaquin Sorolla : Biarritz Sous la tente

  

Joaquin Sorolla : Biarritz Promenade au phare (1906)

 

Joaquin Sorolla : Biarritz Maria sur la plage (1906)

 

 

Joaquin Sorolla : Biarritz Instantané (Clothilde ou Maria avec un appareil photo)



Joaquin Sorolla : Figure en blanc




 
Joaquin Sorolla : Biarritz Coucher de soleil


















dimanche 9 août 2026

Marivaux : l'auteur le plus joué du festival d'Avignon 1998

 

 

 Pierre de Marivaux l'auteur le plus joué en 1998

 


 

J'ai retrouvé dans mes archives du Festival d'Avignon un article que j'avais rédigé pour le journal La Provence. J'avais proposé d'écrire sur l'auteur classique et aussi sur l'auteur contemporain les plus présents au festival d'Avignon 1998. Pour l'auteur classique, il y avait trois mises en scène de l'Epreuve, une de La dispute, une de La surprise de l'amour et du Jeu de l'amour et du hasard.

Que Marivaux ait eu le plus de succès, voilà qui était pour me plaire ! J'ai tellement entendu des gens parler de lui superficiellement en le qualifiant de léger que voir son succès au festival était un plaisir pour moi qui pense le contraire. Et la rencontre avec des metteurs en scène pour rédiger ce papier fut un plaisir, tous épris de leur auteur, tous le servant avec intelligence, tous insistant sur la gravité de l'auteur, sur la finesse d'analyse qui se cache sous l'apparente légèreté de Marivaux, sur la portée sociale de l'oeuvre. J'aurais eu de quoi emplir plusieurs pages du journal La Provence avec tous les propos que  j'ai pu recueillir à l'époque ! 

Pierre Carlet dit Marivaux ( 1688-1763) est l'auteur de nombreuses pièces de théâtre mais aussi de deux romans d'apprentissage Le paysan parvenu et La vie de Marianne que j'aime beaucoup et dont je vous conseille la lecture si vous aimez comme moi la langue si élégante du XVIII siècle et les idées sociales qui remettent en cause l'ordre établi, les injustices  sociales et les inégalités entre les hommes et les femmes. 

"J'ai pourtant vu nombre de sots qui n'avaient et ne connaissaient point d'autre mérite dans le monde, que celui d'être nés nobles, ou dans un rang distingué. Je les entendais mépriser beaucoup de gens qui valaient mieux qu'eux, et cela seulement parce qu'ils n'étaient pas gentilshommes; mais c'est que ces gens qu'ils méprisaient, respectables d'ailleurs par mille bonnes qualités, avaient la faiblesse de rougir eux-mêmes de leur naissance, de la cacher, et de tâcher de s'en donner une qui embrouillât la véritable, et qui les mît à couvert du dédain du monde.  Le paysan parvenu

 Une de femmes
Hé ! que voulez-vous ? On nous crie dès le berceau : vous n'êtes capables de rien, ne vous mêlez de rien, vous n'êtes bonnes à rien qu'à être sages. On l'a dit à nos mères qui l'ont cru, qui nous le répètent ; on a les oreilles rebattues de ces mauvais propos ; nous sommes douces, la paresse s'en mêle, on nous mène comme des moutons.
Madame Sorbin
Oh ! pour moi, je ne suis qu'une femme, mais depuis que j'ai l'âge de raison, le mouton n'a jamais trouvé cela bon.
Athénice
Je ne suis qu'une femme, dit Madame Sorbin, cela est admirable !
madame Sorbin
Cela vient encore de cette moutonnerie.
La Colonie

Marivaux n'est pas un révolutionnaire mais un moraliste. Dans  L'ile des esclaves, il imagine des nobles et des valets qui font naufrage dans une île où les maîtres prennent la place des esclaves et inversement. Il ne s'agit pas d'une vengeance explique Cléanthis mais de corriger les moeurs, "il s'agit de vous pardonner  et pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. Vous étiez tout cela ; en valiez-vous mieux ? Et que faut-il donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autre". L'île des esclaves

Et dans Le Jeu de l'amour et du hasard, Dorante qui accepte d'épouser celle qu'il croit être une servante dit : "le mérite vaut bien la naissance ".  

 Et Orgon le père de Silvia déclare : 

"Dans ce monde, il faut être trop bon pour l'être assez." 

Cette année 2026 il n'y avait aucun Marivaux, l'année dernière il n'y en avait qu'un :   Le Jeu de l'amour et du hasard ! Mais un classique ne peut mourir !

 

 Le marivaudage et la création de mots et d'expressions françaises

2025 

Silvia en bleu de travail Mise en scène Frédérice Cherbeuf 2025

Du XVIII siècle au XXI siècle

C'est du vivant de Marivaux que son nom a donné lieu à un néologisme passé dans la langue française : le marivaudage

 Ce mot désigne un échange oral brillant, une joute verbale soutenue et raffinée entre deux amoureux qui font preuve l'un et l'autre de beaucoup d'esprit, d'ironie et de finesse. C'est une sorte de duel ou chacun se protège de la séduction du partenaire avant d'en savoir plus sur lui. 

Le marivaudage crée une complicité avec le spectateur qui en sait, en général, beaucoup plus que les personnages et s'amuse de leur querelle amoureuse. 

 Ainsi, dans Le jeu de l'amour et du hasard, le spectateur sait ce que savent Orgon, le père et Mario, le frère de Silvia. Celle-ci à pris la place de sa soubrette Lisette pour pouvoir observer Dorante, le jeune homme que son père veut lui faire épouser. Ce que Silvia ne sait pas c'est que Dorante a eu la même idée et qu'il a pris la livrée de son laquais et le nom  Bourguignon.

Mais sous l'apparence de légèreté, le marivaudage a aussi une fonction dramatique puisqu'il révèle la psychologie des personnages tout en leur permettant prendre conscience de leurs sentiments et de se révéler à eux-mêmes.  C'est Sylvia dans Le jeu de l'amour et du hasard qui, lorsqu'elle prend conscience qu'elle aime Dorante s'écrie : "Ah! J'y vois clair dans mon coeur". 

Le marivaudage est un jeu de langage de personnes cultivées et haut placées dans l'échelle sociale, noblesse ou  grande bourgeoisie. Il est souvent doublé pour un effet comique d'un "marivaudage" mené par les valets qui usent d'un vocabulaire terre à terre,  prosaïque, et qui singent leur maître, le valet, surtout, étant un grand lourdaud, et la soubrette, policée par le contact de sa maîtresse, employant des expressions populaires mais plus fines. Le spectateur rit aux dépens des valets mais il rit en empathie avec les maîtres.  

Il y a pourtant une certaine cruauté dans ce badinage car les personnages souffrent de ne plus maîtriser leurs sentiments, de ne pas comprendre ce qui leur arrive. Les maîtres du jeu, Orgon et Mario, s'amusent  de leurs tourments.  Marivaux est aussi l'inventeur de l'expression : " Tomber amoureux" par analogie avec "Tomber malade".  C'est bien de cela qu'il s'agit pour l'auteur :  l'amour est une sorte de maladie qui échappe à la raison et contre lequel il est vain de lutter. Silvia refuse de tomber amoureuse de celui qu'elle croit être un valet et Dorante de même ! Mais ils ont beau faire, leurs sentiments les emportent ! 

 

 Le jeu de l'amour et du hasard 1966-1967

 
 
1966 
 
La première fois que j'ai vu Le jeu de l'amour et du hasard, c'était en 1966 à La comédie Française. Le jeu des comédiens était superbe et j'en étais ressortie éblouie après avoir goûté le texte jusqu'au moindre mot.  J'ai retrouvé la distribution dans le net car je me souvenais des rôles féminins - Geneviève Casile dans Silvia et Paule Noëlle dans Lisette- mais non des masculins. Le jeu de l'amour et du hasard est toujours restée ma pièce préférée.
 
 
Geneviève Casile

 
La distribution officielle de la reprise théâtrale de 1966 à la Comédie-Française, dans la célèbre mise en scène de Maurice Escande (avec des décors et costumes de Jacques Dupont), mettait à l'honneur les comédiens phares de la troupe de l'époque :
        
      Silvia : Geneviève Casile
      Dorante : Michel Bernardy
      Lisette : Paule Noëlle
      Arlequin (ou Pasquin selon la tradition d'époque du Français) Gérard Giroudon/ Michel                         Duchaussoy (selon l'alternance des représentations de la saison 1966-1967)
      Monsieur Orgon : Maurice Escande (qui cumulait la mise en scène et le rôle du père)
      Mario : Alain Pralon 
 
 
 1967
 
Danielle Lebrun et Jean pierre Cassel

 

François Giret et Claude Brasseur

L'année d'après en 1967 paraissait le film réalisé pour la télévision par Marcel Bluwal, dont le casting en décors naturels est resté légendaire : 
    
       Silvia : Danièle Lebrun
      Dorante : Jean-Pierre Cassel
       Lisette : Françoise Giret
       Arlequin : Claude Brasseur
       Monsieur Orgon : André Luguet
       Mario : Jean-Claude Drouot
 

Légendaire, en effet ! Quelle somptueuse distribution ! Que demander de mieux ?

 

L'auteur contemporain :  Dario Fo ou Matei Viniec en 1998 ?

 

Dario Fo

Pendant le festival d'Avignon 1998, j'avais aussi proposé un sujet sur l'auteur contemporain le plus joué sur scène cette année-là.  Je n'ai pas retrouvé  l'article !  Je sais qu'il y avait des Dario Fo en nombre. Il faut dire qu'il avait reçu le prix Nobel l'année précédente, en 1997.  Mais peut-être était-ce plutôt Matei Viniec. Le roumain était venu s'installer en France en 1987, fuyant Ceausescu. Il avait été naturalisé en 1994. Il était très présent aussi dans ces années-là !

 Par contre, cette année 2026, il n'y avait aucun Dario Fo et un seul Matei Viniec : Le souffleur de la peur !