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dimanche 6 septembre 2026

BILAN 6 : Les deux George de la littérature : mois d'août

 


 

 Voici le Bilan N°6 du challenge Les deux George de la littérature du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat


 Pour le mois de Septembre

Miriam : Le voyage à Majorque de George Sand et comme Sand en parle dans Histoire de ma vie, je publierai aussi un billet sur ce voyage.

Claudialucia

George Sand : une court roman pour enfant Le chêne parlant 

George EliotLe roman de Monsieur Gilfil dans Scènes de la vie du clergé.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 




 

 

 

samedi 15 août 2026

Balzac : Un drame au bord de la mer Le Croisic // Victor Hugo et Joaquin Sorolla : Biarritz


 

J’avais commandé le livre de l’écrivain allemand Siegfried Lenz conseillé par Cleanthe pour le challenge Escapades en Europe :  Les stations balnéaires mais il n’est arrivé chez moi qu’après mon départ en vacances vers mon petit hameau lozérien. Il me faudra donc attendre mon retour à Avignon en septembre pour le lire. Donc, j’ai choisi une nouvelle de Balzac : Un drame au bord de la mer pour la Station balnéaire du Croisic  et un livre de Joaquin Sorolla/ Bords de mer ainsi que des notes de Voyage de Victor Hugo sur Biarritz.

 

Eugène Boudin : Le Croisic


C’est dans les années 1830 que Balzac séjourne au Bourg-de-Baz et qu’il écrit un conte philosophique Un drame au bord de la mer, qui se déroule dans la presqu’île de Croisic et sa côte sauvage. Nous ne sommes qu’au début de la vogue pour les stations balnéaires qui correspond à la mode encore timide des bains de mer. Les plages de Saint-Goustan, de Port Lin au Croisic sont parmi les premières à accueillir des baigneurs.

Louis Lambert, un personnage de La Comédie humaine dans le roman éponyme de Balzac, est le principal personnage de la nouvelle Un drame au bord de la mer avec sa fiancée Pauline. Louis Lambert est le type même de l’artiste, à la sensibilité tellement exacerbée qu’elle confine à la folie. Pauline est la seule à pouvoir le comprendre et possède des trésors d’empathie et de patience, si bien que les deux jeunes gens passent tout d’abord un séjour idyllique au Croisic, sensibles à la beauté, au calme, au recueillement de la station balnéaire..

« La mer était belle, je venais de m’habiller après avoir nagé, j’attendais Pauline, mon ange gardien, qui se baignait dans une cuve de granit pleine d’un sable fin, la plus coquette baignoire que la nature ait dessinée pour ses fées marines. Nous étions à l’extrémité du Croisic, une mignonne presqu’île de la Bretagne … »

Tout d’abord, la beauté de la nature est en harmonie avec les sentiments de bonheur et de perfection qui sont ceux de Louis et de Pauline.

« La vie humaine a de beaux moments ! Nous allâmes en silence le long des grèves. Le ciel était sans nuages, la mer était sans rides ; d’autres n’y eussent vu que deux steppes bleus l’un sur l’autre ; mais nous, nous qui nous entendions sans avoir besoin de la parole, nous qui pouvions faire jouer entre ces deux langes de l’infini, les illusions avec lesquelles on se repaît au jeune âge, nous nous serrions la main au moindre changement que présentaient, soit la nappe d’eau, soit les nappes de l’air, car nous prenions ces légers phénomènes pour des traductions matérielles de notre double pensée. »

Mais ce moment de joie va être troublé par une première rencontre, celle d’un pauvre pêcheur vêtu de haillon, les pieds nus, le pantalon troué. Cette interruption de la félicité est marquée par une première dissonance qui apparaît dans le paysage : « Au moment où les toits de la ville apparurent à l’horizon en y traçant une ligne grisâtre... ».  Pourtant, lorsque tous deux décident d’acheter sa pêche au pêcheur à qui ils permettront ainsi de se nourrir et de subvenir aux besoins de son vieux père, leur harmonie est rétablie et la beauté du paysage est à nouveau présente et les illumine.

En ce moment, le soleil, sympathisant avec ces pensées d’amour ou d’avenir, a jeté sur les flancs fauves de cette roche une lueur ardente ; quelques fleurs des montagnes attiraient l’attention ; le calme et le silence grandissaient cette anfractuosité sombre en réalité, colorée par le rêveur ; alors elle était belle avec ses maigres végétations, ses camomilles chaudes, ses cheveux de Vénus aux feuilles veloutées. Fête prolongée, décorations magnifiques, heureuse exaltation des forces humaines !


Ils promettent alors au pêcheur un bon dîner s’il les amène à la Pointe de Baz jusqu’à la tour qui domine le bassin et les côtes entre Croisic et Baz.

Survient une seconde dissonance dans le paysage dont la vue les frappe par son aspect désertique et sa pauvreté, rien ne pousse sur cette côte battue par les vents de mer où la bouse séchée tient lieu de bois de chauffage l’hiver.

Figurez-vous, (...) une lande de deux lieues remplie par le sable luisant qui se trouve au bord de la mer. Çà et là quelques rochers y levaient leurs têtes, et vous eussiez dit des animaux gigantesques couchés dans les dunes. Le long de la mer apparaissaient quelques rescifs autour desquels se jouait l’eau en leur donnant l’apparence de grandes roses blanches flottant sur l’étendue liquide et venant se poser sur le rivage. »

C’est alors qu’ils aperçoivent, assis sur un rocher à l’entrée d’un grotte, un homme qui semble pétrifiée, le visage détruit par la mer, l’âge, le chagrin, les yeux ensanglantés,  et ce réprouvé, tout le monde semble vouloir l'éviter. Cet homme nommé Cambremer leur fait une terrible impression et ils sentent qu’ils sont devant le spectacle d’un grand malheur. Pauline et Louis n’ont de cesse d’apprendre l’histoire de Cambremer que leur raconte le vieux pêcheur. Je vous la laisse découvrir mais sachez que les jeunes gens, horrifiés, vont désormais voir ce qui les entoure d’un autre manière :  "L’horrible aspect de ces marécages, dont la boue était symétriquement ratissée, et de cette terre grise dont a horreur la Flore bretonne, s’harmonisait avec le deuil de notre âme."

La nouvelle joue donc sur le contraste entre l'harmonie du jeune couple détruite en deux temps par une sorte de gradation : 1)  l'apparition du pauvre pêcheur, 2) l'apparition de cet homme symbole du désespoir.

Balzac y soulève la question de l’impossibilité d’être heureux face au malheur des autres.

Il décrit la Nature en adéquation avec les états d’âme.

Il y a aussi, dans la suite de la nouvelle que je n'ai pas expliquée pour ménager la curiosité, une réflexion sur l’éducation de l’enfant, sur la responsabilité des parents et sur  l’existence  du Mal. Et, à ce propos, à notre grand étonnement, à nous, lecteurs modernes,  Balzac affirme qu'il peut y avoir :   « un crime nécessaire. » 

Victor Hugo et Biarritz

 

Victor Hugo

J'ai visité La Picardie et la baie de Somme avec Victor Hugo et voilà que je le retrouve à Biarritz en 1843 avant que la ville ne devienne une station balnéaire si connue ! Dans son carnet de voyage, il écrit : 

"On se baigne à Biarritz comme à Dieppe, comme au Havre, comme au Tréport ; mais avec je ne sais quelle liberté que ce beau ciel inspire et que ce doux climat tolère. Des femmes, coiffées du dernier chapeau venu de Paris, enveloppées d’un grand châle de la tête aux pieds, un voile de dentelle sur le visage, entrent en baissant les yeux dans une de ces baraques de toile dont la grève est semée ; un moment après, elles en sortent, jambes nues, vêtues d’une simple chemise de laine brune qui souvent descend à peine au-dessous du genou, et elles courent en riant se jeter à la mer. Cette liberté, mêlée de la joie de l’homme et de la grandeur du ciel, a sa grâce.

  (...)

Somme toute, avec sa population cordiale, ses jolies maisons blanches, ses larges dunes, son sable fin, ses grottes énormes, sa mer superbe, Biarritz est un lieu admirable.

 Je n’ai qu’une peur, c’est qu’il ne devienne à la mode. Déjà on y vient de Madrid, bientôt on y viendra de Paris.

 

Alors Biarritz, ce village si agreste, si rustique et si honnête encore, sera pris du mauvais appétit de l’argent ; sacra fames. Biarritz mettra des peupliers sur ses mornes, des rampes à ses dunes, des escaliers à ses précipices, des kiosques à ses rochers, des bancs à ses grottes, des pantalons à ses baigneuses. Biarritz deviendra pudique et rapace. La pruderie, qui n’a dans tout le corps de chaste que les oreilles, comme dit Molière, remplacera la libre et innocente familiarité de ces jeunes femmes qui jouent avec la mer. Et puis il y aura cabinet de lecture et théâtre. On lira la gazette à Biarritz ; on jouera le mélodrame et la tragédie à Biarritz. Ô Zaïre, que me veux-tu ? Le soir on ira au concert, car il y aura concert tous les soirs, et un chanteur en i, un rossignol pansu d’une cinquantaine d’années, chantera des cavatines de soprano à quelques pas de ce vieil océan qui chante la musique éternelle des marées, des ouragans et des tempêtes.

 

Alors Biarritz ne sera plus Biarritz. Ce sera quelque chose de décoloré et de bâtard comme Dieppe et Ostende.

 Rien n’est plus grand qu’un hameau de pêcheurs, plein des mœurs antiques et naïves, assis au bord de l’océan ; rien n’est plus grand qu’une ville qui semble avoir la fonction auguste de penser pour le genre humain tout entier et de proposer au monde les nouveautés, souvent difficiles et redoutables, que la civilisation réclame. Rien n’est plus petit, plus mesquin et plus ridicule qu’un faux Paris. 

Les villes que baigne la mer devraient conserver précieusement la physionomie que leur situation leur donne. L’océan a toutes les grâces, toutes les beautés, toutes les grandeurs. Quand on a l’océan, à quoi bon copier Paris ? 

Déjà quelques symptômes semblent annoncer cette prochaine transformation de Biarritz. Il y a dix ans on y venait de Bayonne en cacolet ; il y a deux ans on y venait en coucou ; maintenant on y vient en omnibus. Il y a cent ans, il y a vingt ans, on se baignait au port vieux, petite baie que dominent deux anciennes tours démantelées. Aujourd’hui, on se baigne au port nouveau. Il y a dix ans, il y avait à peine une auberge à Biarritz ; aujourd’hui, il y a trois ou quatre « hôtels ».

 

Cacolet . environs de Bayonne

 

Joaquin Sorolla : Bords de mer de Dominique Lobstein/Biarritz

Le petit livre d'art paru aux Editions des Falaises sur Joaquin Sorolla  Bords de mer  présente une rapide introduction de Dominique Lobstein à la vie et à l'oeuvre du peintre espagnol. Il est né à Valence en 1863 et ne peignit la mer qu'assez tard. Malgré des voyages incessants, il place toujours  l'Espagne au centre de son intérêt et de ses préoccupations. Le livre est réparti en trois. Une première  partie à Valence  s'intéresse aux  travaux quotidiens, les pêcheurs, la pêche en mer, le halage de la barque... Puis sous l'effet d'une vie familiale heureuse -  il a épousé Clothilde Garcia del Castillo - il  consacre de plus en plus de scènes aux jeux d'enfants aux bords de l'eau, scènes de bain à Javea ou Valence. A partir de 1900,  il peint essentiellement sa famille et, en particulier en 1906, il s'installe l'été à  Biarritz, cette station balnéaire mise à la mode par l'impératrice Eugénie, lieu de villégiature de l'élite européenne. 

 

L'impératrice Eugénie

 

Biarritz. 
A l'origine,  Biarritz est un port de pêche à la baleine jusqu'au XVII siècle. Après la  prise du dernier cétacé en 1686, les marins s'embarquent pour la pêche en Irlande ou en Terre-neuve.
 
Eugénie vint en 1830 à Biarritz avec sa mère, la comtesse de Montijo. Elle y retourne avec Napoléon III  en 1854. La villa Eugénie est construite  à cette date et le couple impérial y séjourne chaque été jusqu'en 1868. Des fêtes somptueuses y ont lieu. Ce qui entraîne la venue de nombreuses têtes couronnées et aussi du monde de la mode et du luxe. Le cauchemar de Victor Hugo s'est réalisé !

Là, Joaquin Sorolla peint sa femme, ses filles et petite-fille se promenant sur les sentiers rocheux, au cours d'un promenade vers le phare, ou protégés du soleil sous un toile bariolée, entrant dans l'eau sur la plage. Tous ses tableaux captent la lumière et ses variations, les reflets de l'eau, les nuances de blanc des robes élégantes, des ombrelles et des chapeaux, avec de temps en temps une note plus vive qui fait chanter les couleurs. Il a parfois la vision du photographe, influencé par son beau-père, le collectionneur et photographe Antonio Garcia Peris. Biarritz apparaît, telle qu'elle est devenue en ce tournant du siècle,  station balnéaire animée avec ses plages bondées, ses lieux de charme où tous rivalisent de raffinement et d'élégance, ses éclats de lumière et de soleil.

A l'heure actuelle, Biarritz est considérée comme la capitale du surf en Europe grâce à des vagues constantes, de tailles variées. De nombreuses écoles de surf et des entreprises liées au surf se sont développées.

  

Joaquin Sorolla : Plage  Biarritz1906

 
 
Joaquin Sorolla : Biarritz Sous la tente

  

Joaquin Sorolla : Biarritz Promenade au phare (1906)

 

Joaquin Sorolla : Biarritz Maria sur la plage (1906)

 

 

Joaquin Sorolla : Biarritz Instantané (Clothilde ou Maria avec un appareil photo)



Joaquin Sorolla : Figure en blanc




 
Joaquin Sorolla : Biarritz Coucher de soleil


















mardi 15 avril 2025

Yordan Raditchkov : Les récits de Tcherkaski


Dans Les récits de Tcherkaski, Yordan Raditchhkov (1929-2004)  met en scène les paysans d’un village bulgare imaginaire qui ressemble beaucoup à celui où il est né, Kalimanitsa, dans le nord-ouest de la Bulgarie.

J’avoue que j’ai d’abord été un peu déstabilisée par les récits de Yordan Raditchkov et qu’il m’a fallu un moment pour m’y faire.

C’est d’abord par la forme qu’ils m’ont surprise, l’écrivain procède par répétitions au cours d’un même récit. L’histoire présente une structure récurrente mais agrémentée de variantes, d’ajouts, de développements différents, retournant au début pour progresser et repartir vers la suite.  Yordan  Raditchkov donne ainsi l’impression d’oralité, l’impression d’un conte raconté de loin en loin, d’une bouche à l’autre, le soir à la veillée, ce qui donne lieu chaque fois à des fioritures selon l’imagination du conteur. L’écrivain explique qu'il a à coeur de  « légaliser le discours populaire parlé. Non seulement le discours populaire parlé mais aussi la manière dont le peuple construit ses histoires. »

Ainsi le conte intitulé Janvier dans lequel des chevaux pleins de terreur font irruption dans le village sans leur maître mais avec un loup mort dans leur traîneau. D’autres villageois décident de partir à leur tour pour chercher le disparu mais les chevaux reviennent  sans eux avec un loup mort dans le traîneau et ainsi de suite. Métaphore de la Mort ? Peut-être ? Mais aussi impression d’être plongé dans un univers absurde qui est une autre caractéristique de ces récits.

 On dit de lui qu’il est un Kafka bulgare. Absurde le voyage dans Paris a un jour de congé, lorsque Gotsa Guerasov part à Paris en train, avec ses jambières et son couteau, ses amis lui disent de faire attention aux françaises car elles ont des culottes de dentelle, sa femme lui conseille de mettre un pull over (Un pull over ! un truc de bonne femme), les cochons regardent les paysans aiguiser leur couteau d’un oeil féroce et dévorent les poules. Enfin, le train part et traverse tous les pays européens mais quand Gotsa arrive à Paris, la ville est vide et il n’aperçoit que la Tour Eiffel :

-Et il n’y a rien d’autre ?
-Bien sûr que si ! dit le conducteur. Mais aujourd’hui Paris a un jour de congé


 Et Gotsa Guerasov retourne au pays sans avoir vu Paris pour tuer les cochons avec son couteau, des cochons qui  n’ont pas l’intention de se laisser faire et qui le regardent encore plus férocement.

On peut parler aussi à propos des  des récits de Tcherkaski de « réalisme magique » mais qui n’a rien à voir avec celui des oeuvres latino-américaines.  La magie vient ici des légendes, des croyances, de l’imagination paysannes, un pays peuplé par des petits personnages étranges comme Le Tenèts« être  humain qui, après sa mort, ne va nulle part mais reste parmi nous », créatures magiques qui font le travail à ta place, traire les vaches, actionner le métier à tisser et même, depuis que Raditchkov l’a rencontré, c’est lui qui écrit ses oeuvres tandis qu’il se la coule douce. Mais il y a aussi Le Verblude, une créature fantastique qui peut prendre toutes les formes, issue de l’imagination de l’auteur.

 Bien sûr, tous ces récits sont souvent teintés d’humour et contiennent aussi une dimension sociale. Dans la postface, Marie Vritna-Nikolov, la traductrice, écrit  « Cette magie intérieure à l’homme, est liée à la vie paysanne ; elle a disparu de notre monde moderne trop riche en objets de toutes sortes pour stimuler notre imagination. Le paradoxe souligné par Raditchkov est que la pauvreté matérielle engendre une richesse imaginaire, tout un monde merveilleux qui disparaît sous le flot de l’abondance matérielle. »
 C’est peut-être ce que signifie la conclusion du récit Paris a un jour de congé : «  Il était sûr que tout s’était passé ainsi, parce qu’il l’avait pensé ou bien qu’il l’avait désiré. Quelles pensées ne nous viennent-elles pas à l’esprit entre deux soupirs de tempête et que ne désire-t-on pas ? »  Le paysan  sait bien que jamais il ne verra Paris, que ce voyage, il est trop pauvre pour le faire autrement qu’en imagination !

Mais nous dit la postface il existe aussi une dimension politique dans ces récits qui étaient présentés comme des fables - apparemment absurdes, grotesques et inoffensives- pour la censure. Les lecteurs de l’époque ne s’y trompaient pas et au-delà de la fable cherchaient le deuxième degré. (Je suis comme les censeurs, je n’ai  souvent lu les oeuvres qu’au premier degré, je l’avoue !).  Raditchkov confie que si au lieu de Paris, il avait, comme il le désirait,  parler de Moscou, la réaction aurait été violente.  Et c’est vrai que si c’était Moscou a un jour de congé, à l’époque du totalitarisme soviétique, cette ville vide, morte, que l’on ne peut voir, et cette conclusion, Que ne désire-t-on pas ?  prendraient un autre sens !  
De même dans Le printemps arrive, si on lit ce dialogue plein d'humour au second degré lorsque le camarade président s’indigne que la rivière ait autant de méandres.

-«  Cette rivière doit être corrigée ! dit le président.  Pourquoi tant de méandres pour une seule rivière ?
- c’est une vieille rivière, camarade président, dit Gotsa Guerasov
-Je sais bien qu’elle est vieille !
-Elle est là depuis l’époque turque, camarade président . »

Le pouvoir veut même "corriger" la nature, lui dicter sa loi et il faut excuser la rivière d'être ce qu'elle est ! J'ai bien aimé d'ailleurs que l'excuse sa fasse sur le dos des Turcs !  

Enfin de tous ces récits un peu burlesques, avec une logique décalée, toujours étonnante, mais dans un style magnifique, surgit la poésie liée à la Terre si étroitement mêlée à la vie des paysans juchés sur leur charrette, dans la brume, que l’on ne sait distinguer l’une de l’autre comme dans Humeur farouche :

« Tout cela roulait en eux profondément, tantôt froid, tantôt bleuté, tantôt revêtu de lumière et tremblant de chaleur, tantôt irisé, tantôt d’un vert estival : cela roulait, tournait dans un mouvement circulaire et silencieux, et les hommes sentaient les gouttes suinter de ce tourbillon et tomber sur leur coeur, régulièrement, tranquillement, et à chaque contact, ce coeur se serrait, puis relâchait ses muscles avant de se serrer encore, puis se relâchait à nouveau en diffusant une vibration dans les veines, et les coups étaient comme un écho qui ne pouvait jamais être absorbé et qui ne mourait jamais, tout comme ne mouraient pas le mouvement des roues devant eux, la rotation de la Terre et du soleil.

une nature douée de vie L’arbre vert … 


"L’arbre vert pointait, hérissé comme un porc-épic, à croire qu’il se dressait contre la forêt entière : une vraie petite bête féroce qui piquait dès que quelqu’un tentait de le toucher.. «  Il est sauvage, dit mon père, mais nous allons l’apprivoiser ! ». C’était le printemps ; les tortues sortirent à l’air libre, elles se mirent à promener d’un air important leurs grandes maisons à travers la clairière, le loup changea de nouveau de fourrure et les arbres commencèrent à verdir. "


Yordan Raditchkov (1929-2004)


 

 

"Né en 1929 dans le village de Kalimanitsa, dans le nord-ouest de la Bulgarie. Souffrant de tuberculose, il se voit obligé de suivre une longue convalescence dans une station thermale et dans son village natal.
Journaliste et membre des comités de rédaction de plusieurs journaux, membre de la commission des scénarios de la Cinématographie nationale bulgare, Yordan Raditchkov publie en 1959 un premier recueil de récits, Le cœur bat pour les hommes, suivi de plusieurs autres recueils de récits et de romans. Sa première pièce de théâtre, Remue-ménage, date de 1967. Viennent ensuite les pièces Janvier (1973), Lazaritsa (1978), Tentative d'envol (1979), Les paniers (1982).
En 1980, son roman-récit de voyages Les cours obscures est traduit en français et publié chez Gallimard. Les textes de Raditchkov sont traduits dans plus d'une vingtaine de langues. Ses pièces sont jouées dans plusieurs pays, dont la Suède et la Finlande.
Il est titulaire du prix Georges Dimitrov, l'une des plus hautes distinctions bulgares. En 1994, il reçoit le prix italien Grinzane Cavour pour le meilleur livre étranger.
Yordan Raditchkov est considéré comme un classique vivant de la littérature bulgare.
"




jeudi 20 mars 2025

Yordan Raditchkov : le poirier et les Noms

Van Gogh : poirier en fleurs

 

Je présenterai bientôt un recueil de nouvelles de Yordan Raditchkov : Les récits de Tcherkaski. Yordan Raditchkov est considéré comme l'un des plus grands écrivains bulgares. Mais pour vous donner une idée de son écriture, voici le texte d'un autre recueil intitulé : Barbe de Bouc. J'adore !

" Mon père, cependant, cracha dans ses mains et empoigna la hache. Alors ma tante se mit à pousser des cris perçants, me traîna dans la neige jusqu'à l'arbre et s'interposa entre le poirier et mon père. " Je vais le couper ! " criait mon père et il faisait de grands gestes avec la hache. " Tu ne le toucheras pas ! " menaçait ma tante. " Je vais le couper !" disait mon père qui s'escrimait avec sa hache, " Je n'ai pas besoin d'un poirier stérile devant ma maison ". Ma tante ne cédait pas et elle jurait sur ce qu'elle avait de plus sacré que le poirier allait produire des fruits cette année, que cela ne faisait rien s'il était resté stérile de nombreuses années. - Bon, mais s'il n'a pas de fruits ? demandait mon père. Ma tante promettait en son nom et au nom du poirier qu'il donnerait des fruits, mais que s'il n'en donnait pas, alors mon père pouvait bien le couper avec sa hache en automne. Au printemps, le poirier se couvrit de fleurs et eut beaucoup de fruits. Plus tard, j'appris que toute l'histoire autour de la hache avait été inventée par ma tante pour que le poirier ait peur et donne des fruits. " 

 

 

Camille Pissarro : le noyer

Et ce  texte Les Noms extrait du recueil Le pot acoustique

"La soeur aînée de ma mère s'était mariée dans le village de Jivovtsi, dans l'ancien district de Berkovitsa. C'était une femme grande et svelte qui paraissait très douce. Son mari s'appelait Tseko. Ils avaient trois filles : Galouna, Veneta et Tsvetana. Galouna s'était mariée la première. Son époux s'appelait Yosko. Ils avaient une fille, elle-même baptisée Yochka. Pour moi ces noms ont toujours respiré la douceur et la bonté. Lorsque toutes ces femmes souriaient, des fossettes apparaissaient sur leurs joues.

Leur verger était dominé par un vieux noyer dont les fruits avaient une écorce molle. Dans la cour, se trouvait un puits qui abritait un très vieux poisson, devenu presque chauve avec les années. Le tout -parents, noms, noyer, puits et poisson - était situé sur la rive gauche de la rivière Ogosta. Les vieilles personnes l'appelaient l'Ogost sans prendre conscience qu'elle portait le nom d'Octave Auguste. Ainsi avait-on transmis le nom de la rivière depuis l'époque romaine à nos jours.

A ce jour, ma mère la désigne encore par son nom ancien".


 


 
( dans Les Belles Etrangères : 14 écrivains bulgares Edition : L'esprit des péninsules)

 

 

 

 

 

 

Yordan Raditchkov : 1929-2004




dimanche 9 février 2025

Yordan Yovkov : Soirée étoilée

Van  Gogh : Nuit étoilée

 

Yordan Yovkov (1880/1937), écrivain bulgare, considéré comme le maître la nouvelle, connaît bien la ruralité puisque ses parents avaient une ferme, son père étant éleveur. Il s’attache à peindre les paysans et les traditions de sa région natale, La Dobroujda .
Dans cette nouvelle Soirée étoilée pleine de spiritualité et d’une poésie proche de la nature où le ciel et les étoiles occupent une si grande place qu’ils semblent préfigurer l’envol d’une âme, Yordan Yovkov aborde le thème de la mort d’un fillette vue par son frère, le petit Yoshka.

 Le petit Yoshka s'occupait des bœufs qui paissaient. Allongé, il était presque caché dans l'herbe. Son visage, baigné dans la lueur rosée du ciel, était clair et pur, avec de grands yeux bleus comme les fleurs bleues parmi les herbes. Dans ses mains, il tenait un bouquet de fraises rouges qu'il avait cueillies pour sa sœur malade.

Avec un deuxième personnage, Grand-père Sider, un berger, que l’enfant interroge sur les étoiles, la nouvelle se teinte d’un Merveilleux chrétien. L’enfant et le berger semblent appartenir à un conte de Noël dans lequel le ciel expose sa beauté sublimée sous les yeux de l’enfant et du vieil homme. Tous deux ont la simplicité des âmes restés proches de la nature et de Dieu.

« Et cette pile d'étoiles, c'est le berger. Vois son troupeau dispersé dans l'arc-en-ciel - les petites étoiles ; voici une autre étoile plus grande et à côté une plus petite : le berger et son chien. Tu les vois, n'est-ce pas, Yoshka ? Il existe un autre amas de telles étoiles là-bas : il s’agit du Cochon. Mais le berger passe toujours en premier, avant le soc et devant le porcher. Dieu aime les bergers. N'est-ce pas pour cela qu'ils furent les premiers à voir l'enfant Jésus… »

 Soudain l’enfant voit une étoile filante qui paraît s’écraser sur la terre. Quand une étoile tombe, lui dit le grand père, quelqu’un meurt. Or, pendant le récit du vieil homme, le petit garçon a oublié sa soeur à qui il avait pensé toute la journée, aussi est-ce avec crainte, l’esprit troublé, qu’il regagne sa maison. En arrivant, il découvre qu'Angelina est morte.

Yochka, toujours avec le bouquet de fraises rouges à la main, tournait vers le ciel son visage baigné de larmes. Il était ainsi couvert de milliers et de milliers d'étoiles ; mais Yoshka n'entendait plus ces sons calmes qui semblaient venir d’elles sur la terre. Elles se regardaient maintenant timidement et embarrassés, comme si elles s'interrogeaient sur l'amie soudainement disparue - l'âme douce de la petite Angelina. .
 

 


 

lundi 27 janvier 2025

Tolstoï : La matinée d’un seigneur

 


Dans la nouvelle  La matinée d’un seigneur de Léon Tosltoï, le jeune Nekhludov, dix-neuf ans, étudiant en troisième année à l’université, revient dans son domaine après la mort de son père et décide d’abandonner ses études pour se consacrer à remettre en ordre  ses affaires. Il est jeune, idéaliste et voit son travail comme une vocation, c’est ce qu’il écrit à sa tante :

« J’ai découvert que le mal principal tient à la situation plus que miséreuse des paysans, et c’est un mal qu’on ne peut y remédier que par le travail et la persévérance (…) N’est-ce pas mon devoir le plus sacré de me vouer au bonheur de ces sept cents âmes dont j’aurai à rendre compte à Dieu ? » 

 

Tolstoï labourant de Illia Repine

Une fois sa décision prise, le jeune Barin se consacre entièrement à sa « vocation ». Un an après,  Tolstoï  décrit la journée du jeune homme qui visite ses serfs pour leur apporter des secours. Et la description qu’il nous donne de la vie des paysans et des difficultés du maître est d’une terrible ironie. D’une famille à l’autre c’est le constat d’une misère telle qu’il est impossible d’en venir à bout ni de la soulager.
Il se heurte tour à tour à la méfiance des paysans vis à vis du seigneur et de sa toute puissance, à leur mentalité qui leur fait refuser tout ce qui est nouveau. S’il veut que leurs enfants aillent à l’école qu’il a aménagée pour eux, ses serfs le supplient de ne pas les priver de leur main d’oeuvre, s’il veut  envoyer une femme malade à l’hôpital pour se faire soigner elle n’a pas le temps, les enfants, les bêtes à nourrir, les  travaux de ferme, elle ne peut s’absenter. Les serfs refusent aussi de s’installer dans les maisons en dur qu’il a fait construire pour eux et qui ressemblent disent-ils à des prisons. Certains sont travailleurs et intelligents mais leur terre est argileuse et ne produit pas et le maître constate qu’il existe une sorte de cercle vicieux :  les paysans les plus pauvres ne peuvent fumer leur terre parce qu’ils n’ont pas de bétail mais s’ils en avaient ils ne pourraient pas nourrir leurs bêtes parce que la terre n’est pas assez riche ni assez étendue. De plus, comme le dit l’un d’entre eux au Barin, « ce n’est pas le fumier qui produit le blé mais Dieu » et si Dieu ne veut pas, on ne peut rien faire. D’autres mieux partagés ont de la bonne terre mais sont paresseux, boivent, n’entretiennent pas la propriété, s’abandonnent à leur sort. Le maître se heurte à l’immobilisme et la résignation. Ainsi lorsqu’il reproche son inertie à l’un de ses paysans, celui-ci se tait et toute son attitude semble dire :

«  Je sais, je sais, ce n’est pas la première fois que j’entends cela. Eh bien ! Frappez-moi s’il le faut je le supporterai ». Il semblait désireux que le maître cessât de parler et le frappât au plus vite, et même qu’il frappât avec force ses joues bouffies, mais qu'il le laissât tranquille le plus tôt possible."

La mère de ce dernier supplie même le barin d’envoyer son fils qui refuse de travailler à l’armée  : « Punis-le, envoie-le comme soldat, ce sera la fin, je n’ai plus de force avec celui-là ! »

Pourtant la misère est terrible, les serfs ne mangent pas à leur faim, le pain manque souvent, les habitations sont infestées, branlantes :

« Nekhludov entra dans l’isba. Les murs rugueux, enfumés d’un côté étaient couverts de guenilles et de loques, et de l’autre, absolument grouillants de cafards rougeâtres qui pullulaient près des icônes et du banc. Au milieu du plafond de cette petite isba de six archines, noire et puante, il y avait un grand trou, et bien qu’il y eût des étais en deux endroits, le plafond était tellement affaissé qu’il semblait menacer incessamment d’un effondrement. »

On y retrouve aussi Semione Doutlov qu’on a déjà vu dans la nouvelle Polikouchka. C’est l’exemple du paysan riche mais qui refuse par avarice d’étendre son exploitation, de louer des terres, d’acheter des bois, ce qui profiterait à toute la communauté. Il préfère l’argent gagné plus facilement en faisant du roulage, transport de marchandises qu’il confie à ses fils et neveu.

 

Sophie, Maria, Alexandre Tolstoï et les enfants de paysans

Pauvre Nekhludov ! Tout le monde se moque de lui et il en éprouve de la honte.  Non seulement il ne parvient pas à réaliser ses rêves mais, en plus, il est presque ruiné et il est considéré comme un imbécile par ses voisins et ses paysans. Et voilà ce que lui dit sa vieille nourrice : «  Excuse-moi, mon petit père … Tu as déjà donné tant de libertés aux paysans que personne ne craint plus rien; est-ce ainsi que font les maîtres ? Il n’y a rien de bon ici, tu te perds toi-même et le peuple se gâte. » 

 
Bien sûr, Tolstoï évoque ici sa propre expérience. Il avait créé une école et c’est sa femme Sophie et deux de ses filles qui faisaient la classe aux enfants. Quand il voulut affranchir ses serfs en 1856 et leur donner des terres, ceux-ci refusèrent, pensant qu’il voulait les escroquer.

 

dimanche 26 janvier 2025

Léon Tolstoï : L'histoire d'un pauvre homme ou Polikouchka

 

 

 

L’Histoire d’un pauvre homme de Léon Tosltoï est paru en 1860 sous le titre de Polikouchka. Une conversation entre la Barina, propriétaire du village, et son intendant nous apprend que celle-ci doit choisir trois recrues parmi ses serfs pour l’armée impériale.

« Ce jour-là, il s’agissait du recrutement. Le domaine devait trois hommes. Deux étaient désignés d’emblée, par la force des choses, par la réunion de certaines conditions de famille à la fois morales et économiques ; pour ceux-là, il n’y avait plus à hésiter ni à discuter : le mir, la barinia et l’opinion publique étaient d’accord sur ce point. C’était le troisième qui faisait l’objet de la discussion. Le gérant ne voulait pas qu’on touchât à aucun des trois Doutlov ; il eût préféré qu’on prît à la place le dvorovi chef de famille, Polikouchka, un garnement mal famé, surpris trois fois volant des sacs, des guides et du foin. » 
Les serfs constituaient la plus grande partie de l’armée et c’est, en effet, au seigneur qu’incombait ce choix qui n’était pas sans conséquence pour ceux qui étaient recrutés.  A l’origine, le service durait vingt cinq ans, le serf y était misérable, affamé, soumis à une discipline terrible. C’était une sorte de mort civile. Il ne revoyait plus sa femme qui, bien souvent était obligée de se prostituer pour vivre, ni  ses enfants, il perdait ses droits et ses biens s’il en avait, et lorsqu’il était libéré -s'il ne mourrait pas avant-, il n’avait comme recours que la mendicité. C’est pourquoi, bien souvent, le seigneur choisissait des hommes dont il était mécontent et en profitait pour se débarrasser des fortes têtes. C’était devenu un moyen de punition.
 

La Barina hésite, elle ne veut pas de mal aux Doutlov mais elle ne veut pas sacrifier Polikouchka qu’elle a converti elle-même et qui lui a promis d’être honnête :  sauver une âme, la ramener à Dieu, ce dont elle n’est pas peu fière ! Elle décide donc de laisser à l’assemblée rurale, le Mir, le soin de trancher. C’est Illyouchka, le neveu de la famille Doutlov qui est tiré au sort.
Pendant ce temps, la Barina met Polikouchka à l’épreuve en l’envoyant à la ville chercher une forte somme d’argent que lui doit un marchand, en charge au serviteur de lui ramener la somme intacte. Elle lui fait confiance.

Polikouchka va-t-il réussir son épreuve ? Le neveu va-t-il échapper à l’armée ? Je ne vous en dis pas plus mais sachez que l’histoire est tragique et que le dénouement est particulièrement cruel. Tolstoï décrit la vie russe, la pauvreté incommensurable des serfs et les mentalités. La nouvelle présente une critique sociale assez appuyée : la Barina pourrait racheter le serf mais cela ne lui vient pas à l’esprit malgré l’étalage de bons sentiments et le vieux paysan, le riche Semione Doutlov, pourrait faire de même pour son neveu bien qu’il prétende être pauvre mais il est trop avare. Tolstoï insiste bien sur ce point et réunit dans une même critique la maîtresse et le paysan, tous deux hypocrites et égoïstes. On lit le récit en état d’urgence tant on est angoissé de savoir ce qui va arriver. Une nouvelle très forte.  Du Tolstoï ! What else ?


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