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lundi 18 mai 2026

George Sand : Les beaux messieurs de Bois-Doré

 

Je  le savais bien et depuis longtemps qu’il me fallait lire Les beaux Messieurs de Bois-Doré de George Sand pour découvrir encore et toujours une autre facette des talents de cette grande écrivaine ! 
Hélas ! On ne connaît trop souvent que deux ou trois titres de l'oeuvre prolifique de cette écrivaine et c’est toujours avec une certaine condescendance que l’on parle d’elle et c'est dommage !


Un roman à couleur historique

 

Louis XIII enfant

Bref !  C’est avec beaucoup de plaisir que je découvre le charme de ces beaux Messieurs du XVII siècle dans la province du Berry. Roman à « couleur historique » selon l’expression de George Sand qui se refuse à écrire un roman d’Histoire même si elle s’est très sérieusement documentée. Peut-être veut-elle se sentir plus libre vis à vis des évènements, des ellipses de temps qu’elle pratique, de ce qu’elle a envie ou non de raconter ? Elle n'entend pas faire oeuvre d'historienne ! Roman de cape et d’épée avec duels, assassinats, traîtrise et moments de bravoure, roman d’aventures et d’amour, roman enlevé, virevoltant, avec des personnages attachants jusque dans leurs ridicules, Les Beaux messieurs de Bois-Doré, s’inscrit aussi dans les guerres de religion qui ont déchiré le royaume de France pendant de terribles siècles. 

En 1857, date à laquelle paraît le roman en feuilleton, George Sand s’était engagée à ne pas écrire de romans à thèse, son socialisme et son anticléricalisme lui ayant attiré quelques ennuis, mais j’ai trouvé qu’elle manifestait une grande tolérance vis à vis des protestants, elle qui est catholique, et on ne peut pas dire que le personnage du recteur, prêtre ambitieux, intrigant et délateur, qu’elle met en scène, soit très sympathique !
On a pu comparer ce roman à ceux de Dumas mais elle s’en démarque aussi. Contrairement à ce dernier qui nous fait assister à l’histoire comme si nous la vivions, la narratrice ne s’efface pas mais est toujours présente. Elle intervient pour nous faire part de ses idées et établir des comparaisons entre hier et aujourd’hui. Par exemple, elle parle des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau, évoque la période la Terreur et nous rappelle que les châteaux où vivent ses personnages du XVII siècle sont encore debout ou en ruines à son époque !


Les personnages : Le vieux marquis du Bois-Doré et son neveu Mario

 

Le château de Briantes

Le roman commence en 1620 à l’époque de Louis XIII et de Richelieu. Il finit en 1629 avec la guerre contre la Savoie et ses alliés, l’Autriche et l’Espagne. Mais par l’intermédiaire des personnages comme le vieux marquis, Sylvain du Bois-Doré, nous remontons dans le temps à la fin du XVI siècle. Monsieur du Bois-Doré, protestant, a participé aux guerres de religion. Il a suivi Henri IV et a abdiqué sa religion comme lui. Certes, le roi fait adopter l’édit de Nantes en 1598 qui accorde la liberté de culte aux protestants mais celle-ci est toujours remise en question. Les  remous de l’Histoire viennent ébranler la vie campagnarde et menacent les protestants même les nouveaux convertis jusqu’au fin fond de la province. 
Depuis l’assassinat de son roi bien-aimé, Sylvain du Bois-Doré, s’est retiré dans son petit domaine berrichon, le château de Briantes, qui, par la taille, ne paye pas de mine mais jouit d’un luxe prodigieux. Il faut dire que le vieux marquis est riche, il a pillé les monastères pendant les guerres de religion et a été faux-saulnier dans sa jeunesse (comme il se doit pour tout bon noble qui se respecte ! ). C’est un homme bon, indulgent envers autrui et très généreux. Il veille à la prospérité de son entourage, ses domestiques et ses fermiers. Mais il a un défaut. Il refuse de dire son âge et veut paraître plus jeune qu’il ne l’est ! Il est pourtant désuet avec ses "fraises godronnées" et n’est plus en phase avec son époque ! George Sand joue avec beaucoup de malice des défauts de son personnage qui frôle parfois la caricature et provoque le rire mais ne cesse pourtant d’attirer notre sympathie. 

« Depuis ce jour, Bois-Doré porta perruque ; sourcils, moustaches et barbe peints et cirés ; badigeon sur le museau, rouge sur les joues, poudres odorantes dans tous les plis de ses rides ; en outre, essences et sachets de senteur sur toute sa personne : si bien que, quand il sortait de sa chambre, on le sentait jusque dans la basse-cour, et que, s'il passait seulement devant le chenil, tous ses chiens courants éternuaient et grimaçaient pendant une heure. »

A l’origine, Sand avait écrit une comédie intitulée Mario interprétée par sa famille et ses invités sur la scène de théâtre de son château de Nohant. C’est donc cette comédie qu’elle a adaptée en roman feuilleton.

Il faut ajouter que Bois-Doré est un amoureux de l’Astrée, le roman fleuve d’Honoré d’Urfé qui a passionné les Précieuses dont Molière se moquera dans sa pièce en 1659. Pourtant, la réflexion de George Sand sur cette oeuvre prête à réfléchir : « au milieu des turpitudes sanguinaires des discordes civiles un cri d’humanité, un chant d’innocence, un rêve de vertu qui montent vers le ciel ».  En effet, le vieillard vit dans un contes de fées, idéaliste et courtois, peuplé de bergers et de bergères et de bons chevaliers, avec des héros qu’il prend pour modèle, confondant la réalité et le rêve. Une sorte de Don Quichotte qui a aussi son Sancho Pansa puisqu’il est fidèlement secondé par son serviteur et perruquier Adamas. George Sand y a-t-elle pensée quand elle a créé ce personnage ? Il n’a pas perdu la combativité de sa jeunesse et illustre l’idéal chevaleresque. Il sait encore manier l’épée quand son honneur et l’amour pour son neveu Mario le commandent :  mais « hors du combat où il se portait vaillamment, il était d’une mansuétude révoltante. »

Mario, son fils adoptif ?  L’autre monsieur du Bois-Doré ! Orphelin, ses parents ont été assassinés, il a été élevé parmi des bohémiens, par une femme, la morisque Mercédès, qui l’aime comme un mère. Il retrouve sa famille et son oncle l’adopte pour en faire son héritier. Il va s’illustrer par son courage, sa noblesse et sa beauté. C’est un enfant au début du roman et un jeune homme à la fin. Catholique, il est amoureux de la belle Lauriane qui reste attachée à sa religion protestante. Leur amour sera-t-il possible  ? 

 

Les autres personnages 

 

Henri II de Bourbon-Condé

 

Les personnages de l'Histoire de France ont un présence plus ou moins lointaine dans le roman : Henri II de Bourbon Condé est gouverneur du Berry. George Sand ne l'aime pas et lui fait jouer un rôle très négatif dans le récit. Il est le père de Louis II de Bourbon surnommé plus tard le Grand Condé, cousin de Louis XIV, et dont la naissance en 1621 donne lieu à des festivités dans le roman. Il est question aussi de Louis XIII, de sa mère la régente Marie de Médicis et de Richelieu.

Parmi les autres personnages fictifs importants du roman figure un noble espagnol don Antonio d’Almivar, catholique fanatique, venu à la cour de France faire fortune pendant la régence de Marie de Médicis. Protégé du favori de la reine, Concini, il se compromet et est obligé de fuir Paris. Il se réfugie dans le Berry où il devient l’hôte de Monsieur du Bois-Doré. Je ne vous en dis pas plus sur lui pour ne pas divulguer l'histoire.
Il y a aussi Monsieur de Jovelin, un musicien, qui est en réalité un savant italien, disciple du philosophe et mathématicien Giordano Bruno, brûlé vif par l’Inquisition en 1600, et que Monsieur de Bois Doré cache pour le soustraire aux persécutions de l’Eglise.


Montaigne

Le château de la Motte-Feuilly où vit Lauriane

Dans le château voisin du marquis, le château de la Motte-Seuilly, vit monsieur de Beuvre, protestant qui n’a pas voulu renier sa foi mais il entre plus de calculs et d'intérêts dans son choix que de sincérité. C’est le père de Lauriane.
 

« Le château de la Motte-Seuilly (c’est le nom qui a prévalu), encore debout et à peu près intact aujourd’hui, est un petit manoir composé d’une tour d’entrée hexagone toute féodale, d’un corps de logis tout nu percé, de fenêtres très-espacées, avec deux autres corps en retour, l’un desquels est flanqué d’un donjon. »

Monsieur de Beuvre est un grand admirateur et lecteur de Montaigne et c’est peut-être pour cela que la vie de ces petits nobles dans les châteaux berrichons me parle autant de celle que décrit Montaigne dans son château en Dordogne. En particulier, le siège du château de Briantes par des brigands, m’a rappelé le récit de Montaigne ouvrant grand les portes à un voisin venu l’attaquer et lui faisant tant de démonstrations d’amitié que le seigneur, honteux, renonça à  ses intentions belliqueuses et se retira. Que se serait-il passé si le voisin de Montaigne avait continué ? L’attaque du château racontée par George Sand répond à la scène que je m'étais imaginée en lisant Montaigne. C’est un moment dramatique du roman qui nous permet de comprendre les dangers de ce siècle à une époque, pourtant, moins exposée qu'au Moyen-âge, où les fortifications médiévales tombent et où naît une architecture plus ouverte et dédiée à l’élégance, la Renaissance. 

Les beaux messieurs de Bois-Doré est un roman très agréable à lire situé dans une période historique qui me passionne. Il faut dire que, née dans les Cévennes, proche du lieu ou s’est embrasée la révolte des Camisards, je suis tombée dans les guerres de religion comme Obélix dans la potion magique (presque) dès ma naissance et ai été nourrie des récits sur les assemblées au Désert ou les dragonnades après la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV ! 
Le roman nous emporte dans les tourments de l’Histoire, avec des personnages amusants et attachants et des ennemis machiavéliques. Il nous fait vivre des aventures rocambolesques. Il est écrit dans un style vif, enlevé, direct et clair. A lire pour découvrir les talents cachés de George Sand.

 


 


 

dimanche 22 février 2026

George Sand : La Petite Fadette

 

 

La Petite Fadette est une lecture de mon enfance et je peux bien dire que je l'ai lu plusieurs fois alors et adoré ! Je l’ai relu depuis et j’y trouve chaque fois quelque chose de nouveau, un intérêt supplémentaire que je n’avais pas remarqué auparavant.


Le récit


Deux jumeaux, Landry et Sylvinet, des bessons- comme on dit dans le Berry- vivent dans une famille de fermiers aisés, les Barbeau. Ils sont très attachés l'un à l'autre, trop peut-être; surtout de la part de Sylvinet, plus fragile et plus doux que son frère. A leur naissance la sage-femme avait prévenu :  Enfin empêchez-les par tous les moyens que vous pourrez imaginer de se confondre l'un à l'autre et de s'accoutumer à ne pas se passer l'un de l'autre.  Ce qui n'a pas été fait. Aussi quand Landry doit aller travailler à la ferme des voisins, Sylvinet ne supporte pas la séparation et s'enfuit. Landry le recherche et le retrouve grâce à la Petite Fadette, une jeune paysanne, Françoise Fadet. En récompense et malgré sa mauvaise réputation, la Fadette obtient de Landry qu'il la fasse danser au bal du village. 

Orpheline pauvre, élevée par sa grand-mère, guérisseuse qui a le secret des plantes, la petite Fadette, Fanchon ou Françoise Fadet, a une tenue misérable, des manières de sauvageonne qui font qu'elle est considérée comme une sorcière. D’où ce surnom de Fadette qu’elle doit à la fois à son nom de famille et qui fait référence à l’occitan fadet, sorte de lutin malicieux ou petite fée qui peuple les campagnes berrichonnes, mot que l’on retrouve dans le farfadet, le feu follet, ou le fada provençal, le simple d’esprit, le fou, le ravi de la crèche…

 Landry n'est pas très heureux de faire danser ce laideron au lieu de la belle Madelon qu'il courtise. Mais il tient sa promesse. Peu à peu il va découvrir la Petite Fadette que l'amour transforme en charmante jeune fille paisible et sage mais avisée. Landry finira par l'épouser après avoir surmonté bien des obstacles. Sylvinet, lui aussi amoureux de la jeune femme, s'engage par désespoir dans l'armée napoléonienne où il obtient le grade de capitaine, réussite sociale pour une famille de paysan, mais il ne guérira jamais de son amour.


Les derniers bardes

Le feu follet

Quand George Sand écrit La petite Fadette, c’est en mai 1848, elle vient de quitter Paris où se déchaîne la violence de la révolution pour se réfugier à Nohant. Elle a besoin de calme !  Elle a aussi besoin d’argent ! Et pour cela, elle ne peut compter que sur sa plume ! C’est avec beaucoup de désinvolture qu’elle parle de La Petite Fadette dans sa correspondance : « je reviens aux bergeries ». Pourtant elle va mettre dans ce roman beaucoup d’elle-même et d’abord son amour pour sa région, le Berry, qu’elle connaît si bien. Une des grandes préoccupations de sa vie a été de rendre compte de la vie de la campagne berrichonne. Avec son fils, Maurice, elle a collecté toutes les légendes berrichonnes, les croyances dans des êtres magiques qui échappent au rationnel, des créatures parfois maléfiques. 

« car ces choses se perdent à mesure que le paysan s’éclaire, et il est bon de sauver de l’oubli qui marche vite, quelques versions de ce grand poème du merveilleux, dont l’humanité s’est nourrie si longtemps, et dont les gens de campagne sont aujourd’hui, à leur insu, les derniers bardes. »

 
Ainsi le feu follet que rencontre Landry quand il veut traverser la rivière lui apparaît comme un esprit dangereux, doué de malice : 

"… il eut peur et faillit perdre la tête, et il avait ouï dire qu'il n'y a rien de plus abusif et de plus méchant que ce feu-là; qu'il se faisait un jeu d'égarer ceux qui le regardent et les conduire au plus creux des eaux, tout en riant à sa manière et en se moquant de leur angoisse.
Il ferma les yeux pour ne point le voir, et se retournant vivement, à tout risque, il sortit du trou, et se retrouva au rivage. Il se jeta alors sur l'herbe, et regarda le follet qui poursuivait sa danse et son rire. C’était vraiment une vilaine chose à voir.  " 



La Fadette  : Un personnage conventionnel ?



Pour ce roman, j’ai accumulé plusieurs strates de lectures au cours des années qui ne se contredisent pas mais s’enrichissent les unes et les autres  :

 Quand j'étais enfant, j'étais de tout coeur avec la petite Fadette rejetée par tout le village, le "Grelet" ( le grillon) quel que soit le sobriquet qu’on lui donne, tellement rabrouée qu'elle répondait aux insultes par la méchanceté et la raillerie. Et, bien sûr, j'adorais l'histoire d'amour ! 

Plus tard, adulte, j’ai pris conscience que ce n'est pas en jouant sur les ressorts de la compassion ou du misérabilisme que George Sand nous la fait aimer. La petite Fadette a une force de caractère qui lui fait tenir tête à ceux qui l'offensent, une fierté qui empêche qu'on la prenne en pitié et sous sa rude apparence une bonté véritable… Mais je regrettais qu'elle devienne conventionnelle en rejoignant la "bonne" société.  

Enfin, dans ma dernière et actuelle lecture, je m’aperçois que, certes, George Sand, fait rentrer la Fadette dans les rangs et la fait se soumettre au conformisme du siècle mais ce n’est bien souvent qu’une apparence. C’est le seul moyen de se faire admettre dans une société qui n’est pas tendre envers les pauvres, les infirmes, et qui rejettent tous ceux qui ne sont pas dans un moule. 

« Et bien au lieu d’être remerciée honnêtement par tous les enfants de mon âge dont je guérissais les blessures et les maladies, et à qui j’enseignais mes remèdes sans demander jamais de récompense, j’ai été traitée de sorcière, et ceux qui venaient doucement me prier quand ils avaient besoin de moi, me disaient plus tard des sottises à la première occasion »

 L’enfance de la Fadette et de son petit frère appelé le Sauteriot ( la sauterelle) parce qu’il a est «ébiganché et mal jambé » est d’une grande tristesse. Ce sont des enfants malheureux. La Grand-mère - elle-même considérée comme une sorcière -  les bat, ne leur donne pas assez à manger et les laisse errer en haillons. Les riches fermiers comme les parents de Landry ou ceux de Madelon, les méprisent. Personne ne leur vient en aide. C’est une époque où la maltraitance des enfants ne concernent pas ces gens qui s’affirment, pourtant, religieux et assistent à la messe en bons chrétiens. Le roman  traite de la souffrance des enfants.

Ce roman « champêtre » contient à la fois une critique sociale et féministe qui s’affirme au cours du récit à plusieurs reprises. La Fadette reproche à Landry d’être un riche, orgueilleux et égoïste, dur envers les pauvres. 
« Pourquoi aurais-je bon coeur pour deux bessons qui sont fiers comme deux coqs et ne m’ont jamais montré la plus petite amitié »?

Sous l’apparente soumission aux règles de la « bonne » société, Fadette n’est pas dupe et porte sur le monde qui l’entoure un regard sans concession . 
« Parce que je ne vous estime point, ni vous, dit-elle à Landry, ni votre besson, ni vos père et mère qui sont fiers et parce qu’ils sont riches croient qu’on ne fait que leur devoir en leur rendant service. »

« Tu ne trouves point l’endroit agréable, reprit-elle, parce que vous autres riches vous êtes difficiles »

D’ailleurs, ce n’est pas sans malice, que Fadette à la fin du roman va trouver le père de Landry pour lui apprendre qu’elle hérite de la fortune de sa grand-mère, avaricieuse, qui a économisé sou après sou sur ses talents de guérisseuse. Elle sait très bien que pour le père Barbeau l’argent est un argument décisif pour son mariage avec Landry.

Mais le roman est aussi discrètement féministe. Ainsi Fadette refuse de blâmer sa mère, partie comme vivandière aux armées. L’enfant la défend, refuse qu’on la traite avec mépris. 
« Je ne te dirai point de mal de ma mère qu’un chacun blâme et insulte, quoiqu’elle ne soit pas là pour se défendre, et sans que je puisse le faire, moi qui ne sais pas bien ce qu’elle a fait de mal, ni pourquoi elle a été poussée à le faire. »

A aucun moment, l’auteure  ou son personnage ne blâme la conduite de cette femme qui a pourtant fait mourir de chagrin son mari ( dit-on!) et abandonné ses enfants. 
« Ma mère était toujours ma mère, et qu’elle soit ce qu’on voudra, que je la retrouve ou que je n’en entende jamais parler, je l’aimerai toujours de toute la force de mon coeur. Aussi, quand on m’appelle enfant de coureuse et de vivandière, je suis en colère, non à cause de moi… mais à cause de cette pauvre chère femme que mon devoir est de défendre. »» 

 On sait trop combien George Sand a eu à lutter pour devenir indépendante de son mari et combien elle critique le mariage qui, si la femme ne périt pas sous les coups, peut la faire succomber à l’ennui ! Féminisme aussi quand Landry déclare à la jeune fille : 
«  C’est bon d’être forte et leste; c’est bon aussi de n’avoir peur de rien, et c’est un avantage pour un homme. Mais pour une femme, trop c’est trop et tu as l’air de vouloir te faire remarquer. » 

On peut comprendre toute l’ironie de cette remarque quand on sait combien l’enfance libre de la jeune Aurore Dupin ressemble à celle de la Fadette si proche de la nature : 
"Les fleurs, les herbes, les pierres et les mouches, tous les secrets de nature, il y en aurait bien assez pour m’occuper et pour me divertir, moi qui aime vaguer et à fureter partout »
 

 Ainsi Fadette, même quand elle se « range » ne renie jamais ses idées. Sa fierté et son indépendance restent intactes. Sa "vertu" (on a reproché à Sand les rapports platoniques qu'entretiennent les deux jeunes gens qui ont tout loisir de se voir seuls et sans surveillance, en les jugeant peu vraisemblables) est étroitement liée à un sentiment de respect d'elle-même et de dignité. Elle n'a que trop bien compris ( avec l'exemple de sa mère) l'opprobre qui s'abat sur la femme qui transgresse les lois du mariage et ceci d'autant plus que George Sand prend rend soin de faire de la jeune fille une chrétienne pratiquante et sincère qui respecte la religion. C’est donc en égale qu’elle entre dans la famille de Landry.


L’enfance

Aurore enfant

Comme dans Le Moulin sur la Floss, La petite Fadette, décrit les jeux des enfants dans un cadre champêtre. Mais George Eliott  évoque les joies de l’enfance (la pêche au bord de la mare) lorsque le bonheur est encore intact et paraît ne devoir jamais se terminer, un passage magnifique de ce roman qui nous renvoie à notre propre enfance. ( voir ICI)
Dans La Petite Fadette les jeux des bessons sont décrits lorsque le bonheur a déjà disparu. Tous apparaissent désenchantés à Sylvinet lorsqu’ils les redécouvre après le départ de Landry. Ils sont les témoins d’un passé récent mais effacé d’où un sentiment de nostalgie d’autant plus fort que Sylvinet découvre que l’enfance n’a qu’un temps alors qu’il n’en est pas encore sorti.  

"Une fois qu’il (Sylvinet) avait été vaguer jusqu’au droit des Tailles de Champeaux, il retrouva sur le riot qui sort des bois en temps de pluie, et qui était maintenant quasiment tout asséché, un de ces petits moulins que font les enfants de chez nous avec des grobilles, et qui sont si finement agencés qu’ils tournent au courant de l’eau…. Il vit que les animaux avaient marché sur son moulin, et l’avaient si bien mis en miettes qu’il n’en trouva que peu. Alors il eut le coeur gros »

 Ainsi, George Sand rappelle les jeux des enfants du Berry à son époque  : "comme de faire des petites brouettes en osier, ou petits moulins, ou saulnées à prendre les petits oiseaux; ou encore des maisons avec des cailloux, et des champs grands comme un mouchoir de poche, que les enfants faisaient mine de labourer, faisant imitation en petit de ce qu’ils voient faire aux laboureurs, semeurs, herseurs, héserbeurs et moissonneurs… "

 mais ces jeux sont liés désormais au chagrin de Sylvinet qui se sent encore un enfant de corps et d’esprit,  alors que son frère Landry, déjà plus mûr, est entré dans l’adolescence, ne s’intéresse plus aux jeux mais à la danse et aux filles. Il n’y a pas comme chez George Eliot l’idée de l’éternité du bonheur de l’enfance mais au contraire l’idée d’une perte irréparable.


Conclusion


Beaucoup de lecteurs n'apprécient pas les romans dits "champêtres" de George Sand mais je me dis qu’ils ne les connaissent peut-être pas tous et je les défie de ne pas apprécier le plus beau d’entre eux, Les maîtres sonneurs que nous présenterons bientôt avec Miriam dans le cadre du challenge Les deux George de la littérature, George Sand et George Eliot !  Difficile, d’ailleurs, de dire que l’on connaît tout de George Sand qui a écrit plus de quatre-vingts oeuvres et dans tous les genres.

Personnellement, j'ai toujours été sensible à la description - désuète forcément (mais j'adore)- qui émane de ses oeuvres « champêtres » car elle ressuscite le passé et avec lui tout un peuple d’anciennes figures qui ont depuis longtemps disparu. Le tableau des paysans que Sand comprend si bien dans le Berry du XIX ème siècle avec son patois et ses mots si expressifs ( voir Miriam ICI qui en fait un recensement pittoresque), est passionnant. On sent que George Sand connaît bien son sujet, que les paysans du Berry lui sont familiers avec leur mentalité, leurs qualités :  le bon sens, l’amour du travail bien fait, l’amour de la terre, le respect de la nature, l’honnêteté… et leurs défauts :  l’importance accordée à l’argent, leur religion parfois de surface qui n’empêche pas leur dureté et les superstitions !  Mais ces superstitions George Sand nous en découvre la poésie !

Sand revient donc à ses « bergeries » mais elle y met une tendresse qui transparaît dans ses personnages et en particulier dans son héroïne éponyme, ce qui fait tout le charme de ce livre ! 



Chez Nathalie délivrer des livres



 

vendredi 22 janvier 2016

Christine Drouard : Solange Sand ou la folie d'aimer



Solange ou la folie d'aimer de Christiane Drouard me tentait car je voulais comprendre quelles avaient été les relations entre George et sa fille Solange, pourquoi cette mésentente entre la mère et la fille?

Bien sûr, un récit qui prend Solange pour sujet, parle obligatoirement de George et même s'il ne nous apprend rien sur l'écrivaine quand on la connaît déjà bien, il est intéressant parce qu'il présente le point de vue de la fille et donne un autre éclairage de la mère!

Solange Dudevant-Sand  porrtrait peint par son mari , le sculpteur Jean-Baptiste Clésinger
Solange Dudevant-Sand  par son mari Jean-Baptiste Clésinger

Et d'abord Solange est-elle bien la fille de son père, le baron Dudevant,  ou du premier amant de sa mère, Ajasson de Grandsagne?  C'est une question que Solange a dû se poser un jour au l'autre. Car ce n'est pas de tout repos d'être la fille (et le fils, d'ailleurs, Maurice n'en sort pas indemne non plus) d'une telle femme!

Pourtant, toute jeune, Solange idolâtre sa mère qu'elle appelle "Mon George" mais celle-ci l'envoie en pension alors qu'elle garde son fils Maurice -qu'elle préfère- près d'elle. Solange souffrira énormément d'être ainsi séparée d'une mère qui s'ennuie et a besoin de distractions, de voyages, d'hommes, quand elle ne travaille pas comme une forcenée pour nourrir sa famille par ses écrits! Quant aux amants qui se succèdent au foyer maternel, il faut d'abord s'habituer à leur présence puis quand on commence à bien les apprécier, ils disparaissent. C'est bien ainsi que Solange le ressent. En particulier, pour Chopin à qui elle s'attache vraiment et réciproquement. Solange restera fidèle à ce dernier qu'elle considère comme un père, prenant même le parti de celui-ci contre sa mère.
Enfin, Solange refuse le mari que lui avait choisi sa mère pour épouser le sculpteur Jean-Baptiste Clésinger, ce qu'après tout, une femme aussi indépendante que George Sand aurait dû amplement comprendre. Mais voilà, Clésinger a certainement été aussi l'amant de la mère dans sa jeunesse... Et puis George Sand ne paraît pas douée pour accorder à sa fille la liberté qu'elle réclame pour elle. Le mariage ne tiendra pas. Séparée de son mari, Solange aura une vie de femme libre, amants, bals, théâtre, ce qui scandalise sa mère qui la traitera de "Don juan femelle". George la soupçonne même de se faire entretenir car elle mène une vie trop aisée, trop brillante. Où prend-elle l'argent? Pour l'écrivaine qui toujours travaillé pour gagner son indépendance sans rien devoir à personne, ce doit être ce qu'il y a de pire... Solange aurait eu aussi des secrets inavouable à sa mère, une fille illégitime qu'elle a toujours cachée. On voit donc que tout oppose ces deux femmes qui pourtant se sont aimées, combattues, haïes, séparées et retrouvées et encore perdues.
Que dire de ce récit racontée à la première personne par Solange et qui s'étaie sur des fragments de lettres, des témoignages?
  Bien sûr, il est agréable de rencontrer au cours de ces pages des personnages célèbres, Jules Sandeau, Liszt, Marie d'Algoult que Solange admire beaucoup, Flaubert, Delacroix, Chopin et de lire des extraits des lettres de Solange ou de sa mère, de revivre certains épisodes de la vie des deux femmes...   Mais le récit me paraît un peu léger d'un point de vue historique, et un peu trop presse du coeur car il effleure superficiellement la psychologie de ces personnage et le contexte de l'époque.  On ne sait jamais vraiment s'il repose sur des vérités établies ou sur des suppositions, sur les on-dits de l'époque. L'auteure aurait dû  trancher plus nettement entre biographie et roman. Son récit se situe un peu entre les deux si bien que les personnages, à la fin, nous paraissent toujours une énigme. Cette lecture m'a donc laissée un peu sur ma faim.



dimanche 4 mai 2014

Retour de vacances : Les Cévennes, George Sand et le marquis de Villemer

A la demande d'une visiteuse de mon blog, une vue d'ensemble de la maison lozérienne

La grange à gauche, c'est chez moi et la maison à droite, celle de JackCactus, le sculpteur de totems


La maison aux Totems



L'atelier aux totems


Retour de vacances! Merci à toutes celles qui m'ont rendu visite dans mon blog et m'ont laissé des commentaires pendant mon absence!

La Lozère, Mes Cévennes en ce mois d'Avril, début mai? l'horreur... quand le ciel s'abat sur vous, quand les nuages, le vent du nord, du sud, de l'ouest, le froid, la pluie, la grisaille concourent à faire de ces quelques jours une épreuve... oui, à ce moment-là, tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire! Attendre les éclaircies pour sortir les enfants, se vêtir de plusieurs couches de vêtements pour lutter contre le froid! Pour moi, c'est l'hiver avignonnais lorsqu'il est... mauvais! Alors, comme je comprends mon grand père qui a quitté ce pays au début du XXème siècle pour s'en aller vivre sa vie loin de la terre où il est né! 
Pourtant que la montagne est belle! Car dans ce petit hameau situé à 1100 mètres d'altitude, ce que je considère comme l'hiver, c'est le printemps! Les prés sont verts, émaillés de primevères et de boutons d'or; les premiers narcisses pointent leur tête. Les genêts dorent les flancs des montagnes.

les couleurs du printemps

Les genêts et, sur le versant , en face, les verts des sapins et des feuillus.

Promenade au milieu des genêts
Cueillette des orchidées sauvages

Bon, me direz-vous mais que vient faire George Sand ici? Et bien le hasard a voulu que la LC  proposée par Eimelle à laquelle se sont jointes George, Miriam, et qui devait être une pièce de théâtre, s'est révélé un roman, en partie épistolaire, dont l'intrigue se passe à Paris d'abord puis dans les Cévennes.


George Sand : Le marquis  de Villemer

Il ne s'agit pas des Cévennes comme l'on entend cette région du massif Central de nos jours, située  dans les départements de la Lozère et du Gard, mais de la Cévenne au sens large, telle qu'on la définissait à l'époque de George Sand et qui englobait jusqu'à la Haute Loire avec le Mont Mézenc, le Mont Gerbier de Jonc. C'est dans ces lieux, en effet, et non loin du Puy en Velay, que se réfugie l'héroïne de notre roman fuyant Paris. Quoiqu'il en soit j'ai eu l'impression que George Sand était avec moi en lisant cet extrait!

Les sommets des Cévennes sont souvent chargés de vapeurs glaciales, et quand le vent les balaye, la pluie se rabat sur les bassins. Dans la saison où nous sommes c'est un éternel caprice; des combinaisons de nuées fantastiques, des éclipses subites de soleil et puis des clartés d'une limpidité froide qui ramènent la pensée à ces rêves de la première aube de notre monde, quand la lumière fut créée, c'est à dire quand l'atmosphère terrestre, dégagée de ses tourmentes, laissa percer les rayons du soleil sur la jeune planète éblouie.

Dans la saison où nous sommes, c'est un éternel caprice...

L'intrigue 

 Caroline de Saint-Geneix, après la mort de son père qui ne lui laisse aucune fortune et la disparition de son beau-frère, le mari de sa soeur Camille, qui meurt ruiné, doit se placer comme demoiselle de compagnie chez la marquise de Villemer, une vieille femme impotente, bonne mais imbue de sa caste et pleine de préjugés nobiliaires. De ses deux mariages, elle a deux fils, le duc Gaetan, charmant, dispendieux, séducteur et noceur, qui dilapide sa fortune et celle sa mère; et Urbain, le marquis de Villemer, un jeune homme mélancolique, de santé fragile, savant, qui consacre sa vie à l'étude et écrit un livre sur l'histoire de France. Il a eu une maîtresse, morte en couches, qui lui a laissé un fils mis en nourrice et dont il cache l'existence. Le marquis, altruiste, sacrifie une partie de sa fortune pour payer les dettes de son frère aîné et assurer une vie décente à sa mère. Quant au duc, toujours impénitent, il cherche à séduire Caroline mais en vain. Il cesse pourtant de lui faire des avances quand il comprend que le marquis aime sincèrement la jeune fille. Mais le mariage est-il possible entre la demoiselle de compagnie, sans fortune et sans titre,  et le noble et riche marquis? Camille blessée par la réaction de la marquise s'enfuit dans les Cévennes pour se réfugier chez sa nourrice. Mais Urbain la suit jusque là...

Un sujet traditionnel

On voit que le sujet choisi est  traditionnel au XIX  siècle : les soeurs Brontë, obligées de gagner leur vie en se plaçant comme gouvernantes, ont vécu cette situation qu'elles font revivre dans leurs romans respectifs; on se dit que chez Thomas Hardy, la tragédie serait au rendez-vous, avec une jeune servante séduite, enceinte, rejetée et mourant dans un fossé. 

 Un  roman optimiste et féministe

Mais George Sand est avant tout optimiste et elle a foi en la nature humaine. Sa Caroline, intelligente, lucide, instruite, pleine de dignité, sait mettre ses sentiments sous le joug de la raison. Elle sera de taille à résister à ce Dom Juan qui s'amuse à séduire les femmes, à les perdre de réputation, parce qu'il les méprise et ceci d'autant plus, si elles occupent une position subalterne. Urbain de Villemer découvre en elle, une femme cultivée, une âme soeur, avec laquelle il peut partager des idées et des discussions philosophiques. L'auteure ne se prive pas, d'autre part, de critiquer un autre type de femmes ambitieuses, rouées et superficielles qui n'ont de cesse de s'établir dans la bonne société en flattant, mentant, intriguant sans cesse, type incarné dans le roman par Léonie, l'amie de couvent de Caroline. Le roman est donc féministe même si la vision de la femme parfaite obéit à certaines conventions du XIX siècle : Caroline doit être vertueuse, dévouée. Douce et maternelle, elle soignera le marquis malade et admirera son génie, elle aimera son enfant comme une vraie mère. Elle doit aussi reconnaître qu'elle agit par orgueil et abandonner ce sentiment pour répondre à cet amour, ce qui passe par le sacrifice et l'oubli de soi-même : Je vous aime plus que ma fierté et que mon honneur! J'ai été assez orgueilleuse, assez cruelle et vous avez trop souffert par ma faute."

Un roman critique sur la noblesse

Le roman est un prétexte aussi à George Sand pour exposer ses idées sur la société et la noblesse. Elle fait du marquis de Villemer, historien, le défenseur de la cause du peuple spolié par les nobles : Ce fils d'une grande maison longtemps privilégiée, nourri de dans l'orgueil de la race et le dédain de la plèbe, apportait devant la moderne civilisation l'acte d'accusation du patriciat, les pièces du procès, les preuves d'usurpation, d'indignité ou de forfaiture, et prononçait la déchéance au nom de la logique et de l'équité, au nom de la conscience humaine, mais surtout au nom de l'idée chrétienne évangélique.

George Sand critique les préjugés, les hypocrisies de la noble société parisienne, leurs fastueuses réceptions mondaines et leurs dépenses ostentatoires pour tenir leur rang dans le monde. La marquise Villemer doit d'ailleurs quitter Paris pendant six mois chaque année pour s'exiler à la campagne afin de se reposer mais aussi pour renflouer ses finances. George Sand oppose à ce mode de vie factice, superficiel, une vie saine à la campagne, des plaisirs simples, et la joie de vivre proche de la nature.

Un roman intéressant mais qui présente quelques faiblesses dans la construction romanesque qui repose parfois un peu trop sur le hasard et les coïncidences; il est aussi peut-être trop optimiste car la plupart du temps les bergères n'épousent pas les princes! Il se révèle donc un peu trop romantique au sens où on prend parfois le mot, c'est à dire sentimental!  Mais il est agréable à lire!

chez George


samedi 8 février 2014

George Sand : Le château de Pictordu







Aurore Sand, petite fille de George
Avec Le château de Pictordu George Sand écrit un conte fantastique. Celui-ci paru en feuilleton dans un journal pour enfants en 1873 et prend ensuite place dans ses Contes d'une grand mère. C'est en effet pour ses petites filles, Aurore à qui le livre est dédicacé et Gabrielle que l'écrivaine a imaginé cette histoire.

Le château abandonné de de Pictordu est situé dans le pays du Gévaudan, "dans un désert de forêts et de montagnes"
Monsieur Flochardet , peintre portraitiste, traverse le pays en partant de Mende où il est allé chercher sa fille Diane, malade, pensionnaire au couvent des Visitandines, pour la ramener chez lui à Arles. Ils doivent faire étape à Saint Jean du Gard mais le muletier qui les guide sur une étroite route tortueuse fait verser la voiture accidentellement. Dans le château en ruines, Diane aperçoit une dame qui lui fait signe et l'invite à entrer. Il s'agit en fait d'une statue et le père attribue cette vision à la maladie de sa fille. Mais la nuit alors que tout le monde dort, Diane aperçoit à la lueur de la lune une belle dame voilée qui lui fait voir le château tel qu'il était du temps de sa magnificence; des visions de dieux de la mythologie apparaissent devant ses yeux éblouis. Le lendemain tout a repris une apparence normale. Les voyageurs reprennent la route et arrivent sans plus ennuis à Arles où la belle mère de Diane, madame Laure, l'accueille. Il faut dire que la mère de Diane est morte il y a quelques années et que le père s'est remarié. Diane a-t-elle été victime d'hallucinations liées à sa fièvre ou a-t-elle réellement vu cette belle dame sous les traits d'une Fée?

Un conte merveilleux


On le voit le conte de George Sand s'adresse bien aux enfants avec cette irruption du merveilleux, cette Dame qui apparait plusieurs fois aux yeux de la petite fille. Le personnage de la méchante belle mère (plus sotte et frivole que méchante d'ailleurs) et le personnage de la fée qui veille sur l'enfant font bien parti du conte traditionnel.. George Sand est passionnée par la frontière existant entre le réel et le surnaturel. Elle s'est intéressée de tout temps aux récits fantastiques que racontent les paysans berrichons, récits qu'elle collecte et regroupe dans Les légendes rustiques 
Pourtant, elle est contre les superstitions qu'elle juge obscurantistes et elle pense qu'il y a toujours une explication rationnelle à tout. C'est d'ailleurs le sens de ce conte qui, au-delà du Merveilleux, est une recherche de la mère, le désir éprouvé par l'enfant de combler un manque. 
Pourtant, les enfants ont droit à leur part de rêve et d'imagination qui les nourrit et les enrichit en développant leur sensibilité artistique. C'est ce que George, grand mère, développe avec Aurore et Gabrielle, sans oublier pourtant l'étude des sciences. Car le Merveilleux n'est-il pas l'essence même de la Nature ? Elle allie même les deux dans un conte comme La Fée Poussière!

Le fée Poussière, l'alliance du merveilleux et de la science


Mais le château de Pictordu est aussi autre chose qu'un conte.

Des éléments autobiographiques

Sophie Victoire Delaborde mère de George Sand

George Sand a été séparée de sa mère Sophie et élevée par sa grand mère. La séparation a  marqué la petite fille de la même manière que Diane qui souffre de l'absence de sa mère. Le thème de la mère est ici omniprésent puisqu'il est à la source du conte. On peut dire que Sand a mis beaucoup d'elle-même dans cette fillette qui adore la nature, passionnée par l'art et en particulier par l'Antique; une fillette qui veut apprendre, étudier, qui dessine en cachette et aime aussi s'évader, rêver, imaginer..


Des idées pédagogiques

Un curieux(!) portrait de George Sand par Charles Louis Gratia : source

George Sand donne ici ses idées sur l'éducation des enfants et elle insiste sur le fait qu'il n'y a pas de différences entre les filles et les garçons. Ainsi les filles ne doivent pas être traitées comme des poupées superficielles uniquement préoccupées de leur apparence comme le fait la belle mère de Diane. Le père de Diane, lui aussi, ne prend pas la peine de lui apprendre à dessiner. Il est riche donc il pense à faire de sa fille "une vraie demoiselle sachant s'habiller et babiller, sans se casser la tête pour être autre chose; et ce n'est pas au couvent qu'elle pourra acquérir des connaissances!
Diane n'a pas droit à l'instruction parce qu'elle est une fille jusqu'au moment ou le docteur Fréron devient son mentor et lui rend accessible le monde de l'art.

Une vision de l'art

fragment de statuette de Hercule Le louvre

George Sand  livre aussi dans ce récit ses idées sur l'Art et professe d'abord son amour pour l'antiquité grecque et romaine qu'elle oppose au moderne, le Beau opposé au Laid. Alors que monsieur Flochardet, dans un but mercantile, peint des portraits pour que les modèles se voient tels qu'ils voudraient être et non tels qu'ils sont, l'art doit tendre au vrai, à l'observation : ainsi les artistes grecs avaient le sentiment du grand " et "le mettaient dans les plus petites choses". L'art doit peindre le vivant : Cette statue qui n'est "qu'une tête sans corps et très usée par le frottement" " elle vit pourtant, parce que celui qui l'a taillée dans ce petit morceau de marbre a eu la volonté et la science de la faire vivre…"
Diane deviendra une vraie artiste et devenue riche fondera un atelier pour jeunes filles pauvres où elle éduquera ses élèves gratuitement! Conte de fées? Utopie? Oui, mais c'est ce que George Sand réalisa à Nohant!









Chez Antigone

mercredi 22 mai 2013

Le Berry : Les légendes rustiques de George Sand illustrées par Maurice Sand

 

 



George écrit Les légendes rustiques à partir des contes et légendes récoltés par son fils Maurice dans les campagnes berrichonnes. Ces textes oraux qui témoignent des croyances et des superstitions encore présentes au XIX siècle passent ainsi dans le domaine de la littérature. Les légendes rustiques témoignent de l'intérêt que porte George Sand à la mémoire du passé, à ces traditions merveilleuses, qui, elle en est consciente, est en train de disparaître peu à peu, effacées par le monde moderne.
 Maurice Sand a illustré ces légendes par de belles et étranges gravures dont j'ai pu trouver les reproductions lors de mon séjour dans le Berry et que l'on peut voir, pour certaines, au château de Nohant.
Dans sa dédicace à Maurice, George Sand écrit :
Mon cher fils
Tu as recueilli diverses traditions, chansons et légendes, que tu as bien fait, selon moi, d’illustrer; car ces choses se perdent à mesure que le paysan s’éclaire, et il est bon de sauver de l’oubli qui marche vite, quelques versions de ce grand poème du merveilleux, dont l’humanité s’est nourrie si longtemps et dont les gens de campagne sont aujourd’hui, à leur insu, les derniers bardes.

Si elle est consciente de faire oeuvre de mémoire, George Sand ne se veut pas historienne et ne prétend pas tout dire du folklore français; elle ne cherche pas à faire une étude savante : J’aime trop le merveilleux pour être autre chose qu’un ignorant de profession.
Elle n'écrira donc que sur la tradition orale berrichonne, tout en soulignant que ces légendes se retrouvent sous des formes différentes dans toutes les régions françaises.  Elle souligne pourtant que les légendes du Berry n'ont pas la grande poésie des chants bretons et ressemblent plus, par la forme,  au Merveilleux  Normand.

Voici quelques-unes de ces légendes illustrées par Maurice Sand :




Ce sont des esprits taquins et pernicieux. Dès qu’elles aperçoivent un voyageur, elles l’entourent, le lutinent et parviennent à l’exaspérer. Elles fuient alors, l’entraînant au fond des bois et disparaissent quand elles l’ont tout-à-fait égaré.
                                                    
Maurice Sand.

Les flambeaux, ou flambettes, ou flamboires, que l’on appelle aussi les feux fous, sont ces météores bleuâtres que tout le monde a rencontrés la nuit ou vu danser sur la surface immobile des eaux dormantes. On dit que ces météores sont inertes par eux-mêmes, mais que la moindre brise les agite, et ils prennent une apparence de mouvement qui amuse ou inquiète l’imagination, selon qu’elle est disposée à la tristesse ou à la poésie.


 
« Cent agneaux vous aurez,
Courant dedans la brande;
Belle, avec moi venez,
Cent agneaux vous aurez.
– Les agneaux qu’ous avez
Ont la gueule trop grande ;
Sans moi vous garderez
Les agneaux qu’ous avez. »
                           
  Maurice Sand

« Paunay, SaunayRosnay, Villiers, Quatre paroisses de sorciers. »

C’est là un dicton du pays de Brenne, et les historiens du Berry désignent cette région marécageuse comme le pays privilégié des meneux de loups et jeteux de sorts.

La croyance aux meneux de loups est répandue dans toute la France. C’est le dernier vestige de la légende si longtemps accréditée des lycanthropes. En Berry, où déjà les contes que l’on fait à nos petits enfants ne sont plus aussi merveilleux ni aussi terribles que ceux que nous faisaient nos grand’mères, je ne me souviens pas que l’on m’ait jamais parlé deshommes-loups de l’antiquité et du moyen-âge. Cependant on s’y sert encore du mot de garou qui signifie bien, à lui tout seul, homme-loup ; mais on en a perdu levrai sens. Le loup-garou est un loup ensorcelé, et les meneux de loups ne sont plus les capitaines de ces bandes de sorciers qui se changeaient en loups pour dévorer les enfants; ce sont deshommes savants et mystérieux, de vieuxbûcherons ou de malins gardes-chasse, qui possèdent le secret pour charmer, soumettre, apprivoiser et conduire les loups véritables. Je connais plusieurs personnes qui ont rencontré, aux premières clartés de la lune, au carroir de la Croix-Blanche, le père Soupison, surnomméDémonnet, s’en allant tout seul, à grands pas, et suivi de plus de trente loups.

 
 Les Lupins


 
Les lupins (ou lubins) sont des animaux fantastiques qui, la nuit, se tiennent debout le long des murs et hurlent à la lune. Ils sont très peureux, et si quelqu’un vient à passer, ils s’enfuient en criant : Robert est mort, Robert est mort !
                                Maurice Sand.

… bon nombre des esprits de la nuit sont demeurés inoffensifs. C’est bien assez qu’ils aient consenti à revêtir des formes bizarres et repoussantes qui les empêchent de séduire les humains. Les lubins sont de cette famille. Esprits chagrins, rêveurs et stupides, ils passent leur vie à causer dans une langue inconnue, le long des murs des cimetières. En certains endroits on les accuse de s’introduire dans le champ du repos et d’y ronger les ossements. Dans ce dernier cas, ils appartiennent à la race des lycanthropes et des garous, et doivent être appelés lupins.

 Les laveuses de nuit ou les Lavandières


Pour Sand cette légende est l'une des plus sinistres visions de la peur.  C'est au bord des étangs et des marais stagnants que l'on peut entendre le clapotis de l'eau et le battoir des lavandières fantastiques. Dans le Berry, ce sont les âmes des mères infanticides qui tordent et battent inlassablement ce qui ressemble à du linge souillé et qui n'est autre que le cadavre de leur enfant. Il faut bien se garder de les observer sinon elles vous saisissent et vous battent dans l'eau comme un linge.

La Gran'Bête



Les enfants du père Germain revenaient chargés de fagots qu’ils avaient dérobés. Au sortir des tailles de Champeaux, ils entendirent tous les oiseaux du bois crier à la fois, et virent une bête qui était faite comme un veau, tout comme un lièvre aussi.
C’était la Grand’bête.
                                  Maurice Sand.


Sous les noms de bigorne, de chien blanc, de bête havette, de vache au diable, de piterne, de tarann, etc., etc., un animal fabuleux se promène, de temps immémorial, dans les campagnes et pénètre même dans les habitations, on ne sait plus dans quel dessein, tant on lui fait bonne guerre pour le repousser, dès que sa présence est signalée dans une localité.