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dimanche 25 octobre 2026

George Sand : Jeanne

 

George Sand avait repéré les tapisseries de la dame à la Licorne dans le château de Boussac. Elle en parle dans Jeanne. Elles ont été vendues en 1882 et envoyées au Musée de Cluny à Paris.

 

En 1844, George Sand écrit Jeanne pour une parution en feuilleton. Elle  ne se sent pas très à l'aise dans cette forme de publication qui requiert, dit-elle, des compétences particulières, domaine privilégié d’Alexandre Dumas et d’Eugène Sue. Néanmoins, elle rédige cet ouvrage en quatre mois, premier roman champêtre, première tentative qui l’a conduite plus tard à écrire la Mare au Diable, le Champi , la Petite Fadette, Les maîtres sonneurs. 

 

La Madone de Darmstad  d’Holbein le Jeune

 


Avec Jeanne, George Sand a voulu décrire un type de femme « primitive », selon le modèle de La Madone de Darmstad d’Holbein dans laquelle l’écrivaine voit « une fille des champs rêveuse, sévère et simple : la candeur infinie de l’âme, par conséquent un sentiment profond dans une méditation vague, où les idées ne se formulent point. »,  une jeune femme semblable aussi à Jeanne d’Arc que Jeanne, l’héroïne du roman, vénère et nomme « la grande Pastoure ».

Mais comment trouver, même à l’époque de l’écrivaine, une femme comme celle-là, d’une grande simplicité, qui ne sait ni lire, ni écrire, possédant toutes les vertus, une âme naïve qui ignore le mal, et dont les croyances sont un mélange de christianisme et de paganisme ?
« Je crus ne pouvoir la trouver qu’aux champs, pas même aux champs, au désert, sur une lande inculte, sur une terre primitive qui porte les stigmates mystérieuses de notre plus antique civilisation. »

C’est pourquoi elle situe l’action en Creuse, dans un lieu retiré où s’élèvent les vestiges d'une ancienne civilisation gauloise, menhirs et dolmens, tables de sacrifice gigantesques appelées Les Pierres Jomâtres ( ou Jaumâtres), sur la commune de Toulx-Sainte-Croix, près de la ville de Boussac. 


Le récit

 

les pierres Jaumâtres

Trois jeunes gens chassent près des pierres Jomâtres : le jeune Guillaume de Boussac, châtelain du château de Boussac, son ami anglais, Sir Arthur Harley, et Léon Marsillat, avocat. Ils découvrent, allongée dans un creux, entre les pierres, une jeune bergère endormie, encore une enfant, et dépose au creux de sa main, l’un, une pièce d’or, l’autre une pièce d’argent et le troisième un sou. Les années passent et les jeunes gens oublient cette rencontre.

 

Guillaume de Boussac, Léon Massilat et Sir Arthur Haley

 


Quelques années plus tard, Guillaume de Boussac part en randonnée de plusieurs jours dans la région. Il pense trouver à manger et à dormir chez l’habitant à Toulx-Sainte-Croix. Là, il rencontre Marsillat qui est dans le village et joue le joli coeur auprès des jeunes filles, les séduisant tour à tour. La jeune et délurée Claudie est l’une de ses conquêtes.
Guillaume de Boussac, le jour même de son arrivée à Toulx, apprend la mort d’une vieille paysanne, Tula, qui a été sa nourrice et qu’il n’a plus revue depuis son enfance. L’incendie de la maison de cette femme qui se déclare dans la nuit, le rapproche de Jeanne, la fille de sa nourrice donc sa soeur de lait. Pour venir en aide à Jeanne, Guillaume de Boussac l’amène au château où sa mère l’engage comme servante en même temps que Claudie abandonnée par Marsillat. Jeanne est heureuse dans son travail et devient l’amie de Marie de Boussac, soeur de Guillaume, qui admire le caractère et l'innocence de la jeune fille.


Mais la beauté de Jeanne attise la passion des jeunes gens. Guillaume de Boussac en tombe amoureux. Trop honnête pour chercher à la séduire, il ne peut songer à l’épouser à cause de l’obstacle insurmontable que constitue la différence de classe. Ni le jeune homme, ni sa mère, ni la société  ne pourrait accepter une telle déchéance. Guillaume tombe malade et on l’envoie en voyage en Italie pour lutter contre sa langueur. Lorsqu’il revient, il semble plus calme et guéri mais son amour renaît quand Sir Arthur, amoureux de la jeune fille, dédaignant les préjugés de classe, la demande en mariage. Elle refuse la proposition de Sir Arthur. Reste le troisième jeune homme, Léon Marsillat, lui aussi très intéressé par la jeune fille mais moins chevaleresque ! Aucun des trois n’a reconnu l’enfant endormie au pied des pierres jomâtres. Pourtant, cette plaisanterie a marqué la jeune fille qui a vu dans les pièces déposées dans sa main un acte des Fades (les fées). Elle a juré de ne pas se marier pour conserver leur faveur et trouver le veau d’or qui selon la légende est enfoui dans le sol et que Jeanne veut offrir aux pauvres de son village.

Les personnages, entre idéalisation et réalisme

Jeanne


Je n’ai pas trop aimé le personnage de Jeanne qui est si « simple » qu’elle me paraît manquer d’intelligence. Elle est trop parfaite, trop vertueuse, trop angélique, trop ignorante, trop victime… L'idéalisation est trop poussée à mes yeux. Je ne suis pas parvenue à m’intéresser à elle. D’ailleurs George Sand m’a paru parfois prise au piège de ce modèle parfait. Lorsque l’écrivaine est obligée de prêter à sa paysanne plus d’esprit critique qu’elle ne devrait en avoir, elle attribue cela à l’instinct. Ainsi quand  Madame de Charmois essaie de lui faire avouer que Guillaume est amoureux d’elle :     

« Jeanne rougit et baissa les yeux. Mais un instinct de dévouement qui lui tenait lieu de finesse et de prudence, l’engagea à se taire. Si celle-là plaide le faux pour savoir le vrai, pensa-t-elle, elle ne tirera rien de moi. Je ne trahirai pas le secret de mon parrain. Je ne me plaindrai pas de lui. J’aime mieux être renvoyée que de le faire gronder. »

Les personnages féminins des romans postérieurs, la petite Fadette ou la Brulette des maîtres sonneurs sont des filles, fières et indépendantes et surtout intelligentes. Elles ont leurs défauts, la coquetterie de la malicieuse Brulette, la colère et les petites vengeances de la moqueuse Fadette contre ceux qui  la méprisent, elle ou son frère. Elles sont fidèles à leurs amis, ont de la fermeté, du courage, prennent leur vie en main et inspirent le respect.

De plus, je n’ai pas aimé la veulerie d’un Guillaume, et je n’ai pas cru non plus à ce lord anglais prêt à épouser une paysanne. 


La grande Gothe, tante de Jeanne

Mais les autres personnages sont traités de manière plus réaliste et ne manquent pas de pittoresque.  Certains vont concourir à la perte de Jeanne et ceux-ci dans tous les milieux sociaux. 
Le peuple : la grande Gothe, la tante de Jeanne, une femme mauvaise qui s’est acoquinée avec un scélérat le vieux Raguet, personnage hideux, qui trompe Jeanne et la fait tomber dans un piège.

La noblesse : n’est pas en reste quand il s’agit d’incarner le mal sous les traits de La Charmois (Madame de Charmois) qui intrigue et ment pour pour faire chasser Jeanne du château et pour que sa fille épouse Guillaume. 

Et enfin, la bourgeoisie : l’avocat Léon Marsillat entraîne Jeanne chez lui sous un prétexte fallacieux, cherche à la séduire et n’y parvenant pas tente de la violer. 

 C’est celui des personnages qui a le plus de consistance au point de vue psychologique, Marsillat, un individu bien intégré dans la société, qui fait tout pour paraître respectable, tout en se laissant aller à ses bas instincts et pour qui l’occasion fait le larron ! Il paraît être un type courant de séducteur de campagne, impénitent, et accepté par tous, prêt à éprouver des regrets seulement s’il ne réussit pas dans son entreprise. 

D'ailleurs, les personnages « moyens » du roman, les demi-teintes, paraissent les plus vrais dans le roman comme la mère de Guillaume, madame Boussac

« Madame de Boussac n’était pas intrigante ; mais le caractère intrigant de la Charmois ne la scandalisait pas autant qu’il l’aurait dû faire. Elle n’eût jamais inventé rien de bas et de pervers ; mais au lieu d’être indignée de ces vices chez les autres, elle s’en amusait quand elle les voyait entourés d’esprit et d’audace enjouée. Elle se fût prêtée avec nonchalance à une intrigue, comme les personnes faibles, et à se faire, en cas d’échec, un mérite de n’y avoir pas résolument trempé, et même à railler et condamner doucettement les inventeurs de la ruse ; mais capable pourtant de les admirer et de les remercier, si la ruse réussissait à son profit sans qu’elle eût paru y donner les mains. »

 

 La dénonciation des injustices sociales et de l’antiféminisme

 

Jeanne avec madame de Charmois


Marsillat peut s’amuser avec des jeunes filles, leur promettre l’amour et le mariage, peu importe s’il ne tient pas parole : Ce sont des paysannes, elles n’ont qu’à bien se garder et ce sont elles qui sont dans leur tort. Evidemment, il n’agirait pas ainsi avec des jeunes filles de « bonne » famille ! 
Quand Jeanne est ramenée au château de Boussac  par Guillaume et Sir Arthur venus à son secours, après être tombée dans le piège de Marsillat, il leur faut déguiser la vérité, ne pas accuser le violeur car la réputation de la jeune fille en pâtirait. La honte retomberait sur elle. 

 Marsillat, lui, s’en sort bien, avec un duel, il est vrai, au cours duquel il est blessé et en présentant ses excuses acceptées par Sir Arthur, le présumé épouseur!  Marsillat ne peut plus être avocat dans sa ville, il fera donc une carrière politique. C’est vrai qu’il a tout pour réussir.

De plus, quand Jeanne est en butte aux accusations et médisances de madame de Charmois, elle s’aperçoit qu’en dépit de la bonté des de Boussac, elle n’est pas leur égale et qu’on peut l’insulter et colporter sur elle des mensonges :  « Jeanne avait eu le cœur brisé en quittant le château de Boussac et cette noble famille qu’elle avait adoptée dans son cœur bien plus qu’elle n’en avait été adoptée en réalité. L’injustice avait excité en elle une douleur profonde, une surprise extrême. Mais elle comptait trop sur la bonté de Dieu et sur la force de la vérité pour ne pas être sûre qu’on l’absoudrait bientôt. Seulement, elle se rappelait en cet instant les paroles de sa mère : « ça n’est pas bon de quitter son pays et sa famille » ; elle se reprochait de les avoir oubliées, et elle se promettait de ne plus négliger cet avis de la sagesse suprême qui avait parlé par la bouche de sa chère défunte. »

Quant aux habitants de la Toulx sur la Croix on s’aperçoit qu’il vivent dans de pauvres masures et qu’ils souffrent de la pauvreté.


Les paysages, les croyances et les superstitions paysannes.

 

Le château de Boussac
 

Balzac dit à propos de ce roman que "le paysage est touché de main de maître" et c'est  bien vrai. 

"Ces blocs posés comme des champignons gigantesques sur leur étroite base, ce sont les menhirs, les dolmens, les cromlechs des anciens Gaulois, vestiges de temples cyclopéens d’où le culte de la force semblait bannir par principe le culte du beau ; tables monstrueuses où les dieux barbares venaient se rassasier de chair humaine, et s’enivrer du sang des victimes ; autels effroyables où l’on égorgeait les prisonniers et les esclaves, pour apaiser de farouches divinités. Des cuvettes et des cannelures creusées dans les angles de ces blocs, semblent révéler leur abominable usage, et avoir servi à faire couler le sang."

 J'ai aimé l'atmosphère de ces lieux retirés et sauvages, de ces châteaux à moitié en ruines, sinistres et mystérieux, et, à travers eux, de la présence fantastique du merveilleux, des lavandières de la nuit qui cherche à attirer les passants pour les noyer, de la GrandBête qui garde un trésor, des fadets et des follets que Jeanne appris à conjurer. Christianisme et paganisme se mêlent d'une manière surprenante. Si Jeanne croit aux Fades, c'est à dire aux fées, aux druidesses, elle les confond bien souvent avec des figures chrétiennes, des saintes femmes. La Grande Fade est d'ailleurs dans son imaginaire une incarnation de la Vierge Marie pas très distincte l'une de l'autre à ses yeux.

 "Le curé Alain assurait que du temps de Charlemagne, les évêques et les magistrats avaient été encore forcés de fulminer des menaces et de prendre des mesures énergiques pour empêcher les paysans de rendre aux menhirs un culte officiel. Si, à cette époque, le druidisme et le christianisme se disputaient encore le terrain, il n’est pas étonnant que de nos jours ces deux cultes se confondent encore dans quelques têtes exaltées par les merveilles de la tradition."

L'aspect dramatique de certains passages sont aussi remarquablement mis en valeur comme cette nuit d'incendie où Jeanne protégée par les Fades va chercher le corps de sa mère morte dans la maison en flammes... 

Il y a aussi tout une poésie qui naît des moeurs simples, des joies douces, proches de la nature, de ces jeunes pastourelles dont George Sand sait nous faire goûter le charme des coutumes et des chants, des croyances anciennes rendus avec tant de bonheur et de mélancolie par l'écrivaine. J'ai choisi ce très beau texte pour le partager avec vous. 

"C’est un usage de nos contrées que de faire paître ainsi les brebis à la rosée du soir, de la mi-juillet à la fin de septembre, pour engraisser celles qu’on veut vendre, et on appelle cela sereiner les ouailles. 

 Quoiqu’on n’eût pas encore commencé à sereiner,  Jeanne ne put se trouver dehors en pleine nuit, sans se croire transportée à cette époque pleine pour elle de chastes et poétiques souvenirs. Elle se rappela le temps où, toute enfant et gardant son petit troupeau sur le communal, elle avait appris à ses compagnes leurs plus belles chansons.
« Voilà six mois que c’était le printemps, etc. »
« C’étaient trois petits fendeurs, etc. »
« Chante, rossignol, chante, etc. »
 

Puis elle se retraça d’autres jours plus sérieux, où, initiée par sa mère à de mystérieuses pensées, elle s’était éloignée des folles bergères qui se réunissaient pour conjurer la peur et pour chanter des refrains assez lestes, gravelures rustiques qui sont marquées, air et paroles, au coin du dix-huitième siècle. La savante Tula avait appris à sa fille chérie qu’il ne faut pas chanter les choses qu’on ne comprend pas, parce que cela attire les mauvais esprits au lieu de les écarter, et qu’alors ils rendent folles les imprudentes chanteuses, comme cela était arrivé à Claudie et à d’autres. Jeanne, bien convaincue qu’il n’était pas indifférent de dire telle ou telle chanson la nuit dans la solitude, avait alors répété souvent, sur les collines sauvages de la Marche, ou sur les versants herbageux du Bourbonnais, de très-vieux refrains qui ont un caractère historique : La plainte du paysan au temps des désordres et des misères du régime militaire et féodal :

Je maudis le sergent
Qui prend, qui pille le paysan ;
Qui prend, qui pille,
Jamais ne rend.

Et le naïf chant de guerre que Tula pensait avoir été composé pour la Grande Pastoure :

Petite bergerette
À la guerre tu t’en vas…
Elle porte la croix d’or,
La fleur de lis au bras ;
Sa pareil’ n’y a pas.

Et quand l’écho des rochers répétait les derniers sons, Jeanne frissonnait d’une religieuse terreur qui n’était pas sans charmes, s’imaginant entendre la voix claire et frêle de la bonne fade se marier à la sienne, et saluer le lever de la lune, cette Hécate gauloise que les druidesses redoutaient d’offenser, vengeresse terrible des impudiques et des parjures. Jeanne ne connaissait ni les mots ni les époques auxquelles se rapportaient ces croyances vagues et profondes. Elle savait seulement, par sa mère, qu’il y avait eu autrefois des femmes saintes qui, vivant dans le célibat, avaient protégé le pays et initié le peuple aux choses divines. Ces prêtresses se confondaient dans son interprétation avec les fades : et l’on dit encore, dans les endroits couverts de pierres druidiques et de grottes consacrées jadis aux druidesses, les fades et les femmes indifféremment »

 


samedi 17 octobre 2026

George Eliot : Daniel Deronda

 

 

Daniel Deronda paru en 1876 est le dernier roman de George Eliot. C’est aussi le plus vaste au niveau géographique puisque loin de n’explorer que les moeurs de l’Angleterre rurale comme dans ses autres ouvrages, l’écrivaine place l’action dans plusieurs pays, de l’Angleterre, Londres, à l’Italie, à l’Allemagne, l’Autriche, la Palestine et New York. Il est aussi plus ouvert socialement, puisqu’il ne s’intéresse pas seulement à la gentry rurale comme dans Middlemarch mais à la grande noblesse anglaise, aux fastes luxueux dont celle-ci dispose et, surtout, il nous fait pénétrer dans les milieux juifs à travers les personnages de Mirah, Mordecai, et la charmante famille du prêteur sur gage, Ezra Cohen.


J’ai été surtout frappée par la structure du récit résolument moderne. A plusieurs reprises, le lecteur pense que l’action se situe dans le présent mais s’aperçoit qu’il n’en est rien. Ainsi, certaines scènes comme celles du casino et du collier sont dans le futur du récit. L’histoire se déroule ensuite, nous semble-t-il, dans la continuité alors qu'il n'en est rien, elle retourne dans le passé et finit par rejoindre cette scène qui, de future devient présente, bouleversant le récit chronologique traditionnel. Plus complexe que la technique du retour en arrière, cette composition de ... comment dire ? d'avancée vers l'avant ?  crée une surprise, le lecteur prenant conscience que, contrairement au personnage, il sait déjà ce qui  arrivera ! 

 

  Gwendolen est une archère hors pair au tir à l'arc


Enfin, il y a deux thèmes qui s’entremêlent étroitement dans ce roman : 

L’histoire de Gwendolen, jeune fille d’une beauté exceptionnelle, coquette, arriviste, autoritaire et superficielle, croit dominer les hommes qui la courtisent comme elle le fait pour sa petite famille composée de sa mère, veuve, et de ses soeurs. Elle est brillante, élégante, très sûre d'elle et sèche de coeur.  Son amour pour sa mère est le seul point positif, la brèche qui lui ouvre le coeur des lecteurs.  Gwendolen appartient à un milieu aisé et son oncle, recteur bien installé et bien considéré, veille sur elle. Quand elle est ruinée, son mariage avec Lord Grandcourt va être le rude apprentissage de la domination masculine et le commencement de son évolution marquée d’une grande souffrance.

Et celle de Daniel Deronda, un jeune homme élevé avec beaucoup d’affection par son « oncle »,  Sir Hugo, qu’il soupçonne d’être son père. Ce qui ferait de lui un bâtard. En fait, il ne sait rien sur sa naissance et ne connaît pas sa mère. Ce n’est pas lui qui héritera des biens de Sir Hugo qui n'a que des filles mais, selon la loi britannique, le neveu de celui-ci, Grandcourt. 

Deronda est un jeune homme sérieux, sensible et plein d’empathie, qui cherche toujours à éviter de blesser les autres et vient en aide à ceux qui souffrent. C’est ainsi qu’il devient le soutien moral de la blonde Gwendolen mais aussi qu’il sauve du désespoir et du suicide la brune Mirah, une jeune juive. Enlevée à sa mère par un père sans moralité, Mirah n’a plus revu sa mère et son frère et les recherche dans Londres. Deronda la confie à la famille de son ami Hans Meyrick. Il part en quête des parents de Mirah et c’est là qu’il rencontre Mordecai, un juif que beaucoup tiennent pour fou mais dans lequel Deronda reconnaît la noblesse et la grandeur d’un prophète. Ce dernier rêve d’un retour en Terre Sainte pour son peuple. Deronda commence à avoir des doutes sur sa naissance. Il va bientôt découvrir la vérité sur son origine.

Deronda assure le lien entre le personnage de Gwendolen et le personnage de Mirah, il est aussi le lien entre les chrétiens et les juifs, donnant au livre son unité.


 


Deux composantes juive et chrétienne

Quand parut ce roman beaucoup reprochèrent à George Eliot la composante juive de son histoire mais dit-elle : « je m’attendais à susciter plus d’aversion que je n’en ai rencontré. ». Dans son roman George Eliot a voulu montrer que le christianisme a une dette envers le judaïsme, et qu’il devrait exister  « une solidarité très profonde » entre  les deux peuples. Souvent les chrétiens « ne savent guère que le Christ était juif ». Elle-même a étudié l’hébreu et s’est initiée à la culture juive qu’elle trouve très riche.  Dans Daniel Deronda, elle donne vie à des  « mauvais juifs » comme le père de Mirah et à des « bons juifs », Mirah, son frère, et les délicieux personnages du petit Jakob et de sa grand-mère dans la famille Cohen. Dans la même proportion, elle montre qu’il y a de bons et de mauvais chrétiens.

Pourtant, au niveau du ressenti, comme les lecteurs du XIX siècle, j’ai préféré de beaucoup le récit qui se déroule au niveau de Gwendolen. J’ai trouvé que le portrait de la jeune fille était extrêmement complexe et d’une grande finesse. Eliott peint les sentiments de la jeune fille, ses tourments, sa crise de conscience avec une grande force et la scène de la noyade racontée par la jeune fille est d’une puissance évocatrice hallucinante.  L’analyse du remords et du sentiment de culpabilité, les ravages qu'il en résulte sur la santé morale et physique de la jeune femme, sont extrêmement bien compris et rendus.

L’écrivain montre la condition féminine dans toute son horreur pour les jeunes filles  de cette  classe sociale moyenne en cette fin du XIX siècle. Elles ne reçoivent pas d’éducation pour apprendre un métier. Le seul but est le mariage. Leurs études doivent les amener à bien chanter, à jouer d’un instrument et à bien recevoir. Si elles perdent leur fortune, il n’y a plus que deux solutions : être gouvernante avec le lot d’humiliations que cela comporte, on sait ce que cela veut dire grâce aux soeurs Brontë … ou se marier ! C’est ce qui arrive à Gwendolen.

La partie juive m’a moins intéressée car j’ai trouvé qu’elle était un peu trop démonstrative : Mirah est  trop parfaite, donc moins intéressante que Gwendolen, le terme qu’on lui applique sans cesse est celui  « d’ange », Mordecaï me paraît un peu trop illuminé (je suis assez réfractaire à tout ce mysticisme !). Ce qui est nouveau, cependant, c’est sa vision d’un peuple juif retournant en Palestine et je comprends que c’est une idée qui tient à coeur à George Eliot. De plus, j’ai peine à croire que Deronda, lui-même, ait le sentiment interne de son appartenance au peuple juif. J’ai pensé que la révélation de son origine préparée depuis le début du roman était trop téléphonée. On s’y attend tellement que ce n’est pas une surprise et puis l’on a très bien compris que c’était le seul moyen pour qu’il soit proche de Mirah. Bref ! je n’ai pas jugé cette partie sur le mysticisme messianique que Mordecai transmet à Deronda, convaincante même si, bien sûr, les idées de George Eliot sont intéressantes.

J''ai aimé aussi les personnages secondaires, les cousins de Gwendolen, Rex et sa soeur Anna Gacoigne, Madame Meyrick et ses filles qui accueillent Mirah, la famille Cohen, tous, des personnages vivants et chaleureux.  

Je n’ai donc pas apprécié ce roman comme Le Moulin sur la Floss qui reste mon préféré, ou  Middlemarch mais il est extrêmement complexe et riche et présente de grandes qualités d’écriture.

 
 Voir le billet de Nathalie sur Daniel Déronda ICI

 


mardi 6 octobre 2026

Bilan 7 : Les Deux George de la littérature mois de septembre

 George Sand par Delacroix
 

Le bilan du Mois de Septembre nous a réunies, Miriam et moi,  autour du voyage à Majorque. 
 Avec le récit d’un Hiver à Majorque, George Sand, « magnifique conteuse » présente une vision de l’île dont elle souligne la beauté et elle décrit l’intérêt de ses monuments. Mais bien vite, l’hiver épouvantable, les pluies torrentielles rendent ce séjour long et pénible. George Sand se plaint des habitants mais elle  continue à s’intéresser à l'Histoire et au contexte économique social des Baléares. 
Avec Histoires de ma vie, George Sand, racontant son séjour à Majorque, s’intéresse surtout à Chopin, malade, en proies à des  tourments métaphysiques. Elle décrit avec un talent de musicienne affirmée la richesse des préludes composés par Chopin dans ce couvent en ruines, hanté par les esprits des moines trépassés, sous une pluie diluvienne, 

Miriam s’est aussi intéressée aux rapports existant entre George Sand et Marie d’Agoult en lisant l'essai de Marie-Octave Monod : Daniel Stern, Marie d’ Agoult de la Restauration à la III République. Daniel Stern est le nom de plume de Marie d’Agoult que George a reçue avec Listz à Nohant.
 

Avec Le chêne parlant, court roman écrit pour ses petites-filles Aurore et Gabrielle, l’écrivaine écrit un livre d’initiation et de morale vantant le travail, le courage et le respect de la nature.

Une seul George Eliot ce mois-ci avec la lecture  de Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, une des premières oeuvres de Eliot dans laquelle celle-ci nous tient en haleine avec un récit tendu où s’exacerbent les sentiments.  

Claudialucia

George Eliot : Le roman d’amour de Monsieur Gilgil

George Sand : Le chêne parlant roman pour enfant

Histoires de ma vie (6) : George Sand et Chopin voyage à Majorque


Miriam

Daniel Stern, Marie d’Agoult de la Restauration à la III République de Marie-Octave Monod

George Sand : Un hiver à Majorque

 Qui veut se joindre à nous en Octobre pour Daniel Deronda  de George Eliot ? ( 2 tomes)

                                                             Pour Jeanne de George Sand 

  

 

Bilan N°6  du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 





 


mercredi 30 septembre 2026

George Eliot : Le roman d’amour de Monsieur Gilfil

 

 

Dans Les scènes de la vie du clergé, recueil de nouvelles de George Eliot paru en 1858, j’ai déjà présenté Les tribulations du Réverend E. Barton, récit qui se déroule dans la ville de Shepperton, autour de son église. 
Cette ville fictive inspirée par Chilvers Coton, faubourg de Nuneaton dans le Warwickshire, région natale de George Eliot, sert aussi de cadre à Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, deuxième nouvelle du recueil même si chronologiquement le récit est antérieur au premier…
 
Le révérend Maynard Gilfil est, en effet, le prédécesseur du Révérend Barton dans la paroisse de Shepperton. Il est aimé et estimé de tous ses paroissiens qui le pleurent et l’honorent quand il meurt. Mais l’on sait peu de choses sur ce vieillard solitaire et digne et sur son épouse Caterina qui est morte jeune. Tous ignorent les souffrances de l’amour tragique qu’a vécu la jeune fille pour le capitaine Whybrow et de Gilfil qui n’a jamais cessé d’aimer et de protéger Catarina. Le récit fait un retour en arrière d’une trentaine d’années.


Lord et lady Cheverel et la petite Tina


Sir Christopher Cheverel est un vieil aristocrate campagnard qui vit dans un splendide domaine. Pendant un séjour en Italie, le peintre qui fait le portrait de lady Cheverel meurt laissant sa petite fille orpheline, sans famille. Lord Cheverel, toujours très généreux, décide de l’amener en Angleterre et de prendre soin d’elle. La jolie petite fille, Caterina Sarti (Tina), aux yeux noirs et aux cheveux noirs, séduit toute la maisonnée à commencer par le maître de maison et les domestiques, de la cuisinière au jardinier. On lui donne une éducation, on l’instruit, surtout dans le domaine musical car lady Cheverel découvre ses talents de musicienne et sa voix exceptionnelle.  Mais… elle n’est pas adoptée si bien qu’elle occupe une position subalterne dans la maison même si elle est choyée par tous. Et c’est bien là que se noue le drame. 

L’héritier de Lord Cheverel, son neveu, le capitaine Anthony Whybrow, qui vit dans la maison pendant ses permissions, est un peu trop empressée auprès de la jeune fille, flirte avec elle et lui avoue un amour qu’elle croit sincère. Mais lord Cheverel ne transige pas sur les rapports de classe et destine son héritier à une femme de son rang, Lady Beatrice Assher. Il l’envoie demander sa main.
Pour Caterina, Lord Cheverel a déjà tout prévu. Il souhaite qu’elle épouse Maynard Gilfil, un jeune homme qu’il estime et qu’il a pris sous sa protection, le faisant chapelain de son domaine. Il lui destine une cure qui lui permettra de faire vivre son épouse quand il se mariera. Lord Cheverel est pourtant un homme bon, il s’occupe de sa protégée avec affection, mais ne peut remettre en cause la supériorité de sa caste. Il est trop autoritaire et tellement habitué à la dépendance des autres vis à vis de lui qu’il ne prend pas la peine de comprendre leurs sentiments. Il ne sait rien de ce qu’éprouve Tina.  Il est l’opposé de Maynard Gilfril tout en compassion et en empathie.

 Maynard Gilfil aime Caterina profondément mais, on l’a compris, celle-ci aime Anthony, maintenant fiancé à Beatrice Assher qu’il va présenter à son oncle. Le capitaine, fat et superficiel, traite Tina avec légèreté quand il voit son trouble et sa souffrance. Imbu de lui-même et de sa classe sociale, égoïste et peu sensible, incapable de comprendre les sentiments des autres, Anthony Whybrow  ne pense qu’à se débarrasser aisément d’elle et à éviter les ennuis que lui causent ses reproches et sa jalousie. 

Dans cette nouvelle, George Eliot maîtrise l’art du récit qui est tout en tension et en gradation. Elle  décrit d’abord le chagrin de la jeune fille qui cherche à se maîtriser et à dissimuler ce qu’elle éprouve en feignant d’être malade. Elle se retire dans sa chambre et pleure tout son gré. Mais les paroles imprudentes et condescendantes du jeune homme qui nie la réalité, se dédouane de toute responsabilité, aggravent la tension. Le manque d’empathie et de respect qu’il manifeste envers elle, exacerbent la passion de la jeune fille et son sentiment d’avoir été bafouée. C’est un déchaînement de pulsions qui s’abat sur elle et la pousse à toute extrémité. La montée dramatique va crescendo et culmine dans une scène où se jouent la vie du jeune homme et la santé mentale de la jeune fille. George Eliot fait preuve d’un grand talent pour nous faire partager ces sentiments d’amour, de révolte et d’humiliation aussi. Elle nous tient en haleine, captant notre attention jusqu’au dénouement. Ce faisant, elle nous décrit une société basée sur la hiérarchie sociale, les préjugés nobiliaires, et dépourvue d’humanité.

 




 

mardi 22 septembre 2026

George Sand : Le chêne parlant

 

 

Le chêne parlant de George Sand est un conte qu’elle écrit pour ses petites-filles, Aurore et Gabrielle. Paru en 1975 dans La Revue des deux mondes, il est ensuite intégré aux Contes d’une grand-mère publié en 1876. Je le lis comme un conte proposé aux enfants de sixième, cinquième, aux Editions Hachette biblio-collège, avec une foule d’annotations et de détails sur le sens, le vocabulaire, la vie de George Sand, son époque… Il est rendu agréable à lire par les illustrations, par une courte BD racontant la biographie de l’auteur, des photos et des reproductions de tableau. Il peut être lu, aussi, par de plus jeunes enfants même si le niveau de vocabulaire est exigeant. Tous les mots difficiles sont expliqués.

Le conte raconte l’histoire d’Emmi un jeune garçon élevé sans amour par sa tante qui le place dans une ferme lorsqu’il est encore un jeune garçon pour garder les cochons. L’enfant est très malheureux. Il ne mange pas à sa faim, est mal logé, mal vêtu, et il déteste les cochons, bêtes qui lui font peur. Un jour, dans la forêt, il est attaqué par ces animaux irascibles et il se réfugie dans un gros chêne. Mais pas n’importe lequel ! C’est le chêne parlant réputé pour être enchanté et parfois maléfique. Emmi décide d’y passer la nuit et reçoit l’assentiment de l'arbre qui semble l’avoir adopté. Dès lors, il ne rentre plus à la ferme où on le tient pour mort. L’enfant apprend à vivre dans les bois, à se nourrir de baies et de racines et des produits de la chasse. Il dort dans son arbre qu’il partage avec une chouette. Il échange les produits de sa chasse avec une mendiante pour un morceau de pain. Mais celle-ci, la Catiche, se révèle bientôt malveillante ( elle tient le rôle de la sorcière dans le conte de fée traditionnel) et veut l’amener chez elle pour le contraindre à voler. Il refuse. Au moment où elle va le vendre à un directeur de saltimbanques ( on pense à  Pinocchio) il est sauvé par un homme bon qui apprécie son caractère et l’engage dans son entreprise forestière. Le jeune homme est sérieux, travailleur et il donne satisfaction à son maître qui le traite comme un fils. Mais il n’oublie jamais le chêne parlant.

Récit initiatique et moral, on y voit l’enfant apprendre à devenir indépendant en agissant avec courage, persévérance et sagesse. Il refuse tout ce qui est malhonnête et apprend à se contenter du nécessaire. Il grandit en restant sur la bonne voie mais sait être ouvert aux malheureux et aux pauvres et les aider. Ainsi il ne condamne pas la Catiche et lui vient en aide quand elle en  a besoin car il ne faut pas endurcir son coeur.

Le chêne parlant nous apprend à vivre en harmonie avec nature, à écouter sa voix, à suivre ses enseignements. Moyennant quoi elle assure à l’homme sa survivance. La nature nous nourrit si nous respectons sa beauté et son intégrité. 

 


 

 


 

jeudi 17 septembre 2026

Histoire de ma vie (6) George Sand et Chopin, Voyage à Majorque

 

Restitution du tableau de Sand et Chopin à Nohant par Delacroix. (le tableau original a été coupé en deux)


 

Dans le chapitre 6 de la quatrième partie de Histoire de ma vie, George Sand raconte son séjour à Majorque avec ses enfants et Frédéric Chopin. Elle relate son voyage mais rapidement car, dit-elle, elle y a consacré un livre entier : Un Hiver à Majorque. (Voir Ici le billet de Miriam sur ce livre) 

Elle va donc parler surtout du musicien «qui fut l’hôte des huit dernières années de ma vie de retraite à Nohant sous la monarchie. »

En 1838, après le jugement qui permet la séparation d’avec son mari, ses enfants lui sont entièrement confiés et elle décide de partir à Majorque, pensant y trouver un climat doux et propice pour éviter le retour des rhumatismes qui menacent la santé de son fils Maurice. Chopin lui manifeste alors son désir de les accompagner disant que le climat lui ferait du bien et le guérirait. Ils partent séparément mais il est décidé que Chopin la rejoindrait.

« J’avais choisi Majorque sur la foi de personnes qui croyaient bien connaître le climat et les ressources du pays, et qui ne les connaissaient pas du tout. »

Elle part en automne et fait un grand détour pour le plaisir du voyage. Elle s'arrête à  Lyon puis elle descend le Rhône jusqu’à Avignon où elle va saluer le souvenir de Pétrarque à la fontaine du Vaucluse, Nîmes, Perpignan où Chopin les rejoint. Ils prennent le bateau jusqu’à Barcelone et de Barcelone jusqu’à Palma. L’île leur paraît d’abord merveilleuse avec ses côtes escarpées et  dentelées au soleil du matin par les aloes et les palmiers. »

 

Majorque : Valldemossa
  

Mais l’hiver survient, entraînant des pluies torrentielles. Ils sont logés dans une vieille chartreuse qui lui paraît pittoresque et romantique et qui fait la joie des enfants et de leur mère « nous courions ensemble dans les cloîtres au clair de lune et lisant dans les cellules ». Elle donne des leçons aux enfants et elle écrit. Malgré le mauvais temps, Maurice, toujours en train de courir dehors, se fortifie et sa santé s’améliore.  On ne peut en dire autant de Chopin qui est malade présentant les premiers effets de son affection pulmonaire. "Le grand artiste était un malade détestable" car, s’il supporte la souffrance physique, il n’en est pas de même de l’inquiétude morale et des tourments de son imagination. Le cloître est pour lui peuplé de fantômes et lui inspire des terreurs insurmontables, des idées terribles. Et lorsqu’elle le laisse, elle le retrouve hagard, les cheveux dressés sur la tête, jouant des airs d’une grande beauté mais souvent  funèbres : 

"C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des préludes. Ce sont des chefs-d’œuvre. Plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition des chants funèbres qui l’assiégeaient, d’autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sur la neige. 

D’autres encore sont d’une tristesse morne et, en vous charmant l’oreille, vous navrent le cœur. Il y en a un qui lui vint par une soirée de pluie lugubre et qui jette dans l’âme un abattement effroyable. Nous l’avions laissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des objets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient débordé : nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de l’inondation, et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de notre voiturin, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l’inquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s’était comme figée en une sorte de désespérance tranquille, et il jouait son admirable prélude en pleurant. En nous voyant entrer, il se leva en jetant un grand cri, puis il nous dit, d’un air égaré et d’un ton étrange : « Ah ! je le savais bien, que vous étiez morts !

Quand il eut repris ses esprits et qu’il vit l’état où nous étions, il fut malade du spectacle rétrospectif de nos dangers : mais il m’avoua ensuite qu’en nous attendant il avait vu tout cela dans un rêve et que, ne distinguant plus ce rêve de la réalité, il s’était calmé et comme assoupi en jouant du piano, persuadé qu’il était mort lui-même. Il se voyait noyé dans un lac ; des gouttes d’eau pesantes et glacées lui tombaient en mesure sur la poitrine, et quand je lui fis écouter le bruit de ces gouttes d’eau, qui tombaient en effet en mesure sur le toit, il nia les avoir entendues. Il se fâcha même de ce que je traduisais par le mot d’harmonie imitative. Il protestait de toutes ses forces, et il avait raison, contre la puérilité de ces imitations pour l’oreille. Son génie était plein des mystérieuses harmonies de la nature, traduites par des équivalents sublimes dans sa pensée musicale et non par une répétition servile des sons extérieurs. Sa composition de ce soir-là était bien pleine des gouttes de pluie qui résonnaient sur les tuiles sonores de la Chartreuse, mais elles s’étaient traduites dans son imagination et dans son chant par des larmes tombant du ciel sur son cœur."

 

Frédéric Chopin par Delacroix

 

George Sand parle de la musique de Chopin avec sensibilité et profondeur et de même lorsqu’elle le compare aux autres musiciens. Elle-même connaît et aime la musique avec passion. Elle a appris le piano à Nohant avec sa grand-mère mais n’a jamais pu suivre des études poussées. Il n’en reste pas moins que c’est une musicienne dans l’âme et qu’elle a une connaissance profonde de cet art qui, pour elle, surpasse tous les autres. On retrouve cet amour de la musique dans des romans comme Consuelo et la comtesse de Rudolstadt, Les maîtres sonneurs, Lucrecia Fiorani, Le château des Désertes, Adriani.
 

"Le génie de Chopin est le plus profond et le plus plein de sentiments et d’émotions qui ait existé. Il a fait parler à un seul instrument la langue de l’infini ; il a pu souvent résumer, en dix lignes qu’un enfant pourrait jouer, des poèmes d’une élévation immense, des drames d’une énergie sans égale. Il n’a jamais eu besoin des grands moyens matériels pour donner le mot de son génie. Il ne lui a fallu ni saxophones ni ophicléides pour remplir l’âme de terreur ; ni orgues d’église, ni voix humaines pour la remplir de foi et d’enthousiasme. Il n’a pas été connu et il ne l’est pas encore de la foule. Il faut de grands progrès dans le goût et l’intelligence de l’art pour que ses œuvres deviennent populaires. Un jour viendra où l’on orchestrera sa musique sans rien changer à sa partition de piano, et où tout le monde saura que ce génie aussi vaste, aussi complet, aussi savant que celui des plus grands maîtres qu’il s’était assimilés, a gardé une individualité encore plus exquise que celle de Sébastien Bach, encore plus puissante que celle de Beethoven, encore plus dramatique que celle de Weber. Il est tous les trois ensemble, et il est encore lui-même, c’est-à-dire plus délié dans le goût, plus austère dans le grand, plus déchirant dans la douleur. Mozart seul lui est supérieur, parce que Mozart a en plus le calme de la santé, par conséquent la plénitude de la vie."

 

  Histoire de ma vie (1):  George Sand

  Histoire de ma vie (2): Les deux mères de George Sand/Catholicisme/ Socialisme /Féminisme

  Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau

  Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac

  Histoire de ma vie (5) : Les débuts littéraires de George Sand à Paris / évolution de ses idées philosophiques

 

 

 




 Frédéric Chopin Prélude opus 28 N°15 dit de la goutte d'eau

 


 

dimanche 6 septembre 2026

BILAN 6 : Les deux George de la littérature : mois d'août

 


 

 Voici le Bilan N°6 du challenge Les deux George de la littérature du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat


 Pour le mois de Septembre

Miriam : Le voyage à Majorque de George Sand et comme Sand en parle dans Histoire de ma vie, je publierai aussi un billet sur ce voyage.

Claudialucia

George Sand : une court roman pour enfant Le chêne parlant 

George Eliot :  Le roman de Monsieur Gilfil dans Scènes de la vie du clergé.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette