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samedi 17 octobre 2026

George Eliot : Daniel Deronda

 

 

Daniel Deronda paru en 1876 est le dernier roman de George Eliot. C’est aussi le plus vaste au niveau géographique puisque loin de n’explorer que les moeurs de l’Angleterre rurale comme dans ses autres ouvrages, l’écrivaine place l’action dans plusieurs pays, de l’Angleterre, Londres, à l’Italie, à l’Allemagne, l’Autriche, la Palestine et New York. Il est aussi plus ouvert socialement, puisqu’il ne s’intéresse pas seulement à la gentry rurale comme dans Middlemarch mais à la grande noblesse anglaise, aux fastes luxueux dont celle-ci dispose et, surtout, il nous fait pénétrer dans les milieux juifs à travers les personnages de Mirah, Mordecai, et la charmante famille du prêteur sur gage, Ezra Cohen.


J’ai été surtout frappée par la structure du récit résolument moderne. A plusieurs reprises, le lecteur pense que l’action se situe dans le présent mais s’aperçoit qu’il n’en est rien. Ainsi, certaines scènes comme celles du casino et du collier sont dans le futur du récit. L’histoire se déroule ensuite, nous semble-t-il, dans la continuité alors qu'il n'en est rien, elle retourne dans le passé et finit par rejoindre cette scène qui, de future devient présente, bouleversant le récit chronologique traditionnel. Plus complexe que la technique du retour en arrière, cette composition de ... comment dire ? d'avancée vers l'avant ?  crée une surprise, le lecteur prenant conscience que, contrairement au personnage, il sait déjà ce qui  arrivera ! 

 

  Gwendolen est une archère hors pair au tir à l'arc


Enfin, il y a deux thèmes qui s’entremêlent étroitement dans ce roman : 

L’histoire de Gwendolen, un jeune fille d’une beauté exceptionnelle, coquette, arriviste, autoritaire et superficielle, qui croit dominer les hommes qui la courtisent comme elle le fait pour sa petite famille composée de sa mère, veuve, et de ses soeurs. Elle est brillante, élégante, très sûre d'elle et sèche de coeur.  Son amour pour sa mère est le seul point positif, la brèche qui lui ouvre le coeur des lecteurs.  Gwendolen appartient à un milieu aisé et son oncle, recteur bien installé et bien considéré, veille sur elle. Quand elle est ruinée, son mariage avec Lord Grandcourt va être le rude apprentissage de la domination des hommes et le commencement de son évolution marquée d’une grande souffrance.

Et celle de Daniel Deronda, un jeune homme élevé avec beaucoup d’affection par son « oncle »,  Sir Hugo, qu’il soupçonne d’être son père. Ce qui ferait de lui un bâtard. En fait, il ne sait rien sur sa naissance et ne connaît pas sa mère. Ce n’est pas lui qui héritera des biens de Sir Hugo qui n'a que des filles mais, selon la loi britannique, le neveu de celui-ci, Grandcourt. 

Deronda est un jeune homme sérieux, sensible et plein d’empathie, qui cherche toujours à éviter de blesser les autres et vient en aide à ceux qui souffrent. C’est ainsi qu’il devient le soutien moral de la blonde Gwendolen mais aussi qu’il sauve du désespoir et du suicide la brune Mirah, une jeune juive. Enlevée à sa mère par un père sans moralité, Mirah n’a plus revu sa mère et son frère et les recherche dans Londres. Deronda la confie à la famille de son ami Hans. Il part en quête des parents de Mirah et c’est là qu’il rencontre Mordecai, un juif que beaucoup tiennent pour fou mais dans lequel Deronda reconnaît la noblesse et la grandeur d’un prophète. Ce dernier rêve d’un retour en Terre Sainte pour son peuple. Deronda commence à avoir des doutes sur sa naissance. Il va bientôt découvrir la vérité sur son origine.

Deronda assure le lien entre le personnage de Gwendolen et le personnage de Mirah, il est aussi le lien entre les chrétiens et les juifs, donnant au livre son unité.


 


Deux composantes juive et chrétienne

Quand parut ce roman beaucoup reprochèrent à George Eliot la composante juive de son histoire mais dit-elle : « je m’attendais à susciter plus d’aversion que je n’en ai rencontré. ». Dans son roman George Eliot a voulu montrer que le christianisme a une dette envers le judaïsme, et qu’il devrait exister  « une solidarité très profonde » entre  les deux peuples. Souvent les chrétiens « ne savent guère que le Christ était juif ». Elle-même a étudié l’hébreu et s’est initiée à la culture juive qu’elle trouve très riche.  Dans Daniel Deronda, elle donne vie à des  « mauvais juifs » comme le père de Mirah et à des « bons juifs », Mirah, son frère, et les délicieux personnages du petit Jakob et de sa grand-mère dans la famille Cohen. Dans la même proportion, elle montre qu’il y a de bons et de mauvais chrétiens.

Pourtant, au niveau du ressenti, comme les lecteurs du XIX siècle, j’ai préféré de beaucoup le récit qui se déroule au niveau de Gwendolen. J’ai trouvé que le portrait de la jeune fille était extrêmement complexe et d’une grande finesse. Eliott peint les sentiments de la jeune fille, ses tourments, sa crise de conscience avec une grande force et la scène de la noyade racontée par la jeune fille est d’une puissance évocatrice hallucinante.  L’analyse du remords et du sentiment de culpabilité, les ravages qu'il en résulte sur la santé morale et physique de la jeune femme, sont extrêmement bien compris et rendus.

L’écrivain montre la condition féminine dans toute son horreur pour les jeunes filles  de cette  classe sociale moyenne en cette fin du XIX siècle. Elles ne reçoivent pas d’éducation pour apprendre un métier. Le seul but est le mariage. Leurs études doivent les amener à bien chanter, à jouer d’un instrument et à bien recevoir. Si elles perdent leur fortune, il n’y a plus que deux solutions : être gouvernante avec le lot d’humiliations que cela comporte, on sait ce que cela veut dire grâce aux soeurs Brontë … ou se marier ! C’est ce qui arrive à Gwendolen.

La partie juive m’a moins intéressée car j’ai trouvé qu’elle était un peu trop démonstrative : Mirah est  trop parfaite, donc moins intéressante que Gwendolen, le terme qu’on lui applique sans cesse est celui  « d’ange », Mordecaï me paraît un peu trop illuminé (je suis assez réfractaire à tout ce mysticisme !). Ce qui est nouveau, cependant, c’est sa vision d’un peuple juif retournant en Palestine et je comprends que c’est une idée qui tient à coeur à George Eliot. De plus, j’ai peine à croire que Deronda, lui-même, ait le sentiment interne de son appartenance au peuple juif. J’ai pensé que la révélation de son origine préparée depuis le début du roman était trop téléphonée. On s’y attend tellement que ce n’est pas une surprise et puis l’on a très bien compris que c’était le seul moyen pour qu’il soit proche de Mirah. Bref ! je n’ai pas jugé cette partie sur le mysticisme messianique que Mordecai transmet à Deronda, convaincante !  Même si, bien sûr, les idées de George Eliot sont intéressantes.


Je n’ai donc pas aimé ce roman comme Le Moulin sur la Floss qui reste mon préféré, ou  Middlemarch mais  il est extrêmement complexe et riche et présente de grandes qualités d’écriture.
 



 


mardi 6 octobre 2026

Bilan 7 : Les Deux George de la littérature mois de septembre

 George Sand par Delacroix
 

Le bilan du Mois de Septembre nous a réunies, Miriam et moi,  autour du voyage à Majorque. 
 Avec le récit d’un Hiver à Majorque, George Sand, « magnifique conteuse » présente une vision de l’île dont elle souligne la beauté et elle décrit l’intérêt de ses monuments. Mais bien vite, l’hiver épouvantable, les pluies torrentielles rendent ce séjour long et pénible. George Sand se plaint des habitants mais elle  continue à s’intéresser à l'Histoire et au contexte économique social des Baléares. 
Avec Histoires de ma vie, George Sand, racontant son séjour à Majorque, s’intéresse surtout à Chopin, malade, en proies à des  tourments métaphysiques. Elle décrit avec un talent de musicienne affirmée la richesse des préludes composés par Chopin dans ce couvent en ruines, hanté par les esprits des moines trépassés, sous une pluie diluvienne, 

Miriam s’est aussi intéressée aux rapports existant entre George Sand et Marie d’Agoult en lisant l'essai de Marie-Octave Monod : Daniel Stern, Marie d’ Agoult de la Restauration à la III République. Daniel Stern est le nom de plume de Marie d’Agoult que George a reçue avec Listz à Nohant.
 

Avec Le chêne parlant, court roman écrit pour ses petites-filles Aurore et Gabrielle, l’écrivaine écrit un livre d’initiation et de morale vantant le travail, le courage et le respect de la nature.

Une seul George Eliot ce mois-ci avec la lecture  de Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, une des premières oeuvres de Eliot dans laquelle celle-ci nous tient en haleine avec un récit tendu où s’exacerbent les sentiments.  

Claudialucia

George Eliot : Le roman d’amour de Monsieur Gilgil

George Sand : Le chêne parlant roman pour enfant

Histoires de ma vie (6) : George Sand et Chopin voyage à Majorque


Miriam

Daniel Stern, Marie d’Agoult de la Restauration à la III République de Marie-Octave Monod

George Sand : Un hiver à Majorque

 Qui veut se joindre à nous en Octobre pour Daniel Deronda  de George Eliot ? ( 2 tomes)

                                                             Pour Jeanne de George Sand 

  

 

Bilan N°6  du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 





 


mercredi 30 septembre 2026

George Eliot : Le roman d’amour de Monsieur Gilfil

 

 

Dans Les scènes de la vie du clergé, recueil de nouvelles de George Eliot paru en 1858, j’ai déjà présenté Les tribulations du Réverend E. Barton, récit qui se déroule dans la ville de Shepperton, autour de son église. 
Cette ville fictive inspirée par Chilvers Coton, faubourg de Nuneaton dans le Warwickshire, région natale de George Eliot, sert aussi de cadre à Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, deuxième nouvelle du recueil même si chronologiquement le récit est antérieur au premier…
 
Le révérend Maynard Gilfil est, en effet, le prédécesseur du Révérend Barton dans la paroisse de Shepperton. Il est aimé et estimé de tous ses paroissiens qui le pleurent et l’honorent quand il meurt. Mais l’on sait peu de choses sur ce vieillard solitaire et digne et sur son épouse Caterina qui est morte jeune. Tous ignorent les souffrances de l’amour tragique qu’a vécu la jeune fille pour le capitaine Whybrow et de Gilfil qui n’a jamais cessé d’aimer et de protéger Catarina. Le récit fait un retour en arrière d’une trentaine d’années.


Lord et lady Cheverel et la petite Tina


Sir Christopher Cheverel est un vieil aristocrate campagnard qui vit dans un splendide domaine. Pendant un séjour en Italie, le peintre qui fait le portrait de lady Cheverel meurt laissant sa petite fille orpheline, sans famille. Lord Cheverel, toujours très généreux, décide de l’amener en Angleterre et de prendre soin d’elle. La jolie petite fille, Caterina Sarti (Tina), aux yeux noirs et aux cheveux noirs, séduit toute la maisonnée à commencer par le maître de maison et les domestiques, de la cuisinière au jardinier. On lui donne une éducation, on l’instruit, surtout dans le domaine musical car lady Cheverel découvre ses talents de musicienne et sa voix exceptionnelle.  Mais… elle n’est pas adoptée si bien qu’elle occupe une position subalterne dans la maison même si elle est choyée par tous. Et c’est bien là que se noue le drame. 

L’héritier de Lord Cheverel, son neveu, le capitaine Anthony Whybrow, qui vit dans la maison pendant ses permissions, est un peu trop empressée auprès de la jeune fille, flirte avec elle et lui avoue un amour qu’elle croit sincère. Mais lord Cheverel ne transige pas sur les rapports de classe et destine son héritier à une femme de son rang, Lady Beatrice Assher. Il l’envoie demander sa main.
Pour Caterina, Lord Cheverel a déjà tout prévu. Il souhaite qu’elle épouse Maynard Gilfil, un jeune homme qu’il estime et qu’il a pris sous sa protection, le faisant chapelain de son domaine. Il lui destine une cure qui lui permettra de faire vivre son épouse quand il se mariera. Lord Cheverel est pourtant un homme bon, il s’occupe de sa protégée avec affection, mais ne peut remettre en cause la supériorité de sa caste. Il est trop autoritaire et tellement habitué à la dépendance des autres vis à vis de lui qu’il ne prend pas la peine de comprendre leurs sentiments. Il ne sait rien de ce qu’éprouve Tina.  Il est l’opposé de Maynard Gilfril tout en compassion et en empathie.

 Maynard Gilfil aime Caterina profondément mais, on l’a compris, celle-ci aime Anthony, maintenant fiancé à Beatrice Assher qu’il va présenter à son oncle. Le capitaine, fat et superficiel, traite Tina avec légèreté quand il voit son trouble et sa souffrance. Imbu de lui-même et de sa classe sociale, égoïste et peu sensible, incapable de comprendre les sentiments des autres, Anthony Whybrow  ne pense qu’à se débarrasser aisément d’elle et à éviter les ennuis que lui causent ses reproches et sa jalousie. 

Dans cette nouvelle, George Eliot maîtrise l’art du récit qui est tout en tension et en gradation. Elle  décrit d’abord le chagrin de la jeune fille qui cherche à se maîtriser et à dissimuler ce qu’elle éprouve en feignant d’être malade. Elle se retire dans sa chambre et pleure tout son gré. Mais les paroles imprudentes et condescendantes du jeune homme qui nie la réalité, se dédouane de toute responsabilité, aggravent la tension. Le manque d’empathie et de respect qu’il manifeste envers elle, exacerbent la passion de la jeune fille et son sentiment d’avoir été bafouée. C’est un déchaînement de pulsions qui s’abat sur elle et la pousse à toute extrémité. La montée dramatique va crescendo et culmine dans une scène où se jouent la vie du jeune homme et la santé mentale de la jeune fille. George Eliot fait preuve d’un grand talent pour nous faire partager ces sentiments d’amour, de révolte et d’humiliation aussi. Elle nous tient en haleine, captant notre attention jusqu’au dénouement. Ce faisant, elle nous décrit une société basée sur la hiérarchie sociale, les préjugés nobiliaires, et dépourvue d’humanité.

 




 

lundi 31 août 2026

George Eliot : Les tribulations du révérend A.Barton

 

  

Tout en lisant Les tribulations du révérend A. Barton de George Eliot, je me disais que je voyais peu d'intérêt dans les tribulations de ce personnage terne, insipide, laid, peu intelligent, peu cultivé, suffisant et égoïste, bref, de ce révérend Barton si froid et si incapable d’apporter du réconfort à ses fidèles, inapte même en s’en faire comprendre ! 

C’est alors que George Eliot m’a interpellée : « Mais ma chère madame, m’a-t-elle dit, il y a une si grande majorité de vos concitoyens qui présentent ces types insignifiants. Cependant, ces gens bien ordinaires, beaucoup d’entre eux du moins ont une conscience et ont obéi à la sublime impulsion de quelque devoir pénible à remplir, ils ont leurs tristesses et leurs joies, leurs cœurs se sont élancés peut-être vers leur premier-né, et il se peut qu’ils aient gémi sur une mort violente… »

  Je pourrais lui répondre que comme il y a tant de gens « ordinaires » et que j’en fais certainement partie, je préfère lire des romans sur des gens extraordinaires ! Mais, soit ! C’est vrai qu’en continuant ma lecture, j’ai fini par plaindre ce malheureux !  Ses paroissiens le critiquent et se moquent de lui et lorsque la comtesse, amie de son épouse, vient habiter chez lui, les mauvaises langues se déchaînent et les insinuations vont bon train !  De plus, le voilà qui perd sa femme, son adorable, patiente, travailleuse, économe, belle, Milly, à qui il a fait encore un bébé (le septième) et qui meurt en couches. "Le pauvre homme", comme dirait Molière ! 

Mais, certes, George Eliot a raison quand elle célèbre la grandeur des gens « ordinaires », et cette dignité, ce courage face à une vie étriquée, remplie seulement de devoirs quotidiens, de dévouements, de privations, c’est en Milly qu’il faut les trouver ! Je crois, d’ailleurs, que c’est le seul personnage qui échappe à la critique de l’écrivaine et pour laquelle elle a vraiment de l’empathie. La jeune femme lutte courageusement pour nourrir et vêtir sa famille avec un manque d’argent criant. Elle s’occupe de tout dans le ménage, veillant sur ses six enfants comme sur son mari, se levant la nuit pour coudre, raccommoder, n’ayant jamais un moment de repos. George Eliot dénonce ici les pratiques d’attribution des cures qui maintiennent le pasteur et sa famille à un tel niveau de pauvreté. Elle met aussi en cause l’égoïsme du mari puisque celui-ci déplore lui-même ne pas avoir été assez attentif et gentil envers sa femme. Mais il le fait quand il est trop tard ! C'est pourtant le seul moment où cet imbécile paraît un peu sympathique, quand il reconnaît ses erreurs.

L’intérêt de ce court roman, premier texte de fiction de George Eliot paru en 1858 dans le recueil Scènes de la vie du clergé, réside dans l’ironie de George Eliot, son style inventif, son humour piquant, le regard lucide, plein d’acuité, qu’elle pose sur ses contemporains, toutes les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera plus tard dans les oeuvres majeures. La satire de la société provinciale y est savoureuse et l’on peut dire que si George Eliot s’est fait les dents dans ce premier roman, elle les avait déjà bien acérées.

Amos Barton

"Nous lisons, il est vrai, que les murs de Jéricho tombèrent au son des trompettes ; mais nous ne trouvons nulle part que ces trompettes fussent rauques et faibles. Sans aucun doute elles éclatèrent en sons clairs et puissants, pour ébranler le mortier et les briques. Le débit oratoire du Rév. Amos ressemblait plutôt à une trompe de chemin de fer belge, ce qui témoignait de ses intentions louables, mais en même temps de son impuissance à atteindre le but."

Monsieur Fitchett

"M. Fitchett a une irrésistible tendance à l’assoupissement pendant l’instruction religieuse, et, dans la régularité périodique avec laquelle il s’endort pour ne se réveiller qu’à la phrase finale, il ressemble à une pièce mécanique ingénieusement calculée pour mesurer la longueur des discours de M. Barton."


Monsieur Pilgrim

"Mais, quand il en venait à ce qu’il considérait comme le fort de son argumentation ou comme la pointe de sa plaisanterie, il mâchait ses paroles lentement et avec emphase : de même qu’une poule annonçant qu’elle a pondu passe à intervalles irréguliers des simples notes pianissimo aux doubles croches fortissimo."

"M. Pilgrim avait émis une succession de petits « hems » assez semblables aux faibles grognements d’un cochon d’Inde, ce qui était toujours chez lui le signe d’une désapprobation contenue."


Madame Patten

 "J’ai été une femme aussi bonne qu’aucune autre du comté ; je n’ai jamais contredit mon mari. Le marchand auquel je vendais mes fromages disait que l’on pouvait toujours se fier à ceux que je faisais. J’ai connu des femmes dont les fromages gonflaient d’une manière honteuse, et pourtant leurs maris comptaient sur le produit de cette vente pour payer leur ferme, et, malgré cela, ces mêmes femmes s’achetaient trois robes pour une que je m’accordais. Si moi je ne dois pas être sauvée, j’en connais beaucoup alors qui sont dans une mauvaise route."

Madame Hackit  : « la langue de la chère dame aussi tranchante qu’une lancette. »  

"L’allusion à l’eau et au rhum suggéra à miss Gibbs l’idée d’apporter des flacons de liqueur après avoir desservi le thé, car, dans la société villageoise d’il y a vingt-cinq ans, le sexe masculin passait pour être perpétuellement altéré, et la moindre boisson était aussi nécessaire au développement de la pensée que le temps et l’espace."



 Voir le billet de Cléanthe Les tribulations du révérend A.Barton

 


 



 

dimanche 2 août 2026

Bilan 5 : Les deux George de la Littérature

 


 

Ce mois de Juillet a été un peu réduit pour moi quant au challenge Les deux George de la littérature. J e n'ai pas lu (ou vu au théâtre) la moitié de ce que j'avais prévu  sur les deux George! 

 

 Mais Miriam a bien "travaillé" comme vous pouvez le constater ! 

 

Et merci à Nathalie de nous rejoindre avec Adam Bede.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

******** 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 


 Nos prévisions pour le mois d'Août 

 


 

 

 Miriam :

 

 George Sand  Consuelo

 

Claudialucia : 

George Sand : Histoires de ma vie (août /septembre)

George Eliot Scènes de la vie du clergé :  Les tribulations du révérend Barton 

 

 

 

 

mercredi 1 juillet 2026

Les deux George de la Littérature : Bilan 4

 

 Pour ce mois de Juin nous avons continué notre découverte des deux George de la littérature par des biographies et la lecture d'une pièce de théâtre : Gabriel, étonnante par sa modernité.

  

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

 Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Au mois de Juillet

 

Miriam lira Middlemarch de George Eliot et la biographie de O’Shaughnessy. Elle continuera l’ouvrage de Mona Ozouf : L’Autre George.   

je propose pour George Sand :


 

 La lecture de L'Uscoque, un  livre dont je n'avais jamais entendu parler avant de découvrir le titre ce mois-ci sur le net. C'est une histoire de pirate au XVII siècle ! Il répond au challenge les deux George et participera aussi à Book Trip en mer !

Au Festival d'Avignon il y a deux pièces sur George Sand. 

 


 Chère George Sand de Emmeline Naert 

 


 

George Sand le souffle de la liberté de Brigitte Bladou

J'irai voir l'une d'entre elles.


Les vacances sont bientôt là. C'est l'occasion de découvrir une George Sand dont on imagine mal la richesse de l'oeuvre et une George Eliot encore trop peu connue en France. Vous pouvez piocher des idées dans nos bilans des mois de mars, avril, mai ou juin ou nous proposer d'autres titres !

Rejoignez-nous  en toute liberté avec des lectures sur Les deux George  de la littérature !

 

***

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


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Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 

 


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mercredi 24 juin 2026

Kathy O’Shaughnessy : Une passion pour George Eliot

 
 

J’ai été assez déçue par cette biographie de Kathy O’Shaughnessy : Une passion pour George Eliot qui est présentée comme un roman. De ce fait, on ne sait plus vraiment ce qui est de l’ordre de l’imagination ou de la réalité. Bien sûr, les textes cités sont authentiques comme doivent l’être les grandes lignes de la vie de l’écrivaine. Mais où s’arrête la fiction, où commence l'étude ?
 Ensuite Kathy O’Shaughnessy glisse entre les pages de la biographie, un récit et des dialogues ( écrits en italique pour les distinguer du reste ) entre des universitaires étudiant toutes les deux George Eliot, en y mêlant même une histoire de couple, d’amour, d'amant, dont on n’a rien à faire et qui, franchement, ne m’a pas intéressée ! 

 

George Eliot et George Lewes


Mary Ann (ou Marian) Evans ( 1819-1880) est une femme extrêmement érudite, qui connaît le grec, le latin mais aussi les langues étrangères : le français, l’allemand, l’italien, l’hébreu. Elle est d’abord journaliste au Wesminster Review de John Chapman, traductrice, avant de commencer à écrire des romans. Son oeuvre, dès sa parution, la place comme un écrivain majeur de la littérature britannique. Elle supplante Trollope, Dickens, ses contemporains. Mais si cette biographie nous parle du succès de chaque livre, il n’y a pas d’analyse des oeuvres, ce qui me semble une lacune.

George est d’abord très croyante et puritaine, austère même dans sa jeunesse. Puis sous l’influence d’amis libre-penseur elle perd la foi. Son refus d’aller à l’église faillit la fâcher avec son père. Kathy Shaughnessy s’intéresse surtout à sa vie à partir du moment où elle vit avec George Henry Lewes, un homme marié. Libre penseur, partisan de l’amour libre, Lewes n’en veut pas à sa femme Agnès de sa liaison adultérine et reconnaît même les enfants qui ne sont pas de lui, voulant leur éviter le statut discriminant de bâtard. Il prend en charge financièrement les trois enfants qu’il a eus avec Agnès et ceux qu’elle a eus avec son amant. C’est pourquoi la loi lui interdit de divorcer et il ne peut épouser Marian. Quand Marian sera à l’aise financièrement, après la réussite de ses romans, elle aussi contribuera  à l'entretien de ses beaux-fils. Mais l’écrivaine paiera cher sur le plan social le fait de ne pas être mariée. Son frère chéri Isaac avec qui elle est si proche et qu’elle mettra en scène dans Le moulin sur la Floss, « le roman du frère et de la soeur», récit nourri de ses souvenirs d’enfance, coupe tout lien avec elle et de même ses soeurs. C’est une souffrance qui ne s’éteindra jamais. Si George Lewes est encore reçu dans le monde, Marian Evans ne l’est plus. Seuls viennent lui rendre visite les hommes qui n’ont pas de réputation à sauvegarder et parmi les femmes, celles qui sont ses amies proches et qui s’affranchissent des règles sociales  : Maria et Richard Congreve, Sarah, Cara et Charles Bray, Herbert Spencer, Henry James, Georginia Burne-Jone l’épouse du peintre préraphaélite Edward Burne-Jone, Barbara Bodichon qui était peintre et féministe, de même que Elizabeth Rayner Belloc-Parkes et tant d’autres qui militaient pour les droits des femmes.

 

Georginia Burne-Jone : Edward Burne-Jone


Paysage de Barbara Leigh Bodichon


Kathy Shaughnessy nous dit que George, assez conservatrice, était contre le droit à la rébellion des femmes, contre le combat pour le droit de vote, et qu’elle a déçu les mouvements féministes de l’époque mais elle ne nous donne pas beaucoup plus de précision. C’est peut-être ce que j’aurais aimé trouver dans cette biographie. Dans ses écrits, aussi bien dans Middlemarch que dans Le moulin sur la Floss ou Adam Bede, l’écrivaine prend pourtant la défense des femmes et critique le patriarcat. 

 J’ai lu, à ce propos, dans La revue en ligne consacrée à George Eliot un texte qui explique (entre autres)  la position de l’écrivaine quant au féminisme : 

« Mais  elle craignait sans doute aussi que des idées exprimées ouvertement, combinées à sa position atypique avec Lewes au sein de la société, ne nuisent au mouvement féministe. Les mentalités ont tellement évolué qu'il nous est aujourd'hui difficile de comprendre comment, surtout à ses débuts, Eliot a pu être marginalisée et perçue comme une « femme écarlate » dangereuse. (…) Dans Le moulin sur la Floss, Maggie Tulliver était perçue comme une femme perverse, et la lecture de *The Mill* était souvent interdite aux jeunes filles, à qui, comme le déplorait Florence Nightingale, on enseignait que « les femmes n'ont pas de passions ». Lady Amberly, quatre ans avant son mariage, n'eut le droit de lire que la première moitié du roman, tandis qu'en 1885, lorsque Harriet Weaver, âgée de 19 ans, fut surprise en train de le lire, le pasteur du village la réprimanda publiquement en chaire. 

Quand Marian commence à écrire ses romans, elle prend un nom masculin George Eliot ( prénom de Lewes)  et cachera aussi longtemps que possible, même à ses amis, qu’elle en est l’auteure. Tous pensent que c’est un homme qui écrit. Ce qui fera couler beaucoup d’encre et alimentera toutes les conversations mondaines sur son identité tant son succès est foudroyant.

 Marian semble avoir toujours besoin d’encouragement car elle manque de confiance en elle et a beaucoup de doutes sur elle-même. L’opinion publique compte énormément pour elle. En fait, c'est peut-être pour cela qu'elle ne veut pas s'afficher dans des mouvements féministes, descendre dans la rue dans des manifestations comme les sufragettes. Son féminisme, ce sont ses romans qui l'expriment.

Ses «accouchements », c’est à dire la gestation et l’écriture de ses livres qui sont ses enfants - (elle qui ne veut pas être mère)- sont très difficiles. Lewes doit parfois la soutenir à bras le corps quand elle a des phases de dépression. Il est extrêmement attentionné, est toujours en train de lui prodiguer aide et félicitations. Elle est très égocentrique et difficile à vivre ! C’est d’ailleurs, le paradoxe de cette biographie qui s’intitule Une passion pour George Eliot, de faire apparaître celle-ci comme peu sympathique. Une critique négative de ses romans la jette dans des affres terribles. 

« Lewes notait, fasciné, que quelque part dans la conscience de Polly* (surnom qu'il donnait à Marian), être un grand artiste était proche de la divinité. Fasciné aussi de lire sa peur d’être simplement ordinaire - la millionième femme de troupeaux inutiles »

Elle paraît parfois orgueilleuse et se montre condescendante voire dédaigneuse envers certains de ses amis. Elle a besoin d’admiration pour vivre. Ce qui m’a le plus horrifiée, c’est sa manière de recevoir comme un dû, la vénération de son amie, l’écrivaine et philosophe Edith Simcox, qui est amoureuse d’elle, en la laissant lui baiser les pieds ! C’est peut-être son besoin d’être admirée et entourée qui explique son remariage avec John Cross qui a vingt ans de moins qu’elle après la mort de Lewes.  Lu une scène très forte, celle qui a lieu à Venise pendant leur voyage de noce.

Cette biographie m’a donné les grands moments de la vie de George Eliot que je connaissais déjà en partie mais m’a laissé un peu sur ma faim avec toutes ces interrogations sans réponse. Finalement, ce que j’ai préféré, c’est la présentation de tous les personnages célèbres qui gravitent autour de George Eliot, hommes ou femmes, écrivains, philosophes, éditeurs, artistes, et qui sont forcément intelligents et ouverts puisqu’ils la fréquentent et sont ses amis malgré les interdits sociaux.