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dimanche 16 août 2026

Histoire de ma vie (1) : George Sand

George Sand en 1830
  

Histoire de ma vie de George Sand (1804-1876) publié en 1855 est un travail d’écriture qui  a duré sept ans de 1847 à 1854. C’est un ouvrage qui présente, dans la version qui est la mienne, 1205 pages. C’est pourquoi je n’attendrai pas la fin pour en parler mais, de temps en temps, je noterai des passages qui m’intéressent.


Taille : quatre pieds dix pouces =  1m 47 cm


Et d’abord pourquoi écrire sa biographie ?  

 

Aurore et son demi-frère Hyppolite

C’est la question que se pose George Sand qui sait très bien ce qu’elle ne veut pas faire. Elle  prend, en effet, le contrepied des Confessions de Jean-Jacques Rousseau qui s’accuse de fautes vraies ou fausses pour mieux se disculper des travers que lui reprochent ses contemporains. George Sand pense que c’est s’abaisser que d’écrire pour se justifier. Cela n’apporte rien de positif au lecteur. Et même si elle admire Jean-Jacques Rousseau, c’est écrire pour de mauvaises raisons. 

« Qu’on soit pur ou impur, petit ou grand, il y a toujours vanité, vanité puérile et malheureuse, à entreprendre sa propre justification. »

Ecoutez : ma vie, c’est la vôtre


Alors pourquoi écrit-elle ? « Mon histoire par elle-même est fort peu intéressante. Les faits y jouent le moindre rôle, et les réflexions la remplissent. Personne n’a plus rêvé et moins agi que moi dans sa vie ; vous attendiez-vous à autre chose de la part d’un romancier ?

Ecoutez : ma vie, c’est la vôtre ; car, vous qui me lisez, vous n’êtes point lancés dans le fracas des intérêts de ce monde, autrement vous me repousseriez avec ennui. Vous êtes des rêveurs comme moi. » 


L’histoire de ses contemporains

 

La campagne d'Italie :  Napoléon franchissant les Alpes  David

Mais ce n’est pas tout. L’écrivaine a d’autres exigences. Elle pense que la biographie doit être liée à l’histoire de ses contemporains, qu’elle est un témoignage de la société de son temps, des évènements historiques qui ont marqué toute son époque.. l’individu n’existe pas en solitaire. Il est le résultat de son siècle.

 « Toutes les existences sont solidaires les unes des autres, et tout être humain qui présenterait la sienne isolément, sans la rattacher à celle de ses semblables, n’offrirait qu’une énigme à débrouiller. »

Ainsi Amantine, Aurore, Lucile Dupin est née en 1804 l’année du couronnement de Napoléon 1er. 

"Je suis née l’année du couronnement de Napoléon, l’an XII de la République française (1804). Mon nom n’est pas Marie-Aurore de Saxe, marquise  (baronne) Dudevant, comme plusieurs de mes biographes l’ont découvert, mais Amantine-Lucile-Aurore Dupin, et mon mari, M. François Dudevant, ne s’attribue aucun titre."

Elle commence sa biographie avant sa naissance en situant son récit pendant la révolution, racontant comment, pendant la Terreur, sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe épouse Dupin de Francueil, fut incarcérée et en grand danger d’avoir la tête coupée malgré les grandes idées philosophiques qu’elle devait à Voltaire et Rousseau. Sand publie des lettres de son père Maurice engagé par patriotisme dans l’armée républicaine. Il raconte les campagnes d'Italie, conduites par Bonaparte, à sa mère, parle de ses idéaux, de ses ambitions de carrière, et donne un tableau vivant et coloré qui permet de faire sortir les évènements des livres d’Histoire. Plus tard, il racontera les campagnes d'Allemagne, de Prusse et de Pologne...
Bien que j’aie jugé parfois un peu long la citation de toutes ces lettres, je les ai trouvées en même temps passionnantes.  On y revit les faits historiques et, ce qui ne gâte rien, le père de George Sand est un homme attachant, sans préjugés sociaux (ou pas trop !), honnête et aux sentiments sincères et profonds et ... il écrit bien !  De plus, Maurice Dupin est un excellent musicien, un artiste dans l'âme, un homme cultivé qui, lorsqu'il écrit à sa mère, lui raconte les opéras qu'il va voir quand il est en garnison (comme Le devin du village de Jean-Jacques Rousseau), les concerts auxquels il assiste, il  nous renseigne sur la vie culturelle de son époque. 

 

Maurice Dupin père de George Sand

Sand relate, - elle avait trois ou quatre ans-, son voyage à travers l’Espagne occupée par les Français, avec sa mère enceinte qui va rejoindre son père, aide de camp du Prince Murat à Madrid, visions de guerre, de cadavres, de maladie et de faim qui hanteront l’imagination de la petite fille. Son frère, Louis, qui naît aveugle à Madrid meurt peu de temps après son retour à Nohant. Il y a là, l'incroyable épisode du poirier dont elle ne saura la fin mot qu'une fois adulte : ses parents se persuadent que Louis n'est pas mort, le père va le déterrer au cimetière. Les parents conservent le bébé toute la nuit près d'eux. Enfin, persuadés qu'il est bien mort, ils le ré-enterrent sous le poirier autour duquel ils aménagent un joli jardin, terrain de jeu de la fillette. Aurore jouera longtemps, sans le savoir, sur le cercueil de son frère. 

Et nous suivrons avec elle tous les grands évènements et changements qui ont marqué son époque, le Directoire, L'Empire, la Restauration. Un jour elle croise le regard de l'empereur, un autre, le roi de Rome, enfant, dans les bras de sa nourrice, lui envoie un bonbon. 

"Savions-nous ce que c’était que l’empereur ? Je ne m’en souviens pas, mais il est probable que nous en entendions parler sans cesse. Je m’en fis une idée distincte peu de temps après. Je ne saurais dire précisément l’époque, mais ce devait être à la fin de 1807. Il passait la revue sur le boulevard et il était non loin de la Madeleine lorsque ma mère et Pierret, ayant réussi à pénétrer jusque auprès des soldats, Pierret m’éleva dans ses bras, au-dessus des shakos, pour que je pusse le voir. Cet objet qui dominait la ligne de têtes, frappa machinalement les yeux de l’empereur, et ma mère s’écria : « Il t’a regardée ; souviens-toi de ça, ça te portera bonheur. "

Tout n'est pas obligatoirement chronologique dans son récit car elle va de digression en digression. A cette heure de ma lecture, je suis en train de suivre la retraite de Russie ! C'est le chapitre cinq de la troisième partie.  Mais ce n'est plus raconté par Maurice Dupin  : le père d'Aurore est mort d'un accident de cheval à l'âge de 30 ans, en 1808.

 

Car nous avons tous des ancêtres

Enfin et en cela sa biographie est originale, George Sand affirme que chacun d'entre nous est la suite logique d’un enchaînement d’individus, il est le résultat d’un mélange de races, des ancêtres qui l’ont marqué de leurs traits distinctifs. Bref ! elle souligne l’importance de l’hérédité naturelle sans tomber dans l’idée de prédestination car en même temps nous ne cessons pas, dit-elle, d’avoir notre propre liberté et d’être « le fils de nos oeuvres »

"Il est plaisant que la noblesse ait accaparé ce mot- ancêtre- à son profit, comme si l’artisan et le paysan n’avaient pas une lignée de pères derrière eux, comme si on ne pouvait porter le titre sacré de père à moins d’avoir un blason, comme si enfin les pères légitimes se trouvaient moins rares dans une classe que dans l’autre."


 Qui était Aurore Dupin ?

Maurice de Saxe, arrière-grand-père de Sand

On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l’arrière-petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne et si, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n’en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d’une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n’y a point de bâtardise de ce côté-là.

 

Marie-Aurore de Saxe grand-mère de George Sand

Dans cette première et deuxième parties de sa biographie, George Sand explique donc en détail comment sa famille paternelle descend de Maurice de Saxe qui était le fils illégitime d’Auguste II roi de Pologne et de la comtesse Aurore de Königsmark. Il est maréchal général des armées du roi Louis XV, remporte la bataille de Fontenoy (1745) et devient propriétaire du château de Chambord offert par le roi de France.

La grand-mère de George Sand, Marie-Aurore de Saxe, épouse de Louis Dupin de Francueil, était la fille illégitime de Maurice de Saxe. Maurice Dupin, le père de George Sand, était donc le petit-fils. George Sand elle-même est l’arrière-petite-fille de cet illustre officier.

La grand-mère de George Sand est décrite dans Histoires de ma vie comme une femme aux idées avancées sous l’influence des philosophes mais qui ne perd pas, en réalité, ses préjugés sociaux et qui reste très sensible aux opinions conservatrices de ses amies "les vieilles comtesses" comme les appelle Aurore ironiquement. Elle plonge son fils dans le malheur en refusant le mariage avec Sophie, la femme qu’il aime, puis, lorsqu’il se marie sans son consentement, elle l’accable de reproches, est  jalouse de sa bru et cherche à faire annuler le mariage. Plus tard, à la mort de son fils, elle sépare sa petite-fille Aurore de sa mère et de sa demi-soeur Caroline ! Aurore, très attachée à sa mère, en est très malheureuse. Sa grand-mère lui fait peur et elle souffre des préceptes rigides qu’elle cherche à lui inculquer. La fillette est plongée dans le désespoir.  Une année, elle envisage de s'enfuir mais sa grand-mère est malade et elle y renonce. Plus tard, elle se rebelle, elle affirme qu'elle préfère la pauvreté avec sa mère plutôt que la richesse ("le richement" comme on dit en parler berrichon) chez sa grand-mère. On la punit; elle espère se faire renvoyer chez sa mère, mais c'est au couvent des Anglaises, à Paris, que sa grand-mère l'enferme. Sa mère la déçoit aussi car elle ne s'oppose pas à la décision de sa grand-mère.

 

Sophie Delaborde mère de George Sand


George Sand consacre aussi un long passage à la famille de sa mère, Sophie.
"Ma mère était une pauvre enfant du vieux pavé de Paris ; son père, Antoine Delaborde, était maître paulmier et maître oiselier, c’est à dire qu’il vendit des serins et des chardonnerets sur le quai aux Oiseaux, après avoir tenu un petit estaminet avec billard, dans je ne sais quel coin de Paris, où, du reste, il ne fit point ses affaires."

Cela donne lieu à un jolie description, pleine de charme et de poésie, sur son amour des oiseaux et sa familiarité avec eux qu’elle attribue à ses antécédents familiaux.

« Quant à moi, la sympathie des animaux m’est si bien acquise, que mes amis en ont été souvent frappés comme d’un fait prodigieux. J’ai fait à cet égard des éducations merveilleuses ; mais les oiseaux sont les seuls êtres de la création sur lesquels j’aie jamais exercé une puissance fascinatrice, et s’il y a de la fatuité à s’en vanter, c’est à eux que j’en demande pardon. Je tiens ce don de ma mère, qui l’avait encore plus que moi, et qui marchait toujours dans notre jardin accompagnée de pierrots effrontés, de fauvettes agiles et de pinsons babillards, vivant sur les arbres en pleine liberté, mais venant becqueter avec confiance les mains qui les avaient nourris. »

Teverino

Je me suis passé la fantaisie d’écrire un roman où les oiseaux jouent un rôle assez important, et où j’ai essayé de dire quelque chose sur les affinités et les influences occultes. C’est Teverino, auquel je renvoie mon lecteur, ainsi que je le ferai souvent quand je ne voudrai pas redire ce que j’ai mieux développé ailleurs. Je sais bien que je n’écris pas pour le genre humain. Le genre humain a bien d’autres affaires en tête que de se mettre au courant d’une collection de romans et de lire l’histoire d’un individu étranger au monde officiel.  

 Teverino VOIR ICI 


Les compagnons de jeu de la petite Aurore 

George Sand, fille du siècle de Séverine Vidal, Kim Consigny

 

Parmi ses proches, Hippolyte est le fils de Maurice et d'une servante qui a été éloignée par la grand-mère mais celle-ci assure l'éducation de son petit-fils illégitime à Nohant. Je me demande si l'on ne faisait pas payer sa bâtardise à Hippolyte car George Sand dit que leur précepteur Deschatres le battait souvent, ce qu'il ne faisait pas avec elle. Mais il est vrai que le "gros garçon" était un diablotin, plein d'humour et d'inventions machiavéliques, qui se moquait souvent de son précepteur !  Et pour être juste, Aurore était battue par sa bonne, Rose, mais à l'insu de sa mère et de sa grand-mère. Voilà comme George Sand raconte l'histoire d'Hippolyte Chatiron : 

"Une jeune femme attachée au service de la maison venait de donner le jour à un beau garçon qui a été plus tard le compagnon de mon enfance et l’ami de ma jeunesse. Cette jolie personne n’avait pas été victime de la séduction : elle avait cédé, comme mon père, à l’entraînement de son âge. Ma grand’mère l’éloigna sans reproches, pourvut à son existence, garda l’enfant et l’éleva.

Il fut mis en nourrice, sous ses yeux, chez une paysanne fort propre qui demeure presque porte à porte avec nous. On voit, dans la suite des lettres de mon père, qu’il reçoit par sa mère des nouvelles de cet enfant, et qu’ils le désignent entre eux, à mot couvert, sous le nom de la petite maison. Ceci ne ressemble guère aux petites maisons des seigneurs débauchés du bon temps. Il est bien question d’une maisonnette rustique"

Caroline est la fille hors mariage de Sophie Delaborde. Le père de Sand la considère comme sienne mais la grand-mère ne veut pas la recevoir chez elle, la chasse de sa maison et refuse qu'elle fréquente sa petite-fille. A la suite d'une grave maladie d'Aurore, "Bonne maman" accepte qu'elle voit Caroline chez sa mère mais elle ne la reçoit pas chez elle, ce qui oblige Sophie à se partager entre ses deux filles. Pendant que Caroline est en pension, Sophie va voir Aurore à Nohant puis elle repart à Paris. Chaque fois, c'est un déchirement pour Aurore. ( mais pour Caroline et Sophie aussi).

Aurore a deux autres petites amies : Clotilde, sa cousine, fille de sa tante maternelle qui vit à Paris : 

Clotilde, qui pouvait s’ébattre là au grand soleil toute la journée, était bien plus fraîche et plus enjouée que moi. Elle me faisait les honneurs de son Eden avec ce bon cœur et cette franche gaîté qui ne l’ont jamais abandonnée. Elle était certes la meilleure de nous deux, la mieux portante et la moins capricieuse ; aussi je l’adorais en dépit de quelques algarades que je provoquais toujours, et auxquelles elle répondait par des moqueries qui me mortifiaient un peu. Ainsi quand elle était mécontente de moi, elle jouait sur mon nom d’Aurore, et m’appelait Horreur, injure qui m’exaspérait. Mais pouvais-je bouder longtemps en face d’une charmille verte, et d’une terrasse toute bordée de pots de fleurs ? C’est là que j’ai vu les premiers fils de la Vierge, tout blancs et brillants au soleil d’automne : ma sœur y était ce jour-là, car ce fut elle qui m’expliqua doctement comme quoi la sainte Vierge filait elle-même ces jolis fils sur sa quenouille d’ivoire. Je n’osais pas les briser et je me faisais bien petite pour passer dessous."

et Ursule Jos, la nièce d'une domestique à Nohant qui passe tous ses étés avec elle quand elle revient de Paris et loge à Nohant. Quand elle sera plus grande, Ursule sera obligée de vouvoyer son amie, ce qui provoque une grand désarroi de la part d'Aurore qui a l'impression que son amie ne l'aime plus. 

"je fus forcée de consentir à ce qu’elle perdît avec moi cette douce et naturelle familiarité. Cela me fit souffrir longtemps, et même j’essayai de lui donner du vous pour rétablir l’égalité entre nous. Elle en ressentit beaucoup de chagrin. « Puisqu’on ne vous défend pas de me tutoyer, me disait-elle, ne m’ôtez pas ce plaisir-là ; car, au lieu d’un chagrin, ça m’en ferait deux. » "

Il y a aussi Louis, ou comme on dit en Berrichon Liset, que Sophie, la mère d'Aurore a pris sous son aile quand elle vient à Nohant. Elle lui enseigne à lire et écrire; au départ de sa mère, Aurore s'attache à ce petit garçon et continue à lui donner des leçons.

 

 Histoires de ma vie (1):  George Sand

  Histoires de ma vie (2): George Sand

  Histoire de ma vie (3) : George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand 

 

 

 

 







dimanche 2 août 2026

Bilan 5 : Les deux George de la Littérature

 


 

Ce mois de Juillet a été un peu réduit pour moi quant au challenge Les deux George de la littérature. J e n'ai pas lu (ou vu au théâtre) la moitié de ce que j'avais prévu  sur les deux George! 

 

 Mais Miriam a bien "travaillé" comme vous pouvez le constater ! 

 

Et merci à Nathalie de nous rejoindre avec Adam Bede.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 


 Nos prévisions pour le mois d'Août 

 


 

 

 Miriam :

 

 George Sand  Consuelo

 

Claudialucia : 

George Sand : Histoires de ma vie (août /septembre)

George Eliot Scènes de la vie du clergéLes tribulations du révérend Barton 

 

 

 

 

mercredi 24 juin 2026

Kathy O’Shaughnessy : Une passion pour George Eliot

 
 

J’ai été assez déçue par cette biographie de Kathy O’Shaughnessy : Une passion pour George Eliot qui est présentée comme un roman. De ce fait, on ne sait plus vraiment ce qui est de l’ordre de l’imagination ou de la réalité. Bien sûr, les textes cités sont authentiques comme doivent l’être les grandes lignes de la vie de l’écrivaine. Mais où s’arrête la fiction, où commence l'étude ?
 Ensuite Kathy O’Shaughnessy glisse entre les pages de la biographie, un récit et des dialogues ( écrits en italique pour les distinguer du reste ) entre des universitaires étudiant toutes les deux George Eliot, en y mêlant même une histoire de couple, d’amour, d'amant, dont on n’a rien à faire et qui, franchement, ne m’a pas intéressée ! 

 

George Eliot et George Lewes


Mary Ann (ou Marian) Evans ( 1819-1880) est une femme extrêmement érudite, qui connaît le grec, le latin mais aussi les langues étrangères : le français, l’allemand, l’italien, l’hébreu. Elle est d’abord journaliste au Wesminster Review de John Chapman, traductrice, avant de commencer à écrire des romans. Son oeuvre, dès sa parution, la place comme un écrivain majeur de la littérature britannique. Elle supplante Trollope, Dickens, ses contemporains. Mais si cette biographie nous parle du succès de chaque livre, il n’y a pas d’analyse des oeuvres, ce qui me semble une lacune.

George est d’abord très croyante et puritaine, austère même dans sa jeunesse. Puis sous l’influence d’amis libre-penseur elle perd la foi. Son refus d’aller à l’église faillit la fâcher avec son père. Kathy Shaughnessy s’intéresse surtout à sa vie à partir du moment où elle vit avec George Henry Lewes, un homme marié. Libre penseur, partisan de l’amour libre, Lewes n’en veut pas à sa femme Agnès de sa liaison adultérine et reconnaît même les enfants qui ne sont pas de lui, voulant leur éviter le statut discriminant de bâtard. Il prend en charge financièrement les trois enfants qu’il a eus avec Agnès et ceux qu’elle a eus avec son amant. C’est pourquoi la loi lui interdit de divorcer et il ne peut épouser Marian. Quand Marian sera à l’aise financièrement, après la réussite de ses romans, elle aussi contribuera  à l'entretien de ses beaux-fils. Mais l’écrivaine paiera cher sur le plan social le fait de ne pas être mariée. Son frère chéri Isaac avec qui elle est si proche et qu’elle mettra en scène dans Le moulin sur la Floss, « le roman du frère et de la soeur», récit nourri de ses souvenirs d’enfance, coupe tout lien avec elle et de même ses soeurs. C’est une souffrance qui ne s’éteindra jamais. Si George Lewes est encore reçu dans le monde, Marian Evans ne l’est plus. Seuls viennent lui rendre visite les hommes qui n’ont pas de réputation à sauvegarder et parmi les femmes, celles qui sont ses amies proches et qui s’affranchissent des règles sociales  : Maria et Richard Congreve, Sarah, Cara et Charles Bray, Herbert Spencer, Henry James, Georginia Burne-Jone l’épouse du peintre préraphaélite Edward Burne-Jone, Barbara Bodichon qui était peintre et féministe, de même que Elizabeth Rayner Belloc-Parkes et tant d’autres qui militaient pour les droits des femmes.

 

Georginia Burne-Jone : Edward Burne-Jone


Paysage de Barbara Leigh Bodichon


Kathy Shaughnessy nous dit que George, assez conservatrice, était contre le droit à la rébellion des femmes, contre le combat pour le droit de vote, et qu’elle a déçu les mouvements féministes de l’époque mais elle ne nous donne pas beaucoup plus de précision. C’est peut-être ce que j’aurais aimé trouver dans cette biographie. Dans ses écrits, aussi bien dans Middlemarch que dans Le moulin sur la Floss ou Adam Bede, l’écrivaine prend pourtant la défense des femmes et critique le patriarcat. 

 J’ai lu, à ce propos, dans La revue en ligne consacrée à George Eliot un texte qui explique (entre autres)  la position de l’écrivaine quant au féminisme : 

« Mais  elle craignait sans doute aussi que des idées exprimées ouvertement, combinées à sa position atypique avec Lewes au sein de la société, ne nuisent au mouvement féministe. Les mentalités ont tellement évolué qu'il nous est aujourd'hui difficile de comprendre comment, surtout à ses débuts, Eliot a pu être marginalisée et perçue comme une « femme écarlate » dangereuse. (…) Dans Le moulin sur la Floss, Maggie Tulliver était perçue comme une femme perverse, et la lecture de *The Mill* était souvent interdite aux jeunes filles, à qui, comme le déplorait Florence Nightingale, on enseignait que « les femmes n'ont pas de passions ». Lady Amberly, quatre ans avant son mariage, n'eut le droit de lire que la première moitié du roman, tandis qu'en 1885, lorsque Harriet Weaver, âgée de 19 ans, fut surprise en train de le lire, le pasteur du village la réprimanda publiquement en chaire. 

Quand Marian commence à écrire ses romans, elle prend un nom masculin George Eliot ( prénom de Lewes)  et cachera aussi longtemps que possible, même à ses amis, qu’elle en est l’auteure. Tous pensent que c’est un homme qui écrit. Ce qui fera couler beaucoup d’encre et alimentera toutes les conversations mondaines sur son identité tant son succès est foudroyant.

 Marian semble avoir toujours besoin d’encouragement car elle manque de confiance en elle et a beaucoup de doutes sur elle-même. L’opinion publique compte énormément pour elle. En fait, c'est peut-être pour cela qu'elle ne veut pas s'afficher dans des mouvements féministes, descendre dans la rue dans des manifestations comme les sufragettes. Son féminisme, ce sont ses romans qui l'expriment.

Ses «accouchements », c’est à dire la gestation et l’écriture de ses livres qui sont ses enfants - (elle qui ne veut pas être mère)- sont très difficiles. Lewes doit parfois la soutenir à bras le corps quand elle a des phases de dépression. Il est extrêmement attentionné, est toujours en train de lui prodiguer aide et félicitations. Elle est très égocentrique et difficile à vivre ! C’est d’ailleurs, le paradoxe de cette biographie qui s’intitule Une passion pour George Eliot, de faire apparaître celle-ci comme peu sympathique. Une critique négative de ses romans la jette dans des affres terribles. 

« Lewes notait, fasciné, que quelque part dans la conscience de Polly* (surnom qu'il donnait à Marian), être un grand artiste était proche de la divinité. Fasciné aussi de lire sa peur d’être simplement ordinaire - la millionième femme de troupeaux inutiles »

Elle paraît parfois orgueilleuse et se montre condescendante voire dédaigneuse envers certains de ses amis. Elle a besoin d’admiration pour vivre. Ce qui m’a le plus horrifiée, c’est sa manière de recevoir comme un dû, la vénération de son amie, l’écrivaine et philosophe Edith Simcox, qui est amoureuse d’elle, en la laissant lui baiser les pieds ! C’est peut-être son besoin d’être admirée et entourée qui explique son remariage avec John Cross qui a vingt ans de moins qu’elle après la mort de Lewes.  Lu une scène très forte, celle qui a lieu à Venise pendant leur voyage de noce.

Cette biographie m’a donné les grands moments de la vie de George Eliot que je connaissais déjà en partie mais m’a laissé un peu sur ma faim avec toutes ces interrogations sans réponse. Finalement, ce que j’ai préféré, c’est la présentation de tous les personnages célèbres qui gravitent autour de George Eliot, hommes ou femmes, écrivains, philosophes, éditeurs, artistes, et qui sont forcément intelligents et ouverts puisqu’ils la fréquentent et sont ses amis malgré les interdits sociaux.




 



 

jeudi 30 octobre 2025

Récit de la vie de Frederick Douglass, un esclave américain, écrit par lui-même

Frederick Douglass
 


Frederick Douglass, né Frederick Augustus Washington Bailey en 1817 ou 1818, et mort le 20 février 1895 à Washington, est un orateur, abolitionniste, écrivain et éditeur américain. Esclave depuis sa naissance, il réussit à s'instruire et s'enfuit dans le Nord à l'âge de 20 ans. Là, les abolitionnistes le prennent sous leur protection. Il refuse de porter le nom de son maître et prend un nom tiré de La Dame du lac de Walter Scott. Quand  son livre est sur le point d’être publié en 1845, on l’envoie en Angleterre car sa liberté n’est pas acquise et il court le risque d’être repris et ramené en esclavage. Il y est reçu avec beaucoup d’égards et peut faire, grâce à ses prises de paroles, progresser la cause abolitionniste. Il reste deux ans là-bas; ses amis anglais le rachètent à son maître et lorsqu’il repart aux Etats-Unis, c’est en homme libre.

Sa naissance

L'esclavage noir 

Frederick Douglass est né dans le comté de Talbot dans le Maryland. Sa mère, Henriette Bailey, était esclave et son père blanc, vraisemblablement son propriétaire. Ce qui était assez courant, les maîtres, écrit Douglass, satisfaisant ainsi  "leurs désirs immoraux" et y trouvant "à la fois un profit et un plaisir" en augmentant ainsi le nombre de leurs esclaves.
Frederick a été séparé de sa mère dès la naissance et ne l’a rencontrée que peu de fois, la nuit, quand elle pouvait s’échapper de la plantation voisine pour venir endormir son enfant mais elle devait repartir pour prendre son travail au champ au lever du soleil sous peine d’être fouettée. Frederik n’a pu aller la voir quand elle était malade ni assister à son enterrement. 
« Il était fort commun dans la partie du Maryland d’où je me suis échappé d’enlever les enfants à leur mère à un âge très tendre. »
C’était une politique menée par les esclavagistes pour éviter que des liens trop forts puissent se tisser dans les familles noires. Il ne connaît pas sa date de naissance et pense qu’en 1835 il avait à peu près dix-sept ans.
"La grande majorité des esclaves connaissaient aussi peu leur âge que les chevaux» «  Mon ignorance sur ce point fut pour moi un sujet de chagrin dès ma plus tendre enfance. Les petits blancs savaient leur âge. Je ne pouvais imaginer pourquoi je devais être privé d’un pareil privilège."

La maltraitance, la cruauté de l’esclavage

Cette photo a dénoncé la cruauté de l'esclavage, interdite par Trump


Au cours de sa vie d’esclave Fredrick Douglass change de maîtres plusieurs fois. A la mort du capitaine Antoine, ses biens sont partagés entre sa fille Lucrèce et son fils André. Douglass est cédé à Lucrèce comme l’un des  « objets de succession », une humiliation difficile à supporter pour le jeune homme. Douglass décrit avec horreur ces scènes où les esclaves sont séparés de leur famille, les mères de leurs enfants :
« Un seul mot prononcé par un blanc suffisait pour séparer à jamais, contrairement à tous nos désirs, à nos prières, à nos supplications, les amis les plus tendres, les parents les plus chers, pour briser les liens les plus forts… »

Au cours de ce partage, les esclaves sont traités comme du bétail «mélangés pêle-mêle avec les chevaux, les brebis, les cochons, comme si tous eussent occupé le même rang sur l’échelle des êtres », examinés de manière dégradante, sans respect pour la pudeur et l’intimité des femmes et des jeunes filles. Ces humiliations sont le quotidien des esclaves qui doivent comprendre qu’il ne faut jamais dire la vérité aux maîtres et se plaindre, jamais essayé de se justifier même si l’on est innocent, jamais regarder le maître ou une femme blanche dans les yeux. 
A ces souffrances morales s’ajoutent les sévices physiques, le fouet, le viol, le manque de nourriture. Tant que les enfants ne sont pas en âge de travailler, ils sont nus hiver comme été, les adultes ont deux tenues par an quelle que soit l’usure du vêtement. Ils dorment par terre, souffrent du froid. Certains blancs manifestent un sadisme évident, éprouvant du plaisir à fouetter un esclave, à le blesser, l’estropier ou le tuer. Il ne sera jamais poursuivi. Par exemple, chez son  maître le capitaine Antoine, le surveillant Mr Plummer « était toujours armé d’un fouet fait de peau de vache et d’un gros et lourd bâton. Je l’ai vu couper et balafrer si horriblement le visage des femmes que mon maître même se mettait en colère à cause de sa cruauté. ». Pourtant, ajoute Douglass, son maître n’était pas « un propriétaire humain » et il semblait prendre lui aussi un réel plaisir à fouetter ses esclaves. L’enfant assiste, dès son plus jeune âge, au martyre de sa tante Esther accrochée par les mains à un crochet planté dans une solive, le dos ruisselant de sang, un spectacle qu’il ne pourra jamais oublier. Le maître reproche à la jeune fille d’avoir rejoint un jeune noir qui lui faisait la cour. On comprend que c’est parce qu’il convoite la jeune femme pour lui.
"Plus elle criait haut, plus il fouettait fort, et c’était à l’endroit où le sang coulait le plus abondamment qu’il fouettait le plus longtemps ».« S’il avait été de bonnes moeurs, on l’aurait cru intéresser à protéger l’innocence de ma tante, mais ceux qui le connaissaient ne le soupçonneront pas de posséder une pareille vertu."

Dans le domaine de la cruauté ceux qui, comme le révérend Daniel Weeden et le révérend Mr Hopkins qui étalent leur foi et leurs principes moraux et  religieux,  sont les pires.  
De Mr Hopkins, il affirme : « Le trait principal qui caractérisait son gouvernement était de fouetter les esclaves avant qu’ils le méritassent. »
« Un regard, un mot, une mouvement, une méprise, un accident, un manque de force physique, toutes ces choses là peuvent en tout temps servir de prétexte pour infliger un châtiment. »

 
 Douglass va très loin dans l’accusation  puisqu’il affirme  que « la religion du sud ne sert qu’à cacher les crimes les plus horribles, qu’à justifier les atrocités les plus affreuses, qu’à sanctifier les fraudes les plus détestables. ». 

A la fin de son livre, il se sentira d’ailleurs obligé d’ajouter qu’il ne vise pas la vraie religion et les chrétiens sincères qui suivent la doctrine du Christ, mais l’hypocrisie religieuse de ceux qui se servent de la religion pour dominer, contraindre et justifier l'esclavage.


La lecture comme moyen d’émancipation

 


Quand Frederick est transféré à Baltimore, il a la chance d’avoir pour maître Mr Auld  chez qui il est bien traité et bien nourri, et surtout sa femme, Mme Auld qui considère les esclaves comme des êtres humains. Elle apprend l’alphabet au petit garçon qui commence à épeler mais son mari lui explique qu’il est interdit et dangereux d’apprendre à lire aux esclaves : 

« Plus on donne à un esclave, dit-il, plus il veut avoir.
Un nègre ne doit rien savoir, si ce n’est obéir à son maître, et faire ce qu’on lui commande.
Or si vous enseignez à lire à ce nègre (ajouta-t-il en parlant de moi) il n’y aurait plus moyen de le maîtriser. Il ne serait plus propre à être esclave. »


Dès lors l’enfant prend conscience de l’importance de l’instruction et puisque Sophia Auld refuse de continuer ses leçons, il se lie d’amitié avec des petits blancs pauvres qui lui apprennent à lire en échange de nourriture. Douglass comprend alors le mot abolition et décide qu’il ne veut pas rester esclave toute sa vie. En attendant, il acquiert de bonnes compétences au niveau de la lecture et  apprend aussi à écrire. Il lit The Columbian Orator, un ouvrage anti-esclavagiste, et commence à comprendre que l’esclave doit jouer un rôle important dans la lutte pour la liberté. Douglass est marqué par un dialogue entre un esclave et son maître. Dans ce passage, le maître présente à l'esclave des justifications de l'esclavage, que ce dernier réfute, jusqu'à ce que le maître soit convaincu du caractère immoral de cette servitude. Le dialogue s'achève par la victoire de l'esclave et, et par l'obtention de sa liberté. Douglass doit certainement ses talents d'orateur à ce livre. 


« Plus je lisais, plus je ne sentais porté à haïr ceux qui me retenaient dans les fers. Je ne pouvais les  regarder que comme une troupe de voleurs favorisés par la fortune, qui avaient quitté leur patrie pour aller en Afrique, nous avaient volés de force, entraînés loin des lieux de notre naissance et réduits en esclavage sur une terre étrangère. »

L’instruction agit pour lui comme une révélation, une fulgurance qui, malgré des moments de découragement où il cède au désespoir, ne le quittera pas. Il décide de s'enfuir vers le Nord dès qu’il le pourra.

« Je reconnus que pour rendre un esclave content, il faut l’empêcher de penser, obscurcir ses facultés morales et intellectuelles, et autant que possible anéantir en lui le pouvoir de raisonner. 
Il faut l’amener à croire que l’esclavage est une chose juste; et on ne peut le réduire à cet état de dégradation que lorsqu’il a cessé d’être un homme. »


Douglass souligne aussi que si l’esclavage est nocif pour l’esclave et sape ses qualités morales, il ne l’est pas moins pour le maître. Ainsi Sophia Auld, pleine de bonté et de gaîté, sous l’influence de l’esclavage perd ses qualités humaines : « Hélas! Ce bon coeur ne devait pas rester longtemps ce qu’il était »
Après une tentative ratée d’évasion, Frederick Douglass va s’enfuir mais il ne racontera pas comment il a pu réussir car le récit, à l'époque, aurait pu nuire à ceux qui l’avaient aidé et compromettre les chances d’autres fugitifs.

Le récit de la vie de Frederick Douglass, un esclave américain, écrit par lui-même a été publié le 1er mai 1845 et, dans les quatre mois suivant cette publication, cinq mille exemplaires ont été vendus. En 1860, près de 30.000 exemplaires ont suivi. Il a été lu par Harriet Beecher-Stowe, abolitionniste qui écrit La Case de l'oncle Tom en 1852, roman qui a bien contribué à servir la cause antiesclavagiste même si, de nos jours, on lui reproche son paternalisme.


J'ai lu le livre de Frederick Douglass  après avoir découvert le roman de Perceval Everett, James, ICI . On voit combien Everett s'est inspiré des écrits des anciens esclaves.

lundi 8 septembre 2025

Stephen Greenblatt : Will le Magnifique

 

Will  le magnifique de Stephen Greenblatt est un livre à ne pas manquer pour tous les amoureux de Shakespeare mais  pour les autres aussi car le livre est un puits de science à la fois sur la vie et l’oeuvre du dramaturge mais aussi sur l’histoire anglaise du XVI siècle, sous le règne d’Elizabeth 1er et de Jacques 1er.

Stephen Greenblatt part du constat que l’on connaît peu la vie du personnage ( pas de lettres alors qu’il était séparé de sa famille restée à Stratford quand il vivait à Londres, pas de journal intime, pas de mémoires écrits par ses contemporains ) mais d’abondants documents rendant compte de sa vie officielle, acquisitions de propriétés, recettes des théâtres, certificats de mariage, de baptême, procès, testament et puis… bien sûr, il y a ces œuvres !  Et  si justement celles-ci rendaient compte de sa vie, révélaient ses pensées secrètes, ses sentiments, ses idées, bref ! Et si la biographie du grand dramaturge pouvait se lire à travers et par ses écrits ? C’est ce que va étudier Greenblatt et c’est ce qui rend cette étude si passionnante.

Enfin et pour une fois un biographe, Stephen Greenblatt, qui ne remet pas en cause la paternité des œuvres de Shakespeare mais qui, au contraire, met en lumière pourquoi elle est incontestable. Non qu’il veuille aborder cette question d’ailleurs. Son intérêt est ailleurs. Il part de ce postulat :

 « L’une des caractéristiques fondamentales de l’art de Shakespeare est de ne jamais se couper du réel. Shakespeare est un poète qui remarque que le lièvre traqué est « tout trempé de sueur » ou que l’acteur victime d’opprobre peut se comparer à la main indélébilement tachée du teinturier. »

William Shakespeare est né en 1564 et est mort en 1616. Il est l’aîné des enfants de John Shakespeare et de Mary Arden et a certainement fait ses études de l’âge de sept ans à 13 ans à la Grammar school de sa ville natale Stratford-upon-Avon. Des études entièrement dispensées en latin et consacrées à l’étude de textes religieux mais aussi d’auteurs latins, comme Plaute ou Terence. Les troupes itinérantes qui s’arrêtaient à Stratford ont pu aussi lui donner le goût du théâtre. Mais il n’a pu aller à l’université car son père - qui était gantier et bailli de la ville - ruiné, n’avait plus la fortune nécessaire pour l’y envoyer. Quand il arrive à Londres pour y exercer le métier d’acteur et se mettre à écrire Shakespeare doit se faire un nom. Il fréquente alors le cercle des écrivains et dramaturges, souvent de mauvais garçons, buveurs, ripailleurs, mais aussi espions, voleurs, qui tournent autour du théâtre dont Marlowe, son plus grand rival avant sa mort violente dans une rixe. Le théâtre a cette époque est plus que jamais un commerce et la concurrence y est rude, il faut gagner la protection d’un haut personnage pour survivre et les épidémies de peste qui ferment tous les lieux de loisir plongent souvent la plupart des troupes dans la misère. Ces  poètes sont tous diplômés d’Oxford et de Cambridge forment une caste qui ne doit rien à la fortune ou à la noblesse mais bien au prestige de leurs études. Ils regardent de haut tous ceux qui ne sortent pas de l’université. Ils forment un cercle fermé et snob et sont rapidement jaloux des succès de Will. L’un d’eux, vraisemblablement Robert Greene, traite Shakespeare ainsi :

 « Oui, méfier-vous d’eux : Car il en est un parmi eux, un Corbeau parvenu qui s’embellit de nos plumes, et qui, dissimulant son coeur de tigre sous la peau d’un comédien, s’imagine qu’il est tout aussi capable que le meilleur d’entre vous de grandiloquer des vers blancs et en véritable Johannes-à- tout- faire, il se considère vaniteusement comme l’unique Shakescene (ébranleur de scène) du royaume. »

Et  c’est le même  snobisme qui, de nos jours, refuse  de reconnaître  Shakespeare comme l’auteur de ses œuvres, et pour les mêmes raisons !  Sous prétexte qu’il n’est pas sorti de l’université, qu’il est issu du peuple,  ses détracteurs attribuent ses textes à un aristocrate, un universitaire, comme si un autodidacte  doté d’une mémoire excellente, d’un don aiguisé de l’observation et d’une  grande imagination ne pouvait être capable de faire oeuvre de génie, comme si un acteur qui doit incarner toutes les classes sociales, ne pouvait pas s’identifier à un aristocrate.

« Il convient d’invoquer le pouvoir d’une imagination incomparablement  puissante, un don qui ne dépend pas du fait qu’on a, ou non, mené une vie prétenduement intéressante. De longues et fructueuses études ont démontré comment l’imagination de Shakespeare métamorphose ses sources, car dans la majorité de ses œuvres, il emprunte de matériaux qui circulent déjà et les transforme par la puissance de son énergie créatrice. »

L’érudition, certes Shakespeare peut l’acquérir par ses lectures ( j’ai noté qu’il lisait Montaigne, entre autres !). Mais pour le reste il puise dans le réel, dans ce qu’il a pu observer, dans les  traditions populaires, les coutumes solidement ancrées dans la vie campagnarde. Celle-ci est peinte dans son oeuvre, non comme une pastorale destinée à plaire à la haute société, mais avec des détails vrais. Shakespeare connaît parfaitement les travaux des champs. Son père était fils de métayer et achetait de la laine directement au producteur pour la traiter. Il décrit les conditions de vie du berger, le cycle de saisons, la vie des animaux, les noms des herbes et des fleurs.. La nature est souvent présente dans ses pièces et donne lieu à de très beaux passages lyriques tout en témoignant d’une connaissance intime du monde rural. 

« Le théâtre doit participer à la fois de cette envolée visionnaire de l’imagination et d’un enracinement dans le quotidien, ce quotidien qui constitue une partie intégrante de son imagination créatrice. Shakespeare ne devait jamais oublier le monde quotidien et provincial dont il était issu …. »

On sait peu de choses des années  qui ont précédé l’arrivée de Shakespeare à Londres. On pense qu’il a peut-être travaillé comme gantier avec son père et le biographe note l’abondance des  références relatives à ce métier du cuir dans  ses pièces.
 

« Romeo aimerait être le gant qui recouvre la main de Juliette, afin de pouvoir lui effleurer la joue. Dans Le Conte d’Hiver le colporteur transporte dans sa musette « des gants comme roses parfumées » ? Le parchemin n’est-il pas en peau de mouton  ? se demande Hamlet. « si Monseigneur et aussi de veau. » lui répond son ami Horatio.. Dans La comédie des erreurs, quant à l’officier, engoncé dans son uniforme du cuir, Shakespeare le compare à « une basse de viole dans un étui de cuir ». ( etc…) En créant le monde enchanté du Songe d’une nuit d’été, Shakespeare s’amuse même à miniaturiser l’art du cuir : la « chatoyante » peau abandonnée par le serpent qui mue est assez large pour un manteau de fée et « l’aile de cuir » des chauves-souris pour celui des elfes.

 Peut-être a-t-il aussi travaillé dans une étude d’un notaire car il il a le vocabulaire  d’un juriste et plus tard il se révélera très compétent pour gérer ses biens, acquérir des propriétés et se doter d’une solide fortune. Il a certainement commencé sa carrière théâtrale comme acteur avant de se rendre à Londres.

Tout en éclairant la vie de Shakespeare par son oeuvre, Greenblatt  brosse un tableau de  la Renaissance anglaise, ce XVI Siècle dominé par la royale figure d’Elizabeth puis Jacques 1er, un siècle tourmenté, où règne la discorde entre catholiques et anglicans et dans lequel l’héritage religieux de Henri VIII a fait de la reine le chef de l’église anglicane. Les grandes familles catholiques complotent dans l’ombre et lorsque le pape s’en mêle et excommunie la souveraine, la peur du complot, la suspicion, les rumeurs d’assassinat, font peser une chape de plomb sur la société. Beaucoup de nobles perdent la vie, leur tête exposée sur une pique à l’entrée du pont de Londres. Les puritains qui vont encore plus loin dans la répression que la reine, attaquent le théâtre qu’ils accusent de tous les vices, et sont aussi une force délétère qui ajoute encore à ce climat de peur et de tension.
 Entre une mère catholique et un père qui de par ses fonctions publiques affiche son adhésion à l'église anglicane mais est peut-être resté secrètement catholique, on comprend que William Shakespeare se soit montré discret sur sa vie privée. De même qu’il devait se montrer habile dans ses pièces pour ne pas heurter l’orgueil des nobles et des souverains surtout quand il peignait leur règne et leurs moeurs.  Et ce d’autant plus qu’il vit dans un société hiérarchisée à outrance, les hommes dominent les  femmes, les personnages  âgées les plus jeunes, les classes sociales sont extrêmement marquées et la naissance dans l’une d’elles crée un déterminisme dont il est malaisé de s’échapper. Les supérieurs attendent respect et exigent de recevoir des marques de déférence dues à leur rang, l’acteur et le dramaturge n’étant pas beaucoup plus qu’un serviteur chargé de les divertir et  ne bénéficiant pas même de l’impunité du Fou du roi. Un siècle inquiétant et pourtant riche au niveau culturel où le théâtre acquiert peu à peu et parfois difficilement ses lettres de noblesse. Un grand plaisir de lecture !