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samedi 29 août 2026

Histoire de ma vie (5) : George Sand Les débuts littéraires de George Sand à Paris / évolution de ses idées philosophiques

 

Delacroix peint Aurore en 1834 habillée en garçon. Elle est en pleine crise amoureuse avec Alfred de Musset. Après Venise, ils ont essayé de se réconcilier mais leur relation reste tumultueuse.  Elle vient de couper sa longue chevelure et de l'envoyer à son amant glissée à l'intérieur d'une crâne humain. Si l'anecdote est vraie, cela correspondrait bien au récit qu'elle fait dans Histoire de ma vie, quand, à la mort de sa grand-mère, on ouvre le caveau familial et que son précepteur Deschartes l'invite à embrasser le crâne de son père mort à l'âge de trente ans. Le romantisme a une relation de fascination envers la mort liée au bouleversement de la société, au désenchantement, à la perte de repères, qui oppressent la société après la révolution et la chute de l'Empire. La Restauration met une chape de plomb sur les espoirs et les libertés. C'est ce que l'on a appelé "Le Mal du siècle". George Sand, elle-même, a souvent été hantée par l'idée du suicide qui parfois tourne à l'obsession.


Ses Débuts à Paris

 

George Sand et François Casimir Dudevant par François-Auguste Biard

George Sand  déclare très clairement « Comme je ne prétends pas donner le change sur quoi que ce soit en racontant ce qui me concerne,  je dois commencer à dire nettement que je veux taire et non arranger ni déguiser plusieurs circonstances de ma vie ». Elle refuse, contrairement à Jean-Jacques Rousseau de « disposer du passé des personnes qui ont cotoyé mon existence ». Si bien qu’en lisant Histoire de ma vie, vous en saurez peu sur l’échec de son mariage en dehors de son procès puisque celui-ci a été public et vous ne saurez rien sur sur ses amants qui, s’ils apparaissent, le sont comme des amis.. Bref, nous ne sommes pas dans le courrier du coeur ou la presse people ! Même si, en son temps, les amours de George Sand notamment avec Alfred de Musset ou Michel de Bourges ont défrayé la chronique.

C’est pourquoi, lorsqu’elle se sépare une première fois de son mari en 1831 sans faire intervenir la justice, elle ne nous en dit pas plus. Il ne s’agit pas d'une confession ! Elle veut gagner sa vie et aller à Paris.
"A Partir de ce moment-là, l’équilibre entre les peines et les satisfactions se trouva rompu. Je sentis la nécessité de prendre un parti. Je le pris sans hésiter, et mon mari y donna les mains : j’allai vivre à Paris avec ma fille, moyennant un arrangement qui me permettait de revenir tous les trois mois passer trois mois à Nohant ; et, jusqu’au moment où Maurice entra au collège à Paris, je suivis très exactement le plan que je m’étais tracé. Je le laissais entre les mains d’un précepteur qui était avec nous déjà depuis deux ans, et qui a toujours été, depuis ce temps-là, un de mes amis les plus sûrs et les plus parfaits. Ce n’était pas seulement un instituteur pour mon fils, c’était un compagnon, un frère aîné, presque une mère. Pourtant il m’était impossible de me séparer de Maurice pour longtemps et de ne pas veiller sur lui la moitié de l’année."


Elle s’attarde sur les faits qui ont eu leur importance dans sa vie à cette époque :

En 1831, elle constate que la somme octroyée par son mari - qui a conservé la fortune et gère les biens de sa femme en maître comme le veulent les belles lois napoléoniennes (!)-  est si modique qu’elle ne parvient pas à vivre correctement. Sa mère lui conseille de s’habiller en garçon. C’est ce qu’elle faisait elle-même quand son mari manquait d’argent. Des vêtements d’homme sont moins onéreux et plus faciles à entretenir. 

"Je me fis donc faire une redingote-guérite en gros drap gris, pantalon et gilet pareils. Avec un chapeau gris et une grosse cravate de laine, j’étais absolument un petit étudiant de première année." "Au reste, pour n’être pas remarquée en homme, il faut avoir déjà l’habitude de ne pas se faire remarquer en femme."

Elle sera beaucoup plus libre dans ses mouvements. Désormais, Aurore parcourt les pavés de Paris avec de bonnes bottes et non de petites chaussures qui se déchirent au moindre caillou, elle veut développer sa culture, visite les musées et découvre les grands peintres, l’opéra, entre incognito au parterre du théâtre alors interdit aux femmes. Elle a retrouvé là-bas des amis berrichons.

Nous étions alors trois Berrichons à Paris, Félix Pyat, Jules Sandeau et moi, apprentis littéraires sous la direction d’un quatrième Berrichon, M. Delatouche.

Sand essuie beaucoup de critiques, d'injures et les caricaturistes ne se sont pas privés de déverser leur fiel sur elle bien qu'elle n'en parle pas dans Histoire de ma vie. Par contre, elle raconte comment son fils Maurice a été pris pour elle : 

Je raconte là un temps très passager et très accidentel dans ma vie, bien qu’on ait dit que j’avais passé plusieurs années ainsi, et que, dix ans plus tard, mon fils encore imberbe ait été souvent pris pour moi. Il s’est amusé de ces quiproquos, et puisque je suis sur ce chapitre, je m’en rappelle plusieurs qui me sont propres et qui datent de 1831.   

 

Maurice Sand fils de George. La ressemblance est frappante

 

George Sand Auguste Charpentier (1838)

  

En 1832, le choléra décime Paris et survient le drame du Cloître Saint Méry. Un insurrection y est sauvagement réprimée. Dix-sept insurgés se sont emparé du petit pont de l’Hôtel-Dieu. Quinze sont tués par la garde nationale et jetés dans la Seine. Deux atteints dans les rues voisines et égorgés raconte Louis Blanc. La troupe tire sur tout le monde. Sand qui est au jardin du Luxembourg avec sa fille n’a que le temps de rentrer chez elle.

"Ce qu’il y avait jusque-là de plus dangereux, c’était la précipitation avec laquelle on fermait les boutiques au risque de briser la tête à tous les passants. Solange se démoralisait et commençait à jeter des cris désespérés. Quand nous arrivâmes au quai, chacun fuyait en sens différent ; j’avançai toujours, voyant que le pire c’était de rester dehors, et j’entrai vite chez moi sans prendre le temps de voir ce qui se passait, sans même avoir peur, n’ayant encore jamais vu la guerre des rues, et n’imaginant rien de ce que j’ai vu ensuite, c’est-à-dire l’ivresse qui s’empare tout d’abord du soldat et qui fait de lui, sous le coup de la surprise et de la peur, l’ennemi le plus dangereux que puissent rencontrer des gens inoffensifs dans une bagarre." Elle fait ici allusion aux déchaînements de violence auxquels elle a assisté pendant la révolution de 1848 et qui ont éteint son rêve révolutionnaire.

Ses premiers livres paraissent : Indiana en 1832 puis devant le succès, la même année, Valentine… Il lui faut choisir un pseudonyme. Sa belle-mère, la baronne Dudevant, lui a demandé de ne pas galvauder son nom sur les couvertures de livres imprimés ! Ayant écrit un livre avec Jules Sandeau, Rose et Blanche, elle prend, sur les conseils de son ami Delatouche, le nom de Sand et le prénom de George (qui lui paraît très berrichon).
George Sand traverse aussi une crise, au niveau spirituel, mène une recherche ardente des rapports qui peuvent exister "entre l’âme individuelle et cette âme universelle que nous appelons Dieu." "II m’importait fort de chercher en Dieu le mot de l’énigme de la vie, la notion de mes vrais devoirs, la sanction de mes sentiments les plus intimes. » Son refus des institutions religieuses se précise : " Je vois aussi l’esprit de ces institutions tellement perdu et dénaturé qu’en bien des cas l’homme les observe de manière à en faire un sacrilège. Je ne puis prendre mon parti sur des pratiques admises par prudence, par calcul, c’est-à-dire par lâcheté ou par hypocrisie. La routine de l’habitude me paraît une profanation moindre, mais c’en est une encore, et quel sera le moyen d’empêcher que toute espèce de culte n’en soit pas souillée ? "

Tout une période de doute mystique et de quête inquiète voire angoissée qui transparaît bientôt dans son troisième roman Lélia . Il paraît en 1833.

Elle parle longuement de ses amis et dresse des portraits vivants, pleins d’acuité,  originaux, émouvants parfois, ou amusants … des personnages célèbres, Marie Dorval, Delacroix, Emmanuel Arrago, Gustave Planche, Balzac, plus tard Chopin...   

En 1834, elle part à Venise, un voyage qu’elle a toujours rêvé de faire. Elle rencontre Stendhal en route et ne l’apprécie pas trop. Alfred de Musset n’y est que mentionné et ne fait qu’une briève apparition. De leurs amours tourmentés, de leurs déchirements, nous ne saurons rien. Par contre son amour de Venise est là et l'on comprend pourquoi l'on retrouvera cette ville dans plusieurs des romans : Consuelo, La comtesse de Rudolstadt, L'Ucosque, Elle et lui,  Lettres d'un voyageur, Jacques...

 

 L'évolution de ses idées philosophiques

 

Louis-Chrysostome Michel de Bourges

 

Et puis, en 1835, elle rencontre avec Michel de Bourges, avocat qui plaide en 1836 son procès en séparation de corps d’avec Casimir Dudevant pour mauvais traitements et injures graves. Elle obtient gain de cause, la garde de ses enfants ainsi que la restitution de ses biens et de Nohant mais pas la fin de ses ennuis. Casimir Dudevant enlèvera Solange et ne renoncera à l'éducation de ses enfant que moyennant finance, cinquante mille francs !

Républicain fervent, Louis-Chrysostome Michel de Bourges  a une grande influence sur George Sand et  un grand impact sur ses idées et sur son oeuvre. Elle vit avec lui, pendant deux ans, une relation amoureuse passionnée à laquelle elle ne fait aucune allusion dans Histoire de ma vie. Mais elle parle longuement de ses discussions intellectuelles avec lui, sur la cause du peuple, la liberté, ses idées révolutionnaires parfois trop radicales pour elle. Dans Histoire de ma vie l’on peut constater l’admiration voire la fascination qu’il a exercée sur elle, même si elle secoue de temps en temps le joug intellectuel et dénonce ce qu’elle appelle son esprit dominateur. 

 

Pierre Leroux


 

En 1835, Liszt lui fait connaître Lammenais qui prône un christianisme social et elle  rencontre aussi Pierre Leroux, qui lui transmet ses idées d'un socialisme humanitaire et religieux. (Les idées de Leroux sont présentes dans un roman :  Consuelo). C’est avec ces trois hommes que Sand évolue et qu’elle va entrer dans la lutte républicaine, militant pour les droits du peuple, l’égalité sociale et le droit des femmes. La peinture des classes ouvrières et de la dignité des ouvriers, apparait dans ses romans socialistes, en particulier : Simon (1836), Mauprat ( 1837), Le compagnon du tour de France (1841), Horace (1841-42) Le péché de monsieur Antoine (1845), Le meunier d’Angibault (1845), La Ville noire (1861).

 

 Le féminisme de George Sand 

Indiana Hetzel édition par Tony Johannot

 

 On a vu comment l'enfance de George Sand et le mépris dans lequel sa mère, issue du peuple, avait été tenue de la part de sa grand-mère, aristocrate, ont disposé Aurore à prendre le parti du peuple et plus encore celui de la femme du peuple toujours humiliée, toujours soumise, jamais pardonnée si elle commet une faute, toujours considérée comme inférieure.
 
 « Dieu n’a pas créé une race pour la soumettre à une autre.  Je ne me base pas sur les lois de l’homme, qui ne sont que mensonge et injustice, mais sur les lois de Dieu, qui sont justice et vérité. » (Indiana) 
 
Et elle affirme à propos de son premier Livre Indiana qui a fait scandale
 
"Ceux qui m'ont lu sans prévention comprennent que j'ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l'injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l'existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société."

Dans Indiana, elle dénonce l'inégalité des droits des femmes et des hommes et prône le refus de la soumission s'attaquant ainsi au code civil de 1804 qui privait  la femme de ses droits juridiques. 

"Je sais que je suis l’esclave et vous le maître. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien. " (Indiana à son mari le colonel Delmare)

Le féminisme de George Sand a pourtant des limites qu'elle justifie. En 1848, elle refuse de se présenter aux élections et se déclare contre le vote des femmes parce qu'elle juge que celles-ci ne sont pas assez instruites. Trop soumises à leur mari, elles voteraient comme lui.

Elle pense qu'il faut d'abord réformer l'éducation des femmes, leur donner le même niveau d'instruction que celui des hommes afin de les laisser voter d'une manière éclairée.

 "Les femmes reçoivent une déplorable éducation ; et c'est là le grand crime des hommes envers elles." 

George Sand affirme qu'il faut procéder par ordre et donner d'abord priorité à la réforme du mariage, à l'égalité des hommes et des femmes au sein de la famille et dans la société.

" Oui, l'égalité civile, l'égalité dans le mariage, l'égalité dans la famille, voilà ce que vous pouvez, vous devez demander, réclamer."

 

  Indiana voir ICI

  Histoires de ma vie (1):  George Sand

  Histoires de ma vie (2): George Sand

  Histoire de ma vie (3) : George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand 

 


 


 

samedi 15 août 2026

Balzac : Un drame au bord de la mer Le Croisic // Victor Hugo et Joaquin Sorolla : Biarritz


 

J’avais commandé le livre de l’écrivain allemand Siegfried Lenz conseillé par Cleanthe pour le challenge Escapades en Europe :  Les stations balnéaires mais il n’est arrivé chez moi qu’après mon départ en vacances vers mon petit hameau lozérien. Il me faudra donc attendre mon retour à Avignon en septembre pour le lire. Donc, j’ai choisi une nouvelle de Balzac : Un drame au bord de la mer pour la Station balnéaire du Croisic  et un livre de Joaquin Sorolla/ Bords de mer ainsi que des notes de Voyage de Victor Hugo sur Biarritz.

 

Eugène Boudin : Le Croisic


C’est dans les années 1830 que Balzac séjourne au Bourg-de-Baz et qu’il écrit un conte philosophique Un drame au bord de la mer, qui se déroule dans la presqu’île de Croisic et sa côte sauvage. Nous ne sommes qu’au début de la vogue pour les stations balnéaires qui correspond à la mode encore timide des bains de mer. Les plages de Saint-Goustan, de Port Lin au Croisic sont parmi les premières à accueillir des baigneurs.

Louis Lambert, un personnage de La Comédie humaine dans le roman éponyme de Balzac, est le principal personnage de la nouvelle Un drame au bord de la mer avec sa fiancée Pauline. Louis Lambert est le type même de l’artiste, à la sensibilité tellement exacerbée qu’elle confine à la folie. Pauline est la seule à pouvoir le comprendre et possède des trésors d’empathie et de patience, si bien que les deux jeunes gens passent tout d’abord un séjour idyllique au Croisic, sensibles à la beauté, au calme, au recueillement de la station balnéaire..

« La mer était belle, je venais de m’habiller après avoir nagé, j’attendais Pauline, mon ange gardien, qui se baignait dans une cuve de granit pleine d’un sable fin, la plus coquette baignoire que la nature ait dessinée pour ses fées marines. Nous étions à l’extrémité du Croisic, une mignonne presqu’île de la Bretagne … »

Tout d’abord, la beauté de la nature est en harmonie avec les sentiments de bonheur et de perfection qui sont ceux de Louis et de Pauline.

« La vie humaine a de beaux moments ! Nous allâmes en silence le long des grèves. Le ciel était sans nuages, la mer était sans rides ; d’autres n’y eussent vu que deux steppes bleus l’un sur l’autre ; mais nous, nous qui nous entendions sans avoir besoin de la parole, nous qui pouvions faire jouer entre ces deux langes de l’infini, les illusions avec lesquelles on se repaît au jeune âge, nous nous serrions la main au moindre changement que présentaient, soit la nappe d’eau, soit les nappes de l’air, car nous prenions ces légers phénomènes pour des traductions matérielles de notre double pensée. »

Mais ce moment de joie va être troublé par une première rencontre, celle d’un pauvre pêcheur vêtu de haillon, les pieds nus, le pantalon troué. Cette interruption de la félicité est marquée par une première dissonance qui apparaît dans le paysage : « Au moment où les toits de la ville apparurent à l’horizon en y traçant une ligne grisâtre... ».  Pourtant, lorsque tous deux décident d’acheter sa pêche au pêcheur à qui ils permettront ainsi de se nourrir et de subvenir aux besoins de son vieux père, leur harmonie est rétablie et la beauté du paysage est à nouveau présente et les illumine.

En ce moment, le soleil, sympathisant avec ces pensées d’amour ou d’avenir, a jeté sur les flancs fauves de cette roche une lueur ardente ; quelques fleurs des montagnes attiraient l’attention ; le calme et le silence grandissaient cette anfractuosité sombre en réalité, colorée par le rêveur ; alors elle était belle avec ses maigres végétations, ses camomilles chaudes, ses cheveux de Vénus aux feuilles veloutées. Fête prolongée, décorations magnifiques, heureuse exaltation des forces humaines !


Ils promettent alors au pêcheur un bon dîner s’il les amène à la Pointe de Baz jusqu’à la tour qui domine le bassin et les côtes entre Croisic et Baz.

Survient une seconde dissonance dans le paysage dont la vue les frappe par son aspect désertique et sa pauvreté, rien ne pousse sur cette côte battue par les vents de mer où la bouse séchée tient lieu de bois de chauffage l’hiver.

Figurez-vous, (...) une lande de deux lieues remplie par le sable luisant qui se trouve au bord de la mer. Çà et là quelques rochers y levaient leurs têtes, et vous eussiez dit des animaux gigantesques couchés dans les dunes. Le long de la mer apparaissaient quelques rescifs autour desquels se jouait l’eau en leur donnant l’apparence de grandes roses blanches flottant sur l’étendue liquide et venant se poser sur le rivage. »

C’est alors qu’ils aperçoivent, assis sur un rocher à l’entrée d’un grotte, un homme qui semble pétrifiée, le visage détruit par la mer, l’âge, le chagrin, les yeux ensanglantés,  et ce réprouvé, tout le monde semble vouloir l'éviter. Cet homme nommé Cambremer leur fait une terrible impression et ils sentent qu’ils sont devant le spectacle d’un grand malheur. Pauline et Louis n’ont de cesse d’apprendre l’histoire de Cambremer que leur raconte le vieux pêcheur. Je vous la laisse découvrir mais sachez que les jeunes gens, horrifiés, vont désormais voir ce qui les entoure d’un autre manière :  "L’horrible aspect de ces marécages, dont la boue était symétriquement ratissée, et de cette terre grise dont a horreur la Flore bretonne, s’harmonisait avec le deuil de notre âme."

La nouvelle joue donc sur le contraste entre l'harmonie du jeune couple détruite en deux temps par une sorte de gradation : 1)  l'apparition du pauvre pêcheur, 2) l'apparition de cet homme symbole du désespoir.

Balzac y soulève la question de l’impossibilité d’être heureux face au malheur des autres.

Il décrit la Nature en adéquation avec les états d’âme.

Il y a aussi, dans la suite de la nouvelle que je n'ai pas expliquée pour ménager la curiosité, une réflexion sur l’éducation de l’enfant, sur la responsabilité des parents et sur  l’existence  du Mal. Et, à ce propos, à notre grand étonnement, à nous, lecteurs modernes,  Balzac affirme qu'il peut y avoir :   « un crime nécessaire. » 

Victor Hugo et Biarritz

 

Victor Hugo

J'ai visité La Picardie et la baie de Somme avec Victor Hugo et voilà que je le retrouve à Biarritz en 1843 avant que la ville ne devienne une station balnéaire si connue ! Dans son carnet de voyage, il écrit : 

"On se baigne à Biarritz comme à Dieppe, comme au Havre, comme au Tréport ; mais avec je ne sais quelle liberté que ce beau ciel inspire et que ce doux climat tolère. Des femmes, coiffées du dernier chapeau venu de Paris, enveloppées d’un grand châle de la tête aux pieds, un voile de dentelle sur le visage, entrent en baissant les yeux dans une de ces baraques de toile dont la grève est semée ; un moment après, elles en sortent, jambes nues, vêtues d’une simple chemise de laine brune qui souvent descend à peine au-dessous du genou, et elles courent en riant se jeter à la mer. Cette liberté, mêlée de la joie de l’homme et de la grandeur du ciel, a sa grâce.

  (...)

Somme toute, avec sa population cordiale, ses jolies maisons blanches, ses larges dunes, son sable fin, ses grottes énormes, sa mer superbe, Biarritz est un lieu admirable.

 Je n’ai qu’une peur, c’est qu’il ne devienne à la mode. Déjà on y vient de Madrid, bientôt on y viendra de Paris.

 

Alors Biarritz, ce village si agreste, si rustique et si honnête encore, sera pris du mauvais appétit de l’argent ; sacra fames. Biarritz mettra des peupliers sur ses mornes, des rampes à ses dunes, des escaliers à ses précipices, des kiosques à ses rochers, des bancs à ses grottes, des pantalons à ses baigneuses. Biarritz deviendra pudique et rapace. La pruderie, qui n’a dans tout le corps de chaste que les oreilles, comme dit Molière, remplacera la libre et innocente familiarité de ces jeunes femmes qui jouent avec la mer. Et puis il y aura cabinet de lecture et théâtre. On lira la gazette à Biarritz ; on jouera le mélodrame et la tragédie à Biarritz. Ô Zaïre, que me veux-tu ? Le soir on ira au concert, car il y aura concert tous les soirs, et un chanteur en i, un rossignol pansu d’une cinquantaine d’années, chantera des cavatines de soprano à quelques pas de ce vieil océan qui chante la musique éternelle des marées, des ouragans et des tempêtes.

 

Alors Biarritz ne sera plus Biarritz. Ce sera quelque chose de décoloré et de bâtard comme Dieppe et Ostende.

 Rien n’est plus grand qu’un hameau de pêcheurs, plein des mœurs antiques et naïves, assis au bord de l’océan ; rien n’est plus grand qu’une ville qui semble avoir la fonction auguste de penser pour le genre humain tout entier et de proposer au monde les nouveautés, souvent difficiles et redoutables, que la civilisation réclame. Rien n’est plus petit, plus mesquin et plus ridicule qu’un faux Paris. 

Les villes que baigne la mer devraient conserver précieusement la physionomie que leur situation leur donne. L’océan a toutes les grâces, toutes les beautés, toutes les grandeurs. Quand on a l’océan, à quoi bon copier Paris ? 

Déjà quelques symptômes semblent annoncer cette prochaine transformation de Biarritz. Il y a dix ans on y venait de Bayonne en cacolet ; il y a deux ans on y venait en coucou ; maintenant on y vient en omnibus. Il y a cent ans, il y a vingt ans, on se baignait au port vieux, petite baie que dominent deux anciennes tours démantelées. Aujourd’hui, on se baigne au port nouveau. Il y a dix ans, il y avait à peine une auberge à Biarritz ; aujourd’hui, il y a trois ou quatre « hôtels ».

 

Cacolet . environs de Bayonne

 

Joaquin Sorolla : Bords de mer de Dominique Lobstein/Biarritz

Le petit livre d'art paru aux Editions des Falaises sur Joaquin Sorolla  Bords de mer  présente une rapide introduction de Dominique Lobstein à la vie et à l'oeuvre du peintre espagnol. Il est né à Valence en 1863 et ne peignit la mer qu'assez tard. Malgré des voyages incessants, il place toujours  l'Espagne au centre de son intérêt et de ses préoccupations. Le livre est réparti en trois. Une première  partie à Valence  s'intéresse aux  travaux quotidiens, les pêcheurs, la pêche en mer, le halage de la barque... Puis sous l'effet d'une vie familiale heureuse -  il a épousé Clothilde Garcia del Castillo - il  consacre de plus en plus de scènes aux jeux d'enfants aux bords de l'eau, scènes de bain à Javea ou Valence. A partir de 1900,  il peint essentiellement sa famille et, en particulier en 1906, il s'installe l'été à  Biarritz, cette station balnéaire mise à la mode par l'impératrice Eugénie, lieu de villégiature de l'élite européenne. 

 

L'impératrice Eugénie

 

Biarritz. 
A l'origine,  Biarritz est un port de pêche à la baleine jusqu'au XVII siècle. Après la  prise du dernier cétacé en 1686, les marins s'embarquent pour la pêche en Irlande ou en Terre-neuve.
 
Eugénie vint en 1830 à Biarritz avec sa mère, la comtesse de Montijo. Elle y retourne avec Napoléon III  en 1854. La villa Eugénie est construite  à cette date et le couple impérial y séjourne chaque été jusqu'en 1868. Des fêtes somptueuses y ont lieu. Ce qui entraîne la venue de nombreuses têtes couronnées et aussi du monde de la mode et du luxe. Le cauchemar de Victor Hugo s'est réalisé !

Là, Joaquin Sorolla peint sa femme, ses filles et petite-fille se promenant sur les sentiers rocheux, au cours d'un promenade vers le phare, ou protégés du soleil sous un toile bariolée, entrant dans l'eau sur la plage. Tous ses tableaux captent la lumière et ses variations, les reflets de l'eau, les nuances de blanc des robes élégantes, des ombrelles et des chapeaux, avec de temps en temps une note plus vive qui fait chanter les couleurs. Il a parfois la vision du photographe, influencé par son beau-père, le collectionneur et photographe Antonio Garcia Peris. Biarritz apparaît, telle qu'elle est devenue en ce tournant du siècle,  station balnéaire animée avec ses plages bondées, ses lieux de charme où tous rivalisent de raffinement et d'élégance, ses éclats de lumière et de soleil.

A l'heure actuelle, Biarritz est considérée comme la capitale du surf en Europe grâce à des vagues constantes, de tailles variées. De nombreuses écoles de surf et des entreprises liées au surf se sont développées.

  

Joaquin Sorolla : Plage  Biarritz1906

 
 
Joaquin Sorolla : Biarritz Sous la tente

  

Joaquin Sorolla : Biarritz Promenade au phare (1906)

 

Joaquin Sorolla : Biarritz Maria sur la plage (1906)

 

 

Joaquin Sorolla : Biarritz Instantané (Clothilde ou Maria avec un appareil photo)



Joaquin Sorolla : Figure en blanc




 
Joaquin Sorolla : Biarritz Coucher de soleil


















mercredi 25 mars 2026

Patrick Grainville : La nef de Géricault

 

 

La nef de Géricault de  Patrick Grainville 

J’ai toujours été fascinée par le radeau de la Méduse, non par le tableau bien qu’il témoigne incontestablement du génie du peintre, de son sens du cadrage, du mouvement, d’une maîtrise extraordinaire...  mais ce n’est pas le style de peinture que j’aime. Non, c’est l’histoire de ce naufrage, de ces gens abandonnés sur un radeau par un capitaine incompétent et ses officiers lâches et sans scrupules. Ce qui m’intéresse ce sont les implications politiques et sociales de cette tragédie, des royalistes et des nobles qui abandonnent des républicains, des bonapartistes, des hommes d’équipage, des noirs, des anciens esclaves et enfin l’aspect philosophique, ce que cela dit de la nature humaine et de ce qui subsiste de l’humanité dans des conditions extrêmes : Sa majesté des Mouches, Les naufragés du Wager, Les naufragés du Batavia.
J’ai vu aussi une pièce de théâtre - un seul en scène » qui présentait l’épopée du radeau d’une manière hallucinante! ICI les secrets de la Méduse

Théodore Géricault  (1791-1824)

Théodore Gericault par Horace Vernet

Patrick Grainville s’intéresse, lui, à Théodore Géricault et à son tableau Le radeau de la Méduse ou plutôt à ses tableaux car il analyse de nombreuses oeuvres du peintre comme celles réalisés à l’occasion de son voyage en Italie : Course de chevaux libres à Rome. Il dit son amour des chevaux qu’il peint inlassablement sous tous leurs angles, leurs allures, leurs robes et leurs couleurs. 

Plus tard, il peindra aussi, à la demande du docteur Etienne-Jean Georget, les monomanes de la Salpétrière, des portraits intenses de femmes et d'hommes enfermés dans leur douleur et leur folie que l'on ne peut regarder sans éprouver de l'angoisse. 

 

Théodore Géricault : La monomane de l'Envie

 

Théodore Gericault : Course de chevaux libres à Rome


Théodore Géricault : croupes de chevaux

L'écrivain décrit aussi les autres artistes qui gravitent autour de Géricault : son ami Horace Vernet, peintre pompier qui manquait d'inventivité mais qui a réalisé un beau portrait de lui. C'est le fils de Carles Vernet qui fut le maître de Géricault de même que Pierre Narcisse Guérin le fut de lui et de Delacroix"Ce nain  a formé deux géants". 

Ce qui permet de comprendre l’évolution de la peinture, par rapport aux peintres de son époque, vers le romantisme dont il est le représentant avec son ami Delacroix.

L’écrivain nous parle de la vie tourmentée du jeune homme, de sa liaison avec Alexandrine-Modeste Caruel, la jeune épouse de son oncle et des remords que lui causent cette trahison. Lorsqu’elle sera découverte car la jeune femme est enceinte, ce sera le drame. Les amants ne pourront plus se revoir et leur fils leur sera enlevé et confié à une autre famille. Géricault meurt jeune à l’âge de 32 ans vraisemblablement de complications liées à ses blessures lors de chutes de cheval.


Le radeau de la Méduse

 

 


 Le radeau de la Méduse : une diagonale passe par le pied du mousse mort soutenu par le vieillard Cordein et s'élance vers Joseph l'haïtien qui salue le bateau à l'horizon. D'un  côté, au bas du tableau, la mort et le deuil, de l'autre, en haut, l'élan de la vie, l'espoir. Une autre diagonale part de la vague à gauche pour aboutir au cadavre, à droite, dont la tête est à moitié hors du radeau, menace d'engloutissement. Le tout dessine une pyramide, symbole du regain, du retour à la vie. Le mat et la barre de la voile forment une sorte de croix qui est "une manière de Jugement dernier avec d'un côté les damnés et de l'autre, la lumière et l'extase des bienheureux"Celui qui tend le doigt et partage sa joie est Corréard. Delacroix a posé pour le jeune homme de dos qui se redresse pour regarder vers l'avenir. Un corps noir est affalé sur lui, mort certainement, et semble lui dévorer la fesse, rappel du cannibalisme. Au centre des hommes à genoux, dans l'attente, le corps et les bras dressés pour implorer de l'aide. L'un enlace le corps d'une femme ( peut-être ?) qui semble mourante. Sur les 147 passagers du radeau, seuls quinze ont survécu. Aucune femme.

 

Patrick Grainville nous raconte par l’intermédiaire des quelques rares survivants, le charpentier Touche-La Villette, le chirurgien de marine Savigny, le géographe Correard ce qu’ils ont vécu sur le radeau. Là aussi, comme sur le navire naufragé, la lutte pour la survie continue, le radeau étant surchargé, il faut d’abord se débarrasser du surnombre, en tuant, en jetant à l’eau, en noyant, les officiers contre le peuple et réciproquement, une mutinerie sanglante.  Plus tard, ce sera boire son urine et lorsque la faim tenaille, le cannibalisme. Les tempêtes qui submergent les corps, l’eau qui glace, le soleil qui brûle, le sel qui dessèche, qui ulcère les plaies, la maladie, le délire, les hallucinations… les souffrances sont terribles.

« Sur le radeau de la Méduse régna la loi du plus fort. C’est la jungle que Géricault doit peindre en trouvant des limites. Quelle scène choisir ? La plus horrible ou la plus positive ? Quelle nuit ? Quel jour ? Comment cadrer cette torche d’humains dans un périmètre si ramassé. Comment représenter l’indicible ? Touche-Lavillette trouvait presque supportables ses campagnes napoléonnienes au regard du carnage de cette nuit horrible. »

 Pour donner à voir une telle scène, pour parvenir à rendre l’inimaginable, l’impossible, il fallait quelqu’un d’entier, de démesuré, ravagé par le doute, qui se consacre à son art jusqu’à la hantise. Géricault est celui-là ! Il veut peindre toutes les phases de ce récit, la mutinerie, le cannibalisme, la tempête.

 

Théodore Géricault : Le radeau de la Méduse : scène de mutinerie

 Il fait construire une maquette du radeau, se fait nommer tous les personnages, il lit les compte-rendus du naufrage, il réalise des esquisses du corps humain. Il fait poser les survivants de la Méduse, ses amis aussi, mais les personnages qu’il peindra seront des représentations non réalistes, le plus souvent composites, incarnation de l'Humanité et non des portraits réels. Il peint le modèle, Joseph, l’haïtien, qui va devenir l’un des personnages essentiels du tableau. Au sommet de la pyramide, il voit apparaître la délivrance,  l’espérance. Peut-être est-il le symbole de la libération des esclaves ?

 

Géricault  : Joseph L'haïtien

 

Géricault déménage pour un atelier plus grand, la toile devant mesurer sept mètres de long et quatre mètres de hauteur. Il ramène chez lui des morceaux de cadavres, pieds, torses, bras et la tête d’un voleur guillotiné trouvés à l'hospice de Bicêtre. Tout cela pourrit dans son atelier, l’odeur est pestilentielle. Géricault vit de la mort, avec la mort, halluciné. Les voisins se plaignent ! Et cela donne lieu à une scène d’humour noir, où Géricault et son aide, le peintre Jamar, transportent le charnier sur le toit pour échapper à l’odeur mais doivent ensuite disputer les morceaux aux rats et aux chats attirer par le festin ! Cela nous permet de comprendre qui était le peintre et l’énormité de cet accouchement dans la souffrance !  

 

Théodore Géricault : Tête de guillotiné

Le radeau de la Méduse est tout sauf « le résultat d’une reconstitution politique et historique » affirme Patrick Grainville. Il échappe au réalisme ou, du moins, le réalisme des témoignages de Corréard et Savigny est "très contrôlé et parfois édulcoré".  Le tableau est "une configuration intérieure". C’est lui-même que Géricault y a mis et  il « se sent avaler par la mer et le ciel qu’il a peints. La haute vague presque noire du fond est plus vaste que sa poitrine. Il la sent, il l’entend. Le radeau grince. Tous ses bois ont du jeu et bougent. La chair des gisants transparaît et l’entoure d’une couronne d’agonie ».

 
Cela ne va pas d’ailleurs sans une certaine théâtralisation. Ainsi, au premier plan, l’aspirant Coudein qui protégeait Léon, le mousse âgé de 13 ans, veille sur son corps mort." A la fin ce sera la figure théâtrale du vieillard (façon David) cheveux blancs de prophète, coiffe et cape rouge symboliques, hors de tout réalisme… en référence aux grecs et à Michel-Ange" qu’il avait tant admiré à la chapelle Sixtine. Patrick   Grainville y voit un pieta masculine, image de la douleur paternelle.
« Or, vous avez magnifiquement orchestré cet enfer dit un des personnages au peintre. Vous avez donné à ce qui devait être un chaos une harmonie de peinture. »

Le tableau n’est pas politique mais c’est ainsi qu’il va être jugé. La noblesse de la Restauration y voit une critique du capitaine responsable du naufrage et des officiers royalistes. Delacroix y retrouve l’incarnation du romantisme et la révélation du mal du siècle qui caractérise la jeunesse romantique. Hugo est frappé par l’élan lyrique des naufragés qui s’arrachent à la mort pour célébrer l’arrivée de l’Argus, une image de la Liberté. Et ce n’est certainement pas un hasard si, au Louvre, Le radeau de la Méduse est présenté côte à côte avec La liberté guidant le peuple de Delacroix.

Le livre de Patrick Grainville écrit dans un style assez flamboyant propose donc une somme de connaissances sur la peinture du début du XIX siècle et même du XVIII puisque l'on y fréquente aussi Watteau, Fragonard et Creuse. J'ai aussi apprécié d'en savoir plus sur la vie du peintre et sur le tableau, l'un des plus célèbres de toute la peinture française.
 

mercredi 24 décembre 2025

Bonnes fêtes et bonne année à tous

Gustav Klimt : champ de coquelicot

 

 Avec les jardins de Klimt et ses couleurs féériques pour regarder l'année nouvelle avec optimisme, je vous souhaite de bonnes fêtes. Tous mes voeux pour la nouvelle année 2026

 

Gustav Klimt


Rire avec le poète : 

Sur la maison du rire

"Sur la maison du rire
un oiseau rit dans ses ailes
Le monde est si léger

Qu’il n’est plus à sa place
Et si gai
Qu’il ne lui manque rien."


Dire oui, avec le philosophe : 

Pour la nouvelle année 
 
Gai-Savoir, Friedich Nietzsche 

Pour la nouvelle année. — Je vis et je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui je permets à tout le monde d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai prise à cœur la première — quelle est la pensée qui devra être dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : — c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati (accepter son destin) que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! Et, somme toute, pour voir grand :  je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! » 

 





mardi 11 novembre 2025

Avignon Palais des Papes : Jean-Michel Othoniel : Cosmos ou les Fantômes de l'amour

La grande chapelle : astrolabes et cercles      

Jean-Michel Othoniel propose une exposition monumentale dans dix lieux d'Avignon pour célébrer les 25 ans de la ville comme capitale européenne et les 30 ans de son inscription à l'Unesco soit plus de 260 oeuvres et ceci jusqu'au 4 Janvier. A force de me dire que j'ai le temps d'aller la voir, nous voici déjà  presque mi-Novembre et je n'ai visité que celle du Palais des Papes- splendide- et du musée lapidaire.

L'exposition est intitulée Cosmos ou Les fantômes de l'amour Jean-Michel Othoniel, briques et perles de verre, rose d'or, astrolabes, travaillées selon les méthodes des maîtres verriers de Murano. L'exposition du Palais des Papes, chatoyante, irisée, est un éblouissement.

 

Chatoyante, irisée, on se noie dans l'eau des briques d'Othoniel


Voilà ce que l'artiste dit de ce projet :   

"Le fil conducteur de l’exposition, intitulée “Cosmos ou les Fantômes de l’amour”, repose sur l’héritage poétique de Pétrarque. Avignon est une ville liée à l’amour, où Pétrarque a inventé une nouvelle forme poétique ayant inspiré des générations d’artistes, de Michel‑Ange à Shakespeare, en passant par Pasolini. Je me suis plongé dans ces poèmes pour construire la structure de l’exposition. C’est un paradoxe stimulant : je suis à la fois artiste et commissaire, un rôle que je n’avais jamais endossé et que j’ai pris beaucoup de plaisir à expérimenter, au point d’avoir envie de le prolonger.

La trame repose ainsi sur les sonnets que Pétrarque a dédiés à Laure, rencontrée à la chapelle Sainte‑Claire, qu’il a aimée tout au long de sa vie. Ces 366 poèmes racontent la même histoire, mais selon des moments, des lieux et des états d’âme différents, où l’eau occupe une place centrale, notamment celle de la Sorgue. On retrouve ainsi l’évocation de l’eau à travers des métaphores visuelles disséminées dans l’exposition : des sols bleus, des fontaines, qu’elles soient du Palais des Papes ou des bains Pommer. "

 

Les astrolabes de la Grande Chapelle

 
 
  Les astrolabes, une série de quatre sculptures de 5 mètres de diamètre, suspendues sous la haute voûte de la grande Chapelle et dont les ombres mouvantes se découpent sur les murs, surplombent les vagues de la mer qui viennent mourir lentement sur les rives de la Chapelle, la plus grande salle du Palais des Papes.
 
Construite à partir de 1347 en 5 ans par l’architecte Jean de Louvres sous le pontificat de Clément VI (1342-1352), la Grande Chapelle surmonte la Grande Audience. Vaste vaisseau de 52 mètres de long sur 15 mètres de large et 20 mètres de hauteur sous voûte, cette grande nef était le lieu des cérémonies religieuses de la papauté. Depuis le début du 20ème siècle et particulièrement depuis 1947, elle accueille les grandes expositions estivales du Palais." site officiel d'Avignon


miroitement : les briques de Jean-Michel Othoniel



La Sacristie sud

 

La rose d'or (détail)

 

La rose d'or dans la sacristie sud

  

Dans la tradition catholique le Pape attribue, à chaque dimanche de carème, une rose d'or à un personnage de marque. Cette rose sans épine symbolise le Christ et la Passion. La rose de Jean-Michel Othoniel est elle aussi sans épine et constituée de perles recouvertes de feuille d'or.

 

Chapelle Saint Jean

 


La chapelle Saint Jean est ornée de fresques racontant la vie de Saint Jean Baptiste et de Saint Jean l'Evangéliste. Othoniel a tapissé le sol de briques bleues dans lesquelles il a creusé le tombeau de l'amour en briques d'or.

 



Chapelle Saint Martial 

 


 

 Dans la chapelle Saint Martial les fresques bleues racontant la vie de Saint Martial et la figure du Christ ont inspiré à JM Othoniel ce cénotaphe de briques bleu miroir dont les parois intérieures sont tapissées de briques d'or.

 

Le Grand Tinel 

 

 

 

 Le grand Tinel, une immense salle destinée aux festins, expose la rétrospective des peintures de Jean-Michel Ohoniel. 60 peintures à l’encre sur fond d’or blanc de dimensions variables, jamais exposées en France et représentant des fleurs.




La Tour de l'Ange

 

Amant suspendu: JM Othoniel

 

Dans cette tour nommée La tour de l'Ange par l'artiste, tour que l'on aborde par un escalier descendant vers l'étage inférieur, nous sommes un moment au même niveau que les colliers de perles et "les amants suspendus". Ceux-ci sont réalisés d'après le savoir-faire des souffleurs de verre de Murano. C'est pourquoi  c'est un plaisir de prendre le temps de les regarder, "d'entrer" dans la sphère de verre pour y observer d'autres perles incluses dans les grandes et la multitude de reflets qu'elles capturent et qui invitent au rêve. JM Othoniel a appelé Amants suspendus, une succession de grosses perles qui évoquent, dit-il, par leur forme des larmes et par le titre, des corps amoureux.

 

Les colliers de perles et les Amants suspendus

 

 Les colliers de perles et les Amants suspendus


Les Amant suspendus 


Chambre de Parement

 


 La chambre de parement qui servait de lieu d'audience au Pape lors de la réception de personnages importants contient une série de douze sculptures représentant les constellations des signes du zodiaque.  Dans une semi-obscurité, les constellations en acier verre miroité, tout en dégradé de bleus, verts, violets, ambres et bruns sont ponctuées d'étoiles symbolisées par de grandes perles dorées ou argentées.

 


Chambre du Pape

 





 

 



Dans la chambre du Pape les murs ornés de feuillages qui s'entrelacent ont fourni le modèle de l'oeuvre de Jean-Michel Othoniel, placée dans la cheminée, sculpture en forme de liseron.




Le Trésor Bas


Le Grand Lasso

Cette oeuvre intitulée Le Grand Lasso représente un immense serpent qui prend d'assaut le pilier de la salle voûtée du Trésor Bas, salle la plus protégée du palais car elle contenait toutes les richesses de l'église, sacs de monnaie d'or, vaisselle précieuse, entassées dans de grands coffres maçonnés dans le sol et dissimulés sous de grandes dalles.

 

La cour du cloître Benoit XII  

L'astrolabe de 10 mètres de hauteur