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jeudi 19 février 2026

Le moulin sur la Floss : L'enfance : George Eliot et Marcel Proust

  

Je présenterai Le moulin sur la Floss et la Petite Fadette le 27 Février en même temps que Miriam pour le challenge Les deux George de la littérature mais j’avais envie de vous présenter plus particulièrement le thème de l’enfance dans Le moulin sur la Floss et le lien qui existe entre George Eliot et Marcel Proust.

 


 Le moulin sur la Floss est considéré comme le chef d’oeuvre de George Eliot en concurrence avec Middlemarch. Pour ma part, j'aime beaucoup les deux mais j'ai une préférence et une tendresse particulière pour Le moulin sur la Floss. Publié en 1860, l’intrigue commence en 1829 et s’étend sur une dizaine d’années. Maggie Tulliver, notre jeune héroïne, a 9 ans et son frère Tom, quatre ans de plus; nous les voyons évoluer dans la société anglaise des années 1830, de l’enfance à l’âge adulte, pendant une dizaine d’années. 

Le Moulin sur la Floss est une lecture attachante et l’un des plus beaux moments du roman est celui de la description de l’enfance. 

Maggie et Tom Tulliver vivent au moulin de Dorcolte dont leur père est le propriétaire. L’eau rythme donc le cours de leur vie et la Floss qui baigne les rives de la petite ville de Saint-Ogg ainsi que son affluent la Ripple président au bonheur comme au malheur des habitants du moulin. L’eau synonyme du temps qui passe. La mère, Madame Tulliver, tremble quand elle ne voit pas ses enfants, craignant qu’ils ne soient tombés dans l’eau profonde et noyés, et leur père raconte souvent l’histoire d’une crue qui dans le passé a fait des ravages, détruisant le moulin reconstruit depuis. 

 

Un univers poétique 

Moulin à eau : Eugène Chigot

Aux yeux de Maggie, petite fille sensible y a-t-il plus beau que le spectacle qui se déroule quotidiennement sous ses yeux et qui forme son univers poétique ? 

« Maintenant, je tourne les yeux vers le moulin et je regarde la roue qui projette sans relâche ses gerbes de joyaux liquides. Cette petite fille la regarde également : elle est là, exactement au même endroit, au bord de l’eau depuis que je me suis arrêté sur le pont. Et ce curieux chien blanc à l’oreille marron, un bâtard, semble, en sautant et en aboyant, adresser des reproches inutiles à la roue; peut-être est-il jaloux parce que la fillette au bonnet de castor est tellement fascinée par son mouvement. Il serait temps que la fillette rentre, me semble-t-il, il y a un beau feu vif pour l’attirer : la lueur rouge se détache sous le ciel de plus plus gris. Il est temps aussi pour moi de quitter la pierre froide de ce pont sur laquelle mes bras reposent. »  

Le point de vue de ce texte est celui d'un promeneur solitaire qui observe la scène mais on peut tout aussi bien penser que c’est l’écrivaine, elle-même, qui se revoit en Maggie et revit avec nostalgie sa propre enfance. On sait que George Eliot a mis beaucoup d’elle-même dans son jeune personnage. Et c’est peut-être pour cela que toute sa description de l’enfance sonne si justement, si finement, réenchante une époque qui n’est plus, ressuscite les sentiments de bonheur intense comme ceux de chagrin sans limites.

 Maggie est une fillette au teint brun, une petite sauvageonne aux cheveux noirs, épais, indisciplinés, fière et volontaire. Elle est imaginative et aime la lecture. Quand on la contrarietrop, elle s'enfuit chez les bohémiens don elle prétend devenir la reine, une aventure qui lui donne une bonne leçon. Sa mère déplore qu’elle soit aussi laide et aurait préféré une enfant blonde, au teint pâle, obéissante et docile comme sa cousine Lucy. Heureusement le père de Maggie adore sa fille et cet amour entre le père et la fille est très beau. Cependant les parents déplorent tous deux qu’elle soit trop intelligente ( ce qui est préjudiciable  pour une fille et risque de l'empêcher de trouver un mari). Elle est plus intelligente que son frère Tom qui ne manque pas pourtant de bon sens et possède un esprit pragmatique. C’est pourtant à lui que l’on paie des études coûteuses chez Mr Stelling pour apprendre le latin et le grec ( pour le plus grand malheur du pauvre garçon !) alors que sa soeur doit se contenter de glaner des connaissances dans les rares livres qui arrivent au moulin. 

De plus, Maggie adore, idolâtre Tom mais le grand frère est bien décevant. Il est taquin et moqueur, méprise les filles, préfère jouer avec son copain et chasser les rats. Maggie a bien des raisons d’être malheureuse et de pleurer seule dans son grenier en plantant des clous vengeurs dans sa poupée de bois ! « Elles sont amères ces peines de l’enfance ! Lorsque la peine est entièrement nouvelle et inconnue, lorsque l’espérance n’a pas encore d’ailes pour voler au-delà des jours et des semaines, et que l’espace d’un été semble infini. »

 

C'était une de leurs matinées de bonheur

Tom et Maggie : C'était une de leurs matinées de bonheur

 

 Mais l’affection de Tom pour sa petite soeur est réelle et heureusement il y a aussi les beaux moments, inoubliables. Tom amène sa soeur à la pêche : 

« C’était une de leurs matinées de bonheur. Ils trottaient et restaient assis ensemble, sans penser que la vie changerait jamais beaucoup pour eux : simplement ils grandiraient et n’iraient plus à l’école et ce serait toujours les vacances, toujours ils vivraient ensemble et ils s’aimeraient bien. » 

Toute la nature concourt à ce bonheur, la rivière, les arbres, le grand frêne, les fruits rouges de l’églantier et de l’aubépine, les rouge-gorges appelés « Les enfants du Bon Dieu » : 

« Le moulin avec son bruit sourd; le grand châtaignier sous lequel ils faisaient des cabanes. Leur petite rivière la Ripple et ses rives où ils se sentaient chez eux, où Tom observait toujours les rats d’eau, tandis que Maggie cueillait les plumets mauves des roseaux… » 

 Tous les sens participent à ce bonheur absolu de l’enfance et aussi à cette croyance que rien ne changera jamais. Et tout change, en vérité, mais si le passé peut revivre, remonter à la mémoire adulte comme s’il était encore proche de nous, c’est parce qu’il est lié justement à notre enfance, aux sensations que nous avons éprouvées, à nos habitudes … que l’éternelle renaissance de la nature nous permet de retrouver chaque année. 

« Nous n’aimerions pas autant la terre si nous n’y avions pas passé notre enfance… si ce n’était pas la terre où reviennent, chaque printemps, ces mêmes fleurs qui nous cueillions autrefois avec nos doigts minuscules, quand nous étions assis sur l’herbe à babiller tout seuls. » 

 

 La recherche du temps perdu

 


George Eliot où la recherche du temps perdu, George Eliot et le temps retrouvé grâce à l'enfance et aux souvenirs qui lui sont liés ! On comprend pourquoi Marcel Proust aimait autant Le Moulin sur la Floss. 

Quand George Eliot écrit : 

« Ces fleurs bien connues, ces chants d’oiseaux toujours présents à la mémoire, ce ciel à l’éclat intermittent, ces champs labourés et herbeux, qui ont chacun comme une personnalité que leur donnent les caprices des haies : voilà ce qui fait la langue naturelle de notre imagination, ce langage qui est chargé de toutes les associations subtiles et inextricables, que les heures fugaces de notre enfance ont laissé derrière elles. Le plaisir que nous prenons aujourd’hui à voir l’éclat du soleil sur les riches brins d’herbe pourrait très bien n’être que la perception vague de notre esprit las, sans l’éclat du soleil et l’herbe de ces années anciennes qui continuent de vivre en nous et transforment notre perception en tendresse. » 

Marcel Proust lui répond : 

 "Le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bleuets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d'or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure des pays où j'aimerais vivre, où j'exige avant tout qu'on puisse aller à la pêche, se promener en canot, voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des blés, ainsi qu'était Saint-André-des-Champs, une église monumentale, rustique et dorée comme une meule ; et les bleuets, les aubépines, les pommiers qu'il m'arrive quand je voyage de rencontrer encore dans les champs, parce qu'ils sont situés à la même profondeur, au niveau de mon passé, sont immédiatement en communication avec mon coeur." 

 

 




dimanche 1 février 2026

Bella Ellis : Une enquête des soeurs Brontë : La mariée disparue

  

Avignon, Médiathèque Ceccano 2026 :  je  sors bredouille quant aux titres que je suis venue chercher après mes lectures dans vos blogs, quand je tombe au hasard d’une étagère sur :  Une enquête des soeurs Brontë  de Bella  Ellis :  La mariée disparue Tome 1.
Là je me sens piégée ! Bon, je décide, et c’est un à priori, que l’enquête sera  sans grand intérêt…  mais comment résister, à Charlotte, Emily et Anne ? Impossible !
Et bien finalement c’est plutôt une bonne pioche et j’ai éprouvé du plaisir à lire ce livre !

Yorkshire,presbytère d’Haworth, 1845 : Les trois soeurs Brontë apprennent qu’une mystérieuse disparition a eu lieu dans le manoir de sir Robert Chester proche du presbytère de leur père. Sa femme Elizabeth a disparu et du sang est retrouvé dans sa chambre. Enlèvement ? Meurtre ? On a vite fait de soupçonner les gitans mais la piste ne donne rien. La jeune femme laisse deux enfants qu'elle adore et on ne peut la soupçonner de les avoir abandonnés. Voilà qui intrigue les soeurs Brontë et ceci d’autant plus que la première épouse du châtelain s’est suicidée quelques années auparavant en se jetant du toit du Château.
Il n’est pas facile, à cette époque, pour des femmes, ces créatures inférieures et faibles d’esprit, de mener une vie indépendante, de courir la lande, de voyager d’une ville à l’autre sans chaperon, d’interroger des hommes d’égale à égal !  Mais les Brontë ont du caractère et l’enquête s’organise.

Au début l’histoire policière est très classique et chaque chapitre qui porte le prénom d’une des soeurs, nous apporte son lot de découvertes. Puis, l’on se sent pris peu à peu par l’ambiance étrange et mystérieuse et il faut reconnaître qu'avec Emily le récit se corse, sa course au clair de lune sur la lande, la découverte macabre dans le manoir du veuf, un autre Heathcliff (?), la présence du surnaturel  (?) ou  bien l’imagination délirante de la jeune fille, tout nous plonge dans le roman gothique de la fin du XVIII siècle, si prisé des romantiques ! De même le dénouement du roman avec Charlotte n’est pas sans rappeler la fin de Jane Eyre
Donc, l’histoire policière m’a intéressée et puis plus que tout, la vie des soeurs et de leur frère Branwell, leur caractère respectif, leurs sentiments, leur intelligence, leur imagination, leurs chamailleries. Bella Ellis sait faire vivre ces jeunes femmes de l’époque victorienne. Elle les prend à un moment où ils sont tous, avec leur frère, réunis dans la maison de leur père. Charlotte est revenue de Belgique, extrêmement  tourmentée par son amour impossible pour un homme marié, le professeur Heger, que ces deux soeurs jugent comme un être falot et imbu de lui-même. Branwell s’est fait renvoyer de l’entreprise où il travaillait pour avoir eu une liaison avec la femme de son patron, et de ce fait, Anne qui travaillait comme gouvernante dans la même maison a été chassée, ce qu’elle  digère mal !  On la comprend ! Branwell est alcoolique et opiomane et ses soeurs cherchent à la sortir de cette mauvaise passe.  Tous les Brontë écrivent mais ils ont abandonné ou presque leur monde imaginaire fabuleux La confédération de Glass Town, le pays d’Angria et plus tard le pays de Gondal. Le climat de la maison est souvent mélancolique. C’est dire que Charlotte, Emily et Anne abordent l’enquête fictive avec conviction !

 Cases : campagne anglaise, manoir, détective amateur, féminicide,V.I.P

 


 


mercredi 28 janvier 2026

Anne Fine : Le Noël du Chat assassin, Le chat assassin, le retour

 

Le Noël du Chat assassin, ce livre offert à la Noël avec Le chat assassin, le retour, a obtenu un vif succès tant auprès de mon petit-fils que de sa grand-mère ! 

« Allez-y, posez-moi la question : Mon cher Tuffy, pourquoi as-tu passé un affreux Noël? Et je vous dirai tout. 
Que cette fête n'est pas pour les chats. Imaginez un arbre sur lequel il est interdit de grimper, ces décorations, si tentantes, que l'on n'a pas le droit de toucher.
Et ces magnifiques guirlandes, brillantes, éclatantes, accrochées bien trop haut.
Et ces petits paquets-cadeaux scintillants que l'on doit tenir bien loin de nos pattes. »


Anne Fine, c’est une écrivaine que mes filles lisaient déjà quand elles étaient ados mais je ne connaissais pas ce numéro de haute-voltige, prénommé Tuffy, chat et assassin par nature ! Comme sa petite maîtresse Ellie, je prends la défense de cette adorable petite bête ! Je reconnais pourtant qu’il faut avoir les nerfs solides pour lui résister et ce n’est pas le cas de Monsieur Total-Grognon ( le père) et de Madame J'ai-encore-les-yeux-rouges-plein-de-larmes-et-je-me-cramponne-à-ma-robe-en-lambeaux... lacérée par Tuffy  ! (la mère). 

Est-ce la faute, après tout, de ce pauvre animal, s’il est incompris du reste de la famille, si personne ne l’aime, si tout le monde ou presque lui en veut. Il arrache les étiquettes des cadeaux disposés au pied de l’arbre ? et le sapin finit par terre?

« Mais vous m'expliquerez pourquoi je suis coupable une fois de plus. Ce n'est pas ma faute si ma queue donne des petits coups d'un côté et de l'autre. Je suis un chat, et c'est ce qui arrive à nos queues quand, nous autres chats, nous sommes fâchés. Ma queue fait partie de moi, c'est le prolongement de mon derrière. Et je ne passe pas mes journées à regarder ce qui se passe dans le prolongement de mon derrière ! Vous non plus, je suppose ? Alors comment remarquer que mes petits coups de queue arrachent les étiquettes des paquets et les poussent sous le tapis? »


Et l’image suivante vous dira aussi pourquoi on lui reproche tant d’avoir tué une mite ! 


Avec Le chat assassin, le retour, tout aussi réussi, nous suivons Tuffy dont les humains sont partis en vacances, le laissant sous la garde d'un pasteur. Encore un qui ne comprendra pas notre petit ange innocent, et qui - Tuffy a le regret de nous l’annoncer - profèrera des paroles peu en accord avec son ministère ! 




C’est le genre d’humour que j’adore. Ces petits livres qui provoquent un vif plaisir de lecture sont facilement accessibles à tous ceux qui commencent à lire comme aux plus aguerris ! Et il y en a pour tous les goûts ! Journal d’un chat assassin; Le chat assassin contre-attaque; Le chat assassin, anniversaire mortel; Le chat assassin, le chat qui en savait trop; Le chat assassin ne lâche rien; le chat assassin tombe amoureux … et j’en passe !


 


vendredi 23 janvier 2026

challenge : Les deux George de la littérature

  

Le challenge Les deux George de la littérature vous invite à vous joindre à nous, Miriam et Claudialucia, et à partager nos lectures  sur George Sand (1804-1876) et George Eliot ( 1819- 1880).

Vous pouvez lire leurs romans, nouvelles, biographies, autobiographie, leur correspondance avec les personnalités de leur époque. Le choix est riche et variée

 

Des point communs

George Sand

Ces deux écrivaines, française et anglaise, ont beaucoup de points communs, et d’abord le choix du même pseudonyme masculin, George, dans une société qui ne permettait pas aux femmes de s’affirmer comme telles lorsqu’elles écrivaient ou lorsqu’elles cherchaient à sortir du cadre étroit qui leur était assigné, foyer et maternité. Il s’agit donc d’une contestation de cette société dont les lois maintenaient les femmes sous la dépendance masculine tant au niveau juridique qu’intellectuel.  Le prénom George ?  Courant à l’époque, il permet de se libérer du carcan social. 

 Toutes deux vivront de leur plume. Toutes deux ont choisi d’être indépendantes, en bravant les interdits de leur société,  selon une conduite jugée scandaleuse pour l’époque.


Amantine Aurore Dupin, baronne Dudevant, a secoué « l’affreux joug du mariage » en se séparant de son mari et en vivant de sa plume. Elle affiche ses amants dont Jules Sandeau à qui elle emprunte, par la suite, son pseudonyme Sand.

 

George Eliot

 

Mary-Ann Evans a d’abord eu une période de ferveur religieuse. Puritaine, elle observe une vie austère mais dans les années 1840 sa rencontre avec des intellectuels libres-penseurs va faire évoluer sa pensée. Plus tard, elle vivra avec George Henry Lewes, un homme marié et père de famille, dont elle prendra le prénom pour écrire. Elle aussi connaîtra le succès littéraire.

 

Des différences 

George Sand

 

Mais les différences entre les deux écrivaines sont aussi nettes et le challenge Les deux George de la Littérature nous permettront de les découvrir.

George Sand commence à écrire dans les années 1830 et illustre la seconde génération du romantisme. Son oeuvre est marquée les thèmes propres à ce mouvement, lyrisme, idéalisme, exaltation des passions, sens de la nature. Elle met la littérature au service de ses idées féministes  puis de ses idées socialistes. Ses romans du monde rural dans les années 1840 sont réalistes dans la mesure où elle connaît bien ce milieu mais elle ne s’interdit pas l’idéalisme dans les descriptions des personnages. Ses romans sont engagés dans les débats sociaux, elle décrit les conditions de vie des paysans, elle prône l’égalité sociale. Elle est républicaine et socialiste et elle prend position lors de la révolution de 1848.

Dans la préface de La Mare au diable elle écrit :  « Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (…) . Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale… »


George Eliot


George Eliot qui écrit dès les années 1850 décrit avec réalisme la vie provinciale de l’Angleterre victorienne. Ce qui l’intéresse, c’est la justesse de la description psychologique des personnages,  sans embellissement. Elle présente une critique de la société et de ses hypocrisies. Elle critique la condition féminine et les interdits moraux de la société victorienne. Mais elle n’a pas le même engagement politique et social que George Sand. Elle veut réformer la société par une approche morale et philosophique. Dans une lettre de 1968, elle écrit : 

« Le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui les lisent soient davantage capables d’imaginer et de ressentir les peines et les joies de ceux qui sont différents d’eux. »


Leurs oeuvres



George Eliot

 George Eliot en a écrit 7 romans et des nouvelles : 

Adam Bede (1859), 

Le Moulin sur la Floss (1860), 

Silas Marner (1861),

Romola (1862–1863), 

Felix Holt, le radical (1866), 

Middlemarch (1871–1872) 

 Daniel Deronda 

et Scènes de la vie cléricale : trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil's Love-Story et Janet' Repentance paru en 1857 

George Sand

George Sand a écrit plus de 70 romans et 50 volumes d’oeuvres diverses, nouvelles, contes et légendes, correspondance, pièces de théâtre, essais, articles. Impossible de les citer tous !  Voici les oeuvres principales classées par thème : 
 
Féminisme, amour et mariage
Œuvres qui dénoncent le mariage imposé, l’inégalité entre hommes et femmes et défendent l’émancipation féminine.
    •    Indiana
    •    Valentine
    •    Lélia
    •    Jacques
    •    Lucrezia Floriani

 Romans champêtres : Nature, ruralité et idéalisme
Le Berry est le cadre de ces romans qui mettent en valeur les qualités du peuple, sa sagesse, sa dignité.
    •    La Mare au Diable
    •    François le Champi
    •    La Petite Fadette
    •    Les Maîtres sonneurs

 Justice sociale, peuple et politique
Sand  prône l’égalité sociale et la valeur des travailleurs.
    •    Le Compagnon du tour de France
    •    Le Meunier d’Angibault
    •    Horace
    •    La Ville noire

 Art, musique et création
Réflexion sur le rôle de l’artiste, la création, la grandeur de l’art en particulier de la  la musique.
    •    Consuelo
    •    La Comtesse de Rudolstadt
    •    Les Beaux Messieurs de Bois-Doré
    •    Les maîtres sonneurs

Philosophie, idéalisme 
Œuvres marquées par le romantisme.
    •    Lélia
    •    Spiridion
    •    Gabriel

 Autobiographie et écrits personnels
    Histoire de ma vie

Fantastique, Contes et Légendes

le château de Pictordu

légendes rustiques

Contes de grand-mère

la fée aux gros yeux

la fée poussière


Théâtre dont 31 pièces

Le roi attend (1848)    
     
Claudie (1851)

Le Marquis de Villemer (1864)

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Biographies


George Sand 

George Sand Martine Reid 

Lélia ou la vie de G Sand André Maurois

George Sand ou le scandale de la liberté Joseph Barry

George Sand Audrey Pennel

George Sand Danielle Netter 

George Eliot

L’autre George de Mona Ozouf

Une passion pour George Eliot de Kathy o’Shaughnessy

George Eliot Rosemary Ashton Édition en Anglais 

 

Comment participer ?

 

 
 
Le challenge durera un an :  Du mois de Février 2026 au mois de Février 2027


Vous  pouvez participer en lisant librement un livre de George Sand et/ou de George Eliot de votre choix et en publiant un billet le 30 du mois (pour  Février le 27).

Ou /et nous rejoindre dans des Lectures communes.

Pour  le 27  Février  

George Eliot  :  le moulin sur la Floss  et un livre de Sand soit  Le Moulin d'Angibault, soit La Petite Fadette au choix

Pour le 30 mars

Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand au choix

pour le 30 Avril

La ville noire de Sand et Felix Holt le radical d'Eliot 

Pour le 30 Juin

Une biographie de George Eliot (en français ou en anglais) et une biographie de George Sand.


Pour le 30 juillet et le 30 août: Liberté de découverte pas de LC.

et l’on verra par la suite pour la reprise des LC.

 

Pour ma part, j'ai participé à  un challenge George Sand il y a quelques années mais je suis loin d'avoir tout lu d'elle ! Voir Ici 

 

Et j'ai lu récemment :  Middlemarch de George Eliot

 

Les logos à utiliser : 

 








dimanche 14 décembre 2025

George Eliot : Middlemarch

 

La parution de Middlemarch s’est échelonnée de 1871 à 1872, au total un roman de plus de 1000 pages, en huit volumes, qui se déroule à Middlemarch de 1829 à 1832, dans la petite ville fictive manufacturière (Coventry peut-être ? où Eliot a vécu ). Le sous-titre Etude de la vie de province dépeint bien l’intention de l’écrivaine de rendre compte de la vie rurale, loin de la capitale, et ceci à tous les niveaux de l’échelle sociale, des nobles, grands propriétaires terriens, en passant par le clergé, les pasteurs, les vicaires et la bourgeoisie aisée, les manufacturiers qui cherchent à monter dans l’échelle sociale, à la classe moyenne, commerçants, régisseurs, et paysans dont les métayers vraiment pauvres et révoltés d’Arthur Brooke, un foisonnement de personnages qui donne l’impression d’une vie intense, un tissu social complexe, une satire des moeurs, illustrant les grands moments de cette période historique et politique. C’est l’occasion pour George Eliot de décrire la fin du règne de George IV puis, sous le règne de Guillaume IV et à propos de la Réforme, de montrer les forces conservatrices en oeuvre, les tories ligués contre les whigs réformateurs,  achetant les élections par des pots de vin et triomphant des idées progressistes.


Middlemarch qui tourne autour des personnages principaux présente donc un vaste et dense panorama de la vie au début du XIX siècle dans une province anglaise, développant certains aspects, les moeurs, la religion, les mentalités, les idées nouvelles, l’agriculture, la médecine, et présentant comme toile de fond le contexte historique. Ainsi le manufacturier Walter Vincy, père de Fred et de Rosamond, connaît des difficultés économiques en ce début d’industrialisation. Dans les usines de textile de Middlemarch, où l’on fabrique le ruban, les machines à vapeur modernes sont détruites par les ouvriers en colère. La crise touche aussi l’agriculture. Et au niveau spirituel et religieux, on y voit la propriétaire terrienne Dorothea Causebon choisir le vicaire Camden Farebrother comme pasteur, une pratique très contestée qui aboutira plus tard en Ecosse au schisme entre l’église presbytérienne et la nouvelle église libre d’Ecosse.


Le roman est celui du mariage qui sert de prétexte à décrire les relations entre les hommes et les femmes. Autour d’eux se greffent tous les autres personnages qui permettent d’explorer les nombreux thèmes abordés par le roman.


Dorothea et Ladislaw

Dorothea Brooke, nièce d’Arthur Brooke, un propriétaire terrien qui ne préoccupe pas du bien-être de ses métayers, est une jeune fille d'une grande beauté. Idéaliste, désireuse de participer au progrès social et de faire le bien autour d’elle auprès des populations pauvres, elle a aussi de grandes aspirations à la connaissance, au savoir, est extrêmement pieuse et fait preuve d’une morale un peu puritaine. C’est pourquoi, elle s’imagine trouver l’occasion de se dévouer et de s’instruire dans le mariage avec le pasteur Causobon, riche propriétaire terrien, vieil érudit, pédant et desséché, qui a voué toute sa vie à un ouvrage interminable (et interminé) ! Il ne lui faut pas longtemps pour découvrir l’incompétence du vieil homme, sa vanité, sa mesquinerie et son égoïsme odieux. Pendant son voyage de noce en Italie, elle fait connaissance du jeune cousin de son mari, Ladislaw, un parent pauvre de son mari, dont elle apprécie le goût de l’art, la finesse et les idéaux sociaux. On verra comment le vieillard, au-delà de la mort, veut l’empêcher de s’unir à celui qu’elle aime une fois devenue veuve. Dorothea est une femme sincère et réellement bonne. Elle a bien sûr des défauts dont son excès de rigorisme.  Elle manque de perspicacité intellectuelle et commet des erreurs de jugement à propos du révérend Causebon. Il est vrai qu’elle a l’excuse de son extrême jeunesse. C’est un personnage plein de contradictions :  elle n’en fait qu’à sa tête, c’est elle qui prend la décision de se marier malgré l’avis de sa famille, mais elle ne remet pas en question le diktat de société concernant le rôle de la femme, qui doit être docile et soumise à un mari. La souffrance qu’elle éprouve pendant le temps que dure son mariage trempe son caractère !

 

Albert Durade : George Eliot Mary-Ann Evans


Sa soeur Célia qui épouse Sir James est beaucoup plus pratique qu’elle et moins idéaliste. Il faut dire qu’elle se coule plus facilement dans le moule, acceptant le rôle traditionnel dévolu aux femmes, étant bien entendu que celles-ci ne sont pas assez intelligentes et sont trop futiles, trop ignorantes, pour comprendre et diriger des affaires et qu’elles doivent obéissance à leur mari. On comprend l’ironie de George Eliot (Mary-Ann Evans), femme intelligente, érudite et progressiste, qui s’est brouillé avec son père parce qu’elle avait perdu la foi, qui a bravé les interdits de la société en vivant avec un homme marié, libre-penseur, indépendante d’esprit et indépendante financièrement par son travail.


Rosamond Vincy, sa mère et Lydgate


Tertius Lydgate est médecin. Orphelin, noble, il a été élevé par son oncle, un baronnet, mais doit désormais se débrouiller seul et sans fortune. Ce qui lui convient très bien. Ce qui intéresse Lydgate, c’est son métier, mener à bien des recherches médicales, réformer la médecine, lutter contre les épidémies de choléra, développer l’hygiène, c’est pourquoi il accepte le poste de direction bénévole de l’hôpital de Middlemarch que lui offre le banquier Bulstrode. Ce dernier, un méthodiste puritain et donneur de leçons, se met à dos la société de Middlemarch à majorité anglicane. Lorsqu’on l’on apprend que la fortune de cet homme est mal acquise, sa réputation est perdue, et va entacher celle de Lydgate pourtant idéaliste et honnête. 
Ajoutons à cela que Lydgate se marie avec la ravissante Rosamond Vincy, commettant l’erreur grossière de la croire sincère, douce et soumise, comme il se doit d’une jeune fille accomplie. Or, elle se révèle entêtée, indocile, frivole et snob, refusant de réduire son train de vie. D’un égocentrisme forcené, elle ne veut faire aucune concession et pousse son mari à s’endetter. Un mariage malheureux qui démontre que les préjugés des hommes et leur certitude de dominer les femmes, peuvent se retourner contre eux-mêmes. Lydgate en est la victime qui n'attend de son épouse que la docilité et qu'elle sache jouer du piano ! Mais il est lui-même fautif, aimant peut-être un peu trop le luxe et les objets coûteux.
 

Le thème de la médecine et de son évolution, de ses réformes nécessaires est très présent dans le roman de George Eliot. Avec Lydgate, elle dénonce le conservatisme et l’ignorance de ses contemporains mécontents d’un médecin qui ne leur vend pas de médicaments lorsqu’il les juge inutiles, ce qui était une pratique courante des collègues de Lydgate pour augmenter leurs revenus. Lydgate est réellement un homme de grande valeur qui aurait pu aller très loin s’il avait été secondé par une femme de valeur ! On ne peut s’empêcher de penser que c'est lui que Dorothea aurait dû épouser ! Mais « la vie » n’est pas un roman ! 


Mary Garth et Fred Vincy


Enfin, voilà Mary Garth mon personnage préféré. Mary est laide ou tout au moins sans beauté, c’est ainsi que la voit la société, mais jamais, pourtant, George Eliot n’a dressé un portrait aussi charmant et plein de tendresse. C’est l’un des personnages le plus agréable du livre avec son intelligence pragmatique, son courage devant l’adversité, son absence de snobisme et la sincérité de ses sentiments, son caractère un peu « soupe au lait», son sens moral sans ostentation, toujours tempéré par l’humour. Et j’aime aussi beaucoup Cleb et Susan Grath, ses parents, et toute la flopée de petites soeurs et de petits frères à la langue bien pendue qui créent des scènes pleines de joie et de vivacité. Caleb est régisseur et expert foncier et  s’occupe de la gestion des métairies. Il est compétent et aime le travail bien fait et il a perdu la pratique de certains clients car il ne supporte pas d’agir contre sa conscience. Son épouse, instruite, donne des cours à des élèves pour arrondir un budget familial très serré, ce qui entraîne le mépris de ces dames de la bourgeoisie, une femme qui travaille pour vivre, quelle honte !  Peu importe, le couple vit honnêtement, paisiblement et modestement.

Comme Mary n’a pas de fortune et qu’elle travaille comme infirmière auprès du riche propriétaire Peter Feartherstone, elle n’est pas un bon parti. Madame Vincy ne la veut pas pour belle-fille car elle souhaite un bon mariage pour son fils Fred. Or, celui-ci aime Mary, son amie d’enfance. Mais Mary refuse de l’épouser s’il continue à faire des dettes de jeu et ne veut pas travailler. C’est un gentil et sympathique jeune homme mais peu sérieux et immature et il compte trop sur l’héritage de l’oncle Feartherstone, espérant une vie de plaisir et d’oisiveté. La vie commune mérite des efforts et l'amour ne suffit pas, il ne peut se construire sur du sable et il repose sur l'égalité et le respect mutuel.  C'est ce que nous apprennent Mary et Fred.

 

Film télévisé britannique : Dorothea et Ladislaw

 
J’ai adoré ce roman historique et social même si j’ai éprouvé au début quelques difficultés à y entrer étant donné la multiplicité des notes qui renvoient le lecteur à la fin du roman. J’ai fini par les laisser de côté quand elles n'étaient pas indispensables à la compréhension de l'ouvrage ! Il faut donc être patient au début et laisser le temps d'installation à la narration et aux personnages. Mais une fois lancée dans ce voyage vers le passé, j’ai savouré la comédie humaine que nous donne George Eliot avec ses grandes scènes pleines de férocité et d’ironie et tous les petits détails tellement vrais, les commérages, les jalousies, les ambitions, la subtilité des liens sociaux.  

J’ai admiré combien George Eliott sait parler avec justesse et vérité de toutes les classes sociales et en particulier du peuple. Ainsi Dagley, le métayer d'Athur Brooke, est plus vrai que nature. Ce passage où Brooke vient faire des remontrances à Dagley est haut en couleur et plein d’humour mais il est en même temps très critique sur le plan social, l’écrivaine dénonçant la misère des paysans et la responsabilité des maîtres. On sent très bien de quel côté elle penche. Le franc parler du paysan provoque le rire mais son indignation nous touche. Middlemarch est un roman social plein de générosité . p532 533

Middelmarch est un roman d’apprentissage en particulier pour Dorothea et Lydgate qui font tous deux les frais de leur inexpérience, de leur éducation et de leurs erreurs douloureuses. C'est aussi un roman d'amour, sans illusion sur les relations entre hommes et femmes, dénonçant l'aliénation de la femme maintenue dans l'ignorance même dans les classes supérieures, considérée comme inférieure, soumise à l'autorité maritale.

La galerie de portraits, trop nombreux pour que l’on puisse rendre compte de tous, est passionnante et l’écrivaine s’illustre même dans la caricature avec l’homme à tête de grenouille, Rigg, le fils illégitime de Peter Fearstherstone.

Enfin, lorsque intervient l’affreux John Raffles et que celui-ci fait chanter le banquier Bulstrode, nous sommes proches du roman à la Dickens ou à la Colins qui explore les bas-fonds et cultive les mystères familiaux, la mésalliance, le chagrin d’une mère, la disparition d’une fille jamais retrouvée. La mort et la souffrance du maître-chanteur, le drame vécu par Bulstrode, son glissement vers le meurtre, son basculement moral et sa déchéance sociale, ne manquent pas de tragique et de noirceur. 

Cependant, si George Eliot peut se placer au niveau de la tragédie avec le destin de certains de ses personnages, l'ironie n’est jamais bien loin. La mort et l’enterrement du vieux Fearthersone, par exemple, donnent lieu à une description savoureuse au cours de laquelle l’on voit les héritiers présumés faire le siège de la maison du moribond, chacun rivalisant avec les autres membres de la famille, affectant fidélité et amour, (ce qui provoque l’hilarité de Mary et de Fred) puis, pendant la cérémonie funèbre, les voilà uniquement préoccupés de l’héritage. L'écrivaine ne nous laisse aucune illusion sur la bonté et la grandeur de la nature humaine mais son pessimisme est toujours corrigé par l’humour.


Un grand roman donc qui nous plonge dans un univers si vivant, si varié, si juste, que l’on a l’impression d’une immersion totale dans le passé avec, à la dernière page, le regret de devoir abandonner des personnages que l’on a appris à connaître et pour certains à apprécier.
 

 

 

J'ai lu il y a bien longtemps Le moulin sur la Floss que j'avais aussi beaucoup aimé et que je relirai volontiers. 

mardi 25 novembre 2025

Valerie Keogh : L'infirmière/ Claire McGowan : Personne ne doit savoir / Yamamura Misa : La Ronde noire

 

J’ai lu toute une série de romans policiers ou thrillers d’écrivaines ( et oui que des femmes !) irlandaise de Dublin, irlandaise du Nord, japonaise. Lectures faciles, parfois addictives, récréatives, dont j’ai envie de laisser une trace même rapide dans mon blog.

Valérie Keogh, naît à Dublin, vit dans le Wiltshire en Angleterre: L’infirmière

L’infirmière raconte l’histoire de Lissa, une fillette que son physique ingrat expose aux moqueries et humiliations de ses camarades de classe excitées par Jemma, une fille dominatrice et sans pitié. Lissa ne peut compter sur l’aide de sa mère, dépressive, qui n’aime, en fait, vraiment, que son mari. Son père, voyageur de commerce, est souvent absent et lorsqu’il revient à la maison, la mère n’a d’yeux que pour lui, ce qui exclut l’enfant. 
Souffrant de ce harcèlement scolaire, Lissa décide de tuer Jemma selon un plan qui lui assure l’impunité. Quelques années plus tard, son père meurt dans un accident de voiture, sa mère tombe dans un état catatonique et doit être placée dans un établissement de soins extrêmement coûteux car la jeune fille veut ce qu’il y a de mieux pour elle.  Oui, mais elle découvre que son père menait une double vie et avait une autre femme à qui il a légué sa maison en ne laissant rien à sa première épouse.  
Lissa a fini ses études d’infirmière mais son salaire, même si elle ne dépense que le strict minimum pour vivre, ne suffit pas à couvrir les frais d’hospitalisation de sa mère. Comment va-t-elle s’en sortir ? Doit-elle tuer à nouveau ? et jusqu’où va-t-elle aller dans le mensonge, la violence et le crime ? Et qui est cette autre jeune femme, infirmière comme elle, qu’elle croit avoir déjà vue sans pouvoir dire où et qui l’invite de temps en temps pour un café ? Que lui veut-elle ? Va-t-elle devenir une amie ou bien, au contraire… ? 

Le personnage est évidemment inquiétant, prêt à tout, mais l’originalité de l’auteur c’est d’en avoir fait un être vulnérable, profondément malheureux, solitaire, entièrement dévouée à sa mère et se sacrifiant pour elle, ayant éperdument besoin de l’amour que ses parents n’ont jamais su lui donner. Autre habileté de l’écrivaine, c’est de montrer Lissa en infirmière sérieuse et empathique. Par conséquent, on ne peut la haïr, on comprend sa souffrance si bien que l’on épouse peu à peu son point de vue et comme ce qui se passe dans sa tête est assez monstrueux, c’est très inconfortable pour le lecteur. De plus, Valerie Keogh est très bien renseigné sur le métier d’infirmière en milieu hospitalier mais aussi en agence, dans le privé, et pour cause, c’est un métier qu’elle a exercé pendant de nombreuses années, ce qui nourrit un tissu social qui sonne juste et se révèle intéressant !
Un livre addictif qui nous prend dans ses filets angoissants !

Claire McGowan naît en Irlande du Nord, vit à Londres :  Personne ne doit savoir

 


 

Alison a réussi sa vie. De milieu modeste, elle a épousé Mike, brillant avocat, issu d’une famille huppée. Elle a acheté la maison de ses rêves dans le Kent, un vieux manoir victorien plein de charme,  et y vit avec son mari et ses deux enfants, Benji un garçon de 10 ans et une adolescente Cassie. Elle a décidé de réunir ses amis qu’elle n’a pas vus depuis des années pour fêter leur amitié. Ils se sont tous connus à Oxford pendant leurs études.

Karen sa meilleure amie, avec qui elle a été très proche, vient avec son fils Jack. C’est la seule qui n’ait pas réussi son examen final et elle ne bénéficie pas du même niveau social que les autres, élevant son fils sans père toute seul. Elle vit dans un quartier pauvre. Callum autre « oxfordien » aisé, est accompagné de sa femme Jodi qui est enfin parvenue à tomber enceinte. Callum et Mike appartiennent à ces étudiants d’Oxford qui ont eu des parents fortunés. Les parfaits "fils à papa". Et puis il y a Bill. Il vient de se séparer de sa compagne Astrid et arrive de Suède en moto. Il semble le seul à ne pas être conformiste et snob.

Le livre, classé comme roman policier psychologique, décrit aussi un milieu social envers lequel l’écrivaine n’est pas toujours tendre. Le point de vue est parfois celui d’Alison et l’on sent qu’elle est devenue une femme guindée, qui veut paraître, atteindre la perfection et en imposer à ses amis, les rendre jaloux. Parfois les adultes sont vus par les adolescents et ils ne sont pas à leur avantage ! Alison décrite par Jack, le fils de Karen, est ridicule, vaine, superficielle et égoïste. Le milieu dans lequel elle élève ses enfants est snob. Ainsi Cassie, sa fille, qui est une élève moyenne, n’est pas sélectionnée pour intégrer Oxford ou Cambridge (elle n’est pas Oxbridge) et est méprisée par les parents de ceux qui le sont et snobée par son petit ami (une tête à claque). Alison, elle-même, est un peu dépitée que sa fille ne soit pas à ce niveau.

Le repas, très arrosé, se poursuit tard dans la nuit et si certains comme Alison vont se coucher de bonne heure, les autres continuent à se saouler jusqu’au moment où Alison, est réveillée par les cris de Karen qui, des marques de strangulation sur le cou, la cuisse couverte de sang, accuse Mike de l’avoir violée. Bien qu’Alison soit présidente d’une association pour les femmes violées et battues, sa première réaction est le déni et Karen qui accuse son mari, devient la menteuse, l’ennemie. Elle l'accuse d'être aguicheuse, coureuse, peu sérieuse ! Peu à peu, l’univers factice d’Alison s’écroule, ses certitudes se fissurent révélant les mensonges, les faux-semblants de sa vie et mettant à jour les souvenirs des années de fac et le meurtre non élucidé de la belle étudiante Martha lors du bal de fin d’année à Oxford. L’enquête commence, menée par l’inspecteur Adam Devine. Une réflexion sur la difficulté pour les femmes de faire reconnaître le viol et d'obtenir justice et protection.

Yamamura Misa, écrivaine japonaise : La Ronde noire

 


La charmante Chisako Tanaka est fiancée à Natsuhiko Hino qui est parti étudier aux Etats-Unis sur les conseils de son professeur Todo. Quand il revient à Kyoto, il espère que celui-ci le nommera professeur- adjoint à l’université de Kyoto. Mais Todo ne le fait pas et Natsuhiko, dépité, reste assistant ! Aussi lorsque le professeur Todo est assassiné et que par voie de conséquence Natsuhiko monte en garde, il est l’un  des premiers suspects. Mais son alibi est irréfutable. Il a invité Chisako à un congrès situé à quelques centaines de kilomètres de Kyoto, à Fukuoka, et non seulement sa fiancée peut en témoigner mais  nombreux sont ceux qui attestent sa présence. 

Cependant Chisako voit bien que le jeune homme a changé depuis son retour des Etats-Unis, il est nerveux, ombrageux, et elle doute parfois de son amour. Aussi quand elle s’aperçoit que le jeune homme s’intéresse à un article de journal sur le meurtre d’une parolière de chansons, propriétaire d’un célèbre Cabaret à Tokyo, et que la principale suspecte est une chanteuse, la plantureuse Aki Kiryu, Chisaho est de plus en plus inquiète. En effet, elle se souvient avoir vu Aki Kiryu à deux reprises, silhouette furtive à côté de son fiancé qui ne lui a jamais parlé d’elle. Mais Aki Kiryu a un alibi a toute épreuve… Alors quand un troisième homme est assassiné, cette fois-ci dans le milieu politique, Chisako mène l’enquête aidée par un jeune journaliste qui s’est amouraché d’elle. Et de meurtre en meurtre …

Yamamura Misa reprend le thème déjà exploité par Patricia Highsmith et par Hitchkock, dans L’inconnu du Nord-Express, en le complexifiant. Et c’est bien fait ! On s’intéresse à l’enquête mais ce que j’ai bien aimé aussi ce sont les passages consacrés à la vie, la mentalité, la culture de la société japonaise. Le statut de la femme, par exemple, quand elle est traditionnaliste comme Chisako, discrète, docile, effacée derrière son fiancé, n'osant pas lui poser de questions, faisant le ménage de son appartement, et respectant même des coutumes qui semblent pourtant tombées en désuétude, enfin pas totalement !  Le livre est de 1992, j'espère que les japonaises ont progressé depuis dans leur émancipation ! Un détail m'a amusée : savez-vous qu’au Japon on n’estime pas la taille d’une pièce en m2 mais en Tatami : « c’était une vaste pièce d’au moins vingt tatamis. ». Dans le monde de la chanson j’ai appris ce qu’était l’Enka, « ballade évoquant l’amour impossible, la nostalgie du pays natal ou le poids du destin. » , cela m'a fait penser à la saudade, et la chanson préférée du meurtrier est Le grand défi de Kiyoko Suizenji… Voir ici. On y pratique aussi des parties acharnées de jeu de Mah-jong, on mange de la fondue japonaise, le Sukiyaki et, bien sûr, les inévitables sushis…