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jeudi 10 septembre 2026

Robert Goddard : Le monde des Abberley

 

 

Le monde des Abberley est un  roman policier de Robert Goddard qui se déroule dans la "bonne  société" anglaise du comté du Kent, à Tunbridge Wells. Les Abberley sont les propriétaires d’une compagnie d’aviation. Maurice Abberley en est à la tête. Il est le fils de Tristram Abberley, un poète anglais célèbre, qui est mort en 1938 en Espagne pendant la guerre civile. Tristram s’était engagé pour défendre la démocratie contre Franco.

 Le roman commence avec le meurtre de Beatrix Abberley, la soeur de Tristram, qui bizarrement s’attendait à être assassinée et manifestement savait par qui. La demi-soeur de Maurice, Charlotte Ladram, fille d’un second mariage de Mary, leur mère à tous deux, apprend la mort de la vieille dame avec horreur. Mais le coupable, un antiquaire un peu véreux, Colin Fairfax, est vite trouvé... un peu trop vite ! Derek Fairfax, son frère, lui, est sûr de l’innocence de Colin.  Il va tout faire pour découvrir la vérité !
 

Et Charlotte Ladram ?  Charlie pour les intimes, une célibataire de trente-six ans, au physique terne, au caractère timorée et renfermée va se sentir obligée de mener l’enquête, même si elle est méprisée par le reste de la famille, en particulier par Ursula et Samantha, respectivement épouse et fille de Maurice, des beautés éblouissantes et sophistiquées. Elle devra aussi se libérer de l’affection sincère mais paternaliste de son demi-frère pour trouver la force d’agir surtout quand elle entend parler de mystérieuses lettres écrites d’Espagne par le poète, Tristram, à sa soeur Beatrix.
Quel mystère pèse sur la famille ? Comment la guerre d’Espagne, cinquante ans après, réveille-t-il des secrets enfouis ? Que révèlent les évènements du passé sur le présent et sur les personnalités de chaque membre de cette famille ?

Ce roman policier est vraiment bien mené, plein de rebondissements et il maintient le suspense jusqu’au bout. Robert Goddard est arrivé plusieurs fois à me surprendre et il nous emmène dans divers lieux, pays de Galle, Paris, New York, Espagne. La part historique sur la guerre d’Espagne est intéressante comme l’est aussi l’évolution de Charlotte, si inhibée, et qui peu à peu va oublier sa peur de vivre et s’affirmer de voyage en voyage, de découverte en découverte, prenant confiance en elle-même malgré les humiliations, et se trouvant des alliés pendant cette dangereuse enquête. Ce qui est amusant, c'est que les deux héros, Charlotte et Derek, n'ont rien... d'héroïque, ils ont même très peur, et pourtant !  On  a souvent l'impression que Derek se demande ce qu'il est venu faire dans cette galère mais que ne fait-on pas par amour ? Le roman présente aussi la critique d'une société égoïste, superficielle, âpre au gain, qui n'accorde d'intérêt qu'à l'argent et au paraître.

Le titre anglais Hand glove, absolument laissé de côté dans le titre français, est important comme nous l'apprend le récit.

lundi 7 septembre 2026

Elizabeth O'Connor : Sur l'île

 


1938. Manod , dix-huit ans, habite sur une île au large du pays Galles. Sa mère est morte et elle vit avec son père, pêcheur, et sa petite soeur Llinos , "une enfant pas comme les autres", à la personnalité étrange et attachante, et dont elle s’occupe. Elle a un amoureux mais il va vivre sur le continent. Ils partent tous, du moins les jeunes, pour trouver du travail, pour connaître une vie autre que leurs parents. Manod, elle aussi, rêve d'un ailleurs, rêve d'échapper à cette île qu'elle aime pourtant. Elle parle bien l’anglais car la maîtrise de cette langue, elle le comprend, permet l’émancipation. C’est pourquoi lorsque des ethnologues viennent étudier le mode de vie des habitants de l’île, ils la choisissent comme interprète, certains iliens ne parlant que le gaélique. L’île décrite est fictive, nous dit Elizabeth O’Connor, mais inspirée de nombreuses îles au large de la Grande Bretagne et de l’Irlande notamment l’île d’Aran.

Le récit commence en Septembre et se termine en Décembre. Chapitres courts, phrases sobres, le roman donne la parole à Manod qui parle de son île, des oiseaux, de la pêche aux homards, aux harengs, de la récolte des oeufs aux flancs de la falaise, de la baleine qui s’est échouée sur la grève, de sa mère et de ses visions, de sa petite soeur, des scènes qu’elle brode sur des tissus et qui sont de petites oeuvres d’art, de la vie des filles sur l'île qui n'ont  d'autre choix que le mariage et les enfants. Ce que ne veut pas Manod. Elle parle de ses rêves, de ses espoirs. Une vie quotidienne, lente, où le rythme des saisons prend une grande importance.

 Son récit est entrecoupé des notes prises par les ethnologues, Joan et Edward, légendes, histoires racontées par les familles, mais on s'aperçoit aussi qu'ils n’hésitent pas à mettre en scène les habitants, à s’éloigner de la réalité pour servir le pittoresque au détriment de l’observation scientifique. Elizabeth O' Connor rappelle dans la postface que c'est ce qu'a fait Robert Flaherty, le réalisateur du film L'homme d'Aran.  On voit le fossé qui existe entre eux et les iliens qui ne sont pour ces ethnologues que des sujets d’étude. Ils utilisent les autres mais ne donnent rien d’eux-mêmes même si Manod s’imagine qu’ils vont pouvoir changer sa vie.

Le style est pittoresque, avec le souci du détail précis qui donne aux êtres et aux choses une beauté et un relief particuliers :

"Les macareux se regroupent au bord des falaises; ils  partent enfin hiverner. Ils ont l’air ridicules quand ils marchent, on dirait des nains sur deux pattes. Ils me font penser aux histoires que racontent les personnes âgées : les fées au bord du chemin qui volent des pièces de monnaie."

"La baleine s’est échouée dans la nuit sur les hauts-fonds; elle sortait de l’eau comme un chat qui se glisse sous la porte. (…) Dans l’eau sombre son corps luisant était verdâtre.
Au matin, elle a flotté sur le ventre jusqu’à la plage. Les oiseaux se sont massés au-dessus d’elle. La marée poussait l’eau sur la grève en formant de grands miroirs entrecoupés de fines rigoles de sable. les vagues contournaient son corps en montant, puis se retiraient comme une membrane autour de son noyau fragile. "
 

Mais il est aussi tout en demi-teintes, voilé par la brume, nostalgique et lent, pour peindre une vie monotone, faite d’habitudes, de travail, empreinte de rudesse. Il fait naître l’idée d’un monde qui, malgré sa beauté, est finissant, peu adapté aux humains.

"Sur l’île, il y a plus de maisons vides que de maisons occupées; elles ont été abandonnées par des familles parties vivre sur le continent. Des martinets nichent dans les toits qui se sont affaissés. Des chauve-souris, des guêpes, de la mousse, des moisissures. Cinq variétés de renouée. L’été pour trouver de l’ombre, j’entraîne Llinos dans les maisons inhabitées. Il  arrive qu’on découvre de petits objets : une poupée, une fourchette en fer-blanc."


Sur l’île est un beau livre, un premier roman, écrit par petites touches légères, comme une peinture impressionniste  

"Une année ici, c’est d’abord le soleil et d’abord le printemps, qui se gorge d’oiseaux. Ils abandonnent l’île à son hiver grisâtre et reviennent quand les premières pousses sortent de terre. Les macareux apparaissent comme des taches sombres sur la surface de l’eau. Les mouettes tridactyles et les fous de Bassan tombent du ciel."

 et l'on espère que Manod pourra échapper, comme elle le souhaite, au huis-clos que l'île referme sur elle après le départ de Joan et d'Edward.

 


 


dimanche 6 septembre 2026

BILAN 6 : Les deux George de la littérature : mois d'août

 


 

 Voici le Bilan N°6 du challenge Les deux George de la littérature du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat


 Pour le mois de Septembre

Miriam : Le voyage à Majorque de George Sand et comme Sand en parle dans Histoire de ma vie, je publierai aussi un billet sur ce voyage.

Claudialucia

George Sand : une court roman pour enfant Le chêne parlant 

George EliotLe roman de Monsieur Gilfil dans Scènes de la vie du clergé.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

******** 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 




 

 

 

lundi 31 août 2026

George Eliot : Les tribulations du révérend A.Barton

 

  

Tout en lisant Les tribulations du révérend A. Barton de George Eliot, je me disais que je voyais peu d'intérêt dans les tribulations de ce personnage terne, insipide, laid, peu intelligent, peu cultivé, suffisant et égoïste, bref, de ce révérend Barton si froid et si incapable d’apporter du réconfort à ses fidèles, inapte même en s’en faire comprendre ! 

C’est alors que George Eliot m’a interpellée : « Mais ma chère madame, m’a-t-elle dit, il y a une si grande majorité de vos concitoyens qui présentent ces types insignifiants. Cependant, ces gens bien ordinaires, beaucoup d’entre eux du moins ont une conscience et ont obéi à la sublime impulsion de quelque devoir pénible à remplir, ils ont leurs tristesses et leurs joies, leurs cœurs se sont élancés peut-être vers leur premier-né, et il se peut qu’ils aient gémi sur une mort violente… »

  Je pourrais lui répondre que comme il y a tant de gens « ordinaires » et que j’en fais certainement partie, je préfère lire des romans sur des gens extraordinaires ! Mais, soit ! C’est vrai qu’en continuant ma lecture, j’ai fini par plaindre ce malheureux !  Ses paroissiens le critiquent et se moquent de lui et lorsque la comtesse, amie de son épouse, vient habiter chez lui, les mauvaises langues se déchaînent et les insinuations vont bon train !  De plus, le voilà qui perd sa femme, son adorable, patiente, travailleuse, économe, belle, Milly, à qui il a fait encore un bébé (le septième) et qui meurt en couches. "Le pauvre homme", comme dirait Molière ! 

Mais, certes, George Eliot a raison quand elle célèbre la grandeur des gens « ordinaires », et cette dignité, ce courage face à une vie étriquée, remplie seulement de devoirs quotidiens, de dévouements, de privations, c’est en Milly qu’il faut les trouver ! Je crois, d’ailleurs, que c’est le seul personnage qui échappe à la critique de l’écrivaine et pour laquelle elle a vraiment de l’empathie. La jeune femme lutte courageusement pour nourrir et vêtir sa famille avec un manque d’argent criant. Elle s’occupe de tout dans le ménage, veillant sur ses six enfants comme sur son mari, se levant la nuit pour coudre, raccommoder, n’ayant jamais un moment de repos. George Eliot dénonce ici les pratiques d’attribution des cures qui maintiennent le pasteur et sa famille à un tel niveau de pauvreté. Elle met aussi en cause l’égoïsme du mari puisque celui-ci déplore lui-même ne pas avoir été assez attentif et gentil envers sa femme. Mais il le fait quand il est trop tard ! C'est pourtant le seul moment où cet imbécile paraît un peu sympathique, quand il reconnaît ses erreurs.

L’intérêt de ce court roman, premier texte de fiction de George Eliot paru en 1858 dans le recueil Scènes de la vie du clergé, réside dans l’ironie de George Eliot, son style inventif, son humour piquant, le regard lucide, plein d’acuité, qu’elle pose sur ses contemporains, toutes les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera plus tard dans les oeuvres majeures. La satire de la société provinciale y est savoureuse et l’on peut dire que si George Eliot s’est fait les dents dans ce premier roman, elle les avait déjà bien acérées.

Amos Barton

"Nous lisons, il est vrai, que les murs de Jéricho tombèrent au son des trompettes ; mais nous ne trouvons nulle part que ces trompettes fussent rauques et faibles. Sans aucun doute elles éclatèrent en sons clairs et puissants, pour ébranler le mortier et les briques. Le débit oratoire du Rév. Amos ressemblait plutôt à une trompe de chemin de fer belge, ce qui témoignait de ses intentions louables, mais en même temps de son impuissance à atteindre le but."

Monsieur Fitchett

"M. Fitchett a une irrésistible tendance à l’assoupissement pendant l’instruction religieuse, et, dans la régularité périodique avec laquelle il s’endort pour ne se réveiller qu’à la phrase finale, il ressemble à une pièce mécanique ingénieusement calculée pour mesurer la longueur des discours de M. Barton."


Monsieur Pilgrim

"Mais, quand il en venait à ce qu’il considérait comme le fort de son argumentation ou comme la pointe de sa plaisanterie, il mâchait ses paroles lentement et avec emphase : de même qu’une poule annonçant qu’elle a pondu passe à intervalles irréguliers des simples notes pianissimo aux doubles croches fortissimo."

"M. Pilgrim avait émis une succession de petits « hems » assez semblables aux faibles grognements d’un cochon d’Inde, ce qui était toujours chez lui le signe d’une désapprobation contenue."


Madame Patten

 "J’ai été une femme aussi bonne qu’aucune autre du comté ; je n’ai jamais contredit mon mari. Le marchand auquel je vendais mes fromages disait que l’on pouvait toujours se fier à ceux que je faisais. J’ai connu des femmes dont les fromages gonflaient d’une manière honteuse, et pourtant leurs maris comptaient sur le produit de cette vente pour payer leur ferme, et, malgré cela, ces mêmes femmes s’achetaient trois robes pour une que je m’accordais. Si moi je ne dois pas être sauvée, j’en connais beaucoup alors qui sont dans une mauvaise route."

Madame Hackit  : « la langue de la chère dame aussi tranchante qu’une lancette. »  

"L’allusion à l’eau et au rhum suggéra à miss Gibbs l’idée d’apporter des flacons de liqueur après avoir desservi le thé, car, dans la société villageoise d’il y a vingt-cinq ans, le sexe masculin passait pour être perpétuellement altéré, et la moindre boisson était aussi nécessaire au développement de la pensée que le temps et l’espace."



 Voir le billet de Cléanthe Les tribulations du révérend A.Barton

 


 



 

vendredi 14 août 2026

Christopher John Samson : Dissolution

 



Dans le roman Dissolution de C.J. Samson, nous sommes au XVI siècle au moment où Henri  VIII se sépare de l’église catholique romaine et crée l’église d’Angleterre pour pouvoir divorcer de Catherine d’Aragon.
Thomas Cromwell, son vicaire général, entreprend une grande croisade pour démanteler les anciens monastères catholiques afin de récupérer leurs terres et leur fortune ! 
1537 : Il envoie l’un de ses commissaires, Robin Singleton, au monastère de Scarnsea sur la côte sud de l’Angleterre afin de persuader (ou de contraindre ?) l’abbé  de renoncer volontairement à ses biens. Singleton est sauvagement assassiné à l’intérieur du monastère. Cromwell désigne alors un avocat londonien Matthew Shardlake pour aller enquêter,  découvrir l’assassin et régler la dissolution du monastère.

Matthew Sahrdlake part accompagné d’un jeune homme, fils d’un ami de son père, qu’il protège et qu’il a placé à la cour pour faire une brillante carrière. Ils découvrent dans le monastère le cadavre décapité de Singleton et bien d’autres horribles forfaits.
Ce roman policier qui est aussi un roman historique nous plonge dans la vie d’un monastère et dresse une galerie de portraits de moines pas toujours à leur avantage, souvent haut en couleurs ou assez inquiétants. Il y a cependant des personnages droits et dévoués, semble-t-il, comme le moine infirmier et son aide, une jeune fille sans fortune qui a trouvé là un travail. Mais à qui se fier dans ce lieu clos qui  semble nourrir et exalter tout ce qu’il y a de pire dans l’homme ? La dissolution qui les menace met une sorte d’urgence dans la vie monacale et tous se sentent menacés. Tous pourraient donc être coupables.

Le personnage de Matthew Shardlake est un enquêteur plein de doutes et de fragilité. Bossu, il souffre physiquement et moralement de son infirmité, ce qui le rend parfois injuste et jaloux. Son honnêteté, ses scrupules le tourmentent. S’il a d’abord était en accord avec Cromwell dans sa critique du catholicisme et son rejet des reliques et des miracles, s’il juge la vie des moines peu en accord avec leurs voeux monastiques, il n’est pas sans s’apercevoir que la dissolution profite aux intérêts non seulement de la Couronne mais aussi des Grands qui la servent et en particulier de Cromwell lui-même ! 
J’ai suivi l’intrigue policière parfois un peu complexe avec assez d’intérêt mais ce qui m’a plu, surtout, c’est la partie historique du roman très solide et documentée.  Le monastère de Scarnsea est un lieu fictif mais il y a eu plus de 800 monastères, prieurés, couvents rasés par Cromwell de 1536 à 1540. Les moines et le personnel des lieux religieux se retrouvaient du jour au lendemain à la rue et pour certains sans moyen de gagner leur vie. C’est ce que nous décrit ce roman.


Une lecture intéressante, premier tome d’une série qui compte sept romans. 

dimanche 2 août 2026

Bilan 5 : Les deux George de la Littérature

 


 

Ce mois de Juillet a été un peu réduit pour moi quant au challenge Les deux George de la littérature. J e n'ai pas lu (ou vu au théâtre) la moitié de ce que j'avais prévu  sur les deux George! 

 

 Mais Miriam a bien "travaillé" comme vous pouvez le constater ! 

 

Et merci à Nathalie de nous rejoindre avec Adam Bede.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 


 Nos prévisions pour le mois d'Août 

 


 

 

 Miriam :

 

 George Sand  Consuelo

 

Claudialucia : 

George Sand : Histoires de ma vie (août /septembre)

George Eliot Scènes de la vie du clergéLes tribulations du révérend Barton 

 

 

 

 

jeudi 23 juillet 2026

Shakespeare : Le conte d'Hiver mise en scène Sabine Langlade

 

 

J'ai  vu  et commenté Le conte d'Hiver dans mon blog au festival d'Avignon il y a de nombreuses années et voilà que je le revois en 2026. Et j'éprouve la même stupéfaction que la première fois. Pourtant je m'étais donné beaucoup de mal pour comprendre la pièce dans un billet de 2012 ICI  et  je ressens à nouveau la même incompréhension.  Je l'ai vue, je l'ai lue et je l'oublie ! Je redécouvre l'histoire, je m'y ennuie, et je suppose que quelle que soit la mise en scène cela risque d'être toujours le cas.

Drôle de pièce !  Je n’ai pas aimée cette dichotomie tellement grande entre la première partie (3 actes) qui est une tragédie et une seconde partie ( 2 actes) qui est une comédie champêtre suivie d’une réconciliation avec un heureux dénouement..



La tragédie

Polixène, Léonte et Hermione dans la mise en scène de Sabine Anglade

 

 Le roi de Sicile Léonte et le roi de Bohême Polixène sont amis depuis l’enfance.  Polixène a rendu visite à son ami en Sicile et annonce son départ. Léonte le prie de rester quelque temps encore mais celui-ci refuse, alléguant des affaires urgentes. Léonte demande alors à sa femme Hermione d’intervenir et celle-ci finit par convaincre Polixène de prolonger son séjour. Il n’en faut pas plus à Léonte pour devenir fou de jalousie, soupçonner son épouse d'adultère et de porter un enfant qui n’est pas de lui.
Il  cherche à tuer Polixène qui parvient à fuir grâce au serviteur de Léonte, Camillo, qui refuse d’être complice d'un crime odieux et injuste. 
Léonte fait emprisonner Hermione qui accouche en prison d’une petite fille nommée Perdita ( l’enfant perdue). L'enfant est abandonnée par Antigonus, noble sicilien, sur ordre de Leonte, dans un pays qui n'est autre que la Bohème. Lors de son procès Hermione est innocentée par l’oracle de Delphes mais humiliée, maltraitée, elle se laisse mourir. Son premier enfant, Mamillius meurt de chagrin. Le roi a donc perdu à la fois sa femme, son premier né et sa fille. 
Une sombre tragédie qui rappelle, bien sûr, Othello, mais le personnage d’Othello est plus développé et l’étude de la jalousie plus approfondie, Othello et Desdémone étaient les jouets de Iago et de sa machination perverse alors que Le conte d’Hiver surprend par sa rapidité et l’aspect irrationnel de la jalousie.  
Evidemment, la pièce à une résonance de nos jours dans la dénonciation du féminicide et je comprends qu’elle puisse attirer les metteurs en scène qui cherchent à actualiser la pièce. Elle est l’exemple de la violence faite aux femmes par l’homme qui détient le pouvoir sur elles. Mais comment concilier cela avec ce qui suit ?


La pastorale et le dénouement

 

La Statue d'Hermione

 

 En Bohème, Perdita est recueillie par un vieux berger et son fils qui l’élève comme sa fille ( comme Oedipe!).  Quand elle a seize ans, elle est courtisée par Florizel qui veut l’épouser lors de la fête pastorale de la tonte. Or Florizel est le fils de Polixène qui interrompt la fête et empêche le mariage.  Le couple décide alors de fuir avec Camillo et devinez où ? En Sicile !
Le dénouement verra, bien sûr, la réconciliation des amis, le retour de Hermione qui n’est pas morte ( sa statue est amenée à la cour et d’un seul coup s’anime!) et le mariage de Perdita et Florizel !  La tragédie se termine en comédie.

Voilà quelle a été mon impression devant la représentation de cette pièce et la mise en scène de Sandrine Anglade, à tort ou à raison,  ne m’a pas convaincue d’y adhérer. J’ai eu l’impression d’assister à un collage de deux histoires antithétiques sans unité et sans grand intérêt.


Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte

 

Depuis je suis tombée sur un article de Danièle Berton-Charrière ICI  intitulé Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte aux Presses universitaires de Paris-Nanterre.  Je vous donne la référence si vous vous intéressez à Shakespeare car il donne des explications érudites et passionnantes sur l’origine et l’interprétation de la pièce.

Je cite : "Le Conte d’hiver emprunte non seulement, pour l’intrigue, au Pandosto de Greene* mais aussi pour la forme, par analogie ou adaptation, aux divertissements aristocratiques du jeu de cour et aux divertissements populaires issus du folklore. Cet étagement rappelle que la romance du Conte d’hiver, outre sa fonction narrative, a aussi fonction de récréation, ce qu’elle affiche en s’annonçant comme un conte pour longue veillée d’hiver, c’est-à-dire comme récit et comme passe-temps communautaire, un divertissement pour tout dire."

"C’est cet aspect que se propose de développer cette étude, en montrant que la pièce emprunte au fond médiéval du divertissement courtois et à ses deux volets, la cour d’amour pour la partie sicilienne, et son contrepoint la pastourelle pour la partie bohémienne…. Ce faisant, elle revisite le lien entre cour royale et cour de justice régulièrement tissé dans la poésie médiévale, par exemple dans le procès d’Hermione."


 

*Robert Greene écrivain, dramaturge, plus âgé que Shakespeare, et son principal rival

 

 Le conte d'Hiver

du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
12h30 1h50
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU) 
Salle : Salle Léo Ferré - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 12 ans

auteur⸱ice
De William Shakespeare

Sandrine Anglade - Mise en scène
 

Héloïse Cholley - Interprétation
Florent Dorin - Interprétation
Damien Houssier - Interprétation
Laurent Montel - Interprétation
Nina Petit - Interprétation
Sarah-Jane Sauvegrain - Interprétation
Rony Wolff - Interprétation
Clément Camar-Mercier - Traduction
Compagnie Sandrine Anglade


 

mercredi 1 juillet 2026

Les deux George de la Littérature : Bilan 4

 

 Pour ce mois de Juin nous avons continué notre découverte des deux George de la littérature par des biographies et la lecture d'une pièce de théâtre : Gabriel, étonnante par sa modernité.

  

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

 Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Au mois de Juillet

 

Miriam lira Middlemarch de George Eliot et la biographie de O’Shaughnessy. Elle continuera l’ouvrage de Mona Ozouf : L’Autre George  

je propose pour George Sand :


 

 La lecture de L'Uscoque, un  livre dont je n'avais jamais entendu parler avant de découvrir le titre ce mois-ci sur le net. C'est une histoire de pirate au XVII siècle ! Il répond au challenge les deux George et participera aussi à Book Trip en mer !

Au Festival d'Avignon il y a deux pièces sur George Sand. 

 


 Chère George Sand de Emmeline Naert 

 


 

George Sand le souffle de la liberté de Brigitte Bladou

J'irai voir l'une d'entre elles.


Les vacances sont bientôt là. C'est l'occasion de découvrir une George Sand dont on imagine mal la richesse de l'oeuvre et une George Eliot encore trop peu connue en France. Vous pouvez piocher des idées dans nos bilans des mois de mars, avril, mai ou juin ou nous proposer d'autres titres !

Rejoignez-nous  en toute liberté avec des lectures sur Les deux George  de la littérature !

 

***

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


VOIR BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 

 


*** 

 


 

 

mercredi 24 juin 2026

Kathy O’Shaughnessy : Une passion pour George Eliot

 
 

J’ai été assez déçue par cette biographie de Kathy O’Shaughnessy : Une passion pour George Eliot qui est présentée comme un roman. De ce fait, on ne sait plus vraiment ce qui est de l’ordre de l’imagination ou de la réalité. Bien sûr, les textes cités sont authentiques comme doivent l’être les grandes lignes de la vie de l’écrivaine. Mais où s’arrête la fiction, où commence l'étude ?
 Ensuite Kathy O’Shaughnessy glisse entre les pages de la biographie, un récit et des dialogues ( écrits en italique pour les distinguer du reste ) entre des universitaires étudiant toutes les deux George Eliot, en y mêlant même une histoire de couple, d’amour, d'amant, dont on n’a rien à faire et qui, franchement, ne m’a pas intéressée ! 

 

George Eliot et George Lewes


Mary Ann (ou Marian) Evans ( 1819-1880) est une femme extrêmement érudite, qui connaît le grec, le latin mais aussi les langues étrangères : le français, l’allemand, l’italien, l’hébreu. Elle est d’abord journaliste au Wesminster Review de John Chapman, traductrice, avant de commencer à écrire des romans. Son oeuvre, dès sa parution, la place comme un écrivain majeur de la littérature britannique. Elle supplante Trollope, Dickens, ses contemporains. Mais si cette biographie nous parle du succès de chaque livre, il n’y a pas d’analyse des oeuvres, ce qui me semble une lacune.

George est d’abord très croyante et puritaine, austère même dans sa jeunesse. Puis sous l’influence d’amis libre-penseur elle perd la foi. Son refus d’aller à l’église faillit la fâcher avec son père. Kathy Shaughnessy s’intéresse surtout à sa vie à partir du moment où elle vit avec George Henry Lewes, un homme marié. Libre penseur, partisan de l’amour libre, Lewes n’en veut pas à sa femme Agnès de sa liaison adultérine et reconnaît même les enfants qui ne sont pas de lui, voulant leur éviter le statut discriminant de bâtard. Il prend en charge financièrement les trois enfants qu’il a eus avec Agnès et ceux qu’elle a eus avec son amant. C’est pourquoi la loi lui interdit de divorcer et il ne peut épouser Marian. Quand Marian sera à l’aise financièrement, après la réussite de ses romans, elle aussi contribuera  à l'entretien de ses beaux-fils. Mais l’écrivaine paiera cher sur le plan social le fait de ne pas être mariée. Son frère chéri Isaac avec qui elle est si proche et qu’elle mettra en scène dans Le moulin sur la Floss, « le roman du frère et de la soeur», récit nourri de ses souvenirs d’enfance, coupe tout lien avec elle et de même ses soeurs. C’est une souffrance qui ne s’éteindra jamais. Si George Lewes est encore reçu dans le monde, Marian Evans ne l’est plus. Seuls viennent lui rendre visite les hommes qui n’ont pas de réputation à sauvegarder et parmi les femmes, celles qui sont ses amies proches et qui s’affranchissent des règles sociales  : Maria et Richard Congreve, Sarah, Cara et Charles Bray, Herbert Spencer, Henry James, Georginia Burne-Jone l’épouse du peintre préraphaélite Edward Burne-Jone, Barbara Bodichon qui était peintre et féministe, de même que Elizabeth Rayner Belloc-Parkes et tant d’autres qui militaient pour les droits des femmes.

 

Georginia Burne-Jone : Edward Burne-Jone


Paysage de Barbara Leigh Bodichon


Kathy Shaughnessy nous dit que George, assez conservatrice, était contre le droit à la rébellion des femmes, contre le combat pour le droit de vote, et qu’elle a déçu les mouvements féministes de l’époque mais elle ne nous donne pas beaucoup plus de précision. C’est peut-être ce que j’aurais aimé trouver dans cette biographie. Dans ses écrits, aussi bien dans Middlemarch que dans Le moulin sur la Floss ou Adam Bede, l’écrivaine prend pourtant la défense des femmes et critique le patriarcat. 

 J’ai lu, à ce propos, dans La revue en ligne consacrée à George Eliot un texte qui explique (entre autres)  la position de l’écrivaine quant au féminisme : 

« Mais  elle craignait sans doute aussi que des idées exprimées ouvertement, combinées à sa position atypique avec Lewes au sein de la société, ne nuisent au mouvement féministe. Les mentalités ont tellement évolué qu'il nous est aujourd'hui difficile de comprendre comment, surtout à ses débuts, Eliot a pu être marginalisée et perçue comme une « femme écarlate » dangereuse. (…) Dans Le moulin sur la Floss, Maggie Tulliver était perçue comme une femme perverse, et la lecture de *The Mill* était souvent interdite aux jeunes filles, à qui, comme le déplorait Florence Nightingale, on enseignait que « les femmes n'ont pas de passions ». Lady Amberly, quatre ans avant son mariage, n'eut le droit de lire que la première moitié du roman, tandis qu'en 1885, lorsque Harriet Weaver, âgée de 19 ans, fut surprise en train de le lire, le pasteur du village la réprimanda publiquement en chaire. 

Quand Marian commence à écrire ses romans, elle prend un nom masculin George Eliot ( prénom de Lewes)  et cachera aussi longtemps que possible, même à ses amis, qu’elle en est l’auteure. Tous pensent que c’est un homme qui écrit. Ce qui fera couler beaucoup d’encre et alimentera toutes les conversations mondaines sur son identité tant son succès est foudroyant.

 Marian semble avoir toujours besoin d’encouragement car elle manque de confiance en elle et a beaucoup de doutes sur elle-même. L’opinion publique compte énormément pour elle. En fait, c'est peut-être pour cela qu'elle ne veut pas s'afficher dans des mouvements féministes, descendre dans la rue dans des manifestations comme les sufragettes. Son féminisme, ce sont ses romans qui l'expriment.

Ses «accouchements », c’est à dire la gestation et l’écriture de ses livres qui sont ses enfants - (elle qui ne veut pas être mère)- sont très difficiles. Lewes doit parfois la soutenir à bras le corps quand elle a des phases de dépression. Il est extrêmement attentionné, est toujours en train de lui prodiguer aide et félicitations. Elle est très égocentrique et difficile à vivre ! C’est d’ailleurs, le paradoxe de cette biographie qui s’intitule Une passion pour George Eliot, de faire apparaître celle-ci comme peu sympathique. Une critique négative de ses romans la jette dans des affres terribles. 

« Lewes notait, fasciné, que quelque part dans la conscience de Polly* (surnom qu'il donnait à Marian), être un grand artiste était proche de la divinité. Fasciné aussi de lire sa peur d’être simplement ordinaire - la millionième femme de troupeaux inutiles »

Elle paraît parfois orgueilleuse et se montre condescendante voire dédaigneuse envers certains de ses amis. Elle a besoin d’admiration pour vivre. Ce qui m’a le plus horrifiée, c’est sa manière de recevoir comme un dû, la vénération de son amie, l’écrivaine et philosophe Edith Simcox, qui est amoureuse d’elle, en la laissant lui baiser les pieds ! C’est peut-être son besoin d’être admirée et entourée qui explique son remariage avec John Cross qui a vingt ans de moins qu’elle après la mort de Lewes.  Lu une scène très forte, celle qui a lieu à Venise pendant leur voyage de noce.

Cette biographie m’a donné les grands moments de la vie de George Eliot que je connaissais déjà en partie mais m’a laissé un peu sur ma faim avec toutes ces interrogations sans réponse. Finalement, ce que j’ai préféré, c’est la présentation de tous les personnages célèbres qui gravitent autour de George Eliot, hommes ou femmes, écrivains, philosophes, éditeurs, artistes, et qui sont forcément intelligents et ouverts puisqu’ils la fréquentent et sont ses amis malgré les interdits sociaux.