Le bilan du Mois de Septembre nous a réunies, Miriam et moi, autour du voyage à Majorque. Avec le récit d’un Hiver à Majorque, George Sand, « magnifique conteuse » présente une vision de l’île dont elle souligne la beauté et elle décrit l’intérêt de ses monuments. Mais bien vite, l’hiver épouvantable, les pluies torrentielles rendent ce séjour long et pénible. George Sand se plaint des habitants mais elle continue à s’intéresser à l'Histoire et au contexte économique social des Baléares. Avec Histoires de ma vie, George Sand, racontant son séjour à Majorque, s’intéresse surtout à Chopin, malade, en proies à des tourments métaphysiques. Elle décrit avec un talent de musicienne affirmée la richesse des préludes composés par Chopin dans ce couvent en ruines, hanté par les esprits des moines trépassés, sous une pluie diluvienne,
Miriam s’est aussi intéressée aux rapports existant entre George Sand et Marie d’Agoult en lisant l'essai de Marie-Octave Monod : Daniel Stern, Marie d’ Agoult de la Restauration à la III République. Daniel Stern est le nom de plume de Marie d’Agoult que George a reçue avec Listz à Nohant.
Avec Le chêne parlant, court roman écrit pour ses petites-filles Aurore et Gabrielle, l’écrivaine écrit un livre d’initiation et de morale vantant le travail, le courage et le respect de la nature.
Une seul George Eliot ce mois-ci avec la lecture de Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, une des premières oeuvres de Eliot dans laquelle celle-ci nous tient en haleine avec un récit tendu où s’exacerbent les sentiments.
Qui veut se joindre à nous en Octobre pourDaniel Deronda de George Eliot ? ( 2 tomes)
Pour Jeanne de George Sand
Bilan N°6 du mois d’août
Paul Huet exposition Face au ciel
Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.
Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.
Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.
Claudialucia
Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.
Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette, puis sa vie au couvent. Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes, c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration, partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.
Le Pont de Montvert au pied du Mont Lozère, près des sources du Tarn
On parle tellement de l'IA - surtout avec le roman de Thélyson Orélien- que j'ai eu envie de demander à l'IA de composer des textes à la manière de nos grands auteurs français sur le thème l'arrivée au Pont de Monvert : Chateaubriand, Victor Hugo, Julien Gracq, Nathalie Sarrauterevenus d'Outre-tombe s'y sont risqués avec succès, je trouve !
Le Pont de Monvert ? Ce lieu m'est familier puisque ma famille maternelle y a ses racines. Je vous donne les renseignements de Wikipédia sur cette commune, le texte le plus neutre possible pour mieux vous faire goûter les textes à la manière de ... Allez ! Dites-moi quel est votre préféré ?
Le Pont de Monvert
Le Pont-de-Montvert est une ancienne commune française située dans le département de la Lozère devenue, le , une commune déléguée de la commune nouvelle de Pont-de-Monvert-Sud Mont Lozère. Elle est située au centre du Parc National des Cévennes, au pied du Mont Lozère, dans le sud du département de la Lozère. Le Pont-de-Montvert est traversé par le Tarn, qui prend sa source sur les hauteurs de la commune, non loin du hameau de l'Hôpital. Deux courtes rivières, le Rieumalet et le Martinet, prennent elles aussi leur source dans la commune et rejoignent le Tarn au niveau du village du Pont-de-Montvert.
Le village est composé d'un centre-bourg et de hameaux ou écarts (Felgerolles, L'Hermet, Grizac ...)
Au sud du village commence le massif du Bougès. La commune est limitrophe du département du Gard.
Mais vous aurez droit aussi à des textes authentiques avec bien sûr celui de Stevenson !
FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND
Pont de Monvert : Couchers de soleil et blocs de granit
Voici une version de l'IA dans un style romantique, méditatif et mémorialiste inspiré de Chateaubriand, sans reprendre littéralement sa prose :
J’arrivai au Pont-de-Montvert vers le soir. Le chemin, longtemps suspendu aux flancs de la montagne, descendait enfin vers cette vallée étroite où le Tarn naît parmi les pierres. Les dernières lueurs du jour s’attardaient sur les sommets ; déjà les ombres remontaient des ravins, et le silence, interrompu seulement par le murmure de l’eau, semblait reprendre possession de la terre.
Je m’arrêtai sur le pont. Devant moi, quelques maisons se groupaient au bord du torrent, avec cette simplicité austère des villages que les siècles ont laissés presque tels qu’ils les trouvèrent. Rien ne paraissait avoir changé : les pierres, l’eau, la montagne, et ce ciel immense où le soir allumait encore une pâle clarté.
Alors je songeai à ceux qui avaient passé ici avant moi. Que de voyageurs inconnus, que de générations disparues avaient contemplé ce même paysage ! Ils avaient eu leurs espérances, leurs inquiétudes, leurs amours, leurs deuils ; et le torrent continuait de couler, indifférent à leurs destinées. Il y a dans ces lieux une puissance singulière : on y arrive comme en un pays nouveau, et pourtant quelque chose en nous les reconnaît. La montagne semble garder la mémoire des hommes, tandis que l’homme, pour un instant, oublie la sienne. Je repris ma marche lorsque la nuit fut venue. Le Pont-de-Montvert demeura derrière moi, silencieux sous les premières étoiles ; mais longtemps encore, tandis que je m’éloignais dans l’obscurité des Cévennes, j’entendis la voix de l’eau courir sous les arches.
VICTOR HUGO
Paysage du Parc National des Cévennes
On arrive au Pont-de-Montvert comme on entre dans une pensée.
La route, longtemps suspendue aux flancs de la montagne, descend enfin. Devant soi, les Cévennes s’ouvrent, sévères et magnifiques, avec leurs pentes couvertes de bruyères, leurs rochers noirs, leurs bois profonds où le vent semble avoir conservé la voix des siècles. Le ciel est vaste. La lumière, ici, ne tombe pas : elle plane.
Puis l’on entend l’eau. C’est d’abord un murmure, presque rien ; une rumeur perdue sous les arbres. Puis elle grandit, elle devient claire, vive, impérieuse. Le Tarn, encore jeune, bondit entre les pierres avec cette gaieté sauvage des torrents qui ignorent les villes et les hommes. Il court, il frappe les rochers, il les polit, il leur raconte sans doute quelque histoire plus ancienne que la nôtre.
Et soudain le village apparaît. Quelques maisons s’accrochent à la montagne, serrées les unes contre les autres comme si elles avaient cherché refuge contre l’immensité. Le vieux pont se penche sur la rivière. Il semble petit, presque fragile, devant les montagnes qui l’entourent ; mais il est là depuis si longtemps que les siècles ont fini par lui donner une gravité d’homme.
On franchit le pont. À cet instant, quelque chose change. La route n’est plus seulement une route ; elle devient une entrée. Derrière soi demeure le monde d’où l’on vient. Devant soi commence un pays où la pierre, l’eau et le silence semblent avoir conclu une alliance. Le Pont-de-Montvert n’accueille pas le voyageur : il le regarde.
Et dans ce regard muet des montagnes, dans cette eau qui passe sous les arches, dans ces maisons immobiles sous le ciel immense, on comprend que les lieux aussi ont une mémoire.
JULIEN GRACQ
Le Pont de Montvert : paysage
L'arrivée du Pont de Monvert dans une veine gracquienne — paysage tendu, attente, lenteur du regard, géographie presque mentale — sans chercher à reproduire exactement sa voix.
À mesure qu’on descendait vers le Pont-de-Montvert, le paysage semblait se resserrer autour de la route. Les hauteurs, qui jusque-là ouvraient de larges perspectives, se rapprochaient comme si elles eussent voulu retenir le voyageur. La lumière avait changé sans qu’on pût dire à quel moment : elle ne tombait plus sur les pentes, elle y glissait, froide et oblique, faisant ressortir les plis sombres des châtaigneraies. Puis, au détour d’un dernier lacet, le Tarn apparut. On l’apercevait en contrebas, mince éclat mobile entre les rochers, et le village surgissait au bord de l’eau avec cette brusque évidence des lieux longtemps devinés avant d’être vus. Les maisons, leurs toits serrés les uns contre les autres, semblaient moins bâties là que déposées par la montagne. La route descendait encore. À chaque pas, le bruit de la rivière gagnait en netteté. Il y avait dans cette approche quelque chose d’inquiétant et de paisible à la fois : comme si le village, déjà ancien avant qu’on l’atteignît, attendait sans impatience que le voyageur vienne enfin prendre sa place parmi ses pierres. Quand on entra dans le Pont-de-Montvert, la montagne parut se refermer derrière soi. Devant les façades basses, l’eau courait avec une hâte tranquille. Le voyage était fini, mais le lieu donnait plutôt l’impression d’être le commencement de quelque chose qu’on n’aurait pas encore les mots pour nommer.
NATHALIE SARRAUTE
Le Pont de Montvert
Un texte inspiré des procédés de Nathalie Sarraute — tension intérieure, sous-conversation, hésitations, reprises et sensations fugitives — plutôt qu’une imitation exacte de sa voix. Ce sont bien des éléments caractéristiques de son écriture : le mouvement intérieur presque imperceptible plutôt que la description touristique du lieu, conformément à ce que Sarraute cherchait à saisir dans ses tropismes.
Le Pont-de-Montvert. Enfin. On le voyait, là-bas, entre les arbres — ou peut-être était-ce seulement cette ouverture, cette trouée plus claire qui faisait croire qu’il était là. « C’est ici. » Ici. Le mot avait été dit simplement. Comme si cela allait de soi. Comme si l’on devait éprouver quelque chose. Quelque chose. Mais quoi ? Ils ralentirent. La route descendait maintenant. Elle suivait l’eau, ou bien c’était l’eau qui semblait les attendre en bas, entre les pierres. « Tu reconnais ? » Reconnaître… Non. Pas vraiment. Et pourtant cette impression — cette petite poussée à l’intérieur, presque rien — comme lorsqu’on retrouve un visage aperçu autrefois et qu’on ne sait plus où. Le village apparaissait par morceaux. Un toit. Un mur. Le pont. « Voilà. » Voilà. Ils étaient arrivés. Et soudain il fallait descendre de la voiture, prendre les sacs, regarder. Regarder comme on regarde un lieu qu’on avait imaginé avant de le voir. Il y avait les maisons serrées, la pierre, l’eau en contrebas. Tout était là, exactement là où cela devait être. Trop exactement peut-être. « C’est joli. » Oui. Joli. Le mot était posé sur le paysage. Et quelque chose, aussitôt, s’était retiré. Alors ils avancèrent vers le pont. Sans rien dire. Mais chacun, déjà, semblait attendre de l’autre qu’il dise quelque chose. N’importe quoi. Pour confirmer que c’était bien ici.
ROBERT LOUIS STEVENSON : Le Pont de Montvert
Voyage avec un âne dans les Cévennes.
La maison de l'abbé Chayla
Enfin, après tous ces textes fictifs rédigés par l'IA, revenons à un texte réellement écrit par son auteur, Robert Louis Stevenson, occasion, peut-être de lire ou relire Voyage avec un âne dans les Cévennes.
"Une des premières choses rencontrées à Pont-de-Montvert, si je me souviens bien, fut le temple protestant. Mais ce n’était que le présage d’autres nouveautés. Une subtile atmosphère distingue une ville d’Angleterre d’une ville de France ou même d’Écosse. À Carlisle, vous pouvez vous apercevoir que vous êtes dans une certaine région. À Dumfries, à trente milles plus loin, vous êtes non moins certain d’être dans une autre encore. Il me serait difficile d’exprimer par quelles particularités Pont-de-Montvert se distingue du Monastier ou de Langogne, voire de Bleymard. Mais la différence existait et parlait éloquemment aux yeux. La localité, avec ses maisons, ses sentiers, son lit de rivière éblouissant porte un cachet méridional indéfinissable.
Le Pont de Monvert
Tout était agitation dominicale dans les rues et dans les cafés comme tout avait été paix dominicale dans la montagne. Il devait y avoir au moins une vingtaine de personnes pour déjeuner vers onze heures avant midi. Quand je me fus restauré et assis pour mettre à jour mon journal, je suppose que plusieurs encore survinrent, l’un après l’autre, ou par groupes de deux ou trois. En traversant les monts Lozère, non seulement j’étais arrivé parmi des visages bien entendu nouveaux, mais j’évoluais sur le territoire d’une race différente. Ces gens, tandis qu’ils dépêchaient en vitesse leurs viandes dans un inextricable jeu d’épée de leurs couteaux, me questionnaient et me répondaient avec un degré d’intelligence qui dépassait tout ce que j’avais jusqu’alors rencontré, excepté parmi les ouvriers de la voie ferrée à Chasseradès. Ils avaient des visages disant la franchise. Ils étaient vifs ensemble de propos et de manières. Ils n’entraient pas seulement dans l’esprit total de mon excursion, mais plus d’un l’assura, s’il avait été assez fortuné, il eût aimé partir pour entreprendre pareil tour.
Pont-de-Montvert ou Greenhill Bridge, comme nous dirions chez nous, est une localité fameuse dans l’histoire des Camisards. C’est ici que commença la guerre ; ici que ces Covenantaires du Midi égorgèrent leur archevêque Sharp. La persécution, d’une part, le fébrile enthousiasme, d’autre part, sont presque aussi difficiles à comprendre en nos tranquilles temps modernes et selon nos croyances et nos incrédulités modernes. En outre, les protestants étaient individuellement et collectivement des esprits sincères, dans le zèle ou la douleur. Tous étaient prophètes et prophétesses. (...)
L'abbé Chayla
Or, le chef et le principal acteur de la persécution – après Lamoignon de Baville – était François de Langlade du Chayla (prononcez Cheila) archiprêtre des Cévennes et Inspecteur des Missions dans la même région. Il possédait une maison, où il habitait parfois, à Pont-de-Montvert. C’était un personnage consciencieux qui semble avoir été prédestiné par la nature à devenir un forban. Il avait maintenant cinquante-cinq ans, âge auquel un homme connaît toutes les modérations dont il est capable. Missionnaire dans sa jeunesse, il avait souffert le martyre en Chine, y avait été laissé pour mort, secouru et ramené seulement à la vie par la charité d’un paria.
Une telle expérience, pourrait-on croire, aurait dû guérir un individu de l’envie de persécuter autrui. Mais l’esprit humain est de nature singulièrement complexe. Après avoir été un martyr chrétien, du Chayla devint un persécuteur chrétien. L’Œuvre de la Propagation de la Foi y allait rondement entre ses mains. Sa maison de Pont-de-Montvert lui servait de prison. Il y brûlait les mains de ses détenus avec des charbons ardents, y arrachait les poils de leur barbe, afin de les convaincre qu’ils étaient dans l’erreur. Et pourtant n’avait-il pas lui-même éprouvé et démontré l’inefficacité de ces arguments physiques chez les Bouddhistes chinois ?
Le grand brûlement des Cévennes : les villages protestants brûlés sur l'ordre de Louis XIV (1703)
Non seulement la vie était rendue intolérable en Languedoc, mais la fuite y était rigoureusement interdite. Un certain Massip, un muletier bien renseigné sur la topographie et les sentiers de la montagne, avait déjà mené plusieurs convois de fugitifs en sécurité à Genève. Lors d’un nouvel exode, composé principalement de femmes déguisées en hommes, du Chayla, dans une heure pour lui néfaste, appréhenda le conducteur. Le dimanche suivant, il y eut conventicule de protestants dans les forêts d’Altifage sur le mont Bougès. Là se rendit incognito un certain Séguier, Esprit Séguier comme l’appelaient ses compagnons – un foulon géant, au visage émacié, édenté, mais rempli du souffle prophétique. Il déclara au nom de Dieu que le temps de la soumission était révolu, qu’on devait courir aux armes pour la délivrance des frères brimés et l’anéantissement des prêtres.
La nuit suivante, 24 juillet 1702, une rumeur inquiéta l’Inspecteur des Missions, alors qu’il se reposait dans sa demeurance-prison de Pont-de-Montvert : les voix d’une foule d’individus qui, chantant des psalmodies à travers la ville, se rapprochaient de plus en plus. Il était dix heures du soir. Du Chayla avait sa petite cour autour de lui : prêtres, soldats et domestiques, au nombre de douze ou quinze. Or, maintenant, comme il redoutait l’insolence d’une manifestation jusque sous ses fenêtres, il dépêcha ses hommes d’armes avec ordre de lui rendre compte de ce qui se passait. Mais les chanteurs de psaumes étaient déjà à la porte : cinquante costauds, conduits par Séguier l’inspiré, et respirant le carnage. À leurs sommations, l’archiprêtre répondit en bon vieux persécuteur : il ordonna à sa garnison de faire feu sur la populace. Un Camisard (car selon certains, c’est de cette tenue nocturne qu’ils ont tiré leur nom) tomba sous la décharge de mousqueterie. Ses camarades se ruèrent contre la porte, armés de haches et de poutres, parcoururent le rez-de-chaussée de la maison, libérèrent les prisonniers et trouvant l’un d’eux dans la vigne*, une sorte de Fille de Scavenger* de l’époque et de l’endroit, redoublèrent de fureur contre du Chayla et par des assauts répétés tentèrent d’emporter l’étage. Lui, de son côté avait donné l’absolution à ses partisans et ils avaient courageusement défendu l’escalier.
– Enfants de Dieu, arrêtez, s’écria le prophète. Brûlons la maison avec le prêtre et les acolytes de Baal" !
* fille de Scavenger : Parmi les instruments de torture les plus terrifiants de l'Angleterre des Tudor. Ici, la vigne est une réplique de cet instrument dans lequel on comprimait le corps du détenu dans des conditions extrêmement douloureuses. L'abbé Cheyla avait organisé une salle de tortures dans les caves de sa maison à l'usage des Huguenots.
GEORGE SAND : Le marquis de Villemer
Paysage de Cévennes
Voilà un "vrai" texte de George Sand extrait du Marquis de Villemer.
Il ne s'agit pas des Cévennes comme l'on entend cette région du massif Central de nos jours, située dans les départements de la Lozère et du Gard, mais de la Cévenne au sens large, telle qu'on la définissait à l'époque de George Sand et qui englobait jusqu'à la Haute Loire avec le Mont Mézenc, le Mont Gerbier de Jonc. C'est dans ces lieux, en effet, et non loin du Puy en Velay, que se réfugie l'héroïne de notre roman fuyant Paris.
Les sommets des Cévennes sont souvent chargés de vapeurs glaciales, et quand le vent les balaye, la pluie se rabat sur les bassins. Dans la saison où nous sommes c'est un éternel caprice; des combinaisons de nuées fantastiques, des éclipses subites de soleil et puis des clartés d'une limpidité froide qui ramènent la pensée à ces rêves de la première aube de notre monde, quand la lumière fut créée, c'est à dire quand l'atmosphère terrestre, dégagée de ses tourmentes, laissa percer les rayons du soleil sur la jeune planète éblouie.
Dans Les scènes de la vie du clergé, recueil de nouvelles de George Eliot paru en 1858, j’ai déjà présenté Les tribulations du Réverend E. Barton, récit qui se déroule dans la ville de Shepperton, autour de son église. Cette ville fictive inspirée par Chilvers Coton, faubourg de Nuneaton dans le Warwickshire, région natale de George Eliot, sert aussi de cadre à Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, deuxième nouvelle du recueil même si chronologiquement le récit est antérieur au premier…
Le révérend Maynard Gilfil est, en effet, le prédécesseur du Révérend Barton dans la paroisse de Shepperton. Il est aimé et estimé de tous ses paroissiens qui le pleurent et l’honorent quand il meurt. Mais l’on sait peu de choses sur ce vieillard solitaire et digne et sur son épouse Caterina qui est morte jeune. Tous ignorent les souffrances de l’amour tragique qu’a vécu la jeune fille pour le capitaine Whybrow et de Gilfil qui n’a jamais cessé d’aimer et de protéger Catarina. Le récit fait un retour en arrière d’une trentaine d’années.
Lord et lady Cheverel et la petite Tina
Sir Christopher Cheverel est un vieil aristocrate campagnard qui vit dans un splendide domaine. Pendant un séjour en Italie, le peintre qui fait le portrait de lady Cheverel meurt laissant sa petite fille orpheline, sans famille. Lord Cheverel, toujours très généreux, décide de l’amener en Angleterre et de prendre soin d’elle. La jolie petite fille, Caterina Sarti (Tina), aux yeux noirs et aux cheveux noirs, séduit toute la maisonnée à commencer par le maître de maison et les domestiques, de la cuisinière au jardinier. On lui donne une éducation, on l’instruit, surtout dans le domaine musical car lady Cheverel découvre ses talents de musicienne et sa voix exceptionnelle. Mais… elle n’est pas adoptée si bien qu’elle occupe une position subalterne dans la maison même si elle est choyée par tous. Et c’est bien là que se noue le drame.
L’héritier de Lord Cheverel, son neveu, le capitaine Anthony Whybrow, qui vit dans la maison pendant ses permissions, est un peu trop empressée auprès de la jeune fille, flirte avec elle et lui avoue un amour qu’elle croit sincère. Mais lord Cheverel ne transige pas sur les rapports de classe et destine son héritier à une femme de son rang, Lady Beatrice Assher. Il l’envoie demander sa main. Pour Caterina, Lord Cheverel a déjà tout prévu. Il souhaite qu’elle épouse Maynard Gilfil, un jeune homme qu’il estime et qu’il a pris sous sa protection, le faisant chapelain de son domaine. Il lui destine une cure qui lui permettra de faire vivre son épouse quand il se mariera. Lord Cheverel est pourtant un homme bon, il s’occupe de sa protégée avec affection, mais ne peut remettre en cause la supériorité de sa caste. Il est trop autoritaire et tellement habitué à la dépendance des autres vis à vis de lui qu’il ne prend pas la peine de comprendre leurs sentiments. Il ne sait rien de ce qu’éprouve Tina. Il est l’opposé de Maynard Gilfril tout en compassion et en empathie.
Maynard Gilfil aime Caterina profondément mais, on l’a compris, celle-ci aime Anthony, maintenant fiancé à Beatrice Assher qu’il va présenter à son oncle. Le capitaine, fat et superficiel, traite Tina avec légèreté quand il voit son trouble et sa souffrance. Imbu de lui-même et de sa classe sociale, égoïste et peu sensible, incapable de comprendre les sentiments des autres, Anthony Whybrow ne pense qu’à se débarrasser aisément d’elle et à éviter les ennuis que lui causent ses reproches et sa jalousie.
Dans cette nouvelle, George Eliot maîtrise l’art du récit qui est tout en tension et en gradation. Elle décrit d’abord le chagrin de la jeune fille qui cherche à se maîtriser et à dissimuler ce qu’elle éprouve en feignant d’être malade. Elle se retire dans sa chambre et pleure tout son gré. Mais les paroles imprudentes et condescendantes du jeune homme qui nie la réalité, se dédouane de toute responsabilité, aggravent la tension. Le manque d’empathie et de respect qu’il manifeste envers elle, exacerbent la passion de la jeune fille et son sentiment d’avoir été bafouée. C’est un déchaînement de pulsions qui s’abat sur elle et la pousse à toute extrémité. La montée dramatique va crescendo et culmine dans une scène où se jouent la vie du jeune homme et la santé mentale de la jeune fille. George Eliot fait preuve d’un grand talent pour nous faire partager ces sentiments d’amour, de révolte et d’humiliation aussi. Elle nous tient en haleine, captant notre attention jusqu’au dénouement. Ce faisant, elle nous décrit une société basée sur la hiérarchie sociale, les préjugés nobiliaires, et dépourvue d’humanité.
Le monde des Abberley est un roman policier de Robert Goddard qui se déroule dans la "bonne société" anglaise du comté du Kent, à Tunbridge Wells. Les Abberley sont les propriétaires d’une compagnie d’aviation. Maurice Abberley en est à la tête. Il est le fils de Tristram Abberley, un poète anglais célèbre, qui est mort en 1938 en Espagne pendant la guerre civile. Tristram s’était engagé pour défendre la démocratie contre Franco.
Le roman commence avec le meurtre de Beatrix Abberley, la soeur de Tristram, qui bizarrement s’attendait à être assassinée et manifestement savait par qui. La demi-soeur de Maurice, Charlotte Ladram, fille d’un second mariage de Mary, leur mère à tous deux, apprend la mort de la vieille dame avec horreur. Mais le coupable, un antiquaire un peu véreux, Colin Fairfax, est vite trouvé... un peu trop vite ! Derek Fairfax, son frère, lui, est sûr de l’innocence de Colin. Il va tout faire pour découvrir la vérité !
Et Charlotte Ladram ? Charlie pour les intimes, une célibataire de trente-six ans, au physique terne, au caractère timorée et renfermée va se sentir obligée de mener l’enquête, même si elle est méprisée par le reste de la famille, en particulier par Ursula et Samantha, respectivement épouse et fille de Maurice, des beautés éblouissantes et sophistiquées. Elle devra aussi se libérer de l’affection sincère mais paternaliste de son demi-frère pour trouver la force d’agir surtout quand elle entend parler de mystérieuses lettres écrites d’Espagne par le poète, Tristram, à sa soeur Beatrix. Quel mystère pèse sur la famille ? Comment la guerre d’Espagne, cinquante ans après, réveille-t-il des secrets enfouis ? Que révèlent les évènements du passé sur le présent et sur les personnalités de chaque membre de cette famille ?
Ce roman policier est vraiment bien mené, plein de rebondissements et il maintient le suspense jusqu’au bout. Robert Goddard est arrivé plusieurs fois à me surprendre et il nous emmène dans divers lieux, pays de Galle, Paris, New York, Espagne. La part historique sur la guerre d’Espagne est intéressante comme l’est aussi l’évolution de Charlotte, si inhibée, et qui peu à peu va oublier sa peur de vivre et s’affirmer de voyage en voyage, de découverte en découverte, prenant confiance en elle-même malgré les humiliations, et se trouvant des alliés pendant cette dangereuse enquête. Ce qui est amusant, c'est que les deux héros, Charlotte et Derek, n'ont rien... d'héroïque, ils ont même très peur, et pourtant ! On a souvent l'impression que Derek se demande ce qu'il est venu faire dans cette galère mais que ne fait-on pas par amour ? Le roman présente aussi la critique d'une société égoïste, superficielle, âpre au gain, qui n'accorde d'intérêt qu'à l'argent et au paraître.
Le titre anglais Hand glove, absolument laissé de côté dans le titre français, est important comme nous l'apprend le récit.
1938. Manod , dix-huit ans, habite sur une île au large du pays Galles. Sa mère est morte et elle vit avec son père, pêcheur, et sa petite soeur Llinos , "une enfant pas comme les autres", à la personnalité étrange et attachante, et dont elle s’occupe. Elle a un amoureux mais il va vivre sur le continent. Ils partent tous, du moins les jeunes, pour trouver du travail, pour connaître une vie autre que leurs parents. Manod, elle aussi, rêve d'un ailleurs, rêve d'échapper à cette île qu'elle aime pourtant. Elle parle bien l’anglais car la maîtrise de cette langue, elle le comprend, permet l’émancipation. C’est pourquoi lorsque des ethnologues viennent étudier le mode de vie des habitants de l’île, ils la choisissent comme interprète, certains iliens ne parlant que le gaélique. L’île décrite est fictive, nous dit Elizabeth O’Connor, mais inspirée de nombreuses îles au large de la Grande Bretagne et de l’Irlande notamment l’île d’Aran.
Le récit commence en Septembre et se termine en Décembre. Chapitres courts, phrases sobres, le roman donne la parole à Manod qui parle de son île, des oiseaux, de la pêche aux homards, aux harengs, de la récolte des oeufs aux flancs de la falaise, de la baleine qui s’est échouée sur la grève, de sa mère et de ses visions, de sa petite soeur, des scènes qu’elle brode sur des tissus et qui sont de petites oeuvres d’art, de la vie des filles sur l'île qui n'ont d'autre choix que le mariage et les enfants. Ce que ne veut pas Manod. Elle parle de ses rêves, de ses espoirs. Une vie quotidienne, lente, où le rythme des saisons prend une grande importance.
Son récit est entrecoupé des notes prises par les ethnologues, Joan et Edward, légendes, histoires racontées par les familles, mais on s'aperçoit aussi qu'ils n’hésitent pas à mettre en scène les habitants, à s’éloigner de la réalité pour servir le pittoresque au détriment de l’observation scientifique. Elizabeth O' Connor rappelle dans la postface que c'est ce qu'a fait Robert Flaherty, le réalisateur du film L'homme d'Aran. On voit le fossé qui existe entre eux et les iliens qui ne sont pour ces ethnologues que des sujets d’étude. Ils utilisent les autres mais ne donnent rien d’eux-mêmes même si Manod s’imagine qu’ils vont pouvoir changer sa vie.
Le style est pittoresque, avec le souci du détail précis qui donne aux êtres et aux choses une beauté et un relief particuliers :
"Les macareux se regroupent au bord des falaises; ils partent enfin hiverner. Ils ont l’air ridicules quand ils marchent, on dirait des nains sur deux pattes. Ils me font penser aux histoires que racontent les personnes âgées : les fées au bord du chemin qui volent des pièces de monnaie."
"La baleine s’est échouée dans la nuit sur les hauts-fonds; elle sortait de l’eau comme un chat qui se glisse sous la porte. (…) Dans l’eau sombre son corps luisant était verdâtre. Au matin, elle a flotté sur le ventre jusqu’à la plage. Les oiseaux se sont massés au-dessus d’elle. La marée poussait l’eau sur la grève en formant de grands miroirs entrecoupés de fines rigoles de sable. les vagues contournaient son corps en montant, puis se retiraient comme une membrane autour de son noyau fragile. "
Mais il est aussi tout en demi-teintes, voilé par la brume, nostalgique et lent, pour peindre une vie monotone, faite d’habitudes, de travail, empreinte de rudesse. Il fait naître l’idée d’un monde qui, malgré sa beauté, est finissant, peu adapté aux humains.
"Sur l’île, il y a plus de maisons vides que de maisons occupées; elles ont été abandonnées par des familles parties vivre sur le continent. Des martinets nichent dans les toits qui se sont affaissés. Des chauve-souris, des guêpes, de la mousse, des moisissures. Cinq variétés de renouée. L’été pour trouver de l’ombre, j’entraîne Llinos dans les maisons inhabitées. Il arrive qu’on découvre de petits objets : une poupée, une fourchette en fer-blanc."
Sur l’île est un beau livre, un premier roman, écrit par petites touches légères, comme une peinture impressionniste
"Une année ici, c’est d’abord le soleil et d’abord le printemps, qui se gorge d’oiseaux. Ils abandonnent l’île à son hiver grisâtre et reviennent quand les premières pousses sortent de terre. Les macareux apparaissent comme des taches sombres sur la surface de l’eau. Les mouettes tridactyles et les fous de Bassan tombent du ciel."
et l'on espère que Manod pourra échapper, comme elle le souhaite, au huis-clos que l'île referme sur elle après le départ de Joan et d'Edward.
Voici le Bilan N°6 du challenge Les deux George de la littérature du mois d’août
Paul Huet exposition Face au ciel
Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.
Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.
Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.
Claudialucia
Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.
Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette, puis sa vie au couvent. Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes, c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration, partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.