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dimanche 16 août 2026

Histoires de ma vie (1) : George Sand

George Sand en 1830
  

Histoires de ma vie de George Sand (1804-1876) publié en 1855 est un travail d’écriture qui  a duré sept ans de 1847 à 1854. C’est un ouvrage qui présente, dans la version qui est la mienne, 1205 pages. C’est pourquoi je n’attendrai pas la fin pour en parler mais, de temps en temps, je noterai des passages qui m’intéressent.


Taille : quatre pieds dix pouces =  1m 47 cm


Et d’abord pourquoi écrire sa biographie ?  

 

Aurore et son demi-frère Hyppolite

C’est la question que se pose George Sand qui sait très bien ce qu’elle ne veut pas faire. Elle  prend, en effet, le contrepied des Confessions de Jean-Jacques Rousseau qui s’accuse de fautes vraies ou fausses pour mieux se disculper des travers que lui reprochent ses contemporains. George Sand pense que c’est s’abaisser que d’écrire pour se justifier. Cela n’apporte rien de positif au lecteur. Et même si elle admire Jean-Jacques Rousseau, c’est écrire pour de mauvaises raisons. 

« Qu’on soit pur ou impur, petit ou grand, il y a toujours vanité, vanité puérile et malheureuse, à entreprendre sa propre justification. »

Ecoutez : ma vie, c’est la vôtre


Alors pourquoi écrit-elle ? « Mon histoire par elle-même est fort peu intéressante. Les faits y jouent le moindre rôle, et les réflexions la remplissent. Personne n’a plus rêvé et moins agi que moi dans sa vie ; vous attendiez-vous à autre chose de la part d’un romancier ?

Ecoutez : ma vie, c’est la vôtre ; car, vous qui me lisez, vous n’êtes point lancés dans le fracas des intérêts de ce monde, autrement vous me repousseriez avec ennui. Vous êtes des rêveurs comme moi. » 


L’histoire de ses contemporains

 

La campagne d'Italie :  Napoléon franchissant les Alpes  David

Mais ce n’est pas tout. L’écrivaine a d’autres exigences. Elle pense que la biographie doit être liée à l’histoire de ses contemporains, qu’elle est un témoignage de la société de son temps, des évènements historiques qui ont marqué toute son époque.. l’individu n’existe pas en solitaire. Il est le résultat de son siècle.

 « Toutes les existences sont solidaires les unes des autres, et tout être humain qui présenterait la sienne isolément, sans la rattacher à celle de ses semblables, n’offrirait qu’une énigme à débrouiller. »

Ainsi Amantine, Aurore, Lucile Dupin est née en 1804 l’année du couronnement de Napoléon 1er. 

"Je suis née l’année du couronnement de Napoléon, l’an XII de la République française (1804). Mon nom n’est pas Marie-Aurore de Saxe, marquise  (baronne) Dudevant, comme plusieurs de mes biographes l’ont découvert, mais Amantine-Lucile-Aurore Dupin, et mon mari, M. François Dudevant, ne s’attribue aucun titre."

Elle commence sa biographie avant sa naissance en situant son récit pendant la révolution, racontant comment, pendant la Terreur, sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe épouse Dupin de Francueil, fut incarcérée et en grand danger d’avoir la tête coupée malgré les grandes idées philosophiques qu’elle devait à Voltaire et Rousseau. Sand publie des lettres de son père Maurice engagé par patriotisme dans l’armée républicaine. Il raconte les campagnes d'Italie, conduites par Bonaparte, à sa mère, parle de ses idéaux, de ses ambitions de carrière, et donne un tableau vivant et coloré qui permet de faire sortir les évènements des livres d’Histoire. Plus tard, il racontera les campagnes d'Allemagne, de Prusse et de Pologne...
Bien que j’aie jugé parfois un peu long la citation de toutes ces lettres, je les ai trouvées en même temps passionnantes.  On y revit les faits historiques et, ce qui ne gâte rien, le père de George Sand est un homme attachant, sans préjugés sociaux (ou pas trop !), honnête et aux sentiments sincères et profonds et ... il écrit bien !  De plus, Maurice Dupin est un excellent musicien, un artiste dans l'âme, un homme cultivé qui, lorsqu'il écrit à sa mère, lui raconte les opéras qu'il va voir quand il est en garnison (comme Le devin du village de Jean-Jacques Rousseau), les concerts auxquels il assiste, il  nous renseigne sur la vie culturelle de son époque. 

 

Maurice Dupin père de George Sand

Sand relate, - elle avait trois ou quatre ans-, son voyage à travers l’Espagne occupée par les Français, avec sa mère enceinte qui va rejoindre son père, aide de camp du Prince Murat à Madrid, visions de guerre, de cadavres, de maladie et de faim qui hanteront l’imagination de la petite fille. Son frère, Louis, qui naît aveugle à Madrid meurt peu de temps après son retour à Nohant. Il y a là, l'incroyable épisode du poirier dont elle ne saura la fin mot qu'une fois adulte : ses parents se persuadent que Louis n'est pas mort, le père va le déterrer au cimetière. Les parents conservent le bébé toute la nuit près d'eux. Enfin, persuadés qu'il est bien mort, ils le ré-enterrent sous le poirier autour duquel ils aménagent un joli jardin, terrain de jeu de la fillette. Aurore jouera longtemps, sans le savoir, sur le cercueil de son frère. 

Et nous suivrons avec elle tous les grands évènements et changements qui ont marqué son époque, le Directoire, L'Empire, la Restauration. Un jour elle croise le regard de l'empereur, un autre, le roi de Rome, enfant, dans les bras de sa nourrice, lui envoie un bonbon. 

"Savions-nous ce que c’était que l’empereur ? Je ne m’en souviens pas, mais il est probable que nous en entendions parler sans cesse. Je m’en fis une idée distincte peu de temps après. Je ne saurais dire précisément l’époque, mais ce devait être à la fin de 1807. Il passait la revue sur le boulevard et il était non loin de la Madeleine lorsque ma mère et Pierret, ayant réussi à pénétrer jusque auprès des soldats, Pierret m’éleva dans ses bras, au-dessus des shakos, pour que je pusse le voir. Cet objet qui dominait la ligne de têtes, frappa machinalement les yeux de l’empereur, et ma mère s’écria : « Il t’a regardée ; souviens-toi de ça, ça te portera bonheur. "

Tout n'est pas obligatoirement chronologique dans son récit car elle va de digression en digression. A cette heure de ma lecture, je suis en train de suivre la retraite de Russie ! C'est le chapitre cinq de la troisième partie.  Mais ce n'est plus raconté par Maurice Dupin  : le père d'Aurore est mort d'un accident de cheval à l'âge de 30 ans, en 1808.

 

Car nous avons tous des ancêtres

Enfin et en cela sa biographie est originale, George Sand affirme que chacun d'entre nous est la suite logique d’un enchaînement d’individus, il est le résultat d’un mélange de races, des ancêtres qui l’ont marqué de leurs traits distinctifs. Bref ! elle souligne l’importance de l’hérédité naturelle sans tomber dans l’idée de prédestination car en même temps nous ne cessons pas, dit-elle, d’avoir notre propre liberté et d’être « le fils de nos oeuvres »

"Il est plaisant que la noblesse ait accaparé ce mot- ancêtre- à son profit, comme si l’artisan et le paysan n’avaient pas une lignée de pères derrière eux, comme si on ne pouvait porter le titre sacré de père à moins d’avoir un blason, comme si enfin les pères légitimes se trouvaient moins rares dans une classe que dans l’autre."


 Qui était Aurore Dupin ?

Maurice de Saxe, arrière-grand-père de Sand

On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l’arrière-petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne et si, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n’en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d’une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n’y a point de bâtardise de ce côté-là.

 

Marie-Aurore de Saxe grand-mère de George Sand

Dans cette première et deuxième parties de sa biographie, George Sand explique donc en détail comment sa famille paternelle descend de Maurice de Saxe qui était le fils illégitime d’Auguste II roi de Pologne et de la comtesse Aurore de Königsmark. Il est maréchal général des armées du roi Louis XV, remporte la bataille de Fontenoy (1745) et devient propriétaire du château de Chambord offert par le roi de France.

La grand-mère de George Sand, Marie-Aurore de Saxe, épouse de Louis Dupin de Francueil, était la fille illégitime de Maurice de Saxe. Maurice Dupin, le père de George Sand, était donc le petit-fils. George Sand elle-même est l’arrière-petite-fille de cet illustre officier.

La grand-mère de George Sand est décrite dans Histoires de ma vie comme une femme aux idées avancées sous l’influence des philosophes mais qui ne perd pas, en réalité, ses préjugés sociaux et qui reste très sensible aux opinions conservatrices de ses amies "les vieilles comtesses" comme les appelle Aurore ironiquement. Elle plonge son fils dans le malheur en refusant le mariage avec Sophie, la femme qu’il aime, puis, lorsqu’il se marie sans son consentement, elle l’accable de reproches, est  jalouse de sa bru et cherche à faire annuler le mariage. Plus tard, à la mort de son fils, elle sépare sa petite-fille Aurore de sa mère et de sa demi-soeur Caroline ! Aurore, très attachée à sa mère, en est très malheureuse. Sa grand-mère lui fait peur et elle souffre des préceptes rigides qu’elle cherche à lui inculquer. La fillette est plongée dans le désespoir.  Une année, elle envisage de s'enfuir mais sa grand-mère est malade et elle y renonce. Plus tard, elle se rebelle, elle affirme qu'elle préfère la pauvreté avec sa mère plutôt que la richesse ("le richement" comme on dit en parler berrichon) chez sa grand-mère. On la punit; elle espère se faire renvoyer chez sa mère, mais c'est au couvent des Anglaises, à Paris, que sa grand-mère l'enferme. Sa mère la déçoit aussi car elle ne s'oppose pas à la décision de sa grand-mère.

 

Sophie Delaborde mère de George Sand


George Sand consacre aussi un long passage à la famille de sa mère, Sophie.
"Ma mère était une pauvre enfant du vieux pavé de Paris ; son père, Antoine Delaborde, était maître paulmier et maître oiselier, c’est à dire qu’il vendit des serins et des chardonnerets sur le quai aux Oiseaux, après avoir tenu un petit estaminet avec billard, dans je ne sais quel coin de Paris, où, du reste, il ne fit point ses affaires."

Cela donne lieu à un jolie description, pleine de charme et de poésie, sur son amour des oiseaux et sa familiarité avec eux qu’elle attribue à ses antécédents familiaux.

« Quant à moi, la sympathie des animaux m’est si bien acquise, que mes amis en ont été souvent frappés comme d’un fait prodigieux. J’ai fait à cet égard des éducations merveilleuses ; mais les oiseaux sont les seuls êtres de la création sur lesquels j’aie jamais exercé une puissance fascinatrice, et s’il y a de la fatuité à s’en vanter, c’est à eux que j’en demande pardon. Je tiens ce don de ma mère, qui l’avait encore plus que moi, et qui marchait toujours dans notre jardin accompagnée de pierrots effrontés, de fauvettes agiles et de pinsons babillards, vivant sur les arbres en pleine liberté, mais venant becqueter avec confiance les mains qui les avaient nourris. »

Teverino

Je me suis passé la fantaisie d’écrire un roman où les oiseaux jouent un rôle assez important, et où j’ai essayé de dire quelque chose sur les affinités et les influences occultes. C’est Teverino, auquel je renvoie mon lecteur, ainsi que je le ferai souvent quand je ne voudrai pas redire ce que j’ai mieux développé ailleurs. Je sais bien que je n’écris pas pour le genre humain. Le genre humain a bien d’autres affaires en tête que de se mettre au courant d’une collection de romans et de lire l’histoire d’un individu étranger au monde officiel.  

 Teverino VOIR ICI 


Les compagnons de jeu de la petite Aurore 

George Sand, fille du siècle de Séverine Vidal, Kim Consigny

 

Parmi ses proches, Hippolyte est le fils de Maurice et d'une servante qui a été éloignée par la grand-mère mais celle-ci assure l'éducation de son petit-fils illégitime à Nohant. Je me demande si l'on ne faisait pas payer sa bâtardise à Hippolyte car George Sand dit que leur précepteur Deschatres le battait souvent, ce qu'il ne faisait pas avec elle. Mais il est vrai que le "gros garçon" était un diablotin, plein d'humour et d'inventions machiavéliques, qui se moquait souvent de son précepteur !  Et pour être juste, Aurore était battue par sa bonne, Rose, mais à l'insu de sa mère et de sa grand-mère. Voilà comme George Sand raconte l'histoire d'Hippolyte Chatiron : 

"Une jeune femme attachée au service de la maison venait de donner le jour à un beau garçon qui a été plus tard le compagnon de mon enfance et l’ami de ma jeunesse. Cette jolie personne n’avait pas été victime de la séduction : elle avait cédé, comme mon père, à l’entraînement de son âge. Ma grand’mère l’éloigna sans reproches, pourvut à son existence, garda l’enfant et l’éleva.

Il fut mis en nourrice, sous ses yeux, chez une paysanne fort propre qui demeure presque porte à porte avec nous. On voit, dans la suite des lettres de mon père, qu’il reçoit par sa mère des nouvelles de cet enfant, et qu’ils le désignent entre eux, à mot couvert, sous le nom de la petite maison. Ceci ne ressemble guère aux petites maisons des seigneurs débauchés du bon temps. Il est bien question d’une maisonnette rustique"

Caroline est la fille hors mariage de Sophie Delaborde. Le père de Sand la considère comme sienne mais la grand-mère ne veut pas la recevoir chez elle, la chasse de sa maison et refuse qu'elle fréquente sa petite-fille. A la suite d'une grave maladie d'Aurore, "Bonne maman" accepte qu'elle voit Caroline chez sa mère mais elle ne la reçoit pas chez elle, ce qui oblige Sophie à se partager entre ses deux filles. Pendant que Caroline est en pension, Sophie va voir Aurore à Nohant puis elle repart à Paris. Chaque fois, c'est un déchirement pour Aurore. ( mais pour Caroline et Sophie aussi).

Aurore a deux autres petites amies : Clotilde, sa cousine, fille de sa tante maternelle qui vit à Paris : 

Clotilde, qui pouvait s’ébattre là au grand soleil toute la journée, était bien plus fraîche et plus enjouée que moi. Elle me faisait les honneurs de son Eden avec ce bon cœur et cette franche gaîté qui ne l’ont jamais abandonnée. Elle était certes la meilleure de nous deux, la mieux portante et la moins capricieuse ; aussi je l’adorais en dépit de quelques algarades que je provoquais toujours, et auxquelles elle répondait par des moqueries qui me mortifiaient un peu. Ainsi quand elle était mécontente de moi, elle jouait sur mon nom d’Aurore, et m’appelait Horreur, injure qui m’exaspérait. Mais pouvais-je bouder longtemps en face d’une charmille verte, et d’une terrasse toute bordée de pots de fleurs ? C’est là que j’ai vu les premiers fils de la Vierge, tout blancs et brillants au soleil d’automne : ma sœur y était ce jour-là, car ce fut elle qui m’expliqua doctement comme quoi la sainte Vierge filait elle-même ces jolis fils sur sa quenouille d’ivoire. Je n’osais pas les briser et je me faisais bien petite pour passer dessous."

et Ursule Jos, la nièce d'une domestique à Nohant qui passe tous ses étés avec elle quand elle revient de Paris et loge à Nohant. Quand elle sera plus grande, Ursule sera obligée de vouvoyer son amie, ce qui provoque une grand désarroi de la part d'Aurore qui a l'impression que son amie ne l'aime plus. 

"je fus forcée de consentir à ce qu’elle perdît avec moi cette douce et naturelle familiarité. Cela me fit souffrir longtemps, et même j’essayai de lui donner du vous pour rétablir l’égalité entre nous. Elle en ressentit beaucoup de chagrin. « Puisqu’on ne vous défend pas de me tutoyer, me disait-elle, ne m’ôtez pas ce plaisir-là ; car, au lieu d’un chagrin, ça m’en ferait deux. » "

Il y a aussi Louis, ou comme on dit en Berrichon Liset, que Sophie, la mère d'Aurore a pris sous son aile quand elle vient à Nohant. Elle lui enseigne à lire et écrire; au départ de sa mère, Aurore s'attache à ce petit garçon et continue à lui donner des leçons.

 







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