Ses Débuts à Paris
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| George Sand et François Casimir Dudevant par François-Auguste Biard |
George Sand déclare très clairement « Comme je ne prétends pas donner le change sur quoi que ce soit en racontant ce qui me concerne, je dois commencer à dire nettement que je veux taire et non arranger ni déguiser plusieurs circonstances de ma vie ». Elle refuse, contrairement à Jean-Jacques Rousseau de « disposer du passé des personnes qui ont cotoyé mon existence ». Si bien qu’en lisant Histoire de ma vie, vous en saurez peu sur l’échec de son mariage en dehors de son procès puisque celui-ci a été public et vous ne saurez rien sur sur ses amants qui, s’ils apparaissent, le sont comme des amis.. Bref, nous ne sommes pas dans le courrier du coeur ou la presse people ! Même si, en son temps, les amours de George Sand notamment avec Alfred de Musset ou Michel de Bourges ont défrayé la chronique.
C’est pourquoi, lorsqu’elle se sépare une première fois de son mari en 1831 sans faire intervenir la justice, elle ne nous en dit pas plus. Il ne s’agit pas d'une confession ! Elle veut gagner sa vie et aller à Paris.
"A Partir de ce moment-là, l’équilibre entre les peines et les satisfactions se trouva rompu. Je sentis la nécessité de prendre un parti. Je le pris sans hésiter, et mon mari y donna les mains : j’allai vivre à Paris avec ma fille, moyennant un arrangement qui me permettait de revenir tous les trois mois passer trois mois à Nohant ; et, jusqu’au moment où Maurice entra au collège à Paris, je suivis très exactement le plan que je m’étais tracé. Je le laissais entre les mains d’un précepteur qui était avec nous déjà depuis deux ans, et qui a toujours été, depuis ce temps-là, un de mes amis les plus sûrs et les plus parfaits. Ce n’était pas seulement un instituteur pour mon fils, c’était un compagnon, un frère aîné, presque une mère. Pourtant il m’était impossible de me séparer de Maurice pour longtemps et de ne pas veiller sur lui la moitié de l’année."
Elle s’attarde sur les faits qui ont eu leur importance dans sa vie à cette époque :
En 1831, elle constate que la somme octroyée par son mari - qui a conservé la fortune et gère les biens de sa femme en maître comme le veulent les belles lois napoléoniennes (!)- est si modique qu’elle ne parvient pas à vivre correctement. Sa mère lui conseille de s’habiller en garçon. C’est ce qu’elle faisait elle-même quand son mari manquait d’argent. Des vêtements d’homme sont moins onéreux et plus faciles à entretenir.
"Je me fis donc faire une redingote-guérite en gros drap gris, pantalon et gilet pareils. Avec un chapeau gris et une grosse cravate de laine, j’étais absolument un petit étudiant de première année." "Au reste, pour n’être pas remarquée en homme, il faut avoir déjà l’habitude de ne pas se faire remarquer en femme."
Elle sera beaucoup plus libre dans ses mouvements. Désormais, Aurore parcourt les pavés de Paris avec de bonnes bottes et non de petites chaussures qui se déchirent au moindre caillou, elle veut développer sa culture, visite les musées et découvre les grands peintres, l’opéra, entre incognito au parterre du théâtre alors interdit aux femmes. Elle a retrouvé là-bas des amis berrichons.
Nous étions alors trois Berrichons à Paris, Félix Pyat, Jules Sandeau et moi, apprentis littéraires sous la direction d’un quatrième Berrichon, M. Delatouche.
Sand essuie beaucoup de critiques, d'injures et les caricaturistes ne se sont pas privés de déverser leur fiel sur elle bien qu'elle n'en parle pas dans Histoire de ma vie. Par contre, elle raconte comment son fils Maurice a été pris pour elle :
Je raconte là un temps très passager et très accidentel dans ma vie, bien qu’on ait dit que j’avais passé plusieurs années ainsi, et que, dix ans plus tard, mon fils encore imberbe ait été souvent pris pour moi. Il s’est amusé de ces quiproquos, et puisque je suis sur ce chapitre, je m’en rappelle plusieurs qui me sont propres et qui datent de 1831.
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| Maurice Sand fils de George. La ressemblance est frappante |
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| George Sand Auguste Charpentier (1838) |
En 1832, le choléra décime Paris et survient le drame du Cloître Saint Méry. Un insurrection y est sauvagement réprimée. Dix-sept insurgés se sont emparé du petit pont de l’Hôtel-Dieu. Quinze sont tués par la garde nationale et jetés dans la Seine. Deux atteints dans les rues voisines et égorgés raconte Louis Blanc. La troupe tire sur tout le monde. Sand qui est au jardin du Luxembourg avec sa fille n’a que le temps de rentrer chez elle.
"Ce qu’il y avait jusque-là de plus dangereux, c’était la précipitation avec laquelle on fermait les boutiques au risque de briser la tête à tous les passants. Solange se démoralisait et commençait à jeter des cris désespérés. Quand nous arrivâmes au quai, chacun fuyait en sens différent ; j’avançai toujours, voyant que le pire c’était de rester dehors, et j’entrai vite chez moi sans prendre le temps de voir ce qui se passait, sans même avoir peur, n’ayant encore jamais vu la guerre des rues, et n’imaginant rien de ce que j’ai vu ensuite, c’est-à-dire l’ivresse qui s’empare tout d’abord du soldat et qui fait de lui, sous le coup de la surprise et de la peur, l’ennemi le plus dangereux que puissent rencontrer des gens inoffensifs dans une bagarre." Elle fait ici allusion aux déchaînements de violence auxquels elle a assisté pendant la révolution de 1848 et qui ont éteint son rêve révolutionnaire.
Ses premiers livres paraissent : Indiana en 1832 puis devant le succès, la même année, Valentine… Il lui faut choisir un pseudonyme. Sa belle-mère, la baronne Dudevant, lui a demandé de ne pas galvauder son nom sur les couvertures de livres imprimés ! Ayant écrit un livre avec Jules Sandeau, Rose et Blanche, elle prend, sur les conseils de son ami Delatouche, le nom de Sand et le prénom de George (qui lui paraît très berrichon).
George Sand traverse aussi une crise, au niveau spirituel, mène une recherche ardente des rapports qui peuvent exister "entre l’âme individuelle et cette âme universelle que nous appelons Dieu." "II m’importait fort de chercher en Dieu le mot de l’énigme de la vie, la notion de mes vrais devoirs, la sanction de mes sentiments les plus intimes. » Son refus des institutions religieuses se précise : " Je vois aussi l’esprit de ces institutions tellement perdu et dénaturé qu’en bien des cas l’homme les observe de manière à en faire un sacrilège. Je ne puis prendre mon parti sur des pratiques admises par prudence, par calcul, c’est-à-dire par lâcheté ou par hypocrisie. La routine de l’habitude me paraît une profanation moindre, mais c’en est une encore, et quel sera le moyen d’empêcher que toute espèce de culte n’en soit pas souillée ? "
Tout une période de doute mystique et de quête inquiète voire angoissée qui transparaît bientôt dans son troisième roman Lélia . Il paraît en 1833.
Elle parle longuement de ses amis et dresse des portraits vivants, pleins d’acuité, originaux, émouvants parfois, ou amusants … des personnages célèbres, Marie Dorval, Delacroix, Emmanuel Arrago, Gustave Planche, Balzac, plus tard Chopin...
En 1834, elle part à Venise, un voyage qu’elle a toujours rêvé de faire. Elle rencontre Stendhal en route et ne l’apprécie pas trop. Alfred de Musset n’y est que mentionné et ne fait qu’une briève apparition. De leurs amours tourmentés, de leurs déchirements, nous ne saurons rien. Par contre son amour de Venise est là et l'on comprend pourquoi l'on retrouvera cette ville dans plusieurs des romans : Consuelo, La comtesse de Rudolstadt, L'Ucosque, Elle et lui, Lettres d'un voyageur, Jacques...
L'évolution de ses idées philosophiques
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| Louis-Chrysostome Michel de Bourges |
Et puis, en 1835, elle rencontre avec Michel de Bourges, avocat qui plaide en 1836 son procès en séparation de corps d’avec Casimir Dudevant pour mauvais traitements et injures graves. Elle obtient gain de cause, la garde de ses enfants ainsi que la restitution de ses biens et de Nohant mais pas la fin de ses ennuis. Casimir Dudevant enlèvera Solange et ne renoncera à l'éducation de ses enfant que moyennant finance, cinquante mille francs !
Républicain fervent, Louis-Chrysostome Michel de Bourges a une grande influence sur George Sand et un grand impact sur ses idées et sur son oeuvre. Elle vit avec lui, pendant deux ans, une relation amoureuse passionnée à laquelle elle ne fait aucune allusion dans Histoire de ma vie. Mais elle parle longuement de ses discussions intellectuelles avec lui, sur la cause du peuple, la liberté, ses idées révolutionnaires parfois trop radicales pour elle. Dans Histoire de ma vie l’on peut constater l’admiration voire la fascination qu’il a exercée sur elle, même si elle secoue de temps en temps le joug intellectuel et dénonce ce qu’elle appelle son esprit dominateur.
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| Pierre Leroux |
En 1835, Liszt lui fait connaître Lammenais qui prône un christianisme social et elle rencontre aussi Pierre Leroux, qui lui transmet ses idées d'un socialisme humanitaire et religieux. (Les idées de Leroux sont présentes dans un roman : Consuelo). C’est avec ces trois hommes que Sand évolue et qu’elle va entrer dans la lutte républicaine, militant pour les droits du peuple, l’égalité sociale et le droit des femmes. La peinture des classes ouvrières et de la dignité des ouvriers, apparait dans ses romans socialistes, en particulier : Simon (1836), Mauprat ( 1837), Le compagnon du tour de France (1841), Horace (1841-42) Le péché de monsieur Antoine (1845), Le meunier d’Angibault (1845), La Ville noire (1861).
Le féminisme de George Sand
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| Indiana Hetzel édition par Tony Johannot |
Dans Indiana, elle dénonce l'inégalité des droits des femmes et des hommes et prône le refus de la soumission s'attaquant ainsi au code civil de 1804 qui privait la femme de ses droits juridiques.
"Je sais que je suis l’esclave et vous le maître. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien. " (Indiana à son mari le colonel Delmare)
Le féminisme de George Sand a pourtant des limites qu'elle justifie. En 1848, elle refuse de se présenter aux élections et se déclare contre le vote des femmes parce qu'elle juge que celles-ci ne sont pas assez instruites. Trop soumises à leur mari, elles voteraient comme lui.
Elle pense qu'il faut d'abord réformer l'éducation des femmes, leur donner le même niveau d'instruction que celui des hommes afin de les laisser voter d'une manière éclairée.
"Les femmes reçoivent une déplorable éducation ; et c'est là le grand crime des hommes envers elles."
George Sand affirme qu'il faut procéder par ordre et donner d'abord priorité à la réforme du mariage, à l'égalité des hommes et des femmes au sein de la famille et dans la société.
" Oui, l'égalité civile, l'égalité dans le mariage, l'égalité dans la famille, voilà ce que vous pouvez, vous devez demander, réclamer."
Histoires de ma vie (1): George Sand
Histoires de ma vie (2): George Sand
Histoire de ma vie (3) : George Sand
Histoire de ma vie (4): George Sand
Histoire de ma vie (5) :George Sand

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