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jeudi 27 août 2026

Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac

Honoré de Balzac


George Sand a vraiment l'art de saisir les traits physiques et moraux de ses personnages et de les faire vivre. 

"Un beau matin, Balzac, ayant bien vendu la Peau de Chagrin, méprisa son entre-sol et voulut le quitter ; mais, réflexion faite, il se contenta de transformer ses petites chambres de poète en un assemblage de boudoirs de marquise, et un beau jour il nous invita à venir prendre des glaces dans ses murs tendus de soie et bordés de dentelle. Cela me fit beaucoup rire : je ne pensais pas qu’il prît au sérieux ce besoin d’un vain luxe, et que ce fût pour lui autre chose qu’une fantaisie passagère. Je me trompais, ces besoins d’imagination coquette devinrent les tyrans de sa vie, et pour les satisfaire il sacrifia souvent le bien-être le plus élémentaire. Dès lors il vivait un peu ainsi, manquant de tout au milieu de son superflu, et se privant de soupe et de café plutôt que d’argenterie et de porcelaine de Chine.
Réduit bientôt à des expédients fabuleux pour ne pas se séparer de colifichets qui réjouissaient sa vue ; artiste fantaisiste, c’est-à-dire enfant aux rêves d’or, il vivait par le cerveau dans le palais des fées ; homme opiniâtre cependant, il acceptait, par la volonté, toutes les inquiétudes et toutes les souffrances plutôt que de ne pas forcer la réalité à garder quelque chose de son rêve.

Puéril et puissant, toujours envieux d’un bibelot, et jamais jaloux d’une gloire, sincère jusqu’à la modestie, vantard jusqu’à la hâblerie, confiant en lui-même et aux autres, très expansif, très bon et très fou, avec un sanctuaire de raison intérieure, où il rentrait pour tout dominer dans son œuvre, cynique dans la chasteté, ivre en buvant de l’eau, intempérant de travail et sobre d’autres passions, positif et romanesque avec un égal succès, crédule et sceptique, plein de contrastes et de mystères, tel était Balzac encore jeune, déjà inexplicable pour quiconque se fatiguait de la trop constante étude de lui-même à laquelle il condamnait ses amis, et qui ne paraissait pas encore à tous aussi intéressante qu’elle l’était réellement."
 

Elle raconte cette anecdote amusante qui est arrivé après sa publication de Leila qui témoigne de ses  inquiétudes métaphysiques en 1833. 

 


"Il est vrai qu’en me taisant ainsi devant mes amis, j’exhalais, en publiant mon livre, Lélia, une plainte qui devait avoir un plus grand retentissement. Je n’y songeai pas d’abord. Faisant bon marché de moi-même et de ma propre douleur, je me dis que mon livre serait peu lu et ferait plutôt rire à mes dépens, comme un ramassis de songes creux, qu’il ne ferait rêver aux durs problèmes du doute et de la croyance. Quand je vis qu’il faisait soupirer aussi quelques âmes inquiètes, je me persuadai et je me persuade encore que l’effet de ces sortes de livres est plutôt bon que mauvais, et que, dans un siècle matérialiste, ces ouvrages-là valent mieux que les Contes drôlatiques, bien qu’ils amusent beaucoup moins la masse des lecteurs.
À propos des Contes drôlatiques, qui parurent vers la même époque, j’eus une assez vive discussion avec Balzac, et comme il voulait m’en lire malgré moi des fragments, je lui jetai presque son livre au nez. Je me souviens que, comme je le traitais de gros indécent, il me traita de prude et sortit en me criant sur l’escalier : « Vous n’êtes qu’une bête ! » Mais nous n’en fûmes que meilleurs amis, tant Balzac était véritablement naïf et bon."
 

 

  Histoire de ma vie (1):  George Sand

  Histoire de ma vie (2): George Sand

 Histoire de ma vie (3)/ George Sand


 


  


 

 

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