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samedi 29 novembre 2008

Christian Bobin : La vraie beauté ne va pas…


Les lys ont tout enduré : la fumée des cigarettes, l'odeur du café, la musique à deux heures du matin. Pas facile de partager la vie d'un célibataire.

Cela dit, ils sont en pleine forme. Ils ont quitté ce côté raide qu'ils avaient au début et c'est tant mieux.

La vraie beauté ne va pas avec le solennel; la vraie beauté a toujours un je-ne-sais-quoi de nonchalant, d'abandonné, d'offert.

 

Musée haut, Musée Bas de Jean-Michel Ribes : une déception!



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Le petit bonhomme de Télérama, vous savez bien? Celui qui a une petite mèche noire dressée sur le crâne et qui  dit "bravo", "bien" "bof" "hélas"?  Et bien il arborait un petit sourire de contentement  cette semaine dans le journal et il proclamait "bien" avec satisfaction pour le film de Jean-Michel Ribes :  Musée Haut, Musée bas. Qui plus est, il y avait un énorme battage publicitaire autour de ce film..
Donc je suis allée le voir et j'ai été déçue. Certes, l'idée est bonne, montrer le musée et ses coulisses, ceux qui le font et ceux qui le visitent. Certes, il y avait matière à bons mots et à rires  soit que l'on veuille souligner le snobisme d'une intelligentsia formatée, soit que l'on souligne l'ignorance ou la naïveté des non-initiés et dans de nombreux cas la sottise des uns et des autres. Certes, aussi, l'art contemporain pouvait prêter à la critique et amener à une réflexion sur l'essence de l'art.  Encore aurait-il fallu que cela soit réalisé avec nuance et légèreté.
Par exemple, on peut ne pas aimer Gilbert and George, je le comprends très bien, mais de là à nous infliger pendant plusieurs épisodes la vision de deux cabotins affublés de costumes et de noms ridicules posant "en sculptures vivantes", c'est trop! "Malicieux" "Subtil"? pour reprendre les termes d'Aurélien Ferenczi dans Télérama... Pour ma part, je ne vois pas trop où est la subtilité! Lourd! Irrémédiablement lourd!
Quant à la scène ou ce sont les visiteurs eux-mêmes qui deviennent le sujet de l'oeuvre exposée, dont on nous parle avec admiration, oui, elle aurait pu être prétexte à la poésie comme il arrive dans une oeuvre conceptuelle réussie.  Mais là, je n'ai pas trop su si le réalisateur avait voulu souligner la "beauté"? ou le "ridicule"? de cet art. Car pour qu'il y ait poésie, il aurait fallu arrêter ces bavardages insipides et laisser l'image parler, magnifier les personnages. Ce qui n'est absolument pas le cas, ici. La parole est l'apanage du théâtre, l'image du cinéma même s'il peut y avoir, bien sûr, interférence.
Le film apparaît trop souvent comme  une succession de gags qui pourraient faire rire s'ils n'étaient pas aussi longs et répétitifs. A en crier! Quand on a vu une fois, deux fois, trois fois... le guide en train d'essayer de faire prononcer Paul Gauguin à des étrangères, quand la famille égarée n'en finit pas de chercher le parking où elle a laissé sa voiture, quand la mère s'acharne à poursuivre son fils de ses assiduités, on  finit par éprouver le même agacement et la même lassitude qu'eux et on aimerait bien que cesse leur martyre pour soulager le nôtre! Un comique lourd, vulgaire et qui aurait demandé à être traité avec plus de mesure.
Et puis il l'aspect  théâtral ou plutôt café-théâtre: la scène des mammouths par exemple pourtant interprétée par d'excellents acteurs..  Ah! Fabrice Luchini que j'apprécie tant! Qu'est-il allé faire dans cette galère! Mais il ne s'agit ni de cinéma, ni de théâtre, d'un sketch assez plat, tout au plus.
Le pire c'est que le film n'est pas nul. Il y a même des moments où l'on  rit, où l'on trouve l'idée séduisante. Ainsi le visage de Dussolier, ministre, quand il arrive à l'exposition et qu'il ne sait trop quoi en penser et son soulagement quand on lui souffle ce qu'il faut dire! La scène montre comment l'art se fabrique, comment une petite élite snobinarde peut faire et défaire des artistes sans y comprendre goutte; les discours pseudo-intellectuels qui accompagnent une certaine forme d'art sont parfois réussis aussi. De temps en temps, les mouvements des personnages, les entrées, les sorties, créent une animation bienvenue.
C'est à cause (grâce?) à ses qualités que l'on reste jusqu'à la fin partagée entre l'intérêt que l'on commence à éprouver pour une scène et l'irritation qui naît quand on la voit ratée, quand elle n'aboutit ni à une vraie réflexion sur l'art, ni à un humour vrai.

vendredi 28 novembre 2008

Utopia, Hunger de Steve Mc Queen : un film remarquable

 


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Il y avait deux beaux films  remarquables et graves à la soirée du ciné-club d'Utopia  l'autre soir, à  l'instigation des classes d'audio-visuel et de la prépa Lettres-Cinéma du Lycée Frédéric Mistral d'Avignon : La Vie Moderne de Gérard Depardon et  Hunger de Steve Mc Queen. J'ai revu  le premier avec autant de plaisir et d'attention et découvert  le second : un grand choc!
Le film de Steve Mac Queen Hunger a obtenu  la caméro d'or et le prix de la critique internationale au festival de cannes 2008. On comprend pourquoi!
Le sujet d'abord :  A la fin des années 70, les prisonniers indépendantistes irlandais entament une lutte désespérée envers le gouvernement britannique de madame Tatcher pour se faire reconnaître comme prisonniers politiques, distincts des condamnés de  droits communs.  Devant le refus de la reconnaissance de leur statut, ils décident d'une grève dites de "l'hygiène et de la couverture", refusant d'endosser la tenue disciplinaire, de se couper les cheveux, de se laver..  Puis le mouvement aboutit à une nouvelle grève de la faim. Il faudra plusieurs morts dont celle de Bobby Sands qui est le principal personnage de l'action pour que leur demande soit en partie exaucée.
Steve Mc Queeen vient de l'art contemporain; c'est un vidéaste plasticien. Dans une interview, il explique :  "J'essaie de créer une situation de zombie, ni mort ni vivant, mais conscient. (...) Je veux mettre le public dans une situation où chacun devient très sensible à lui-même, à son corps, à sa respiration."
Et c'est exactement ce qui se passe,  la construction du film absolument étonnante, nous y amenant par degrés :
La première partie nous jette dans l'enfer carcéral au milieu de ces hommes torturés, nus, avec pour seule protection une couverture sur les épaules, qui vivent dans leur déjection, tapissant, en signe de révolte, les murs de leurs excréments. La violence de cette situation qui semble ravaler l'homme au rang de la  bête est telle qu'elle provoque chez nous une réaction de répulsion physique, de froid, d'étouffement comme si nous étions enfermés avec eux dans ces geôles dignes d'un moyen-âge barbare. La mort est à l'oeuvre dans cette lente décomposition organique où mouches et asticots semblent se lancer à l'assaut des vivants. Comme eux, corps nus, violacés, allongés par terre, dans la fange, nous devenons "zombie(s)", "très sensible(s)" à notre  "corps", englué, souffrant.
" J'aime faire des films dans lesquels les gens ont le sentiment de pouvoir pratiquement prendre du sable dans leurs mains et le frotter dans leurs paumes." dit encore Steve Mc Queen. Les déchets  alimentaires et excrémentiels qui se décomposent deviennent ici matières à dessins sur les murs de la cellule, sculptures épaisses, cercles concentriques qui vibrent et semblent nous entraîner dans un mouvement qui nous aspire toujours plus profondément vers l'horreur. Car l'on sent le plasticien sous le cinéaste. Pourtant l'esthétisme n'est jamais gratuit; il est au contraire porteur de sens, de sensations, de révolte; il permet de "partager" non en spectateur, non en voyeur, mais en acteur, l'expérience terrible que vivent ces hommes. Puis, sans moment de respiration, l'irruption dans ce monde d'ombres d'un paroxysme  de la violence avec l'arrivée d'un bataillon de policiers casqués, déchaînement scandé par le bruit des matraques sur les boucliers puis sur les corps des prisonniers, suppliciés, que l'on force à se laver, dont on coupe les cheveux. Blessures, sang, meurtrissures, haine, déferlement de brutalité qui sort de l'écran, qui nous atteint comme un coup de poing! J'ai rarement vu quelque chose d'aussi "physique" au cinéma, impression liée à cette attention extrême porté aux corps meurtris. Ces images rappellent ces peintures de Christ du Moyen-âge ou de la Renaissance aux chairs criblés d'épines, mais plus encore, plus proche de nous dans le temps, l'activisme viennois qui s'attaque au corps, le mutile, en explore la souffrance. Mais alors que j'ai horreur de cet art qui tient pour moi du masochisme et du sadisme, j'ai été convaincue par Steve Mc Queen car, là encore, cette souffrance n'est pas gratuite. Le cinéaste exprime ce qui m'a paru une des plus grandes beautés du film : la résistance de l'esprit.  La grève de l'hygiène a duré quatre ans. Plus extraordinaire encore que l'horreur c'est aussi la puissance de la volonté de ces hommes... irréductible!
La deuxième partie est un arrêt brutal de la violence, une longue conversation entre Bobby Sand et un prêtre. En fait il s'agit du moment où Bobby Sand a décidé de commencer une grève de la faim qu'il mènera, non conjointement avec ses camarades mais l'un après l'autre, et qui mènera inévitablement  les premiers grévistes à la mort. La question étant de savoir combien il faudra de décès à Margaret Tatcher pour qu'elle daigne prendre leurs revendications en considération. Bobby Sander sait qu'il va mourir et le prêtre qui est de son bord émet des réserves sur ce qu'il considère comme un suicide. La discussion porte, pour ce catholique pratiquant, sur ses véritables intentions, sur sa possibilité de salut et le conforte dans son choix. Cette seconde partie se conclut donc par une avancée de l'action alors qu'elle se passe autour d'une table et est absolument statique.
La troisième partie montre la longue grève de la faim de Bobby Sand qui mourra au bout de soixante jours de souffrance. Il y a la douceur d'un des soigneurs, les prévenances des infirmiers, les gestes feutrés pour toucher son corps, la blancheur des draps. Il y a aussi le battement d'ailes des oiseaux, bruit extra-diégétique d'abord, puis leur image, un envol libre dans le ciel, quand Bobby Sand se rapprochera de la mort, il y a ce visage de petit garçon qui le regarde et qui n'est autre que lui-même, enfant, il y a l'amour de sa mère qui est auprès de lui à son dernier soupir...
La violence, ici, est toute autre. C'est celle du corps qui s'affaiblit, maigrit, se décharne, des forces qui s'amenuisent,  des organes qui font défection l'un après l'autre, de la peau qui s'ulcère. Jamais je n'aurais cru qu'une grève de la faim pouvait être aussi terrible. Il s'agit d'un martyre et qui est filmé comme tel avec amour et un profond respect. Le personnage de Bobby est interprété par Michael Fassbender, remarquable dans ce rôle et dont le corps a été utilisé par l'artiste comme une oeuvre d'art, voué au dépérissement, à la mort.
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Steve McQueen

Yasmina Khadra : Ce que le jour doit à la nuit



Ce que le jour doit à la nuit est le premier roman que je lis de Yasmina Khadra. Je sais que les avis sont partagés sur ce livre et que certains jugent que ce n’est pas le meilleur.
Le récit se déroule dans l'Algérie coloniale de 1936 à 1962 et conte l'histoire de Younes, petit garçon que son père est obligé de confier à son oncle pour le soustraire à une vie misérable dans un des quartiers les plus pauvres d'Oran, Jenane Jato. Elevé par son oncle, Mahi, pharmacien, et par sa tante Germaine, qui le prénomme Jonas, il  fait son apprentissage d'écolier à Oran.  Là, il est confronté pour la première fois au racisme anti-arabe. Après l'arrestation de son oncle suspecté d'épouser la cause des nationalistes, la famille va habiter Rio Salado, une petite ville où Jonas va grandir, se faire des amis, pour la plupart français de la même classe sociale que lui, et connaître l'amour... S'il prend conscience de l'exploitation  des algériens  pauvres à travers le personnage de Jelloul, factotum et souffre-douleur de son ami André, Jonas s'en accommode sans trop de peine. Une adolescence somme toute assez banale jusqu'au moment de la guerre d'indépendance où il devra choisir son camp.
Le roman m'a intéressée car il présente un point de vue original, celui d'un algérien d'une classe aisée. Il montre que finalement, il y avait plus d'affinités entre les français et les algériens de la bourgeoisie  qu'entre un algérien riche et un pauvre. Quand Younes-Jonas, - ses deux prénoms sont les deux facettes de son identité- doit prendre parti, il est dans la même situation que ceux qui vivent une guerre civile et qui sont déchirés par leur appartenance aux deux parties qui s'affrontent.. de même qu’il devait y avoir plus de points communs entre le petit Albert Camus et les enfants algériens des quartiers pauvres d’Alger, qu’entre lui et les riches français chez qui il  n’était pas reçu.
J'ai été moins convaincue, cependant, par la grande réconciliation finale, après la guerre, réunissant en France, Younes, ses amis français, son ennemi harki... On dirait que le ton  modéré de Yasmina Khadra gomme tout ce qui a fait l'horreur de la guerre d'Algérie, les violences dont le sujet a été tabou pendant si longtemps en France. Témoin le film de Vautier Avoir vingt ans dans les Aurès qui connut des difficultés à sa sortie en 1972 et même 25 ans après en 1997, attaqué par le Front National au festival de Tourcoing. Le style aussi du roman ne m'enthousiasme pas. Il y a un curieux mélange entre de grands passages lyriques assez faciles, qui ne me paraissent pas adaptés au sujet  .. bref! qui tombent à plat et des expression familières qui détonent dans un style qui se veut soutenu. Le roman reste cependant intéressant dans la présentation des sentiments du personnage principal qui porte comme une blessure le souvenir de son enfance et de ses parents disparus, victimes de la misère.
Il y a eu à partir d'un commentaire que j'ai fait sur ce roman dans le blog de Silouane Entre les Livres  une longue discussion non seulement sur Yasmina Khadra mais aussi sur la notion de nation algérienne.
Un des correspondants Wen Dao écrivait à  propos  de Yasmina Khadra  et du patriotisme algérien :
"Et ce Yasmina Khadra (pur produit de l’état algérien, en tant que “cadet de la révolution”) vient pleurer chez Thierry Ardisson de ne pas avoir de prix. On sait pourquoi certains écrivent. Le livre de YK n’est qu’à des années lumières de ce qui se passait à cette époque. Peut être justifie- t-il son (ses) attitude de nouveau notable. "
"Qu’on m’apporte un seul document officiel historique  attestant de l’existence d’un état ou d’une “nation” algérienne antérieur à la présence française. Qui ici peut nier le fait que la colonisation a saucissonné l’Afrique (du nord au sud) à sa guise? Ca ne s’enseigne pas? On peut en revanche, trouver nombre d’archives écrites, récits de soldats, décrets, lois ou discours politiques, en langue française attestant de la fabrication de l’Algérie après l’année 1830."
Un correspondant L'algérien réagit de cette manière :
"L’Algérie en tant que telle maintenant, est une création de l’état français malgré lui. Par le temps, ça a créé un sentiment d’appartenance à une seule nation.
Est-ce pour celà, que vous devez nier ce sentiment ? "
Longue discussion intéressante et qui dépasse le propos du livre . Je vous invite à vous y reporter.

jeudi 27 novembre 2008

Jehan Rictus : V’là l’hiver et ses dur’tés



                                           Dessin de Steinlein : Les Soliloques du Pauvre

L'hiver est arrivé.

Dimanche soir, la presse annonçait la neige dans certaines régions françaises et consacrait une émission aux sans abris, à la mortalité de ceux qui vivent dans des abris précaires ou tout simplement dans la rue, aux solutions toujours insuffisantes pour essayer de remédier à cet état de choses. De plus six français sur dix, nous dit-on, avouent avoir peur de tomber dans la précarité  à la suite de la perte de leur emploi.

Ce soir, Lundi, la presse nous informe que  le DAL (militants pour le droit au logement) est condamné à 12 000€ d'amende pour avoir installé un campement dans Paris et les Enfants de Don Quichotte se voient confisquer les tentes.

Douce France!

Je lisais justement cette après midi ce passage dans Les Soliloques du Pauvre  écrit, il y a plus d'un siècle, par Jehan Rictus (1867-1933) pour "Faire enfin dire quelque chose à quelqu'un qui serait pauvre, ce bon pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours".
Merd'! V'là l'hiver et ses dur'tés,

V'là l' moment de n' pus s' mettre à poils :

V'là qu' ceuss' qui tiennent la queue d'la poêle

Dans le Midi vont s' carapater!



V'là l' temps ousque jusqu'en Hanovre

Et d' Gibraltar au cap Gris-Nez,

Les Borgeois, l' soir vont plaind' les Pauvres

Au coin du feu... après dîner!



Et v'là l' temps ousque  dans la Presse

Entre un ou deux lanc'ments d'putains,

On va r'découvrir la Détresse,

La Purée et les Purotains!



Et faut ben qu'ceux d' la Politique

Y s' gagn't  eun' popularité!

Por, pour ça, l'moyen l' pus pratique

C'est d' chialer su' la Pauvreté.



Moi, je m' dirai : ""Quiens, gn'a du bon!"

L' jour où j' verrai les socialisses

Avec leurs  z'amis Royalisses

Tomber de faim dans l'  Palais-Bourbon.

 



                                                        Théophile Alexandre Steinlen

dimanche 23 novembre 2008

Le roman policier ethnologique : Arthur Upfield





Après Tony Hillerman et si décidément vous aimez le roman policier ethnologique lisez aussi les oeuvres de Arthur Upfiel, un écrivain anglais qui a vécu la plus grande partie de sa vie en Australie, et dont Hillerman s'est inspiré pour créer son univers personnel.



        Vous partirez avec Upfield  à la découverte du bush et des aborigènes et suivrez  les enquêtes de son personnage, un policier (métis blanc et aborigène), affublé d'un nom mais aussi d'un prénom, pas toujours facile à porter ...  Napoléon Bonaparte!

Arthur Upfield est encore un auteur qui nous amène, à travers une enquête policière, à la découverte d'une civilisation aux coutumes étranges pour nous et d'un pays vaste et sauvage.


lundi 17 novembre 2008

Michel Folco : Dieu et nous seuls pouvons





                                      Une famille de bourreaux : Les Pibrac de Bellerocaille

Dieu seuls et nous  seuls  pouvons est l'orgueilleuse devise de la famille des Pibrac de Bellerocaille dans le Rouergue, bourreau ou pour mieux dire exécuteur des Hautes-Oeuvres, de père en fils pendant des générations. L'aventure commence en 1683 avec  le premier du nom, Justinien Pibrac, condamné injustement aux galères et grâcié parce qu'il accepte de devenir bourreau du baron de Bellerocaille. Elle se termine avec le dernier des leurs, Hippolyte Ier, Septième de la dynastie,  forcé d'arrêter cette profession à l'âge de 34 ans quand est votée la loi de 1870 qui réduit le nombre d'exécuteur à un par province. Hippolyte transmet, cependant "l'amour" du métier à son petit-fils, Saturnin Pibrac, qui ira exercer à Paris.

Michel Folco nous conte l'histoire avec verve et truculence. Nous apprenons une foule de détails insolites sur le bourreau au cours des siècles, l'anathème qui pèse sur les membres de sa famille, ses revenus substantiels, la façon de couper les têtes, sa conscience professionnelle, les progrès de la "coupe", l'entretien des machines, détails assez grand guignolesques mais présentés avec un humour fort divertissant. Ames sensibles, attention !

Un autre thème sous-jacent n'est pas inintéressant : la peinture des notables, des gens bien-pensants et de "bonne famille" qui ne fréquenteraient pas un bourreau, le méprisent mais réclament la tête du meurtrier, viennent assister à son supplice et sa mise à mort avec délectation comme à une fête. A force d'hypocrisie, ils finissent par nous faire préférer les bourreaux!

Un livre à lire pour  s'évader dans le temps, se dépayser,  et rire... noir!




mardi 11 novembre 2008

De Christian Bobin à Edouard Boubat : pour un brin d’herbe …

 

Mozart écrit à propos d'un de ses concertos
"C'est brillant mais ça manque de pauvreté.



Edouard Boubat

Je publie régulièrement dans Ma Librairie un Florilège de poètes que j'aime et, en particulier, des extraits du livre de Christian Bobin, Autoportrait au radiateur.
Ce journal écrit par l'auteur peu après la disparition de la femme qu'il a aimée est composé de petites notations prises au jour le jour, chacune comme un poème, où se côtoient la mort et la vie, la souffrance et la joie, la vie dans ce qu'elle a de plus petit et apparemment de plus anodin; pourtant cette somme de moments arrachés à la grisaille du quotidien composent un tout qui donne du sens et qui rattache à la vie.
 "Je fais du tout petit, je témoigne pour un brin d'herbe. le monde tel qu'il va, mal, je le connais et je le subis comme vous, un peu moins que vous peut-être : dessous un brin d'herbe, on est protégé de beaucoup de choses.(...) Le désastre, je le vois. Comment ne pas le voir? Le désastre a déjà eu lieu lorque je commence à écrire. je prends des notes sur ce qui a résisté et c'est forcément du tout petit, et c'est incomparablement grand, puisque cela a résisté, puisque l'éclat du jour, un mot d'enfant ou un brin d'herbe a triomphé du pire. Je parle au nom de ces choses toutes petites. j'essaie de les entendre. je ne rêve pas d'un monde pacifié. Un tel monde serait mort. J'aime la lutte et l'affrontement comme j'aime la vie du même amour."
Or tous les livres de Christian Bobin dans la collection Folio sont illustrés - ce n'est évidemment pas un hasard -  par les photographies d'Edouard Boubat dont j'ai vu l'exposition en février 2008 à la Maison Européenne de la Photographie de Paris. L'on est frappé par les correspondances entre l'écrit de l'un, les images de l'autre.
"photographier c'est exprimer une gratitude" disait Edouard Boubat que Prévert surnommait "le photographe du bonheur" et Christian Bobin fait écho : "J'écrirai tant que j'aurai de la joie et de la surprise à écrire".

  
La beauté est une manière de résister au monde, de tenir devant lui et d'opposer à sa fureur une patience active.
Comme Christian Bobin, Edouard Boubat est, en effet,  à l'affût des moments de pureté et de joie, portraits d'enfant écoutant un coquillage, portraits de femme, droite, élancée,  sur la plage, regardant vers l'infini...
Petits instants sauvés du néant, éternisés par la grâce d'une photo, partout chez lui ou dans le monde, là où il témoigne de ce qui l'entoure.
Les enfants en bas âge prennent toutes les forces de ceux qui s'occupent d'eux, et, par la grâce d'un mot  ou d'un rire, ils donnent infiniment plus que tout ce qu'ils avaient pris.
L'enfance est longue, longue, longue. Après vient l'âge adulte qui dure une seconde et la seconde suivante la mort éclate, ruisselle.