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lundi 31 août 2026

George Eliot : Les tribulations du révérend A.Barton

 

  

Tout en lisant Les tribulations du révérend A. Barton de George Eliot, je me disais que je voyais peu d'intérêt dans les tribulations de ce personnage terne, insipide, laid, peu intelligent, peu cultivé, suffisant et égoïste, bref, de ce révérend Barton si froid et si incapable d’apporter du réconfort à ses fidèles, inapte même en s’en faire comprendre ! 

C’est alors que George Eliot m’a interpellée : « Mais ma chère madame, m’a-t-elle dit, il y a une si grande majorité de vos concitoyens qui présentent ces types insignifiants. Cependant, ces gens bien ordinaires, beaucoup d’entre eux du moins ont une conscience et ont obéi à la sublime impulsion de quelque devoir pénible à remplir, ils ont leurs tristesses et leurs joies, leurs cœurs se sont élancés peut-être vers leur premier-né, et il se peut qu’ils aient gémi sur une mort violente… »

  Je pourrais lui répondre que comme il y a tant de gens « ordinaires » et que j’en fais certainement partie, je préfère lire des romans sur des gens extraordinaires ! Mais, soit ! C’est vrai qu’en continuant ma lecture, j’ai fini par plaindre ce malheureux !  Ses paroissiens le critiquent et se moquent de lui et lorsque la comtesse, amie de son épouse, vient habiter chez lui, les mauvaises langues se déchaînent et les insinuations vont bon train !  De plus, le voilà qui perd sa femme, son adorable, patiente, travailleuse, économe, belle, Milly, à qui il a fait encore un bébé (le septième) et qui meurt en couches. "Le pauvre homme", comme dirait Molière ! 

Mais, certes, George Eliot a raison quand elle célèbre la grandeur des gens « ordinaires », et cette dignité, ce courage face à une vie étriquée, remplie seulement de devoirs quotidiens, de dévouements, de privations, c’est en Milly qu’il faut les trouver ! Je crois, d’ailleurs, que c’est le seul personnage qui échappe à la critique de l’écrivaine et pour laquelle elle a vraiment de l’empathie. La jeune femme lutte courageusement pour nourrir et vêtir sa famille avec un manque d’argent criant. Elle s’occupe de tout dans le ménage, veillant sur ses six enfants comme sur son mari, se levant la nuit pour coudre, raccommoder, n’ayant jamais un moment de repos. George Eliot dénonce ici les pratiques d’attribution des cures qui maintiennent le pasteur et sa famille à un tel niveau de pauvreté. Elle met aussi en cause l’égoïsme du mari puisque celui-ci déplore lui-même ne pas avoir été assez attentif et gentil envers sa femme. Mais il le fait quand il est trop tard ! C'est pourtant le seul moment où cet imbécile paraît un peu sympathique, quand il reconnaît ses erreurs.

L’intérêt de ce court roman, premier texte de fiction de George Eliot paru en 1858 dans le recueil Scènes de la vie du clergé, réside dans l’ironie de George Eliot, son style inventif, son humour piquant, le regard lucide, plein d’acuité, qu’elle pose sur ses contemporains, toutes les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera plus tard dans les oeuvres majeures. La satire de la société provinciale y est savoureuse et l’on peut dire que si George Eliot s’est fait les dents dans ce premier roman, elle les avait déjà bien acérées.

Amos Barton

"Nous lisons, il est vrai, que les murs de Jéricho tombèrent au son des trompettes ; mais nous ne trouvons nulle part que ces trompettes fussent rauques et faibles. Sans aucun doute elles éclatèrent en sons clairs et puissants, pour ébranler le mortier et les briques. Le débit oratoire du Rév. Amos ressemblait plutôt à une trompe de chemin de fer belge, ce qui témoignait de ses intentions louables, mais en même temps de son impuissance à atteindre le but."

Monsieur Fitchett

"M. Fitchett a une irrésistible tendance à l’assoupissement pendant l’instruction religieuse, et, dans la régularité périodique avec laquelle il s’endort pour ne se réveiller qu’à la phrase finale, il ressemble à une pièce mécanique ingénieusement calculée pour mesurer la longueur des discours de M. Barton."


Monsieur Pilgrim

"Mais, quand il en venait à ce qu’il considérait comme le fort de son argumentation ou comme la pointe de sa plaisanterie, il mâchait ses paroles lentement et avec emphase : de même qu’une poule annonçant qu’elle a pondu passe à intervalles irréguliers des simples notes pianissimo aux doubles croches fortissimo."

"M. Pilgrim avait émis une succession de petits « hems » assez semblables aux faibles grognements d’un cochon d’Inde, ce qui était toujours chez lui le signe d’une désapprobation contenue."


Madame Patten

 "J’ai été une femme aussi bonne qu’aucune autre du comté ; je n’ai jamais contredit mon mari. Le marchand auquel je vendais mes fromages disait que l’on pouvait toujours se fier à ceux que je faisais. J’ai connu des femmes dont les fromages gonflaient d’une manière honteuse, et pourtant leurs maris comptaient sur le produit de cette vente pour payer leur ferme, et, malgré cela, ces mêmes femmes s’achetaient trois robes pour une que je m’accordais. Si moi je ne dois pas être sauvée, j’en connais beaucoup alors qui sont dans une mauvaise route."

Madame Hackit  : « la langue de la chère dame aussi tranchante qu’une lancette. »  

"L’allusion à l’eau et au rhum suggéra à miss Gibbs l’idée d’apporter des flacons de liqueur après avoir desservi le thé, car, dans la société villageoise d’il y a vingt-cinq ans, le sexe masculin passait pour être perpétuellement altéré, et la moindre boisson était aussi nécessaire au développement de la pensée que le temps et l’espace."



 Voir le billet de Cléanthe Les tribulations du révérend A.Barton

 


 



 

samedi 29 août 2026

Histoire de ma vie (5) : George Sand Les débuts littéraires de George Sand à Paris / évolution de ses idées philosophiques

 

Delacroix peint Aurore en 1834 habillée en garçon. Elle est en pleine crise amoureuse avec Alfred de Musset. Après Venise, ils ont essayé de se réconcilier mais leur relation reste tumultueuse.  Elle vient de couper sa longue chevelure et de l'envoyer à son amant glissée à l'intérieur d'une crâne humain. Si l'anecdote est vraie, cela correspondrait bien au récit qu'elle fait dans Histoire de ma vie, quand, à la mort de sa grand-mère, on ouvre le caveau familial et que son précepteur Deschartes l'invite à embrasser le crâne de son père mort à l'âge de trente ans. Le romantisme a une relation de fascination envers la mort liée au bouleversement de la société, au désenchantement, à la perte de repères, qui oppressent la société après la révolution et la chute de l'Empire. La Restauration met une chape de plomb sur les espoirs et les libertés. C'est ce que l'on a appelé "Le Mal du siècle". George Sand, elle-même, a souvent été hantée par l'idée du suicide qui parfois tourne à l'obsession.


Ses Débuts à Paris

 

George Sand et François Casimir Dudevant par François-Auguste Biard

George Sand  déclare très clairement « Comme je ne prétends pas donner le change sur quoi que ce soit en racontant ce qui me concerne,  je dois commencer à dire nettement que je veux taire et non arranger ni déguiser plusieurs circonstances de ma vie ». Elle refuse, contrairement à Jean-Jacques Rousseau de « disposer du passé des personnes qui ont cotoyé mon existence ». Si bien qu’en lisant Histoire de ma vie, vous en saurez peu sur l’échec de son mariage en dehors de son procès puisque celui-ci a été public et vous ne saurez rien sur sur ses amants qui, s’ils apparaissent, le sont comme des amis.. Bref, nous ne sommes pas dans le courrier du coeur ou la presse people ! Même si, en son temps, les amours de George Sand notamment avec Alfred de Musset ou Michel de Bourges ont défrayé la chronique.

C’est pourquoi, lorsqu’elle se sépare une première fois de son mari en 1831 sans faire intervenir la justice, elle ne nous en dit pas plus. Il ne s’agit pas d'une confession ! Elle veut gagner sa vie et aller à Paris.
"A Partir de ce moment-là, l’équilibre entre les peines et les satisfactions se trouva rompu. Je sentis la nécessité de prendre un parti. Je le pris sans hésiter, et mon mari y donna les mains : j’allai vivre à Paris avec ma fille, moyennant un arrangement qui me permettait de revenir tous les trois mois passer trois mois à Nohant ; et, jusqu’au moment où Maurice entra au collège à Paris, je suivis très exactement le plan que je m’étais tracé. Je le laissais entre les mains d’un précepteur qui était avec nous déjà depuis deux ans, et qui a toujours été, depuis ce temps-là, un de mes amis les plus sûrs et les plus parfaits. Ce n’était pas seulement un instituteur pour mon fils, c’était un compagnon, un frère aîné, presque une mère. Pourtant il m’était impossible de me séparer de Maurice pour longtemps et de ne pas veiller sur lui la moitié de l’année."


Elle s’attarde sur les faits qui ont eu leur importance dans sa vie à cette époque :

En 1831, elle constate que la somme octroyée par son mari - qui a conservé la fortune et gère les biens de sa femme en maître comme le veulent les belles lois napoléoniennes (!)-  est si modique qu’elle ne parvient pas à vivre correctement. Sa mère lui conseille de s’habiller en garçon. C’est ce qu’elle faisait elle-même quand son mari manquait d’argent. Des vêtements d’homme sont moins onéreux et plus faciles à entretenir. 

"Je me fis donc faire une redingote-guérite en gros drap gris, pantalon et gilet pareils. Avec un chapeau gris et une grosse cravate de laine, j’étais absolument un petit étudiant de première année." "Au reste, pour n’être pas remarquée en homme, il faut avoir déjà l’habitude de ne pas se faire remarquer en femme."

Elle sera beaucoup plus libre dans ses mouvements. Désormais, Aurore parcourt les pavés de Paris avec de bonnes bottes et non de petites chaussures qui se déchirent au moindre caillou, elle veut développer sa culture, visite les musées et découvre les grands peintres, l’opéra, entre incognito au parterre du théâtre alors interdit aux femmes. Elle a retrouvé là-bas des amis berrichons.

Nous étions alors trois Berrichons à Paris, Félix Pyat, Jules Sandeau et moi, apprentis littéraires sous la direction d’un quatrième Berrichon, M. Delatouche.

Sand essuie beaucoup de critiques, d'injures et les caricaturistes ne se sont pas privés de déverser leur fiel sur elle bien qu'elle n'en parle pas dans Histoire de ma vie. Par contre, elle raconte comment son fils Maurice a été pris pour elle : 

Je raconte là un temps très passager et très accidentel dans ma vie, bien qu’on ait dit que j’avais passé plusieurs années ainsi, et que, dix ans plus tard, mon fils encore imberbe ait été souvent pris pour moi. Il s’est amusé de ces quiproquos, et puisque je suis sur ce chapitre, je m’en rappelle plusieurs qui me sont propres et qui datent de 1831.   

 

Maurice Sand fils de George. La ressemblance est frappante

 

George Sand Auguste Charpentier (1838)

  

En 1832, le choléra décime Paris et survient le drame du Cloître Saint Méry. Un insurrection y est sauvagement réprimée. Dix-sept insurgés se sont emparé du petit pont de l’Hôtel-Dieu. Quinze sont tués par la garde nationale et jetés dans la Seine. Deux atteints dans les rues voisines et égorgés raconte Louis Blanc. La troupe tire sur tout le monde. Sand qui est au jardin du Luxembourg avec sa fille n’a que le temps de rentrer chez elle.

"Ce qu’il y avait jusque-là de plus dangereux, c’était la précipitation avec laquelle on fermait les boutiques au risque de briser la tête à tous les passants. Solange se démoralisait et commençait à jeter des cris désespérés. Quand nous arrivâmes au quai, chacun fuyait en sens différent ; j’avançai toujours, voyant que le pire c’était de rester dehors, et j’entrai vite chez moi sans prendre le temps de voir ce qui se passait, sans même avoir peur, n’ayant encore jamais vu la guerre des rues, et n’imaginant rien de ce que j’ai vu ensuite, c’est-à-dire l’ivresse qui s’empare tout d’abord du soldat et qui fait de lui, sous le coup de la surprise et de la peur, l’ennemi le plus dangereux que puissent rencontrer des gens inoffensifs dans une bagarre." Elle fait ici allusion aux déchaînements de violence auxquels elle a assisté pendant la révolution de 1848 et qui ont éteint son rêve révolutionnaire.

Ses premiers livres paraissent : Indiana en 1832 puis devant le succès, la même année, Valentine… Il lui faut choisir un pseudonyme. Sa belle-mère, la baronne Dudevant, lui a demandé de ne pas galvauder son nom sur les couvertures de livres imprimés ! Ayant écrit un livre avec Jules Sandeau, Rose et Blanche, elle prend, sur les conseils de son ami Delatouche, le nom de Sand et le prénom de George (qui lui paraît très berrichon).
George Sand traverse aussi une crise, au niveau spirituel, mène une recherche ardente des rapports qui peuvent exister "entre l’âme individuelle et cette âme universelle que nous appelons Dieu." "II m’importait fort de chercher en Dieu le mot de l’énigme de la vie, la notion de mes vrais devoirs, la sanction de mes sentiments les plus intimes. » Son refus des institutions religieuses se précise : " Je vois aussi l’esprit de ces institutions tellement perdu et dénaturé qu’en bien des cas l’homme les observe de manière à en faire un sacrilège. Je ne puis prendre mon parti sur des pratiques admises par prudence, par calcul, c’est-à-dire par lâcheté ou par hypocrisie. La routine de l’habitude me paraît une profanation moindre, mais c’en est une encore, et quel sera le moyen d’empêcher que toute espèce de culte n’en soit pas souillée ? "

Tout une période de doute mystique et de quête inquiète voire angoissée qui transparaît bientôt dans son troisième roman Lélia . Il paraît en 1833.

Elle parle longuement de ses amis et dresse des portraits vivants, pleins d’acuité,  originaux, émouvants parfois, ou amusants … des personnages célèbres, Marie Dorval, Delacroix, Emmanuel Arrago, Gustave Planche, Balzac, plus tard Chopin...   

En 1834, elle part à Venise, un voyage qu’elle a toujours rêvé de faire. Elle rencontre Stendhal en route et ne l’apprécie pas trop. Alfred de Musset n’y est que mentionné et ne fait qu’une briève apparition. De leurs amours tourmentés, de leurs déchirements, nous ne saurons rien. Par contre son amour de Venise est là et l'on comprend pourquoi l'on retrouvera cette ville dans plusieurs des romans : Consuelo, La comtesse de Rudolstadt, L'Ucosque, Elle et lui,  Lettres d'un voyageur, Jacques...

 

 L'évolution de ses idées philosophiques

 

Louis-Chrysostome Michel de Bourges

 

Et puis, en 1835, elle rencontre avec Michel de Bourges, avocat qui plaide en 1836 son procès en séparation de corps d’avec Casimir Dudevant pour mauvais traitements et injures graves. Elle obtient gain de cause, la garde de ses enfants ainsi que la restitution de ses biens et de Nohant mais pas la fin de ses ennuis. Casimir Dudevant enlèvera Solange et ne renoncera à l'éducation de ses enfant que moyennant finance, cinquante mille francs !

Républicain fervent, Louis-Chrysostome Michel de Bourges  a une grande influence sur George Sand et  un grand impact sur ses idées et sur son oeuvre. Elle vit avec lui, pendant deux ans, une relation amoureuse passionnée à laquelle elle ne fait aucune allusion dans Histoire de ma vie. Mais elle parle longuement de ses discussions intellectuelles avec lui, sur la cause du peuple, la liberté, ses idées révolutionnaires parfois trop radicales pour elle. Dans Histoire de ma vie l’on peut constater l’admiration voire la fascination qu’il a exercée sur elle, même si elle secoue de temps en temps le joug intellectuel et dénonce ce qu’elle appelle son esprit dominateur. 

 

Pierre Leroux


 

En 1835, Liszt lui fait connaître Lammenais qui prône un christianisme social et elle  rencontre aussi Pierre Leroux, qui lui transmet ses idées d'un socialisme humanitaire et religieux. (Les idées de Leroux sont présentes dans un roman :  Consuelo). C’est avec ces trois hommes que Sand évolue et qu’elle va entrer dans la lutte républicaine, militant pour les droits du peuple, l’égalité sociale et le droit des femmes. La peinture des classes ouvrières et de la dignité des ouvriers, apparait dans ses romans socialistes, en particulier : Simon (1836), Mauprat ( 1837), Le compagnon du tour de France (1841), Horace (1841-42) Le péché de monsieur Antoine (1845), Le meunier d’Angibault (1845), La Ville noire (1861).

 

 Le féminisme de George Sand 

Indiana Hetzel édition par Tony Johannot

 

 On a vu comment l'enfance de George Sand et le mépris dans lequel sa mère, issue du peuple, avait été tenue de la part de sa grand-mère, aristocrate, ont disposé Aurore à prendre le parti du peuple et plus encore celui de la femme du peuple toujours humiliée, toujours soumise, jamais pardonnée si elle commet une faute, toujours considérée comme inférieure.
 
 « Dieu n’a pas créé une race pour la soumettre à une autre.  Je ne me base pas sur les lois de l’homme, qui ne sont que mensonge et injustice, mais sur les lois de Dieu, qui sont justice et vérité. » (Indiana) 
 
Et elle affirme à propos de son premier Livre Indiana qui a fait scandale
 
"Ceux qui m'ont lu sans prévention comprennent que j'ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l'injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l'existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société."

Dans Indiana, elle dénonce l'inégalité des droits des femmes et des hommes et prône le refus de la soumission s'attaquant ainsi au code civil de 1804 qui privait  la femme de ses droits juridiques. 

"Je sais que je suis l’esclave et vous le maître. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien. " (Indiana à son mari le colonel Delmare)

Le féminisme de George Sand a pourtant des limites qu'elle justifie. En 1848, elle refuse de se présenter aux élections et se déclare contre le vote des femmes parce qu'elle juge que celles-ci ne sont pas assez instruites. Trop soumises à leur mari, elles voteraient comme lui.

Elle pense qu'il faut d'abord réformer l'éducation des femmes, leur donner le même niveau d'instruction que celui des hommes afin de les laisser voter d'une manière éclairée.

 "Les femmes reçoivent une déplorable éducation ; et c'est là le grand crime des hommes envers elles." 

George Sand affirme qu'il faut procéder par ordre et donner d'abord priorité à la réforme du mariage, à l'égalité des hommes et des femmes au sein de la famille et dans la société.

" Oui, l'égalité civile, l'égalité dans le mariage, l'égalité dans la famille, voilà ce que vous pouvez, vous devez demander, réclamer."

 

  Indiana voir ICI

  Histoires de ma vie (1):  George Sand

  Histoires de ma vie (2): George Sand

  Histoire de ma vie (3) : George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand 

 


 


 

samedi 22 août 2026

Histoire de ma vie ( 2) : Les deux "mères" de George Sand / Catholicisme/ socialisme et Féminisme

Aurore Dupin George Sand par Delacroix
 

 

 La grand-mère Marie-Aurore de Saxe épouse Dupin de Franceuil et la mère de George Sand, Sophie-Victoire Delaborde, représentent deux univers irréconciliables. La révolution qui a pourtant tout chamboulé n'a pas pu contribuer à changer les mentalités. La grand-mère continue à représenter l'ancien monde - ou ce qu'il en reste-  au début du XIX siècle et s'accroche à  ses idées de grandeur et de noblesse. Sophie représente le peuple et malgré son mariage dans la classe sociale supérieure ne parvient pas à se faire accepter.

La  mésentente et l’on peut même dire la guerre que se livrent la grand-mère de George Sand et sa mère autour de la petite fille, les deux "mères" rivalisant chacune pour avoir son amour, chacune décriant l’autre, ont énormément marqué l’enfant et façonné ses idées futures, sa sympathie pour le peuple et pour les femmes de milieu social inférieur, son empathie pour les difficultés des gens simples.

 

La séparation d'avec sa mère et sa soeur Caroline

Antoine-Claude Delaborde grand-père de George/ Maître oiseleur


    On a vu que Marie-Aurore de Saxe Dupin de Francueil avait tout fait pour empêcher le mariage de son fils Maurice avec Sophie-Victoire Delaborde, fille d’un oiseleur parisien. Lorsque Maurice se marie en cachette, elle met tout en oeuvre pour faire annuler le mariage qu’elle considère comme une mésalliance mais en vain. Elle ne se résigne qu’à la naissance de sa petite-fille qui porte son prénom, Aurore. A partir de ce moment, elle accepte sa belle-fille à Nohant mais celle-ci ne se sentira jamais à son aise, toujours traitée en inférieure, peu appréciée, mal aimée.

     Lorsque Maurice, le père de la petite Aurore, meurt d’une chute de cheval à l’âge de 30 ans, la grand-mère passe un marché avec Sophie. C’est elle qui se chargera de l’éducation et de l’entretien d’Aurore à qui elle lèguera toute sa fortune et Nohant, et elle donnera à Sophie une rente modique pour pouvoir subsister à condition d’avoir la garde exclusive de la fillette. Evidemment, Sophie n’a pas trop le choix, pour sa fille comme pour elle, elle accepte la proposition de la grand-mère. Les choses se compliquent quand la grand-mère refuse de recevoir chez elle Caroline, la fille illégitime de Sophie qui  doit se partager entre ses deux filles. Sophie séjourne à Nohant et est obligée de laisser Caroline en pension puis elle la reprend quand elle retourne à Paris. Quand Aurore vient à Paris avec sa grand-mère, celle-ci laisse Aurore visiter sa mère et Caroline mais elle ne la recevra jamais chez elle. 

 " Caroline ne m’avait point vue depuis mon départ pour l’Espagne, et il paraît que ma grand’mère avait fait une condition essentielle à ma mère, de briser à jamais tout rapport entre ma sœur et moi. Pourquoi cette aversion pour un enfant plein de candeur, élevé rigidement, et qui a été toute la vie un modèle d’austérité ? Je l’ignore, et ne peux m’en rendre compte même aujourd’hui. Du moment que la mère était admise et acceptée, pourquoi la fille était-elle honnie et repoussée ?
Il y avait là un préjugé, une injustice inexplicables de la part d’une personne qui savait pourtant s’élever au-dessus des préjugés de son monde, quand elle échappait à des influences indignes de son esprit et de son cœur. Caroline était née longtemps avant que mon père eût connu ma mère, mon père l’avait traitée et aimée comme sa fille. Elle avait été la compagne raisonnable et complaisante de mes premiers jeux. C’était une jolie et douce enfant, et qui n’a jamais eu qu’un défaut pour moi, celui d’être trop absolue dans ses idées d’ordre et de dévotion. Je ne vois pas ce qu’on pouvait craindre pour moi de son contact, et ce qui eût pu me faire rougir jamais devant le monde de la reconnaître pour ma sœur, à moins que ce ne fût une souillure de n’être point noble de naissance, de sortir probablement de la classe du peuple, car je n’ai jamais su quel rang le père de Caroline occupait dans la société, et il est à présumer qu’il était de la même condition honnête et obscure que ma mère. Mais n’étais-je pas, moi aussi, la fille de Sophie Delaborde, la petite fille du marchand d’oiseaux, l’arrière-petite-fille de la mère Cloquard ? Comment pouvait-on se flatter de me faire oublier que je sortais du peuple, et de me persuader que l’enfant porté dans le même sein que moi, était d’une nature inférieure à la mienne, par ce seul fait qu’il n’avait point l’honneur de compter le roi de Pologne et le maréchal de Saxe parmi ses ancêtres paternels ? Quelle folie, ou plutôt quel inconcevable enfantillage ! 

( J'ai lu dans des recherches généalogiques sur le Net que Angélique Caroline née le 10 mars 1799,  la demi-soeur d'Aurore, avait pour père Claude Antoine Collin. Pendant les campagnes d'Italie, Victoire Sophie Delaborde partage alors la vie de l'adjudant-général Claude-Antoine Collin, âgé de cinquante ans, intendant affecté aux subsistances. Elle suit Maurice à son retour en France.) 
 

  Les crises de désespoir d’Aurore, séparée de sa mère, sont terribles quand Sophie quitte Nohant pour s’installer à Paris. La fillette ne peut pardonner à sa grand-mère de la séparer de sa mère et lui rend mal son affection, provoquant la jalousie de cette femme qui a d’abord été jalouse de l’amour de son fils pour Sophie et maintenant de l’amour d’Aurore pour sa mère. Madame Dupin souffre de la froideur de sa petite-fille, la juge ingrate.
 

« Mon pauvre cœur d’enfant commençait à être ballotté par leur rivalité. Objet d’une jalousie et d’une lutte perpétuelles, il était impossible que je ne fusse pas la proie de quelque prévention, comme j’étais la victime des douleurs que je causais. 

  Les rapports de rivalité ente les deux femmes sont encore attisés par les deux bonnes, Julie la domestique de la grand-mère qui déteste Sophie et Rose qui, au contraire, l’aime et qui prend le parti de sa maîtresse, toutes deux attisant la mésentente. Par leurs bavardages auprès de l’enfant, elles amplifieront ses souffrances.
  Si la jalousie joue un grand rôle dans ces rapports familiaux désastreux, le mépris de caste dû l’origine sociale de sa belle-fille malgré les grandes idées philosophiques de la grand-mère a son importance !   Madame Dupin ne veut pas que sa fille soit élevée comme une fille du peuple.  Elle entend lui donner une éducation conforme à sa noblesse. Le précepteur Deschartes donne des leçons à Aurore et à son frère Hippolyte mais ce qui importe à la grand-mère plus que l’instruction c’est la « bonne tenue », la grâce, les manières, la toilette! 
          « A chaque élan de mon organisation on opposait une petite répression bien douce, mais assidue. On ne me grondait pas, mais on me disait vous, et c’était tout dire :   "Ma fille, vous vous tenez comme une bossue ; ma fille, vous marchez comme une paysanne ; ma fille, vous avez encore perdu vos gants ! ma fille, vous êtes trop grande pour faire de pareilles choses."   Trop grande ! j’avais sept ans, et on ne m’avait jamais dit que j’étais trop grande. Cela me faisait une peur affreuse d’être devenue tout-à-coup si grande depuis le départ de ma mère. Et puis, il fallait apprendre toute sorte d’usages qui me paraissaient ridicules. Il fallait faire la révérence aux personnes qui venaient en visite. Il ne fallait plus mettre le pied à la cuisine et ne plus tutoyer les domestiques, afin qu’ils perdissent l’habitude de me tutoyer. Il ne fallait pas même lui dire vous. Il fallait lui parler à la troisième personne : "Ma bonne maman veut-elle me permettre d’aller au jardin "? »
    

      Quand elle retrouve sa mère pour quelques jours à Paris : 

    " Quelle joie ce fut pour moi que de nous retrouver dans ce qui me semblait ma seule, ma véritable famille ! Que ma mère me semblait bonne, ma sœur aimable, mon ami Pierret drôle et complaisant ! Et ce petit appartement si pauvre et si laid en comparaison des salons ouatés de ma grand’mère (c’est ainsi que je les appelais par dérision), devint pour moi en un instant la terre promise de mes rêves."
        

        La souffrance de l’enfant culmine dans une scène que je trouve particulièrement cruelle où la grand-mère va encore plus loin dans la bassesse : 
    
   " Jusque-là personne au monde, ma grand’mère moins que personne, ne m’avait dit de ma mère un mal sérieux. Il était bien facile de voir que Deschartres la haïssait, que Julie la dénigrait pour faire sa cour, que ma grand’mère avait de grands accès d’amertume et de froideur contre elle. Mais ce n’était que des railleries sèches, des demi-mots d’un blâme non motivé, des airs de dédain ; et, dans ma partialité naïve, j’attribuais au manque de fortune et de naissance le profond regret que le mariage de mon père avait laissé dans sa famille. Ma bonne maman semblait s’être fait un devoir de respecter en moi le respect que j’avais pour ma mère."
  

 Un jour, pourtant, l’enfant se rebelle et, par l’intermédiaire de Julie, toujours prête à la délation, elle fait savoir à sa grand-mère qu’elle préfère vivre pauvrement avec sa mère plutôt qu’avec elle et que la richesse lui importe peu. La grand-mère se venge en lui disant ce qu’elle  pense réellement de sa mère en attaquant son passé et sa moralité :  « Ma mère était une femme perdue, et moi un enfant aveugle qui voulait s’élancer dans un abîme »
 Loin de l’éloigner de sa mère, les paroles de sa grand-mère la rapproche et lui inspire une défense passionnée.

« Tout ce que ma grand’mère me raconta était vrai par le fait et appuyé sur des circonstances dont le détail ne permettait pas le moindre doute. Mais on eût pu me dévoiler cette histoire sans m’ôter le respect et l’amour pour ma mère, et l’histoire racontée ainsi eût été beaucoup plus vraisemblable et beaucoup plus vraie. Il n’y avait qu’à tout dire, les causes de ses malheurs, l’isolement et la misère dès l’âge de quatorze ans, la corruption des riches qui sont là pour guetter la faim et flétrir l’innocence, l’impitoyable rigorisme de l’opinion qui ne permet point le retour et n’accepte point l’expiation. Il fallait me dire aussi comment ma mère avait racheté le passé, comment elle avait aimé fidèlement mon père, comment, depuis sa mort, elle avait vécu humble, triste et retirée. »

 On comprend mieux pourquoi dans ses romans George Sand prend toujours la défense de la femme critiquée pour sa conduite (La mère de La Petite Fadette, vivandière aux armées), pour la mère célibataire ( Brulette soupçonnée d’avoir eu un enfant dans Les Maîtres-sonneurs). C’est en constatant l’injustice sociale, la dureté des grands, leur préjugés, leur incapacité à pardonner « car il y a dans la vie des pauvres, des entraînements, des malheurs et des fatalités que les riches ne comprennent jamais et qu’ils jugent comme les aveugles des couleurs. » qu’elle est devenue socialiste et féministe. Plus tard George Sand appuiera ses idées socialistes sur la lecture des philosophes Rousseau, Voltaire, Montesquieu. Elle lira Pierre Leroux, Proudhon, Louis Blanc, Charles Fourier, Saint Simon, Lamennais. Ses idées socialistes apparaîtront dans ses livres : Le compagnon du tour de France, Le meunier d'Angibaut, La ville noire...

C’est à la suite de cette scène horrible que la grand-mère décide de mettre sa petite-fille au couvent, interdisant les sorties et les visites, l’éloignant ainsi définitivement de sa mère et de sa soeur pendant des années.


Les années de couvent

 

Le couvent des Anglaises

 

 Le couvent des Anglaises à Paris reçoit les jeunes filles de la noblesse anglaises ou françaises. George Sand y apprendra l'anglais. Sa grand-mère ayant interdit les visites de sa mère, elle refuse de recevoir tout autre visite. Elle y entre en 1818 à l'âge de treize ans et en sortira en 1820.

Contrairement à ce que l'on peut croire Aurore va se plaire au couvent et même y être heureuse car elle cesse d'être au centre de la dispute de ses "deux mères" et d'être tiraillée entre les deux et culpabilisée.

Aurore nous parle des religieuses du couvent qu'elle aime, en particulier de Soeur Alicia qui devient sa petite mère. Elle a de nombreuses amies. Les élèves, nous explique-t-elle appartiennent à trois groupes, celui des Sages, celui des Bêtes et puis des Diables. Pendant longtemps Aurore et ses meilleures amies appartiendront aux diables multipliant les sottises, les espiègleries, cultivant le mystère de ce couvent extrêmement étendu, parcourant le soir avec ses amies les couloirs labyrinthiques, cherchant, dans les souterrains, l'hypothétique "victime", prisonnière imaginaire qu'il fallait absolument délivrer. 

Mais elle est ensuite atteinte par la foi et comme elle ne peut rien faire à demi étant donné son caractère entier et exalté, elle tombe dans une crise de mysticisme, mortifications, scrupules religieux, qui altèrent sa santé. Tout ce qu'il y a de négatif dans le catholicisme !  Elle veut même se faire religieuse. 

Heureusement l'abbé de Prémord, un confesseur bienveillant et tolérant, lui ordonne pour "pénitence" de s'amuser, de jouer aux barres, de sauter à la marelle, de cesser de se tourmenter et de se mortifier au pied du crucifix ! Grâce à cet homme généreux, à l'esprit ouvert, ses tourments s'apaisent. Elle obéit et elle retrouve le goût de vivre, fait du théâtre avec ses amies, et en tant que metteur en scène présente, de mémoire, des extraits de pièces de Molière lues à Nohant ( il est interdit au couvent) qui ravissent les religieuses. La gaieté résonne dans le couvent. Elle a des amies très chères et est heureuse. 

C'est à ce moment-là que sa grand-mère, déiste, proche des philosophes des Lumières et surtout de Voltaire, inquiète de son mysticisme, la retire du couvent à sa grande tristesse. Aurore va vivre à Nohant où elle se rapproche de sa grand-mère et la soigne avec dévotion jusqu'à sa mort. Son précepteur Dechartres lui enseigne l'ostéologie et lui trouve des professeurs, charmants jeunes gens qui feront jaser à la Châtre, dont Stéphane Ajasson de Grandsagne, avec qui elle apprend la médecine, la philosophie . 

Son frère Hippolyte l'initie à l'équitation et la voilà bientôt parcourant la région au galop de sa chère jument Colette, sautant les haies, apprenant à tirer, chassant, habillée en garçon avec l'accord de son précepteur. Inutile de dire que les ragots courent sur son compte, qu'elle en a horreur et qu'elle en fait fi. Elle a pourtant des hauts et des bas dans son humeur et parfois des moments de détresse graves et des idées suicidaires qui reviendront souvent à différents moments de sa vie..

Elle conserve sa foi en Dieu intacte mais s'éloigne de plus en plus de l'église catholique et des curés -  la confession surtout lui répugne- ne conservant du dogme religieux que le strict minimum pour ne pas choquer son entourage.

A la mort de sa grand-mère, sa mère retrouve ses droits maternels mais les deux femmes ne s'entendent pas. Sophie reproche à sa fille son éducation, est jalouse de l'amour qu'Aurore a manifesté à sa grand-mère jusqu'à sa mort, de son amitié pour Deschartes, de son style de vie. Finalement, on peut dire que la grand-mère a gagné, elle a éloigné définitivement Aurore de sa mère et de sa soeur Caroline. Aurore va donc accepter de se marier avec François Casimir Dudevant qu'elle a rencontré chez des amis communs. Nous sommes en 1822. Aurore a dix-huit ans.

 


 



  Histoires de ma vie (1):  George Sand

  Histoires de ma vie (2): George Sand

  Histoire de ma vie (3) : George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand 

 

dimanche 16 août 2026

Histoire de ma vie (1) : George Sand

George Sand en 1830
  

Histoire de ma vie de George Sand (1804-1876) publié en 1855 est un travail d’écriture qui  a duré sept ans de 1847 à 1854. C’est un ouvrage qui présente, dans la version qui est la mienne, 1205 pages. C’est pourquoi je n’attendrai pas la fin pour en parler mais, de temps en temps, je noterai des passages qui m’intéressent.


Taille : quatre pieds dix pouces =  1m 47 cm


Et d’abord pourquoi écrire sa biographie ?  

 

Aurore et son demi-frère Hyppolite

C’est la question que se pose George Sand qui sait très bien ce qu’elle ne veut pas faire. Elle  prend, en effet, le contrepied des Confessions de Jean-Jacques Rousseau qui s’accuse de fautes vraies ou fausses pour mieux se disculper des travers que lui reprochent ses contemporains. George Sand pense que c’est s’abaisser que d’écrire pour se justifier. Cela n’apporte rien de positif au lecteur. Et même si elle admire Jean-Jacques Rousseau, c’est écrire pour de mauvaises raisons. 

« Qu’on soit pur ou impur, petit ou grand, il y a toujours vanité, vanité puérile et malheureuse, à entreprendre sa propre justification. »

Ecoutez : ma vie, c’est la vôtre


Alors pourquoi écrit-elle ? « Mon histoire par elle-même est fort peu intéressante. Les faits y jouent le moindre rôle, et les réflexions la remplissent. Personne n’a plus rêvé et moins agi que moi dans sa vie ; vous attendiez-vous à autre chose de la part d’un romancier ?

Ecoutez : ma vie, c’est la vôtre ; car, vous qui me lisez, vous n’êtes point lancés dans le fracas des intérêts de ce monde, autrement vous me repousseriez avec ennui. Vous êtes des rêveurs comme moi. » 


L’histoire de ses contemporains

 

La campagne d'Italie :  Napoléon franchissant les Alpes  David

Mais ce n’est pas tout. L’écrivaine a d’autres exigences. Elle pense que la biographie doit être liée à l’histoire de ses contemporains, qu’elle est un témoignage de la société de son temps, des évènements historiques qui ont marqué toute son époque.. l’individu n’existe pas en solitaire. Il est le résultat de son siècle.

 « Toutes les existences sont solidaires les unes des autres, et tout être humain qui présenterait la sienne isolément, sans la rattacher à celle de ses semblables, n’offrirait qu’une énigme à débrouiller. »

Ainsi Amantine, Aurore, Lucile Dupin est née en 1804 l’année du couronnement de Napoléon 1er. 

"Je suis née l’année du couronnement de Napoléon, l’an XII de la République française (1804). Mon nom n’est pas Marie-Aurore de Saxe, marquise  (baronne) Dudevant, comme plusieurs de mes biographes l’ont découvert, mais Amantine-Lucile-Aurore Dupin, et mon mari, M. François Dudevant, ne s’attribue aucun titre."

Elle commence sa biographie avant sa naissance en situant son récit pendant la révolution, racontant comment, pendant la Terreur, sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe épouse Dupin de Francueil, fut incarcérée et en grand danger d’avoir la tête coupée malgré les grandes idées philosophiques qu’elle devait à Voltaire et Rousseau. Sand publie des lettres de son père Maurice engagé par patriotisme dans l’armée républicaine. Il raconte les campagnes d'Italie, conduites par Bonaparte, à sa mère, parle de ses idéaux, de ses ambitions de carrière, et donne un tableau vivant et coloré qui permet de faire sortir les évènements des livres d’Histoire. Plus tard, il racontera les campagnes d'Allemagne, de Prusse et de Pologne...
Bien que j’aie jugé parfois un peu long la citation de toutes ces lettres, je les ai trouvées en même temps passionnantes.  On y revit les faits historiques et, ce qui ne gâte rien, le père de George Sand est un homme attachant, sans préjugés sociaux (ou pas trop !), honnête et aux sentiments sincères et profonds et ... il écrit bien !  De plus, Maurice Dupin est un excellent musicien, un artiste dans l'âme, un homme cultivé qui, lorsqu'il écrit à sa mère, lui raconte les opéras qu'il va voir quand il est en garnison (comme Le devin du village de Jean-Jacques Rousseau), les concerts auxquels il assiste, il  nous renseigne sur la vie culturelle de son époque. 

 

Maurice Dupin père de George Sand

Sand relate, - elle avait trois ou quatre ans-, son voyage à travers l’Espagne occupée par les Français, avec sa mère enceinte qui va rejoindre son père, aide de camp du Prince Murat à Madrid, visions de guerre, de cadavres, de maladie et de faim qui hanteront l’imagination de la petite fille. Son frère, Louis, qui naît aveugle à Madrid meurt peu de temps après son retour à Nohant. Il y a là, l'incroyable épisode du poirier dont elle ne saura la fin mot qu'une fois adulte : ses parents se persuadent que Louis n'est pas mort, le père va le déterrer au cimetière. Les parents conservent le bébé toute la nuit près d'eux. Enfin, persuadés qu'il est bien mort, ils le ré-enterrent sous le poirier autour duquel ils aménagent un joli jardin, terrain de jeu de la fillette. Aurore jouera longtemps, sans le savoir, sur le cercueil de son frère. 

Et nous suivrons avec elle tous les grands évènements et changements qui ont marqué son époque, le Directoire, L'Empire, la Restauration. Un jour elle croise le regard de l'empereur, un autre, le roi de Rome, enfant, dans les bras de sa nourrice, lui envoie un bonbon. 

"Savions-nous ce que c’était que l’empereur ? Je ne m’en souviens pas, mais il est probable que nous en entendions parler sans cesse. Je m’en fis une idée distincte peu de temps après. Je ne saurais dire précisément l’époque, mais ce devait être à la fin de 1807. Il passait la revue sur le boulevard et il était non loin de la Madeleine lorsque ma mère et Pierret, ayant réussi à pénétrer jusque auprès des soldats, Pierret m’éleva dans ses bras, au-dessus des shakos, pour que je pusse le voir. Cet objet qui dominait la ligne de têtes, frappa machinalement les yeux de l’empereur, et ma mère s’écria : « Il t’a regardée ; souviens-toi de ça, ça te portera bonheur. "

Tout n'est pas obligatoirement chronologique dans son récit car elle va de digression en digression. A cette heure de ma lecture, je suis en train de suivre la retraite de Russie ! C'est le chapitre cinq de la troisième partie.  Mais ce n'est plus raconté par Maurice Dupin  : le père d'Aurore est mort d'un accident de cheval à l'âge de 30 ans, en 1808.

 

Car nous avons tous des ancêtres

Enfin et en cela sa biographie est originale, George Sand affirme que chacun d'entre nous est la suite logique d’un enchaînement d’individus, il est le résultat d’un mélange de races, des ancêtres qui l’ont marqué de leurs traits distinctifs. Bref ! elle souligne l’importance de l’hérédité naturelle sans tomber dans l’idée de prédestination car en même temps nous ne cessons pas, dit-elle, d’avoir notre propre liberté et d’être « le fils de nos oeuvres »

"Il est plaisant que la noblesse ait accaparé ce mot- ancêtre- à son profit, comme si l’artisan et le paysan n’avaient pas une lignée de pères derrière eux, comme si on ne pouvait porter le titre sacré de père à moins d’avoir un blason, comme si enfin les pères légitimes se trouvaient moins rares dans une classe que dans l’autre."


 Qui était Aurore Dupin ?

Maurice de Saxe, arrière-grand-père de Sand

On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l’arrière-petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne et si, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n’en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d’une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n’y a point de bâtardise de ce côté-là.

 

Marie-Aurore de Saxe grand-mère de George Sand

Dans cette première et deuxième parties de sa biographie, George Sand explique donc en détail comment sa famille paternelle descend de Maurice de Saxe qui était le fils illégitime d’Auguste II roi de Pologne et de la comtesse Aurore de Königsmark. Il est maréchal général des armées du roi Louis XV, remporte la bataille de Fontenoy (1745) et devient propriétaire du château de Chambord offert par le roi de France.

La grand-mère de George Sand, Marie-Aurore de Saxe, épouse de Louis Dupin de Francueil, était la fille illégitime de Maurice de Saxe. Maurice Dupin, le père de George Sand, était donc le petit-fils. George Sand elle-même est l’arrière-petite-fille de cet illustre officier.

La grand-mère de George Sand est décrite dans Histoires de ma vie comme une femme aux idées avancées sous l’influence des philosophes mais qui ne perd pas, en réalité, ses préjugés sociaux et qui reste très sensible aux opinions conservatrices de ses amies "les vieilles comtesses" comme les appelle Aurore ironiquement. Elle plonge son fils dans le malheur en refusant le mariage avec Sophie, la femme qu’il aime, puis, lorsqu’il se marie sans son consentement, elle l’accable de reproches, est  jalouse de sa bru et cherche à faire annuler le mariage. Plus tard, à la mort de son fils, elle sépare sa petite-fille Aurore de sa mère et de sa demi-soeur Caroline ! Aurore, très attachée à sa mère, en est très malheureuse. Sa grand-mère lui fait peur et elle souffre des préceptes rigides qu’elle cherche à lui inculquer. La fillette est plongée dans le désespoir.  Une année, elle envisage de s'enfuir mais sa grand-mère est malade et elle y renonce. Plus tard, elle se rebelle, elle affirme qu'elle préfère la pauvreté avec sa mère plutôt que la richesse ("le richement" comme on dit en parler berrichon) chez sa grand-mère. On la punit; elle espère se faire renvoyer chez sa mère, mais c'est au couvent des Anglaises, à Paris, que sa grand-mère l'enferme. Sa mère la déçoit aussi car elle ne s'oppose pas à la décision de sa grand-mère.

 

Sophie Delaborde mère de George Sand


George Sand consacre aussi un long passage à la famille de sa mère, Sophie.
"Ma mère était une pauvre enfant du vieux pavé de Paris ; son père, Antoine Delaborde, était maître paulmier et maître oiselier, c’est à dire qu’il vendit des serins et des chardonnerets sur le quai aux Oiseaux, après avoir tenu un petit estaminet avec billard, dans je ne sais quel coin de Paris, où, du reste, il ne fit point ses affaires."

Cela donne lieu à un jolie description, pleine de charme et de poésie, sur son amour des oiseaux et sa familiarité avec eux qu’elle attribue à ses antécédents familiaux.

« Quant à moi, la sympathie des animaux m’est si bien acquise, que mes amis en ont été souvent frappés comme d’un fait prodigieux. J’ai fait à cet égard des éducations merveilleuses ; mais les oiseaux sont les seuls êtres de la création sur lesquels j’aie jamais exercé une puissance fascinatrice, et s’il y a de la fatuité à s’en vanter, c’est à eux que j’en demande pardon. Je tiens ce don de ma mère, qui l’avait encore plus que moi, et qui marchait toujours dans notre jardin accompagnée de pierrots effrontés, de fauvettes agiles et de pinsons babillards, vivant sur les arbres en pleine liberté, mais venant becqueter avec confiance les mains qui les avaient nourris. »

Teverino

Je me suis passé la fantaisie d’écrire un roman où les oiseaux jouent un rôle assez important, et où j’ai essayé de dire quelque chose sur les affinités et les influences occultes. C’est Teverino, auquel je renvoie mon lecteur, ainsi que je le ferai souvent quand je ne voudrai pas redire ce que j’ai mieux développé ailleurs. Je sais bien que je n’écris pas pour le genre humain. Le genre humain a bien d’autres affaires en tête que de se mettre au courant d’une collection de romans et de lire l’histoire d’un individu étranger au monde officiel.  

 Teverino VOIR ICI 


Les compagnons de jeu de la petite Aurore 

George Sand, fille du siècle de Séverine Vidal, Kim Consigny

 

Parmi ses proches, Hippolyte est le fils de Maurice et d'une servante qui a été éloignée par la grand-mère mais celle-ci assure l'éducation de son petit-fils illégitime à Nohant. Je me demande si l'on ne faisait pas payer sa bâtardise à Hippolyte car George Sand dit que leur précepteur Deschatres le battait souvent, ce qu'il ne faisait pas avec elle. Mais il est vrai que le "gros garçon" était un diablotin, plein d'humour et d'inventions machiavéliques, qui se moquait souvent de son précepteur !  Et pour être juste, Aurore était battue par sa bonne, Rose, mais à l'insu de sa mère et de sa grand-mère. Voilà comme George Sand raconte l'histoire d'Hippolyte Chatiron : 

"Une jeune femme attachée au service de la maison venait de donner le jour à un beau garçon qui a été plus tard le compagnon de mon enfance et l’ami de ma jeunesse. Cette jolie personne n’avait pas été victime de la séduction : elle avait cédé, comme mon père, à l’entraînement de son âge. Ma grand’mère l’éloigna sans reproches, pourvut à son existence, garda l’enfant et l’éleva.

Il fut mis en nourrice, sous ses yeux, chez une paysanne fort propre qui demeure presque porte à porte avec nous. On voit, dans la suite des lettres de mon père, qu’il reçoit par sa mère des nouvelles de cet enfant, et qu’ils le désignent entre eux, à mot couvert, sous le nom de la petite maison. Ceci ne ressemble guère aux petites maisons des seigneurs débauchés du bon temps. Il est bien question d’une maisonnette rustique"

Caroline est la fille hors mariage de Sophie Delaborde. Le père de Sand la considère comme sienne mais la grand-mère ne veut pas la recevoir chez elle, la chasse de sa maison et refuse qu'elle fréquente sa petite-fille. A la suite d'une grave maladie d'Aurore, "Bonne maman" accepte qu'elle voit Caroline chez sa mère mais elle ne la reçoit pas chez elle, ce qui oblige Sophie à se partager entre ses deux filles. Pendant que Caroline est en pension, Sophie va voir Aurore à Nohant puis elle repart à Paris. Chaque fois, c'est un déchirement pour Aurore. ( mais pour Caroline et Sophie aussi).

Aurore a deux autres petites amies : Clotilde, sa cousine, fille de sa tante maternelle qui vit à Paris : 

Clotilde, qui pouvait s’ébattre là au grand soleil toute la journée, était bien plus fraîche et plus enjouée que moi. Elle me faisait les honneurs de son Eden avec ce bon cœur et cette franche gaîté qui ne l’ont jamais abandonnée. Elle était certes la meilleure de nous deux, la mieux portante et la moins capricieuse ; aussi je l’adorais en dépit de quelques algarades que je provoquais toujours, et auxquelles elle répondait par des moqueries qui me mortifiaient un peu. Ainsi quand elle était mécontente de moi, elle jouait sur mon nom d’Aurore, et m’appelait Horreur, injure qui m’exaspérait. Mais pouvais-je bouder longtemps en face d’une charmille verte, et d’une terrasse toute bordée de pots de fleurs ? C’est là que j’ai vu les premiers fils de la Vierge, tout blancs et brillants au soleil d’automne : ma sœur y était ce jour-là, car ce fut elle qui m’expliqua doctement comme quoi la sainte Vierge filait elle-même ces jolis fils sur sa quenouille d’ivoire. Je n’osais pas les briser et je me faisais bien petite pour passer dessous."

et Ursule Jos, la nièce d'une domestique à Nohant qui passe tous ses étés avec elle quand elle revient de Paris et loge à Nohant. Quand elle sera plus grande, Ursule sera obligée de vouvoyer son amie, ce qui provoque une grand désarroi de la part d'Aurore qui a l'impression que son amie ne l'aime plus. 

"je fus forcée de consentir à ce qu’elle perdît avec moi cette douce et naturelle familiarité. Cela me fit souffrir longtemps, et même j’essayai de lui donner du vous pour rétablir l’égalité entre nous. Elle en ressentit beaucoup de chagrin. « Puisqu’on ne vous défend pas de me tutoyer, me disait-elle, ne m’ôtez pas ce plaisir-là ; car, au lieu d’un chagrin, ça m’en ferait deux. » "

Il y a aussi Louis, ou comme on dit en Berrichon Liset, que Sophie, la mère d'Aurore a pris sous son aile quand elle vient à Nohant. Elle lui enseigne à lire et écrire; au départ de sa mère, Aurore s'attache à ce petit garçon et continue à lui donner des leçons.

 

 Histoires de ma vie (1):  George Sand

  Histoires de ma vie (2): George Sand

  Histoire de ma vie (3) : George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand 

 

 

 

 







dimanche 2 août 2026

Bilan 5 : Les deux George de la Littérature

 


 

Ce mois de Juillet a été un peu réduit pour moi quant au challenge Les deux George de la littérature. J e n'ai pas lu (ou vu au théâtre) la moitié de ce que j'avais prévu  sur les deux George! 

 

 Mais Miriam a bien "travaillé" comme vous pouvez le constater ! 

 

Et merci à Nathalie de nous rejoindre avec Adam Bede.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

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BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 


 Nos prévisions pour le mois d'Août 

 


 

 

 Miriam :

 

 George Sand  Consuelo

 

Claudialucia : 

George Sand : Histoires de ma vie (août /septembre)

George Eliot Scènes de la vie du clergéLes tribulations du révérend Barton