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mardi 25 novembre 2025

Valerie Keogh : L'infirmière/ Claire McGowan : Personne ne doit savoir / Yamamura Misa : La Ronde noire

 

J’ai lu toute une série de romans policiers ou thrillers d’écrivaines ( et oui que des femmes !) irlandaise de Dublin, irlandaise du Nord, japonaise. Lectures faciles, parfois addictives, récréatives, dont j’ai envie de laisser une trace même rapide dans mon blog.

Valérie Keogh, naît à Dublin, vit dans le Wiltshire en Angleterre: L’infirmière

L’infirmière raconte l’histoire de Lissa, une fillette que son physique ingrat expose aux moqueries et humiliations de ses camarades de classe excitées par Jemma, une fille dominatrice et sans pitié. Lissa ne peut compter sur l’aide de sa mère, dépressive, qui n’aime, en fait, vraiment, que son mari. Son père, voyageur de commerce, est souvent absent et lorsqu’il revient à la maison, la mère n’a d’yeux que pour lui, ce qui exclut l’enfant. 
Souffrant de ce harcèlement scolaire, Lissa décide de tuer Jemma selon un plan qui lui assure l’impunité. Quelques années plus tard, son père meurt dans un accident de voiture, sa mère tombe dans un état catatonique et doit être placée dans un établissement de soins extrêmement coûteux car la jeune fille veut ce qu’il y a de mieux pour elle.  Oui, mais elle découvre que son père menait une double vie et avait une autre femme à qui il a légué sa maison en ne laissant rien à sa première épouse.  
Lissa a fini ses études d’infirmière mais son salaire, même si elle ne dépense que le strict minimum pour vivre, ne suffit pas à couvrir les frais d’hospitalisation de sa mère. Comment va-t-elle s’en sortir ? Doit-elle tuer à nouveau ? et jusqu’où va-t-elle aller dans le mensonge, la violence et le crime ? Et qui est cette autre jeune femme, infirmière comme elle, qu’elle croit avoir déjà vue sans pouvoir dire où et qui l’invite de temps en temps pour un café ? Que lui veut-elle ? Va-t-elle devenir une amie ou bien, au contraire… ? 

Le personnage est évidemment inquiétant, prêt à tout, mais l’originalité de l’auteur c’est d’en avoir fait un être vulnérable, profondément malheureux, solitaire, entièrement dévouée à sa mère et se sacrifiant pour elle, ayant éperdument besoin de l’amour que ses parents n’ont jamais su lui donner. Autre habileté de l’écrivaine, c’est de montrer Lissa en infirmière sérieuse et empathique. Par conséquent, on ne peut la haïr, on comprend sa souffrance si bien que l’on épouse peu à peu son point de vue et comme ce qui se passe dans sa tête est assez monstrueux, c’est très inconfortable pour le lecteur. De plus, Valerie Keogh est très bien renseigné sur le métier d’infirmière en milieu hospitalier mais aussi en agence, dans le privé, et pour cause, c’est un métier qu’elle a exercé pendant de nombreuses années, ce qui nourrit un tissu social qui sonne juste et se révèle intéressant !
Un livre addictif qui nous prend dans ses filets angoissants !

Claire McGowan naît en Irlande du Nord, vit à Londres :  Personne ne doit savoir

 


 

Alison a réussi sa vie. De milieu modeste, elle a épousé Mike, brillant avocat, issu d’une famille huppée. Elle a acheté la maison de ses rêves dans le Kent, un vieux manoir victorien plein de charme,  et y vit avec son mari et ses deux enfants, Benji un garçon de 10 ans et une adolescente Cassie. Elle a décidé de réunir ses amis qu’elle n’a pas vus depuis des années pour fêter leur amitié. Ils se sont tous connus à Oxford pendant leurs études.

Karen sa meilleure amie, avec qui elle a été très proche, vient avec son fils Jack. C’est la seule qui n’ait pas réussi son examen final et elle ne bénéficie pas du même niveau social que les autres, élevant son fils sans père toute seul. Elle vit dans un quartier pauvre. Callum autre « oxfordien » aisé, est accompagné de sa femme Jodi qui est enfin parvenue à tomber enceinte. Callum et Mike appartiennent à ces étudiants d’Oxford qui ont eu des parents fortunés. Les parfaits "fils à papa". Et puis il y a Bill. Il vient de se séparer de sa compagne Astrid et arrive de Suède en moto. Il semble le seul à ne pas être conformiste et snob.

Le livre, classé comme roman policier psychologique, décrit aussi un milieu social envers lequel l’écrivaine n’est pas toujours tendre. Le point de vue est parfois celui d’Alison et l’on sent qu’elle est devenue une femme guindée, qui veut paraître, atteindre la perfection et en imposer à ses amis, les rendre jaloux. Parfois les adultes sont vus par les adolescents et ils ne sont pas à leur avantage ! Alison décrite par Jack, le fils de Karen, est ridicule, vaine, superficielle et égoïste. Le milieu dans lequel elle élève ses enfants est snob. Ainsi Cassie, sa fille, qui est une élève moyenne, n’est pas sélectionnée pour intégrer Oxford ou Cambridge (elle n’est pas Oxbridge) et est méprisée par les parents de ceux qui le sont et snobée par son petit ami (une tête à claque). Alison, elle-même, est un peu dépitée que sa fille ne soit pas à ce niveau.

Le repas, très arrosé, se poursuit tard dans la nuit et si certains comme Alison vont se coucher de bonne heure, les autres continuent à se saouler jusqu’au moment où Alison, est réveillée par les cris de Karen qui, des marques de strangulation sur le cou, la cuisse couverte de sang, accuse Mike de l’avoir violée. Bien qu’Alison soit présidente d’une association pour les femmes violées et battues, sa première réaction est le déni et Karen qui accuse son mari, devient la menteuse, l’ennemie. Elle l'accuse d'être aguicheuse, coureuse, peu sérieuse ! Peu à peu, l’univers factice d’Alison s’écroule, ses certitudes se fissurent révélant les mensonges, les faux-semblants de sa vie et mettant à jour les souvenirs des années de fac et le meurtre non élucidé de la belle étudiante Martha lors du bal de fin d’année à Oxford. L’enquête commence, menée par l’inspecteur Adam Devine. Une réflexion sur la difficulté pour les femmes de faire reconnaître le viol et d'obtenir justice et protection.

Yamamura Misa, écrivaine japonaise : La Ronde noire

 


La charmante Chisako Tanaka est fiancée à Natsuhiko Hino qui est parti étudier aux Etats-Unis sur les conseils de son professeur Todo. Quand il revient à Kyoto, il espère que celui-ci le nommera professeur- adjoint à l’université de Kyoto. Mais Todo ne le fait pas et Natsuhiko, dépité, reste assistant ! Aussi lorsque le professeur Todo est assassiné et que par voie de conséquence Natsuhiko monte en garde, il est l’un  des premiers suspects. Mais son alibi est irréfutable. Il a invité Chisako à un congrès situé à quelques centaines de kilomètres de Kyoto, à Fukuoka, et non seulement sa fiancée peut en témoigner mais  nombreux sont ceux qui attestent sa présence. 

Cependant Chisako voit bien que le jeune homme a changé depuis son retour des Etats-Unis, il est nerveux, ombrageux, et elle doute parfois de son amour. Aussi quand elle s’aperçoit que le jeune homme s’intéresse à un article de journal sur le meurtre d’une parolière de chansons, propriétaire d’un célèbre Cabaret à Tokyo, et que la principale suspecte est une chanteuse, la plantureuse Aki Kiryu, Chisaho est de plus en plus inquiète. En effet, elle se souvient avoir vu Aki Kiryu à deux reprises, silhouette furtive à côté de son fiancé qui ne lui a jamais parlé d’elle. Mais Aki Kiryu a un alibi a toute épreuve… Alors quand un troisième homme est assassiné, cette fois-ci dans le milieu politique, Chisako mène l’enquête aidée par un jeune journaliste qui s’est amouraché d’elle. Et de meurtre en meurtre …

Yamamura Misa reprend le thème déjà exploité par Patricia Highsmith et par Hitchkock, dans L’inconnu du Nord-Express, en le complexifiant. Et c’est bien fait ! On s’intéresse à l’enquête mais ce que j’ai bien aimé aussi ce sont les passages consacrés à la vie, la mentalité, la culture de la société japonaise. Le statut de la femme, par exemple, quand elle est traditionnaliste comme Chisako, discrète, docile, effacée derrière son fiancé, n'osant pas lui poser de questions, faisant le ménage de son appartement, et respectant même des coutumes qui semblent pourtant tombées en désuétude, enfin pas totalement !  Le livre est de 1992, j'espère que les japonaises ont progressé depuis dans leur émancipation ! Un détail m'a amusée : savez-vous qu’au Japon on n’estime pas la taille d’une pièce en m2 mais en Tatami : « c’était une vaste pièce d’au moins vingt tatamis. ». Dans le monde de la chanson j’ai appris ce qu’était l’Enka, « ballade évoquant l’amour impossible, la nostalgie du pays natal ou le poids du destin. » , cela m'a fait penser à la saudade, et la chanson préférée du meurtrier est Le grand défi de Kiyoko Suizenji… Voir ici. On y pratique aussi des parties acharnées de jeu de Mah-jong, on mange de la fondue japonaise, le Sukiyaki et, bien sûr, les inévitables sushis…


vendredi 25 décembre 2020

Joyeux Noël 2020

Cyanotype d'Aurélia Frey

 Je vous souhaite de bonnes fêtes de Noël ! Et pour le plaisir des yeux et de l'esprit, fleurs et poésie !

 Rien qui m'appartienne
Sinon la paix du coeur
Et la fraîcheur de l'air.


Haïku de Kobayashi Issa(1763-1827) 

 

Cyanotype d'Aurélia Frey

 Quand souffle le vent du nord -
Les feuilles mortes
Fraternisent au sud.

Haïku de Yosa Buson

                                                                                               (1716 - 1783)

Cyanotype d'Aurélia Frey

Sans savoir pourquoi
J'aime ce monde
Où nous venons pour mourir.

Haïku
Natsume Sôseki
1867-1907

Cyanotype d'Aurélia Frey

Feuille morte au vent
de temps en temps
le chat la retient de sa patte

Haïku de Kobayashi Issa
(1763-1827)

mardi 4 février 2020

Yasunari Kawabata : Kyoto (2)

Kitagawa Utamaro
 
Dans Kyoto, roman publié en 1962, Yasunari Kawabata, écrivain japonais, prix Nobel de littérature, raconte l’histoire de Chieko, fille adoptive d’un grossiste en tissus, Sata Takichiro, et de son épouse Shige. Nous apprenons bien vite qu’elle est une enfant trouvée et, plus tard, qu’elle a une soeur jumelle. La rencontre fortuite des deux soeurs a lieu au cours de la fête de Gion et leur étroite ressemblance ne peut laisser place à aucun doute quant à leur gémellité. Mais alors que Naeko a été élevée dans un  milieu modeste, sur les hauteurs, et travaille à l’entretien des cryptomères, ces beaux arbres qui servent à la construction des  temples et des maisons, Chieko a fait des études et est devenue une jeune fille raffinée, capable d’apprécier la beauté sous toutes ses formes. Le tisserand Hideo qui est amoureux de Chieko se sent attiré par Naeko, sans trop savoir de laquelle il est réellement amoureux.  Mais ce n’est pas tant le thème du double, de la gémellité ni celui de l’éducation sociale que cherche à explorer Kawabata. Ce qui l’intéresse, c’est de montrer à travers les yeux attentifs et cultivés de Chieko la beauté de ce qui l’entoure. 


Hasegawa Kyuzo / Sakura Zu 1592
 
« A l'endroit où l'arbre penche fortement, un peu en dessous, on devine deux petites cavités dans le tronc ; dans chacune des cavités, ont poussé des violettes. Et, à chaque printemps, apparaissent des fleurs. D'aussi loin que Chieko se souvienne, il y a toujours eu ces deux souches de violettes sur l'arbre.
Trente centimètres environ séparent les violettes du haut de celles du bas. La jeune fille qu'était Chieko en venait à se demander :
« Arrive-t-il que les violettes du haut et celles du bas se rencontrent ? Se connaissent-elles ? Que signifie pour les fleurs "se rencontrer", "se connaître" "  ?
Des fleurs, il y en avait à chaque printemps, trois, cinq, au plus, c'était à peu près le compte. Pas davantage, et pourtant, dans les petites cavités au haut de l'arbre, à chaque printemps, surgissaient des boutons et s'épanouissaient les fleurs. Cjieko les contemplait de la galerie, ou, au pied de l'arbre, levant la tête ; s'il lui arrivait d’être frappée par la « vie » de ces violettes sur le tronc,  parfois leur « solitude » l’envahissait."

Cependant au-delà de cette beauté, Kawabata montre la progression constante de la modernité qui vient peu à peu saper les bases de la civilisation japonaise ancestrale. Ainsi Sata Takichiro, le père de la jeune fille, refuse d'utiliser des métiers mécaniques pour tisser des tissus à la mode, bon marché et aux couleurs vives.  Pour lui, le kimono représente un art de vivre épuré, lié à la spiritualité. La vulgarité des objets et des goûts nouveaux, l’industrialisation, les rapports uniquement mercantiles entre le vendeur et l'acheteur, le choquent comme le rendent triste la disparition des coutumes, l’atténuation du sentiment religieux et social, la réorganisation économique induites par l’occupation américaine du Japon après la guerre de 1945.
 

Temple de Kyoto
 
La description de Kyoto est si précise avec les noms des différents quartiers de la ville, des itinéraires pour s’y rendre, les diverses fêtes religieuses, les précisions sur la fabrication des tissus, que d’aucuns ont pu dire qu’il s’agissait d’un guide touristique !
Il n’en est rien, évidemment. L’intention de l’auteur est tout autre. Même s’il s’attache à la description précise des lieux, Yasunari Kawabata écrit Kyoto pour célébrer la beauté de la ville et de la nature et pour en  en montrer la fragilité. Il pratique ce que les japonais ont appelé le mono no aware qui est une sensibilité à la mort des choses et une empathie pour leur vie détruite. Les fleurs vivent mais leurs pétales tombent. Le temps de la floraison est si court. Et au-delà, les êtres humains ne sont-ils pas comme les fleurs, si belles, si vivantes, mais avec un vie si brève. 
 

Shimura Tatsumi
 
Yasunari Kawabata montre, à travers les changements qui ont lieu à l’époque de l’écriture  du livre, que la ville ancienne est en train de disparaître par pans entiers. Il porte sur cet effacement, ce que l’on appelle le regard ultime, le matsugo no me, ce regard que l’on attache à une chose ou un être que l'on voit pour la dernière fois, et qui, est une annulation de cette chose ou cet être. Et il y a, bien sûr, un sentiment poignant de nostalgie qui résulte de ce constat. Au moment même où l’on est pénétré par le sentiment de la beauté que font naître les évocations poétiques de Kawabata, on éprouve le regret de savoir que ce n’est plus. C’est donc bien intentionnellement que l’écrivain a nommé son oeuvre Koto en japonais, l’ancienne capitale, et non Kyoto, le titre moderne choisi pour la traduction française.
Le style de Kawabata repose donc sur le recueillement, le silence, la contemplation qui élève l’âme. On peut dire que ni l’intrigue, ni les personnages ne sont primordiaux dans ce roman. J’ai dû étudier ce livre à l’université quand j’étais étudiante et je me souviens qu’il m’avait peu enthousiasmée. Il en est tout autrement aujourd’hui. J’ai été subjuguée par la magnificence des descriptions de Kawabata, touchée par la disparition de cette beauté précieuse, sensible à la fragilité des choses. Et puis finalement, j’ai aussi trouvé les personnages attachants, j’ai aimé faire la rencontre de Chieko si fine et délicate et de Naeko, humble mais pleine de dignité, et j’ai partagé leurs pensées intimes avec beaucoup de bonheur. Un très beau livre !
 



 
"De l'autre côté du pont il y a un cerisier que j'aime."
Ses doubles fleurs pourpres étaient d'une extrême beauté. C'était un arbre célèbre. Les branches retombaient à la manière du saule pleureur, puis se déployaient largement. Lorsqu'ils furent sous l'arbre, une brise imperceptible dispersa des pétales aux pieds de Chieko, sur ses épaules.
Déjà, à l'ombre de l'arbre, les fleurs étaient tombées, éparses sur le sol. D'autres dérivaient à la surface de l'étang. Mais quelques-unes seulement, sept ou huit, peut-être...


dimanche 2 février 2020

La citation du dimanche : Yasunari Kawabata : Kyoto (1)

Peinture de Rin Nadeshico ICI

Je présenterai bientôt mon commentaire sur la lecture du roman de Yasunari Kawabata : Kyoto. En attendant, voici un passage intéressant qui nous amène à réfléchir sur la condition humaine.

Il y a de nombreux amateurs de grillons au japon.  Chieko, une jeune fille japonaise, élève des grillons dans un vase. 
 
 
Vase de  Tamba

 
« Dans un vase, c’est cruel, non ? » avait-elle dit, mais son amie lui répondit que c’était encore préférable, plutôt que de les élever en cage et qu’ils meurent. (…)
A présent les grillons de Chieko se sont multipliés, si bien qu’il fallu deux vases de Tamba. Chaque année ramène, aux environs du premier juillet, l’éclosion des oeufs, puis, vers la mi-août, ils commencent à chanter.
Et c’est ainsi que dans l’étroitesse d’un vase, dans son obscurité, ils vivent, chantent, pondent et fixent leurs oeufs, meurent. Puisqu’ils perpétuent l’espèce, oui, c’est préférable à les élever en cage et qu’ils ne vivent que l’espace d’un été, mais il reste que c’est une vie au fond d’un vase : pour eux, le vase est l’univers.
« L’univers dans un vase » c’est une ancienne légende chinoise, que Chieko connaissait. Le vase renferme un palais d’or et des tours de perles, des nectars exquis et les mets rares des monts et des mers; le vase clos était un « autre monde » coupé de la réalité qui est nôtre, un lieu enchanté. C’est une des nombreuses légendes des ermites magiciens.
Si les grillons sont dans un vase, ce n’est évidemment pas qu’ils veulent fuir le monde. Savent-ils même qu’ils sont dans un vase… ? Et ainsi passe leur vie.

Et qu'en est- il de l'homme ? semble nous dire Kawabata.

**

Rin Nadeshico : Cheiko ?
 
 
Voilà comment je m'imagine la jeune et jolie Cheiko, le personnage principal de Kyoto de Kawabata, à partir de ce dessin de Rin Nedishco, peintre contemporaine.

Le père adoptif de Cheiko, vendeur en gros d'étoffes et de kimonos fabriqués à la main, dessine lui-même le motif des tissus destinés à sa fille, refusant de sacrifier à la modernité, aux couleurs trop criardes à son goût et sans raffinement.

Aussi la jeune fille devait-elle être plutôt semblable aux "peintures de belles personnes ", les "bijin-ga de l'époque Edo " (1603_1870), style de peinture qui a perduré jusqu'au début du XX siècle et dont Rin Nedshico s'inspire.


Bijin-ga de Kitagawa Utamaro (1800)
Bijin-ga de Utagawa Yoshitsuru
Grande Bijin en promenade de Sugimura Jihei
Bijin à l'horloge de Sukenobu (XVIII siècle)
Bijin avec ombrelle de Toyohara Chikanobu (1890)

dimanche 22 décembre 2019

La Citation du dimanche : L'hiver avec Matsuo Basho

Zhou Cong : Au coeur de l'hiver blog de l'artiste ICI


Matsuo Basho : Poète, peintre et moine bouddhiste japonais (Veno, province d'Iga, 1644-Osaka 1694).
Matsuo Basho, de son temps, fut considéré comme l'un des « six sages du haïku ». Aujourd'hui, on le compte parmi les trois grands écrivains de l'époque des Tokugawa, aux côtés de Saikaku et de Chikamatsu. C'est que Basho a su élever le haïku au rang d'un art, alors qu'avant lui ce genre ne pouvait prétendre qu'à celui de prouesse stylistique. 
Issu d'une famille de bushi (guerriers), Basho reçoit en même temps que son seigneur l'enseignement d'un disciple du poète Kitamura Kigin. À vingt-deux ans, libéré de la tutelle féodale par la mort de son suzerain, il prend l'habit de moine et se rend à Kyoto, où il étudie sous la direction de Kigin. Sept ans plus tard, il quittera Kyoto pour Edo ; c'est alors qu'il publiera son premier recueil de poèmes. Même si ces premières tentatives poétiques sont souvent empreintes de l'influence de Kigin, le style personnel de Basho s'y dessine déjà. À partir de 1681, il mène une vie consacrée à l'étude, à la méditation, à la poésie, dans un « ermitage au bananier (basho) » situé dans un faubourg d'Edo. 
 Bien plus que la description d'un paysage, chaque haïku est la cristallisation d'un sentiment, d'une impression, d'une émotion face à ce paysage. (encyclopédie Larousse voir ici)

 L'Hiver avec Matsuo Bashõ  ( 1644-1695 )

Zhu Con : Tranquillité d'une nuit d'hiver
 
 Le corbeau d’habitude je le hais
Mais qu’il est beau
ce matin sur la neige !


Et maintenant
Allons contempler la neige
Jusqu’à tomber d’épuisement !
                                                           
Zhou Cong : Hermitages
Neige du matin
Les poireaux sont des repères
Dans le jardin

Le coquelicot blanc
d’une averse hivernale
a fleuri

Peinture traditionnelle chinoise

En cherchant des images pour ces poèmes, j'ai découvert le blog de Zhou Con, artiste d'origine chinoise, installée à Brest. Je vous invite à aller voir son oeuvre ICI

mercredi 6 avril 2016

Kazuaki Takano : Treize marches






Kazuaki Takano est né en 1964 à Tôkyô. Il a étudié le cinéma aux États-Unis et, à son retour au Japon, est devenu scénariste. Les Treize Marches se sont vendues à plus de 400 000 exemplaires au Japon. (source  Presse de la cité)







Treize marches de Kazuaki Takano  est qualifié de thriller mais il  présente beaucoup d’autres centres d’intérêt. Il décrit le système judiciaire japonais, ses failles et ses erreurs, et peint aussi la mentalité japonaise vis à vis de la culpabilité et du pardon.

Le récit

Ryô Kihara est condamné à mort pour un crime qu’il n’a pas commis. Il est amnésique et ne se souvient donc de rien. Mais dix ans après le drame, alors qu’il attend l’exécution de la peine, un souvenir lui revient en mémoire : il se revoit monter treize marches d’escalier. Il cherche alors à faire réviser son procès.
Jun’ichi Mikami a été condamné à deux ans de réclusion pour avoir tué accidentellement un homme qui lui avait cherché querelle dans un bar. A sa remise en liberté, il est contacté par Shôji Nangô, gardien de prison chargé de la réinsertion des prisonniers, qui lui demande de l’aider à prouver l’innocence de Kihari.

Le roman à suspense

Le roman fonctionne effectivement en jouant sur les nerfs du spectateur. Pour sauver Ryô Kihara condamné à mort, une course contre la montre est engagée. Il faut que Jun’ichi Mikami et Shôji Nangô aient trouvé les preuves de son innocence avant que l’ordre d’exécution ne soit signé car, alors, plus rien ne pourra arrêter la marche de la justice. Parallèlement à leur recherche, on suit le document qui décidera du sort de Kihara, de bureau en bureau, jusqu’à la signature suprême, celle du garde des Sceaux. Chaque minute qui passe, chaque retard, chaque échec sont donc une avancée vers la peine capitale. Le roman se lit donc bien comme un thriller et l’intrigue, d’ailleurs assez complexe, avec de nombreux rebondissements, tient le lecteur en haleine.

La justice japonaise et la peine de mort 

Voir Ici source Mediapart
Mais le roman est aussi et surtout un réquisitoire contre la peine de mort. Kazuaki Takano dépeint l’horreur d’une justice qui, telle une machine implacable, peut condamner un innocent. Une justice qui bien souvent se révèle aléatoire, condamnant l’un, absolvant l’autre, parfois inconséquente. Mais il va plus loin. Il montre tout l’inhumanité de cette attente de la mort qui peut survenir des années après la condamnation. C’est avec beaucoup de conviction que l’écrivain communique au lecteur, l’angoisse intolérable de ces prisonniers qui guettent le bruit des pas dans le couloir de la mort.. Devant quelle cellule vont-ils s’arrêter? L’arrivée de la Mort se fait dans un silence halluciné rompu par les cris de révolte du condamné qui comprend que son heure est arrivée. Mais l’horreur culmine lors de la description de l’exécution par pendaison, vue cette fois par les gardiens.  Il s’agit d’un acte que chacun d’entre eux portera inscrit dans sa chair et dans son esprit. A travers les angoisses et le sentiment de culpabilité du gardien Shôji Nanko qui se considère comme un meurtrier, nous comprenons toute la barbarie de la peine capitale. Kazuaki Takano détaille par le menu les étapes d’une mise à mort en pénétrant dans la tête et le coeur des hommes chargés de la pendaison. Ce qui n’est souvent qu’une idée abstraite se concrétise en quelque chose de terrifiant.

Culpabilité, repentir, rédemption

Enfin, autre intérêt du roman, la mentalité japonaise par rapport au sentiment de culpabilité et de pardon.  La notion de repentir est primordiale. Un assassin qui éprouve des regrets et les exprime peut éviter la peine capitale même si, bien sûr, se pose le problème de la sincérité. Cela aboutit à des aberrations :  Ryö Kihara, amnésique, ne se souvient pas qu’il a tué. Il ne peut donc éprouver de repentir si bien qu’il est condamné à mort! La réparation financière compte aussi beaucoup pour prouver la bonne foi du condamné et atténuer sa culpabilité. Un homme riche s’en sortira donc mieux qu’un pauvre. Jun’ichi Mikami est forcé lors de sa mise en liberté conditionnelle d’aller présenter ses excuses au père de la victime, une démarche terrible, pour l'un comme pour l’autre. La question de la rédemption et du pardon par le repentir est donc essentielle dans la société japonaise. Nango, gardien de prison, qui a tué légalement deux hommes, ne peut pas être jugé ni châtié. Il doit chercher ailleurs la rédemption.

Treize marches peut donc avoir des entrées différentes et je dois dire que j’ai été passionnée par les divers aspects du roman.

Treize marches paraîtra le 21 Avril aux éditions Presse de la cité.

Merci à Dialogues croisés et aux éditions Presse de al cité




lundi 21 mars 2016

Yôko Ogawa : La Jeune fille à l'ouvrage



J’avais été fascinée par l’écriture de Yoko Ogawa découverte avec Le musée du silence, Amours en marge, Parfum de glace, La piscine… Mais j’ai été tellement déçue par L’hôtel Iris que j’ai cessé de la lire. Ce recueil de nouvelles, paru chez Actes Sud en 2016, mais écrit il y a une vingtaine d'années,  me permet de renouer avec cette grande écrivaine japonaise.

La dentelière de Vermeer

J’ai retrouvé dans ces nouvelles ce qui fait la spécificité de Yoko Ogawa, cette observation fine, minutieuse qui accorde tant d’importance aux détails : dans La jeune fille à l'ouvrage, le narrateur note : sur le tissu, les doigts de la  petite fille jouent comme ceux d’un petit animal; Ils font réellement toutes sortes de choses; Démêlent le fil, caressent, et piquent le tissu, tirent sur l’aiguille.
On dirait un portrait à la Vermeer, un tableau qui fixe et retient tous les détails d’une scène prise sur le vif et figée dans l’instant.
C’est à partir de ce souvenir de la brodeuse et de sa boîte à ouvrage rouge que le thème de la mémoire si cher à Yoko Ogawa ressurgit :  le narrateur voyage entre présent et passé, et, tandis que sa mère agonise dans le service des soins palliatifs de l’hôpital, le jeune homme revoit son enfance. Même retour entre passé et présent dans Aria où le narrateur retrouve sa vieille tante pour son anniversaire et se souvient d’elle quand il était enfant. Travail aussi sur la mémoire dans Transit mais la mémoire historique, celle des camps de concentration où les grands parents de la narratrice ont trouvé la mort. Le retour sur les lieux permet de lever les flous de la transmission du  souvenir et de prendre conscience de la fragilité et des erreurs la mémoire. Et dans l’univers du nettoyage de la maison, c’est par le récurage de sa maison, par l’effacement des salissures accumulées pendant une trentaine d’années que la maîtresse de maison fait table rase de son passé. Comme si la propreté immaculée pouvait venir à bout des souvenirs et donner un nouveau départ dans la vie.
La cruauté de la vie est toujours présente mais ce qui domine toujours dans les nouvelles précitées, c’est la nostalgie et la poésie liées au thème de la mémoire et ce qui me frappe, ce sont ces dénouements qui n’en sont pas. Ici pas de chutes qui surprennent et provoquent un choc. Plutôt un lent délitement, une non-fin, les gens se séparent en se disant au revoir, banalement comme dans Transit, Aria ou Jeune fille à l’ouvrage. Il n’y a rien de plus. Tout se dissout dans la banalité quotidienne.  On ne peut réparer le passé, on ne peut pas agir sur lui.

Très différents sont les autres nouvelles, étranges et bizarres parfois horribles. Ce qui brûle au fond de la forêt nous plonge dans un univers fantastique. Elles présentent toutes un mélange de cruauté et de perversité : dans La crise du troisième mardi une toute jeune fille entraînée dans une chambre d’hôtel par un homme âgé est terrassée par une crise d’asthme. Parfois la chute de la nouvelle est violente, dérangeante, tordue, en particulier dans L’encyclopédie ou Morceaux de cake. J’éprouve une certaine répulsion à la lecture de ces dernières nouvelles, sachant, bien entendu, que c’est ce que veut nous faire éprouver l’auteure et qu’elle excelle aussi dans ce genre morbide, aux détails crûment réalistes.
 L’autopsie de la girafe en est un exemple : Certainement que son cerveau avait été déjà prélevé, et que ses intestins  désinfectés avaient été retirés. Les mains de mon amoureux humides de sang, de fluides corporels et de produits pharmaceutiques devaient les caresser avec précaution. 
 Mais le style même dans les passages les plus réalistes, les plus durs, réservent des moments poétiques comme l'analogie établie entre la girafe et les grues, toutes si belles :
 Autour de chaque grue se dressaient un échafaudage de tubes métalliques et des machines aux  formes complexes posées de ici ou là  qui n’entravaient pas leur fierté ni leur dignité. La peinture jaune étincelait, les bras s’étiraient avec grâce, et les câbles qui s’enroulaient autour paraissaient vigoureux. Les trois crochets immobiles dans l’espace ressemblaient à des offrandes spécialement choisies. 
Tous ces récits témoignent d’un mal-être, de la banalité ou du non-sens de la vie même dans les rapports amoureux. Et lorsque la passion  existe, elle se révèle cruelle et  dévoyée, elle parasite l'autre (L'encyclopédie) ou le sacrifie (Ce qui brûle au fond de la forêt).
Une écrivaine de talent! Une vision pessimiste de la vie!

Lire Le billet de Lewerentz


Merci à Dialogues croisés et à la librairie Dialogues


samedi 22 mars 2014

Fuyumi Soryo : Cesare




En choisissant Cesare dans la liste de BD proposés par Price Minister, je ne m'attendais pas à recevoir un manga, genre que je n'ai jamais vraiment lu. Je ne connaissais pas , en effet Fuyumi Soryo dont j'apprends qu'elle est une mangaka connue. Telle est mon ignorance, oui!

Cesare est le premier des huit volumes publiés par  Fuyumi Soryo : un peu frustrant au niveau de l'histoire car l'on est à peine entré dans le récit que la lecture est terminée et il faut attendre le tome suivant. Ma déception prouve, cependant, que la lecture est intéressante car l'on sent derrière ce travail des recherches approfondies et une grande connaissance de l'Histoire de César Borgia et de la Renaissance italienne.

Le scénario

Cesare, César Borgia (1475_1507), est le fils du cardinal Rodrigo Borgia, issu d'une famille espagnole, devenu pape sous le nom de Alexandre VI. Sa mère est  Vannoza Cattanei, d'une famille du duché de Mantoue, et maîtresse de Rodrigo Borgia.  On sait que César Borgia deviendra un prince et guerrier puissant. Mais pour le moment, nous sommes en 1490 et Césare est un étudiant dilettante à l'université de Pise avec son ami, Don Micholotto.

L'histoire n'est pas racontée de son point de vue mais sous l'angle d'un jeune homme de famille modeste, Angelo da Canossa , (référence à Michel Ange, bien sûr), florentin, petit-fils d'un maître carrier que Lorenzo de Médicis a pris sous sa coupe et envoie à l'université.  Le jeune homme plein de bonne volonté, intelligent, mais ne connaissant pas les usages, va multiplier les maladresses, offensant Giovanni de Médicis, le fils de Lorenzo, se mettant à dos les français et recevant l'aide des espagnols et de Cesare, en particulier.

Des personnages
Angelo da Canossa
Le récit s'intéresse aux personnages dont il révèle la psychologie, timidité, naïveté d'Angelo, le personnage fictif, séduction et ouverture d'esprit de Cesare Borgia, suffisance de Giovanni de Médicis, courtisanerie de son entourage. Dans ce premier tome, le personnage de César Borgia est plutôt positif, il présente un côté mystérieux de beau ténébreux, renforcé par le sévère habit espagnol et par l'aura de sa puissante famille pourtant si décriée.  Mais il tend la main à un fils du peuple, ne s'embarrassant pas des préjugés sociaux.

 Le contexte historique

Cesare et Henri, le français

Fuyumi Soryo nous introduit dans les dessous de la politique de l'époque, le jeu des pouvoirs, nous présente les factions rivales. Déjà plane dans la ville l'ombre sinistre de Savonarole dont l'influence est en train de grandir.
Les étudiants  français sont présentés et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne sont pas gâtés. La Renaissance français est tardive, en effet, par rapport à l'Italie et l'auteur montre une civilisation encore attardée dans le Moyen-âge. Mais on peut penser qu'en 1490, des jeunes gens ayant choisi d'étudier dans l'université fondée par Lorenzo Le Magnifique devraient manifester une plus grande ouverture d'esprit! Mais bref, c'est un détail! Passons sur mon chauvinisme!

 L'influence de la Renaissance italienne

Sandro Boticelli

Au niveau du graphisme, j'ai aimé la reconstitution de la ville de Pise, entourée de champs mais qui possède déjà sa parure de dentelles avec sa tour, son baptistère et sa cathédrale. Le soin apporté aux détails, vêtements,  repas, intérieur de l'université, palais où vit Cesare,  nous permet d'entrer dans la vie de la Renaissance.
L'influence des peintres italiens y  est très nette. On pense à aux oeuvres de Benozzo Gozzoli, Sandro Boticelli pour l'idéalisation,  la finesse et la beauté des personnages, et, bien sûr, aussi à Vinci, Lippi, Mantegna et tant d'autres...


Jeune homme Filippino Lippi

J'ai donc été ravie de me glisser dans cette lecture inhabituelle pour moi et de me retrouver, à partir d'un manga japonais,  en pleine Renaissance italienne!


Ecole de Domenico Ghirlandaio

Un musicien Léonard de Vinci
Enfin, je laisse à d'autres plus expérimentés que moi sur les mangas le soin de vous donner plus de détails :

Les diagonales du temps

blog de l'Express

Il faut noter : 18/20





Merci à Price Minister pour cette agréable découverte

mercredi 23 octobre 2013

Où les marionnettes ne sont pas que pour les enfants...

Le Cid de Corneille, marionnette d'Emilie Valantin

Le livre L'art vivant de la marionnette de Christian Armengaud que je vous ai présenté hier m'a rappelé quelques spectacles de marionnettes que je ne résiste pas à vous présenter,  vus dans le cadre du festival d'Avignon dans le passé.  De très belles émotions toujours vivantes qui prouvent que les marionnettes ne sont pas que pour les enfants!


 Le Cid de Corneille par Emilie Valantin 1996

Le Cid et Chimène, marionnettes de glace de Emilie Valantin

Je viens de retrouver deux photographies sur le site de la Compagnie d'Emilie Valantin qui m'ont permis de me rémémorer toute la magie de ce magnifique spectacle de marionnettes -éphémères- puisque façonnées dans la glace, spectacle auquel j'ai assisté en 1996 au festival In d'Avignon.  Le souvenir est lointain mais vivace. Les marionnettes de glace très belles, irréelles, ont la taille de personnages adultes (je crois! dans mon souvenir elles sont très grandes) et sont manipulées par des acteurs cachés. On oublie vite leur apparence étrange, leur visage, leurs membres transparents,  et l'on se laisse emporter par ces êtres fantastiques et pourtant si proches de nous. Avec la chaleur, en plein mois de Juillet à Avignon, les marionnettes fondent. Un bras de détache au milieu d'une tirade, ou un nez, une jambe; c'est comique, on rit mais c'est un rire nerveux parce que l'on a l'impression, pris par le spectacle, l'histoire et les vers cornéliens, que l'on assiste en direct à la mort d'un être vivant, que les personnages issus d'un autre siècle, tels des fantômes, s'effacent peu à peu devant nous. D'où la nostalgie... d'où la poésie.
 

Imomushi de Edogawa Ranpo  2008

Imomushi (chenille en japonais) de la compagnie Pseudonymo Théâtre
 
 
Imomushi d'après une nouvelle de  Edogawa Ranpo, mise en scène par David Girondin Moab de la Compagnie Pseudonymo Théâtre présentait en 2008 un spectacle de marionnettes contemporain pour adultes.  L'histoire est simple, dépouillée  : Le lieutenant Sunaga a été blessé à la guerre mais les "miracles" de la médecine militaire l'ont maintenu en vie alors qu'il n'a plus de bras et de jambes, qu'il est muet, le visage défiguré, le corps tordu par la souffrance. Sa femme le veille depuis trois ans avec un "dévouement exemplaire"  selon les propos du général qui  a eu le jeune homme sous ses ordres.
La marionnette, le mari, est une sorte de mort-vivant qui ne peut exprimer ses sentiments, sa colère, sa jalousie, qu'en tapant la tête contre le lit. Son corps tronqué, monstrueux, emmailloté comme un nouveau-né, est semblable à cette chenille (imomushi en japonais) que l'on voit dès le début de la représentation, rampant sur une branche dans une difficile ascension, échappant à sa chrysalide pour mieux être précipitée dans un puits, allégorie de la vie et de la mort figurant ainsi l'éphémère destinée du  lieutenant Sunaga.
 

 Spartacus, Théâtre de la Licorne 2010

Spartacus : Combat du lion et du gladiateur



 L'histoire de Spartacus se déroule dans une structure de métal qui reproduit un cirque romain, avec sa piste ovale, son arène où vont avoir lieu devant la plèbe assoiffée de sang (nous, les spectateurs!) de féroces combats de gladiateurs et des courses de chars miniatures. Nous sommes transportés à l'ère romaine et nous assistons en 2010 au spectacle du théâtre La Licorne dirigé par Claire Dancoisne où l'objet animé, créé à partir de bouts de ferraille, de plaque métallique, de papier mâché, de cartons, est au centre de la magie théâtrale. Les gladiateurs, de frêles créatures de métal manipulés à vue par des comédiens affrontent courageusement des ennemis d'une taille gigantesque, monstrueux éléphant construit avec toutes sortes de pièces de récupération, lion dont le masque d'acier à la mâchoire redoutable s'apprête à se refermer sur la victime et dont l'échine formé par le corps souple de deux comédiens imite à se méprendre la démarche sinueuse du félin.


    Roméo et Juliette, Théâtre Mu

 
Roméo et Juliette, marionnettes en bouchons de liège

 
Ce spectacle du Théâtre Mu animé par Yvan Pommet présente Roméo et Juliette (et oui Shakespeare!) avec des personnages créés à partir de bouchons de champagne. Un pièce qui allie humour et émotion et où les amants de Vérone en forme de bouchon sont tout à fait convaincants. Si la pièce est s'adresse volontiers aux enfants en mettant à leur portée cette belle histoire d'amour, elle procure un grand plaisir à tout adulte doué d'imagination!


Chez Eimelle