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dimanche 26 juillet 2026

Catherine Meurisse : La jeune femme et la mer

 

 

 

Catherine Meurisse dans La jeune femme et la mer raconte son expérience à la résidence d'artistes de la villa Kujoyama à Kyoto. Son personnage, peintre, parle peu le japonais mais elle veut s’imprégner de la langue et de la culture japonaises. Elle cherche à renouveler son inspiration pour peindre le paysage et toutes les découvertes qu’elle va faire enrichiront sa vision, lui feront découvrir une civilisation très éloignée de la civilisation occidentale qui a trop «  les pieds plantés en terre »

 


 

Des rencontres lui permettent de découvrir un univers fascinant entre l'éveil et le rêve, comme celle avec le Tanuki du film d’animation de Pompoko de Isao Takatha. L’animal de la mythologie japonaise,  bavard et facétieux, lui offre un pinceau fait avec ses poils et lui apprend à tracer deux signes avec une pierre à encre, signes dont elle ne comprend pas le sens mais qui vont la guider dans sa quête et prendront sens pour nous aussi à la fin du récit.  Le paysage se révèle souvent mystérieux et magique. Ainsi surgit, au milieu d’une étendue d’eau, sa propre maison natale. Parfois, la jeune femme regarde la Nature et s’aperçoit que c’est la Nature qui la regarde. 

Une autre rencontre est celle du peintre qui veut saisir « l’expression d’une femme ». Il cherche « l’état qui permet de peindre un tableau », et de rendre « l’évanescence des choses », ce qui est hors du monde, in définissable. Et pour cela dans le monde contemporain, il faut savoir faire abstraction de tout ce qui est moderne et gêne la vision de la Nature parfois modifiée par l'humain. Cette nostalgie d’un monde éphémère qui a existé et n’est plus, est loin d’être triste !  Il s’agit d’un sentiment heureux. Le peintre semble toujours prêt à capter ce qui n’est pas et en attendant il écrit des Haïkus, car c’est par la poésie qu’il se révèle un grand peintre.
Enfin, il y a la demoiselle Nami qui semble commander aux éléments depuis qu’elle est la seule survivante de la Grosse Vague de Hosukaï qui a tué ses parents. Car le Japon, c’est aussi le pays des volcans, des seïsmes, des tsunamis. La demoiselle Nami « sait lire notre sort dans les plis de la mer ». Pour l’heure, elle prédit un typhon et nous laissons Catherine roulant vers la résidence poursuivie par le vent et les feuilles tourbillonnantes.

 


 

Cette réflexion autour de la poésie et la peinture, cette approche de la Nature qui nous fait quitter le mode rationnel, ressentir le passage du temps, saisir l’impermanence des choses me rappellent le Kyoto de Yasunimi Yokotawa, un roman que j’ai tant aimé. L'album nous ouvre aussi à un mode de pensée différent du nôtre et à l'explication mythologique des phénomènes naturels.

 


 

Les illustrations sont d’une grande beauté, magnifiquement colorées, surtout celles qui évoquent les grands maîtres  de l’estampe.  De plus, le récit ne manque pas d’humour ! La jeune femme va au toilette, « les fameux WC japonais » mais lorsqu’il faut tirer la chasse, elle se trompe de bouton et appuie sur l’alerte tsunami.



J’ai beaucoup aimé cet album conseillé par Fanja ICI  

 


mardi 2 décembre 2025

Kay O'Neil : Le chant de nos pas

  

Le chant de nos pas de K.O'Neill aux Bliss Editions est une adorable BD pleine de poésie et aux douces illustrations pour les jeunes enfants.

Rose et Kes

 

Rose veut être ranger, c’est à dire qu’elle se destine, dans l'univers de la Fantasy, à défendre et protéger les plus faibles des dangers qui les entourent. C’est pourquoi elle s’entraîne sans arrêt au tir à l’arc, monté sur Kes, son splendide cheval volant. Elle est très en avance sur les autres apprentis dans tous les exercices, mais elle ne sait pas se détendre, regarder et admirer les choses qui l’entourent, se lier avec les autres, rire et plaisanter, on dirait qu’elle ne sait pas être elle-même.

 

Leone
 

Pour la dernière épreuve qui lui permettra de voir son nom gravé dans la pierre, la chef des rangers l’affecte à une zone paisible avec mission de veiller sur le petit berger, Leone, qui passe son temps à jouer du violon en gardant ses moutons. « Un paresseux », pense Rose, non sans dédain. 

Un endroit trop paisible pour Rose

 

Oui, mais lorsqu’elle expose Kes au danger au cours d’une tempête, elle va être amenée à réfléchir, à être moins impulsive, à prendre le temps. 

 

 Kes se blesse pendant la tempête

 

Rose va faire des découvertes sur elle-même, elle ne veut plus être Rose mais Rowan. Ce sera son nom désormais, son vrai nom. 

 " J'aime bien les roses sauvages mais... parfois les gens disent mon nom et je pense qu'ils appellent quelqu'un d'autre, jusqu'à ce que je réalise qu'ils me regardent. C'est comme une paire de bottes parfaites qui n'a jamais été à ma taille. Est-ce que je devrais continuer d' essayer d'les porter pour toujours ?"

Plus de chevauchées fantastiques avec Kes blessé à l’aile en attendant que celui-ci guérisse. C’est à pied que Rowan, Léone et Kes parcourent la région, tissant des liens avec les habitants, le teinturier, la fileuse, la petite Sosha, les fermiers... Rowan découvre l’amitié mais aussi la beauté des plantes, des fleurs, des insectes qu’il prend le temps d’aimer, de comprendre, de dessiner.

 

Rowan dessine les fleurs

 Leone apprend à ne plus douter de lui-même, à se faire confiance, à jouer devant un public. Grâce à lui, la musique se révèle à Rowan, le bonheur de danser aussi et d’être en paix avec soi-même, en accord avec la nature. Même le cheval, guéri, danse et s'envole, la nature éclate de joie  ! 

 

La musique, la danse et la joie vivre


Le chant de nos pas aborde avec délicatesse le problème du genre, la recherche de l’identité, la nécessité de s'accepter soi-même pour être heureux. Les dessins et les coloris pastels, tout en nuances, donnent une impression de paix, d’équilibre et de joie. Rowan et Léone nouent une belle complicité autour de la nature et de l’art. La connaissance des autres enrichit les deux enfants. Un très joli livre agréable à regarder et qui amène à une belle réflexion. 

"C’est un peu fatiguant, d’essayer de faire ses preuves devant les autres. Certaines personnes ne te verront jamais comme tu veux être vu, t’sais ? J’crois qu’il vaut mieux te plaire à toi-même d’abord, et ceux qui t’aiment le verront. " 

 


 

dimanche 6 avril 2025

Francois Rivière et Riccardo Federici : La Madone de Pellini


La Madone de Pellini est une bande dessinée fantastique présenté en deux tomes  1) Lamb House et 2) L’orphelinat de Rosewood, sur une histoire imaginée par François Rivière et illustrée par Riccardo Federici.

Londres 1891

A la médiathèque, c’est la beauté des illustrations qui m’a attirée et lorsque j’ai vu qu’il était question de Henry James, j’ai cru un instant qu’il en était l’auteur.  En réalité, le scénariste de cette BD,  Francis Rivière, imagine que les nouveaux propriétaires de Lamb House, l'ancienne maison de Henry James, découvrent dans une cachette des documents et des manuscrits de l’écrivain et, en particulier une nouvelle intitulée La Madone de Pellini dans laquelle Henry James est à la fois auteur et personnage.
Nous sommes en 1891. La mode au XIX ème siècle est à l’occultisme et aux séances de spiritisme. Une jeune fille, Nora de Wing, habitant à Bruxelles, arrive à Londres pour rejoindre l’institut d’études psychiques. Elle veut développer ses dons de médium. Les pensionnaires de l’institut ont tous des particularités, un certain Mr Arnoldo, en particulier, a des dons de visionnaire. Plus tard, cet homme étrange la fait fuir avec ces visions effrayantes de l'avenir. 

Nora de Wing est ensuite présentée à l’écrivain Henry James et à son ami, Francisco Guibilati, un peintre épris de peinture italienne du XVI siècle. 

 

Nora est présentée à Henry James et au peintre

Lors d’une visite dans un musée, avec ses nouveaux amis, Nora découvre le tableau d’une femme nommée La Bella Donne di Lucca du peintre Pellini, un  artiste de la Renaissance, que Francisco Guibilati admire.


La Bella dona di Luccas de Pellini

Nora se rend à une séance de spiritisme, et là, la jeune fille est hantée par l’esprit d’une femme, Antonia, qui s'impose à elle. Elle s’évanouit et se réveille en proie à la terreur, poursuivie par des visions d'une vie antérieure qui n'est pas la sienne. Elle est alors invitée par Guibilati chez Henry James d'où elle disparaît brusquement.    

 



Dans le tome 2, Nora réapparaît à Londres sous le nom de miss Antonia dans l’orphelinat de Rosewood  où elle enseigne le théâtre aux enfants. Et là, j’avoue que je n’ai plus trop compris l’histoire tant le récit est complexe. Dans une autre vie, Francesco Guibilati, assistant du peintre Pellini, (celui-ci est doté d'un pouvoir magique)  jalouse le talent de son maître. De plus, tous deux sont amoureux d'Antonia qui doit incarner la Madone dans le tableau que Pellini a commencé. Francesco assassine son maître, l'empêchant de terminer le tableau qui disparaît dans "les limbes de l'art". 

 

La madone de Pellini

 

Pour  faire vivre ce chef d'oeuvre, les esprits des personnages du tableau sont rappelés à la vie avec l'aide des médiums de l'institut des études psychiques, rassemblés puis aspirés dans la toile. 

 


Nora, en particulier, possédée par l'esprit d'Antonia, incarne la Madone. Désormais son image rayonne sur la toile mais la jeune fille meurt. 

 

"Pauvre enfant" dit Henry James

 

Il m’a fallu deux lectures pour le tome 2 avant de débrouiller les fils de cette intrigue et je suis loin d'avoir tout compris.  C’est bien dommage car les dessins sont envoûtants, l’atmosphère fantastique avec les images hallucinées des victimes et le retour dans le passé de la Renaissance italienne.

 

L'assassinat de Pellini


Henry James découvrant les "esprits" qui vont figurer dans le tableau


 

jeudi 13 mars 2025

Jorge Gonzales et Olivier Bras : Maudit Allende et Julos Beaucarne : J'veux te raconter Kissinger...


 

Maudit Allende de Olivier Bras et Jorge Gonzales est une bande dessinée dont le titre m’étonne dès le début, moi qui ai toujours pensé à Allende comme à un homme courageux, un  président élu par son peuple, assassiné par la junte militaire aux ordres des Etats-Unis et de Nixon-Kissinger. Un adversaire du capitalisme américain.
Maudit Allende ? A moins que cela soit tout simplement une antiphrase ?

Mais non ! Allende est maudit aux yeux des parents du jeune Léo qui ont préféré s’exiler en Afrique du Sud lorsque celui-ci est porté au pouvoir. Il est maudit aux yeux des bourgeois chiliens, des riches propriétaires, parce qu’il a voulu partager les terres, nationaliser les mines, redistribuer les richesses, apporter plus de justice sociale.

Allende promet de nationaliser les mines et de donner un salaire décent aux mineurs


Léo qui ne connaît pas son pays ne s’est pas trop posé de questions pendant toute son enfance sauf lors d’une visite d’un cousin de son père qui déplore qu’Allende ait été trahi par Pinochet. Il lui laisse, caché dans un livre, le discours de Salvador Allende du 11 septembre 1973, jour où le palais de la Moneda a été bombardé et où le président s’est donné la mort.


 bombardement et incendie du palais de la Moneda : 11 septembre 1973

Devenu adulte, le jeune homme, cherche à se faire une idée sur ce qui s’est passé. Dans un parallèle, la BD retrace le vie des deux hommes, Allende et Pinochet, de leur enfance à la mort d’Allende et à la prise de pouvoir de Pinochet avec la répression sanglante qui suivit.
Revenu au Chili, Léo accompagné de Victoria, sa fiancée, journaliste, enquête sur les tortures, les disparitions, les assassinats dont s’est rendu coupable le gouvernement de Pinochet. Léo est encore au Chili quand il assiste le 3 mars 2000 au retour de Pinochet arrêté en Angleterre en 1998, renvoyé dans son pays prétendument pour des raisons de santé. Et il voit l’homme assis sur un fauteuil roulant se lever, offrir un sourire triomphal à la presse, saluer ses proches…

« Ses partisans se sont rassemblés dans le centre de Santiago, aux alentours de l’hôpital militaire. Ils s’amusent du mauvais tour joué par Pinochet pour échapper aux Européens. »

Au moment de son départ, il entend la confession d’un chauffeur de taxi qui faisait son service militaire au moment des faits et qui avoue avoir reçu l’ordre de transporter des cadavres dans une ambulance pour les jeter dans la rivière Mapocho à Santiago.

«  Ces cadavres me hantent. Je vis avec la peur d'être un jour poursuivi pour tout cela. Mais j'avais besoin de pouvoir le raconter enfin".

Après cela, Léo  a compris qui était Pinochet !  Mais quand il écrit à ses parents restés en Afrique du sud, on dirait bien qu’il s’en lave les mains :

« Les deux camps restaient irréconciliables, trente ans après le coup d’état. Et je ne me voyais pas vivre  dans un pays incapable de partager cette histoire commune».

Que dire de cette BD ? Les évènements paraissent racontés parfois de manière superficielle; tout est survolé. Ce à quoi il fallait s’attendre. Comment résumer trente années de cette tragique histoire en quelques pages ? J'ai eu parfois une impression de décousu et de fouillis à la fois dans le dessin et le récit. Tout est flou comme les belles et glaçantes peintures aux coloris sombres de Jorge Gonzalès, qui baignent dans le brouillard. 

Et la conclusion ? Veut-on ménager les deux parties dans ce désir de monter les défauts de l’un et de l’autre ? Est-ce par souci d’impartialité ?  Mais comment rester sans réaction face à à un coup d'état qui usurpe un pouvoir légitime, une Junte militaire appuyée par les Etats-Unis qui torture et supprime ses opposants ? Comment croire à la réconciliation alors qu’il y a toujours des victimes qui n'ont pas été retrouvées au Chili, toujours des familles qui ne savent pas ce que sont devenus les leurs ? Alors qu'il y a toujours des bourreaux qui échappent à la justice. J’avoue que je n’ai pas trop su comment recevoir ce récit et j'ai trouvé cette conclusion difficile à interpréter.


Lettre à Kissinger : Julos Beaucarne




Kissinger avec Nixon ont encouragé et soutenu le coup d'état du 11 septembre 1973.  Le socialiste Allende et ses réformes gênent les Etats-Unis, alors on s'en débarrasse en s'appuyant sur l'armée.

Kissinger déclare :

"Je ne vois pas pourquoi nous devons rester les bras croisés et regarder un pays devenir communiste en raison de l'irresponsabilité de sa population". "Ces questions sont bien trop importantes pour que les électeurs chiliens puissent décider eux-mêmes."  

Julos Beaucarne dans cette chanson en forme de lettre fait allusion au chanteur populaire chilien Jara emprisonné avec des milliers d'opposants au coup d'état fasciste à l'Estadio Chile (aujourd'hui nommé stade Víctor Jara en mémoire de son martyre) puis à l'Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s'abat alors sur Santiago. (wikipédia ici). Il apparaît dans cette BD.

 (* Kissinger, prix Nobel de la paix, il sera aussi poursuivi par plusieurs tribunaux comme criminel de guerre ! )

Jara


Challenge Littérature Chilienne che Je lis Je blogue


J'veux te raconter Kissinger


L'histoire d'un de mes amis


Son nom ne te dira rien 


Il était chanteur au Chili

Ça se passait dans un grand stade


On avait amené une table


Mon ami qui s'appelait Jara


Fut amené tout près de là

On lui fit mettre la main gauche


Sur la table et un officier


D'un seul coup avec une hache


Les doigts de la gauche a tranché

D'un autre coup il sectionna


Les doigts de la dextre et Jara


Tomba tout son sang giclait


6000 prisonniers criaient

L'officier déposa la hache


Il s'appelait p't'être Kissinger


Il piétina Victor Jara


Chante, dit-il, tu es moins fier

Levant les mains vides des doigts


Qui pinçaient hier la guitare


Jara se releva doucement


Faisant plaisir au commandant

Il entonna l'hymne de l'U


De l'unité populaire


Repris par les 6000 voix


Des prisonniers de cet enfer

Une rafale de mitraillette


Abattit alors mon ami


Celui qui a pointé son arme


S'appelait peut-être Kissinger

Cette histoire que j'ai racontée


Kissinger ne se passait pas


En 42 mais hier


En septembre septante trois

 

 



lundi 13 mai 2024

Emmanuel Lepage, Sophie Michel et René Follet : Les voyages de Jules

 

J’avais trouvé magnifique la bande dessinée d’Emmanuel Lepage, René Follet et Sophie Michel : Les voyages d’Ulysse, aussi j’ai continué la lecture avec Les voyages de Jules qui est le troisième tome de la trilogie et où l’on retrouve les héros de cette histoire.
Dans ce livre le peintre Jules Toulet que nous avions rencontré précédemment écrit son journal pour Anna, la femme de sa vie où il raconte en même temps que son enfance  comment est née sa passion pour la mer et à qui il doit sa formation de peintre. C'est auprès de son maître vénéré Ammon Kasacz qu’il s’est initié à son art. Et si sa vie l’a amené à quelques trahisons liées à sa jeunesse, son insouciance, il a la satisfaction de revoir son vieux maître et de l’assister dans sa mort avec Anna et Salomé. 



Cette passion pour la mer se double d’une passion pour la littérature et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé toutes les oeuvres dédiées à la mer qui l’ont marqué : Robinson Crusoé, bien sûr, mais aussi Pêcheurs d’Islande, Le vieil homme et la mer, Moby Dick, Moonfleet, La complainte du vieux marin, L’île au trésor, Vingt mille lieues sous les mers…

 



Les illustrations sont très belles mais j’ai moins aimé  ce dernier livre que Les voyages d’Ulysse, peut-être parce que le texte qui imite la calligraphie de Jules ou d’Ammon -au cours des lettres qu'ils échangent -laissent moins de place aux illustrations, détournent de la contemplation et finalement l’ensemble m’a paru un peu brouillon, moins poétique et  moins réussi que le précédent.



Voir les voyages d'Ulysse  ICI

 

 


dimanche 14 avril 2024

Emmanuel Lepage, Sophie Michel et René Follet : Les voyages d'Ulysse

 

En cherchant Ar-men un livre d’Emmanuel Lepage que Fanja m’avait conseillé, je suis tombée, en l’absence de  celui-ci, sur deux autres titres : Les voyages d’Ulysse et les voyage de Jules, tous les deux sur le monde la mer.

Les voyages d’Ulysse est le second volume d’une trilogie qui finit avec Les voyages de Jules et commence avec un livre que je n’ai pas trouvé en bibliothèque Les voyages d’Anna. Il va donc falloir me passer du premier pour parler de ce magnifique volume. 


Salomé Ziegler : La capitaine de l'Odysseus


Nous sommes dans les années 1885 à 1906.  Jules Toulet un peintre-dessinateur, hanté par la rupture avec la femme qu’il aime, Anna, se fait enrôler sur un voilier, l’Odysseus, dont le capitaine est une femme, Salomé Ziegler. Il paiera sa traversée en produisant une toile par semaine. Bien vite, il découvre que Salomé est à la recherche des oeuvres d’un grand peintre, spécialiste des antiquités grecques, Ammon Kasacz. Peu à peu, la jeune femme lui confie son passé et surtout son enfance heureuse et libre avec son frère Théo, entre ses parents, son père médecin et sa mère Athénais qui leur raconte les aventures d’Ulysse qui enflamment les jeunes imaginations. Après la mort accidentelle de sa mère, plus rien ne sera comme avant. 

 

Athénaïs, la mère de Salomé peinte par Ammon Kasacz

Je vous laisse découvrir les péripéties de la vie aventureuse et libre de Salomé qui apprend son métier de capitaine avec son mari Vassilios avant que celui-ci ne soit handicapé.  

 

Salomé sous les ordres de Vassilios
 

Mais il faut savoir que Salomé met, sans le vouloir, le feu aux tableaux du peintre Ammon Kasacz, ami de sa famille. Le portrait de sa mère disparaît dans l'incendie et son père est inconsolable.  La capitaine part alors à bord de l’Odysseus à la recherche du vieux peintre et de ses tableaux disséminés partout, Istanbul, Alexandrie, Athènes, Gibraltar, Ithaque, Santorin, la mer Méditerranée, celle qu'Ulysse a parcouru pendant vingt ans avant de retrouver son île.

 

La colère de Poséidon

 Un voyage maritime accompagné par Ulysse et ses compagnons car, à son tour, Salomé convoquent les personnages d’Homère auprès de son équipage, Circé, les sirènes, le monde des morts, le spectre de la mère d’Ulysse et celui d'Athanaïs...

 

Ulysse rend visite au Royaume des morts
 

... les tempêtes, les naufrages, la colère des Dieux, Poséidon, … Les univers s’interpénètrent, effaçant les frontières entre le passé et le présent, entre la réalité et la légende…


La colère de Poséidon


Les illustrations sont somptueuses et présentent à la fois l’univers des deux peintres Jules Toulet et celui de Omman Kasacz, alternant entre grand format sur deux pages

 

Le bateau d'Ulysse

et des planches avec des cadrages très variées aux couleurs tour à tour sombres ou violentes selon les évènements ou plus douces pour peindre l'enfance

 

La capitaine Salomé

 

 et partout, toujours, la mer, omniprésente, les navires peints avec précision, celui d’Ulysse, celui de Salomé, avec un luxe de détails

 

Le bateau de Salomé

 

  et le carnet de Ammon Kasarazc à la fin du livre comme un adieu.  Un très bel album.

 

L'Odysseus




dimanche 31 mars 2024

Cothias/ Parras : Le lièvre de Mars

Tome 1

Le lièvre de Mars de Lewis Caroll donne son titre à la bande dessinée de Cothias et Parras. Pourquoi ce titre ?  L’auteur joue sur les mots :  le Lièvre de Mars fait référence à l’expression anglaise « Mad as a March hare », allusion au comportement belliqueux des lièvres au moment de la reproduction à cette époque de l’année.  Alice l’évoque en souhaitant qu’en Avril le lièvre soit moins fou.  

Lièvre de Mars, aussi, parce le héros David Ruthefort, un américain, ne cesse de fuir, jouant le rôle d’un lièvre, pourchassé par des ennemis acharnés qui en veulent à sa vie. Il  entraîne dans la mort tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre lui viennent en aide, l’équipage d’un bateau de pêche, un ambassadeur, un vice consul, un chauffeur de taxi, une prostituée et l’hécatombe se poursuit de tome en tome… David est accusé de meurtres et traqué par les autorités  françaises et le FBI. On comprend qu’il détient un secret qui le désigne comme l'homme à abattre auprès des services secrets américains.

 

Tome 2


Quand il rencontre Alice ( et oui, toujours une allusion à Lewis Caroll), une psychothérapeute aveugle,  dont il tombe amoureux, il lui confie qu’il a fait des études de micro-biologie et a été recruté avec d’autres spécialistes par un astrophysicien renommé. Celui-ci leur explique qu’il est possible de terraformer Mars à l’aide d’une bactérie qui se nourrit de gaz carbonique et rejette de l’oxygène rendant ainsi la planète habitable. David s’endort et se retrouve sur Mars en même temps que les autres savants. Après deux ans de travail là-bas, on les enferme dans une salle de douche qui semble sortie tout droit des camps nazis et on les gaze. Grâce à ses records de plongée en apnée, l'américain peut retenir son souffle plus longtemps et reste le seul survivant. Il se réveille, en plein océan, recueilli par des marins pêcheurs dont le bateau est pris pour cible, puis échoué sur une plage de Bretagne. Transporté à l’hôpital, il passe pour fou quand il explique d’où il vient mais quelqu’un s’introduit dans sa chambre et essaie de l’abattre.

 


 Dès lors, la chasse à l’homme s’intensifie. Il est désormais aidé par Alice et ses amis. Pour échapper à ses poursuivants, dans le tome 3, il subit une intervention esthétique afin de changer de visage (et oui comme Boggart dans  Les passagers de la nuit  avec Lauren Bacall). Mais désormais la question se pose : David Rutherford est-il réellement allé sur Mars ou aurait-il été abusé ?  et si oui pourquoi ?  Il décide de retourner d’où il vient, c’est à dire aux USA pour enquêter.

Et voilà le combat finit faute de combattants car je n’ai pu lire que les trois premiers tomes empruntés à la bibliothèque et les suivants tardent à rentrer ! Un lecteur paresseux ? Quand les rendra-t-il ? Je ne sais ? Je vous le dirai car je veux savoir la suite !

Ce que j’ai pensé de cette bande dessinée ? Je n’aime pas le personnage, mais alors pas du tout ! C’est un savant mais il semble expert dans tous les sports de combat, style super héros invincible. Pire, c’est un homme odieux, arriviste, prétentieux. Marié, il n’aime plus sa femme et la pousse au suicide par son attitude immonde. Evidemment, en tant que lièvre, il devient une victime mais de là à être sympathique !!
De plus, d’un tome à l’autre, on va d’une violence à l’autre :  cela n’arrête jamais ! Enfin, je n’aime pas particulièrement les illustrations !  Et pourtant je veux lire la suite ! Contradictoire, c’est certain, mais je veux savoir la fin : est-il réellement parti sur Mars et si oui, la planète est-elle devenue viable? Si non, a quoi rime ce simulacre ? Enfin, pourquoi est-il l’homme à abattre ? Quel secret d’état détient-il ? 

 La curiosité me perdra ! 


Dasola Ta loi de ciné