Pages

mardi 30 mars 2010

Anniversaire : Ma Librairie a deux ans


tour-montaigne-2-jpg.1269469068.jpg
La librairie de Michel de Montaigne dans la tour de son château
Le 30 mars 2008, il y a deux ans donc, j'ai ouvert Ma Librairie dans le Monde. Depuis sous l'oeil bienveillant de Montaigne, de nombreux livres sont venus garnir les étagères fictives de ce blog.
Plus de 200 articles après, je me suis demandé quels livres je choisirais parmi ceux que j'ai lus pendant cette période.
Mes dix romans préférés
51dk53ysx2l_sl75_.1269363272.jpgJavier Cercas : Les soldats de Salamine  ici 1 et  2
J'ai adoré ce roman consacré à la mémoire des soldats de la Guerre Civile d’Espagne qui ont combattu pour la liberté et la République comme les Grecs l’ont fait jadis à Salamine. Mais écrit Javier Cercas : De toutes les histoires de L’Histoire, la plus triste est sans doute celle de L’Espagne, parce qu’elle finit mal.

51m1kqh9w9l_sl75_.1269363287.jpgManuel Rivas : Le crayon du charpentier  ici 1   ici 2

Entre réalité et fantastique, Le Crayon du charpentier écrit une magnifique page de l'Histoire espagnole au temps de la guerre civile : un récit émouvant, de beaux personnages, un point de vue original, celui du bourreau observant sa victime.

41huhzl2-sl_sl500_ss75_.1269385519.jpgC Virgil Georghiu : La maison de Petrodova ( ou Les noirs chevaux des Carpates)  ici

Ce roman qui nous dépeint les coutumes et les mentalités d’un peuple façonné par l’âpreté de la vie dans les hautes montagnes des Carpates - que Gheorghiu connaît bien puisqu’il est le sien - est une oeuvre passionnante.
51obmitbmyl_sl500_ss75_.1269385346.jpgAtiq Rahimi : Syngue Sabour   ici 1    ici 2

De ce roman, je retiens un huis clos étouffant rythmé par les bruits extérieurs qui évoquent la mort, la guerre et la folie des hommes. Un magnifique plaidoyer pour la liberté de la femme.
9782869307575_1_v.1269468477.jpg Raymond Carver : les trois roses jaunes

Recueil de nouvelles : ce qui m'a frappée dans Raymond Carver, c'est sa manière d'aborder une histoire souvent poignante par un petit détail insignifiant (ou qui paraît tel) et de nous laisser, à la fin, le coeur au bord des lèvres sans savoir comment il est parvenu à nous retourner ainsi, à nous faire éprouver un tel malaise, une telle tristesse? Du grand art!
519kxas9n7l_sl160_aa115_.1269456662.jpgChristian Bobin : autoportrait au radiateur voir ici 1   2   3

J'aime la poésie qui se dégage de ces petites textes archipels, ces éclats de beauté qui jaillissent de ci, de là, d'un bouquet de fleurs, d'une mère avec son enfant, d'un nuage ... cette attention patiente et fine portée au monde qui l'entoure.
41menrx7eal_sl500_ss75_.1269386551.jpgMilos Kundera : la plaisanterie

A une époque où l'on ne peut plus être anti-sioniste sans se faire accuser d'anti-sémistisme, où l'on ne peut plus être contre la burka sans être taxée d'anti-musulman, où une artiste ne peut plus reprendre une célèbre formule en la détournant - "travailler moins pour gagner plus- sans être censurée, où l'on n'ose plus jouer Voltaire librement ou dessiner des caricatures sur n'importe quel sujet est incendiaire, bref! à une époque où il faut tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler si l'on ne veut pas être traîné en justice, il FAUT lire La plaisanterie de Milos Kundera.
41na3x66fbl_sl75_.1269363256.jpgJoyce Carol Oates : Les chutes voir ici 1    2

Ce roman en trois parties de Joyce Carol Oates, qui présente une intrigue complexe et forte, a pour cadre les chutes du Niagara. Plus qu'un décor, plus qu'un personnage, le Niagara apparaît ici comme un Dieu tout puissant qui semble détenir un pouvoir de vie et de mort sur les personnages.
41n3zr-8t1l_sl500_ss75_.1269363779.jpgChahdortt Djavan : La muette

Un petit roman, très court, qui résonne comme un cri, frappe comme un coup de poing, une dénonciation des violences faites aux femmes en Iran, petites filles mariées par leurs parents à des vieillards vicieux, privées d'éducation, d'amour, de liberté. Tristement d'actualité avec la loi sur l'âge minimum des filles pour le mariage au Yemen
41xntyae3wl_sl500_pisitb-sticker-arrow-bigtopright35-73_ou08_ss75_.1269386372.jpgJane Austen : Northanger Abbey :  ici 1   2

Double bonheur - celui de lire en anglais pour la première fois depuis bien longtemps un roman de Jane Austen, écrivain dont je connais tous les titres! et cela pendant mon voyage à Bath en pèlerinage sur les lieux décrits par Jane Austen. De cet auteur, j'aime l'humour caustique, les portraits satiriques de ses contemporains écrit d'un plume acérée, sa manière ironique et légère de se moquer de ses héroïnes trop romantiques tout en nous les faisant aimer.

Un recueil de poésies : Découverte de Rafael Alberti
catalogo-rafael-alberti-lt-br-gt-alberti-sobre-los-angeles-i0n98665.1269468849.gifRafael Alberti : sur les anges (recueil de poésie)voir 1    2

A propos de son recueil Sur les anges, le grand poète espagnol Rafael Alberti écrit : C’est alors que j’eus la révélation des anges, non pas des anges chrétiens, corporels, des beaux tableaux ou des gravures, mais de ces anges qui ressemblaient à d’irrésistibles forces de l’esprit, aptes à être façonnées selon les états les plus troubles et les plus secrets de ma nature.

un document :

543995830_mjpg.1269386817.gifGitta Sereny : Au fond des ténèbres un bourreau vous parle

(document)
Ce livre, une enquête rigoureuse sur un bourreau nazi, directeur du camp de Treblinka, que l'auteur a rencontré juste avant son procès, a le mérite de nous décrire par le détail l'horreur des camps et surtout de nous faire réfléchir à la nature humaine. Qu'est-ce qui amène des gens en apparence normaux à commettre des actes d'une telle barbarie? n'y-a-t-il pas en chacun de nous une part d'ombre? Qu'aurions-nous fait à leur place? A rapprocher de La mort est mon métier de Robert Merle et de Les bienveillantes.
Pas de livres policiers dans la liste de mes dix romans préférés? Alors je me rattrape! :
519mw2d5czl_sl500_ss75_.1269456429.jpgDonald Westlake : Le couperet (roman policier)  voir 1    2

Le couperet de Donald Westlake paru en 1997 est toujours d'actualité avec la crise économique que nous connaissons et le chômage qui menace non pas seulement les ouvriers mais aussi les cadres. j'ai beaucoup appris sur la gestion des entreprises et les fonds de pension. Un livre politique féroce et grinçant mais aussi un roman noir avec suspense et angoisse.
412rcvyshwl_sl160_aa115_.1269456208.jpgStieg Larson : Millenium
Peu m'importe si les critiques le considèrent comme un bon ou mauvais roman, si le succès est dû à la mode et au tapage médiatique... Moi, je me souviens que j'ai vécu les aventures de ce roman avec fièvre, que j'y ai gagné quelques nuits blanches tant je ne pouvais me détacher des trois tomes ... sans compter les discussions passionnantes. Et ma foi, je ne risque pas de renier ce genre de bonheur. Vive la littérature évasion! Quoique... évasion? Hum! peut-être? mais elle est aussi ancrée dans un pays dont l'auteur dévoile les noirceurs

dimanche 21 mars 2010

David Wroblewski : l’histoire d’Edgar Sawtelle



 Et voilà un livre comme je les aime dans lequel on s'enfonce délicieusement, que l'on ne peut quitter tant on est tenu en haleine, que l'on n'a de cesse d'avoir fini tout en sachant qu'on regrettera d'avoir à le fermer en arrivant à la dernière page.

L'histoire d'Edgard Sawtelle de Davis Wroblewski est celle d'un petit garçon, muet de naissance, dans une ferme du Wisconsin où il grandit avec ses parents, Gar et Trudy, qui sont éleveurs de chiens et ceci depuis des générations. Doué d'une précocité remarquable, l'enfant apprend le langage des signes qu'il invente au besoin et est suivi comme son ombre par sa chienne Almondine qui lui sert à la fois de nounou et d'ange gardien, personnage à part entière du roman et non le moins attachant!
C'est avec beaucoup de talent que l'auteur nous introduit dans cette vie campagnarde, paisible mais laborieuse, vouée à l'élevage des chiens Sawtelle, une race créée par les grands parents d'Edgar, et inlassablement améliorée selon un principe tout darwinien. Nous partageons le quotidien de la famille dont les tâches se distribuent entre les soins, les recherches sur l'hérédité, les naissances, le dressage ... une vie somme toute routinière mais faite de beaucoup de joies, de satisfactions dans les échanges avec les chiens, d'amour et de respect mutuels. Pourtant des ombres inquiétantes viennent troubler l'harmonie apparente, la fragilité de Trudy qui a perdu un enfant à la naissance, le côté renfermé d'Edgar, et surtout l'arrivée de Claude, le frère de Gar. Et la haine que semble se vouer les deux frères depuis l'enfance va ressurgir...

Il ne faut pas dévoiler plus longuement l'intrigue qui nous réserve bien des surprises. Sachez cependant que ce roman original, surprenant, inclassable, tant il adopte des tons différents est aussi un roman initiatique qui nous fait partir à l'aventure dans la forêt de Chequamedon avec Edgar, un livre sur la nature dont David Wroblewski nous décrit la beauté et les violences, magnifique description de tornades au-dessus d'un lac, un récit fantastique où fait irruption avec violence l'irrationnel, une rencontre formidable avec une pléïade de personnages exceptionnels.. De plus l'écrivain sait créer un suspense haletant qu'il entretient jusqu'à l'ultime page.

Placé sous patronage de Kipling avec Le Livre de la jungle, ouvrage préféré d'Edgar qui finit par s'incarner dans le personnage de Mowgli pendant son errance dans la forêt entouré de ses trois chiens, l'on ne peut s'empêcher de penser aussi à Hamlet lors de l'apparition du spectre décrite d'une manière hallucinante.

mardi 9 mars 2010

Deux romans « policiers » : C J Box et James Lee Burke : Détonations rapprochées/Prisonniers du ciel

51fyksgpfbl_ss500_.1268161085.jpg

Me voilà bien en retard pour parler des livres que j'ai lus au mois de février!!  Alors voilà, j'ai décidé de mettre les bouchées doubles et d'écrire dans cet article  sur deux romans que l'on peut classer dans le genre policier(?)... et que j'ai dévorés  à la suite l'un de l'autre : Détonations rapprochées de CJ Box paru dans Points  aux éditions du Seuil et  Prisonniers du ciel de James Lee Burke dans Rivages/Noir.  Ils m'ont procuré tous deux un plaisir de lecture de qualité très différente .
51f8121qk1l_sl500_aa240_.1268163528.jpgTout d'abord Détonations rapprochées de  CJ. Box, est  le premier d'une série présentant les enquêtes d'un jeune garde-chasse du Wyoming, Joe Pickett. Celui-ci effectue un travail de routine : dresser des procès verbaux à ceux qui chassent ou pêchent sans permis, protéger les espèces en voie de disparition, arrêter les braconniers.  Oui, mais voilà, ces derniers peuvent parfois se révéler dangereux! Et même très dangereux surtout quand Ote Keeley, un guide de chasse avec qui Joe a déjà eu maille à partir, vient mourir sur un tas de bois devant chez lui. Et ceci d'autant plus que le mort fait des petits, pour reprendre l'expression de George Brassens,  que l'on retrouve deux cadavres dans une tente, que Joe et ses collègues, se sentant menacés, abattent Clyde Lidgard, un déséquilibré considéré pourtant comme inoffensif. Commence alors une chasse à l'homme pour retrouver le véritable meurtrier, dans laquelle Sheridan, la petite fille de Joé, va se trouver impliquée.
Détonations rapprochées fonctionne comme un thriller et l'intrigue nous tient en haleine. Mais ce que j'ai le plus aimé dans le roman est ce qui le distingue des livres de ce genre. Tout d'abord le personnage, Joé, qui est un anti-héros, timide, maladroit, gaffeur. Pourtant il est honnête et courageux même si ,comme tout un chacun, il peut avoir une peur bleue qui lui fait perdre ses moyens. L'amour qu'il porte à sa famille, sa femme et ses deux petites filles, tient une grande place dans l'histoire, ce qui donne envie de suivre le personnage, de le voir évoluer, de voir grandir ses enfants qui ont -surtout Sheridan- une forte personnalité. La description du Wyoming profond, de sa population et, en particulier, de ses chasseurs parfois primaires (!) qui sont en nombre prédominant dans la région, donnent lieu à des scènes assez savoureuses comme celle de l'enterrement de Ote Keeley et de ses amis. L'auteur parle manifestement d'un milieu qu'il connaît bien puisqu'il a été lui-même guide de pêche et a travaillé dans un ranch.
Bref! un livre qui accroche sans être un grand roman.  On se dit : il faut voir la suite*!
Prisonniers du ciel est d'une autre trempe au niveau de l'écriture et, dès les premières pages, j'ai senti que j'étais face à un grand écrivain;  j'ai été saisie par le foisonnement d'un style qui capture le lecteur, l'emporte par la puissance de l'écriture  sur la côte de Louisiane, au sud de New Iberia, au milieu des marais couverts de cladions, de cyprès morts aux guirlandes vaporeuses de barbe espagnole, véritables labyrinthes de canaux et de bayous qui étouffent sous les jacinthes d'eau, dans l'odeur des embruns salés. Il y a une puissance d'évocation envoûtante, sensuelle, prenante, dans les descriptions de ce pays hors du commun, un peu en marge et sur le déclin, où tout semble livré à l'érosion lente du temps. Et ce roman résonne un peu comme un adieu à ce monde en décomposition qui perd peu à peu ses repères et  oublie son passé.
Et puis il y a la noirceur des  thèmes, étouffante, terrible, sans issue.  Car il n'y a pas  d'espoir dans les romans de Lee Burke. Et ce n'est pas son héros, ivrogne repenti mais toujours prêt à sombrer, ancien combattant du Vietnam dévoyé par la guerre et policier rompu à la violence, qui me contredira, Dave Robicheaux et son baroque nom français, Dave Robicheaux, personnage récurrent des romans de Lee Burke, avec son incapacité au bonheur, ses flambées de violence, sa soif de bagarre et de vengeance. Aucun espoir, donc, dans cette Louisiane où des familles noires vivent dans la misère, où la maffia est toute puissante et intouchable et la police inefficace ou corrompue.
Pourtant  Dave Robicheaux fait des efforts. Il fait tout son possible pour trouver le bonheur dans l'amour de sa nouvelle épouse, Annie, plus jeune que lui et qui représente l'avenir, pour aimer cette vie tranquille comme patron de location de bateaux de pêche, une vie proche de la nature, celle qu'il a connue enfant avec son père, celle qui le tient quitte de la violence et de l'horreur de ce monde. Seulement voilà! Il y a ce petit avion qui s'écrase près de chez lui sur les marais, il y a cette petite fille qu'il sauve, qu'il adopte, qu'il protège, une petite réfugiée du Salvador qui porte sur ses épaules toute la malédiction de la guerre, il y a les victimes de cet accident d'avion qui ne sont pas morts naturellement. Alors Dave Robicheaux reprend la route et ses démons vont se réveiller.
A propos des livres de CJ Box : voir  l'article de Dominique dans le blog  A sauts et à gambades

lundi 8 mars 2010

Lucia Etxebarria : Tout le monde a droit au bonheur...



C'est à la lumière de  l'actualité récente en Vendée que je relis cette  phrase :

Tout le monde a droit au bonheur, sauf peut-être les néonazis, les skinheads et les spéculateurs immobiliers*
*Lucia Etxebarria  : Je ne souffrirai plus par amour