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vendredi 23 janvier 2026

challenge : Les deux George de la littérature

  

Le challenge Les deux George de la littérature vous invite à vous joindre à nous, Miriam et Claudialucia, et à partager nos lectures  sur George Sand (1804-1876) et George Eliot ( 1819- 1880).

Vous pouvez lire leurs romans, nouvelles, biographies, autobiographie, leur correspondance avec les personnalités de leur époque. Le choix est riche et variée

 

Des point communs

George Sand

Ces deux écrivaines, française et anglaise, ont beaucoup de points communs, et d’abord le choix du même pseudonyme masculin, George, dans une société qui ne permettait pas aux femmes de s’affirmer comme telles lorsqu’elles écrivaient ou lorsqu’elles cherchaient à sortir du cadre étroit qui leur était assigné, foyer et maternité. Il s’agit donc d’une contestation de cette société dont les lois maintenaient les femmes sous la dépendance masculine tant au niveau juridique qu’intellectuel.  Le prénom George ?  Courant à l’époque, il permet de se libérer du carcan social. 

 Toutes deux vivront de leur plume. Toutes deux ont choisi d’être indépendantes, en bravant les interdits de leur société,  selon une conduite jugée scandaleuse pour l’époque.


Amantine Aurore Dupin, baronne Dudevant, a secoué « l’affreux joug du mariage » en se séparant de son mari et en vivant de sa plume. Elle affiche ses amants dont Jules Sandeau à qui elle emprunte, par la suite, son pseudonyme Sand.

 

George Eliot

 

Mary-Ann Evans a d’abord eu une période de ferveur religieuse. Puritaine, elle observe une vie austère mais dans les années 1840 sa rencontre avec des intellectuels libres-penseurs va faire évoluer sa pensée. Plus tard, elle vivra avec George Henry Lewes, un homme marié et père de famille, dont elle prendra le prénom pour écrire. Elle aussi connaîtra le succès littéraire.

 

Des différences 

George Sand

 

Mais les différences entre les deux écrivaines sont aussi nettes et le challenge Les deux George de la Littérature nous permettront de les découvrir.

George Sand commence à écrire dans les années 1830 et illustre la seconde génération du romantisme. Son oeuvre est marquée les thèmes propres à ce mouvement, lyrisme, idéalisme, exaltation des passions, sens de la nature. Elle met la littérature au service de ses idées féministes  puis de ses idées socialistes. Ses romans du monde rural dans les années 1840 sont réalistes dans la mesure où elle connaît bien ce milieu mais elle ne s’interdit pas l’idéalisme dans les descriptions des personnages. Ses romans sont engagés dans les débats sociaux, elle décrit les conditions de vie des paysans, elle prône l’égalité sociale. Elle est républicaine et socialiste et elle prend position lors de la révolution de 1848.

Dans la préface de La Mare au diable elle écrit :  « Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (…) . Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale… »


George Eliot


George Eliot qui écrit dès les années 1850 décrit avec réalisme la vie provinciale de l’Angleterre victorienne. Ce qui l’intéresse, c’est la justesse de la description psychologique des personnages,  sans embellissement. Elle présente une critique de la société et de ses hypocrisies. Elle critique la condition féminine et les interdits moraux de la société victorienne. Mais elle n’a pas le même engagement politique et social que George Sand. Elle veut réformer la société par une approche morale et philosophique. Dans une lettre de 1968, elle écrit : 

« Le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui les lisent soient davantage capables d’imaginer et de ressentir les peines et les joies de ceux qui sont différents d’eux. »


Leurs oeuvres



George Eliot

 George Eliot en a écrit 7 romans et des nouvelles : 

Adam Bede (1859), 

Le Moulin sur la Floss (1860), 

Silas Marner (1861),

Romola (1862–1863), 

Felix Holt, le radical (1866), 

Middlemarch (1871–1872) 

 Daniel Deronda 

et Scènes de la vie cléricale : trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil's Love-Story et Janet' Repentance paru en 1857 

George Sand

George Sand a écrit plus de 70 romans et 50 volumes d’oeuvres diverses, nouvelles, contes et légendes, correspondance, pièces de théâtre, essais, articles. Impossible de les citer tous !  Voici les oeuvres principales classées par thème : 
 
Féminisme, amour et mariage
Œuvres qui dénoncent le mariage imposé, l’inégalité entre hommes et femmes et défendent l’émancipation féminine.
    •    Indiana
    •    Valentine
    •    Lélia
    •    Jacques
    •    Lucrezia Floriani

 Romans champêtres : Nature, ruralité et idéalisme
Le Berry est le cadre de ces romans qui mettent en valeur les qualités du peuple, sa sagesse, sa dignité.
    •    La Mare au Diable
    •    François le Champi
    •    La Petite Fadette
    •    Les Maîtres sonneurs

 Justice sociale, peuple et politique
Sand  prône l’égalité sociale et la valeur des travailleurs.
    •    Le Compagnon du tour de France
    •    Le Meunier d’Angibault
    •    Horace
    •    La Ville noire

 Art, musique et création
Réflexion sur le rôle de l’artiste, la création, la grandeur de l’art en particulier de la  la musique.
    •    Consuelo
    •    La Comtesse de Rudolstadt
    •    Les Beaux Messieurs de Bois-Doré
    •    Les maîtres sonneurs

Philosophie, idéalisme 
Œuvres marquées par le romantisme.
    •    Lélia
    •    Spiridion
    •    Gabriel

 Autobiographie et écrits personnels
    Histoire de ma vie

Fantastique, Contes et Légendes

le château de Pictordu

légendes rustiques

Contes de grand-mère

la fée aux gros yeux

la fée poussière


Théâtre dont 31 pièces

Le roi attend (1848)    
     
Claudie (1851)

Le Marquis de Villemer (1864)

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Biographies


George Sand 

George Sand Martine Reid 

Lélia ou la vie de G Sand André Maurois

George Sand ou le scandale de la liberté Joseph Barry

George Sand Audrey Pennel

George Sand Danielle Netter 

George Eliot

L’autre George de Mona Ozouf

Une passion pour George Eliot de Kathy o’Shaughnessy

George Eliot Rosemary Ashton Édition en Anglais 

 

Comment participer ?

 

 
 
Le challenge durera un an :  Du mois de Février 2026 au mois de Février 2027


Vous  pouvez participer en lisant librement un livre de George Sand et/ou de George Eliot de votre choix et en publiant un billet le 30 du mois (pour  Février le 27).

Ou /et nous rejoindre dans des Lectures communes.

Pour  le 27  Février  

George Eliot  :  le moulin sur la Floss  et un livre de Sand soit  Le Moulin d'Angibault, soit La Petite Fadette au choix

Pour le 30 mars

Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand au choix

pour le 30 Avril

La ville noire de Sand et Felix Holt le radical d'Eliot 

Pour le 30 Juin

Une biographie de George Eliot (en français ou en anglais) et une biographie de George Sand.


Pour le 30 juillet et le 30 août: Liberté de découverte pas de LC.

et l’on verra par la suite pour la reprise des LC.

 

Pour ma part, j'ai participé à  un challenge George Sand il y a quelques années mais je suis loin d'avoir tout lu d'elle ! Voir Ici 

 

Et j'ai lu récemment :  Middlemarch de George Eliot

 

Les logos à utiliser : 

 








lundi 15 septembre 2025

Jules Verne : Kereban le têtu

 

 

Avec Kereban le Têtu, Jules Verne concocte pour ses lecteurs un roman comique où les portraits de personnages tirant vers la caricature, les situations absurdes, l’avalanche d’aventures en tout genre s’accumulent pour former un récit pour le moins original, étonnant, amusant. Le contraste entre le têtu Kereban « Quand j’ai dit non, c’est non ! » et le trop conciliant et molasson Van Mitten, son ami, est l’une des constantes et l’un des ressorts comiques du roman. Et que dire du pauvre Bruno, le serviteur, si fier de son embonpoint acquis au service de son maître et qui voit avec consternation son ventre maigrir au cours de ce voyage fou, fou, fou !
Mais, bien sûr, sinon cela ne serait pas Jules Verne, il s’agit d’un roman instructif aussi ! Jules Verne, fidèle à ses habitudes, nous fait visiter les pays traversés et l’Histoire de toutes ses régions riches de leur passé glorieux et qui se rappellent à notre présent, notamment quand on traverse la Crimée, russe depuis la Tsarine Catherine II.

Jugez plutôt du point de départ : Kereban le Turc, richissime négociant en tabac, rencontre à Constantinople son ami, Hollandais, Van Mitten, qui exerce le même métier que lui mais est venu se réfugier en Turquie pour fuir son épouse et ses déboires matrimoniaux. Il paraît que Jules Verne, dans ce roman, règle ses comptes avec sa femme ! 

- …Vous savez, les affaires!… les affaires!… Je n'ai jamais trouvé cinq minutes pour me marier !
- Une minute suffit! répondit gravement Van Mitten, et souvent même … une minute, c'est trop!


Kereban invite son ami toujours suivi de son fidèle serviteur Bruno à venir manger chez lui, dans sa belle propriété à Scutari (l’actuel Üsküdar) sur la rive asiatique du Bosphore, juste en face de Constantinople. Pour cela, il faut traverser le détroit en caïque, ce qui n’est l’affaire que de peu de temps.

 

En l'absence de pont la traversée vers Scutari (Uskudar) se faisait en bateau

Mais voilà que les autorités de Constantinople déclarent que désormais il faudra acquitter un droit de péage pour la traversée. Bien qu’il s’agisse d’une somme dérisoire pour un homme aussi riche que lui, Keraban s’indigne, refuse de payer; il s’entête, Il y va de son honneur ! Il ne paiera pas ! Et pour arriver chez lui, le voilà qui entreprend un voyage autrement coûteux et autrement long (2800 kilomètres), faire le tour de la mer noire avec ses amis. Il lui faudra traverser la Bulgarie, la Roumanie, l’Ukraine, la Russie, la Géorgie et revenir en Turquie sur la rive asiatique.



De plus, allergique au progrès, Kereban refuse d’emprunter des moyens de locomotion moderne comme le train et de s’aventurer sur la mer en bateau car il craint le mal de mer. Et comme vous le savez maintenant, Kereban est têtu ! Bruno résume  la situation ainsi : 

« De toutes les têtes de Turc dans lesquelles on tape dans les foires, je ne crois pas qu’il puisse jamais s’en trouver une aussi dure que celle-là !  « 
- «  Ta comparaison, si elle n’est pas respectueuse, est très juste, Bruno, réplique Van Mitten. Aussi comme je me briserai le poing sur cette tête, je me dispenserai, à l’avenir, de frapper dessus ! »

 Ajoutez à cela qu’il faudra accomplir ce voyage en un temps record car Kereban doit impérativement arriver à Scutari pour le mariage de son neveu Ahmet avec la charmante Amasia, fille de son ami banquier d'Odessa. De plus, le mariage ne peut être reporté car ce serait renoncer à un héritage subordonné à une date précise. Rien n’est simple, tout se complique et ceci d’autant plus que le jeune homme se voit obligé par son oncle de partir avec lui et que, pendant son absence, la jeune fille et sa suivante vont être enlevées par d’affreux bandits qui veulent les vendre à un harem. 
Ah! l’Horreur ! Vous allez en vivre des aventures rocambolesques, vous enliser dans le delta du Danube, échapper à une meute de sangliers, risquer la prison à maintes reprises ou une collision avec un train ( et toujours à cause de l’entêtement de Kereban, le bien nommé) ! Vous allez sauver des jeunes filles en détresse dans une tempête, faire un quasi mariage forcé avec une Kurde, trois fois veuve, la noble Sardapoul ! Pauvre Van Mitten qui fuit son mariage pour tomber entre les pattes de cette matrone ! 
Mais bon à savoir, tout va bien se terminer avec encore moult quiproquos et moult entêtements de la part de notre héros !

Un curieux roman qui m’a bien amusée !


La Bulgarie

 


Comme j’ai lu ce livre non seulement dans le cadre du challenge de Jules Verne, de celui de la Carte d'Europe autour de la mer noire mais aussi de la Bulgarie, je me suis intéressée plus particulièrement à ce pays dans ce roman.
Le roman de Jules Verne  est écrit en 1883. Au début du voyage entrepris pas Kereban, l'écrivain écrit : « La Turquie d’Europe comprend actuellement trois divisions principales : la Roumélie (Thrace et Macédoine), l’Albanie, la Thessalie , plus une province Tributaire, la Bulgarie ».

La Bulgarie  après la victoire Russe contre  les  Ottomans en 1878  et le traité de San Stéfano devait devenir une grande principauté autonome mais la Grande Bretagne et l’Empire austro-Hongrois  s’y opposent  et le traité de San Stefano ne fut jamais appliqué.. 

«  La conséquence majeure, voulue par la diplomatie britannique, fut le traité de Berlin du 13 juillet 1878, qui eut pour but de contenir la Russie, et pour conséquence de réduire la Bulgarie de San Stefano à deux entités séparées : une « principauté de Bulgarie » vassale de l'Empire ottoman (entre le Danube et le Grand Balkan), et la « Roumélie orientale », province autonome de celui-ci (entre le Grand Balkan et le Rhodope). » « Ces deux petites principautés bulgares qui, malgré les réticences des puissances occidentales, parviennent à s'unir en 1885 en un royaume qui fait reconnaître son indépendance en 1908. Pour tenter de retrouver ses frontières de San Stefano, la Bulgarie s'allie à l'Allemagne durant les deux guerres mondiales. En 1946, elle est intégrée dans le « bloc de l'Est » qui se disloque en 1990. Elle est membre de l'Organisation mondiale du commerce depuis 1996, de l'OTAN depuis 2004, de l'Union européenne depuis 2007. (source Wikipédia)

Le soir du second jour les voyageurs atteignent Bourgas bâti sur le golfe du même nom en Roumélie  où ils dorment dans une auberge rudimentaire, puis  la route qui s’écarte du littoral, les ramène le soir à Aïdos jusqu’à Varna.

« Ils traversaient alors la province de Bulgarie, à l’extrémité sud de Dobroutchka, au pied des derniers contreforts des Balkans »
Jules Verne y décrit un passage difficile « dans des vallées marécageuses, tantôt  à travers de plantes aquatiques, d’un développement extraordinaire, dans lesquelles la chaise avait bien de la peine à ne pas glisser, troublant la retraite de milliers de pilets, de bécasses, de bécassines, remisés sur le sol de cette région accidentée. »

  



« On sait que les Balkans forment une chaîne importante. En courant entre la Roumélie et la Bulgarie vers la mer Noire, elle détache de son versant septentrional de nombreux contreforts, dont le mouvement se fait sentir jusqu’au Danube. »
 

Mais bien vite les voilà en Roumanie.


 

Chez Taloiduciné Dasola


Chez Cléanthe



samedi 6 septembre 2025

Jules Verne : Le rayon vert

 

  

Dans son roman Le rayon vert Jules Verne imagine que son héroïne, la charmante écossaise Helena Campbell - orpheline élevée par ses deux oncles qui veulent la marier-  leur répond qu’elle ne se mariera que lorsqu’elle aura pu observer le rayon vert. Celui-ci est le dernier rayon que le soleil lance avant de se coucher sur la mer et de disparaître à l’horizon, dans un  ciel  pur, débarrassé de toutes particules et  nuages…
 Cette Écossaise, dont la « fibre patriotique vibrait comme la corde d’une harpe », est dotée d’un tempérament poétique et rêveur à l’extrême. Son caractère présente une dualité marquée : elle peut se montrer tantôt sérieuse et réfléchie, tantôt superstitieuse et fantasque. Bonne et charitable « elle s’appliquait à justifier le vieux proverbe gaélique : “Puisse la main qui s’ouvre être toujours pleine !” »

 

Le rayon vert du film de Rohmer

Pour moi Le rayon vert a une résonance particulière. Je me souviens d’avoir essayé, en vain, de l’observer en Lozère avec mes amis cinéphiles, tous amoureux d’Eric Rohmer dont nous aimions le film éponyme qui venait de sortir. Nous avions peu de chance de l’apercevoir en montagne, il faut bien le dire, mais cela avait peu d’importance puisque j’ai toujours cru que le rayon vert n’existait pas. Or, récemment, en cherchant des images du film sur le net,  je me suis aperçue que non seulement Rohmer ( ou plutôt son équipe) l’avait filmé ( au ralenti) et que ce n’était pas un trucage comme je l’avais cru jadis mais une réalité.  

Ainsi le « mythique »  rayon vert, qui donne un pouvoir exceptionnel de lucidité sur soi-même et sur les autres, celui qui permet d’y voir plus clair dans ses sentiments, est tout simplement un phénomène physique rare qui ne dure qu’une seconde ou deux d'où la difficulté de le saisir et encore plus de le filmer !
« Le rayon vert est  la combinaison de deux phénomènes différents, la dispersion et la diffusion de la lumière par l’atmosphère  terrestre (beaucoup plus épaisse à l’horizon) qui joue le rôle d’un prisme. »


 

Le rayon vert

Mais revenons à nos moutons ou plutôt au roman de Jules Verne qui a d’ailleurs inspiré Eric Rohmer !

Il faut bien l’avouer Sam et Sib Melvill adorent leur nièce et sont toujours prêts à faire ses quatre volontés, mais ils ne sont pas très au fait des sentiments féminins quand ils cherchent à la marier avec le savant (et prétentieux), insipide, pour ne pas dire définitivement rasoir, Aristobulus Ursiclos. Déjà avec un nom pareil, le lecteur le moins fûté comprend que le jeune homme est in-mariable. 

Si bien que nous nous lançons avec Helena et ses oncles à la recherche du rayon vert qui décidera de son mariage. Au cours de cette quête qui se passe en Ecosse nous sommes rejoints par le jeune et courageux Olivier Sinclair, dernier « rejeton d’une honorable famille d’Edimbourg », qui s’est illustré devant la jeune fille par un héroïque sauvetage en mer dans le gouffre de Corryvrekan.

 « Le gouffre de Corryvrekan, justement redouté dans ces parages, est cité comme l’un des plus curieux endroits de l’archipel des Hébrides. Peut-être pourrait-on le comparer au raz de Sein, formé par le rétrécissement de la mer entre la chaussée de ce nom et la baie des Trépassés, sur la côte de Bretagne, et au raz Blanchart, à travers lequel se déversent les eaux de la Manche, entre Aurigny et la terre de Cherbourg. La légende affirme qu’il doit son nom à un prince scandinave, dont le navire y périt dans les temps celtiques. En réalité, c’est un passage dangereux, où bien des bâtiments ont été entraînés à leur perte, et qui, pour la mauvaise réputation de ses courants, peut le disputer au sinistre Maelström des côtes de Norvège. »
 

Pas besoin du rayon vert pour savoir ce qui va arriver !

« Peintre distingué, qui aurait pu vendre ses œuvres à haut prix s'il l'eût voulu, poète à ses heures — et qui ne le serait à un âge où toute l'existence vous sourit ? —, cœur chaud, nature artiste, il était pour plaire et plaisait sans pose ni fatuité. (…) »

D’habitude, c’est le savant qui, dans Jules Verne, a le beau rôle. Ce n’est pas le cas ici ! Aristobulus va se rendre de plus en plus insupportable car le roman ne manque pas d’humour et chaque fois que les jeunes gens vont enfin pouvoir admirer le rayon vert, que toutes les conditions sont réunies, qui surgit entre eux et l’horizon ? Devinez ? Même le lecteur a envie que le fâcheux jeune homme reste définitivement suspendu à la souche qui l’arrête quand il tombe de la falaise et d’où Olivier, charitable, le décroche ! Qui plus est, l’explication qu’il donne du rayon vert est fausse… mais on ne le savait pas à l’époque ! Pardonnons-lui !

Le roman est aussi un prétexte à une visite de l’Ecosse, de son littoral et de ses îles, de la mer, qui donne lieu à des descriptions pittoresques et détaillées du pays, ce qui n’est pas l’un des moindres intérêts de la lecture.

« C’est un curieux emplacement, ce terrain semé de pierres funéraires, où dorment quarante-huit rois écossais, huit vice-rois des Hébrides, quatre vice-rois d’Irlande, et un roi de France, au nom perdu comme celui d’un chef des temps préhistoriques. Entouré de sa longue grille de fer, pavé de dalles juxtaposées, on dirait une sorte de champ de Karnac, dont les pierres seraient des tombes, et non des roches druidiques. Entre elles, couché sur la litière verte, s’allonge le granit du roi d’Écosse, ce Duncan illustré par la sombre tragédie de Macbeth. De ces pierres, les unes portent simplement des ornements d’un dessin géométrique ; les autres, sculptées en ronde bosse, représentent quelques-uns de ces farouches rois celtiques, étendus là avec une rigidité de cadavre.
Que de souvenirs errent au-dessus de cette nécropole d’Iona ! Quel recul l’imagination fait dans le passé, en fouillant le sol de ce Saint-Denis des Hébrides ! »

 


 


 

vendredi 25 juillet 2025

Molière : Tartuffe / Hugo Mille francs de récompense /Wilde De profundis

Au théâtre l'Albatros
  

Et oui bientôt la fin du festival. Je pars le 25 dans mes Cévennes où je ne pourrai pas écrire tout de suite mais je reprendrai au mois d'août.  Aussi je me dépêche de dire quelques mots sur les spectacles que j'ai vus. Il m'en reste encore beaucoup à vous présenter. 

 
MOLIÈRE LE TARTUFFE
 
  
COLLEGE DE LA SALLE  MOLIERE Le Tartuffe  13H45 1H30  relâche  le 10 
 
présentation de la compagnie : 
"Savez-vous, après tout, de quoi je suis capable ?" (Acte III sc 4)
description
Dans une mise en scène épurée, la part belle est faite au jeu, au texte, aux thèmes et aux figures intemporel.le.s que nous offre le génie de Molière.

François Clavier, inspiré par son professeur Antoine Vitez, fait le rapprochement entre "Le Tartuffe" et "Théorème" de Pasolini : ce qui fascine chez Tartuffe, c'est son pouvoir de séduction. L'emprise qu'il a sur Orgon, c'est celle qu'il doit avoir sur le public. C'est le beau jeune homme blond, c'est le démon déguisé en ange. C'est, surtout, celui dont on n'aurait pas cru qu'il irait jusque là, celui qu'on ne soupçonnait pas, celui dont on ne se méfiait pas.

Le cadre de cette comédie sombre et sensuelle : celui de la famille bourgeoise - l'univers de prédilection de Molière, qui lui consacre ses plus grandes pièces. Les phénomènes de crise qui la traversent, l'auteur nous les présente comme de vrais chemins de résolution. Les conflits souterrains qui agitent ce microcosme trouvent leur issue dans l'épreuve de ces crises, dans cette entropie qui passionne Molière et qu'il nous donne à voir comme le point d'équilibre, le début de l'harmonie."

 Mon avis

La pièce a un début un peu difficile et le passage du "pauvre homme" est assez plat et ne provoque pas le rire. Mais par la suite Dorine la servante se déchaîne et prend de l'assurance, Mariane, la fille d'Orgon,  joue très bien la stupéfaction quand elle apprend le projet de son père de la marier à Tartuffe et c'est à Dorine d'organiser sa défense, de la réconcilier avec Valère. La belle-mère Elmire reçoit avec dédain les déclarations amoureuses de Tartuffe. Elle a beaucoup de classe, ce qui rend les propos de l'hypocrite encore plus infâmes..  J'ai aimé leur interprétation de ces personnages. 

J'ai trouvé, de plus, que c'était une  bonne idée et originale de la part du metteur en scène François Clavier d'avoir confié l'interprétation de Tartuffe à un jeune comédien.  D'habitude, celui-ci est toujours interprété par un homme d'âge mûr.  Ici, le comédien est un Tartuffe débutant, qui se rend odieux et indigne par son audace et son sang froid lorsqu'il est découvert. Mais sa jeunesse, effectivement, peut expliquer la séduction qu'il exerce sur ceux qui ne jugent que par l'apparence. Cela permet de comprendre aussi pourquoi il tombe aisément dans le piège qu'Elmire lui tend. Une interprétation vraiment intéressante.  Un bon spectacle !



équipe artistique
François Clavier - Mise en scène
Léna Allibert-My - Interprétation
Gaspard Baumhauer - Interprétation
Marie Benati - Interprétation
François Clavier - Interprétation
Alex Dey - Interprétation
Yoachim Fournier-Benzaquen - Interprétation
Leslie Gruel - Interprétation
Taddéo Ravassard - Interprétation
Guillaume Villiers-Moriamé - Interprétation
Anaïs Ansart-Grosjean - Lumière
JY Ostro-0679151352 - Diffusion
Collectif Nuit Orange
Compagnie française
Compagnie professionnelle

VICTOR HUGO MILLE FRANCS DE RECOMPENSE

 3S - LE SEPT  Victor Hugo Mille francs de récompense  du 4 au 26 juillet relâche les 7, 14, 21 juillet 20h35 1h30      


 présentation de la compagnie : 

"Glapieu, un ancien bagnard en cavale, veut se repentir en accomplissant un acte immense : sauver Cyprienne et sa mère, au bord de l'effondrement. Mais sur sa route se dresse Rousseline — froid, puissant, prêt à broyer les faibles pour asseoir son empire. Un monstre en cravate, plus dangereux qu’un fusil.
Un combat entre le bien et le mal, s’engage.
Glapieu agit-il pour se racheter… ou simplement par pur humanité ?
Un drame social haletant, tendre et parfois comique, écrit par Victor Hugo et brûlant d’actualité."

 Mon avis

 Léonie a beaucoup aimé. J'étais contente qu'elle découvre une pièce de Victor Hugo rarement jouée. Mais les comédiens ont tout simplement taillé dans la pièce et passé sous silence le magnifique éloge de la Marseillaise. Et c'est dommage car cela enlève le panache de la pièce qui, de plus, donnait tout son sens à ce texte sur l'injustice sociale dans lequel un bagnard vient au secours des femmes opprimées et lésées par un riche, malhonnête, au coeur dur ! 

auteur
De Victor Hugo
équipe artistique
Arnaud Fiore - Mise en scène
Stanislas Bizeul - Interprétation
Raphaël Duléry - Interprétation
Arnaud Fiore - Interprétation
Sylvain Gavry - Interprétation
Tess Lepreux - Interprétation
Sophie Perron - Interprétation
Charlotte Calmel - Diffusion
Caviars sur jerrican
Compagnie française
Compagnie professionnelle

OSCAR WILDE DE PROFUNDIS

 

L’ALBATROS De Profundis Wilde 16H30

Excellent interprétation qui m'a donné l'envie d'en savoir plus sur Oscar Wilde. Il a écrit cette lettre à  son amant quand il était en prison. Une belle réflexion sur la valeur de la souffrance qui permet d'accéder à l'humilité et sur l'amour nécessaire pour continuer à vivre.  Le comédien qui dit ce texte difficile et poignant est Josselin Girard et je l'avais déjà apprécié dans Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute. Les deux pièces sont mises en scène par Bruno Dairou.

auteur⸱ice
De Oscar Wilde
équipe artistique
Bruno Dairou - Mise en scène
Josselin Girard - Interprétation
Philippe Hanula - Photographie
Arnaud Barré - Création lumière
Solenne Deineko - Régie
Cie des Perspectives
Compagnie française
Compagnie professionnelle



vendredi 2 mai 2025

Jules Verne : Paris au XX siècle

 

 

Le roman d’anticipation Paris au XX siècle que Jules Verne a  écrit en 1860  n’est paru à titre posthume qu’en 1994. Il a été refusé par son éditeur Hetzel peu après la publication de Cinq semaines en ballon. J’ai lu la lettre de refus et je me suis dit que l’éditeur était bien méchant envers le pauvre jeune écrivain. J’étais décidée à bien l’aimer, ce roman !… Et bien non, il m’a agacée !

Hetzel explique à Jules Verne que son livre est raté parce que personne ne pourra croire à toutes les « prophéties » qu’il  présente pour décrire Paris dans le Futur. Et pourtant, ce qu’imagine Jules Verne est parfois extravagant mais jamais autant, finalement, que la réalité. Par exemple, il n’a pas prévu que l’on réduirait certains problèmes techniques par l’infiniment petit et non par le gigantisme, pour les machines qui ressemblent à l’ordinateur, la calculatrice, la photocopieuse. Que Paris soit devenu un port par l’aménagement d’un canal et la création de docks, que les véhicules y circulent proprement - voitures à hydrogène- sans émettre de vapeur (et oui pas de pollution), métros grâce à un système d’air comprimé, après tout, pourquoi pas ? Le moteur à air comprimé était déjà inventé et Verne voyait loin à l’adaptant aux transports, même s'il délirait un peu en utilisant les catacombes pour y stocker l’hydrogène ! Bref ! Tout cela cela ne me gêne pas !

Comme dans tout roman de science-fiction, Jules Verne critique la société de son temps à travers la présentation du futur, il prend à parti le matérialisme d’une époque tournée vers les sciences et qui accorde peu d’attention à la spiritualité et à la culture. Là aussi, c’est ce que l’on attend ! Mais cette critique trop répétitive, trop appuyée, frôle la démesure et finit par être lassante. Il n’a pas tort, pourtant, Jules Verne, lorsqu’il prévoit l’abandon du latin et du Grec dans les lycées au profit des chiffres, des mathématiques, mais il n’a plus aucune nuance quand il prévoit que les écrivains, Hugo, Balzac, Stendhal… seront tous tombés dans l’oubli.

« - Que désirez-vous, monsieur, lui dit l'employé, chef de la Section des demandes.

- Je voudrais avoir les œuvres complètes de Victor Hugo, répondit Michel.
L'employé ouvrit des yeux démesurés.
- Victor Hugo, dit-il Qu'est-ce qu'il a fait?
- c'est un des plus grands poètes du XIXe siècle, le plus grand même, répondit le jeune homme en rougissant. »


Tout est vu, raconté ou décrit pour servir son propos !  On dirait  un roman à thèse et il finit par être maladroit et lourd.

Le personnage principal, Michel, est un jeune étudiant fort en thème, c’est à dire bon à rien, selon les critères de son oncle, financier, qui l’élève et veut faire de lui un comptable  alors qu’il se veut poète. Heureusement, Michel  a un ami, musicien, un oncle du côté maternel qui est archiviste-bibliothécaire, un professeur de latin-grec doté d’une fille, l’adorable Lucy. Histoire d’amour forcément !  Il existe des gens sauvables, tout de même ! Mais les personnages sont si caricaturaux, si manichéens, (l’oncle, le cousin), si démonstratifs,(les jeunes gens) que l’intérêt est réduit. Ils  manquent de vie et d'étoffe.


Au fond, Jules Verne reste un visionnaire dans ce livre  mais le récit est plat et sans grand intérêt littéraire si ce n'est qu'il est une curiosité !

 Voir Patrice ICI

 



vendredi 28 mars 2025

Jules Verne : Le pilote du Danube

 

Dans Le Pilote du Danube, Jules Verne concocte pour nous une histoire pleine de dangers et de péripéties, roman posthume qu’il avait à l’origine intitulé Le beau Danube jaune mais son fils, Michel, lui préféra le titre actuel.

Nous sommes en Allemagne, en août 1876, à Sigmaringen où a lieu un concours de pêche auquel participent les plus habiles pêcheurs de La grande Ligue danubienne. Ce concours est gagné par un jeune homme qui se révèle le meilleur à la fois dans le nombre de prises et la taille de la prise. Il s'agit d'un hongrois Ilia Brush …. et celui-ci se dit prêt à réaliser un parcours en barge à partir de la source du Danube jusqu’à son delta en n’utilisant que les produits de sa pêche pour vivre. 3000 kilomètres ! Ce défi provoque l’enthousiasme de tous et de la presse. Chacun est là pour assister au départ triomphal au confluent des deux ruisseaux La Breg et la Brigach qui se rejoignent en amont de Sigmaringen pour former « le danau, d’où les français ont fait Danube. »

Ce Hongrois, personne ne le connaît.  Certains, pleins d’imagination, se demandent s’il n’est pas, en réalité, le chef des brigands qui infestent les bords du Danube et se rendent coupables de vols et de meurtres. D’autres, au contraire, pensent qu’il pourrait bien être, le chef de la police du Danube, Karl Dragoch, qui voyagerait ainsi sous un faux prétexte pour découvrir les coupables. De plus, dès le début de la course, un mystérieux passager, Michel Jaeger, s’invite à bord de la barge.

Pendant ce temps,  nous faisons connaissance d’un jeune homme, Serge Ladko, pilote du Danube, et de sa femme Natcha. Les jeunes époux vivent heureux à Roustchouk, en Bulgarie, au bord du Danube mais ils ont un ennemi, Yvan Striga, rival de Ladko, qui convoite la jeune femme.
En 1875 avait eu lieu le soulèvement de l’Herzégovine et la fièvre gagna les pays sous le joug de l’Empire ottoman. Au mois de Mai 1876 éclate la révolte du peuple bulgare, une rébellion mal préparée, étouffée dans l’oeuf et qui est suivie de représailles terribles ( voir Sous le joug de Ivan Vazov). Ladko, patriote ardent, quitte sa jeune épouse pour participer au soulèvement. Après la défaite, il ne peut rentrer en Bulgarie et bien vite, il n’a plus de nouvelles de Natcha. Serge Ladko décide alors d’aller la rejoindre incognito à Roustchouk.

Voilà ! Au lecteur de débrouiller les fils et de s’y reconnaître pour savoir qui est qui et qui est un autre ! Roman policier, roman d’aventures, roman historique et géographique, les centres d’intérêt sont multiples ! Vous traverserez les dix pays du Danube, visiterez les villes du Danube et leurs richesses... 

 


" En effet, d’un côté, à droite, est Buda, l’ancienne ville turque, et à gauche, Pest, la capitale hongroise. Elles se font face comme le font aussi, une centaine de lieues plus bas, Semlin et Belgrade, ces deux ennemis historiques.
C’est à Pest qu’Ilia Kursch avait l’intention de passer la nuit, peut-être même la journée du lendemain et la nuit suivante, toujours dans l’espoir d’avoir des nouvelles de l’absent. Aussi la barge, au milieu de cette flottille d’embarcations joyeuses, longeait-elle tranquillement la berge de gauche.
S’il eût été moins absorbé par le spectacle enchanteur que présentaient ces deux villes, leurs maisons à arcades, à terrasses, disposées en bordure des quais, les clochers des églises que le soleil à cinq heures du soir dorait de ses derniers feux ; oui, si toutes ces merveilles n’eussent pas sollicité son regard, peut-être aurait-il fait cette observation qu’eût faite assurément M. Jaeger : c’est que depuis un certain temps déjà, une embarcation, montée par trois hommes, deux aux avirons, un à la barre, semblait se tenir en arrière de la barge.

Vous naviguerez au mépris du danger, dans la violence des courants, les tourbillons, la tempête, évitant les rocs énormes qui se dressent sur le passage de l’embarcation, pénétrerez dans le défilé des Portes de Fer… Jusqu’à la Mer Noire.

Les portes de Fer par Fritz Lach

Pendant près d’une lieue, entre des murailles hautes de quatre cents mètres, le fleuve s’écoule, ou plutôt se précipite, à travers un lit qui n’en mesure pas la moitié en largeur. Au pied de ces parois sont entassés d’énormes rocs tombés des crêtes, et contre lesquels les eaux se brisent avec une extraordinaire fureur. C’est à partir de ce point qu’elles prennent cette couleur jaune foncée qui permet d’appeler plus justement le beau Danube jaune, le grand fleuve de l’Europe centrale.

Sans compter que toute une série de coups de théâtre, d'enlèvements, de personnages mystérieux et de méchants très méchants, de quiproquos et de confusion dans les identités de chacun, viennent corser le récit. Une lecture très plaisante, et, comme toujours chez Jules Verne, très documentée!

Chez Miriam Jules Verne : Le pilote du Danube 


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jeudi 20 février 2025

Jean-Louis Milesi : Flamboyante Zola


 

Flamboyante  Zola de Jean-Louis Milesi. Voilà un livre qui rend bien justice à madame Zola. 

J'ai vu, en 2023, une pièce de théâtre au Festival d'Avignon, Les Téméraires, sur Zola et Meliès et leur lutte contre l'anti-dreyfusisme, une pièce qui montrait bien la place tenue, entre autres, par  madame Zola.  J'ai lu aussi le Zola de Henri Troyat bien trop patriarcal pour accorder une place importante à madame. Il me reste encore  à découvrir le livre Madame Zola d'Evelyne Bloch-Dano

Ce livre consacré à madame Zola, commence par la nouvelle qui va être une blessure indélébile et un coup de tonnerre dans la vie conjugale d’Alexandrine  : une lettre anonyme qui lui est adressée et qui lui révèle que son mari a une double vie, qu’il a eu une fille Denise et un fils, Jacques, avec son ancienne lingère Jeanne Rozerot ! La douleur de madame Zola est si violente qu’elle en perd presque la raison, éprouve des envies de meurtre, en tombe malade et sa vie s’effondre.

 

Le déjeuner sur l'herbe de Manet

Par des retours en arrière, le lecteur est introduit dans la vie passée de Gabrielle, c’est ainsi que la jeune fille se faisait appeler à l’époque, quand elle posait comme modèle pour les peintres impressionnistes. C’est elle qui figure au second plan dans Le déjeuner sur l’herbe Manet. Elle est issue d’une classe sociale défavorisée, laissée à la rue par ses parents, exécutant des petits métiers dès son plus jeune âge pour survivre. Elle a eu une fille illégitime qu’elle  a été obligée d’abandonner faute de moyens financiers et qui meurt peu après. Elle fait la connaissance d’Emile Zola par l’intermédiaire de Cézanne et se marie avec lui. Son origine sociale lui vaut moqueries et condescendance de la part de la « bonne » société parisienne et de certains amis de son mari.


Le déjeuner sur l'herbe de Manet (détail) Gabrielle, future madame Zola


Peu à peu, le portrait de madame Zola prend de la netteté et nous découvrons une femme blessée mais forte, courageuse, intelligente, qui se tient dans l’ombre du Grand Homme et lui est indispensable. Elle n’est pourtant pas effacée, fière, le verbe haut, et tient tête à toutes les difficultés, et même aux avanies que Zola lui inflige, encore une fois, avec son dernier livre des Rougon-Macquart où le docteur Pascal, le double de Zola, met en scène son adultère avec Jeanne.
 Flamboyante, madame Zola !  C’est elle qui, encourage Zola et le soutient lorsqu’il lance son J’accuse, qui lui reste fidèle quand de nombreux amis le trahissent, qui affronte l’adversité quand les menaces de mort pèsent sur lui et sur elle, qui organise la vente aux enchères pour payer les dettes et les frais de justice quand il est accusé de traîtrise, qui planifie son exil à Londres, et se montre d’une grande générosité envers les enfants, avant comme après la mort de son mari.

Jean-louis Milesi nous présente -comme probable bien que non prouvé- l’assassinat de Zola, après son retour d’exil, par le fumiste Henri Buronfosse. Il n’y a pas eu d’enquête véritable et on a tout fait pour étouffer l’affaire. Ce qui est certain, c’est que  l’ouvrier, notoirement antisémite, était sur le toit voisin de la maison des Zola la veille de sa mort. Il aurait eu la possibilité de boucher la cheminée qui a provoqué la mort d’Emile Zola par intoxication à l’oxyde de carbone. Alexandrine a survécu.

Même si l’auteur s’appuie sur les fait historiques, la correspondance des époux et des  extraits de journaux, l'écrivain revendique son livre comme un roman, non comme une biographie… Et c’est ainsi qu’on le lit, avec plaisir et intérêt.