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dimanche 24 juillet 2011

Marie Ndiaye : Trois femmes puissantes



 De qui est-ce? Ce petit jeu de l'été a été initié par  Mango et repris dans le blog de Cagire et dans le mien.
Ce jeu de qui est-ce? - juste pour le fun- consiste tout simplement à retrouver l'auteur et le titre du roman célèbre dont je présente un extrait. Vous pouvez donner vos réponses par mail (que vous trouverez dans mon profil) ou me laisser des indices dans les commentaires sans révéler l'auteur, indices qui me permettront de savoir si vous avez vu juste et d'aider ceux qui ne savent pas. On ne gagne rien sinon le plaisir et je cite le lendemain les noms de ceux qui ont trouvé l'énigme. Bon, je sais, il suffit d'un clic sur la toile pour trouver la réponse mais je sais aussi que si vous aimez jouer comme moi, vous vous plairez à deviner le nom de l'auteur et du roman  par vous-même  d'abord, le plus vite possible ensuite et c'est juste dans ces secondes-là que réside le plaisir de trouver pour soi uniquement la bonne réponse : retrouver le titre d'un roman comme on retrouve le nom d'un ami  ancien qu'on n'a pas vu depuis très longtemps... Bref, on joue ici avec sa mémoire  et puis on me le dit, comme ça, par amitié!  
 

Nouvelle énigme

Trouverez-vous d'où est extrait ce passage?

Tous les hommes sont menteurs, inconstants, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses et dépravées; le monde n'est qu'un égout sans fond ou les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelque fois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.


 Réponse à l'énigme de samedi


Marie Ndiaye




 Lystig et Aifelle ont gagné!
Marie Ndiaye est née à Pithiviers d'une mère française et d'un père sénégalais. Avec Trois femmes puissantes elle a obtenu le Prix Goncourt en 2009.

Les trois femmes s'appellent Norah, Fanta et Khady Demba et sont chacune le personnage principal des trois parties de ce roman.

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Norah, la quarantaine, arrive chez son père en Afrique. Le tyran égocentrique de jadis est devenu mutique, boulimique, et passe ses nuits perché dans le flamboyant de la cour. Fanta enseigne la français à Dakar, mais elle a été obligée de suivre en France son compagnon Rudy. Rudy s'avère incapable d'offrir à Fanta la vie riche et joyeuse qu'elle mérite. Khady Demba est une jeune veuve africaine. Sans argent, elle tente de rejoindre une lointaine cousine, Fanta, qui vit en France. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. (Résume de Evènement)

 Le style de Marie Ndiaye se caractérise par de longues phrases sinueuses qui semblent épouser le cheminement de la pensée et par l'intrusion dans le réalisme d'une part d'irrationnel, de fantastique.
Ce passage est situé au début du roman quand Norah revient au Sénégal pour rencontrer son père qu'elle n'a plus revu depuis des années. Voir billet ici

samedi 23 juillet 2011

Marie Ndiaye : Trois femmes puissantes

Marie Ndiaye

 

 

  A l'occasion du jeu de l'été où j'ai cité un passage de Trois femmes puissantes, je republie cet article de mon ancien blog vers le nouveau.

Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye, publié chez Gallimard, a reçu le prix Goncourt 2009. A priori, le sujet m'attirait et j'avais envie aussi de voir ce qu'il en était de la controverse entre la majorité du jury du Goncourt et Jorge Semprun (un auteur que j'admire) quant au bien fondé de l'attribution de ce prix.
J'ai voulu me faire une idée personnelle.
Trois femmes puissantes : le titre annonce la couleur. il s'agit de trois récits présentant tout à tour des femmes qui, par leur refus de se soumettre à l'adversité et leur volonté de préserver leur dignité, parviennent, alors même qu'elles sont des victimes, à être plus fortes que ceux qui les humilient : des femmes puissantes, donc, ce qui célèbre la force de l'esprit sur la force brute.
Norah est en visite à Dakar, chez son père, à sa demande expresse. Celui-ci ne l'a jamais aimée. Il a quitté la France en abandonnant sa femme et ses deux filles et en arrachant Sony, son fils, à sa mère et à ses soeurs pour l'amener chez lui, au Sénégal. Toute la famille a été brisée par cet acte égoïste et contre-nature et depuis cette rupture, depuis ce déchirement, "un démon s'était assis sur son ventre et ne l'avait plus quitté".
Norah est maintenant avocate et son père a besoin d'elle pour prendre la défense de Sony accusé d'avoir assassiné sa belle-mère. Norah va trouver en elle la force de surmonter le traumatisme de l'enfance et le courage de sauver son frère, innocent.
J'avoue que j'ai été assez déconcertée par la conduite de ce récit. J'y suis rentrée très lentement et n'ai pas adhéré tout de suite à l'histoire car le style, froid et élégant, composé de longues phrases qui nous entraînent dans le labyrinthe d'une pensée qui se cherche, crée une résistance. Puis au moment où les personnages commençent à m'intéresser et où je me sens impliquée, voilà que c'est terminé! Le récit suivant commence! J'aurais voulu comprendre la psychologie du personnage, en savoir plus sur le cheminement qui lui permet de prendre le dessus, m'intéresser à son combat. Or, j'ai eu l'impression d'une ellipse, de quelque chose qui se dérobait, d'une volonté de l'auteur de ne pas nous montrer la logique du personnage, de ne pas aller au bout du récit  Je sais bien, la littérature classique française nous a habitués à pénétrer dans la pensée des personnages par le truchement d'un narrateur omniscient qui nous en donne toutes les clefs mais il n'en est jamais ainsi dans la réalité. Chaque être garde sa part d'intimité. Il est donc légitime de la part de Marie Ndiaye de vouloir préserver le mystère de ses personnages mais je me suis sentie pourtant en état de manque.

Le second récit, celui que j'ai le plus aimé parle de Fanta. La jeune Sénégalaise, ramenée en France - où elle n'a pu s'intégrer- par son mari, Rudy, n'apparaît jamais directement dans le récit. Elle est vue selon le point de vue de Rudy (et à la fin de sa voisine). C'est à travers le regard de cet homme que se dessine le portrait d'un petit bout de femme inflexible, qui refuse d'abdiquer sa dignité, de feindre des sentiments qu'elle n'éprouve plus face à la violence de son mari. Le personnage de Rudy, haineux, désespéré, plein de fureur, est complexe. Il est à la fois odieux, pitoyable et attachant. J'ai bien aimé comment se révèlent peu à peu les véritables raisons de son échec et de sa déchéance, un peu comme des morceaux de puzzle qui s'emboîteraient ... Comment lui aussi parvient à régler ses comptes avec son père (un leit-motiv?) et sa mère, et s'affranchir de son passé.
Ce récit m'a paru plus achevé que le précédent même si tout n'est pas dit et s'il soulève des interrogations. Quelle est cette buse vindicative qui s'attaque à Rudy à plusieurs reprises? Faut-il y voir une irruption du fantastique dans un récit pourtant très réaliste? L'oiseau semble symboliser la volonté et la puissance de Fanta mais au moment où l'on croit qu'il n'est qu'une projection de l'esprit de Rudy en proie au délire, il est aussi perçu par l'enfant. Et comment peut être interprété le sourire de Fanta à sa voisine dans le dénouement? comment sait-elle que son mari lui ramène son fils? Est-ce une promesse d'un bonheur retrouvé? Et là, contrairement au précédent, j'aime bien que l'écrivain nous laisse à nos interrogations et ne nous conduise pas par la main.

La dernière histoire, celle de Khady Demba, est la plus rapide, la plus brutale. C'est le parcours d'un jeune fille chassée par la famille de son mari défunt et qui a pour seule issue de quitter son pays clandestinement. Les violences, les souffrances physiques et morales qu'elle subit au cours de ce voyage vers une terre d'accueil qu'elle ne verra jamais ne pourront venir à bout de la conscience de son identité et du caractère unique de sa personne, elle... Khady Demba!
Le récit qui est pourtant le plus tragique des trois m'a paru froid. Il est extrêmement maîtrisé et bien écrit (encore une très belle image d'oiseau entre autres) avec un refus de la dramatisation évident. Mais mon admiration pour l'art de l'écrivain a été purement intellectuelle et je ne suis pas parvenue à éprouver de l'émotion et à participer entièrement.