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jeudi 6 novembre 2025

Naomi Novik : La fileuse d'argent

  
 

Myriem vit dans un petit village où son père est prêteur. Trop généreux, il n’a pas la force de réclamer son dû aux villageois aussi sa famille vit dans la précarité. Quand la mère de Myriam tombe malade, la jeune fille comprend qu’il lui faut agir et c’est elle qui va  passer de foyer en foyer réclamer le paiement aux emprunteurs, soit en espèce, soit en nourriture ou de tout autre manière. Par exemple, chez Wanda dont le père, une brute alcoolique, ne peut rembourser car il boit l’argent de ses dettes, elle décide que Wanda viendra travailler pour sa mère à la ferme. Elle rétablit la prospérité dans sa famille mais s’attire, en tant que prêteuse juive, l’inimitié des gens du bourg. Naomi Novik, écrivaine américaine, dont le père est d'origine lithuanienne et juive, sous la couleur du conte, aborde une réalité qui était celle de l’époque. Les prêteurs étaient d’origine juive, les chrétiens ne pouvant exercer l'usure. D’ailleurs le grand-père de Myriem est un riche prêteur de la grande ville de Vysnia. Mais les parents de Myriem sont compatissants et honnêtes et viennent en aide à Wanda ainsi qu’à son frère Sergey et son petit frère Stepon. Bientôt, ceux-ci n’ont plus de préjugés et forment une famille aimante. Seulement, voilà, la réputation de Myriem de changer l’argent en or arrive à l’oreille des Stariks, un peuple étrange, aux curieux pouvoirs, qui vit dans le pays du froid et a décidé de plonger la terre dans la glace qui leur assure la vie éternelle. Ainsi le roi Staryk ordonne à Myriam de changer l’argent en or et la choisit ( bien contre son gré) pour reine. Pendant ce temps, à la cour, la fille du Duc de Vysnia, Irina, est forcée d’épouser le tsar, (pour son plus grand déplaisir), un gamin malveillant et cruel dont elle découvre qu’il est possédé par un esprit du Mal issu du feu. Le Feu et la Glace ! On imagine la bataille qui va avoir lieu. Le récit polyphonique raconte les aventures de Miryem, Irina et Wanda et les dangers que chacune va affronter. Il leur faudra beaucoup de débrouillardise, de volonté et d’intelligence pour dominer les forces du mal et rétablir la paix.

"J'avais peur. Le Staryk avait des éperons à ses talons et des bijoux à ses doigts qui rappelaient d'énormes cristaux de glace et les voix de toutes les âmes perdues dans le blizzard hurlaient derrière lui. Bien sûr que j'avais peur.

Mais j'avais appris à craindre d'autres choses bien d'avantage : d'être méprisée, dépouillée de ma fierté, petit morceau après petit morceau, moquée, dupée. J'ai levé haut le menton et j'ai dit, avec autant de froideur que je pouvais en rassembler : " Et que me donnerez-vous en échange ?"

La fileuse d’argent est un petit livre ( au moment où j’écris « petit », je vérifie le nombre de pages :  500, tout de même !) de fantasy pour ados qui devrait plaire et emporter l’imaginaire des jeunes lecteurs. Quant à moi, j’aime ce genre de romans où l’auteur possède une imagination débridée et en même temps nourrie par toutes sortes de contes et mythes de divers pays. Avec La Fileuse d’argent, on est au choeur du folklore russe avec ses Baba Yagas, avec son tsar et sa tsarine, ses étendues enneigées, ses isbas blotties au fond des forêts; Andersen nous prend par la main pour nous amener aux confins des pays de glace au palais de la Reine des neiges (sauf qu’ici il s’agit d’un roi), on passe à travers les miroirs comme Alice, on vit dans deux dimensions du temps et puis l’amour ne peut-il pas naître entre deux êtres différents ? Réminiscence de la Bête et la Belle. Les mythes grecs sont revisités, celui de Perséphone et Hadès, car le roi Staryk ne peut rendre visite à la famille de son épouse qu’en hiver, les autres saisons de l’année étant trop chaudes pour lui. Ajoutez à cela une touche moderne :  les  jeunes  héroïnes Myriem, Irina et Wanda rencontreront l’amour et le bonheur mais elles le devront non pas à leur beauté et à leurs cheveux d'or comme la fille du Meunier, mais à leur courage, leur habileté, leur intelligence et leur combativité.  Elles ne seront pas sauvés par le Prince Charmant, ce sont elles qui le sauveront. Soyez persuadées, les filles ! Ce n'est pas en restant soumises et passives que vous vous en sortirez !

 

mercredi 10 septembre 2025

Martine Carteron : Les autodafeurs


 

En arrivant en Lozère où je passe mes vacances d’été, je trouve sur ma table de chevet un livre  intitulé Les Autodafeurs de Martine Carteron. Comment est-il arrivé là ? C’est ce que je ne sais pas. Aucune de mes filles ni aucun de mes petits-enfants ne le reconnaît pour sien. Ce qui est sûr, c’est qu’un livre ne se carapate pas tout seul jusque dans ma chambre ! Les araignées, oui ( horreur !) mais les livres non ! Mais  il y a tant de copains invités que… un oubli est vite arrivé. En attendant de retrouver son propriétaire, ce sera le livre parfait pour le pavé de l’été. Trois tomes en un seul volume, 1050 pages.

Pour une fois j’aime le résumé de la quatrième de couverture, alors je le partage avec vous.
«Je m’appelle Auguste Mars, j’ai 14 ans et je suis un dangereux délinquant. Enfin, ça, c’est ce qu’ont l’air de penser la police, le juge pour mineur et la quasi-totalité des habitants de la ville. Évidemment, je suis totalement innocent des charges de «violences aggravées, vol, effraction et incendie criminel» qui pèsent contre moi mais pour le prouver, il faudrait que je révèle au monde l’existence de la Confrérie et du complot mené par les Autodafeurs et j’ai juré sur ma vie de garder le secret. Du coup, soit je trahis ma parole et je dévoile un secret vieux de vingt-cinq siècles (pas cool), soit je me tais et je passe pour un dangereux délinquant (pas cool non plus). Mais bon, pour que vous compreniez mieux comment j’en suis arrivé là, il faut que je reprenne depuis le début, c’est-à-dire, là où tout a commencé.» 


PS: Ce que mon frère a oublié de vous dire c’est qu’il n’en serait jamais arrivé là s’il m’avait écoutée; donc, en plus d’être un gardien, c’est aussi un idiot. "Césarine Mars

Il s’agit d’un livre pour la jeunesse à partir de 12 ans, paru en 2014, que l’auteure a écrit pour son fils et qui a obtenu le prix Les Mordus du Polar 2015.
Tome 1 : Mon frère est un gardien
Tome 2 : Ma soeur est une artiste de guerre
Tome 3 : Nous sommes tous des propagateurs.

Polar ? Je ne sais pas ? Mais pourquoi pas ? Pour moi il s’agit plutôt d’un livre d’aventures, d'Histoire, de science-fiction, que vont vivre Auguste Mars (14 ans), un garçon versé en arts martiaux (il en aura besoin!),  superficiel, accro à la mode, un peu snob,  (il va lui falloir mûrir !) et sa petite soeur Césarine, (7 ans) autiste, un génie qui éprouve quelques difficultés à comprendre la métaphore et les sentiments et qui prend tout au pied de la lettre, ce qui crée des situation pleines d’humour. Voilà pour les deux personnages principaux. 

Autour d’eux gravitent le père qui fait une apparition rapide puisqu’il est tué dès le premier chapitre dans un accident de la route criminel. On apprend qu’il compte sur ses enfants pour protéger le Livre. La mère, professeur d’histoire-géo, férue d’histoire romaine d’où les prénoms de ses enfants ! Elle se révèlera beaucoup moins sans défense que prévu. Et de même les grands-parents. C’est chez eux, en province, que les enfants et la mère vont se réfugier après la mort de leur père, dans une ancienne Commanderie qui est dans la famille depuis des siècles. Ajoutons- y, Marc, le prof de français « le plus cool de la terre », qui plait beaucoup à Auguste dans son nouveau collège, et qui se révèle être, à sa grande surprise, son parrain. Et puis un copain, Néné, un peu marginal, le seul avec qui il parvient à nouer des relations amicales. Enfin Bart, qui s’oppose à ses grosses brutes de frère et à son père, membres actifs des autodafeurs, et qui rejoint  la Confrérie.

La Confrérie lutte depuis des millénaires contre les autodafeurs, ennemis de la culture, destructeurs de livres. Ils ont bien compris que pour prendre le pouvoir et soumettre le peuple à la dictature, c’est au savoir et donc aux livres qu’il faut s’attaquer. C’est un combat toujours renouvelé que mènent tous les gouvernements autocrates, et si les livres, de nos jours, ne sont plus brûlés sur les places dans des autodafés publics, ils peuvent être détruits avec des moyens modernes encore plus performants. Le roman fait allusion, bien sûr, à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.


Un livre pour la jeunesse qui montre l’importance des livres, voilà qui ne pouvait que me plaire !
Pourtant, j’ai trouvé que c’était parfois très violent. On y risque sa vie et on y meurt pour de bon et pas seulement les « méchants » ! Les « gentils » aussi peuvent devenir violents car la guerre n’est jamais positive et corrompt tous ceux qui y participent. Marc y perd son innocence et son âme d’enfant. Mais l’imagination de l’auteur est sans limite, les aventures se succèdent et entraînent loin dans le temps, avec des retours dans le passé et dans l’espace quand les membres de la Confrérie seront obligés de se cacher et de se réfugier dans les sous-sols d’une île. Bref ! La lecture est addictive et on lit le livre en un temps record, sans pouvoir s’arrêter !



 

Ta loi du ciné chez Dasola


Chez Sybilline La petite liste

Chez Moka


lundi 21 avril 2025

T kingfisher : Nettle et bones

 

 

J’avoue que le texte de la quatrième de couverture  tout en me faisant rire m’a donné une furieuse envie de lire ce livre :

Ce n’est pas le genre de conte de fées où la princesse épouse une prince.
C’est celui
où elle le tue


Fanja aussi y est pour quelque chose qui en parle ICI. Notons que le roman a eu le prix Hugo du meilleur roman 2023 ainsi qu’une multitude d’autres prix..

Once upon the time…. Entrons dans ce conte de fées subversif où, vraiment, on dit non à la femme considérée comme une poule pondeuse et poussée dans l’escalier par un prince pas si charmant si elle ne fait pas l’affaire.  Des poules, d’ailleurs, des vraies, il en est question dans le conte et pas des moindres comme comme la dénommée (et bien nommée) Démon.  Mais la petite poule rousse du conte traditionnel (même si elle n’est pas possédée par un démon) a, elle aussi, un caractère affirmée ! Donc, méfiez-vous des poules !  Mais n’anticipons pas !  Sachez pourtant que le livre est dédié  « à ces oiseaux rares que sont les poules fortes et indépendantes » !

Dans un tout petit royaume ( mais important parce qu’il a un port commercial), entouré par les royaumes du Sud et du Nord qui le convoitent tous les deux, la reine, mère de trois filles, donne son aînée, la douce Damia, au Prince du Royaume du Nord, Vorling. Elle obtient ainsi la protection du prince. Quelque temps après le mariage, la jeune femme meurt accidentellement.
Et maintenant Kania, la seconde, une fille intelligente et avisée, épouse le prince. Marra, la petite dernière, elle, est envoyée au couvent parce qu’elle est la troisième sur la liste, « en réserve de la royauté », si jamais Kania n’avait pas d’enfant ou si elle mourrait : Sait-on jamais ? Ce serait son tour d’épouser Vorling !
Mais lorsque Marra revoit Kania à l’occasion du baptême de sa fille suivi bientôt de la mort du bébé, elle comprend que le prince, violent, obsédé par le désir d’un héritier (mâle, bien sûr,) bat sa femme et la retient prisonnière. Pour rester en vie, Kania enchaîne les grossesses qui l’épuisent. Elle sait que lorsqu’elle aura un fils, elle perdra toute valeur et le prince se débarrassera d’elle ! Marra apprend aussi que Vorling a tué Damia qui ne pouvait pas avoir d’enfant.

Féminicide(s) au pays des contes de fées ! Que peut on faire contre un souverain tout puissant, intouchable, dont rien, aucune loi, ne peut arrêter la violence et les meurtres ?  Le tuer. Et comme dans tout bon conte de fées, la jeune fille se met en quête d’adjuvants magiques, la Dame-poussière qui sait parler aux morts (et ses poules); sa marraine-fée qui ne sait accorder qu le don de bonne santé à ses filleules, faible créature (?) mais ne vous y fiez pas ! Enfin, une autre aide, humaine et non-magique comme Fenris, un chevalier sans peur et sans reproches (presque !), un costaud qui sait fendre des bûches et oui, c’est utile, pour obtenir gite et couverts et qui sait manier l’épée !  Ce qui prouve qu’on aime aussi les hommes ici ! Et Marra, en particulier, n’est pas insensible à son charme ! Ah! Ah !  
Il lui faut aussi accomplir trois épreuves impossibles, coudre une cape en tissu de fil de hibou et de cordelettes d’orties, fabriquer un chien d’os avec les os de plusieurs chiens morts et faire prisonnier un clair de lune dans un pot en argile.
Et la voilà enfin prête à affronter le prince Vorling et sa fameuse marraine-fée douée de pouvoirs extraordinaires, à la manière de la fée-sorcière de Disney et qui maintient la puissance de la dynastie depuis un millénaire.

Nettle and Bone se lit avec beaucoup de plaisir. L’imagination de T. Kingfsiher semble sans borne, les aventures s’enchaînent, l’humour est toujours présent. La manière de réinterpréter les contes de fées traditionnels est amusante, savoureuse, comme lorsque la marraine-fée de Marra rappelle le danger qu’il y a d’oublier d’inviter une marraine à un baptême. La visite de la cité des morts est fantastique à souhait et plus proche cette fois-ci de la mythologie nordique ou de Tolkien que du conte traditionnel.

Bref ! Une agréable lecture très mouvementée !


jeudi 17 avril 2025

Connie Willis : Sans parler du chien


 

Sans parler du chien de Connie Willis est un récit qui fait suite au roman Le grand livre, voyage temporel pour étudier le Moyen-âge lors de la grande peste !  Dans Sans parler du chien, nous sommes au XXI ème siècle et nous continuons à voyager dans le temps mais cette fois-ci au XXème siècle, juste avant le raid aérien nazi qui détruisit la cathédrale de Coventry en Novembre 1940.

 L’historien Ned Henry est chargé par l’opiniâtre lady Schrapnell qui veut reconstruire la cathédrale de Coventry à l’identique, de retrouver la potiche de l’évêque. Ce qui n’est pas simple étant donné l’imprécision du retour dans le passé. Quand on arrive, par exemple, après ou pendant le bombardement au lieu d’arriver avant !
A force de faire la navette entre les deux époques, Ned Henry subit un énorme déphasage, c’est pourquoi pour échapper à la terrible lady, on l’envoie à l’ère victorienne, à la fin du XIX siècle. Théoriquement, il  doit se reposer dans cette époque paisible, mais aussi, il lui faut accomplir une mission à laquelle il n’a rien compris, déphasage aidant. Et le voici en train de canoter sur la Tamise avec un étudiant sympathique, Terence, et son fantasque professeur, ( coup de chapeau à Trois Hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome), le voici qui rencontre l’arrière, arrière, arrière grand-mère de Lady Schnappel, Tossie, une blonde et délicieuse victorienne, aussi sotte que belle, qui a une révélation devant la potiche de l’évêque. Ce qu’elle confie à son journal. Journal qui tombe entre les mains de sa petite, petite, petite fille, Lady Schrapnell. Oui, toujours elle !  Ce qui explique son idée fixe à propos de la susdite potiche ! Rien n’est simple et tout se complique et d’autant plus quand Ned Henry comprend ce que l’on attend de lui : Il doit corriger une dangereux paradoxe temporel causé par une de ses collègues, Harriet, qui a ramené un chat d’une de ses expéditions.  Or, il se trouve que le chat, Princesse Arjumand, est une chatte et que c’est l’animal de compagnie de l’inénarrable Tossie ! Ajoutez à cela que Ned Henry a, sans le vouloir, empêché la rencontre de Terence avec celle qui devait devenir sa femme, empêchant par suite logique la naissance de leur fils, un jeune homme qui devait devenir un héros de la défense aérienne britannique, dramatique absence qui risque de favoriser ainsi la victoire du troisième Reich ! Catastrophe ! Il va falloir tout réparer et, bien sûr, retrouver la potiche de l’évêque !  Vous avez dit repos ?

Ce roman qui exploite un thème de science-fiction récurrent* : - que se passerait-il dans l’avenir si quelqu’un modifiait un tant soit peu le passé ? - présente parfois quelques longueurs mais est souvent hilarant ! Le déphasage de Ned Henry, les jeux de mots, les quiproquos, les personnages, les ridicules de la société victorienne avec ses séances de spiritisme, tout concourt à nous faire rire. Connie Willis a un humour renversant et nous conte une histoire complexe et enchevêtrée dont la conclusion ne manque pas de sel !

 Prix Hugo et prix Locus 1999

 * je me souviens toujours du roman de Barjavel, Le voyageur imprudent, qui présente le problème suivant : un voyageur dans le passé tue celui qui sera son grand-père mais avant que celui-ci ne soit marié et ait un enfant. Donc, le voyageur n'a pas pu naître. Oui, mais s'il n'est pas né, il ne peut pas tuer son grand-père...

 

La cathédrale de Coventry en ruines et nouvelles cathédrale

La cathédrale Saint Michel de Coventry a bien été  détruite lors d'un raid aérien le 14 Novembre 1940 mais elle n'a pas été reconstruite à l'identique comme dans le roman ! Au contraire, l'architecte, Basil Spence, a voulu conserver les ruines et a construit un bâtiment moderne à côté d'elle.

 

 

 

 

Printemps chez Moka

Chez Moka (535 pages)


vendredi 21 février 2025

Connie Willis : Le Grand Livre


 

Vous aimez l’Histoire avec un grand H ? Vous aimez le Moyen-âge? Vous aimez l’aventure et l’extraordinaire ? Vous souhaitez voyager dans le Temps, vivre dans le futur ou dans le passé ? Alors ce livre est pour vous : Le Grand Livre de Connie Willis.

Nous sommes en 2054. Kivrin est étudiante en histoire à l’université d’Oxford et va être expédiée à l’époque médiévale par le directeur du laboratoire de Recherche, Mr Gilchrist, qui n’hésite pas à risquer la vie de son étudiante dans un tel voyage pour satisfaire ses ambitions personnelles. Et ceci, contre l’avis de James Dunworthy, chargé de l’organisation des voyages temporels. Pour lui, le Moyen-Âge est une période trop élevée sur l’échelle des risques et Kivrin lui paraît trop fragile :« Une fille qui mesurait moins d’un mètre cinquante, aux cheveux blonds tressés en nattes. Elle ne semblait même pas assez âgée pour pouvoir traverser une rue toute seule ». Mais elle souhaite ardemment partir et Dunworthy ne peut s’opposer à Gilchrist. Et puis, après tout, le XXI siècle n’est-il pas dangereux, lui aussi ?

«  Au Moyen-Âge, au moins, on ne risquait-on pas de recevoir une bombe sur la tête. »

Krivin a bien été préparée et partira le 22 décembre 2054 dans l’Oxfordshire du 14 au 28 décembre 1320. Le 28 décembre, elle retrouvera la porte temporelle à l’endroit où celle-ci l’a déposée.
Le docteur Mary Arhens lui a fait toutes sortes de vaccins, choléra, peste, typhoïde... Elle a aussi renforcé son système immunitaire même si l'on sait sait que la grande peste, la Mort Noire qui a d’abord touché l'Asie, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord, avant de ravager la population européenne, n’arrivera en Angleterre qu’en 1348. Badri, l’ingénieur chargé de la machine à voyager dans le temps, est très compétent. Et le départ a lieu malgré les inquiétudes de James Dunworthy.



Mais…  dans la ville du XXI siècle qui se prépare à fêter Noël se déclare alors une épidémie liée à un virus inconnu. Krivin, elle se retrouve au Moyen-âge, est recueillie par une famille noble mais une erreur de calcul la plonge en pleine épidémie de peste en 1348. Le roman se déroule donc en alternance sur les deux périodes. 


Breughel l'Ancien : le triomphe de la Mort


Au Moyen-âge, nous faisons connaissance du père Roche, de dame Eliwys, épouse de sir Guillaume, et de leurs filles, Rosemonde (12 ans) Agnès ( 5 ans). Kivrin doit affronter la peste, soigner les pestiférés, sans savoir si elle pourra revenir dans le présent. Parviendra-t-elle à sauver Rosamonde et Agnès ? Retrouvera-t-elle son époque ? Elle va prouver qu'elle est capable de "traverser la rue toute seule" !  La description de la peste est cauchemardesque et nous immerge dans une époque terrifiante. Le XIV siècle est, en effet, ressuscité avec ses superstitions, ses ignorances et ses peurs, sa vie religieuse, ses croyances à la sorcellerie, avec le manque d’hygiène et la misère, la puanteur, la maladie, avec la mort omniprésente….  


Panneau de la chapelle de Lanslevillard (XVe siècle), en Savoie, La peste noire de 1348

Au XXI siècle malgré l’épidémie et les progrès de la médecine, la pandémie fait rage. James Dunworthy se dévoue pour lutter contre la maladie, pour essayer de sauver Kivrin perdue dans l'époque médiévale,  et pour s'occuper de Colin Templer (12 ans), petit-neveu du docteur Arhens, personnage attachant. Colin et l’étudiant William Meager, ce dernier bourreau des coeurs, doté d’une mère abusive et bigote, apportent une touche de fraîcheur et de dérision au récit. Par exemple, lorsque madame Meager pour réconforter les malades leur lit des pages de l’Ancien Testament !  

« A son réveil, Mme Meager se dressait au-dessus de lui, bible au poing.
-Il vous enverra maux et afflictions, entonna- t-elle dès qu’elle le vit ouvrir les yeux. Et toutes les maladies et toutes les fièvres jusqu’à votre destruction. »
« - je constate que madame Meager ne ménage toujours pas ses efforts pour remonter le moral des troupes. Je présume que le virus prendra bien soin de l’éviter. »
 

Malgré la situation dramatique, à la recherche des origines du virus et d’un vaccin, certaines situations nous font rire !

Un livre addictif qui mêle aventures palpitantes, tragiques, et humour bienvenu, nous amène très loin dans l’imaginaire. A lire absolument si vous aimez ce genre de lecture ! Moi, j’aime et je pense que je lirai d’autres livres de Connie Willis ! Le livre a été récompensé par quatre prix. 


Les pavés de l'hiver chez Moka (702 pages)



Chez Sandrine Blog Tête de lecture


vendredi 29 mars 2024

Brandon Sanderson : Tress de la mer émeraude


 

Tress de la mer d'émeraude est un livre de  Brandon Sanderson, le premier des quatre romans secrets écrits par l'auteur pendant la pandémie de covid19.

Tress vit sur un rocher, une île exiguë que la pierre noire rend plutôt lugubre. Seuls les marins qui déchargent les marchandises lui laissent entrevoir d’autres horizons, les lunagrées, dont les douze lunes de couleurs différentes sont vénérées comme des déesses par les habitants du pays.
La jeune fille vit dans la lunagrée verdoyante, celle qui déverse des spores vertes, ( mortelles au contact de l’eau), celles-ci formant l’océan de la même couleur. Un océan de spores ! La vie est monotone sur l’île mais Tress, petite fille humble, effacée et sage, simple laveuse de vitres, s’en accommode.  N’a-t-elle pas pour ami, le "jardinier" du château,  Charlie, qui n’est autre que le fils du Duc ? Or, elle est amoureuse  de lui et réciproquement. Mais voilà que Charlie est amené au loin par son père pour se marier avec une princesse et qu’il disparaît, enlevé par la sorcière de la mer de Minuit, la mer aux spores noires, la plus dangereuse de toutes. Il faut traverser la mer Pourpre où vit un terrible dragon pour atteindre l’antre de  la sorcière et l’affronter.  
Pour sauver le jeune homme, Tress décide de partir et comme chacun le sait, l’amour soulève les montagnes et, en l’occurence, ici, traverse les océans ! 

Comment la petite laveuse de vitres va-t-elle s’enfuir, passagère clandestine sur un bateau de contrebandiers, puis prisonnière et bientôt capitaine sur un vaisseau de pirates ? Comment va-t-elle être aidée (ou non?) par son ami le rat parlant et les marins ? Comment va-t-elle se révéler fûtée, fûtée, et pleine de ressources, la petite laveuse de vitres ? C’est ce que je ne vous dirai pas !  Il va falloir lire le livre! Et oui, c’est comme ça, la vie !

Ma première impression, je l’avoue, a été de me retrouver dans un conte de fées traditionnel plutôt que dans un roman Fantasy : la structure d’abord en trois parties, la situation initiale, l’élément perturbateur, les péripéties avec les adjuvants magiques ou pas qui interviennent jusqu’à la résolution finale si possible heureuse. L’héroïne, la petite laveuse de vitres, est bien un personnage de contes déterminée par ce qu’elle représente socialement et non par ce qu’elle est,  comme la petite fille aux allumettes, le petit ramoneur, le vilain petit canard…
Je me suis dit qu’il s’agissait donc d’un conte pour enfants et j’ai un peu renâclé à entrer dans le livre. J’aime les romans fantasy mais ceux qui s’adressent aux adultes. Pourtant, je voyais déjà se dessiner l’originalité du récit, c’est la fille qui part secourir son amoureux (un peu falot, le pauvre gars !) et qui va se révéler indépendante, intelligente, astucieuse et courageuse et, ce qui n'empêche rien, gentille, altruiste! Elle devient donc au cours de la lecture, de plus en plus intéressante surtout quand son caractère s’affirme et qu’elle commence à travailler avec les spores.  Donc, un bon point ! Ensuite, j’ai commencé à goûter un humour à La Princesse Bride, le film culte de mes filles, de mes petits-enfants et de leur grand-mère, vu et revu cent fois.  Et là, re re re bon point !

Mais j’étais gênée parfois par un humour potache, un peu lourd, en tout cas que je ne comprenais pas toujours, jusqu’au moment où je me suis aperçue que c’était le narrateur Hoid* qui prenait la parole, un être apparemment fou, subissant un sortilège lancé par la sorcière et qui tient des propos incohérents dont certains, pourtant, ont un sens caché. J’ai pensé aux personnages d’Alice au pays des Merveilles, le chapelier par exemple, confinant à l’absurde, un humour au deuxième degré. Le roman prenait des colorations différentes, interrompues parfois par des considérations qui s’adressent aux adultes plutôt qu’aux enfants. Et finalement j’ai aimé et je l’ai lu avec plaisir.

Bon, je me serais épargnée toutes ces hésitations, ces interrogations sur le roman si j’avais lu la post-face de Brandon Sanderson, avant ma lecture mais, disciplinée, je l’ai lue après : «  Je ne voulais pas d’un conte de fées, mais visais quelque chose d’adjacent. L’idée n’était pas néanmoins pas d’obtenir un résultat trop enfantin. Je souhaitais quelque chose que mes fans apprécieraient : un conte de fées pour adultes en quelque sorte. Chemin faisant, je me suis retrouvé en train de repenser à l’incroyable roman de William Goldman, Princess Bride (1987) qui parmi mes lectures, se rapproche le plus du ton que je tâchais d’atteindre . »  Un conte de fées pour adultes, c’est exactement ce qu’il est parvenu à réaliser !

*C’était le premier livre que je lisais de Brandon Sanderson  donc je ne savais pas  que Hoid est un personnage récurrent dans les livres de cet auteur et dans l’univers du Cosmere qu’il a créé.. Elantris est le premier  livre où il apparaît.

Et comme il s'agit de navigation même sur des spores, je participe à la lecture commune du Booktrip en mer de Fanja ICI

 


 

jeudi 11 mai 2023

Shelley Parker-Chan : Celle qui devint le soleil


Shelley Parker-Chan, australienne d’origine asiatique, nous offre avec Celle qui devint le soleil un roman fantasy à base historique. Le récit se déroule dans la Chine du XIV siècle alors occupée par les  Mongols. La dynastie mongole Yuan ( 1271-1368)  a divisé le pays en domaines féodaux et a fondé un système social hiérarchique divisée en quatre castes. Les Mongols en occupent la première place, la seconde est réservée aux non-Chinois, nomades des steppes, la troisième aux Chinois du Nord, la dernière aux Chinois du Sud. Ceux-ci, au bas de l’échelle n’ont aucun droit et vivent misérablement. Ce sont, en général des paysans qui n’ont aucun espoir d’avancement.

C’est dans cette dernière caste que naît l’héroïne de ce récit. En 1345, les maladies, la famine ont décimé la famille Zhu. Il ne reste plus que son  père, son  frère  Chongba à qui un devin a prédit à un grand destin aussi improbable que cela puisse paraître. Elle-même, est  promise à « rien », au néant. C’est normal, c’est une fille ! Aussi lorsque les deux hommes sont tués par des bandits, la fillette décide-t-elle de devenir Chongba, elle prend les vêtements de son frère, et sous cette identité, elle parvient à se faire admettre dans un monastère où elle poursuit brillamment des études de lettré avant de devenir moine. Plus tard, elle se fait moine mendiant et rejoint les Rebelles contre la dynastie Yuan, appelés les Turbans rouges.

Les rebelles, les Turbans rouges,  s'opposent au pouvoir mongol

C’est là que commence la lutte de Zhu Chongba pour accéder à la Grandeur promise à son frère. Dotée d’une volonté de fer, dominée par un désir ardent de réussite, intelligente et rusée, et surtout persuadée que son destin, du moins celui de son frère, est tout tracé et ne peut être dévié, elle va peu à peu s’élever au plus haut. Face à elle, les princes, les commandants et généraux de l’armée mongole, sont des personnages à part entière que nous découvrons et suivons tout au long de ce récit riche en aventures, en péripéties épiques, en héros fabuleux, en combats, mais aussi en réflexion sur le destin, sur le pouvoir et sa corruption, le Bien et le Mal, et bien sûr, les femmes : la terrible condition féminine en Chine et l’évolution de Chongba Zhu qui prend conscience que c’est en tant que femme qu’elle doit réaliser son destin. Elle nous apprend que l’on ne mérite pas son destin mais qu’on le crée !

Le roman hésite entre le réalisme, on apprend beaucoup sur la Chine de cette époque, et la Fantasy  avec les apparitions de fantômes, le mandat du ciel (qui justifie le pouvoir divin de l’empereur de Chine) devenant un pouvoir fantastique.  Il s’agit d’un conte, - une pauvre paysanne devient une reine - et pourtant l’histoire est vraie !  Enfin presque vraie ! L’auteure nous en avertit dès la préface : les évènement sont historiques, plusieurs personnages sont tirés de la réalité mais « le roman en réinterprète librement presque tous les aspects… ».  Et Shelley Parker-Chan en a le droit puisque nous le savons, nous sommes dans un roman d’Héroïc fantasy !

Le premier empereur Ming

Cependant, la réinterprétation est de taille car Zhu Chongba a existé du moins sous le nom de Zhu Yuanzhang …  mais c’est un homme !  Issu d’une famille  pauvre, il est devenu moine puis a rejoint l’armée des Rebelles, les Turbans rouges, qui ont chassé les Mongols de Chine en 1368. Il monte sur le trône, prend le nom de Hongwu, devenant le premier empereur de la dynastie Ming (1368_1398). Il se marie avec Ma qui est aussi un beau personnage féminin dans le roman et qui devient impératrice.

L'impératrice Ma

Un roman fantasy, donc, que l'on vit à la fois comme un conte, une épopée héroïque, un  récit "librement" historique et dont la lecture est agréable et captivante.



 

vendredi 30 septembre 2022

Jean-Philippe Jaworsky : Gagner la guerre

 

Je me suis immédiatement et volontiers couler dans l’univers de Gagner la guerre, roman de Jean-Philippe Jaworsky. Celui-ci nous introduit dans un monde imaginaire qui semble pourtant réel. La République de Ciudala ressemble fortement à la Florence de la Renaissance avec ses palais dont la base fortifiée est à bossage, et qui s’ouvrent aux étages supérieurs sur d’élégantes ouvertures géminées. Les grandes familles nobles de Ciudala, les Mastiggia et les Ducatore, s’y livrent à une guerre intestine sournoise, référence probable aux Médicis et aux Strozzi. Ciudala rappelle aussi Venise, son commerce avec les Turcs qui sont aussi ses meilleurs ennemis. Car la grande bataille navale que la République de Ciudala vient de remporter au début du roman est livrée contre Ressine, capitale de ce qui semble être l’ancienne Turquie, avec ses aghas, ses janissaires, ses eunuques, ses sérails et ses concubines. 


Un roman qui s’appuie sur l’Histoire, donc, avec un mélimélo de références, un pot pourri d’influences diverses ! Et que dire de ce peuple des pays froids où le héros va s’exiler, dans la ville de Bourg-Preux, et qui surenchérit sur le racisme des Ciudaliens  : ceux-ci jugent les Ressiniens trop noirs, les habitants de Bourg Preux ne voient, eux, aucune différence entre les deux susdits, tous trop sombres, tous inférieurs !
Un roman qui, pourtant, n’est pas un roman historique car ce monde est peuplé de magiciens, de sorciers et d’elfes qui nous entraînent dans un univers imaginaire soumis aux lois de la magie propres au roman fantasy. Ainsi le redoutable Sassanos, sorcier nécrophore qui se nourrit de l’énergie des morts pour déjouer le destin. Un vampire ?

 Peut-être, néanmoins, est-ce l’aspect du roman qui m’a le moins intéressée ?

Mais Gagner la guerre est aussi un roman politique - et par là de tous les temps-  car il explore les arcanes du pouvoir à travers les luttes que se livrent les familles nobles de Ciudala. Le podestat Léonide Ducatore a pour but de détruire la République pour devenir le souverain absolu. C’est avec habileté qu’il cache son jeu. Il intrigue, analyse les rapports de force, jouant une famille contre l’autre et vice versa, quitte à recourir au mensonge, à la trahison, voire au meurtre, tout en donnant à voir une façade de sincérité et d’honnêteté.

Le podestat Léonide Ducatore :

« Est-il abusif, pour un homme de gouvernement de subordonner la nation à son propre intérêt ? Les rêveurs, les naïfs, les hypocrites s’en offusqueront.
Je suis clair avec moi-même : j’assume mes actes, je profite de ma situation, je me sers de ma position à des fins personnelles. (...) Gouverner n’est pas un ministère; voilà bien une idée pour le clergé, un voeu pieux qui peut mener à de dangereuses dérives. La vérité est plus simple. Gouverner, c’est coucher. Si les deux partenaires aiment ça, ils se confondent. Ils partagent tout. j’ai une connaissance intime de la République. Je sais tout de ses faiblesses : la vanité, la coquetterie artistique, l’affairisme, le clientélisme, la corruption, le populisme, le chauvinisme, la calomnie…. Sans oublier le mépris, bien sûr. Autant de petits travers qu’il suffit de flatter pour faire brailler la plèbe dans la rue, pour faire crier la République toute entière comme une courtisane. Je baise la République et je la baise bien ». 

Machiavel n’est pas bien loin ! Quand je vous dis que ce propos est universel !

Venons en maintenant à notre héros ! Benvenuto Gesufal ! L’anti-héros par excellence ! La première fois que vous le rencontrez, du moins, dans ce roman, il est sur une galère, a le mal de mer et vomit toutes ses tripes devant l’équipage hilare. Mais quand vous le découvrirez sur un canasson, il ne sera pas plus à son aise, et se plaindra de son postérieur enflammé ! Pour un héros, vous avouerez ! Au départ, il est censé être beau mais il se fait casser la gueule, et se retrouve avec le nez de traviole, le râtelier en moins, remplacé par de rutilantes dents en or - excusez-moi, je parle comme lui, du moins j’essaie, car je ne possède pas un vocabulaire aussi riche - ! Donc, pour ce qui est de la beauté, vous repasserez ! Quant au sentiment romantique, à la galanterie envers les dames, vous repasserez aussi, un petit viol de temps en temps et puis l'on poinçonne la Belle, histoire qu'elle n’aille pas se plaindre de l’inconstance des hommes, c’est un des plaisirs de la guerre ! La parole donnée ? Vous rigolez ! Benvenuto Gesufal est un traître et son fond de commerce, c’est le meurtre. Alors, je vous conseille de ne pas vous fier à lui ! En fait, il est l’assassin patenté du podestat Léonide Ducatore ! Il ne s’embarrasse pas de scrupules et tue sur commande. Et là, oui, il est fort ! Il manie l’épée et la dague comme pas deux et embroche son adversaire sans coup férir ! 

Alors pourquoi s’intéresser à un tel individu ? Parfois, cela fait plaisir d’être du côté du méchant ! Après tout, c’est rare et original ! Et puis quand il s’adresse à nous, lecteurs, nous jubilons. Benvenuto a l’art de l’auto-dérision et manie hautement l’humour. J’adore, en particulier le mot de la fin qui constitue une chute hilarante au roman ! Il fait preuve d’un cynisme qui nous laisse pantelant et puis, il est, de plus, intelligent, une intelligence brillante qui lui permet de jouer au plus fin avec ses adversaires et de lire dans leur jeu, en particulier celui du podestat. Il a l’art de la formule, de la synthèse et réfléchit vite et bien. On sent qu’il n’est pas qu’un soudard ! Il sait lire et écrire, ce qui pour un homme de sa condition est exceptionnel. D’ailleurs, c’est lui qui écrit cette histoire. ll manifeste une sensibilité à la nature et à la beauté des choses. Il aime l’art, la peinture, la musique :  

« Les derniers accords abandonnèrent le public dans un état de suspension, vacillant au bord d’un abîme solaire. C’était plus qu’un charme : deux cents personnes stupéfiées, dans un état de choc délicieux. J’essuyai en vitesse le coin de mon oeil; cette divine salope m’avait tiré une larme, et ça la foutait très mal pour un ruffian de mon style. »

Un retour vers son enfance grâce à un passage à la Proust, nous permettra de comprendre sa personnalité, plus complexe que ce que l’on pourrait croire. Parfois la cuirasse se fend, quand il écoute un chant, quand son ami meurt … Les souffrances ressenties dans son corps, le non-sens de sa vie, lui apparaissent. Au dénouement, on le sent prêt à rendre les armes. Ce qui ne l’empêche pas d’être un parfait enfoiré mais il n’est pas le seul dans cette histoire qui en compte beaucoup ! Jaworsky réussit le tour de force de nous passionner avec un personnage absolument imbuvable ! Lecteurs, croyez-moi, si vous entrez dans ce livre, abandonnez toute morale et tout espoir de rédemption !

Bon !  Le style maintenant ! Il est magistral. L’écrivain manie tous les registres de la langue française et passe de l’un à autre avec aisance, fin connaisseur de l’argot, qu’il utilise avec verve, orfèvre des mots crus, truculents en diable, maître des descriptions ciselées. Il crée des effets comiques, d’ailleurs en mêlant les genres, en passant brusquement du registre soutenu ou registre familier et même trivial.

« Vous n’avez pas les fumerons de jaboter dans cette boutanche ? observai-je en baissant le ton. C’est gavé de gnasses qui ont les loches qui traînent; sans parler des floues et des casseroles. Ça me fait gaffer de dévider en plein entrépage.
Mordez le tableau ! rétorqua Dagarella d’un air dégagé. A la ronde, il n’y a que du lourd et du rupin. Même les grouillots, c’est de la pelure en souillards. Ils entravent que dalle au jar. On peut jacter à son aise. »

« En contrebas la ville nichée dans les replis des collines littorales : un chevauchement de toits ocre, un paradis mystérieux aux sillons de terre cuite, crevassé du lacis étroit des rues et des venelles, comme un épiderme quadrillé de ridules.Ça et là, la carapace tuilée était percée par le faîte des grands arbres et par le parement altier des tours et des beffrois. »

En résumé voici un bon, gros et long roman tel que je les aime (près de mille pages) que j’ai lu, d’ailleurs, comme pavé de l’été mais que je n’ai pas eu le temps de commenter avant la fin du challenge. On y vit mille péripéties comme dans un roman de cape et d’épées, on y rit des saillies, des réparties de notre héros, on y réfléchit sur les hommes politiques du passé ou du présent. Et s’il y a parfois quelques longueurs, elles se font vite emporter dans le flux impétueux de nouvelles aventures.

PS une mention spéciale aux remerciements de fin de roman. Ne les ratez pas!


Merci à Ingammic et à son bel article de m’avoir donné envie de lire ce livre : voir son billet ici






 

vendredi 5 février 2016

George R.R. Martin : Dragon de glace illustré par Luis Royo



Dragon de glace est un livre pour enfants (7 /8/ 9 ans?) écrit par George R.R. Martin, l’auteur de Game of Thrones. Je n’ai jamais lu G. Martin mais les belles illustrations de Luis Royo m’ont attirée et j’ai trouvé ce petit roman fantasy si joli que j’ai su tout de suite à qui je voulais l’offrir.

Luis Royo : Adara, la fille de l'hiver

Adara a été marquée par le froid terrible qui tué sa maman à sa naissance. C’est une fille de l’hiver, c’est pourquoi le dragon de glace qui apporte le gel et la désolation dans son pays est devenu son ami. Elle seule peut monter sur son dos et voyager dans les airs avec lui. Son père, son frère et sa soeur le redoutent comme toute la population.. Mais un jour la guerre arrive dans le royaume et les dragonniers, ceux qui commandent des dragons qui crachent le feu, sont vaincus par une armée plus puissante.  Alors Adara  appelle à l’aide son dragon de glace… Pourra-t-il battre les dragons de feu du roi ennemi? Et Adora verra-t-elle fondre son coeur de glace pour éprouver des sentiments?

Luis Royo : Adar et son ami, le dragon de glace


L’histoire est bien racontée et fait appel à l’imaginaire de l’enfant d’une très jolie façon. Le thème sous-jacent au récit est celui de l’impossibilité pour la fillette de ressentir affection et amour. On pense au conte russe : La fille de Neige, façonnée par ses parents avec de la neige et qui s’en va avec l’arrivée du printemps. Mais ici la fin est différente. Quant aux illustrations en noir et blanc, elles sont un plaisir pour les yeux et contribuent à faire de ce livre cartonné, à la belle couverture, un joli objet qui devrait être apprécié.

Luis Royo : Le combat entre les dragons du feu et le dragon de glace

dimanche 8 février 2015

Robin Hobb : Les cités des anciens



J’ai beaucoup aimé L’assassin royal de Robin Hobb, j’ai été déçue par Le soldat chamane mais avec Les cités des anciens je retrouve tout le charme du roman Fantasy : vivre des aventures passionnantes, s’immerger dans un univers fantastique, laisser le pouvoir à l’imagination (et Robin Hobb quand il s’agit de créer des mondes imaginaires et de héros extraordinaires n’est jamais en reste), s’attacher à des  personnages qui, pour être des créatures d’un roman fantasy, n’en incarnent par moins l’espèce humaine avec ses faiblesses, ses difficultés, ses tragédies mais aussi ses moments de bonheur et de plénitude.. Et s'intéresser aussi, mais oui, je vous assure, aux dragons dotés de caractère bien affirmé!

Le récit


Dans le Désert des pluies, les eaux et les terres sont si acides que les habitants ont construit des villes en hauteur, dans les arbres centenaires. Dans ce lieu inhospitalier, certains enfants naissent affectés de stigmates si prononcés, écailles et griffes, qu’ils sont pour la plupart sacrifiés à leur naissance. Ceux qui en réchappent sont mis au ban de la société et subissent le mépris de leur entourage. Le peuple du désert des Pluies vit de la chasse, de la cueillette et exploite le patrimoine d’un ancienne civilisation disparue depuis longtemps. Ils font du commerce avec la capitale Terrilville où vivent les riches marchands, créateurs de dynasties fondées sur l’argent.
C’est dans ce milieu acide que Tintaglia, la dragonne, a conduit les serpents géants, qui, enfermés dans des cocons, doivent pérenniser sa race en voie d’extinction. Mais les dragons qui naissent sont  atteints de nanisme, sont infirmes, trop faibles pour pouvoir voler.
Les habitants du désert des pluies décident de se débarrasser d’eux en les confiant à des gardiens. Tous partent pour un long voyage qui semble promettre une mort assurée! Ils ont ont pour mission de retrouver Kelsingra, la cité des anciens, lieu mythique où jadis, dans des temps reculés, vivaient les dragons et leurs gardiens dotés alors de grands pouvoirs.  Chassés de leur famille parce qu’ils sont différents, les jeunes gens du désert des pluies, Thymara,  Kanaï, Sylve, Tatou … vont tout faire pour sauver leur dragon et parvenir au but.


Vous lisez  les huit tomes de la série sans un seul moment d’ennui et sans avoir envie de lâcher le livre. Vous avec l’impression d’être transporté dans un ailleurs tout comme lorsque vous étiez enfant vous parcouriez « pour de vrai » le grand silence blanc des romans de Curwood et de Jack London.. Mais vous pouvez, parce que vous êtes adulte, analyser l’intérêt du propos de Robin Hobb qui développe ici un thème qui lui est cher : celui du droit à la différence et à l'égalité. Kelsingra, en effet, telle qu’elle va être appelée à revivre, sera un lieu où tout le monde pourra vivre quelles que soient ses particularité physiques, sexuelles ou sociales… Une sorte d’utopie où perce pourtant déjà la menace à l’intérieur du groupe, et surtout à l’extérieur. Les cupides marchands de Terriville n’ont qu’un désir, coloniser la cité pour en exploiter les richesses. Voilà qui nous promet une suite?*


*Il faut dire que Les cités des anciens est déjà la suite de L'assassin royal et de Les aventuriers de la mer  (je n'ai pas lu ce dernier mais il vaut mieux le lire avant Les cités des anciens.!)

jeudi 5 janvier 2012

Robert Sylverberg : Le long chemin du retour


Le long chemin du retour de Robert Silverberg nous entraîne dans une lointaine planète, Patrie, dont le peuplement a été le fait de terriens. Sur Patrie cohabitent désormais trois peuples :  les autochtones dont la civilisation est restée intacte et qui n'ont manifesté ni désir d'intégration, ni opposition aux nouveaux colons;  le Peuple qui correspond à une première vague d'immigration venue de Terre dans des temps immémoriaux, et les Maîtres, humains arrivés plus tard, il y a quelques milliers d'années, qui ont conquis la planète avec des moyens technologiques avancés.  Les Maîtres possèdent désormais toutes les terres et exercent le pouvoir en seigneurs tout puissants sur leurs immenses domaines nommés Maisons. Le Peuple travaille les terres en échange de leur protection et des soins qui leur sont prodigués. L'ordre règne. Joseph Keilloran, un adolescent de 15 ans qui appartient à la caste des Maîtres, en est persuadé. Il est pour l'instant en vacances dans la noble Maison des Geften  située à des milliers de kilomètres de celle de son père. La vie est belle, oisive,  promenades, chasses, jeux, danses avec les jeunes amis de son âge qui ont, de plus, une soeur fort jolie! Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Et pourtant, Joseph est réveillé une nuit par des explosions. Bientôt il comprend que le Peuple s'est rebellé contre les Maîtres, la famille Geften est anéantie. Grâce au soutien d'une servante loyaliste, Joseph parvient à s'enfuir, persuadé qu'il obtiendra de l'aide dans un domaine voisin et un avion pour pouvoir rentrer chez lui. Mais il découvre bientôt que toutes les autres Maisons  nobles ont été détruites et qu'il ne peut compter que sur lui-même. Il entreprend alors à pied le long chemin du retour, des milliers de kilomètre à franchir en affrontant de nombreux dangers...

Le livre est un roman d'initiation transposé dans un monde du Futur. Ce long voyage va transformer l'adolescent et bouleverser sa manière de concevoir l'univers qui l'entoure. Il le constate plusieurs fois au cours de ses épreuves, il vieillit prématurément, quitte le monde de l'enfance pour devenir un homme. Il était jusque-là un jeune maître choyé, déchargé de tous soucis matériels, uniquement préoccupé par ses loisirs et ses heures d'étude où il devait apprendre les devoirs de sa charge en tant qu'aîné, héritier de la Maison Keilloran. Il va devoir alors  à échapper à ses ennemis,  souffrir de la faim et du froid, terribles épreuves qui l'amèneront aux portes de la mort. Sa vie n'est plus qu'une question de survie. Sa conception sociale est aussi complètement bouleversée. Il découvre en ethnologue les moeurs et croyances des autochtones et s'étonne qu'ils aient des croyances religieuses et que, contrairement à ce qu'il pensait, les Maîtres ne soient pas placés au centre de leur univers mais considérés comme inexistants. Il est traité d'ailleurs en esclave, devient la propriété de ces indigènes qui exploitent ses connaissances médicales. Leçon philosophique de la relativité de toutes choses et aussi de modestie qui remet chacun à sa juste place sur la planète Patrie. Recueilli par une famille libre du Peuple, Joseph va prendre conscience de l'exploitation que sa caste fait subir aux autres. Cette découverte remet tout en question pour lui.
Je n'ai pas ressenti en lisant le roman la magie, la poésie,  la complexité des univers mythiques de Tolkien, d'Ursula Le Guin ou de Robin Hobb.  Il manque un souffle, une force,  un élan, à la fois dans le style et dans le récit. Mais les thèmes de Le long voyage de retour  qui proposent une réflexion sur notre propre Monde sont intéressants. L'auteur laisse, par ailleurs, libre cours à son imagination en créant des créatures fantastiques dont on ne sait pas trop distinguer ceux qui ont une conscience même primitive de ceux qui ne sont que des animaux.  Autre sujet de réflexion! Tout ceci devrait plaire à des adolescents qui suivront avec  plaisir les aventures de ce  jeune garçon courageux, sa découverte de l'injustice mais aussi de l'amour.



Première participation au Challenge de Aymeline sur Les Mondes imaginaires. Présentation :


Oyez, oyez, blogueurs, blogueuses, Aymeline a décidé d'organiser son premier challenge ! Qu'on se le dise !
 
En espérant ne pas faire doublon avec un autre challenge et sous la pression (amicale) de certaines blogueuses qui du coup devraient s'inscrire, j'ai décidé de faire un challenge centré sur les lieux et mondes imaginaires.
Autre avantage, vous allez me donner de belles idées de lectures.
Enfin, j'ai envie par le biais de ce challenge de vous faire découvrir d'autres mondes et d'autres univers de lecture...
 
Entendons-nous bien d'abord sur ce qu'est un monde imaginaire.
Dans la définition que j'ai choisie pour ce challenge, un monde imaginaire a ceci de particulier qu'il ne fait pas partie de notre monde connu et cartographié. Ainsi, tous les romans dont l'intrigue se déroule sur une autre planète font de fait partie du challenge.
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