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mardi 22 septembre 2026

George Sand : Le chêne parlant

 

 

Le chêne parlant de George Sand est un conte qu’elle écrit pour ses petites-filles, Aurore et Gabrielle. Paru en 1975 dans La Revue des deux mondes, il est ensuite intégré aux Contes d’une grand-mère publié en 1876. Je le lis comme un conte proposé aux enfants de sixième, cinquième, aux Editions Hachette biblio-collège, avec une foule d’annotations et de détails sur le sens, le vocabulaire, la vie de George Sand, son époque… Il est rendu agréable à lire par les illustrations, par une courte BD racontant la biographie de l’auteur, des photos et des reproductions de tableau. Il peut être lu, aussi, par de plus jeunes enfants même si le niveau de vocabulaire est exigeant. Tous les mots difficiles sont expliqués.

Le conte raconte l’histoire d’Emmi un jeune garçon élevé sans amour par sa tante qui le place dans une ferme lorsqu’il est encore un jeune garçon pour garder les cochons. L’enfant est très malheureux. Il ne mange pas à sa faim, est mal logé, mal vêtu, et il déteste les cochons, bêtes qui lui font peur. Un jour, dans la forêt, il est attaqué par ces animaux irascibles et il se réfugie dans un gros chêne. Mais pas n’importe lequel ! C’est le chêne parlant réputé pour être enchanté et parfois maléfique. Emmi décide d’y passer la nuit et reçoit l’assentiment de l'arbre qui semble l’avoir adopté. Dès lors, il ne rentre plus à la ferme où on le tient pour mort. L’enfant apprend à vivre dans les bois, à se nourrir de baies et de racines et des produits de la chasse. Il dort dans son arbre qu’il partage avec une chouette. Il échange les produits de sa chasse avec une mendiante pour un morceau de pain. Mais celle-ci, la Catiche, se révèle bientôt malveillante ( elle tient le rôle de la sorcière dans le conte de fée traditionnel) et veut l’amener chez elle pour le contraindre à voler. Il refuse. Au moment où elle va le vendre à un directeur de saltimbanques ( on pense à  Pinocchio) il est sauvé par un homme bon qui apprécie son caractère et l’engage dans son entreprise forestière. Le jeune homme est sérieux, travailleur et il donne satisfaction à son maître qui le traite comme un fils. Mais il n’oublie jamais le chêne parlant.

Récit initiatique et moral, on y voit l’enfant apprendre à devenir indépendant en agissant avec courage, persévérance et sagesse. Il refuse tout ce qui est malhonnête et apprend à se contenter du nécessaire. Il grandit en restant sur la bonne voie mais sait être ouvert aux malheureux et aux pauvres et les aider. Ainsi il ne condamne pas la Catiche et lui vient en aide quand elle en  a besoin car il ne faut pas endurcir son coeur.

Le chêne parlant nous apprend à vivre en harmonie avec nature, à écouter sa voix, à suivre ses enseignements. Moyennant quoi elle assure à l’homme sa survivance. La nature nous nourrit si nous respectons sa beauté et son intégrité. 

 


 

 


 

dimanche 18 janvier 2026

Jolan C. Bertrand : Les soeurs Hiver


 

Cet adorable livre pour enfants Les soeurs Hiver de Jolan C. Bertrand (8-11ans) commence ainsi : 
 

"Autrefois, il y avait deux hivers, la Grande et la Petite La Grande apportait les tempêtes, les bourrasques, les nuits froides et glaciales contre lesquelles même le feu n’y peut rien. C’était l’hiver rude et brutal…
Et la Petite, c’était les lacs qui gèlent avant les premières chutes de neige pour y faire du patin, les batailles de boules de neige, les glissades en luge, le marché d’hiver, et la fête de Yüle. C’était l’hiver doux et léger…"

 

Mais lorsque la Petite disparaît provoquant le chagrin et la colère de la Grande, les habitants de Brume ne connaissent plus que le froid terrible et sans merci qui malmène leur vie et ne dispense plus aucun des plaisirs de l’hiver. A ces tourments, s’ajoute la multiplication des larcins par les Trolls qui dérobent aux villageois leurs biens les plus précieux. Le village est accablé. Ragnar, l’oncle d’Alfred, décide de partir à la recherche des trolls pour arrêter les vols. Alfred est un jeune garçon orphelin, élevé par son oncle et sa grand-mère. Il aime faire des blagues pas toujours gentilles en accord avec son Dieu préféré, le malin Loki. Mais que peut-il faire lorsque Frid, l’oracle aveugle de Brume, lui ordonne de partir à la suite de Ragnar sinon celui-disparaîtra et plus personne ne le reverra ?

 



Alfred se lance à la poursuite de son oncle dans l’immense forêt boréale, au-devant d’aventures périlleuses qui l’amèneront à rencontrer la Renarde aux yeux de feu qui dévore la lune, les Trolls aux cheveux violets, le Renne blanc nommé Lichen et qui sait ? peut-être ? la Petite, celle qui peut calmer la colère de La Grande et ramener la douceur de l’hiver.

 

  

Ce roman de Jolan C. Bertrand est écrit dans un style vivant, poétique, qui relance sans cesse l’intérêt. L’écrivain puise dans la culture nordique, celle des Vikings mais aussi des éleveurs de rennes, leurs modes de vie, le nomadisme,  leurs croyances avec ces affreux et délicieux petits Trolls en forme de caillou, avec le Dieu Loki, flamboyant, et les divinités de l’hiver. 

 


 

L’illustration de Tristan Gion pleine de finesse et d'invention souligne la féérie du récit et la beauté de ce récit qui laisse libre cours à l’imaginaire.

 







Lichen, La Petite et Alfred



jeudi 6 novembre 2025

Naomi Novik : La fileuse d'argent

  
 

Myriem vit dans un petit village où son père est prêteur. Trop généreux, il n’a pas la force de réclamer son dû aux villageois aussi sa famille vit dans la précarité. Quand la mère de Myriam tombe malade, la jeune fille comprend qu’il lui faut agir et c’est elle qui va  passer de foyer en foyer réclamer le paiement aux emprunteurs, soit en espèce, soit en nourriture ou de tout autre manière. Par exemple, chez Wanda dont le père, une brute alcoolique, ne peut rembourser car il boit l’argent de ses dettes, elle décide que Wanda viendra travailler pour sa mère à la ferme. Elle rétablit la prospérité dans sa famille mais s’attire, en tant que prêteuse juive, l’inimitié des gens du bourg. Naomi Novik, écrivaine américaine, dont le père est d'origine lithuanienne et juive, sous la couleur du conte, aborde une réalité qui était celle de l’époque. Les prêteurs étaient d’origine juive, les chrétiens ne pouvant exercer l'usure. D’ailleurs le grand-père de Myriem est un riche prêteur de la grande ville de Vysnia. Mais les parents de Myriem sont compatissants et honnêtes et viennent en aide à Wanda ainsi qu’à son frère Sergey et son petit frère Stepon. Bientôt, ceux-ci n’ont plus de préjugés et forment une famille aimante. Seulement, voilà, la réputation de Myriem de changer l’argent en or arrive à l’oreille des Stariks, un peuple étrange, aux curieux pouvoirs, qui vit dans le pays du froid et a décidé de plonger la terre dans la glace qui leur assure la vie éternelle. Ainsi le roi Staryk ordonne à Myriam de changer l’argent en or et la choisit ( bien contre son gré) pour reine. Pendant ce temps, à la cour, la fille du Duc de Vysnia, Irina, est forcée d’épouser le tsar, (pour son plus grand déplaisir), un gamin malveillant et cruel dont elle découvre qu’il est possédé par un esprit du Mal issu du feu. Le Feu et la Glace ! On imagine la bataille qui va avoir lieu. Le récit polyphonique raconte les aventures de Miryem, Irina et Wanda et les dangers que chacune va affronter. Il leur faudra beaucoup de débrouillardise, de volonté et d’intelligence pour dominer les forces du mal et rétablir la paix.

"J'avais peur. Le Staryk avait des éperons à ses talons et des bijoux à ses doigts qui rappelaient d'énormes cristaux de glace et les voix de toutes les âmes perdues dans le blizzard hurlaient derrière lui. Bien sûr que j'avais peur.

Mais j'avais appris à craindre d'autres choses bien d'avantage : d'être méprisée, dépouillée de ma fierté, petit morceau après petit morceau, moquée, dupée. J'ai levé haut le menton et j'ai dit, avec autant de froideur que je pouvais en rassembler : " Et que me donnerez-vous en échange ?"

La fileuse d’argent est un petit livre ( au moment où j’écris « petit », je vérifie le nombre de pages :  500, tout de même !) de fantasy pour ados qui devrait plaire et emporter l’imaginaire des jeunes lecteurs. Quant à moi, j’aime ce genre de romans où l’auteur possède une imagination débridée et en même temps nourrie par toutes sortes de contes et mythes de divers pays. Avec La Fileuse d’argent, on est au choeur du folklore russe avec ses Baba Yagas, avec son tsar et sa tsarine, ses étendues enneigées, ses isbas blotties au fond des forêts; Andersen nous prend par la main pour nous amener aux confins des pays de glace au palais de la Reine des neiges (sauf qu’ici il s’agit d’un roi), on passe à travers les miroirs comme Alice, on vit dans deux dimensions du temps et puis l’amour ne peut-il pas naître entre deux êtres différents ? Réminiscence de la Bête et la Belle. Les mythes grecs sont revisités, celui de Perséphone et Hadès, car le roi Staryk ne peut rendre visite à la famille de son épouse qu’en hiver, les autres saisons de l’année étant trop chaudes pour lui. Ajoutez à cela une touche moderne :  les  jeunes  héroïnes Myriem, Irina et Wanda rencontreront l’amour et le bonheur mais elles le devront non pas à leur beauté et à leurs cheveux d'or comme la fille du Meunier, mais à leur courage, leur habileté, leur intelligence et leur combativité.  Elles ne seront pas sauvés par le Prince Charmant, ce sont elles qui le sauveront. Soyez persuadées, les filles ! Ce n'est pas en restant soumises et passives que vous vous en sortirez !