Pages

vendredi 9 octobre 2026

Stef Penney : La tendresse des loups


  

Dans La tendresse des loups de Stef Penney, écrivaine écossaise, nous sommes en 1867, au Canada, dans l’Ontario*, sur la rive nord de la baie Géorgienne, à Dove River, dans la ferme de Madame Ross. Personnage principal du roman, d’origine écossaise, elle est venue s’installer là avec son mari il y a quelques années. C’est un endroit désert, loin de tout, qui a été peu à peu peuplé par des colons écossais. Des Yankees et des indiens complètent la population de la petite ville nommée Caulfield. 

 

La baie géorgienne, lac Hudson, Ontario

 

Le récit 

Près de Dove River, vit un trappeur Laurent Jammet que madame Ross découvre égorgé dans son lit. Le magistrat de la ville Andrew Knox, alerté, fait venir des enquêteurs de la Compagnie de la baie d’Hudson :  l’antipathique MacKinley et le jeune et crédule Donald Moody qui n’est arrivé au Canada que depuis un an, toujours en butte au bizutage de ses compagnons. Mackinley, préoccupé de résultat rapide, accuse Parker, un trappeur indien venu rendre visite à Jammet. Cible facile, parce que indien et donc considéré comme inférieur, Parket, considéré comme coupable sans aucune preuve, est enfermé, battu et maltraité par Mackinley. Mr Knox, indigné et persuadé de l’innocence du trappeur, le libère.

Madame Ross qui a découvert que son fils Francis a disparu depuis la mort de Jammet se lance à sa poursuite, bien décidée à prouver que sa disparition n’a rien à voir avec le crime.  Elle demande à Parker qui fuit la police de lui servir de guide. Parker est un pisteur hors pair et suit les traces du jeune homme. C’est une longue et rude aventure qui commence, dans les forêts enneigées, sous la morsure d’un froid intense, marches harassantes jusqu’au dernier degré de la fatigue, promiscuité dans la tente avec cet homme au physique effrayant, nuits marquées par le souffle des loups … Mais quand ils arriveront à retrouver Francis, ce ne sera pas encore la fin de leur quête. Pendant ce temps, le pauvre Donald Moody est envoyé à la poursuite de Parker, peu armé pour affronter les pièges de l’hiver dans ces contrées sauvages. Heureusement, son ami indien Jakob l’accompagne et suit la piste dans une équipée qui met sa vie en danger…
De nombreux personnages viennent se greffer dans ce récit qui se démultiplie : Il y a le mystère des deux jeunes filles Amy et Eve Steson qui ont disparu dans la forêt et que l’on n’a jamais plus retrouvées même après de longues recherches, puis Sturrock, un aventurier qui recherche un objet en os que détenait Jammett, et tant d’autres encore. Le récit est mené à la première personne par Madame Ross dont on ne connaîtra jamais le prénom et qui fait de fréquents retours en arrière sur son passé en Ecosse. Parfois il continue à la troisième personne pour les autres personnages. 

 

Une comparaison avec Jack London ? 

 

Bien sûr, l’on a comparé La tendresse des loups au récit d’aventures de Jack London.  Effectivement, la description des grands espaces glacés, des dangers encourus, des personnages rudes, ne manquent pas de rappeler le grand écrivain sans toutefois avoir la même puissance et la même portée poétique. Les descriptions des paysages de Stef Penney sont  moins grandioses, moins impressionnantes que celles de Jack London. Elles ne procurent pas les mêmes émotions car avec l'auteur américain, la nature est un personnage à part entière. Mais Stef Penney nous intéresse pourtant aux aventures vécues par ses personnages.

"Nous passons devant des buissons dont les branches portent des toiles tissées par la neige et des nodules de glace qui, recevant la lumière du  soleil, la réfractent en arc-en-ciel. Le ciel est d'un bleu métallique luisant; il n'y a pas un souffle de vent, et aucun bruit d'aucune sorte.  Le silence est écrasant. Contrairement à certaines personnes, les contrées sauvages ne m'ont jamais donné une sensation de liberté. Le vide me suffoque." 

 Et chez elle, les thèmes sont plus contemporains, l’homosexualité, le féminisme, encore que certains romans de Jack London soient aussi féministes !  Je pense à L’aventureuse ou Une femme de cran. 

Madame Ross est une femme de cran, elle aussi, prête à tout pour sauver son fils et découvrir le coupable du meurtre, Maria Knox, la fille aînée du magistrat, possède intelligence et audace, et Line, même si elle n’est pas sympathique, secoue le joug de la religion, du conformisme et de l'hypocrisie, prend son destin en main en s’enfuyant avec son amant et ses deux enfants. 

  Roman d'aventure et policier

 

Dans l'ensemble, le roman est agréable à lire. J'ai aimé découvrir la vie des colons, celle des trappeurs et des indiens traités comme des esclaves. Les personnages ont une certaine force. Il n'y a que Angus Ross, le mari, qui m'a paru difficile à comprendre. Antipathique et rigide au début, l'écrivaine assouplit un peu son caractère par la suite mais superficiellement, cela m'a laissée sur ma faim. 

 Et puis, n'oublions pas qu'il s'agit d'un roman policier en même temps qu'un roman d'aventure et que, jusqu'aux derniers moments, le lecteur a envie de savoir quel est le criminel.


*Une erreur dans le résumé de la quatrième de couverture dit que le roman se passe en Nouvelle-Ecosse, au bord la baie Géorgienne. Il n’en est rien. Cette baie est située dans une autre province du Canada, en Ontario.

 

mardi 6 octobre 2026

Bilan 7 : Les Deux George de la littérature mois de septembre

 George Sand par Delacroix
 

Le bilan du Mois de Septembre nous a réunies, Miriam et moi,  autour du voyage à Majorque. 
 Avec le récit d’un Hiver à Majorque, George Sand, « magnifique conteuse » présente une vision de l’île dont elle souligne la beauté et elle décrit l’intérêt de ses monuments. Mais bien vite, l’hiver épouvantable, les pluies torrentielles rendent ce séjour long et pénible. George Sand se plaint des habitants mais elle  continue à s’intéresser à l'Histoire et au contexte économique social des Baléares. 
Avec Histoires de ma vie, George Sand, racontant son séjour à Majorque, s’intéresse surtout à Chopin, malade, en proies à des  tourments métaphysiques. Elle décrit avec un talent de musicienne affirmée la richesse des préludes composés par Chopin dans ce couvent en ruines, hanté par les esprits des moines trépassés, sous une pluie diluvienne, 

Miriam s’est aussi intéressée aux rapports existant entre George Sand et Marie d’Agoult en lisant l'essai de Marie-Octave Monod : Daniel Stern, Marie d’ Agoult de la Restauration à la III République. Daniel Stern est le nom de plume de Marie d’Agoult que George a reçue avec Listz à Nohant.
 

Avec Le chêne parlant, court roman écrit pour ses petites-filles Aurore et Gabrielle, l’écrivaine écrit un livre d’initiation et de morale vantant le travail, le courage et le respect de la nature.

Une seul George Eliot ce mois-ci avec la lecture  de Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, une des premières oeuvres de Eliot dans laquelle celle-ci nous tient en haleine avec un récit tendu où s’exacerbent les sentiments.  

Claudialucia

George Eliot : Le roman d’amour de Monsieur Gilgil

George Sand : Le chêne parlant roman pour enfant

Histoires de ma vie (6) : George Sand et Chopin voyage à Majorque


Miriam

Daniel Stern, Marie d’Agoult de la Restauration à la III République de Marie-Octave Monod

George Sand : Un hiver à Majorque

 Qui veut se joindre à nous en Octobre pour Daniel Deronda  de George Eliot ? ( 2 tomes)

                                                             Pour Jeanne de George Sand 

  

 

Bilan N°6  du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 





 


dimanche 4 octobre 2026

L' Arrivée au Pont-de-Montvert
 : Robert Louis Stevenson et des textes à la manière de ...

Le Pont de Montvert au pied du Mont Lozère, près des sources du Tarn
 

On parle tellement de l'IA  - surtout avec le roman de Thélyson Orélien-  que j'ai eu envie de demander à l'IA de composer des textes à la manière de nos grands auteurs français sur le thème l'arrivée au Pont de Monvert  : Chateaubriand, Victor Hugo, Julien Gracq, Nathalie Sarraute revenus d'Outre-tombe s'y sont risqués avec succès, je trouve  !

Le Pont de Monvert ? Ce lieu m'est familier puisque ma famille maternelle y a ses racines. Je vous donne les renseignements de Wikipédia sur cette commune, le texte le plus neutre possible pour mieux vous faire goûter les textes à la manière de ... Allez ! Dites-moi quel est votre préféré ?

 

Le Pont de Monvert

 

Le Pont-de-Montvert est une ancienne commune française située dans le département de la Lozère  devenue, le , une commune déléguée de la commune nouvelle de Pont-de-Monvert-Sud Mont Lozère. Elle est située au centre du Parc National des Cévennes, au pied du Mont Lozère, dans le sud du département de la Lozère. Le Pont-de-Montvert est traversé par le Tarn, qui prend sa source sur les hauteurs de la commune, non loin du hameau de l'Hôpital. Deux courtes rivières, le Rieumalet et le Martinet, prennent elles aussi leur source dans la commune et rejoignent le Tarn au niveau du village du Pont-de-Montvert.

Le village est composé d'un centre-bourg et de hameaux ou écarts (Felgerolles, L'Hermet, Grizac  ...)

Au sud du village commence le massif du Bougès. La commune est limitrophe du département du Gard.


Mais vous aurez droit aussi à des textes authentiques avec bien sûr celui de Stevenson ! 

 

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND

 

 Pont de Monvert : Couchers de soleil et  blocs de granit


Voici une version de l'IA dans un style romantique, méditatif et mémorialiste inspiré de Chateaubriand, sans reprendre littéralement sa prose :


 J’arrivai au Pont-de-Montvert vers le soir. Le chemin, longtemps suspendu aux flancs de la montagne, descendait enfin vers cette vallée étroite où le Tarn naît parmi les pierres. Les dernières lueurs du jour s’attardaient sur les sommets ; déjà les ombres remontaient des ravins, et le silence, interrompu seulement par le murmure de l’eau, semblait reprendre possession de la terre.
 

Je m’arrêtai sur le pont. Devant moi, quelques maisons se groupaient au bord du torrent, avec cette simplicité austère des villages que les siècles ont laissés presque tels qu’ils les trouvèrent. Rien ne paraissait avoir changé : les pierres, l’eau, la montagne, et ce ciel immense où le soir allumait encore une pâle clarté.
 

Alors je songeai à ceux qui avaient passé ici avant moi. Que de voyageurs inconnus, que de générations disparues avaient contemplé ce même paysage ! Ils avaient eu leurs espérances, leurs inquiétudes, leurs amours, leurs deuils ; et le torrent continuait de couler, indifférent à leurs destinées. 
Il y a dans ces lieux une puissance singulière : on y arrive comme en un pays nouveau, et pourtant quelque chose en nous les reconnaît. La montagne semble garder la mémoire des hommes, tandis que l’homme, pour un instant, oublie la sienne. 
Je repris ma marche lorsque la nuit fut venue. Le Pont-de-Montvert demeura derrière moi, silencieux sous les premières étoiles ; mais longtemps encore, tandis que je m’éloignais dans l’obscurité des Cévennes, j’entendis la voix de l’eau courir sous les arches.


 

 

VICTOR HUGO

 

Paysage du Parc National des Cévennes


 

On arrive au Pont-de-Montvert comme on entre dans une pensée.
 

La route, longtemps suspendue aux flancs de la montagne, descend enfin. Devant soi, les Cévennes s’ouvrent, sévères et magnifiques, avec leurs pentes couvertes de bruyères, leurs rochers noirs, leurs bois profonds où le vent semble avoir conservé la voix des siècles. Le ciel est vaste. La lumière, ici, ne tombe pas : elle plane.
 

Puis l’on entend l’eau.
C’est d’abord un murmure, presque rien ; une rumeur perdue sous les arbres. Puis elle grandit, elle devient claire, vive, impérieuse. Le Tarn, encore jeune, bondit entre les pierres avec cette gaieté sauvage des torrents qui ignorent les villes et les hommes. Il court, il frappe les rochers, il les polit, il leur raconte sans doute quelque histoire plus ancienne que la nôtre.
 

Et soudain le village apparaît.
Quelques maisons s’accrochent à la montagne, serrées les unes contre les autres comme si elles avaient cherché refuge contre l’immensité. Le vieux pont se penche sur la rivière. Il semble petit, presque fragile, devant les montagnes qui l’entourent ; mais il est là depuis si longtemps que les siècles ont fini par lui donner une gravité d’homme.

On franchit le pont.
À cet instant, quelque chose change. La route n’est plus seulement une route ; elle devient une entrée. Derrière soi demeure le monde d’où l’on vient. Devant soi commence un pays où la pierre, l’eau et le silence semblent avoir conclu une alliance.
Le Pont-de-Montvert n’accueille pas le voyageur : il le regarde.

Et dans ce regard muet des montagnes, dans cette eau qui passe sous les arches, dans ces maisons immobiles sous le ciel immense, on comprend que les lieux aussi ont une mémoire.


 JULIEN GRACQ

 

Le Pont de Montvert : paysage

 

L'arrivée du Pont de Monvert  dans une veine gracquienne — paysage tendu, attente, lenteur du regard, géographie presque mentale — sans chercher à reproduire exactement sa voix.
 

À mesure qu’on descendait vers le Pont-de-Montvert, le paysage semblait se resserrer autour de la route. Les hauteurs, qui jusque-là ouvraient de larges perspectives, se rapprochaient comme si elles eussent voulu retenir le voyageur. La lumière avait changé sans qu’on pût dire à quel moment : elle ne tombait plus sur les pentes, elle y glissait, froide et oblique, faisant ressortir les plis sombres des châtaigneraies.
Puis, au détour d’un dernier lacet, le Tarn apparut. On l’apercevait en contrebas, mince éclat mobile entre les rochers, et le village surgissait au bord de l’eau avec cette brusque évidence des lieux longtemps devinés avant d’être vus. Les maisons, leurs toits serrés les uns contre les autres, semblaient moins bâties là que déposées par la montagne.
La route descendait encore. À chaque pas, le bruit de la rivière gagnait en netteté. Il y avait dans cette approche quelque chose d’inquiétant et de paisible à la fois : comme si le village, déjà ancien avant qu’on l’atteignît, attendait sans impatience que le voyageur vienne enfin prendre sa place parmi ses pierres.
Quand on entra dans le Pont-de-Montvert, la montagne parut se refermer derrière soi. Devant les façades basses, l’eau courait avec une hâte tranquille. Le voyage était fini, mais le lieu donnait plutôt l’impression d’être le commencement de quelque chose qu’on n’aurait pas encore les mots pour nommer. 

 

 

NATHALIE SARRAUTE

 

Le Pont de Montvert

 


 Un texte inspiré des procédés de Nathalie Sarraute — tension intérieure, sous-conversation, hésitations, reprises et sensations fugitives — plutôt qu’une imitation exacte de sa voix. Ce sont bien des éléments caractéristiques de son écriture : le mouvement intérieur presque imperceptible plutôt que la description touristique du lieu, conformément à ce que Sarraute cherchait à saisir dans ses tropismes.



Le Pont-de-Montvert.
Enfin.
On le voyait, là-bas, entre les arbres — ou peut-être était-ce seulement cette ouverture, cette trouée plus claire qui faisait croire qu’il était là.
« C’est ici. »
Ici.
Le mot avait été dit simplement. Comme si cela allait de soi. Comme si l’on devait éprouver quelque chose.
Quelque chose.
Mais quoi ?
Ils ralentirent.
La route descendait maintenant. Elle suivait l’eau, ou bien c’était l’eau qui semblait les attendre en bas, entre les pierres.
« Tu reconnais ? »
Reconnaître… Non. Pas vraiment.
Et pourtant cette impression — cette petite poussée à l’intérieur, presque rien — comme lorsqu’on retrouve un visage aperçu autrefois et qu’on ne sait plus où.
Le village apparaissait par morceaux.
Un toit.
Un mur.
Le pont.
« Voilà. »
Voilà.
Ils étaient arrivés.
Et soudain il fallait descendre de la voiture, prendre les sacs, regarder.
Regarder comme on regarde un lieu qu’on avait imaginé avant de le voir.
Il y avait les maisons serrées, la pierre, l’eau en contrebas. Tout était là, exactement là où cela devait être.
Trop exactement peut-être.
« C’est joli. »
Oui.
Joli.
Le mot était posé sur le paysage.
Et quelque chose, aussitôt, s’était retiré.
Alors ils avancèrent vers le pont.
Sans rien dire.
Mais chacun, déjà, semblait attendre de l’autre qu’il dise quelque chose.
N’importe quoi.
Pour confirmer que c’était bien ici.

 

 ROBERT LOUIS STEVENSON : Le Pont de Montvert

 Voyage avec un âne dans les Cévennes.

 

La maison de l'abbé Chayla

Enfin, après tous ces textes fictifs rédigés par l'IA, revenons à un texte réellement écrit par son auteur, Robert Louis Stevenson, occasion, peut-être de lire ou relire Voyage avec un âne dans les Cévennes.

 "Une des premières choses rencontrées à Pont-de-Montvert, si je me souviens bien, fut le temple protestant. Mais ce n’était que le présage d’autres nouveautés. Une subtile atmosphère distingue une ville d’Angleterre d’une ville de France ou même d’Écosse. À Carlisle, vous pouvez vous apercevoir que vous êtes dans une certaine région. À Dumfries, à trente milles plus loin, vous êtes non moins certain d’être dans une autre encore. Il me serait difficile d’exprimer par quelles particularités Pont-de-Montvert se distingue du Monastier ou de Langogne, voire de Bleymard. Mais la différence existait et parlait éloquemment aux yeux. La localité, avec ses maisons, ses sentiers, son lit de rivière éblouissant porte un cachet méridional indéfinissable.

 

Le Pont de Monvert


Tout était agitation dominicale dans les rues et dans les cafés comme tout avait été paix dominicale dans la montagne. Il devait y avoir au moins une vingtaine de personnes pour déjeuner vers onze heures avant midi. Quand je me fus restauré et assis pour mettre à jour mon journal, je suppose que plusieurs encore survinrent, l’un après l’autre, ou par groupes de deux ou trois. En traversant les monts Lozère, non seulement j’étais arrivé parmi des visages bien entendu nouveaux, mais j’évoluais sur le territoire d’une race différente. Ces gens, tandis qu’ils dépêchaient en vitesse leurs viandes dans un inextricable jeu d’épée de leurs couteaux, me questionnaient et me répondaient avec un degré d’intelligence qui dépassait tout ce que j’avais jusqu’alors rencontré, excepté parmi les ouvriers de la voie ferrée à Chasseradès. Ils avaient des visages disant la franchise. Ils étaient vifs ensemble de propos et de manières. Ils n’entraient pas seulement dans l’esprit total de mon excursion, mais plus d’un l’assura, s’il avait été assez fortuné, il eût aimé partir pour entreprendre pareil tour.
 

Pont-de-Montvert ou Greenhill Bridge, comme nous dirions chez nous, est une localité fameuse dans l’histoire des Camisards. C’est ici que commença la guerre ; ici que ces Covenantaires du Midi égorgèrent leur archevêque Sharp. La persécution, d’une part, le fébrile enthousiasme, d’autre part, sont presque aussi difficiles à comprendre en nos tranquilles temps modernes et selon nos croyances et nos incrédulités modernes. En outre, les protestants étaient individuellement et collectivement des esprits sincères, dans le zèle ou la douleur. Tous étaient prophètes et prophétesses. (...)


L'abbé Chayla


Or, le chef et le principal acteur de la persécution – après Lamoignon de Baville – était François de Langlade du Chayla (prononcez Cheila) archiprêtre des Cévennes et Inspecteur des Missions dans la même région. Il possédait une maison, où il habitait parfois, à Pont-de-Montvert. C’était un personnage consciencieux qui semble avoir été prédestiné par la nature à devenir un forban. Il avait maintenant cinquante-cinq ans, âge auquel un homme connaît toutes les modérations dont il est capable. Missionnaire dans sa jeunesse, il avait souffert le martyre en Chine, y avait été laissé pour mort, secouru et ramené seulement à la vie par la charité d’un paria. 

Une telle expérience, pourrait-on croire, aurait dû guérir un individu de l’envie de persécuter autrui. Mais l’esprit humain est de nature singulièrement complexe. Après avoir été un martyr chrétien, du Chayla devint un persécuteur chrétien. L’Œuvre de la Propagation de la Foi y allait rondement entre ses mains. Sa maison de Pont-de-Montvert lui servait de prison. Il y brûlait les mains de ses détenus avec des charbons ardents, y arrachait les poils de leur barbe, afin de les convaincre qu’ils étaient dans l’erreur. Et pourtant n’avait-il pas lui-même éprouvé et démontré l’inefficacité de ces arguments physiques chez les Bouddhistes chinois ?

 

Le grand brûlement des Cévennes : les villages protestants brûlés sur l'ordre de Louis XIV (1703)

 

Non seulement la vie était rendue intolérable en Languedoc, mais la fuite y était rigoureusement interdite. Un certain Massip, un muletier bien renseigné sur la topographie et les sentiers de la montagne, avait déjà mené plusieurs convois de fugitifs en sécurité à Genève. Lors d’un nouvel exode, composé principalement de femmes déguisées en hommes, du Chayla, dans une heure pour lui néfaste, appréhenda le conducteur. Le dimanche suivant, il y eut conventicule de protestants dans les forêts d’Altifage sur le mont Bougès. Là se rendit incognito un certain Séguier, Esprit Séguier comme l’appelaient ses compagnons – un foulon géant, au visage émacié, édenté, mais rempli du souffle prophétique. Il déclara au nom de Dieu que le temps de la soumission était révolu, qu’on devait courir aux armes pour la délivrance des frères brimés et l’anéantissement des prêtres.

La nuit suivante, 24 juillet 1702, une rumeur inquiéta l’Inspecteur des Missions, alors qu’il se reposait dans sa demeurance-prison de Pont-de-Montvert : les voix d’une foule d’individus qui, chantant des psalmodies à travers la ville, se rapprochaient de plus en plus. Il était dix heures du soir. Du Chayla avait sa petite cour autour de lui : prêtres, soldats et domestiques, au nombre de douze ou quinze. Or, maintenant, comme il redoutait l’insolence d’une manifestation jusque sous ses fenêtres, il dépêcha ses hommes d’armes avec ordre de lui rendre compte de ce qui se passait. Mais les chanteurs de psaumes étaient déjà à la porte : cinquante costauds, conduits par Séguier l’inspiré, et respirant le carnage. À leurs sommations, l’archiprêtre répondit en bon vieux persécuteur : il ordonna à sa garnison de faire feu sur la populace. Un Camisard (car selon certains, c’est de cette tenue nocturne qu’ils ont tiré leur nom) tomba sous la décharge de mousqueterie. Ses camarades se ruèrent contre la porte, armés de haches et de poutres, parcoururent le rez-de-chaussée de la maison, libérèrent les prisonniers et trouvant l’un d’eux dans la vigne*, une sorte de Fille de Scavenger* de l’époque et de l’endroit, redoublèrent de fureur contre du Chayla et par des assauts répétés tentèrent d’emporter l’étage. Lui, de son côté avait donné l’absolution à ses partisans et ils avaient courageusement défendu l’escalier.

– Enfants de Dieu, arrêtez, s’écria le prophète. Brûlons la maison avec le prêtre et les acolytes de Baal" !
 

* fille de Scavenger : Parmi les instruments de torture les plus terrifiants de l'Angleterre des Tudor. Ici, la vigne est une réplique de cet instrument dans lequel on comprimait le corps du détenu dans des conditions extrêmement douloureuses. L'abbé Cheyla avait organisé une salle de tortures dans les caves de sa maison à l'usage des Huguenots.

 

GEORGE SAND : Le marquis de Villemer


Paysage de  Cévennes


Voilà  un "vrai" texte de George Sand extrait du Marquis de Villemer.
  
Il ne s'agit pas des Cévennes comme l'on entend cette région du massif Central de nos jours, située dans les départements de la Lozère et du Gard, mais de la Cévenne au sens large, telle qu'on la définissait à l'époque de George Sand et qui englobait jusqu'à la Haute Loire avec le Mont Mézenc, le Mont Gerbier de Jonc. C'est dans ces lieux, en effet, et non loin du Puy en Velay, que se réfugie l'héroïne de notre roman fuyant Paris.

Les sommets des Cévennes sont souvent chargés de vapeurs glaciales, et quand le vent les balaye, la pluie se rabat sur les bassins. Dans la saison où nous sommes c'est un éternel caprice; des combinaisons de nuées fantastiques, des éclipses subites de soleil et puis des clartés d'une limpidité froide qui ramènent la pensée à ces rêves de la première aube de notre monde, quand la lumière fut créée, c'est à dire quand l'atmosphère terrestre, dégagée de ses tourmentes, laissa percer les rayons du soleil sur la jeune planète éblouie.