Catherine Meurisse dans La jeune femme et la mer raconte son expérience à la résidence d'artistes de la villa Kujoyama à Kyoto. Son personnage, peintre, parle peu le japonais mais elle veut s’imprégner de la langue et de la culture japonaises. Elle cherche à renouveler son inspiration pour peindre le paysage et toutes les découvertes qu’elle va faire enrichiront sa vision, lui feront découvrir une civilisation très éloignée de la civilisation occidentale qui a trop « les pieds plantés en terre ».
Des rencontres lui permettent de découvrir un univers fascinant entre l'éveil et le rêve, comme celle avec le Tanuki du film d’animation de Pompoko de Isao Takatha. L’animal de la mythologie japonaise, bavard et facétieux, lui offre un pinceau fait avec ses poils et lui apprend à tracer deux signes avec une pierre à encre, signes dont elle ne comprend pas le sens mais qui vont la guider dans sa quête et prendront sens pour nous aussi à la fin du récit. Le paysage se révèle souvent mystérieux et magique. Ainsi surgit, au milieu d’une étendue d’eau, sa propre maison natale. Parfois, la jeune femme regarde la Nature et s’aperçoit que c’est la Nature qui la regarde.
Une autre rencontre est celle du peintre qui veut saisir « l’expression d’une femme ». Il cherche « l’état qui permet de peindre un tableau », et de rendre « l’évanescence des choses », ce qui est hors du monde, in définissable. Et pour cela dans le monde contemporain, il faut savoir faire abstraction de tout ce qui est moderne et gêne la vision de la Nature parfois modifiée par l'humain. Cette nostalgie d’un monde éphémère qui a existé et n’est plus, est loin d’être triste ! Il s’agit d’un sentiment heureux. Le peintre semble toujours prêt à capter ce qui n’est pas et en attendant il écrit des Haïkus, car c’est par la poésie qu’il se révèle un grand peintre.
Enfin, il y a la demoiselle Nami qui semble commander aux éléments depuis qu’elle est la seule survivante de la Grosse Vague de Hosukaï qui a tué ses parents. Car le Japon, c’est aussi le pays des volcans, des seïsmes, des tsunamis. La demoiselle Nami « sait lire notre sort dans les plis de la mer ». Pour l’heure, elle prédit un typhon et nous laissons Catherine roulant vers la résidence poursuivie par le vent et les feuilles tourbillonnantes.
Cette réflexion autour de la poésie et la peinture, cette approche de la Nature qui nous fait quitter le mode rationnel, ressentir le passage du temps, saisir l’impermanence des choses me rappellent le Kyoto de Yasunimi Yokotawa, un roman que j’ai tant aimé. L'album nous ouvre aussi à un mode de pensée différent du nôtre et à l'explication mythologique des phénomènes naturels.
Les illustrations sont d’une grande beauté, magnifiquement colorées, surtout celles qui évoquent les grands maîtres de l’estampe. De plus, le récit ne manque pas d’humour ! La jeune femme va au toilette, « les fameux WC japonais » mais lorsqu’il faut tirer la chasse, elle se trompe de bouton et appuie sur l’alerte tsunami.
J’ai beaucoup aimé cet album conseillé par Fanja ICI





