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vendredi 25 septembre 2026

Sigridur Hagalin Bjornsdottir : l’île


 

L’île ? c’est l’Islande tout entière. Un jour toutes les communications sont coupées avec l’extérieur, internet ne fonctionne plus. Impossible d’en déterminer la cause. Les navires et les avions que l’on envoie à l’extérieur pour prendre contact avec les autres pays ne reviennent pas ! Ceux qui sont partis pêcher en mer ne rentrent plus. Force est de constater que le monde entier semble avoir disparu et que l’Islande est seule dans cette immensité. Voilà de quoi faire tourner les têtes.

« Nous ignorons ce qui s’est passé, nous sommes des enfants pris de vertige, nous avançons les yeux bandés dans un jeu dont le sens nous échappe. Les hypothèses sont innombrables, aussi nombreuses que nous-mêmes, chacun a forgé la sienne, insupportable comme toutes les autres, et personne ne veut écouter celles de ses semblables. »

Un roman post-apocalyptique, j’en ai lu beaucoup, mais celui-ci très bien écrit et très prenant. Nous suivons le récit à travers les yeux de Hjalti, journaliste, proche du pouvoir et qui, bientôt, ira travailler avec les membres du gouvernement. Il est un ami d’enfance d’Elin, la ministre de l’intérieur qui, en l’absence du premier ministre et du président en voyage à l’étranger, annonce un remaniement ministériel. Elle-même devient premier ministre et refuse d'organiser les élections. Si, au début, le gouvernement semble vouloir le maintien de l’ordre et de la dignité et le partage des vivres, on comprend vite que leur pouvoir devient sans limite et ne peut aboutir qu’à la dictature. Et tandis que le peuple meurt de faim, Hjalti est invité par Elin à des réceptions où le champagne coule encore à flots. Peu à peu l’anarchie se répand, des bandes d’enfants sans parents vivent dans les magasins, pillent et volent. Des groupes de « Sauveteurs » s’organisent, violents, et font régner la peur.

«En temps de famine, l’unique objectif de l’être humain est la survie. L’ensemble de ses autres préoccupations est remisé, ses rapports sociaux sont entièrement gouvernés par un seul instinct : se nourrir. Les valeurs morales s’effondrent, le lien social se délite, les familles se déchirent. Tout respect des lois et des règles de vie est aboli. »

Le récit de cette lente dégradation, ce retour à une époque médiévale, où la population est guettée par la famine car les moyens de production sont insuffisants, où la mort est partout présente, sans médicaments dans les hôpitaux, alterne avec des moments qui se passent dans un fjord éloigné où survit seul, avec ses moutons et son chien, un homme qui n’a plus aucun espoir.

Et puis il y a aussi Maria et ses deux enfants, Elias et Mara. Maria est l’ex-compagne de Hjalti. Elle est naturalisée islandaise mais d’origine espagnole. Elle s’est séparée de Hjalti à cause de son égoïsme, de sa rigidité, de son impossibilité d’accepter ses enfants, de les aimer. Elle est musicienne et joue dans l’orchestre de Reikjavik. Oui, mais dans ces périodes de recul, l’art est le premier touché et elle se retrouve sans travail après un attentat à la bombe de la salle du concert où elle se produisait.

 Et que faire de ces vingt mille touristes qui sont restés coincés sur l’île et qui « mangent le pain » des islandais ? 

La vision de ce monde en perdition est saisissante mais finit sur une leçon d’espoir quand une poignée d’enfants organisent leur vie dans le fjord perdu, loin de tout, se protégeant les uns, les autres, et adoptant aussi le vieil homme qui vit avec eux.


 

 

Chez Fanja

 

lundi 7 septembre 2026

Elizabeth O'Connor : Sur l'île

 


1938. Manod , dix-huit ans, habite sur une île au large du pays Galles. Sa mère est morte et elle vit avec son père, pêcheur, et sa petite soeur Llinos , "une enfant pas comme les autres", à la personnalité étrange et attachante, et dont elle s’occupe. Elle a un amoureux mais il va vivre sur le continent. Ils partent tous, du moins les jeunes, pour trouver du travail, pour connaître une vie autre que leurs parents. Manod, elle aussi, rêve d'un ailleurs, rêve d'échapper à cette île qu'elle aime pourtant. Elle parle bien l’anglais car la maîtrise de cette langue, elle le comprend, permet l’émancipation. C’est pourquoi lorsque des ethnologues viennent étudier le mode de vie des habitants de l’île, ils la choisissent comme interprète, certains iliens ne parlant que le gaélique. L’île décrite est fictive, nous dit Elizabeth O’Connor, mais inspirée de nombreuses îles au large de la Grande Bretagne et de l’Irlande notamment l’île d’Aran.

Le récit commence en Septembre et se termine en Décembre. Chapitres courts, phrases sobres, le roman donne la parole à Manod qui parle de son île, des oiseaux, de la pêche aux homards, aux harengs, de la récolte des oeufs aux flancs de la falaise, de la baleine qui s’est échouée sur la grève, de sa mère et de ses visions, de sa petite soeur, des scènes qu’elle brode sur des tissus et qui sont de petites oeuvres d’art, de la vie des filles sur l'île qui n'ont  d'autre choix que le mariage et les enfants. Ce que ne veut pas Manod. Elle parle de ses rêves, de ses espoirs. Une vie quotidienne, lente, où le rythme des saisons prend une grande importance.

 Son récit est entrecoupé des notes prises par les ethnologues, Joan et Edward, légendes, histoires racontées par les familles, mais on s'aperçoit aussi qu'ils n’hésitent pas à mettre en scène les habitants, à s’éloigner de la réalité pour servir le pittoresque au détriment de l’observation scientifique. Elizabeth O' Connor rappelle dans la postface que c'est ce qu'a fait Robert Flaherty, le réalisateur du film L'homme d'Aran.  On voit le fossé qui existe entre eux et les iliens qui ne sont pour ces ethnologues que des sujets d’étude. Ils utilisent les autres mais ne donnent rien d’eux-mêmes même si Manod s’imagine qu’ils vont pouvoir changer sa vie.

Le style est pittoresque, avec le souci du détail précis qui donne aux êtres et aux choses une beauté et un relief particuliers :

"Les macareux se regroupent au bord des falaises; ils  partent enfin hiverner. Ils ont l’air ridicules quand ils marchent, on dirait des nains sur deux pattes. Ils me font penser aux histoires que racontent les personnes âgées : les fées au bord du chemin qui volent des pièces de monnaie."

"La baleine s’est échouée dans la nuit sur les hauts-fonds; elle sortait de l’eau comme un chat qui se glisse sous la porte. (…) Dans l’eau sombre son corps luisant était verdâtre.
Au matin, elle a flotté sur le ventre jusqu’à la plage. Les oiseaux se sont massés au-dessus d’elle. La marée poussait l’eau sur la grève en formant de grands miroirs entrecoupés de fines rigoles de sable. les vagues contournaient son corps en montant, puis se retiraient comme une membrane autour de son noyau fragile. "
 

Mais il est aussi tout en demi-teintes, voilé par la brume, nostalgique et lent, pour peindre une vie monotone, faite d’habitudes, de travail, empreinte de rudesse. Il fait naître l’idée d’un monde qui, malgré sa beauté, est finissant, peu adapté aux humains.

"Sur l’île, il y a plus de maisons vides que de maisons occupées; elles ont été abandonnées par des familles parties vivre sur le continent. Des martinets nichent dans les toits qui se sont affaissés. Des chauve-souris, des guêpes, de la mousse, des moisissures. Cinq variétés de renouée. L’été pour trouver de l’ombre, j’entraîne Llinos dans les maisons inhabitées. Il  arrive qu’on découvre de petits objets : une poupée, une fourchette en fer-blanc."


Sur l’île est un beau livre, un premier roman, écrit par petites touches légères, comme une peinture impressionniste  

"Une année ici, c’est d’abord le soleil et d’abord le printemps, qui se gorge d’oiseaux. Ils abandonnent l’île à son hiver grisâtre et reviennent quand les premières pousses sortent de terre. Les macareux apparaissent comme des taches sombres sur la surface de l’eau. Les mouettes tridactyles et les fous de Bassan tombent du ciel."

 et l'on espère que Manod pourra échapper, comme elle le souhaite, au huis-clos que l'île referme sur elle après le départ de Joan et d'Edward.

 


 


dimanche 21 juin 2026

Maurice Leblanc : L’île aux trente cercueils

 

J’ai lu L’île aux trente cercueils afin de répondre au thème de l’île initié par Cléanthe pour le challenge Escapades en Europe. Mais j’ai finalement choisi un autre titre L'Arche de la tempête (Ici) et je ne présente ce livre de Maurice Leblanc qu’aujourd’hui. Il s’agit d’un polar fantastique mais tous les évènements trouveront une explication rationnelle grâce à Arsène Lupin qui n’intervient que dans la dernière partie.


Sarek ou Sark 


Le récit se déroule dans une île fictive Sarek située au large de l’archipel des Glénan qui évoque l’île anglo-normande de Sercq (ou sark en anglais). Elle est entourée de trente dangereux écueils que les insulaires nomment les trente cercueils. Il y est aussi question d’une mystérieuse pierre magique aux grands pouvoirs, La Pierre-Dieu. Une légende dit que trente victimes correspondant aux trente écueils doivent périr dont quatre femmes qui seront crucifiées. Parmi elles, notre héroïne Véronique d’Hergemont est la victime toute désignée.

Véronique d’Hergemont a perdu son fils et son père il y a quatorze ans. Son mari, le monstrueux Vorski, symbole du Mal, est mort lui aussi. Lorsqu’elle apprend que son fils et son père sont toujours vivants et vivent sur l’île de Sarek, Véronique entreprend un voyage qui se révèlera semé de dangers et terrifiant. Elle vivra d’horribles aventures qui la conduiront inexorablement à la crucifixion. Mais… 

Le roman est construit sur un curieux contraste : Une partie où règne le fantastique avec un crescendo dans l’horreur censé provoquer la peur chez le lecteur puis, avec l’arrivée d’Arsène Lupin, une suite qui se veut nettement comique !

Le problème c’est que ce récit tarabiscoté ne m’a pas fait frissonner une seule seconde (trop, c'est trop!). De plus, l’humour (lourd) d’Arsène Lupin m’a agacée. Bref, je suis restée imperméable à toutes les tonalités du récit. Je me suis demandée si les livres de Maurice Leblanc avaient vieilli ( à moins que ce ne soit moi... forcément !) car c’est un auteur que j’aimais bien quand j’étais jeune sans être particulièrement "accro" !




Je me suis donc intéressée à l’auteur que je pensais être né au XX siècle. Wikipedia m’apprend qu’il est né à Rouen en 1864 et adolescent a connu Gustave Flaubert et Guy de Maupassant. Il crée Arsène Lupin, gentleman-cambioleur, au début des années 1900.  Le récit de L’île aux Trente cercueils se situe en 1917 et est publié en 1919. Finalement, Maurice Leblanc aura connu trois conflits franco-allemands   : En 1970, il est envoyé en Ecosse par son père pour le soustraire à la guerre, puis  1914-1918,  et en 1940, il fuit l'occupation allemande et se réfugie à Perpignan. C'est là qu'il meurt en 1941. Je comprends mieux pourquoi Vorsky qui personnifie le mal dans toute son horreur est « un germain, ce peuple semi-barbare », « un Boche » et même « un super-Boche » ! 

 

 


 

 

lundi 15 juin 2026

Elizabeth Goudge : L'arche de la tempête

 

 

L’arche dans la tempête publié en 1923 est le premier roman écrit par Elizabeth Goudge alors encore toute jeune. 


Guernesey

Guernesey de Pierre Auguste Renoir


« Les longues étendues des grèves du nord se montrèrent les premières, dorées comme des champs de blé mûr, ourlées des teintes mauves et argentées du pavot cornu et du statice, et se fondant d’une manière imperceptible dans les vastes landes battues par les vents. A l’abri des tertres d’un vert grisâtre, des maisonnettes montraient, par-ci par-là, leurs murs crépis de blanc et de rose et leurs toits d’ardoise grise. Au sommet de la lande se dressaient les cromlechs, élevés dit-on, par les hommes d’autrefois en guise de mausolées pour leurs morts, bien que les insulaires affirment qu’ils ont été posés en cet endroit par les fées pour y cacher leur or. »

Elizabeth Goudge dont les aïeux étaient guernesiais, née dans le Somerset en 1900, passe de nombreuses vacances dans l’île chez ses grands-parents. Rien de plus enchanteurs que les descriptions de l’écrivaine qui connaît Guernesey comme sa poche et s’ingénie à peindre sa beauté, ses coutumes, ses superstitions, la rudesse de ses tempêtes, la floraison enchantée de ses printemps, les côtés escarpées hérissées d’écueils et de falaises ou les grandes plages de sable, les couleurs somptueuses de ses paysages, le défilé des nuages qui parent le ciel et l’eau de mille nuances qu’elle peint avec un sens du coloris aussi précis et subtil que celui d’un peintre. 

La ville et le port Saint Pierre au coucher de soleil : « de petites lumières scintillaient aux devantures des boutiques et les bois semblaient tout noirs sur le ciel. La mâture des bateaux, noire aussi dans le crépuscule, se dessinait comme les arbres dénudés en hiver, sur un ciel du vert le plus tendre et le plus limpide, strié d’abricot et de gris perle. Les eaux du port gardaient un étincelant souvenir du soleil à la crête de chaque ride et reflétaient les pâles couleurs du ciel et les ailes plongeantes des mouettes… Un monde de couleurs et de lumières, transparent et irréel… Un monde du fond des eaux… Une beauté si fragile qu’au moindre attouchement elle s’évanouirait en poussière. »

Un soir, au coucher de soleil, la famille du Brocq observe un phénomène extraordinaire qui rappelle l’Odyssée et  Homère comparant la couleur de la mer au vin. 

« Une petite touffe de nuages, qui avait formé des entrelacs floconneux dans le ciel bleu, devenait rose au fur et à mesure que le soleil baissait, tandis qu’au-dessous d’eux la mer reflétant ce bleu et ce rose devenait mauve.
-Regardez ! Regardez ! s’écria Jacqueline
Elle montrait un jeu de lumières. Le rose et le bleu devenaient de plus en plus brillants et le reflet couleur de lavande fonçait au point de prendre la teinte d’un iris pourpre. La mer couleur de vin des anciens Grecs! »



Guernesey et l’Arche du Bon-Repos

Nuit d'été de Homer Winslow

Le titre anglais Magic Island est tout à fait pertinent pour ce roman d’Elizabeth Goudge. L’île de Guernesey est magique, en effet, par sa sauvagerie encore préservée en cette année 1888, époque où se déroule le roman, avec la rumeur incessante de la mer, la présence d’êtres surnaturels dans les haies fleuries et odorantes, la fontaine aux fées qui exauce les voeux, les sargousets jouant dans les noisetiers, les aubépines au milieu des escallonias et des myosotis.
 
Magique aussi la vision de Rachel, l’un des personnages principaux du roman, qui est douée de voyance. Elle "voit" un homme qui viendrait les sauver de la ruine et leur permettrait de rester dans leur domaine, une petite exploitation agricole qui ne permet pas à Rachel et à son mari André du Brocq de nourrir leur cinq enfants, un lieu qu’ils aiment et qu’ils vont devoir abandonner. 

Ne pas quitter l’île, c’est le voeu le plus cher de Rachel. C’est là où reposent trois de ses enfants disparus, là où elle et son mari ont créé un doux refuge, la ferme de Bon-Repos. C’est pourquoi la traduction française  l’Arche de la tempête est tout aussi bien trouvé que le titre anglais. La maison du Bon-Repos est l’arche qui accueille la famille et les animaux de la ferme. C’est un havre de paix et de beauté qui les met à l’abri des colères de la Nature, des orages extérieurs et des luttes intérieures et morales que traversent enfants et parents ! 
 La nature est au coeur de l’oeuvre, au coeur aussi de l’éducation des enfants qui peuvent pénétrer par l’intermédiaire des arbres et des plantes au centre d’une « vie universelle ». Mais les végétaux  ont aussi « une vie individuelle ». Tout est, en effet, animée d’une vie propre, et communique avec les enfants, partage leurs sentiments, les protège, les berce et leur parle. Les arbres servent de rempart aux tempêtes, les fleurs offrent leur musique et leurs teintes délicates aux enfants.

 « Quelle quantité de clochettes autour d’elle (Colette, la plus jeune fille de la famille) et toutes magnifiques. Les cloches blanches des lis, poudrées d’or, les clochettes jaunes des fritillaires, avec leurs grosses gouttes de miel, les campanules blanches, mauves et roses, par centaines. Elle ne se lassait pas de les contempler; et voilà que soudain, toutes se mirent à sonner !  Elle écoutait la bouche ouverte. Oui, C’était bien vrai ! Elles se balançaient lentement, toutes, les fritillaires, les lis, les campanules, en carillonnant comme des folles. »

Quant à l’homme providentiel, Ranulphe Morbier, qui vient au secours de la famille du Frocq, il arrive en début du roman avec un naufrage, un bateau qui s’ouvre en deux sur les menaçants récifs des Barbées et il repart à la fin du récit au cours d’un autre naufrage toujours sur les mêmes affreux écueils, deux épisodes qui ouvrent et qui closent le récit.


Les Occupants de l’Arche

 

Guernesey : Enfants au bord de la mer (1885) Pierre Auguste Renoir

Le couple, Rachel et André, le nouveau venu, Ranulphe, les enfants, Michelle, Peronelle, Jacqueline, Colin et Colette mais aussi le chien Maximilien, le chat Marmelade, Lupin, le vieux cheval, vivent dans l’Arche. Notons que les animaux y sont des personnages à part entière, ayant une personnalité et introduisent une douce note d’humour et de légèreté. 

Elizabeth Goudge décrit le caractère, les aspirations, les rêves de chacun des personnages, leur complexité aussi. Elle excelle dans la description des enfants. On dirait qu’elle n’a rien oublié de son enfance, ni du pouvoir de l’imagination qui permet de voir, au-delà de la réalité, l’enchantement du monde; ni du grand désir d’indépendance des petits : Colin veut être marin envers et contre tout mais surtout contre sa mère qu’il adore pourtant; Michelle qui aime la poésie veut vivre dans son univers hors du temps, dans « le petit village blanc » de Keats, poète qu'elle admire, et ne supporte pas l’irruption de la réalité et du prosaïsme. L’écrivaine n’a pas oublié, non plus, les tourments de l’école (Jacqueline), les déceptions et les colères fulgurantes (Colins), ni les disputes de la fratrie qui dégénèrent en claques, vociférations et pleurs à la grande exaspération des parents ! Il y a des scènes marquantes comme celle où Colette en visite chez son grand-père, médecin et bourgeois cossu, découvre le monde « d’en bas », les cuisines infestées de cafards, installées au sous-sol, et la fille de cuisine Antoinette, battue, épuisée et maigre, pleurant la mort de sa mère, accablée par un travail démesurée, la découverte de l’injustice sociale; les  naufrages au cours desquels les insulaires vont, au péril de leur vie, sauver les marins naufragés imprudents ou incompétents; la confession de Jacqueline ( car la religion est très présente) qui a menti et vit l’angoisse avant de se sentir allégée et régénérée, les fêtes de Noël et de Pâques... Un beau  roman  plein de poésie et de détails qui nous apprennent beaucoup sur l'île de  Guernesey et a le charme et la saveur passée d'un monde disparu.

 

Pierre Auguste Renoir : Guernesey

  

Chez Cléanthe
 

 


 
Chez Fan ja




 

samedi 16 novembre 2019

Finlande : Helsinki ou Helsingfors (7)

Gare d'Helsinki : les géants
 
 
La Finlande fut une possession suédoise dès le XII siècle. Sa capitale était Turka, au sud-ouest du pays, très proche des côtes de la Suède.
Helsinki fut construite sur une presque-île, entourée de 330 îles, en 1550, par le roi de suède Gustav Vasa sous le nom suédois de Helsingfors. Elle ne fut longtemps qu'une  bourgade sans importance mais un port de pêche actif et subit à plusieurs reprises les attaques du grand pays voisin la Russie. La ville fut pourvue de défenses dont la  forteresse de Suomenlinna alors appelée Sveaborg qui fut construite entre 1748 et 1798. 

En 1808, quand le tsar Alexandre 1er, après avoir conquis le pays, crée le grand duché de Finlande autonome sous domination russe, Helsinki en devient la capitale au détriment de Turku jugé trop proche de la Suède. La ville se développa alors très vite selon le plan d'urbanisation de Carl Ludwig Engel dont le centre est la place du sénat qui rassemble l'université, le conseil d'état et l'église luthérienne. C'est en 1917, à l'indépendance, que la ville prit officiellement le nom d'Helsinki.

Helsinki vue du ciel ( (photo wikipedia)
 
 
Visite d'Helsinki, en ce début Novembre, par une journée couverte et froide, assaisonnée d'un  petit vent glacial, c'est un peu, pour une sudiste française, l'aventure de l'extrême ! Il fait 0° et un peu moins quand le soleil descend. Avant la nuit imminente vers 16H30 en cette saison, s'installe une symphonie de gris. Et oui, pas un temps idéal pour les photographies !
La place du marché, (Kauppatori), est dynamique, nous dit-on dans le guide, pleine de vie,  lieu de rencontre de l'artisanat et de la cuisine finlandaise mais le froid semble avoir découragé les vendeurs et ils commencent à replier leur étalage;  il se fait "tard", 16 heures ! 
 

Le port : place du marché

 

Le port d'Helsinki : gris, gris, gris et il fera nuit à 16h30

 

Les finlandais se baignent dans des piscines aménagées directement dans la Baltique malgré le froid glacial !

 

 

Ferry reliant Helsinki à l'île Suomenlinna 

 

 

L'ile en face du port : Valkosaari

 

Helsinki : Le palais présidentiel

  


Helsinki : vue du port, derrière la palais présidentiel,  la place du sénat et la cathédrale luthérienne d'Helsinki 

 

 

Place du sénat (photo wikipedia)

 

La cathédrale luthérienne Saint Nicolas : (photo wikipedia)


Helsinki : dominant le port, l'influence russe
 
La cathédrale Uspenski, au-dessus du port, dans le quartier Katajanokka, témoigne de l'influence russe. Elle fut construite sur l'ordre du Tsar Alexandre II pour que les russes, nombreux dans la grand duché de Finlande sous domination russe, puissent suivre les rites de leur religion.

Havis Amanda
 
 
Sur le port, en direction du centre ville se dresse la célèbre fontaine de Havis Amanda. Cette statue représente une femme nue sculptée par le franco-finlandais Ville Vallgren en 1906. Il l'avait nommée La Sirène et elle  représentait pour lui La Fille de la Baltique. Elle a d'abord fait scandale en son temps mais est maintenant acceptée et rebaptisée Havis Amanda. Le premier mai (Vappu en finlandais) les étudiants la couronne d'une  casquette de bachelier géante.
 

La fontaine de Havis Amanda

 


Couronnement de Havis Amanda Mai 2002 (image wikipedia)
 
 
Le parc de l'Esplanade, grande place entre deux avenues, est bordé par de beaux immeubles et des boutiques de design de luxe.


Parc de  l'esplanade (photo wikipedia)

 

 

Maisons bordant l'esplanade

 


Cafe-restaurant Keppeli

 

 





 
À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, le Kepelli est connu comme un lieu de rencontre des poètes, des écrivains et des artistes, accueillant notamment le poète Eino Leino, l'écrivain Juhani Aho, l'artiste Akseli Gallen-Kallela et les compositeurs Jean Sibelius. 
 

L'Esplanade

 

Stockmann : Le plus grand magasin de Finlande et aussi des pays nordiques

 

Le quartier des magasins : c'est déjà Noël !
 
 
La gare d'Helsinki est due à l'architecte Eliel Saarinen. Elle est mise en service en 1919. Recouverte de granit, elle utilise aussi le verre et le fer.  Sa tour de l'Horloge et les statues géantes d'Emil Wikström qui montent la garde de chaque côté de l'entrée principale surmontée d'un haute verrière en font un monument imposant, assez impressionnant.
 

La gare centrale d'Helsinki 

 

La gare centrale d'Helsinki

 

 

Gare Helsinki statues de Emil Wikström
 
 
Nous sommes restés trop peu de temps à Helsinki pour avoir le temps de tout voir mais avons pu visiter de beaux musées dont je vous parlerai bientôt.


Blason d'Helsinki (photo wikipedia)

vendredi 13 septembre 2019

Tove Jansson : L'art de voyager léger


Tove Jansson, auteure, peintre finlandaise de langue suédoise, est surtout célèbre pour ses livres de jeunesse et les petits personnages qu’elle a créés, les Moumines.
 
Tove Jansson et ses Moumines

 Aujourd’hui, c’est un recueil de nouvelles s’adressant aux adultes que je présente : L’art de voyager léger.

L’art de voyage léger donne son titre au recueil bien que cette nouvelle soit la dernière publiée, comme un adieu au lecteur, un zeste d’humour à savourer, à la fois léger et un peu amer. C’est l’histoire d’un homme qui part en voyage, en emportant le minimum dans ses bagages et qui a l’air de dire un adieu à sa maison, à ses proches, à ses voisins, qui tous ignorent son départ. Pourquoi ce mystère, cette angoisse d’être découvert, pourquoi rompt-il ainsi avec sa vie antérieure ? lorsque nous l’apprendrons, nous ne pourrons pas nous empêcher de sourire et… de le plaindre !

Les autres récits concernent des moments de sa vie de petite fille, Noël, la jupe de tulle, L’iceberg mais aussi de l’âge adulte, dans l’île où elle a vécu en Finlande. Si l’on distingue bien la voix de l’enfant avec sa vision magique du monde, l'art de se raconter des histoires et d'y croire,  et celle de la femme plus âgée, les deux se rejoignent pourtant dans la description d’un univers qui n’est pas toujours rationnel et où la nature, les animaux restent souvent inexplicables, mystérieux.
La mer y est omniprésente et l’insularité façonne la fillette comme la vieille femme qui toutes deux vivent presque en osmose avec la mer. Dans Le bateau, la petite fille part seule avec la complicité de sa mère qui veut faire d’elle une femme libre, sur le canot que lui a offert son père. On la sent volontaire, sans peur, aventureuse, en phase avec la nature. Tout comme le sera dans L’écureuil, l’adulte qui vit seule dans son île, coupée du monde l’hiver, avec ce petit animal pour unique compagnon. Pourtant, quelques failles se font sentir, quelques fêlures dans la voix vieillissante de l’écrivaine. Elle ne parvient pas à réparer le moteur du bateau,  ne peut plus monter sur le toit pour ramoner la cheminée… Et puis surtout elle commence à avoir peur de la mer, ce qu’elle ressent comme une trahison ! C’est l’heure de Prendre congé. Il y a beaucoup de nostalgie dans ces  beaux textes de l'enfance puis du renoncement. Le style est sobre, refuse l'emphase, la dramatisation. Tout paraît doux et léger mais toujours avec cette petite pointe de tristesse qui est celle des souvenirs qui s'effilochent, d'une vie qui passe...


L'ile de Tove Jansson : Télérama

jeudi 25 mai 2017

Norvège : Les îles Vesteralen

Vesteralen : Liland près de Sortland  : Vue de notre fenêtre à minuit 18 mai 2017

Les îles Vesteralen sont très belles, très semblables aux Lofoten, mais pourtant subtilement différentes. Là aussi, de grandes montagnes déchiquetées, tailladées qui forment des crêtes acérées et plongent dans la mer mais un espace plus grand que dans les îles Lofoten très étroites où les à-pics sont plus vertigineux et où  les routes épousent plus étroitement le contour des fjords et de la mer. Aux Vesteralen, la vie est plus rurale, la terre prend plus d'importance avec ses longues étendues tourbeuses et ses petits bouleaux noirs, ses prés qui sortent de l'hiver, tout hérissés d'herbes mortes, remplis de bosses échevelées qui semblent sortir de la terre et que nous appelons, ma petite fille et moi, des têtes de trolls. Là aussi, les habitants vivent de la pêche mais il y a un peu moins de morues séchées et l'odeur qui va avec : ouf ! Par contre, comme dans les Lofoten, les grands cercles métalliques dans l'eau indiquent des bassins d'élevage du saumon. D'ailleurs, j'en mange tous les jours et je commence à crier grâce.

Ici, plus encore que dans les Lofoten, c'est le domaine des oiseaux : Les oies bernache revenues de leur lointaine migration se partagent les bords des plages, les cygnes chanteurs des Vesteralen que l'on aperçoit dans les lacs encore à demi-gelés, les hérons cendrés, et toutes sortes d'oiseaux de mer qui nichent sur les parois rocheuses près des villages, à proximité des humains. 
Nous espérions faire un safari pour aller voir les baleines car elles se ravitaillent non loin des côtes, à Andenes, mais c'est un peu trop tôt dans la saison. Tous les jours, promenades dans des paysages splendides et recherche de coquillages sur les plages. En dehors de deux jours ensoleillés, le temps est plus pluvieux et plus froid que dans les Lofoten d'où ces jeux de lumière et ces nappes de brouillard absolument irréels.
Les îles Vesteralen compte cinq îles importantes :


 Langoya en direction de Myre, Sto, Nyksund

Le port de Sto



De Sto à Nyksund

Dès que l'on quitte le bord de l'eau c'est pour s'élever dans la montagne et retrouver la neige et la glace.

Ile de Hadseloya en direction de Melbu

Melbu

Eglise de Melbu
Les oies bernache


Les parcs de saumons

Andoya vers Andenes, Bleik, Stave et Skogvoll

Andenes




Bleik

 
Cygnes chanteurs de Skogvoll

Echassier

 Langoya vers Hovden et Nikvar

Hovden





Nykvag



Langoya vers Straume, Vinje, Ringstad




Les têtes de troll prêts à sortir de terre !



Liland :  Notre maison sur l'ile Hinnoya

Hjerborg Wassmo vit à Myre  sur l'île Langoya mais c'est sur l'île Hinnoya à Reinsnes, près de Liland où nous logeons,  qu'elle a situé l'action du Livre de Dina.

Le  fjord à Reinsnes sur Hinnoya
Liland sur l'île Hinnoya :  Notre maison au toit herbu
Des arbres poussent sur la toiture
Vue de notre fenêtre le 18 Mai

Vue de notre fenêtre Vesteralen Minuit le 19 mai
Vesteralen vue de notre fenêtre minuit le 20 mai



 Vesteralen vue de notre fenêtre minuit le 21 mai
 

Nous n'aurons pas vu l'île Skogsoya. Et maintenant Tromso où nous prendrons l'avion pour la France dans trois jours.