L’arche dans la tempête publié en 1923 est le premier roman écrit par Elizabeth Goudge alors encore toute jeune.
Guernesey
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| Guernesey de Pierre Auguste Renoir |
« Les longues étendues des grèves du nord se montrèrent les premières, dorées comme des champs de blé mûr, ourlées des teintes mauves et argentées du pavot cornu et du statice, et se fondant d’une manière imperceptible dans les vastes landes battues les vents. A l’abri des tertres d’un vert grisâtre, des maisonnettes montraient, par-ci par-là, leurs murs crépis de blanc et de rose et leurs toits d’ardoise grise. Au sommet de la lande se dressaient les cromlechs, élevés dit-on, par les hommes d’autrefois en guise de mausolées pour leurs morts, bien que les insulaires affirment qu’ils ont été posés en cet endroit par les fées pour y cacher leur or. »
Elizabeth Goudge dont les aïeux étaient guernesiais, née dans le Somerset en 1900, passe de nombreuses vacances dans l’île chez ses grands-parents. Rien de plus enchanteurs que les descriptions de l’écrivaine qui connaît Guernesey comme sa poche et s’ingénie à peindre sa beauté, ses coutumes, ses superstitions, la rudesse de ses tempêtes, la floraison enchantée de ses printemps, les côtés escarpées hérissées d’écueils et de falaises ou les grandes plages de sable, les couleurs somptueuses de ses paysages, le défilé des nuages qui parent le ciel et l’eau de mille nuances qu’elle peint avec un sens du coloris aussi précis et subtil que celui d’un peintre.
La ville et le port Saint Pierre au coucher de soleil : « de petites lumières scintillaient aux devantures des boutiques et les bois semblaient tout noirs sur le ciel. La mâture des bateaux, noire aussi dans le crépuscule, se dessinait comme les arbres dénudés en hiver, sur un ciel du vert le plus tendre et le plus limpide, strié d’abricot et de gris perle. Les eaux du port gardaient un étincelant souvenir du soleil à la crête de chaque ride et reflétaient les pâles couleurs du ciel et les ailes plongeantes des mouettes… Un monde de couleurs et de lumières, transparent et irréel… Un monde du fond des eaux… Une beauté si fragile qu’au moindre attouchement elle s’évanouirait en poussière. »
Un soir, au coucher de soleil, la famille du Brocq observe un phénomène extraordinaire qui rappelle l’Odyssée et Homère comparant la couleur de la mer au vin.
« Une petite touffe de nuages, qui avait formé des entrelacs floconneux dans le ciel bleu, devenait rose au fur et à mesure que le soleil baissait, tandis qu’au-dessous d’eux la mer reflétant ce bleu et ce rose devenait mauve.
-Regardez ! Regardez ! s’écria Jacqueline
Elle montrait un jeu de lumières. Le rose et le bleu devenaient de plus en plus brillants et le reflet couleur de lavande fonçait au point de prendre la teinte d’un iris pourpre. La mer couleur de vin des anciens Grecs! »
Guernesey et l’Arche du Bon-Repos
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| Nuit d'été de Homer Winslow |
Le titre anglais Magic Island est tout à fait pertinent pour ce roman d’Elizabeth Goudge. L’île de Guernesey est magique, en effet, par sa sauvagerie encore préservée en cette année 1888, époque où se déroule le roman, avec la rumeur incessante de la mer, la présence d’êtres surnaturels dans les haies fleuries et odorantes, la fontaine aux fées qui exauce les voeux, les sargousets jouant dans les noisetiers, les aubépines au milieu des escallonias et des myosotis.
Magique aussi la vision de Rachel, l’un des personnages principaux du roman, qui est douée de voyance. Elle "voit" un homme qui viendrait les sauver de la ruine et leur permettrait de rester dans leur domaine, une petite exploitation agricole qui ne permet pas à Rachel et à son mari André du Brocq de nourrir leur cinq enfants, un lieu qu’ils aiment et qu’ils vont devoir abandonner.
Ne pas quitter l’île, c’est le voeu le plus cher de Rachel. C’est là où reposent trois de ses enfants disparus, là où elle et son mari ont créé un doux refuge, la ferme de Bon-Repos. C’est pourquoi la traduction française l’Arche de la tempête est tout aussi bien trouvé que le titre anglais. La maison du Bon-Repos est l’arche qui accueille la famille et les animaux de la ferme. C’est un havre de paix et de beauté qui les met à l’abri des colères de la Nature, des orages extérieurs et des luttes intérieures et morales que traversent enfants et parents !
La nature est au coeur de l’oeuvre, au coeur aussi de l’éducation des enfants qui peuvent pénétrer par l’intermédiaire des arbres et des plantes au centre d’une « vie universelle ». Mais les végétaux ont aussi « une vie individuelle ». Tout est, en effet, animée d’une vie propre, et communique avec les enfants, partage leurs sentiments, les protège, les berce et leur parle. Les arbres servent de rempart aux tempêtes, les fleurs offrent leur musique et leurs teintes délicates aux enfants.
« Quelle quantité de clochettes autour d’elle (Colette, la plus jeune fille de la famille) et toutes magnifiques. Les cloches blanches des lis, poudrées d’or, les clochettes jaunes des fritillaires, avec leurs grosses gouttes de miel, les campanules blanches, mauves et roses, par centaines. Elle ne se lassait pas de les contempler; et voilà que soudain, toutes se mirent à sonner ! Elle écoutait la bouche ouverte. Oui, C’était bien vrai ! Elles se balançaient lentement, toutes, les fritillaires, les lis, les campanules, en carillonnant comme des folles. »
Quant à l’homme providentiel, Ranulphe Morbier, qui vient au secours de la famille du Frocq, il arrive en début du roman avec un naufrage, un bateau qui s’ouvre en deux sur les menaçants récifs des Barbées et il repart à la fin du récit au cours d’un autre naufrage toujours sur les mêmes affreux écueils, deux épisodes qui ouvrent et qui closent le récit.
Les Occupants de l’Arche
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| Guernesey : Enfants au bord de la mer (1885) Pierre Auguste Renoir |
Le couple, Rachel et André, le nouveau venu, Ranulphe, les enfants, Michelle, Peronelle, Jacqueline, Colin et Colette mais aussi le chien Maximilien, le chat Marmelade, Lupin, le vieux cheval, vivent dans l’Arche. Notons que les animaux y sont des personnages à part entière, ayant une personnalité et introduisent une douce note d’humour et de légèreté.
Elizabeth Goudge décrit le caractère, les aspirations, les rêves de chacun des personnages, leur complexité aussi. Elle excelle dans la description des enfants. On dirait qu’elle n’a rien oublié de son enfance, ni du pouvoir de l’imagination qui permet de voir, au-delà de la réalité, l’enchantement du monde; ni du grand désir d’indépendance des petits : Colin veut être marin envers et contre tout mais surtout contre sa mère qu’il adore pourtant; Michelle qui aime la poésie veut vivre dans son univers hors du temps, dans « le petit village blanc » de Keats, poète qu'elle admire, et ne supporte pas l’irruption de la réalité et du prosaïsme. L’écrivaine n’a pas oublié, non plus, les tourments de l’école (Jacqueline), les déceptions et les colères fulgurantes (Colins), ni les disputes de la fratrie qui dégénèrent en claques, vociférations et pleurs à la grande exaspération des parents ! Il y a des scènes marquantes comme celle où Colette en visite chez son grand-père, médecin et bourgeois cossu, découvre le monde « d’en bas », les cuisines infestées de cafards, installées au sous-sol, et la fille de cuisine Antoinette, battue, épuisée et maigre, pleurant la mort de sa mère, accablée par un travail démesurée, la découverte de l’injustice sociale; les naufrages au cours desquels les insulaires vont, au péril de leur vie, sauver les marins naufragés imprudents ou incompétents; la confession de Jacqueline ( car la religion est très présente) qui a menti et vit l’angoisse avant de se sentir allégée et régénérée, les fêtes de Noël et de Pâques... Un beau roman plein de poésie et de détails qui nous apprennent beaucoup sur l'île de Guernesey et a le charme et la saveur passée d'un monde disparu.
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| Pierre Auguste Renoir : Guernesey |
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| Chez Cléanthe |

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