J'ai assisté cette année à la représentation d'une pièce relativement rare au festival off d'Avignon : Hernani de Victor Hugo dans la mise en scène d'Edouard Dossetto. Je n'ai vu ce drame, qui a fait la gloire du jeune Victor Hugo, que deux fois pendant mes nombreuses années festivalières.
On ne peut pas parler d'Hernani sans faire allusion à la fameuse bataille racontée par Théophile Gautier dans son Histoire du romantisme.
1830 ! Date historique dans l'histoire de la littérature et plus précisément du théâtre français. La première représentation de Hernani va bientôt avoir lieu et avant même qu'elle commence, elle provoque déjà le scandale car elle rompt avec toutes les conventions classiques. Envolées les règles des trois unités, de la bienséance, de la séparation des genres comique et tragique, de l'imitation des Anciens, de l'emploi de la périphrase. Bienvenue aux mélange des genres, à l'utilisation du mot propre, au renouvellement de l'inspiration... Théophile Gautier écrit :
«"Nous avons eu l'honneur d'être enrôlé dans ces jeunes bandes qui combattaient pour l'idéal, la poésie et la liberté de l'art, avec un enthousiasme, une bravoure et un dévouement qu'on ne connaît plus aujourd'hui. Le chef rayonnant ( Hugo) reste toujours debout sur sa gloire comme une statue sur une colonne d'airain, mais le souvenir des soldats obscurs va bientôt se perdre, et c'est un devoir pour ceux qui ont fait partie de la grande armée littéraire d'en raconter les exploits oubliés."
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| La bataille d'Hernani |
Dès les premiers mots de la pièce, éclate la bagarre, les cris de protestation houleux, les tumultes que n'arrive pas à réprimer "la bande d'Hugo" "aux airs féroces" "qui fait régner la terreur". La passion l'emporte, les uns hurlent, trépignent d'indignation, les autres applaudissent, louent, s'enthousiasment. Théophile Gautier est bien conscient qu'il est difficile maintenant de comprendre comment ces vers qui sont devenus pour ainsi dire classiques ont pu susciter une telle indignation!
"- Est-il minuit?
- Minuit bientôt
ait soulevé des tempêtes et qu'on se soit battu trois jours autour de cet hémistiche ? On le trouvait trivial, familier, inconvenant ; un roi demande l'heure comme un bourgeois et on lui répond comme à un rustre : minuit. C'est bien fait. S'il s'était servi d'une belle périphrase, on aurait été poli, par exemple : « L'heure atteint-elle bientôt sa douzième demeure ? "
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Le récit
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| Don Carlos, Dona Sol, Hernani |
Nous sommes en Espagne. Hernani est un proscrit. Son père a été exécuté par le roi Carlos, il a été dépossédé de ses biens et de son honneur. Il vit dans la montagne, en lutte contre le pouvoir, méditant sa vengeance. Il aime Dona Sol et est aimé de retour par la noble jeune fille que le duc de Silva, son tuteur, se propose d’épouser. Mais le roi Don Carlos est aussi amoureux de la jeune fille. Trois hommes, trois rivaux !
"Monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure !
Oh ! je porte malheur à tout ce qui m’entoure !"
Victime du destin, comme tout héros romantique, Hernani est épris de liberté et d’idéal, il combat un pouvoir injuste mais porte en lui la fatalité du malheur.
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.
La mise en scène et l’interprétation
Que j’ai aimé cette pièce dans ma jeunesse romantique et les vers vibrants, sonores, pleins de panache de Victor Hugo ! C’est sûr, à l’époque je me serais affichée dans la bataille et du bon côté, celui de « la bande d'Hugo! »
Aujourd'hui, devenue plus sage, je m’inquiétais un peu de savoir comment l’alexandrin et les grandes envolées lyriques passeraient. Je craignais aussi le parti pris du metteur en scène, Edouard Dossetto, de transposer l’univers d’Hernani dans un milieu mafieux sibérien (pourquoi sibérien ?) et d’en faire un thriller noir, violent, politique. Mais, après tout, Hernani a montré au théâtre l’exemple de la nouveauté et de l’anticonformisme, alors pourquoi pas ?
Edouard Dossetto - qui est aussi un très convaincant Hernani- a réussi son pari. La pièce est noire, violente et politique que l'action se déroule dans le milieu du grand banditisme ou non. Les personnages ont des armes à feu et un téléphone mais ils gardent leur humanité et l’émotion est toujours là dans ce spectacle servi par des comédiens de talent. La distribution est homogène. J’ai reconnu dans le rôle de Don Carlos, Guillaume Villiers-Moriamé qui nous a offert l’année dernière un très original Tartuffe. Le texte est dit avec une sobriété qui fait oublier l’alexandrin mais en rend toute la richesse. J’ai beaucoup aimé cette représentation et ma petite fille (16 ans) aussi.
C’est fou, combien le théâtre rend heureux… quand c’est bon !
du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet
20h45 1h15
LUNA (LA) / LUNA THÉÂTRES
Salle : Salle 2 - S'y rendre
Langue principale : français
Public : Tout public à partir de 15 ans
Avertissements : Présence d'armes à feu / armes blanches
auteur
De Victor Hugo
Édouard Dossetto - Mise en scène
Marie Benati - Interprétation
Édouard Dossetto en alternance avec Alex Dey - Interprétation
Leslie Gruel - Interprétation
Guillaume Villiers-Moriamé - Interprétation
Anaïs Ansart-Grosjean en alternance avec Leslie Gruel - Régie
Martin Baillon - Collaboration artistique
Jules Poucet - Création son
Jules Poucet - Création lumière
Pierre Mengelle - Scénographie
Maxence Mailfort ou Laurent Le Doyen - Interprétation
Collectif Nuit Orange
Compagnie française


