1938. Manod , dix-huit ans, habite sur une île au large du pays Galles. Sa mère est morte et elle vit avec son père, pêcheur, et sa petite soeur Llinos , "une enfant pas comme les autres", à la personnalité étrange et attachante, et dont elle s’occupe. Elle a un amoureux mais il va vivre sur le continent. Ils partent tous, du moins les jeunes, pour trouver du travail, pour connaître une vie autre que leurs parents. Manod, elle aussi, rêve d'un ailleurs, rêve d'échapper à cette île qu'elle aime pourtant. Elle parle bien l’anglais car la maîtrise de cette langue, elle le comprend, permet l’émancipation. C’est pourquoi lorsque des ethnologues viennent étudier le mode de vie des habitants de l’île, ils la choisissent comme interprète, certains iliens ne parlant que le gaélique. L’île décrite est fictive, nous dit Elizabeth O’Connor, mais inspirée de nombreuses îles au large de la Grande Bretagne et de l’Irlande notamment l’île d’Aran.
Le récit commence en Septembre et se termine en Décembre. Chapitres courts, phrases sobres, le roman donne la parole à Manod qui parle de son île, des oiseaux, de la pêche aux homards, aux harengs, de la récolte des oeufs aux flancs de la falaise, de la baleine qui s’est échouée sur la grève, de sa mère et de ses visions, de sa petite soeur, des scènes qu’elle brode sur des tissus et qui sont de petites oeuvres d’art, de la vie des filles sur l'île qui n'ont d'autre choix que le mariage et les enfants. Ce que ne veut pas Manod. Elle parle de ses rêves, de ses espoirs. Une vie quotidienne, lente, où le rythme des saisons prend une grande importance.
Son récit est entrecoupé des notes prises par les ethnologues, Joan et Edward, légendes, histoires racontées par les familles, mais on s'aperçoit aussi qu'ils n’hésitent pas à mettre en scène les habitants, à s’éloigner de la réalité pour servir le pittoresque au détriment de l’observation scientifique. Elizabeth O' Connor rappelle dans la postface que c'est ce qu'a fait Robert Flaherty, le réalisateur du film L'homme d'Aran. On voit le fossé qui existe entre eux et les iliens qui ne sont pour ces ethnologues que des sujets d’étude. Ils utilisent les autres mais ne donnent rien d’eux-mêmes même si Manod s’imagine qu’ils vont pouvoir changer sa vie.
Le style est pittoresque, avec le souci du détail précis qui donne aux êtres et aux choses une beauté et un relief particuliers :
"Les macareux se regroupent au bord des falaises; ils partent enfin hiverner. Ils ont l’air ridicules quand ils marchent, on dirait des nains sur deux pattes. Ils me font penser aux histoires que racontent les personnes âgées : les fées au bord du chemin qui volent des pièces de monnaie."
"La baleine s’est échouée dans la nuit sur les hauts-fonds; elle sortait de l’eau comme un chat qui se glisse sous la porte. (…) Dans l’eau sombre son corps luisant était verdâtre.
Au matin, elle a flotté sur le ventre jusqu’à la plage. Les oiseaux se sont massés au-dessus d’elle. La marée poussait l’eau sur la grève en formant de grands miroirs entrecoupés de fines rigoles de sable. les vagues contournaient son corps en montant, puis se retiraient comme une membrane autour de son noyau fragile. "
Mais il est aussi tout en demi-teintes, voilé par la brume, nostalgique et lent, pour peindre une vie monotone, faite d’habitudes, de travail, empreinte de rudesse. Il fait naître l’idée d’un monde qui, malgré sa beauté, est finissant, peu adapté aux humains.
"Sur l’île, il y a plus de maisons vides que de maisons occupées; elles ont été abandonnées par des familles parties vivre sur le continent. Des martinets nichent dans les toits qui se sont affaissés. Des chauve-souris, des guêpes, de la mousse, des moisissures. Cinq variétés de renouée. L’été pour trouver de l’ombre, j’entraîne Llinos dans les maisons inhabitées. Il arrive qu’on découvre de petits objets : une poupée, une fourchette en fer-blanc."
Sur l’île est un beau livre, un premier roman, écrit par petites touches légères, comme une peinture impressionniste
"Une année ici, c’est d’abord le soleil et d’abord le printemps, qui se gorge d’oiseaux. Ils abandonnent l’île à son hiver grisâtre et reviennent quand les premières pousses sortent de terre. Les macareux apparaissent comme des taches sombres sur la surface de l’eau. Les mouettes tridactyles et les fous de Bassan tombent du ciel."
et l'on espère que Manod pourra échapper, comme elle le souhaite, au huis-clos que l'île referme sur elle après le départ de Joan et d'Edward.


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