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vendredi 25 septembre 2026

Sigridur Hagalin Bjornsdottir : l’île


 

L’île ? c’est l’Islande tout entière. Un jour toutes les communications sont coupées avec l’extérieur, internet ne fonctionne plus. Impossible d’en déterminer la cause. Les navires et les avions que l’on envoie à l’extérieur pour prendre contact avec les autres pays ne reviennent pas ! Ceux qui sont partis pêcher en mer ne rentrent plus. Force est de constater que le monde entier semble avoir disparu et que l’Islande est seule dans cette immensité. Voilà de quoi faire tourner les têtes.

« Nous ignorons ce qui s’est passé, nous sommes des enfants pris de vertige, nous avançons les yeux bandés dans un jeu dont le sens nous échappe. Les hypothèses sont innombrables, aussi nombreuses que nous-mêmes, chacun a forgé la sienne, insupportable comme toutes les autres, et personne ne veut écouter celles de ses semblables. »

Un roman post-apocalyptique, j’en ai lu beaucoup, mais celui-ci très bien écrit et très prenant. Nous suivons le récit à travers les yeux de Hjalti, journaliste, proche du pouvoir et qui, bientôt, ira travailler avec les membres du gouvernement. Il est un ami d’enfance d’Elin, la ministre de l’intérieur qui, en l’absence du premier ministre et du président en voyage à l’étranger, annonce un remaniement ministériel. Elle-même devient premier ministre et refuse d'organiser les élections. Si, au début, le gouvernement semble vouloir le maintien de l’ordre et de la dignité et le partage des vivres, on comprend vite que leur pouvoir devient sans limite et ne peut aboutir qu’à la dictature. Et tandis que le peuple meurt de faim, Hjalti est invité par Elin à des réceptions où le champagne coule encore à flots. Peu à peu l’anarchie se répand, des bandes d’enfants sans parents vivent dans les magasins, pillent et volent. Des groupes de « Sauveteurs » s’organisent, violents, et font régner la peur.

«En temps de famine, l’unique objectif de l’être humain est la survie. L’ensemble de ses autres préoccupations est remisé, ses rapports sociaux sont entièrement gouvernés par un seul instinct : se nourrir. Les valeurs morales s’effondrent, le lien social se délite, les familles se déchirent. Tout respect des lois et des règles de vie est aboli. »

Le récit de cette lente dégradation, ce retour à une époque médiévale, où la population est guettée par la famine car les moyens de production sont insuffisants, où la mort est partout présente, sans médicaments dans les hôpitaux, alterne avec des moments qui se passent dans un fjord éloigné où survit seul, avec ses moutons et son chien, un homme qui n’a plus aucun espoir.

Et puis il y a aussi Maria et ses deux enfants, Elias et Mara. Maria est l’ex-compagne de Hjalti. Elle est naturalisée islandaise mais d’origine espagnole. Elle s’est séparée de Hjalti à cause de son égoïsme, de sa rigidité, de son impossibilité d’accepter ses enfants, de les aimer. Elle est musicienne et joue dans l’orchestre de Reikjavik. Oui, mais dans ces périodes de recul, l’art est le premier touché et elle se retrouve sans travail après un attentat à la bombe de la salle du concert où elle se produisait.

 Et que faire de ces vingt mille touristes qui sont restés coincés sur l’île et qui « mangent le pain » des islandais ? 

La vision de ce monde en perdition est saisissante mais finit sur une leçon d’espoir quand une poignée d’enfants organisent leur vie dans le fjord perdu, loin de tout, se protégeant les uns, les autres, et adoptant aussi le vieil homme qui vit avec eux.


 

 

Chez Fanja

 

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