Il y a longtemps que je n’ai pas rédigé un billet pour le challenge littérature pour la jeunesse. Donc je retourne à mes amours d’enfant, c’est à dire à James Oliver Curwood avec Le Piège d’or.
Le roman commence par la description d’un être « peu ordinaire » Bram Jonson, une sorte de géant, un trappeur que l’on n’aperçoit que lorsqu’il s’approche de la civilisation pour vendre ses fourrures. Mais depuis qu'il a tué un homme, poursuivi par la Police montée, il semble avoir disparu. Bram est un homme seul qui n’a pour compagnons que ses loups. Certains le considèrent comme "un chasse-galère", un être fantastique qui a vendu son âme au diable. Il fuit la police sans cesse, échappant toujours aux poursuites.
Philippe Brant est un jeune policier qui se lance à la poursuite de Bram. Mais il a aussi un autre but, secret, en tête. En effet, son ami, Pierre Bréault, le chasseur de renards, a aperçu Bram récemment et a trouvé un piège à lapins oublié dans le campement du géant, tressé avec les cheveux dorés d’une femme.
« C’était un or blond, dont Philip ne se souvenait pas d’avoir vu d’exemple. Et il admirait la patience merveilleuse avec laquelle le piège avait été tissé ».
Des cheveux blonds ? Dans un pays où les femmes ont toutes des cheveux noirs ! Et quel rapport pouvait-il y avoir entre cette inconnue aux cheveux d’or et Bram, le chasse-Galère, le loup-garou ?
L’imagination de Philip s’enflamme ! Et il est prêt à affronter tous les dangers pour retrouver à qui appartiennent les cheveux du piège d’or. Et certes, ils ne manqueront pas… les dangers ! Piégé par les loups au sommet d’un arbre pendant toute une nuit, attaqué par une tribu hostile, bravant le Géant Bram, retrouvant la beauté aux longs cheveux et désormais fou amoureux. Que d’aventures ! Quel romantisme ! Mon coeur de petite fille ( lu et relu à 7, 8 , 9 ans … ) a palpité, je vous l’assure ! Pas étonnant que pendant toute ma vie j’ai rêvé du Grand Silence blanc et de ses neiges !
Et en tant que lectrice adulte, je suis à nouveau séduite par le Northland, cette vaste région semi-désertique, qui avoisine le cercle arctique, la magnifique sauvagerie de ce pays de glace et de neige. Les descriptions somptueuses de Curwood dont le style évocateur fait appel à tous les sens en convoquant les couleurs, la lumière, le bruit, le froid, nous plongent dans un univers en équilibre entre la réalité et le fantastique et toujours d’une grande beauté.
« Vers l’Ouest, c’était au contraire le morne Barren, mort et sans limites, qui n’a rien, pas un rocher, pas un buisson. Durant la journée, un ciel bas et épais, un ciel de granit gris, avec des traînées de pourpre, le surplombait, pareil à celui que Gustave Doré a peint sur son Inferno, en un tableau célèbre que Pierre Bréault se souvenait d’avoir vu un jour… Durant la nuit, lorsque gémissait le vent et glapissaient les renards blancs, c’était plus sinistre encore »
Pourtant ce pays qui pourrait paraît inhospitalier est aux yeux de Philippe, ce qui l’a sauvé de la maladie. Loin de la ville, loin de la femme qui l’a abandonné, dans ce face à face avec la Nature sauvage, il a retrouvé la santé et repris goût à la vie. « Le Nord avait fait cela pour lui; le nord avec ses forêts merveilleuses, ses vastes cieux, ses rivières et ses lacs et ses neiges épaisses.. ». Ce roman est un Nature-writing avant la lettre !
Le personnage de Bram, cette homme-bête, la manière humble et respectueuse dont il veille sur la jeune fille est un rappel du conte, La Bête et la Bête, on pense aussi à Victor Hugo et Quasimodo et Esméralda, et plus tard à King Kong qui tient dans sa main ouverte la jeune fille qu’il vénère.
« La laideur naturelle de Bram, lorsqu’il riait, faisait de sa face quelque chose d’effroyable et de grotesque à la fois, comme ces gargouilles gothiques, sculptées à la corniche des vieilles cathédrales, qui roulent vers le passant leur oeil exorbité. »
Quel contraste avec la Belle sortie d’un rêve de fées : « Inondée des rayons de soleil, elle semblait nimbée dans la même chevelure merveilleuse dont une tresse étincelante avait servi à la confection du piège d’or. Cette chevelure déployée, retombait comme une onde sur ses bras et sur sa poitrine, et jusqu’à ses hanches. Allumée par les feux vivants du soleil, elle resplendissait comme une flamme. »
Je suis très curieuse de savoir comment les enfants d’aujourd’hui recevraient cette lecture. Le roman a été écrit en 1921, il y a plus d'un siècle.
Je l’ai lu dans la bibliothèque verte mais j'ai choisi pour l'illustrer aujourd'hui l'édition Magellan et Cie parce que j'aime la première de couverture.
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un roman jeunesse de 1921 ? j'ai un peu peur pour mes petits enfants aujourd'hui
RépondreSupprimerOui, j'ai des doutes aussi ! Mais peut-être d'autres titres de Curwood pour les enfants qui aiment les animaux comme Bari chien-loup ou Nomades du Nord.
SupprimerCe serait à tester en effet sur les petits d'aujourd'hui ! Je suis toujours étonnée de voir comment à la bibliothèque, ils sont très attirés par les livres anciens que l'on aurait tendance à mettre au rebut!
RépondreSupprimerRetrouver des bibliothèques vertes pour leur donner envie de lire ? Mais il y a des éditions tellement plus jolies maintenant.
SupprimerJe me demande ce que lisent les enfants aujourd'hui. Il y a eu Harry Potter et après?
RépondreSupprimerLes jeunes, oui, c'est de la fantasy, de la dark romance, des livres qui ne sont pas toujours pour leur âge d'ailleurs !
Il a de très beaux livres de fantasy qui peuvent être lus avec profit par les jeunes gens. Un de mes petits-enfants aime l'humour ex : Anne Fine
SupprimerJe ne connaissais pas ce roman jeunesse, mais je trouve que cette littérature jeunesse qui date était vraiment de qualité alors je pourrais me laisser tenter.
RépondreSupprimerOui c'est de qualité, le style en particulier est très beau.
SupprimerLa couverture de ce titre écrit il y a plus d'un siècle est très attirante. Par-contre, je ne sais pas si les jeunes seraient attirés par ce roman jeunesse de l'époque.
RépondreSupprimerCelui-ci peut-être pas mais plutôt ceux qui parlent des animaux, Kazan, Bari chien-loup pour de bons lecteurs. Ce sont des livres très bien écrits et qui donnent une foule de connaissances sur le grand nord américain. D'ailleurs ils peuvent être lus par des adultes.
SupprimerUn classique, oui!
RépondreSupprimerFait partie de la "série complète" des Curwood en Bibliothèque verte anciennes (chinées une par une, en général sans leurs fragiles jaquettes papier) que je m'étais constituée dans les années 1980 (largement ado déjà)...
À noter tout de même, si ma mémoire est bonne, que si le métis géant a le beau rôle, les "méchants" eskimos ne l'ont pas... dans cette ancienne littérature!
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
Je ne connais pas ce classique qui semble pourtant offrir le genre d'aventure qui me plaît et un romantisme auquel je suis sensible :)
RépondreSupprimerLien noté, merci ; un classique intéressant pour moi !
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