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mardi 17 mars 2026

Dathan Auerbach : Bad man


 

 

Dans le roman Bad man de Dathan Auerbach, un prologue intitulé Un cadavre dans les bois met en scène deux enfants qui découvrent un corps enfoui sous la végétation.

Puis nous assistons à la dernière journée que Ben (15 ans) passe avec son petit frère Eric (3 ans) ! Ce jour-là, Ben a la garde d’Eric. Il joue d’abord avec lui puis il l’amène au supermarché pour faire les courses. Cela n’est pas de tout repos. Le magasin est bondé et l’enfant, au moment de passer à la caisse, demande à aller aux toilettes. C’est là que Ben, distrait, le perd de vue un instant. Lorsqu’il se retourne le petit garçon n’est plus là ! Toutes les recherches échouent, la police arrête l’enquête. Cinq ans passent. Les affichettes jaunissent…  Les gens oublient. Pas Ben, bien sûr !

Ben arrête ses études et cherche du travail. Il finit par être employé comme magasinier de nuit dans le supermarché où son frère a disparu. C’est un choc pour lui de se retrouver dans ce lieu où il n’avait plus jamais remis les pieds depuis le drame. Il revit la scène sans arrêt, le magasin semble révéler des indices, lui envoyer des messages. Un jour, dans un carton abandonné, il découvre le vieux doudou d’Eric qui avait été introuvable après la disparition du gamin. Le voilà qui recommence à poser des affiches avec la photo d’Eric, qui ressasse des souvenirs, les confronte au présent. Ses collègues semblent le soutenir et se montrer amicaux mais le sont-ils vraiment ? Le directeur qui était déjà là il y a cinq ans est toujours aussi déplaisant. Aurait-il quelque chose à se reprocher ? Ben doute de tout et de tous ! Dathan Auerbach crée autour de ses personnages une atmosphère oppressante que l’obscurité et la solitude de ce travail de nuit dans les grands entrepôts du magasin rend encore plus troublante.

Mais si le roman joue sur le mystère, et s'il est aussi un thriller comme le dénouement nous le révèle, il est avant tout psychologique. Et c’est la grande force de Dathan Auerbach ! Il sait nous faire ressentir la détresse de Ben. Déjà son enfance nous crève le coeur : Ben est  obèse, sa jambe abimée à la suite d’un accident le fait souffrir et l’empêche de vivre normalement, de faire du sport, l’isole des enfants de son âge qui l'humilient. Après la disparition de son petit frère, Ben vit dans une famille détruite. Sa belle-mère, la seconde épouse de son père, mère d’Eric, ne sort plus que rarement de chez elle. Elle quitte son travail, passe ses journées enfermée dans la chambre de son petit garçon, fête son anniversaire chaque année, lui achète des cadeaux que personne n’ouvre. L’atmosphère est pesante dans la maison. Les non-dits empoisonnent les relations, entretenant la culpabilité du jeune homme et éveillant en lui un écho : « il aurait mieux valu que ce soit toi qui disparaisses ». L’écrivain a vraiment l’art de faire passer les sentiments, de nous mettre en empathie et l’on se sent pris de tristesse devant ces vies brisées.  

Ajoutons à cela, et c’est rare, un écrivain qui sait parler du monde du travail ! La description du travail de magasinier est plus vrai que nature, et pour cause ! A la sortie de la fac, Dathan Auerbach a travaillé de nuit à la supérette locale : « le job en lui-même était atroce. Franchement insipide au-delà de toute description. Scanner des codes barres. Ranger des cartons et des boîtes de conserve. Et voilà. A l’infini. »  S'il a mal vécu cette expérience, elle lui a bien servi puisqu’elle lui a permis d’ancrer son récit dans la réalité et de donner un ton juste à son roman !

Thriller

 


7 commentaires:

  1. J'ai eu plusieurs fois la peur de perdre un enfant, une fois dans un super marché et une fois à la plage. Cette peur ne m'a jamais quittée , je comprends tellement ce moment précis où on tourne son regard et l'enfant n'est plus là, c'est atroce.
    Je ne sais pas si je lirai ce roman mais j'imagine bien sur quelle peur il a été construit.

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    1. Je te comprends et c'est ce que le livre rend bien !

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  2. Un thriller psychologique efficace et bien écrit, pourquoi pas ? Bon, ça a l'air quand même bien oppressant.

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    1. Il a un ton très juste et fait passer des émotions, c'est pour cela qu'il est bon !

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  3. L'aspect humain et social semble bien traité mais j'ai du mal avec les intrigues qui concernent les morts et disparitions d'enfants... j'en fait des cauchemars pendant des jours ! Merci pour cette nouvelle participation au challenge polar.

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  4. Bien sûr que les écrivains sont aidés par leur expérience professionnelle... Quand à la disparition d'un enfant... Lorsque nous passions des vacances dans l'Aveyron, en une seconde nous avions perdu de vue notre fils aîné de 4 ans. Une dame nous l'a ramené : il était reparti au parking où nous avions garé la voiture, assez loin. Il a toujours eu le sens de l'orientation
    Une fois aussi, en regardant par la fenêtre de notre cuisine, j'ai vu des petits pieds trottant sur le trottoir dans la rue, au delà de notre haie. Je l'ai ramené à la nourrice à domicile ce petit diable de 18 mois, fils de nos voisins. Je ne leur ai jamais dit et je ne crois pas qu'elle s'en soit vantée

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  5. Elle est très tentante cette histoire et si tu dis en plus que c'est très psychologique, je note. Ce sont les polars que je préfère.

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