J'ai visité Londres maintes fois mais c'est la première fois avec trois de mes petits-enfants et pour leur découverte de la ville, nous les avons amenés dans les lieux iconiques : Le pont et la tour de Londres, Big Ben et le parlement, le parc Saint James, la Tamise...
Tour de Londres : Moyen-âge et contemporain
Tour de Londres
London Eye
Big Ben
Il y a eu aussi les musées et comme les enfants n'ont pas le même âge (de cinq à treize ans) les visites des musées ont été rapides et ciblées. Il n'était pas question de tout voir. Par exemple dans la Tate Britain, c'était Turner et les préraphaélites. Tous voulaient voir Ophélia.
Tate Britain
T
JMW Turner : Venise
JMW Turner
JMW Turner
John Everett Millais : Ophélia
Edaxard Coley Burne-Jones : frise de huit femmes cueillant des pommes
Dante Gabriel Rossetti : l'annonciation
Dante Gabriel Rossetti : Proserpine
Tate modern
A La Tate modern, ce fut le Land Art. En maternelle Ewen a vu des oeuvres du Land Art avec sa maîtresse!
National History museum
Et là, comme il se doit au National History museum, les dinosaures et les volcans.
Les volcans : entrée au centre de la terre
The Golden Hind : Le bateau de corsaires
Le Golden Hind, ou Golden Hinde, est un galion corsaire anglais qui sous les ordres de Francis Drake a navigué autour du globe entre 1577 et 1580. Francis Drake mena trois expéditions contre les colonies espagnoles
(1570-1572) du Nouveau Monde et ses prises fabuleuses ont permis de rembourser la dette extérieure de l'Angleterre sous le règne d'Elizabeth Ier.
Charger le canon du bateau pirate du capitaine Drake !
Le Globe : Le théâtre de Shakespeare
Le Globe, une heure de visite guidée mais uniquement en anglais. Trop long pour les enfants ! Heureusement, on pouvait se déguiser et voir les effets spéciaux.
Le Globe : Nettoyage de la scène après une représentation
Les grands magasins : Hamleys, Harrods, Lego shop
Big Ben en lego
Big Ben en lego
Le Lego Store de Leicester Square est le plus grand magasin lego du monde, avec plus de 914m² répartis sur deux étages. Il se situe en plein coeur de Leicester Square, proche de Chinatown et Piccadilly Circus. Pour nos trois aficionados de lego, un magasin qui soulève l'enthousiasme.
Ce fut l'occasion de se promener dans Chinatown, de voir Piccadilly Circus, et d'aller jusqu'à Covent Garden.
Harrods
Les magasins Harrods
Les origines de Harrods remontent à 1834, lorsque Charles Henry Harrod a ouvert une petite épicerie.
En 1849, le magasin est transféré dans le bâtiment actuel qui s’est
agrandi avec le temps en achetant les magasins et les logements voisins. En décembre 1883, un incendie réduit Harrods en cendres. Peu de temps après, l’édifice est reconstruit à plus grande échelle.
Harrods : décor égyptien
Hamleys
Hamleys
Hamleys Londres, c’est 7 étages de jouets sur Regent Street.
Impossible donc de passer devant ses célèbres drapeaux rouges sans s’y
arrêter. Institution fondée en 1760, Hamleys est considéré comme le plus ancien et le plus grand magasin de jouets du monde.
Mais
là encore, c'est le règne du lego ! Quand je l'ai visité avec mes
filles, enfants, je me souviens dun étage consacré aux peluches dont
certaines géantes et d'un autre habité par des poupées aux vêtements
somptueux et leurs maisons miniatures. Et oui, les modes changent !
Hamleys
Harry Potter
Et puis, bien sûr, inévitablement, Harry Potter.
Kew Gardens
Kew Gardens: la serre botanique : The Palm House
Et enfin les célèbres jardins joyaux de Kew Gardens que je ne connaissais que de nom et qui sont magnifiquement fleuris en ce mois d'avril, cerisiers en fleurs, azalées, rhododendrons, tulipiers, camélias, tulipes, arbres centenaires, serres de plantes exotiques. Pour les enfants, des canards, des oies, des cygnes, des écureuils, et même un renard alléché par l'odeur de ce garde-manger sur pattes. Les roses ne sont pas encore ouvertes à cette époque de l'année mais pour moi qui adore les cerisiers, c'était féérique. Enfin l'après-midi s'est terminée à l'aire de jeux.
Fleur de dragon de Chen Jiang Hang Ecole des loisirs
Depuis des mois Mae et ses parents parcourent le pays à la recherche de la fleur magique qui guérira sa maman gravement malade. Une nuit elle est réveillée par une lueur qui l’attire jusqu’au plus profond de la forêt. Une tempête se lève. et elle est attirée au fond d’une caverne où elle découvre de grandes fleurs rouges comme le sang.
Les fleurs magiques
Mae en cueille autant qu'elle peut, comprenant qu’il s’agit de la fleur magique mais un dragon surgit. Il est furieux et lui reproche de voler ses fleurs.
Le dragon furieux...
Il ne laissera repartir Mae avec elles que si elle va chercher son fils tombé au fond d’un précipice par une étroite fissure et qui doit être blessé.
C’est le début d’une grande aventure pour Mae qui affrontera bien des dangers pour sauver sa maman. C’est aussi le début d’une grande amitié.
Un charmant conte traditionnel chinois où l’on retrouve un peu le point de départ d'un autre conte français La Belle et la Bête. Le livre est magnifiquement illustré. Dès 6 ans ( mais peut-être lu à des plus petits).
L’âge du fond des verres de Claire Castillon folio junior à partir de dix ans
Guilène serait heureuse avec ses parents qui sont « cools » mais voilà, ils sont vieux. Sa mère a cinquante six ans et son père va fêter ses 71 ans. Cela ne la gênait pas trop avant son entrée en sixième mais là, il y a des codes à respecter. C’est ce que lui apprend sa nouvelle amie Clea dont les parents sont désespérément jeunes et n’ont surtout pas l’âge d’être des grands-parents, Guilène a honte. Honte de son père que l’on prend pour son « papi », de la manière dont sa mère s’habille, de son prénom qui est désormais périmé. Honte de ne pas être comme les autres, des mots blessants, des moqueries que lui adressent les autres enfants, honte aussi de ne pas avoir le courage de défendre ses parents, prise dans un conflit d’intérêt entre l’amour qu’elle leur porte et le désir d’avoir des amis.
Oui, l’adolescence n’est pas un âge facile, on le sait. Comment Guilène traversera cette période, comment elle surmontera sa terreur du professeur de maths, comment elle acceptera la différence aidée en cela par ses parents aimants et attentifs. C’est ce que nous apprend ce roman qui témoigne d’une juste observation de cet âge sensible et vulnérable, l’adolescence, mais souvent impitoyable envers ceux qui ne se fondent pas dans un moule!
Quand on arpente la ville d’Avignon, les époques qui l’ont modelée se déroulent sous nos pieds, du Rocher des Doms qui domine la ville, constituant un donjon naturel où se sont installés les hommes de la préhistoire, de l’antiquité qui révèle ses murailles enfouies sous les constructions plus récentes, du Moyen-âge triomphant avec son pont, le premier à oser enjamber ce fleuve gigantesque et impétueux, le Rhône, son imposant palais des Papes, ses livrées cardinalices, sa basilique des Doms, ses églises gothiques Saint Pierre et saint Didier, et aussi de la Renaissance avec ses façades-vestiges et leurs fenêtres à meneaux du quartier de la Balance, ses hôtels classiques, et plus proches de nous, ses maisons haussmaniennes, ou art déco ou art nouveau….
Toutes les strates du riche passé de la ville, on les retrouve à l’échelle européenne. L’Europe et le passage des temps, des peuples, et sa multiplicité de langues, de culture, de religions, de coutumes, la richesse de sa littérature et de ses arts !
Pourtant quand Cléanthe pour son challenge Escapade en Europe nous demande de choisir une oeuvre qui réponde à cette question : et vous, alors votre Europe ? Ce qui me vient à l'esprit, c'est l'Europe déchirée, démembrée, ravagée par les guerres. Comme Georges Brassens, je me sens prise de vertige lorsque je regarde défiler la liste interminable des massacres que les hommes ont perpétrés au service d'une idée, d'une religion, d'un pouvoir ou pour un bout de terre à conquérir !
La Guerre de 14-18 par Georges Brassens
Depuis que l'homme écrit l'Histoire,
Depuis qu'il bataille à coeur joie
Entre mille et une guerres notoires,
Si j'étais tenu de faire un choix,
A l'encontre du vieil Homère,
Je déclarerais tout de suite :
"Moi, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit !"
Est-ce à dire que je méprise
Les nobles guerres de jadis,
Que je m' soucie comm' d'un' cerise
De celle de soixante-dix ?
Au contrair', je la révère
Et lui donne un satisfecit,
Mais, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit !
Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l'eau,
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux...
Leurs faits d'armes sont légendaires,
Au garde-à-vous, j'les félicite,
Mais, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit !
Bien sûr, celle de l'an quarante
Ne m'a pas tout à fait déçu,
Elle fut longue et massacrante
Et je ne crache pas dessus,
Mais à mon sens, ell' ne vaut guère,
Guèr' plus qu'un premier accessit,
Moi, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit !
Mon but n'est pas de chercher noise
Aux guérillas, non, fichtre ! non,
Guerres saintes, guerres sournoises
Qui n'osent pas dire leur nom,
Chacune a quelque chos' pour plaire,
Chacune a son petit mérite,
Mais, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit !
Du fond de son sac à malices,
Mars va sans doute, à l'occasion,
En sortir une - un vrai délice ! -
Qui me fera grosse impression...
En attendant, je persévère
A dir' que ma guerr' favorit'
Celle, mon colon, que j'voudrais faire,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit !
Primo Levi: Si c'est un homme
Depuis que l'Homme écrit l'Histoire/ Entre mille et une guerres notoires, j'ai choisi et relu, pour illustrer mon Europe, le livre de Primo Levi : Si c'est un homme. Lui aussi commence par une chanson :
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérer si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
qui meurt pour un oui ou un non;
Primo Levi nous avertit :
Les personnages de ce récit ne sont pas des hommes. Leur humanité est morte ou eux-mêmes l'on ensevelie sous l'offense subie ou infligée à autrui. Les SS féroces et stupides, les Kapos, les politiques, les criminels, les prominents grands et petits et jusqu'aux Häftlinge, masse asservie, indifférenciée, tous les échelons de la Hiérarchie dénaturée instaurée par les Allemands sont paradoxalement unis par une même désolation intérieure.
Primo Levi est fait prisonnier par la milice fasciste en Décembre 1943. Résistant, il est envoyé comme juif au camp d'Auschwitz où il arrive en Février 1944. Le convoi compte 650 personnes, il n'en reviendra que vingt. A cette époque, la durée de vie d'un travailleur qui avait échappé à la
sélection, c'est à dire aux chambres à gaz, était de trois mois. Primo Levi raconte les sévices, les coups, les humiliations, la faim, la faim surtout, la peur, le travail dur et incessant, le froid, la maladie, la promiscuité, la saleté, tout ce qui fait qu'un homme se voir privé de sa dignité et réduit à l'état de bête. Primo Levi pense qu'il doit sa survie au fait qu'il est arrivé en 1944 à une époque où la main d'oeuvre est plus rare, donc la ration journalière a été un peu augmentée. De plus, il travaille dans un labo en tant que chimiste, vers la fin de la guerre, il y est au chaud et les conditions de travail sont moins éprouvantes.
Primo Levi raconte la déshumanisation des hommes qui ne pensent plus qu'à la faim tenace qui les réduit à l'état de squelette, qui sont prêts à tout pour survivre, vols, combines, indifférence aux autres, égoïsme, délation, prostitution, violence. Ceux qui sont trop tendres, altruistes ou naïfs ne peuvent survivre.
L'écrivain voit dans les camps une sorte de laboratoire qui nous renseigne sur ce qu'est l'être humain en dehors du tissu social, dans sa nudité morale :
"Enfermez des milliers d'individus entre des barbelés, sans distinction d'âge, de conditions sociales, d'origine, de langue, de culture et de moeurs, et soumettez-les à un mode de vie uniforme, contrôlable, identique pour tous et inférieures à tous les besoins : vous aurez là ce qu'il peut y avoir de plus rigoureux comme champ d'expérimentation, pour déterminer ce qu'il y a d'inné et ce qu'il y a d'acquis dans le comportement de l'homme confronté à la lutte pour la vie. "
Il touche à l'essence du Mal. Il s'interroge sur ce qui fait que l'on est un homme et ce qui fait que l'on cesse de l'être ? Lorsque Primo Levi et son ami Alberto assistent à la pendaison publique d'un homme qui s'est révolté contre la tyrannie, qui a tenu tête aux nazis, celui-ci leur crie :" Camarades, je suis le dernier"! Le dernier... ? à ne pas accepter l'ignominie, à lutter contre l'abjection, à se rebeller contre l'injustice, le dernier Homme ? Pas un murmure ne lui répond dans l'assistance mais une acceptation passive.
"Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n'a pas été aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. Nous voici dociles devant vous, vous n'avez plus rien à craindre de nous : ni les actes de révolte, ni les paroles de défi, ni même un regard qui vous juge."
Alberto et moi, nous sommes rentrés dans la baraque et nous n'avons pas pu nous regarder en face. Cet homme devait être un dur, il devait être d'une autre trempe que nous, si cette condition qui nous a brisés n'a seulement pu le faire plier. (...) Nous avons assouvi la fureur quotidienne de la faim et maintenant la honte nous accable."
Malgré le pessimisme de ce constat, Primo Levi se raccroche pourtant à ce qu'il y a d'humain autour de lui et s'il est encore vivant, aujourd'hui où il écrit ce livre, nous dit-il, il le doit à Lorenzo, un civil qui l'a aidé sans rien lui demander en échange et lui permis de se rappeler "par sa façon si simple et si facile d'être bon qu'il existait encore en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres encore purs et intègres que ni la corruption ni la barbarie n'avaient contaminés...".
Il m'a semblé à cette relecture de Primo Lévi qu'il était beaucoup plus pessimiste que Jorge Semprun. Sur le Mal, Jorge Semprun écrivait : "Une
année à Buchenwald m'avait appris concrètement ce que Kant enseigne,
que le Mal n'est pas l'inhumain, mais, bien au contraire, une expression
radicale de l'humaine liberté.". Cette croyance en la liberté de l'être humain dans le Mal comme dans le Bien atteste que l'homme, libre, reste maître de son choix. Dans l'horreur, Jorge Semprun apporte une certaine consolation, Primo Lévi, le désespoir.
Victor Hugo (1802-1885)
Congrès de la paix 22 août 1849
Enfin pour terminer sur une note optimiste, lisons un extrait du discours de notre Grand Victor Hugo au congrès de la paix de 1849 ... en partie réalisée ? Mais en partie seulement et toujours si fragile !
"Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand Sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France ! Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être ! Un jour viendra où l'on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d'Amérique, les États-Unis d'Europe, placés en face l'un de l'autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies.
Et ce jour-là, il ne faudra pas quatre cents ans pour l’amener, car nous vivons dans un temps rapide, nous vivons dans le courant d'événements et d'idées le plus impétueux qui ait encore entraîné les peuples, et, à l'époque où nous sommes, une année fait parfois l'ouvrage d’un siècle. Dans notre vieille Europe, l'Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire, elle a dit aux peuples : Vous êtes libre. La France a fait le second pas et elle a dit aux peuples : Vous êtes souverains. Maintenant faisons le troisième pas, et tous ensemble, France Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères ! "
Je pars à Londres, je viendrai vous lire à mon retour !
Le roman Lorna Doone de Richard D. Blackmore a eu peu de succès à sa parution en 1869. Par la suite, il obtint un vive reconnaissance et il compta parmi ses admirateurs Thomas Hardy, Stevenson, Henry James, Kipling, Chesterton, Graham Greene. A l’heure actuelle il est classé comme l’un des livres préférés des lecteurs britanniques.
Lorna Doone se déroule au XVII siècle dans la région d’Exmoor situé au nord-ouest du Devon, entre la Cornouailles au sud et le Somersert au nord-est. L’écrivain s’empare d’une histoire vraie, celle d’une grande famille noble et catholique, les Doone d’Exmoor, dépossédée de ses terres par Charles 1er en 1640 et réfugiée depuis dans une vallée de l’Exmoor où elle vit de rapines et d’exactions, rançonnant les habitants, dévalisant les marchands et les voyageurs, enlevant les femmes, et faisant régner la terreur.
C’est là que Blackmore fait vivre son héros, John Ridd, qui vient de perdre son père tué par les Doone, un jeune homme issu de la terre, un paysan protestant aisé, à la tête d’une des plus belles fermes de cette région. Ainsi l’écrivain s’inscrit en faux par rapport au roman social et bourgeois de la fin du XIX siècle dans lequel triomphe Trollope, en faisant de ce personnage, issu de la classe sociale au plus bas de l’échelle, un héros à part entière.
John Ridd, c'est lui qui raconte son histoire à la première personne, a hérité des solides qualités de son père et même s’il a fait des études et appris le grec et le latin, il sait gérer sa ferme, travaille dur dans les champs, connaît le prix de ses moutons et protège ses bottes de foin de l’incendie et du vol. Il aime ses bêtes, en particulier son cheval Polly. Il a les pieds sur terre et sait commander ses employés pour que tout marche bien dans la ferme. Il voue un amour respectueux à sa mère, aime sa soeur Annie et un peu moins sa soeur Eliza, petite peste toujours le nez dans ses lectures. Tous disent qu’il est peu intelligent, lourdaud et lent à comprendre et lorsqu’il est mandé à la cour de Londres, il se fait avoir comme un benêt par tous les parasites qui y vivent. Il faut dire qu’il est honnête et scrupuleux, ce qui semble être le comble de la sottise. Ajoutez à cela que c’est un géant, d’une force herculéenne, et qu’il dispute des combats avec les lutteurs de Cornouailles. Il n’a jamais trouvé son égal. Ce qui ne l’empêche pas d’être pacifique et modéré. Et pourtant… Et pourtant ce paysan mal dégrossi va tomber amoureux de l'aristocrate Lorna Doone, après avoir pénétré par une voie secrète dans l’antre des Doone, et dès lors qu’il se sait aimé d’elle, il va lutter contre la tribu sans pitié et surtout l’arracher aux griffes de Carver, l’héritier du grand-père de Lorna, l’affreux et terrible Carver qui veut l’épouser.
Il faut dire que l’écrivain propose une situation inversée : c’est le paysan qui possède le sens de l’honneur et la noblesse d’âme et les nobles qui se conduisent comme des brutes âpres et infâmes.
Exmoor
Lorna Doone est un roman historique même si l’auteur lui refuse ce titre, dans la lignée d’un Walter Scott, puisqu’il part d’un fait réel, l’existence des Doone, et raconte les années de 1670 à 1685 sous le règne de Charles II.
Le retour de Charles II en 1660, après l’épisode de Cromwell, correspond à un moment où le trône est affaibli, ce qui explique la puissance des Doone et leur impunité. Les campagnes, loin du centre du pouvoir, ne sont pas protégées par la loi. Les tensions entre les catholiques et les protestants sont intenses. Les Whigs et les Tories, partisans du roi et ennemis, s’affrontent. Jacques II qui lui succède en 1685 est remis en question avant d’être destitué par la Glorieuse Révolution. On verra que John Ridd ou les siens y participent parfois contre leur volonté. L’épisode du Grand Gel considéré comme le pire hiver connu par l’Angleterre a eu lieu de 1683 à 1684. C’est est un passage du roman remarquable par les descriptions qui confèrent au paysage un beauté rude et implacable.
«Mais le soleil ne nous apporta ni chaleur ni réconfort; de longues écharpes de brouillard blanc s’accrochaient aux collines, aux vallées, aux arbres, et il semblait que ses rayons ne pouvaient les traverser. Le quatrième jour, d’ailleurs, le froid dépassa tout ce qui avait été vu et entendu jusqu’alors; la bouilloire gela près du feu, des hommes furent tués, des animaux gelés dans les étables, tandis qu’au dehors nous pouvions entendre le bruit sinistre des troncs d’arbres qui éclataient. »
Roman réaliste, en particulier lorsqu’il décrit le vie rurale, les travaux des champs, la tonte des moutons, la moisson, la fabrication du cidre ou encore lorsqu’il dénonce l’horreur de la guerre et les souffrances des pauvres gens qui sont les premiers touchés : « ayant manié la serpe et la faux tout leur vie, ils gisaient là, morts eux aussi, dans des douleurs qu’ils n’avaient jamais imaginées et pour lesquelles ils n’étaient pas faits. Tout homme de coeur ayant vu ce que je vis ce matin abhorrera à jamais les grands de ce monde et leurs oeuvres. ».
Roman d’amour qui inaugure un néo-romantisme tardif dans cette fin du XIX siècle, bien après le mouvement romantique du début du XIX siècle. L’amour de Lorna et John rappelle celui qui unit Romeo et Juliette : le père de John a été tué par un Doone et lui-même doit se battre contre la famille de Lorna, Carver Doone incarnant la noblesse sans honneur, avilie. Tout sépare les amoureux : la noblesse de l’une et la roture de l’autre, la fortune de l’une et la modestie de l’autre, leur catholicisme et leur protestantisme, leur mode de vie différent, leurs familles ennemies. Romantique aussi le présence constante de la nature, entre nature sauvage et nature cultivée par l’homme dont les descriptions sont au diapason des émotions des personnages. Enfin, certains personnages que les ignorants prennent pour des êtres surnaturels, sorciers ou magiciens, semblent échapper, en effet, au rationalisme et être des personnages fantastiques comme ceux que John Ridd découvre en descendant dans la mine d’or, et en particulier le vieux Carfax qui ne vit que sous terre après la disparition de sa fille.
Roman picaresque qui voit le héros sur les routes, partir à l’aventure avec son valet John Fry, un être menteur, paresseux, peureux, comique, qui ment comme il respire, tous deux formant par excellence le couple picaresque à la Don Quichotte et Sancho Panza. Ainsi John Fry à qui son maître paie ( on se demande bien pourquoi !)
des gages plus élevés que ceux autorisés par la loi, le menace :
«John Fry était très mécontent
lorsqu’on disait trop de mal de lui ou qu’on l’accusait de paresse ; il
se retournait alors contre nous et nous forçait à nous taire en
menaçant de déposer une plainte contre nous pour lui avoir payé trop de
salaire. »
Enfin et pour résumer le tout, romans d’aventures présentant toutes sortes de péripéties, duels, chevauchées, enlèvements, vols, meurtres, guerre, et même sauvetage héroïque d’un canard imprudent, il se signale, de plus, par son humour qui court tout au long du roman ! C'est une très agréable et intense lecture.
Dans Ils n’ont rien vu de Andrea Marta, Sive, irlandaise, journaliste freelance, vient avec ses deux filles Faye (6 ans), Bea (2 ans) et Toby son bébé de deux mois, à Londres pour accompagner son mari Aaron. Ce dernier, avocat brillant et aisé financièrement, doit retrouver ses amis, anciens colocataires d’université, après vingt ans où chacun a fait sa vie… et commémorer aussi les 15 ans de la mort accidentelle de Yasmin qui était alors la fiancée d’Aaron. La rencontre a lieu mais n’est pas aussi chaleureuse que l’espérait Sive qui est un peu la pièce rapportée et ne peut partager les mêmes souvenirs. L’ambiance est donc loin d’être parfaite lorsque survient le drame. Dans le métro, Sive qui pousse un landau ne parvient pas à entrer dans le wagon, à l’heure de pointe, alors que ces deux filles sont déjà à l’intérieur. Elle les voit disparaître. Si elle parvient à récupérer la plus petite rapidement grâce à l’intervention des agents de sécurité, il n’en est pas de même de la plus grande. Faye a disparu. La police, Aaron, Sive et tous leurs amis cherchent désespérément des indices mais en vain. On soupçonne des bandes mafieuses contre lesquelles Aaron a plaidé. Celui-ci a beaucoup d’ennemis. La torture commence pour les parents avec de fausses espérances, d’affreux moments de découragement et de désespoir. Les sentiments des personnages sont analysés avec beaucoup de justesse.
Le roman alterne entre les recherches de la fillette disparue et les scènes de retrouvailles des amis avec des retours dans le passé. Sive constate vite que c’est plutôt un duel d’égo qui se joue entre les mâles dominants, son mari en tête, qui n’épargne pas les mauvaises plaisanteries à Scott, pilote d’avion, pour le rabaisser et réciproquement. C’est à qui des deux sera celui qui a le mieux réussi. Mais tous deux se liguent lorsqu’il s’agit de se moquer de Dave, surnommé Trigger, autrement dit Bêta, Lourdaud, par ses charmants camarades. Il n’est qu’un simple policier autrement dit un fauché ! Quant aux femmes ? Il y a Nita, la soeur de Yasmine, qui est influenceuse, superficielle, vaniteuse. On devine qu’elle était très jalouse de sa soeur à l’époque. Maggie semble la plus raisonnable et Sive qui n’est pas douée pour les relations sociales aimerait bien qu’elle devienne son amie.
Le suspense est maintenu sans faillir et ce roman policier qui joue avec habileté sur les ressorts psychologiques des personnages nous tient en haleine jusqu’au bout. Un bon roman policier, donc, mais cruel quand on est grand-mère et que l’on va bientôt amener ses petits-enfants à Londres ! J’ai vécu l’histoire ! J’ai décidé de mettre dans le sac de mes plus petits leur adresse et numéro de téléphone !