jeudi 12 août 2010

Olivier Bleys : le colonel désaccordé



Le livre d'Olivier Bleys paru aux Editions Gallimard : le colonel désaccordé est dédié à Chiquinha Gonzaga (1847-1935) pianiste et auteur de chansons brésiliennes qui a milité contre l'esclavage au Brésil. Il s'adresse aussi à tous ceux qui ont l'amour de la musique et en portent le regret.
Et en effet, le Brésil et la musique sont au coeur de ce roman même si le principal personnage, Dom Eduardo Alfonso Rymar,  pauvre mais héritier d'un grand nom, capitaine dans l'armée portugaise, exècre les deux! Nous sommes en 1807 et le régent portugais Dom Joao et toute la famille royale quittent Lisbonne pour s'exiler au Brésil, fuyant les armées napoléoniennes. Le capitaine Rymar, qui a perdu une jambe dans une bataille, embarque sur un navire dont il doit mener à bon port un chargement extrêmement précieux   d'instruments de musique, pianos et clavecins appartenant à la noblesse. Le capitaine s'acclimate très mal à son nouveau pays et ceci d'autant plus qu'il est nommé conservateur royal des instruments à clavier alors qu'il n'a aucune notion de musique, qu'il ne supporte pas le son des instruments et qu'il ne rêve que d'en découdre à la tête d'un bataillon. C'est là pourtant, qu'il va construire sa vie, dirigeant avec l'aide de son ordonnance, Querubim, un atelier de restauration de pianos, gravissant les échelons jusqu'au grade de colonel sans livrer un seul combat. C'est là, dans ce pays en pleine évolution, qui gagne peu à peu son indépendance, qu'il va fonder une famille, reportant sur ses fils son idéal d'un métier militaire. Oui, mais son fils adoptif, Angelo, ne rêve que de musique...
Le roman de Olivier Bleys se lit avec beaucoup de plaisir. Il allie l'intérêt d'une trame historique à celui d'un récit d'aventures. La chronique du Brésil de 1807 aux années 1836 est haute en couleurs et bien documentée. L'écrivain donne un tableau vivant et animé de ce pays où la nature est luxuriante et la population tout autant. En plein devenir, le Brésil tranche avec le mode de vie collet monté du vieux pays européen. La population y est cosmopolite où se mêlent européens fraîchement arrivés, anciens colons qui forment une classe un peu à part, très reconnaissable à ses vêtements colorés et aussi esclaves affranchis, produits de métissage qui tout en supportant le mépris des blancs accèdent à un statut supérieur. Les planteurs avec leur morgue et leur cruauté vis à vis des noirs sont aussi représentés. Pendant cette période le Brésil prendra conscience d'être un pays à part entière et conquerra son indépendance; il devra faire face, aussi, aux révoltes des esclaves cherchant à se libérer.
Le capitaine Rymar est une sorte d'anti-héros qui n'est pas très sympathique et qui prête souvent à rire; il ne manque pas de pittoresque avec son moignon reposant sur un pilon de bois de chêne du Portugal, qu'il refuse de changer - même si celui-ci est grignoté par la vermine-  par un bois exotique du Brésil, patriotisme oblige! Voué à la musique sur ordre royal alors qu'il ne supporte pas le bruit le plus infime comme le frottement des cils sur des lunettes, il doit se se protéger en portant des oreillettes en forme d'oreilles de cocker. Militaire malchanceux, il ne remettra plus les pieds sur un champ de bataille. Conventionnel dans ses moeurs, raciste, imbu de lui-même, il tombe dans un piège et épouse une métisse dont il est amoureux qui non seulement n'est pas vierge mais a déjà un enfant. C'est un personnage à qui il arrive tellement de mésaventures que l'on finit par s'y intéresser malgré ou peut-être à cause de ses contradictions. Tous ceux qui l'entourent, à commencer par le métis Eusébio qui devient son ami, sa femme Rosalia, son esclave Lisandre, ses fils, jeunes apprentis militaires, forment aussi des figures typiques de ce pays en mutation.
Enfin il y la musique, omniprésente, que nous découvrons à travers l'histoire des instruments apportés au Brésil, eux aussi en pleine évolution, les airs brésiliens, et l'amour indéfectible du fils de Rymar, Angelo, musicien contrarié dans sa vocation mais compositeur de génie.


capture-d_ecran-2010-05-27-a-10-14-261.1281612456.pngMes remerciements à dialogues croisés et aux édtiions Gallimard

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