dimanche 12 août 2012

Jennifer Lesieur : Jack London (biographie)




Lire la biographie de Jack London de Jennifer Lesieur, c'est pénétrer dans un monde qui ressemble fort à l'univers romanesque de ce grand écrivain qui a mis tant de lui-même dans son oeuvre. Il faut dire que la vie de London n'a rien de banal et que l'énergie, la vitalité, l'endurance, le courage, l'entêtement dont il fait preuve sont étonnants.
Cette rage de vivre, c'est ce qui frappe le plus dans cette biographie qui se lit comme un roman. On a l'impression qu'il  dévore la vie à cent à l'heure, pressé et avide, insatiable, comme s'il savait que ses années lui étaient comptées (il est mort à 40 ans)….  à moins que que ce soit justement cette flamme qui le brûle, ces excès en tout genre (boisson, automédication, travail surhumain, aventures et dangers) qui lui aient fait la vie si courte! En si peu de temps, il a connu tant de choses qu'il faudrait plusieurs vies aux êtres "normaux" pour faire de même! Enfant de famille modeste, abandonné par son père, il prend le nom de son beau-père, il est envoyé à l'usine dès l'âge de douze ans. Pour échapper aux cadences infernales d'un vie vouée à la misère, il se fait pirate, achète un bateau et pille les parcs d'huîtres, fréquente les bars douteux et y apprend l'attrait de l'alcool qui sera son compagnon de toute la vie, écoute les récits des marins qui décident de son amour de la mer. Il exerce de nombreux métiers, travaille dans une fabrique de jute ou comme électricien, s'embarque sur un voilier pour chasser le phoque, vagabond (trimardeur) il sillonne le pays, chercheur d'or dans le Grand Nord, il est atteint du scorbut, vit des aventures d'une dureté incroyable, plus tard il s'engage dans des combats politiques, participe aux grandes marches contre la faim, continue à lire avec passion et commence à écrire des nouvelles dont certaines vont paraître dans les journaux. Il reprend ses études, décide d'entrer à l'université, il étudie alors en deux mois, les matières de deux années de lycée. Il a à peine vingt ans!! Il met les bouchées doubles dans tout ce qu'il entreprend et quand la fortune arrive grâce à son abondante production littéraire (il ne cache pas qu'il écrit pour gagner de l'argent!) il s'achète un ranch, commence un vie d'éleveur, part faire le tour du monde en bateau, tour interrompu par la maladie mais qui lui permet de nourrir son imaginaire (comme il l'a fait pour le Grand Nord) de récits des Mers du Sud, Hawaii, Molokai, l'île des lépreux, les Marquises, Tahiti…. Une vie menée au pas de course, un personnage excessif, tourmenté, assez exceptionnel, passionnant mais  certainement difficile à vivre!

Le deuxième trait de caractère le plus saillant, en-dehors de cette insatiable appétit de vivre et de cette force de volonté féroce, ce sont les contradictions de cet homme, brillant, d'une intelligence supérieure, mais qui cultive les paradoxes. Ainsi son enfance misérable le met face au capitalisme dans toute son horreur. Il vit dans sa chair d'enfant l'abominable exploitation des ouvriers, ce qui le mènera à se découvrir socialiste et à lire Marx. Pourtant, alors qu'il prône la solidarité envers la masse, il croit dur comme fer au mythe américain du self made man dont il se fait la vivante incarnation. De même à l'encontre de toutes ses idées socialistes, il croit en la supériorité de la race blanche anglo-saxonne. Certains de ses romans portent l'empreinte de ce racisme et l'affirmation de cette supériorité même s'il a parfois de beaux accents pour montrer les aspects positifs de certains peuples qu'il rencontrés. Cette contradiction s'accroît encore avec sa richesse. Etre socialiste quand on se fait construire des maisons et des yachts luxueux, qu'on dirige de nombreux employés apparaît comme un paradoxe. Ce qui ne l'empêche pas de loger ses domestiques dans des chambres pourvues de tout le confort moderne pour qu'ils bénéficient eux aussi de ce luxe!

Tout en nous contant l'histoire incroyable de son héros, Jennifer Lesieur, analyse nouvelles et romans d'une manière approfondie, en les mettant en relation avec le vécu de son personnage mais aussi en dégageant, sous le récit d'aventure, la portée philosophique et la pensée symbolique de Jack London. Ce qui ne manque pas d'intérêt. Il est dommage, cependant, et là c'est imputable aux éditions Tallandier, que le livre regorge d'autant de fautes d'orthographe et de syntaxe qui gâchent la lecture. On dirait que le livre est une épreuve de lecture non corrigée, ce qui n'est pourtant pas le cas!



Biographie

Challenge les 12 d'Ys


7 commentaires:

  1. Il faudrait bien que je lise ses écrits aussi...

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  2. Je note cette bio car j'aime beaucoup ses écrits. As-tu lu John Barleycon qui est aussi d'inspiration autobio ? (Je l'ai dans ma PAL).

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  3. Il faudrait déjà que je le relise ou que je lise quelque chose de lui, il était vraiment paradoxal en tout cas ! Et si je lis une bio, je ne suis pas sûre d'avoir envie que ce soit celle-ci ! Les fautes me hérissent le poil !!! :)

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  4. @ Keisha : Oui, pour toi qui aimes les livres de nature Writing, tu devrais apprécier London.

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  5. @ maggie : non, je n'ai l'ai pas lu! Ce que je veux lire ,autobiographique aussi, c'est Martin Eden. Il paraît que c'est son chef d'oeuvre et je ne le connais pas!

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  6. @ Asphodèle : On le lit souvent comme un auteur pour enfants alors qu'il ne l'est pas ou du moins qu'il peut être lu à différents niveaux.

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  7. Un titre que je note précieusement, car London a marqué une longue période de ma vie (d'ado) où je lisais beaucoup, certes, mais lui, surtout lui !

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