dimanche 21 avril 2013

Claude Roy, Jamais je ne pourrai ...

 La poésie engagée aux XIX et XXème siècles  

 

La muse et le poète, le Douanier Rousseau

Le XXI siècle serait-il un siècle sans poésie? Certes, il y encore des poètes de notre temps mais ils sont peu lus et ils n'ont pas une voix prépondérante dans notre société comme ils l'avaient au XIXème et au XXème siècle... mais quelle est la conception du poète dans ces  époques où  ceux-ci avaient une grande influence sur leurs contemporains et dans la vie politique et sociale?
Pendant ces deux siècles se sont opposés deux conceptions de la poésie. Ceux qui refusent d'être dans leur temps et s'enferment dans leur tour d'ivoire selon l'expression de Sainte Beuve à propos d'Alfred de Vigny.
Ainsi Théophile Gautier, partisan de l'art pour l'art, pour qui "tout ce qui est utile est laid" et pour qui "l'art doit être indépendant de la morale et de la politique" (Préface de mademoiselle de Maupin)
ou Baudelaire  :
L'émeute tempêtant vainement à ma vitre
ne fera pas lever mon front de mon pupitre 
(Paysage)
 Mallarmé 
Ce n'est pas avec des idées que l'on fait un poème mais avec des mots

Mais c'est à ceux qui se disent "engagés " dans leur temps que je vais m'intéresser. J'ai réuni dans plusieurs billets qui paraîtront cette semaine quelques poésies ou des citations qui nous disent comment les poètes eux-mêmes concevaient leur rôle dans la société et comment la poésie s'élevait alors contre l'horreur, l'injustice, l'inégalité, la privation des libertés mais comment aussi elle réclamait le droit au rêve et à l'amour.


Aujourd'hui, c'est Claude Roy qui vous dit :


Jamais je ne pourrai...
Jamais jamais je ne pourrai dormir tranquille aussi longtemps
que d'autres n'auront pas le sommeil et l'abri
ni jamais vivre de bon cœur tant qu'il faudra que d'autres
meurent qui ne savent pas pourquoi
J'ai mal au cœur mal à la terre mal au présent
Le poète n'est pas celui qui dit Je n'y suis pour personne
Le poète dit J'y suis pour tout le monde
Ne frappez pas avant d'entrer
Vous êtes déjà là
Qui vous frappe me frappe
J'en vois de toutes les couleurs
J'y suis pour tout le monde
Pour ceux qui meurent parce que les juifs il faut les tuer
pour ceux qui meurent parce que les jaunes cette race-là c'estfait pour être exterminé
pour ceux qui saignent parce que ces gens-là ça ne comprend que la trique
pour ceux qui triment parce que les pauvres c'est fait pour travailler
pour ceux qui pleurent parce que s'ils ont des yeux eh bien c'est pour pleurer
pour ceux qui meurent parce que les rouges ne sont pas de bons Français
pour ceux qui paient les pots cassés du Profit et du mépris des hommes

Mon amour ma clarté ma mouette mon long cours
Depuis dix ans je t’aime et par toi recommence
Me change et me défais et me libère
Mon amour mon pensif et mon rieur ombrage
En t’aimant j’ouvre grand les portes de la vie
Et parce que je t’aime je dis 

Il ne s’agit plus de comprendre le monde
Il faut le transformer

 Je te tiens par la main
La main de tous les hommes.


Claude Roy, Les circonstances 1970





10 commentaires:

  1. Il est très beau ce poème ! Il me semble que je connais l'auteur, je l'ai déjà lu c'est sûr ! C'est vrai ça que les poètes disparaissent un à un, tombent comme des mouches... La poésie se lit en prose, bien souvent... Mais heureusement il y a TOI, la dernière poétesse !!! :)

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    1. Tu m'as fait rire avec la dernière poétesse! Je constate que bien souvent même les blogueuses qui sont pourtant des lectrices n'aiment pas toujours la poésie.

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  2. Le problème des poètes actuels c'est la diffusion... Heureusement il y a des blogs comme celui-ci. :-)

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    1. Je pense plutôt que les goûts et la sensibilité des gens ont changé .

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  3. De lui j'ai aimé son journal et ses poèmes mais mon livre préféré c'est " la conversation des poètes" et aussi " l'ami qui venait de l'an mil" sur la poésie chinoise
    je lis ton billet avec intérêt car je ne connaissais pas les circonstances

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    1. je n'ai pas lu son livre sur la poésie chinoise..;mais j'aime beaucoup Claude Roy.

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  4. Très beau poème . A afficher dans tous les édifices publics.
    Mireille

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  6. Ou s'arrête ce poème exactement ? Il est souvent publié en version plus courte ou plus longue. Je ne m'y retrouve plus :)

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