lundi 16 septembre 2013

Michel Tremblay : L'homme qui entendait siffler une bouilloire





Drôle de sujet que celui choisi par l'écrivain canadien Michel Tremblay : L'homme qui entendait siffler un bouilloire et peut-être en grande partie inspiré par une expérience personnelle si l'on en juge par la dédicace :  Pour les docteurs Jean-Jacques Dufour et Gérard Mohr qui m'ont sauvé la vie.
 Le personnage de Michel Tremblay, Simon Jodoin, cinéaste reconnu, est en plein tournage lorsqu'il est brutalement assailli par un sifflement aigu et entêtant au fond de l'oreille. La persistance de ce bruit  obsédant, impossible à oublier, va presque le conduire au bord de la folie. L'opération d'une tumeur décelée dans l'oreille interne lui permettra-t-il d'être délivré de ces acouphènes?

 A priori, le sujet peut paraître anecdotique. Non que la souffrance infligée par les acouphènes soit négligeable mais parce qu'il s'agit d'un vécu qui paraît très personnel et d'un cas clinique particulier.  Pourtant, Michel Tremblay  va faire en sorte que nous sentions tous  concernés. En analysant les sentiments de son personnage, ses peurs face à l'opération, ses angoisses devant la maladie, le handicap et la mort, il écrit un roman où chacun peut se retrouver.  Le personnage cesse alors d'être un cas médical pour devenir un homme comme nous tous, avec ses faiblesses, ses regrets, son désespoir car la maladie est une rupture dans la vie qui permet un arrêt sur image : l'occasion de constater ses erreurs, de prendre conscience de son insignifiance car tout ce qui était primordial jusqu'alors cesse d'être important. Une véritable remise en cause au niveau professionnel. Qu'en est-il par exemple de sa réputation artistique?  L'occasion aussi de faire le point sur ses rapports avec son ex-femme, ses deux fils et son ami d'enfance Jean-Marc ainsi qu'avec ses collègues de travail, un travail sur soi-même qui est un véritable bouleversement. La maladie permet à Simon Jodoin de faire aussi l'expérience douloureuse du renoncement et c'est en pleurant qu'il comprend que jamais plus, il ne pourra écouter, comme avant, la musique qui est une part essentielle de sa vie. Mais elle l'oblige aussi, non sans révolte, à la patience, la maîtrise de soi. L'écrivain emprunte d'ailleurs à notre La Fontaine ces vers mis en exergue : "Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage".

Grâce au talent de Michel Tremblay qui sait rendre compte de tous les registres des sentiments vécus par son personnage et peut passer de l'émotion à l'humour, nous nous suivons avec passion les implications douloureuses et traumatisantes de cette maladie complexe qui laisse perplexes les médecins eux-mêmes et, au-delà, nous nous sentons en empathie, avec ce personnage qui est bien notre semblable, notre frère!

Du même auteur, j'ai vu au Festival d'Avignon : la pièce de théâtre A toi pour toujours Marie Lou ICI



Roman lu dans le cadre de Québec, le mois de Septembre 2013 chez Karine

20 commentaires:

  1. Un livre qui montre sans doute une facette plus grave de l'auteur, différente des "Bonbons" présentés par Aifelle aujourd'hui. Vous vous êtes donné le mot, toutes les deux? ;-)

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    1. C'est une Lc dans le cadre du mois de septembre québécois.

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  2. Vous vous êtes données le mot avec Aifelle ? 2 eme Michel Tremblay de la journée et la aussi il me tente , les acouphènes sont terribles effectivement et toc je note

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    1. Voir réponse Gwen : oui, pas mal du tout ce roman!

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  3. Cet auteur décrit les émotions humaines à merveille!

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    1. C'est vrai et de plus ces récits sont bien ancrés dans la vie sociale, les personnages sont vrais.

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  4. Tremblay sur plusieurs blogs que je suis! il y a du challenge dans l'air! Moi je suis beaucoup plus à l'Est!

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  5. Voilà un titre qui me tente beaucoup. J'ai eu une collègue qui souffrait d'acouphènes et c'est un vrai chemin de croix cette pathologie, avec le classique "c'est dans la tête" des médecins dépassés .. J'ai choisi un registre plus léger avec "bonbons assortis".

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  6. Je ne sais pas quoi penser de cet auteur. Tu me diras "Alors lis-le et tu verras !!!", oui mais il ne me fait pas trop envie. Il reçoit beaucoup d'éloges aujourd'hui.

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    1. Difficile de te convaincre si tu as un a priori! Comme je n'ai lu que deux oeuvres, je ne peux t'en dire plus. Mais j'ai aimé ce que j'ai lu.

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  7. Tu m'en apprends, je ne connaissais pas ce titre de notre grand écrivain!

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    1. Le titre est surprenant! Mais il sait nous intéresser avec une histoire pareille!

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  8. Réponses
    1. Plus souriant, semble-t-il. mais attention l'homme qui entendait...n'est pas lugubre, loin de là! Et si a priori l'histoire ne donne pas envie de le lire, une fois qu'on y est, il est très prenant.

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  9. Malgré le sujet plus difficile, ce livre me tente aussi ;-)
    Un livre que j'ai vu à la bibli mais qui me semblait très triste d'après la quatrième , je note....

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  10. Non, le sujet n'est pas difficile .C'est ce dont on s'aperçoit quand on le lit.

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  11. J'adore Michel Tremblay, un vrai québécois pure laine! Gentil comme tout, disponible, bavard quand on le rencontre dans les salons de livres. Au dernier Salon du livre de Montréal en novembre dernier j'avais acheté son tout premier livre, "Une cité dans l'oeuf" (je ne suis pas certaine du titre). Bref, il était vraiment ému face aux souvenirs auxquels ce livre le ramenait...
    Bisous ma belle amie

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  12. Et en plus tu l'as rencontré! J'ai beaucoup aimé sa pièce aussi au festival d'Avignon.

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