dimanche 5 janvier 2014

Hemingway : En avoir ou pas




En avoir ou pas de Ernest Hemingway raconte l'histoire de Harry Morgan. Pendant la saison de pêche à la Havane, dans les années 30, il essaie de gagner de quoi faire vivre sa famille, sa femme et ses deux filles en amenant des milliardaires à la pêche aux gros poissons. Mais Johnson, son client part sans le payer après lui avoir abimé son matériel. Pour ne pas revenir sans argent chez lui, Harry accepte à contre coeur de transporter illégalement des chinois pour les déposer sur l'île Key West, la pointe la plus au sud des Etats-Unis, la dernière île à l'ouest de la Floride. Mais il tue le trafiquant avec lequel il est en affaire et débarque les autres passagers sur la côte. Plus tard, nous le retrouvons en train de faire de la contrebande d'alcool, ce qui lui coûte un bras. Enfin, il embarque des révolutionnaires cubains pour un voyage en sens inverse vers Cuba mais ses aventures vont s'arrêter là!

Marlin (source)

Le roman est divisé en trois parties qui relatent des moments différents de la vie de Henry Morgan :
la première partie s'intitule Printemps, la deuxième partie, la plus courte, Automne et la troisième, Hiver.


Key West à l'extrémité de la Floride source


Le titre peut recevoir deux sens qui expliquent le roman :

En avoir ou pas, il s'agit d'abord de l'argent. Harry, Eddie, son copain poivrot, Albert un ouvrier qui travaille toute la journée pour un salaire de misère et ne parvient pas à faire vivre sa famille, sont du côté de ceux qui n'en ont pas! Pour mieux souligner l'injustice sociale, Hemingway fait évoluer à côté de ces misérables qui ont faim, ceux qui ne savent plus quoi faire de leur argent, propriétaires de yatchs, capitalistes aux dents longues qui veulent toujours gagner plus, spéculent, trichent sur l'impôt, et poussent au suicide, en les ruinant, ceux qu'ils considèrent comme des faibles, écrivains en mal d'écrire, à l'ego surdimensionné. C'est la loi de la jungle et du plus fort, c'est à dire de celui qui a le plus d'argent et le moins de scrupules.

Demeure de Hemingway à Key West (source)

Ce qui nous amène au deuxième sens du titre : en avoir ou pas, il s'agit alors des cojones et Harry pour ça il en a! C'est le mot employé par Hemingway, pas de traduction française mais vous aurez compris. Et puisqu'il ne pourra jamais être celui qui a de l'argent, il sera un homme, un vrai, celui qui ose prendre des risques, accomplir des choses dangereuses et illégales pour gagner de quoi faire vivre sa famille. Car il veut que sa femme et ses filles ne meurent pas de faim et il méprise des gens comme Albert qui ont peur de passer dans l'illégalité.  On le comprend Harry a déjà un lourd passé derrière lui. Il sait manier les armes, il a beaucoup de sang froid devant le danger et n'hésite pas à tuer s'il le faut sans état d'âme. On sait qu'il a été militaire, on comprend qu'il eu une vie de baroudeur avant de se marier, de s'acheter un bateau et de devenir pêcheur. 

Ce que Hemingway veut nous faire comprendre, c'est que ce sont les riches qui sont malhonnêtes! Ce sont eux qui attribuent des salaires très bas aux ouvriers pour les maintenir dans la misère afin de les chasser de la côte de la Floride et y installer des stations balnéaires, des ports de plaisance qui rapporteront beaucoup d'argent. Ce en quoi ils ont totalement réussi. C'est un riche, Johnson, qui en volant Harry le force à tremper dans des affaires douteuses. Et entre eux, ces hommes et ces femmes ne cessent de se livrer à une guerre froide, cruelle et impitoyable.

Key West, l'ancien port des pêcheurs

On pourrait penser que cet état des choses et la lucidité dont il fait preuve pousseraient Harry du côté des révolutionnaires mais non! Il se défend à plusieurs reprises d'être un rouge. Hemingway n'est pas le Steinbeck de Les raisins de la colère. Sa réponse est individuelle et non collective. On y voit aussi se dessiner, mais en négatif, la morale d'un autre de ses romans Le vieil homme et la mer publié en 1952. Alors que le vieil homme se montrait un homme digne de ce nom en se battant contre le poisson sans faiblir et en réaffirmant ainsi la liberté et la dignité de l'homme, la morale de En avoir ou pas me paraît bien douteuse! D'abord, j'y vois un relent de machisme car sa conception du courage réaffirme une suprématie de la virilité brutale et sans honneur et de l'arme à feu pour régler les problèmes. La solution trouvée par Harry, celle du vol et du meurtre (même lorsqu'il s'agit de tuer des êtres qui ne sont pas ses ennemis) est assez repoussante. J'aurais trouvé honorable la réponse révolutionnaire.


Le film de Howard Hawks Le port de l'angoisse est très différent. Le scénario change d'époque et de lieu. Nous sommes à la Martinique en 1940, territoire dirigé par le régime de Vichy : atteinte à la liberté, arbitraire, arrestations, brutalité, délation. Dans ce contexte, les américains sont neutres mais lorsque Harry (Humphrey Boggart) est sommé de choisir il le fait en se mettant du côté des opposants à Vichy et au nazisme; ainsi Harry s'affirme comme un héros qui en a mais pour la bonne cause. 

Slim (Lauren baccal) et Harry Morgan (Humphrey Bogart)

D'autre part, Hawks introduit le personnage fascinant de Slim (Lauren Baccal) et une histoire d'amour glamour où s'affrontent à armes égales dans un duo plein d'humour et de charme, cette femme et cet homme tous les deux courageux et qui n'ont pas froid aux yeux. Les acteurs sont sublimes. Le rôle du poivrot Eddie (Walter Brennan) explore le thème cher à Howard Hawks de l'amitié virile et de la solidarité. Vous dire lequel du livre et du film j'ai préféré? C'est évident, non?

 Réponse à l'énigme n°80 : Un livre/un jeu


Ont attrapé leur marlin :

Aifelle, Dasola, Eeeguab, Gwenaelle, Keisha, Miriam, Somaja, Thérèse..
Félicitations et merci à tous!

La semaine prochaine l'énigme a lieu chez Eeguab.

17 commentaires:

  1. Merci, merci Claudialucia et Wens.

    RépondreSupprimer
  2. je ne connaissais pas le film, j'avais trouvé Hemingway mais le vieil Homme et la mer à quoi je pensais est postérieur. par ailleurs j'ai visité sa maison à la Havane autrefois

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut que tu vois le film, c'est un beau classique! Si tu veux que je te le prête?

      Supprimer
  3. Trsè intéressant billet, et merci pour les visuels ( qui m'ont rappelé de beaux souvenirs, j'ai eu la chance d'aller à Key West et c'est certain qu'Hemingway y est célébré ). Pas lu ce livre, je ne crois pas que c'est avec ce titre que je vais poursuivre... ( en revanche, je prends bonne note pour le film, mon absence de culture cinématographique est désespérante.)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quelle chance, en effet, j'avoue que j'ai bien envie d'y aller aussi! un excellent film , un classique à ne pas rater! S'il t'intéresse?

      Supprimer
    2. Oh oui, Bogart, ça ne se refuse pas ! ( pas complètement inculte quand même :))

      Supprimer
  4. Je ne savais pas du tout que le film était une adaptation d'Hemingway ! Merci pour la découverte ! Je ne suis tout de fois pas sûre de lire le livre pour l'instant !
    PS Bonne année !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonne année Shelbylee! Un beau film, je le préfère au roman.

      Supprimer
  5. je ne suis pas fan du tout d'Hemingway, le côté chasseur macho buveur et coureur de jupons m'insupporte énormément mais mais
    le film lui c'est un bonheur total et mythique et ça me donne envie de mettre le dvd en route suivi de Casablanca parce quand même .....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis aussi agacée par cet apsect de Hemingway mais j'aime Le viel homme et la mer et Pour qui sonne le glas a été un de mes grands livres! Plus relu depuis longtemps ! J'aime bien l'engagement politique de Pour qui sonne le glas mais pas la révolte individuelle de Harry Morgan.

      Supprimer
  6. J'ignorais que ce film, qui fait partie de mes films cultes était une adaptation de "En avoir ou pas" un roman d'Hemingway que je n'ai pas lu.
    Ah, Humphrey et son fameux "As-tu déjà été piquée par une guêpe morte ? " Was you ever bit by a dead bee?" et aussi "Si tu as besoin de quelque chose, il te suffit de siffler "if you want anything, just whistle"... Mon livre des plus célèbres répliques de cinéma s'ouvre tout seul à cette page ! ;-)
    Je viens d'y lire aussi qu'Howard Hawks avait dit à Hemingway : "Je peux tirer un film de ton plus mauvais roman" ! Bref, il faut m'arrêter sur ce sujet ! ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. OUI, tu as raison! un film culte et ces fameuses répliques ont une classe! Va voir ce qu'écrit Wens sur ce film! Quant au roman, ce n'est pas un des meilleurs de Hemingway mais... il présente des thèmes intéressants et cette opposition entre les riches et les pauvres de Key West posent les responsabilités et témoignent d'une belle lucidité sur la société américaine.

      Supprimer
  7. Je ne crois pas avoir vu déjà ce film, à retenir donc. Quand à Hemingway ça fait longtemps que j'ai envie de découvrir son écriture mais pas avec ce titre là, même si ton billet est très intéressant...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Excuse-moi, j'avais laissé passer ton message. Le film est meilleur que le le livre.

      Supprimer
  8. Je ne connaissais pas ce titre d'Hemingway ! Je me disais justement en revoyant "Minuit à Paris" de Woody Allen qu'il me faudrait relire cet auteur que j'ai délaissé depuis longtemps ! Ton article tombe à pic^^
    Bisouxx à toi ¨¨**

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui mais ne lis pas celui-là de Hemingway! Il y en a de bien meilleurs!

      Supprimer

Merci pour votre visite. Votre message apparaîtra après validation.