samedi 25 juillet 2009

Le festival Off d’Avignon 2009 : Edogawa Ranpo, Imomushi, un spectacle fascinant

Imomushi
La caserne des pompiers à Avignon est un lieu de diffusion de la Région Champagne-Ardenne pendant le festival et présente le plus souvent des spectacles de théâtre contemporain de qualité.
Imomushi d'après une nouvelle de  Edogawa Ranpo, mise en scène par David Girondin Moab de la Compagnie Pseudonymo Théâtre et marionnette contemporaine ne déroge pas à la règle. La pièce est forte servie par une scénographie et une mise en scène éblouissantes où le son, la lumière, le jeu des acteurs et des marionnettistes s'allient pour former un spectacle d'une grande beauté et d'une intensité poignante.
L'histoire est simple, dépouillée  : Le lieutenant Sunaga a été blessé à la guerre mais les "miracles" de la médecine militaire l'ont maintenu en vie alors qu'il n'a plus de bras et de jambes, qu'il est muet, le visage défiguré, le corps tordu par la souffrance. Sa femme le veille depuis trois ans avec un "dévouement exemplaire"  selon les propos du général qui  a eu le jeune homme sous ses ordres. Nous sommes dans un huis-clos étouffant  rompu seulement par la visite du général,  une confrontation tragique qui n'est pas sans rappeler celle imaginée par Atiq Rahimi dans Syngue Sabour, la Pierre de Patience :  un homme muet, immobile, infirme, face à une femme qui va exercer sur lui sa toute puissance mais qui est à la fois victime et esclave de son époux. Mais la ressemblance s'arrête là car si Atiq Rahimi  s'attachait à montrer la folie meutrière des hommes, c'est surtout la condition de la femme dans les pays musulmans qu'il dénonçait. David Girondin Moab, à la fois auteur et metteur en scène, décrit l'horreur de la guerre et son absurdité. Il explore aussi le fond de l'âme humaine, traquant, sous l'abnégation du personnage féminin, les tentations du désir charnel, les impatiences, le désespoir, l'amour qui se mue en haine, le long cheminement vers  la cruauté et le meurtre.
Cependant, malgré cette violence qui happe le spectateur, ne lui laisse aucune respiration, la mise en scène est d'une extrême retenue, d'une grande sobriété, tout est dans l'intériorisation, l'économie de gestes et de paroles.
La musique et le son nous empoignent, jouent sur nos nerfs, nous font réagir.
Le décor, un plateau sombre séparé de la salle par des tiges métalliques qui semblent représenter les branchages d'un arbre ou les barreaux d'une prison, est sculpté par la lumière : celle-ci dessine sur le sol des cercles concentriques, labyrinthe au centre duquel se trouve  la femme, prisonnière; elle isole tour à tour les personnages, détachant les visages dans un clair-obscur qui les fait paraître, privés de corps, semblables à des spectres tragiques; elle joue sur les traits de la femme révélant ses sentiments, sa lutte intérieure, (l'actrice est excellente), elle  façonne et  dissout les chairs, créant des personnages à la Soutine. Au fond du plateau un mur qui s'illumine à plusieurs reprises fait apparaître par transparence des ombres chinoises, des inscriptions, des couleurs qui renvoient au récit.
Enfin, il y a la marionnette, le mari, une sorte de mort-vivant qui ne peut exprimer ses sentiments, sa colère, sa jalousie, qu'en tapant la tête contre le lit. Son corps tronqué, monstrueux, emmailloté comme un nouveau-né, est semblable à cette chenille (imomushi en japonais) que l'on voit dès le début de la représentation, rampant sur une branche dans une difficile ascension, échappant à sa chrysalide pour mieux être précipitée dans un puits, allégorie de la vie et de la mort figurant ainsi l'éphémère destinée du  lieutenant Sunaga. Face à cette marionnette douée de vie et souffrante et à cette actrice aux mouvements saccadés, déshumanisés, qui semble porter un masque figé par le désespoir, l'on se prend à douter, à ne plus savoir laquelle des deux est vivante, laquelle est de chair et de sang.
Certaines scènes sont saisissantes de beauté et d'étrangeté : celle, par exemple où la femme, à la fois mère et amante de son mari, semble donner naissance à un foetus qui devient ensuite phallus et jouissance.
Un très beau spectacle, donc, qui laisse le spectateur sous le choc. Il faut un moment avant de pouvoir réagir et saluer la prestation des acteurs, l'excellence de la scénographie et de la mise en scène, la force du propos.
Imomushi d'après la nouvelle de : Edogawa Ranpo

 metteur en scène :  David Girondin Moab
Cie Pseudonymo théâtre marionnette contemporaine
Lieu  : Caserne des Pompiers  du 8 au 29 Juillet 20H30
Durée : 1H
Tarif : 13  € tarif carte off 9€

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