dimanche 12 juin 2011

Charles Dickens : Les grandes espérances


                                


Les grandes espérances est l'oeuvre que je préfère de Charles Dickens. C'est aussi le roman qui me paraît le plus différent - malgré les ressemblances- des deux autres récits sur l'enfance, David Copperfield et Olivier Twist.
Comme David et Olivier, Pip, est un enfant pauvre, orphelin, qui n'a pas d'appui pour faire son chemin dans la vie si ce n'est sa soeur et le mari de celle-ci, un forgeron sans fortune.
Cependant, Les grandes espérances échappe  à la description réaliste d'une enfance vouée au travail dans les usines ou à la déchéance de la rue, car l'auteur introduit dans le récit une dimension fantastique et laisse planer sur toute l'oeuvre un mystère qui ne sera résolu qu'à la fin. D'où cette oeuvre envoûtante dont les personnages inoubliables  demeurent dans l'esprit du lecteur bien longtemps après que le livre  ne soit refermé.
Philip, dit Pip, est tout jeune lorsqu'il fait la connaissance de Miss Havisham, une vieille dame qui l'engage chaque mercredi pour venir la distraire. Introduit dans la demeure par Estelle, la fille adoptive de Miss Havisham, jolie mais fière et dédaigneuse, il découvre un spectacle hallucinant : dans une salle  éclairée par des chandelles, une femme âgée, semblable à un spectre, vêtue d'une robe de mariée, semble présider à un festin étrange. Sur la table couverte de poussière et de toiles d'araignées, trônent, en effet, un gâteau de noces et les restes en décomposition d'un repas interrompu depuis très longtemps, jamais terminé. Qui est cette mariée figée dans le passé, dans cette maison où le jour ne pénètre jamais et où toutes les horloges sont arrêtées à la même heure?
Auparavant, le jeune garçon avait vécu une autre aventure étrange. Dans les marais qui entourent la maison où il vit avec sa famille, il aide un bagnard à s'échapper en lui apportant  de la nourriture et une lime pour se débarrasser de ses fers. Un Jean Valjean? On pense au roman de Victor Hugo, Les Misérables. Qui est ce personnage étrange qui va se fondre dans le brouillard pour ne réapparaître que longtemps après?
Pip  devient donc apprenti dans la forge de son oncle jusqu'au jour où un homme de loi lui apprend qu'un mystérieux donnateur lui a légué sa fortune, qu'il pourra en disposer à sa majorité et que ses études et son entretien seront assurés d'ici là. Il devient donc un jeune homme "aux grandes espérances" et pourra échapper à sa condition pour s'élever dans la société. Mais qui est ce bienfaiteur?
Le roman présente un personnage attachant, Pip, malgré toutes ses faiblesses qui le poussent à avoir honte de sa famille et de son milieu social. Charles Dickens brosse aussi avec beaucoup de talent et d'humour une galerie de portraits de gens du peuple très bien observés et criants de vérité.
Avec Les grandes espérances, tout à la fois roman d'inititiation traditionnel dans la lignée de Balzac et roman qui s'éloigne du réalisme, Charles Dickens crée une oeuvre tout à fait originale dont le personnage devenue mythique de la vieille Miss Havisham est entré dans la littérature.



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