samedi 26 octobre 2013

Martine Mairal : L'Obèle Un hommage à Montaigne (citation)

Récit de la rencontre entre Montaigne et Marie de Gournay

Je suis en train de lire L'Obèle de Martine Mairal.  Le livre raconte la rencontre  exceptionnelle entre Montaigne et sa "fille d'alliance", Marie de Gournay, jeune lectrice et admiratrice de l'auteur des Essais, lettrée et savante,  dont il fit  la dépositaire de son oeuvre.
Je vous parlerai plus longuement de cet ouvrage lorsque je l'aurai fini mais en attendant  je publie cet extrait en forme d'hommage à la langue de Michel De Montaigne.

Marie de Gournay

C'est ainsi que Marie de Gournay rend hommage aux Essais :

Et voilà que parmi les livres, il en était un qui parlait à mon esprit avec une limpidité et une force jamais éprouvées, qui ordonnait les lignes de ma raison avec une évidence bouleversante, et disait sans vert le bonheur de réfléchir, d'être doué de conscience. Avant même que de m'en approcher, je me pris de passion pour ces Essais écrits dans une langue vigoureuse et précise. Une langue vivante et bondissante sur les sentiers de la pensée avec la souplesse d'un bel animal dont le moindre mouvement est dicté par un sens très sûr de la nature. Ce que d'aucuns croient sauvage et primitif et qui est de fait libre et inspiré. Une langue de Babel, capable de forger les mots qui lui font défaut, de modeler en quelques syllabes puissantes l'allégorie d'une idée, de faire surgir la sonorité du monde au creux du verbe.

Les Essais. Jamais plus sacrilège qu'aujourd'hui* d'oser en faire l'éloge. Au moment où notre langue se vertagudine et se fige dans une rigueur désolante, toute semblable à un hiver tardif qui givre les promesses du renouveau trop tôt venues et navre gravement les récoltes à venir, plus me plaît encore à évoquer l'élan, la verve, l'ivresse étymologique, l'arcature rhétorique, la puissante conception, la force et la jubilation de cette écriture...

Michel de Montaigne


* Au XVII siècle.  Marie Gournay, beaucoup plus jeune que Montaigne, a "tourné" le siècle et est passée du XVI siècle au XVII où sous l'autorité de Richelieu, fondateur de l'académie française, la langue s'est codifiée et rigidifiée.

Merci à Dominique du blog A sauts et à gambades de m'avoir fait découvrir ce livre ICI

17 commentaires:

  1. Oui, Dominique et ses tentations... ^_^
    Bonne lecture!

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    1. Et oui, on succombe pour notre plus grand plaisir!

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  2. je souris doucement devant mon écran !

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    1. Merci à toi! J'adore le mimétisme du style de Martine Mairal qui écrit comme Montaigne. Exemple : "notre langue se vertagudine"

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  3. Vu aussi chez Dominique, j'attends ton avis complet :-))

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    1. Oui Déjà je peux dire que si tu aimes Montaigne, la langue du XVI ème tu seras heureuse!

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  4. L'extrait est vraiment très intéressant, cette phrase particulièrement, me parle : "Ce que d'aucuns croient sauvage et primitif et qui est de fait libre et inspiré." Bon dimanche

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    1. C'est toute la différence entre la langue du XVI ème siècle et celle du XVII qui, mise au service d'un pouvoir central, va être de plus en plus codifiée, fixée mais aussi appauvrie. C'est l'affirmation de la domination de la langue d'oil sur la langue d'oc et l'exclusion de toutes les formes de langage des provinces françaises.

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    2. C'est aussi l'affirmation de la domination des hommes sur les femmes qui seront exclues des académies et n'auront pas le droit à la parole. La codification de la langue se fera sans elles et le masculin l'emportera toujours -même de nos jours- sur le féminin dans la grammaire française (et ailleurs!).

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  5. Cela me passionne totalement ce que tu en dis. la rencontre de ces deux esprits féminin et masculin est pour moi ce qu'il y a en ce monde de plus passionnant.

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  6. Une rencontre exceptionnelle surtout pour l'époque! Et pourtant Montaigne avait lui aussi malgré sa tolérance et sa grande ouverture d'esprit beaucoup de restrictions sur les femmes. Mais comme le dit Marie de Gournay qui a écrit un traité sur l'égalité des hommes et des femmes : " les hommes disent que nous ne savons pas raisonner mais ils nous empêchent de nous instruire" (citation approximative). Elle-même a été obligée d'apprendre le latin et le grec toute seule en comparant les textes grecs et latins avec des textes français; sa mère trouvait qu'il était malséant qu'une fille soit savante.

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  7. J'en ai effectivement entendu parler sur le blog de Dominique. Et c'est aussi un projet de lecture !

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  8. Je me réjouis de lire ton billet car les extraits sont tentants.

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    1. Il va venir mais je suis à Paris, en visite donc pas de billet pour l'instant.

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  9. Bonjour Claudialucia, bonne lecture alors. J'avais lu le billet enthousiaste de Dominique. Bonne journée.

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    1. Oui, c'est un petit régal pour qui aime Montaigne.

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